L’aventure France Musique (III) : Fortes têtes

Après Il y a vingt-cinq ans, l’aventure France Musique et L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes, voici donc le troisième épisode promis. Portraits de quelques fortes têtes qui peuplaient ou travaillaient pour et à France Musique en cette rentrée 1993.

565756_4662915210123_189902518_nAvec Claude Samuel (photo Michel Larigauderie)

Les surprises n’allaient pas manquer pour le nouveau débarqué dans la Maison ronde. Comme ce constat, tôt fait, que la grille de France Musique semblait avoir été concédée par appartements à des producteurs qui se considéraient propriétaires de leur « case » et seuls responsables du format et du contenu de leurs émissions. Une grille de programmes éparpillée façon puzzle, pour reprendre la réplique fameuse de Bernard Blier dans Les Tontons flingueurs. Et à l’intérieur de la grille, des plages de diffusions de concerts programmées de manière tout à fait autonome, comme un Etat dans l’Etat !

Bref je me posais la question de l’utilité de ma fonction si je n’avais droit au chapitre sur à peu près rien de la chaîne dont j’étais censé diriger les programmes !

Je demandai donc à mon secrétariat de m’organiser, sans tarder, des rendez-vous avec tous les producteurs (ils étaient alors plus de cinquante !), d’abord pour faire la connaissance de ceux que je n’avais jamais rencontrés, ensuite pour échanger sur leurs émissions… En commençant par les figures historiques de la chaîne, celles et ceux qui m’avaient enchanté, parfois énervé, lorsque je les écoutais adolescent.

François Serrette (1927-1999) était alors le producteur d’une émission qu’on lui avait imposée – « Domaine privé », une quotidienne de fin d’après-midi, considérée, par les producteurs, comme une opération de relations publiques pour le directeur de la Musique, Claude Samuel, qui, en effet, y conviait amis, relations, personnalités « bien placées », une « case » horaire qui échappait donc àux producteurs attitrés, ô sacrilège ! –

861502_4662915090120_1586218311_n(Au centre de la photo, François Serrette, on reconnaît de gauche à droite Gérard Courchelle, alors la grande voix du journal de 8 h sur France Inter et mélomane averti, Claude Samuel, Janine Reiss, Pierre Vaneck, Michel Larigauderie, un personnage que je n’identifie plus* et un vieil homme délicieux*, dont le nom ne me revient plus, qui était alors le conseiller artistique de l’Orchestre de Paris)

Je fus très ému de voir arriver un petit homme, à la face joviale, qui se demandait pourquoi je voulais le voir (j’ai découvert plus tard qu’en général quand un producteur était invité dans le bureau du « patron » c’était pour se faire virer !). Je lui rappelai que, vingt ans plus tôt, au printemps 1973, il avait fait le déplacement au Conservatoire de Poitiers pour enregistrer deux émissions (lire Les jeunes Français sont musiciens) et que, deux ou trois ans après, j’étais venu dans les studios de France Musique pour une émission dont les auditeurs faisaient le programme – mes débuts en radio ! – et dont il était le producteur ! Il n’en avait évidemment aucun souvenir, même s’il prétendit le contraire. François vécut, ces années-là, plusieurs drames personnels, que je l’aidai, tant bien que mal, à surmonter. Il disparut, prématurément usé par les épreuves traversées, en 1999, quelques mois après que j’eus quitté la direction de la chaîne. Je raconterai une autre fois quelques rendez-vous savoureux, étonnants ou émouvants, que nous eûmes, François et moi, avec des personnalités que nous souhaitions inviter dans « Domaine privé », notamment une belle brochette d’hommes politiques…

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(Jean de Gaulle, petit-fils du général de Gaulle, à l’époque député de Paris, ici aux côtés du réalisateur de l’émission, le cher Michel Larigaudrie)

Puis vint le tour de Myriam Soumagnac (1931-2012), grand personnage de la chaîne, réduite au silence par la volonté de Claude Samuel – il voulait renouveler les voix et les intervenants sur la chaîne – on en reparlera ! – qui espérait trouver une oreille compréhensive, le petit nouveau, qui lui redonnerait le micro. L’arrivée d’une star – un peu fanée – de cinéma n’aurait pas produit plus grand effet, lorsqu’elle fit son entrée dans mon modeste bureau. Chevelure d’un noir de jais flamboyante, masque qui me faisait irrésistiblement penser à Néfertiti (c’est ainsi que je l’appellerais désormais avec ma proche équipe), enveloppée de pelisses et foulards de grand prix, parée de bijoux ruisselants et précédée d’effluves capiteux, Myriam Soumagnac entreprit de me rappeler ses nombreux titres de gloire académiques, ses émissions inoubliables sur France Musique (et même peut-être avant la naissance de la chaîne) et de me convaincre de réparer l’outrage commis à son égard par un Claude Samuel, qu’elle tenait en piètre estime. Le fait est que la situation était incommode pour quelqu’un – elle n’était pas la seule dans son cas – qu’on avait privé d’antenne, mais conservé comme producteur/trice d’émissions. En l’occurrence, je crois me rappeler que Myriam Soumagnac « produisait » une ou deux émissions de musique de chambre, histoire de lui assurer quelques revenus bien modestes. Situation humiliante… que j’essaierais plus tard de résoudre avec la complicité de la directrice du personnel  – on ne disait pas encore DRH – de Radio France.

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Dans la série des personnages qui avaient bercé mon adolescence, notamment dans La tribune des critiques de disques, canal historique, version Panigel/Goléa/Bourgeois, Jacques Bourgeois (1912-1996) officiait encore sur France Musique avec un statut très spécial que nul n’avait songé ou osé remettre en cause. Compte-tenu de sa réputation d’expert et de connaisseur en matière lyrique, il avait, par-delà les changements de direction, toujours su se maintenir comme producteur de concerts et/ou d’émissions ayant trait à l’opéra. Lorsque je suis arrivé à France Musique, Jacques Bourgeois était déjà octogénaire, même s’il tentait de masquer son âge véritable par un usage intensif du maquillage et des postiches censées le faire paraître vingt ou trente ans de moins. Le contraste à l’antenne entre cette voix, entre mille reconnaissable, mais irrémédiablement vieillie, et le contenu de l’émission qu’il produisait, un portrait hebdomadaire d’un jeune chanteur, confinait au ridicule. Mais personne n’osait le lui dire ! Ce fut à moi qu’échut le triste devoir de lui signifier que les meilleures choses ayant une fin, il nous faudrait nous priver de sa collaboration à l’issue de la saison 93/94. On imagine ce que pouvait représenter pour un jeune directeur de France Musique, qui s’était nourri des débats passionnés de La tribune, l’obligation de signifier à ce personnage qu’on n’avait plus besoin de ses services. Même si tout fut fait – j’y veillai personnellement – pour que cette « sortie » se fasse dignement et en reconnaissance des éminents services rendus, je ne peux m’empêcher de penser – aujourd’hui encore – que la maladie qui affecta Bourgeois et l’emporta en 1996 ne fut pas étrangère à cette fin de collaboration…

Pour lire un portrait sensible de Jacques Bourgeois voir Jacques Bourgeois.

Il y a assez peu de témoignages sur cette personnalité, en dehors de ce document de l’INA sur La tribune des critiques de disques

Et bien sûr cette extraordinaire caricature de Peter Ustinov, et son imitation prodigieuse de Jacques Bourgeois en particulier :

Suite au prochain épisode…

* Depuis la publication de cet article, plusieurs lecteurs – que je remercie – ont rafraîchi ma mémoire défaillante : le personnage que je n’identifiais plus, à droite de Michel Larigaudrie est l’écrivain Frédéric Vitoux, membre de l’Académie française depuis 2001, et le « vieil homme délicieux », qui allait mourir peu après, en janvier 1998, est Peter Diamand, tour à tour secrétaire du pianiste Arthur Schnabel, dont il épousera l’une des protégées Maria Curcio, immense pédagogue, directeur du Festival d’Edimbourg, ami et conseiller de nombreux artistes comme Daniel Barenboim.

 

L’aventure France Musique (II) : L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Comme promis suite du premier volet : Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I).

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Du changement du côté de la direction

Auprès de Claude Samuel, un changement important s’est opéré en cette rentrée 1993: son adjoint à la Direction de la musique, Stéphane Martin – croisé brièvement à Aix-en-Provence en juillet – quitte Radio France pour être bientôt le directeur de la musique du Ministère de la Culture (un poste occupé jadis par Maurice Fleuret, le véritable créateur de la Fête de la Musique auprès de Jack Lang). Stéphane Martin deviendra, en 1998, l’inamovible patron du Musée du quai Branly à la demande de Jacques Chirac. Il est remplacé, auprès de Claude Samuel, par Olivier Morel-Maroger, qui devient vite un complice et un ami et qui sera mon lointain successeur à la direction de France Musique (de 2011 à 2014).

Les producteurs et les équipes de France Musique commencent à rentrer, la plupart sont curieux de découvrir cet inconnu nommé « Délégué aux programmes » (un titre tellement incompréhensible que le successeur de Jean Maheu à la présidence de Radio France, Michel Boyon, me renommera « directeur délégué de France Musique… et des programmes musicaux de Radio France » !).

Hypothèses et rumeurs

Certains de ceux que j’ai connus lors de la journée commune F.M./Espace 2 (cf.  L’aventure France Musique) se réjouissent de mon arrivée, à laquelle, me confient certains, ils ne seraient pas étrangers. M’ayant fait comprendre ce que je leur dois, ils comptent sur moi pour changer les choses… pour les autres, préserver voire augmenter leur pré-carré, égratignant l’équipe sortante et surtout Claude Samuel… dont je dois me méfier !!

En réalité, ils ne comprennent pas pourquoi j’ai été nommé, pourquoi moi… et comme il faut bien inventer une explication quand les faits sont trop simples, j’apprendrai quelques semaines plus tard que j’ai été poussé là par le ministre RPR de la Culture d’alors, Jacques Toubon – d’ailleurs tout le monde sait que je suis RPR !! (lire sur mon passé « politique » Les années Bosson) – pour contrebalancer l’influence de Claude Samuel réputé de gauche. Evidemment je n’ai jamais rencontré Toubon auparavant, encore moins bénéficié de l’appui de quiconque au gouvernement ou dans un parti. Le seul ami que j’ai, dans le gouvernement d’Edouard Balladur, est le maire centriste d’Annecy, Bernard Bosson, ministre de l’Equipement, des Transports et du Tourisme, avec qui je suis en froid depuis quelques mois, et à qui j’apprendrai ma nomination, une fois installé à Paris…

Je suis trop attaché à ma liberté, à mon indépendance, pour ne jamais avoir dépendu, dans ma vie professionnelle comme dans mon activité publique, de quelque « piston », réseau, obligation que ce soit. J’ai parfois payé le prix de cette indépendance – le chômage, l’incertitude, la défaite électorale – mais je ne l’ai jamais regretté.

Première visite des studios

L’une des premières choses que je demande à faire, dès mon arrivée dans la Maison ronde, est de visiter les studios de la chaîne. Il y a 25 ans, ceux-ci ne sont pas, comme aujourd’hui, installés au coeur des chaînes, mais dans ce qu’on appelle encore « la petite couronne », autrement dit dans l’espace situé entre la maison ronde telle que tout le monde la connaît de l’extérieur, et la tour centrale. Double explication : l’isolation phonique – puisque pas de contact avec l’environnement urbain – et les impératifs de Défense nationale !

Je « descends » donc – comme je le ferai quasi quotidiennement, week-ends compris, pendant près de six ans – voir les studios où se déroule l’essentiel des émissions de France Musique. Je salue les présents – je mettrai un peu de temps à comprendre les fonctions réelles de ceux que je croise, « chef de cabine », « chargé de réalisation », speaker ou speakerine, chargé(e) du relevé des droits d’auteur, technicien(ne)s, assistant(e)s de production. Bref, rien que de très normal pour un patron de chaîne ! J’apprendrai avec surprise – la rumeur court vite dans les couloirs circulaires de la Maison ronde ! – que j’ai fait très fort avec cette simple visite : mes prédécesseurs ne descendaient jamais en studio !

L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Début septembre, j’ai suggéré à Claude Samuel – qui n’est pas très chaud – une rencontre entre lui, les producteurs de France Musique et du programme musical de France Culture (je reviendrai plus tard sur cet étrange « état dans l’Etat ») et moi, histoire de faire les présentations, d’expliquer un peu comment nous allons travailler et avec quels objectifs. Là encore, je découvrirai que ce genre de rencontre collective est une première (sauf par temps de grève !)

L’assemblée est nombreuse, intimidante.. et intimidée. Il faut un peu de temps pour que les questions sortent, on n’est jamais trop prudent surtout face à une nouvelle direction qui pourrait prendre ombrage de certaines impertinences. Mais en filigrane, on comprend bien que les producteurs veulent savoir ce qui va changer, puisque le directeur de la musique – qui a la tutelle des chaînes – n’a pas changé. Je m’entends répondre – ce que je pense vraiment – que :

  • si Claude Samuel a fait appel à moi, c’est peut-être parce que je peux apporter une expérience, des idées, une perspective
  • mais qu’il ne saurait y avoir, entre lui et moi, plus que « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes ».

On me reprochera souvent cette remarque. Comme si, dans une équipe, on avait une chance quelconque de faire évoluer les situations, de faire bouger les choses, dans un conflit ouvert, public, entre numéro 1 et numéro 2.  Toute mon expérience – même si je n’ai que 37 ans lorsque je prends mes fonctions – tant professionnelle, à la Radio suisse romande, que politique, comme Maire-Adjoint de Thonon-les-Bains, me dit qu’il n’y a pas d’autre voie que la force de persuasion, le pouvoir de conviction qu’on exprime dans une équipe et qui emporte – ou non – l’adhésion à une idée, un projet, un changement.

En tout cas, en cette rentrée 1993, je n’ai pas le sentiment de commencer une course d’obstacles, même si je percevrai vite l’incroyable lourdeur de l’organisation d’une Maison qui tient plus d’une administration de type soviétique que d’une entreprise de médias. Et je ne tarderai pas à croiser de fortes têtes. Portraits pour bientôt…

 

 

 

 

Un été Bernstein (VI) : Bernstein at 100

Nous y voilà : le centenaire de Leonard Bernstein c’est aujourd’hui ! France Musique lui consacre une large part de ce samedi, avec notamment ce soir la diffusion de Mass, cette oeuvre-monde donnée en mars dernier à la Philharmonie de Paris, avec laquelle Louis Langrée ouvrait le Mostly Mozart Festival à New York en juillet dernier. La même Mass avait été donnée en première française (!) en juillet 2013 dans le cadre du Festival Radio France.

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Ce n’est sans doute pas l’oeuvre que je préfère de Leonard Bernstein compositeur. Reflet d’une époque, oui, manifeste politique, certainement, témoignage de la versatilité créatrice de son auteur, sûrement.

Bernstein compositeur ? On a le droit de ne pas admirer inconditionnellement le Bernstein « classique », notamment ses trois symphonies qui, de mon point de vue, comportent quelques très beaux moments, mais aussi des longueurs moins inspirées.

En revanche, tout ce qui ressortit au ballet, à la comédie musicale, au jazz, est indispensable.

Au milieu de cette oeuvre profuse, j’ai depuis longtemps distingué comme un diamant pur, les Psaumes de Chichester / Chichester Psalms,

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Le Choeur et la Maîtrise de Radio France, dirigés par Sofi Jeannin en donnaient une très belle exécution en mars dernier à l’Auditorium de Radio France

Des enregistrements de Bernstein se dirigeant lui-même, je préfère les séries faites à New York (pour CBS/SONY) aux remake ultérieurs pour Deutsche Grammophon (plus languides, moins punchy.

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Parmi les documents proposés au public en juillet dernier, dans le cadre de la série Bernstein forever, au Festival Radio France, ce making of étonnant de l’enregistrement de West Side Story avec une brochette de stars d’opéra de l’époque. Bernstein y explique qu’il n’avait jamais dirigé lui-même, a fortiori enregistré, son oeuvre la plus populaire, cette comédie musicale créée en 1957 – dont le premier enregistrement a été fait par Max Goberman… grand spécialiste de Haydn ! – Sauf le respect qu’on doit au chef/compositeur et à ses illustres solistes, le résultat n’est pas très probant !

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En revanche, Candide (1956) fonctionne beaucoup mieux avec un casting tout aussi luxueux (impayable Old Lady de Christa Ludwig !)

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Toute la discographie Sony et DGG de Bernstein à retrouver ici : Bernstein Centenary.

On reparlera dans un prochain billet de nouveautés discographiques (ou de rééditions), et de livres sur Bernstein, comme l’indémodable Bernstein de Renaud Machart.

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Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I)

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Vingt-cinq ans ont passé depuis le 23 août 1993. Le temps me semble venu de raconter l’origine et les débuts d’une aventure qui m’a passionné : France Musique.

De décevoir aussi tous ceux qui s’attendent à lire les exploits d’un ambitieux carriériste sous les traits d’un nouveau Rastignac.

Ce lundi 23 août 1993, je me suis levé tôt, pour être à mon nouveau bureau vers 9 h. Je me présente à l’entrée B de la Maison de la Radio. Je donne mon nom à l’appariteur qui m’indique l’étage où se trouvent les bureaux de la direction de la Musique et de France Musique (le 6eme). Arrivé sur place je ne vois que portes closes et pas âme qui vive…

Je redescends aux Ondes, l’immuable bistrot où tant de figures illustres de la Radio ont leurs habitudes. Vide comme la Maison de la Radio. On est encore au mois d’août et je n’ai pas encore pris le pli des horaires parisiens (que je ne prendrai jamais d’ailleurs, arrivant vers 8h30 le matin et partant rarement avant 20h30 le soir !) Un double café crème et des croissants pour patienter. Lorsque vers 10 h j’aperçois un semblant d’animation du côté de la porte B, je reprends la direction de ce qui sera mon bureau pendant presque six ans.

En avril de cette année 1993, l’un de mes collègues de la Radio suisse romande revenant d’une réunion à Paris me transmet un message de la responsable du programme de France Musique – que je connais un peu pour l’avoir rencontrée lors de réunions des radios francophones et surtout depuis que j’ai organisé avec elle en mai 1992 à Genève une journée commune France Musique / Espace 2 (la chaîne culturelle de la RSR). Sophie Barrouyer me fait demander de l’appeler. J’oublie ou je suis trop occupé pour le faire… Les téléphones portables n’existent pas encore.

Le 1er mai 1993, je suis en déplacement dans le sud de la France, à Toulon précisément, avec le Maire et la municipalité de Thonon-les-Bains (dont je fais partie) pour « baptiser » un chasseur de mines de la Marine nationale. Ce jour là nous faisons une belle sortie en mer, contournant le fort de Brégançon, et nous dînons d’une excellente bouillabaisse dans un établissement réputé de Toulon. Nous rentrons peu avant minuit au mess de la Marine où nous sommes hébergés. Le veilleur de nuit a les yeux vissés sur le petit téléviseur de sa loge : Pierre Bérégovoy s’est suicidé sur les bords de la Nièvre. Sa dépouille a été rapatriée dans la soirée au Val de Grâce. Nous sommes sous le choc.

Au moment de nous donner les clés de nos chambres, le veilleur me donne un message : vous devez rappeler ce numéro, c’est urgent ! Je ne sais toujours pas comment Sophie Barrouyer m’avait pisté jusqu’à Toulon… un 1er Mai de surcroît !

Le surlendemain, de retour en Haute-Savoie, je rappelle enfin Sophie B. En quelques mots elle m’explique qu’il va y avoir du changement à la Musique à Radio France : le Délégué aux Programmes – titre un peu pompeux et inventé tout exprès pour l’aimable Jean-Albert Cartier, débarqué de la direction du Châtelet puis de l’Opéra de Paris et recasé à Radio France – s’en va et Sophie B. son adjointe pour France Musique aussi. On cherche l’oiseau rare pour prendre les deux places et Sophie Barrouyer de me proposer : « Si tu veux, le job est pour toi ! »

Je suis quand même abasourdi par cette conversation. Il n’y aurait donc personne à Paris de plus qualifié et de plus titré qu’un producteur de la RSR complètement inconnu dans la capitale ?

Sophie me supplie de venir au plus vite rencontrer Claude Samuel, le directeur de la Musique de Radio France (qui, à l’époque, a également la tutelle de France Musique et du programme musical de France Culture)

Le 11 mai 1993, j’invoque un prétexte d’absence auprès de la direction de la chaîne suisse pour faire un aller-retour en avion Genève-Paris. J’arrive en retard au rendez vous fixé avec Claude Samuel en fin de matinée. Je ne connais pas le directeur de la Musique, je sais qu’il a été journaliste, responsable de festivals de musique contemporaine. Je m’attends à une sorte d’entretien d’embauche au cours duquel je serai interrogé sur mes précédents faits d’armes, mon expérience, mon parcours, bref mes aptitudes aux fonctions qu’on voudrait me confier. Rien de tout cela, plutôt une aimable conversation et deux questions : Quand pouvez- vous commencer ? Seriez-vous disponible pour rencontrer Jean Maheu, le PDG de Radio France au festival d’Evian le 25 mai ?

J’étais encore plus abasourdi qu’après ma conversation téléphonique avec Sophie B. Ainsi Claude Samuel considérait mon accord comme acquis. Nous n’avons discuté de rien, ni contrat, ni organisation du travail.

A la Radio suisse, j’ai un contrat à durée indéterminée, un bon salaire, en sept ans on m’a confié à peu près toutes les fonctions, hors la direction de la chaîne culturelle, plusieurs fois promise, mais finalement confiée à une clone de Chantal Nobel (dans Châteauvallon). Depuis trois ans nous subissons une directrice dont l’incompétence fait le bonheur des gazetiers et le malheur des producteurs. Sans doute consciente de ses faiblesses, elle laisse à ses adjoints – dont je suis – une latitude certaine, quoique surveillée (Au retour d’un déjeuner, elle me téléphone pour s’inquiéter que, dans l’émission de midi, on ait diffusé du Boulez. Elle n’a pas entendu elle-même l’œuvre incriminée mais on le lui a rapporté. Je vérifie auprès de la productrice qui, amusée, finit par trouver le coupable : un extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel dirigé par…Pierre Boulez !)

J’ai aussi ma petite famille à Thonon-les-Bains et des responsabilités municipales depuis 1989 (comme Maire-Adjoint chargé de la Culture, de la Jeunesse et de la Vie associative).

Quitter tout cela pour un saut dans l’inconnu (à une exception près, les patrons de France Musique ont rarement duré plus de trois ans à leur poste). Sous le sceau du secret le plus absolu, je consulte un ou deux amis, dont mon camarade François Hudry, avec qui je fais équipe dans l’émission Disques en Lice qu’il a fondée fin 1987. Ils me disent à juste titre que pareille proposition – la direction d’une chaîne qui nous a tous nourris, accompagnés, formés depuis l’adolescence, une « référence » – ne se refuse pas !

img_3495(J’adore cette photo de notre premier Disques en Lice : de gauche à droite, François Hudry, votre serviteur avec lunettes et cravate (!!), Chiara Banchini, Michel Corboz et Pierre Gorjat)

Dès que j’ai rencontré Jean Maheu fin mai – entretien purement formel à l’entracte d’un concert – et après qu’une proposition de contrat – à durée déterminée ! – m’a été faite – je vois Gérald Sapey le directeur de la RSR et lui annonce ma démission pour la fin août.

Les semaines à venir seront mises à profit pour trouver un logement dans la capitale. Un cousin éloigné est prêt à me louer un 2 pièces un peu défraîchi dans le 11eme arrondissement. Un week-end avec mon fils aîné début août permettra d’acheter le strict minimum pour le meubler. Et je tiendrai la promesse faite à ma petite famille de lui faire découvrir un peu de Londres et de l’Angleterre juste avant mes débuts parisiens.

Suite au prochain épisode, ou mes premiers pas dans la Maison ronde !

À la mode napolitaine

Venu une première fois à Naples en 2002, je n’avais pu ni entrer ni a fortiori assister à une représentation du célèbre théâtre San Carlo.

Cette fois j’ai au moins pu le visiter et constater, même sans qu’aucune musique n’y soit produite, que sa réputation acoustique exceptionnelle n’est pas surfaite.

39059219_10155915394107602_5024673684015546368_nLa façade et les abords extérieurs sont dans un triste état. L’intérieur a heureusement été  restauré dans ses premières splendeurs.

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39038956_10155915394177602_8475630690321301504_nCe qu’on voit de la loge royale

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39027585_10155915393967602_3339505469717741568_n(Le grand foyer ajouté en 1937)

Le San Carlo a été un foyer considérable de création lyrique (450 premières mondiales !) : on renvoie à l’excellent article paru sur Forumopera : Le théâtre San Carlo de Naples.

Il faudrait bien plus d’un article pour évoquer le rôle de Naples dans l’histoire de la musique, de l’opéra. Mais je ne peux m’empêcher un clin d’oeil à Marc Voinchet, Jany Macaby et les 30 clavecinistes réunis autour de Frédérik Haas qui, il y a tout juste un mois – le 14 juillet 2018 – lançaient le marathon Scarlatti qui allait illuminer tout le Festival Radio France 2018, Domenico Scarlatti étant l’un des plus illustres enfants de Naples, où il est né le 26 octobre 1685.

Prenons des chemins buissonniers et amusons-nous, en cette mi-août, à musarder chez les compositeurs que Naples a, de près ou de loin, inspirés.

Richard Strauss, par exemple, et son poème symphonique Aus Italien dont les 3ème et 4ème volets évoquent les plages de Sorrente et la vie napolitaine (ici sous la baguette d’un Napolitain pur jus, Riccardo Muti)

Richard Strauss cite, au début de ce 4ème mouvement, l’une des chansons napolitaines les plus célèbres Funiculi Funicula, qui n’appartient pourtant pas au répertoire populaire mais qui a connu un succès foudroyant dès sa création en 1880.

Nelson Goerner jouait, le 17 juillet dernier, au Festival Radio France, une jolie suite de Poulenc de 1925, simplement intitulée Napoli

Je viens d’en trouver une version, que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais même pas, sous les doigts de…Claudio Arrau

Dans les Années de Pélerinage de Liszt, le triptyque Venezia e Napoli qui forme le supplément de la Deuxième année (Italie) se clôt par une virtuose Tarentelle.

Naples a aussi séduit Tchaikovski : son Capriccio italien en porte la marque évidente.

Comme la Danse napolitaine de son Lac des cygnes

Rossini, dont 6 ouvrages ont été créés au San Carlo de Naples, compose en 1835 sa Danza, qui ressemble tellement à une chanson traditionnelle qu’on en oublierait presque les auteurs. Une Danza qui a donné lieu à de multiples arrangements et orchestrations, comme Respighi (la Boutique fantasque).

Britten se livre à de brillants exercices d’orchestration de pièces de Rossini, comme cette Tarentelle des Soirées musicales op.9 (1936)

Liste non exhaustive et, pour se faire plaisir, une belle compilation de chansons napolitaines irrésistibles…

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et surtout le charme inaltéré du plus italien des crooners américains, Dean Martin :

Voir aussi Sur les traces de Stendhal

George et Igor

Un heureux hasard a fait se succéder, à deux jours d’intervalle, les deux formations orchestrales de Radio France, à l’Opéra Berlioz à Montpellier, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Gershwin pour l’Orchestre National de France, John Adams, Ravel, Stravinski pour l’Orchestre Philharmonique de Radio France. En point de mire, Paris, la France, thème central de l’édition 2018 (Douce France).

Un programme de concert tout Gershwin, c’est la promesse d’une salle comble. On ne s’est jamais vraiment interrogé sur les raisons de cet engouement du public, jamais démenti depuis des lustres. Beaucoup d’organisateurs – j’en ai été – cèdent à la tentation, au prétexte d’une fin de saison, d’une fête populaire, puisque c’est « grand public » et que c’est une musique d’apparence facile, légère.

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Et pourtant Emmanuel Krivine qui achevait, vendredi soir, sa première saison à la tête de l’Orchestre National de France, n’avait pas choisi par hasard les quatre oeuvres de Gershwin – l’Ouverture cubaine, le concerto en fa, Rhapsody in Blue et Un Américain à Paris. 

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(Répétition de l’Ouverture cubaine)

Rien n’est plus difficile que de conjuguer précision, cohésion d’ensemble et sentiment de liberté, de swing, dans ce répertoire, même pour une phalange d’excellence comme l’ONF. Challenge largement remporté par Emmanuel Krivine et ses musiciens, en très grande forme, dans un festival de couleurs et de rythmes.

Le concert est à réécouter ici : francemusique.fr

Hier soir, l’Opéra Berlioz était à nouveau en fête, avec le retour d’un équipage qui avait déjà fait des étincelles, lors de l’édition 2014 du Festival : Santtu-Matias Rouvali et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Une autre manière de célébrer le grand orchestre, après Gershwin : l’envoûtant foxtrott de John Adams The Chairman dances,le concerto pour la main gauche de Ravel,qui a plus d’une parenté avec le concerto en fa de Gershwin, et Le Sacre du Printemps de Stravinsky.

 

37607834_10156504427423194_1386275659143184384_n(Bertrand Chamayou, Santtu-Matias Rouvali et les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France)

Bertrand Chamayou est chez lui au Festival – il y a deux ans il jouait le 5ème concerto de Saint-Saëns avec l’Orchestre National, qu’il a enregistré depuis, un disque à paraître début septembre – et dans Ravel (il donnait en bis une très poétique Pavane pour une infante défunte)

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Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre. Il n’est que de réécouter le concert ici : francemusique.fr.

Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier…

Epidémie de Scarlatti

Recherches faites, il est avéré que la scarlatine, même dans la célèbre version de Ray Ventura et ses Collégiens,

ne résulte aucunement d’un abus de Scarlatti !

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Tant mieux parce qu’une véritable épidémie de Scarlatti s’est développée depuis dimanche dans toute la région Occitanie, à l’instigation de France Musique et du Festival Radio France. Objectif avoué : faire jouer les 555 sonates pour clavecin que le compositeur napolitain, mort à Madrid, a composées, pour l’essentiel, à l’intention de l’Infante d’Espagne. Par 30 musiciens formant sans doute l’élite actuelle du clavecin mondial, lors de 35 concerts, en 13 lieux exceptionnels. Tous les médias en parlent, c’est l’événement de l’été ! (lire 555)

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C’est évidemment au Château d’Assas que les festivités ont commencé samedi dernier, sur le clavecin de Scott Ross.

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Lundi c’était la salle d’assises du Tribunal de Grande Instance de Perpignan qui accueillait deux des concerts de cette intégrale !

IMG_7138Hier soir à Fourques, Justin Taylor et Enrico Baiano dispensaient leur fantaisie devant un public ébahi.

L’incroyable cycle s’achève dimanche là où il a commencé : au château d’Assas. D’ici là on peut encore pister une bonne vingtaine de concerts : tout le programme ici L’intégrale Scarlatti 555.

Je me demandais l’autre jour à haute voix devant Marc Voinchet, directeur de France Musique, et véritable initiateur de ce projet fou, si on ne reprendrait pas l’idée de cette intégrale, mais au piano cette fois. Je crains que cela ne reste à l’état de rêve inaccessible !

Et pourtant Scarlatti donne aussi des merveilles au piano, sous des doigts inspirés. J’avoue ne jamais me lasser d’entendre ces quelques disques précieusement collectionnés au fil des publications ou rééditions.

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En écrivant cet article, je tombe par hasard sur ce très émouvant documentaire dû à la très regrettée et très chère Mildred Clary : Un voyage à Séville avec Christian Zacharias sur les traces de Domenico Scarlatti

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Le classique ça fait du bien

C’est la saison des interviews pour les patrons de chaînes… et les directeurs de festivals. Classique en début d’été, un marronnier* en quelque sorte !

Avec, pour les interviewés, le sentiment de dire toujours la même chose, de tordre le cou à des clichés qui ont la vie dure (sur l’élitisme, l’inaccessibilité de la musique classique, le « rajeunissement » des audiences, etc…)

Dernier en date l’entretien paru sur le site de L’Obs : Entretien avec Jean-Pierre Rousseau, directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier

749cef-516727576(L’ensemble Les Surprises qui donne, le 18 juillet, la re-création d’Issé, « pastorale héroïque » d’André Cardinal Destouches)

« Porter la musique partout où elle peut aller, partout où elle est attendue, c’est la vocation première du Festival et c’est sans doute la plus noble des missions. 

Quand je vois ce qui se passe entre des artistes et des publics qui assistent pour la première fois de leur vie à un concert, je sais que nous touchons juste. La musique fait du bien à ceux qui l’écoutent ! »

Je relis cette interview du directeur de France Musique, Marc Voinchet, interrogé sur la grille d’été de la chaîne et ses réponses à deux questions bateau :

France Musique peut-elle s’adresser à un public plus jeune ? 
Les émissions de radio pour les jeunes sont rarement réussies. C’est très difficile de faire de bons programmes à caractère pédagogique. Mais je pense que France Musique a des choses à faire pour ce public, nous y travaillons, notamment sur le numérique. 

Vous êtes directeur de la station depuis 3 ans. Quel bilan en tirez-vous ?
Dans France Musique, il y a musique. Quand il vient chez nous, l’auditeur cherche de la musique. J’ai voulu remettre cela au centre de nos programmes en rappelant quelques réflexes de radio : avoir une parole mesurée et bien cadrée. Je pense que nous y sommes arrivés même si il y aura encore quelques aménagements sur la grille des programmes, à la rentrée, notamment le week-end et dans nos matinées.

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Je retrouve ce papier paru dans Libération le 9 janvier…1996. Extraits :

France Musique s’est récemment illustrée dans les sondages par un net gain d’audience. La station revient de loin… «On a toujours opposé radio pédagogie et robinet musical…C’est un débat pauvre…il est impossible d’essayer de faire de la radio sans se caler sur le rythme des auditeurs» réaffirme Jean-Pierre Rousseau qui avait un temps claironné le slogan: «France Musique à l’écoute de ses auditeurs», afin de stigmatiser la tendance de certains producteurs à ne guère se soucier d’être bien entendu. (Christian Leblé, Libération)

Est-ce à dire que « tout change, rien ne change » ? Ou, plus simplement, que les problématiques qui se posent à un directeur de chaîne musicale classique évoluent plus lentement que les habitudes d’écoute des auditeurs ?

Parmi les nouveautés introduites récemment sur France Musique, la chronique hebdomadaire de Christophe Chassol.

Dans un récent entretien à Télérama (Christophe Chassol, la nonchalance savante), le jeune compositeur :

« On sent un vrai plaisir à être là derrière ce micro et à transmettre. C’est savant et détendu, une sorte de transmission douce des choses.

J’ai donné beaucoup de cours de piano, et j’ai été professeur de musique en collège en banlieue pendant trois ans. Je faisais une espèce d’histoire de la musique du XXe siècle, de Missy Elliott jusqu’à Stravinsky. J’aime bien les choses complexes, mais pas les choses compliqués, donc j’essaye dans mes chroniques de faire en sorte qu’on comprenne le plus de termes possibles. En se prenant un peu la tête, on peut tout rendre compréhensible. »

J’ai pu entendre – ce qui m’arrive trop rarement – la dernière chronique de Christophe Chassol sur France Musique. Un seul regret : que la séquence ait été aussi brève. On aurait adoré l’entendre parcourir tout le concerto pour orchestre de Bartók et nous l’expliquer aussi lumineusement… Réécoutez cette chronique : De la lumière chez Bartók

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*Marronnier : l’origine du mot tiendrait à un fait historique : Tous les ans, aux premiers jours du printemps, un marronnier à fleurs rouges fleurissait sur la tombe des Gardes suisses tués lors de la journée du 10 août 1792, dans les jardins des Tuileries à Paris ; et tous les ans un article paraissait dans la presse pour s’en faire l’écho (Source Wikipedia)

 

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555, nombre magique ! Celui des sonates pour clavier de Domenico Scarlatti, ce compositeur génial, né à Naples en 1685 mort à Madrid en 1727.

1RKa0gAuTcaWSkN3f41cvwLe numéro de juin-juillet de Diapason évoque ce corpus absolument unique dans l’histoire de la musique, parce que c’est le projet phare, le projet fou, du 34ème Festival Radio France Occitanie Montpellier et de France Musique : une première mondiale, donner en 35 concerts, du 14 au 23 juillet, la totalité de ces 555 sonates sous les doigts de 30 clavecinistes : Jean-Marc Aymes, Enrico Baiano, Olivier Baumont, Carole Cerasi, Francesco Corti, Bertrand Cuiller, Aurélien Delage, Mathieu Dupouy, Christiano Gaudio, Maud Gratton, Luca Guglielmi, François Guerrier, Kazuya Gungi, Frédérik Haas – le coordinateur artistique du projet -, Jean-Luc Ho, Béatrice Martin, Lars-Ulrik Mortensen, Giulia Nuti, Olga Pachtchenko, Arnaud de Pasquale, Rossella Policardo, Mario Raskin, Thomas Ragossnig, Jean Rondeau, Mayako Sone, Miklos Spanyi, Justin Taylor, Violaine Cochard, Kenneth Weiss, Paolo Zanzu

Il y a 30 ans, Scott Ross achevait la seule intégrale réalisée à ce jour de ces 555 sonates.

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Préparant cet article, je suis tombé sur un très beau papier de François Ekchajzer, paru en 2011 dans Télérama : lire Scott Ross, l’autre neveu de Rameau. 

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La vie, le travail et la mort du claveciniste américain, disparu en 1989, sont intimement liés à un lieu, le Château d’Assas, près de Montpellier.

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Entre histoire de famille, d’architecture et de musique, le château d’Assas est un territoire situé à quelques kilomètres au nord de Montpellier, datant du XVIIIe siècle.

Les seigneurs d’Assas sont mentionnés dès le début du XIIe siècle. Le domaine est vendu en 1486 par Hugues d’Assas à Guillaume Bonnal, qui le vend par la suite en 1747 à Jean Mouton de la Clotte. Devenus banquiers, les Mouton sont anoblis au début du  XVIIIe siècle et achètent le château de la Clotte dont ils prennent le nom. Jean Mouton de la Clotte décide de faire abattre le château féodal d’Assas qu’il vient d’acheter et d’y faire construire une résidence d’été en 1759-1760. C’est l’édifice que nous connaissons aujourd’hui. C’est en 1949 que Robert Demangel, ancien directeur de l’École française d’Athènes en fait l’acquisition. Il appartient aujourd’hui à ses héritiers.

On attribue la paternité du château d’Assas à Jean-Antoine Giral, membre d’une influente dynastie d’architectes montpelliérains. Celle-ci est flanquée de deux pavillons à pans coupés, dotés d’un étage supplémentaire dominant le corps central. Le rythme est accentué par des pilastres ioniques en ordre colossal, couronné d’une balustrade de pierre.

La démolition du château de la Mosson (1758) ayant précédé de peu la construction d’Assas, divers éléments provenant de cet édifice ont été remployés, notamment la ferronnerie des balcons du premier étage et un grand lustre. Les boiseries qui décoraient le grand salon ovale d’Assas, elles aussi en provenance de la Mosson, ne sont cependant plus visibles : elles ont été vendues au XIXesiècle.

L’intérieur a conservé sa disposition et les circulations d’origine. En remplacement des boiseries de la Mosson, de grandes toiles peintes par Jacques de Lajoüe ornent les murs du grand salon. Elles ont pour sujet les arts et les sciences. Ce salon présente un petit orgue positif baroque et, surtout, le clavecin du XVIIIe siècle dont nous retrouvons plusieurs enregistrements du claveciniste Scott Ross. 

L’ensemble comprenant le château et ses deux galeries fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 14 septembre 1975. Les façades et toitures de la tour-pigeonnier font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 10 avril 1989.

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Simone Demangel, propriétaire du château d’Assas, grande résistante bien connue des habitants de la région pour son civisme et ses actions au sein du conseil municipal de Montpellier, fait l’acquisition en 1965 d’un clavecin français du XVIIIème siècle attribué au facteur lyonnais Donzelague.

Il s’agit d’un des plus beaux spécimens de la facture instrumentale française, grâce auquel Simone Demangel sût créer à Assas une ambiance favorable à la culture et aux échanges artistiques, faisant de sa maison un des hauts lieux de la musique baroque. Les grands clavecinistes deviendront alors des habitués d’Assas, Scott Ross, Gustav Leonhardt, William Christie, Kenneth Gilbert, Pierre Hantaï, Frédérick Haas, Benjamin Alard, Jean Rondeau…

C’est le 12 août 1969 que Scott Ross, jeune claveciniste surdoué alors inconnu du public, donnait son premier récital au château d’Assas, ouvrant la voie à cinquante années de vie musicale intense où récitals, enregistrements et masterclasses se succédèrent. Ainsi, de nombreux étudiants européens, américains ou japonais participeront à la création des premières Académies Internationales de Musique Ancienne en Occitanie. (Source : lefestival.eu)

Bien entendu, tous les concerts seront captés en audio et vidéo par les équipes de France Musique !

Un avant-goût avec ma sonate fétiche de Scarlatti, la K 141 (K comme Kirkpatrick) :

D’abord avec Scott Ross :

Puis dans un tout autre tempo – ce qui prouve, s’il en était besoin, l’extraordinaire liberté, la fantaisie inépuisable du compositeur…et de l’interpète ! – Jean Rondeau

Et comme c’est « le » bis favori de Martha Argerich…

Scarlatti au piano, c’est un autre sujet ! On y reviendra !

Conférence de presse

La conférence de presse est une institution aussi vieille que les saisons de concert ou d’opéra et les festivals. À l’heure des médias globaux, des réseaux sociaux, est-elle encore pertinente ? Doit-elle nécessairement revêtir la forme compassée – et passablement ennuyeuse ! – d’une suite de discours ?

A Liège, j’avais, dès 2000, répondu à la question en présentant la nouvelle saison – ma première – de l’Orchestre Philharmonique de Liège – simultanément à la presse, au public… et à l’orchestre. Une formule développée, amplifiée… et maintenue depuis lors, je le crois à la satisfaction de tous, à commencer par le public !

Dans le cas du Festival Radio France Occitanie Montpellier, pour la présentation de ma première programmation, celle du festival 2015, je m’étais plié à la tradition d’un rendez-vous solennel à l’Hôtel de Région de Montpellier : une table officielle où siégeaient les présidents ou représentants de la Région (alors Languedoc-Roussillon), du Département de l’Hérault, de la Ville de Montpellier, de Radio France, et en bout de table le directeur du Festival. Et une succession de discours, qui n’avaient pas tous – euphémisme – vocation à illustrer l’édition à venir du Festival. Une fois que l’auditoire, composé de représentants de la presse locale et régionale, avait eu largement le temps de décrocher, il revenait au dernier intervenant la mission de réveiller l’attention en essayant de parler des quelque 200 concerts prévus pour célébrer les 30 ans du Festival ! Tout cela sans musique ni vidéo…

En 2016, je propose à la nouvelle présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, et au PDG de Radio-France – qui, statutairement, sont les deux co-présidents du Festival Radio France Occitanie Montpellier – une formule allégée, plus alerte, centrée sur la musique et la programmation du festival. Outre « mes » co-présidents, le maire de Montpellier et le représentant du département prennent la parole, mais beaucoup plus brièvement. Il n’y a plus de tribune, les journalistes sont sur des chaises hautes près de « mange-debout » où ils peuvent prendre des notes, et j’ai surtout prévu avec l’équipe du festival une vidéo de présentation, d’une quinzaine de minutes, qui dit mille fois mieux qu’un discours, ce que sera la richesse et la diversité du programme 2016. Même dispositif en 2017.

Pour être complet, il faut ajouter que, comme je l’avais fait à Liège, dès 2015 je conviais le public montpelliérain à la Salle Pasteur du Corum à découvrir une partie substantielle du programme lors d’une séance complémentaire de l’exercice de la conférence de presse, et à partir de 2016 avec quelques surprises musicales.

Hier changement de lieu, de format, de contenu ! Paris, Quartier général de la Garde Républicaine !

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Cette vidéo n’existe pas

Accueil en fanfare. Première surprise pour les invités, à commencer la présidente de la Région Occitanie (qu’on aperçoit sur cette vidéo).

D’aucuns n’ont pas manqué de manifester leur surprise, lorsque je leur avais annoncé mon choix, il y a quelques semaines. Pourquoi Paris, alors que le Festival a lieu à Montpellier et en Occitanie ? Pourquoi la Garde Républicaine ?

IMG_5678(Bravo à Cristobal et Chloé pour la photo réalisée sans montage en sortant de la matinale de France-Musique à la Maison de la Radio)

La Garde Républicaine ,ce sont plusieurs formations musicales, pas seulement la Fanfare de cavalerie qu’on voit le 14 Juillet ou dans les grandes occasions nationales, c’est un orchestre symphonique, un orchestre d’harmonie, et le Choeur de l’Armée française, qui seront les hôtes d’honneur du Festival. Toutes sont mobilisées par le Festival Radio France, pour illustrer le thème principal de l’édition 2018 « Douce France » et participer à plusieurs événements du Festival. Comme la création le 26 juillet des Cris de Paris de Georges Kastner, un contemporain de Berlioz, sous la houlette d’Hervé Niquet.

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Les journalistes et les invités n’étaient pas au bout de leurs surprises, après que les deux co-présidentes, Carole Delga et la nouvelle présidente-directrice-générale de Radio France, Sibyle Veil, et moi-même eûmes présenté l’esprit et le contenu des 175 événements prévus du 9 au 27 juillet, d’est en ouest, du nord au sud de la vaste Occitanie.  Des membres du Choeur de l’Armée française dans un répertoire qui n’est pas le plus familier, et dont on m’a dit qu’ils l’avaient étudié spécialement pour l’occasion…

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J’aurai l’occasion de revenir sur un autre projet, vraiment fou, conçu avec le directeur de France Musique, Marc Voinchet, dont nous avons parlé hier matin dans la matinale de France Musique, au micro de Gabrielle Oliveira Guyon : émission qui peut être réécoutée ici : Jean-Pierre Rousseau invité de France Musique.

PS Je précise, pour les Montpelliérains, journalistes ou non, qui n’ont pu participer à cette réunion parisienne, qu’un nouveau rendez-vous leur est proposé le mardi 29 mai à 18 h, au Gazette Café, 6 rue Levat à Montpellier. Avec, comme de bien entendu, quelques (bonnes) surprises !