L’infantilisation comme mode de gouvernement ?

Me voici depuis dix jours dans un pays, l’Italie, qui a été l’un des premiers en Europe à subir la crise du COVID-19. Dans les lieux touristiques, les restaurants, les musées, tout le monde respecte les consignes – port du masque, distance, parfois prise de température – dans la bonne humeur et sans crispation apparente.

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(Bergame)

Je ne suis pas l’actualité italienne mais je n’ai pas l’impression que la crise sanitaire fasse la une des titres et des médias. Pas comme en Belgique ou en France où il ne se passe pas une journée que des titres auxquels je suis abonné en remettent une couche, avec une énième intervention du Monsieur Jourdain de la politique, ce Premier ministre qui surjoue son ancrage territorial et l’accent rocailleux de son Gers natal quand il a fait l’essentiel de sa carrière de haut fonctionnaire à Paris, et qui doit déjà sérieusement agacer celui qui l’a nommé, ou de tel de ses ministres qui appliquent rigoureusement les « éléments de langage » fournis par Matignon.

Il n’est pas jusqu’à la ministre de la Culture, la pourtant sympathique et compétente Roselyne Bachelot, qui semble avoir adopté la langue de bois de son prédécesseur : elle se promet « d’accompagner » le monde de la culture en engageant des « discussions » dès la semaine prochaine. Je n’ai rien lu d’elle protestant contre l’autorisation délivrée par le préfet de Vendée (donc l’Etat !) au Puy du Fou – juteuse entreprise privée – de s’affranchir de la règle des 5000 participants maximum !

D’autres et non des moindres – des sommités scientifiques (j’invite à lire le blog de l’ancien Recteur (Président) de l’Université de Liège, Bernard Rentier)  politiques, constitutionnelles – l’ont écrit : cette crise sanitaire a révélé et continue de révéler la dérive infantilisante de ceux qui nous gouvernent.

Le gouvernement de Twitter

On a tellement moqué Trump pour son usage immodéré de Twitter, mais je ne vois pas bien en quoi les élites françaises, tellement plus intelligentes et cultivées que le président américain, diffèrent de sa pratique.

Un feu de forêt, un accident de la route, une « incivilité « – ah qu’en termes élégants ces choses là sont dites ! – dans les transports, et c’est automatiquement une rafale de tweets tous sur le même modèle, avec les mêmes mots qui ne veulent plus rien dire. S’y ajoutent dès déplacements ministériels en grand appareil – au fait quel est le coût financier et écologique de ces expéditions aéroportées ? – qui, pardon de le dire brutalement, ne servent à rien ni à personne sauf à faire de belles (?) images censées impressionner le bon peuple et lui démontrer que ses gouvernants sont « sur le terrain » !

Bravo Macron !

Exception à cette règle, la réaction d’Emmanuel Macronà la tragédie de Beyrouth, son déplacement au Liban 48 heures à peine après les faits. Il fallait le faire, le président de la République l’a fait et bien fait !

Comme en 1992 François Mitterrand décidant nuitamment, après un sommet européen en Espagne, de se rendre à Sarajevo assiégée…

Irresponsabilité

N’attribuons pas aux seuls politiques la responsabilité de la cacophonie qui s’est manifestée pendant de longues semaines dans la communauté scientifique. Sauf quand, sans rien y connaître, ils reprenaient à leur compte les hypothèses ou pire les certitudes que les nouvelles stars des plateaux télé énonçaient complaisamment.

On pensait que scientifiques et politiques avaient tiré les leçons de plusieurs mois de doutes, d’errements, d’incohérences.

En cette mi-août, on a en réalité l’impression que tout recommence comme avant : prédictions alarmistes, informations anxiogènes, édictées sans le minimum de rigueur, de vérification des données et des chiffres. L’important c’est de faire du titre, du « buzz »…

Et le plus insupportable de tout : alors que les messages officiels ne cessent d’appeler à la responsabilité individuelle – respect des gestes-barrière, port du masque, tests – le comportement même du gouvernement (je parle de la France, mais la Belgique voisine n’est pas mieux lotie !). les annonces contradictoires, floues placent les citoyens, les chefs d’entreprises, les « acteurs »culturels – pour reprendre la novlangue en vigueur – en situation de complète irresponsabilité.

J’en sais quelque chose comme responsable d’une équipe et organisateur d’un grand festival (lire Un festival malgré tout) . Il a fallu à mes équipes et moi quasiment plus de temps pour lire, déchiffrer, des livres entiers de consignes, compléter des dossiers de plusieurs dizaines de pages de demande d’autorisation de spectacles (j’aurais dû demander un coup de pouce à Philippe de Villiers !), que pour monter la douzaine de concerts que, contre vents et marées administratifs, nous avons finalement organisés. Je peux l’avouer maintenant, j’ai reçu le jeudi 16 juillet l’autorisation du préfet de l’Hérault pour les concerts du week-end des 18 et 19 juillet ! 

Emmanuel Macron avait finalement reconnu, fin juin, qu’au lieu de tout décider uniformément d’en haut, il eût fallu faire confiance aux régions, aux collectivités territoriales, aux « acteurs de terrain » (novlangue bis).

Jouer la responsabilité plutôt que l’irresponsabilité !

Infantilisation

Prenons ou plutôt reprenons l’exemple des festivals, plus largement de la vie culturelle. 

D’abord ce triste constat : même si ce n’est jamais explicite, la culture reste toujours considérée par une majorité de politiques, et plus largement les dirigeants, comme une donnée accessoire, un divertissement, une variable d’ajustement des politiques publiques. Roselyne Bachelot et quelques autres ont beau rappeler que le secteur culturel pèse sept fois plus que l’industrie automobile dans le PIB, rien n’y fait, on doit penser que le sauvetage d’un pan aussi essentiel de notre économie peut attendre. 

Depuis des mois, on nous a placés – nous les responsables d’institutions, de salles, de festivals, nous les « acteurs culturels » (novlangue ter) – dans des situations intenables, insoutenables, parce que dépendant de décisions, ou d’indécisions d’un Etat central, d’une technocratie souvent compétente par beau temps, mais tétanisée dans la tempête. 

Pense-t-on vraiment qu’Olivier Py pour le festival d’Avignon, Jean-Louis Grindapour les Chorégies d’Orange, Pierre Audipour Aix-en-Provence, auraient été incapables de gérer leur édition 2020 en respectant toutes les mesures sanitaires, incapables d’accueillir leur public, de faire travailler leurs artistes ? Ah oui, mais c’était avant le 15 juillet, date fatidique énoncée par le gouvernement Philippe – sur quelle base scientifique, quels critères sanitaires ? – ! René Martin pour La Roque d’Anthéron, Eric Le Sage pour Salon-de-Provence, ont été plus malins que nous, ils ont continué de préparer leurs festivals en silence, en le reconfigurant – pas d’orchestre sur la grande scène de La Roque -.

À Montpellier, on a pu organiser deux concerts d’orchestre… dans un lieu clos (l’opéra Berlioz) les 10 et 11 juillet, avant le fameux week-end des 18/19 en plein air. 

Pense-t-on sérieusement qu’un directeur de festival, un responsable de salle, auraient pris un risque quelconque tant à l’égard du public que des interprètes ? La réponse des uns comme des autres a été évidente : salles combles, dans des jauges réduites des 2/3, répertoires choisis en fonction d’un nombre limité de musiciens sur scène. 

Quand je vois les annonces se succéder sur la rentrée dans les écoles, dans les entreprises, toutes sur un mode infantilisant, irresponsabilisant – si vous n’êtes pas sages cet été, attention le reconfinement vous guette ! – j’en viens à me demander sérieusement si l’infantilisation du citoyen n’est pas devenu un mode de gouvernement…

Expliquer que le risque zéro n’existe nulle part, que le bon sens adapté aux situations réelles est souvent la meilleure solution, cesser le mode compassionnel, émotionnel à propos de n’importe quel fait divers aussi pénible soit-il contribuerait peut-être à enrayer la désagrégation du politique, de la politique.

Fiction ou réalité ?

Je ne sais pas si je dois être rassuré par une série Le Baron noir dont je n’avais rien vu jusqu’à cet été.

Je trouve cette fiction assez remarquable, d’ailleurs est-ce une fiction ? Pour une fois une série « politique » n’est pas caricaturale, à l’exception peut-être de l’un ou l’autre acteurs – je ne trouve absolument pas crédibles Anna Mouglalis en présidente de la République ou Pascal Elbé en premier ministre centriste.

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En revanche, Kad Merad est une révélation en « grande gueule » de gauche, et – le plus étonnant – François Morel incarne de manière époustouflante un personnage qui ressemble à s’y méprendre à Jean-Luc Mélenchon !

JPRousseau | 16 août 2020 à 09:55 | Étiquettes : Aix en Provence, ANna Mouglalis, Audi, Avignon, Bachelot, Baron noir, Bayrou, Bergame, Beyrouth, Chorégies, culture, Dorandeu, Eric Le Sage, festival radio France, gouvernement, infantilisation, italie, Jean Louis Grinda, Kad Merad, La Roque d’Anthéron, Macron, Mélenchon, Mitterrand, Montpellier, Morel, Olivier Py, Orange, Pascal Elbé, Puy du Fou, René Martin, Rickwaert, Riester, Salon, Sarajevo, Thorigny | Catégories : actualité, Critique, Non Classé

 

Leon Fleisher : le pianiste aimé

Je n’ai jamais eu la chance ni de l’entendre en concert ni a fortiori d’assister à l’une de ses masterclasses, encore moins d’être son élève… Mais quand je vois ces extraits d’un atelier d’interprétation, je me dis que je regretterai longtemps de n’avoir pu fréquenter le pianiste Leon Fleisher né le 23 juillet 1928 à San Francisco, mort hier à 92 ans à Baltimore.

Quand je vois et lis tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, approché, de ceux qui ont bénéficié de son enseignement, de ses conseils, je mesure la réalité de l’émotion que suscite sa disparition.

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Ici aux côtés de son aîné Menahem Pressler (né en 1923 !).

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Ici avec François-Frédéric Guy qui dit avoir perdu son deuxième père.

Roselyne Bachelot, la ministre française de la Culture, n’a pas attendu que son cabinet lui ponde l’une de ces réactions ministérielles si souvent banales et convenues, pour saluer ce grand musicien, confronté, à l’acmé de sa carrière en 1964, à une paralysie de la main droite – ce qu’en des termes choisis on appelle une dystonie focale – ,condamné à jouer le répertoire pour la main gauche qu’avait suscité le pianiste autrichien Paul Wittgenstein amputé du bras droit au cours de la Première Guerre mondiale, et à force de travail et d’obstination revenu à la pratique des deux mains : « Hommage à Leon Fleisher, pianiste et chef d’orchestre américain mort hier. Il perd l’usage de sa main droite à 36 ans, réussit à en retrouver l’usage après plusieurs années et célèbre ce retour par un enregistrement baptisé Two hands. Sa leçon de vie : ne jamais s’avouer vaincu. »

Restent heureusement de si beaux disques, notamment un admirable coffret, dont je m’étonne de ne jamais avoir parlé ici…. alors que j’y reviens régulièrement, pour y entendre notamment ces concertos de Mozart, Beethoven ou Brahms gravés pour l’éternité avec George Szell.

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Ou si l’on ne veut que les concertos :

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Un festival malgré tout

Rappelons les épisodes précédents : l’annulation de l’édition 2020 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – Le coeur lourd (le 24 avril) et, puisqu’il m’était impossible de me résigner à un désert musical et culturel, la conception, l’envie d’Un festival autrement (le 17 juin).

Finalement, le Festival 2020 a bien eu lieu du 10 au 30 juillet, et ce fut une fantastique aventure collective d’une équipe mobilisée comme jamais pour réussir ce qui relevait, il y a encore quelques semaines, du pari impossible.

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On est évidemment loin des records d’audience des années passées – plus de 104000 spectateurs pour plus de 150 concerts ! – mais on est tout de même fiers d’avoir permis à 5000 personnes d’assister à 13 concerts à Montpellier, dans le strict respect des normes de sécurité sanitaire.

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IMG_1378(Visite des représentants des très fidèles soutiens du Festival : de gauche à droite Michel Orier, directeur de la Musique et de la création de Radio France, Michaël Delafosse, nouveau Maire et président de la Métropole de Montpellier, Eric Penso, nouveau maire de Clapiers et Vice-président Culture de la Métropole de Montpellier, Renaud Calvat, Vice-président Culture du Département de l’Hérault. Manque sur la photo le fidèle entre les fidèles Hussein Bourgi, conseiller régional qui représentait Carole Delga, présidente de la Région Occitanie)

Les meilleurs moments – archives, des entretiens inédits avec de grandes figures du festival – de la Radio du Festival seront bientôt disponibles sur la chaîne YouTube du Festival Radio France. Et le bilan complet du Festival est à retrouver sur : lefestival.eu

Un festival malgré tout… au son des cigales   (voir Le Figaro du 26 juillet)

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Demandez le programme !

Il y a une semaine j’annonçais une surprise. Elle a eu lieu, comme l’a écrit Michèle Fizaine dans Le Midi Libre

« Samedi soir, le festival de Radio France ressuscite, après la mort de 165 concerts. Le matin, toutes les réservations sont parties en quelques minutes ! »

Une heure et quart de concert où l’Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par son jeune – et très talentueux – chef assistant, le Suédois Magnus Fryklund, a donné le meilleur de lui-même dans un programme adapté aux normes sanitaires. Pas de grand effectif, mais une très poétique Cinquième symphonie de Schubert, une Petite suite de Debussy dans l’orchestration si délicate d’Henri Büsser – qui a été pour beaucoup une découverte, ainsi que deux fanfares pour conclure : celle qui ouvre La Péri de Paul Dukas, et la Fanfare for the common man de Copland.

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Une semaine plus tard, nous y voilà : tout un week-end de musique « en vrai ». Les dernières autorisations sont arrivées… hier ! Mais j’expliquais, avant-hier, au micro de France Bleu Gard Lozère – à réécouter ici – que si j’avais attendu d’avoir toutes les permissions, nous n’aurions jamais imaginé le Festival Autrement, ces douze concerts du week-end qui vont permettre de renouer, au moins un peu, cet indispensable lien entre les musiciens et le public.

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Voilà le programme de ce week-end :

Samedi, sept concerts dans l’écrin des jardins de la Maison des Relations internationales de Montpellier

à 12h et 14h30 Made in Brass, le sextuor de cuivres de l’Orchestre national de Montpellier

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à 13h15 et 15h45 le jeune Quatuor Hanson jouant Mozart et Ravel

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à 17h et 18h15 un autre quatuor, de clarinettes, le bien nommé quatuor Anches Hantées

et à 19h30 les merveilleux Tromano

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Le samedi soir à 20h30 cap sur le parc départemental du château d’O, au nord de Montpellier. Première des deux soirées jazz de ce « Festival Autrement » avec le trio Barolo

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Suite du week-end le dimanche 19 dans les mêmes lieux – l’amphithéâtre des Micocouliers et le parvis du château d’O.

à 15h 30 Ingmar Lazar joue Haydn et Beethoven

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à 17h le violoncelliste Christian-Pierre La Marca et le pianiste Nathanaël Gouin, qui devaient initialement chacun jouer séparément, l’un à Fontfroide, l’autre à Toulouse, se retrouvent à Montpellier pour un somptueux programme.

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à 18h30 un improbable et excitant duo accordéon contrebasse avec les deux compères Félicien Brut et Edouard Macarez.

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Et pour finir sous les étoiles, un autre trio de jazz, à 20 h 30 autour de Paul Lay

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Il y aura forcément un goût de trop peu…

Tous ces concerts sont diffusés en direct sur La Radio du Festival !

Réservation obligatoire sur lefestival.eu

 

 

 

 

La génération Piano (I) : Florian Noack

En ce moment même, France Musique rediffuse le récital que Florian Noack donnait le 18 juillet 2016 au Festival Radio France Occitanie Montpellier (à écouter ici), avec, entre autres exploits, une époustouflante Shéhérazade de Rimski-Korsakov, transcrite par ses soins pour piano !

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J’ai choisi le tout jeune trentenaire belge pour ouvrir cette série d’été sur mon blog, parce qu’il incarne, à mes yeux – et surtout à mes oreilles – ce qui fait la singularité d’une partie, mais d’une partie seulement, des pianistes de la jeune génération : au-delà d’une technique, superlative parce que transcendée, un propos original, audacieux, soit dans le choix du répertoire, soit dans la vision, l’approche de ce dernier.

Florian Noack n’a pas gagné les lauriers qui auraient dû logiquement lui être destinés lors du dernier concours Reine Elisabeth de Belgique consacré au piano. Il n’est pas le seul dans ce cas – lire De l’utilité des concours – mais je n’ai pas le sentiment que cet échec ait nui à sa carrière, encore moins à sa personnalité artistique.

La seule discographie de ce jeune artiste dit assez son intelligence et sa curiosité. A suivre à la trace donc !

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Surprise

La nostalgie aurait pu me gagner, lorsque Facebook me montre les photos prises et publiées il y a un an, deux ans, etc… Toujours des photos qui correspondent au début d’une édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Le 24 avril dernier j’annonçais l’annulation de l’édition 2020 (Le coeur lourd) et après de longues semaines marquées par les hésitations, les atermoiements du ministère de la Culture, mais aussi par un formidable travail – à distance – d’une équipe du Festival plus motivée que jamais, le 17 juin nous évoquions un Festival Autrement.

Voici qu’aujourd’hui, à la date initialement prévue pour l’ouverture de l’édition 2020, nous ouvrons ce Festival Autrement, d’abord avec une radio – la Radio du Festival – qui commence à émettre aujourd’hui à 16 h et qui sera disponible 24h/24

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Radio écoutable grâce à une appli téléchargeable.

Dès lundi 13 juillet, c’est au tour de France Musique d’entrer dans la danse pour deux semaines, avec chaque jour ou presque à 16h et 20 h la rediffusion des grandes heures du Festival.

Mais il y aura d’abord, pour les Montpelliérains – et les auditeurs de la Radio du Festival – la surprise de deux concerts en public de l’Orchestre National Montpellier Occitanie, le pilier, le partenaire historique du Festival, ce soir et demain à l’Opéra Berlioz.

Et le week-end prochain une dizaine de concerts en plein air avec des artistes déjà engagés pour l’édition « normale ».  On passera sur la complexité de la mise en place de ces concerts, pour ne retenir que la joie qui sera celle du public, des musiciens… et de l’équipe du Festival.

 

 

Un festival « autrement »

Je relis ce que j’écrivais ici, le 15 avril : Lettre à mes amis et aux autres, le 25 avril: Le coeur lourd, le 22 mai: Le silence de la musique. 

Ce 17 juin, Diapason titre : Plan de relance : a-t-on oublié la culture ?.

Quelques festivals ont résisté à la déferlante d’annulations que les incertitudes sur l’épidémie de Covid-19 liées à l’ouverture généralisée du parapluie – le fameux « principe de précaution » – chez les élites qui nous gouvernent avaient provoquée, parce qu’ils ont pu attendre d’y voir plus clair (comme La Roque d’Anthéron, Salon).

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Pour ce qui est du Festival Radio France Occitanie Montpellier – 165 manifestations annulées – la potion est amère. Au moment où, selon les mots du président de la République dimanche soir, « la vie doit reprendre comme avant« , c’est pourtant à un été presque sans culture, sans théâtre, sans musique que se préparent touristes et vacanciers qui vont visiter notre beau pays de France.

Comme beaucoup d’autres, petits ou grands festivals, je ne me résigne pas à ce désert, à cette disette culturelle. Impensable, à la mi-juin, de tout recommencer. Mais au moins faire vivre « autrement » la musique et les musiciens, c’est ce que précise le communiqué publié hier soir (voir à la fin de ce papier).

Et renouer le lien entre artistes et public, une petite dizaine de concerts – bien peu par rapport à l’étiage habituel du festival – mais dix concerts emblématiques, des artistes magnifiques, classiques, jazz, électro, le week-end des 18 et 19 juillet à Montpellier. 

 

Le communiqué du Festival :

Lorsque la décision a été prise, lors de la réunion du Conseil d’administration du 24 avril dernier, d’annuler l’édition 2020 du Festival, nous avions annoncé notre intention d’envisager un « Festival autrement ».

Ce « Festival autrement » repose sur  trois projets qui constitueront une offre riche et innovante pour les artistes et le public, et refléteront la diversité musicale et géographique du Festival.

Sur les ondes avec Radio France

Le lien historique entre Radio France et le Festival se manifestera avec une vigueur renouvelée.

– Les Rencontres de Pétrarque seront diffusées de Paris, du 29 juin au 3 juillet, sur France Culture.

– La grille d’été de France Musique réserve une place exceptionnelle au Festival, du 13 au 25 juillet, avec, chaque jour pendant cette période, des rediffusions des grandes heures classiques et jazz du Festival, ainsi que des directs des concerts des formations de Radio France : le 16/07 l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Barbara Hannigan, qui chantera également Les Illuminations de Britten, le 23/07 l’Orchestre National de France sous la baguette de son futur directeur musical, Cristian Măcelaru.

La radio du Festival

Du 10 au 30 juillet – suivant les dates initialement prévues pour l’édition 2020 – le Festival proposera sa propre Webradio, animée par une grande partie de l’équipe, installée à Montpellier, à raison de 5 h à 6 h par jour.

Archives, entretiens inédits, séquences coulisses, côté public, mais aussi des « live » (concerts de l’Orchestre National de Montpellier les 10 et 11/07, concerts en région), rediffusions de concerts (en complément de France Musique).

Cette Webradio fera une large place d’abord aux artistes si durement éprouvés par la crise sanitaire, mais aussi au public, aux auditeurs, qui participeront à sa programmation, ainsi qu’à tous les acteurs de l’ombre qui rendent chaque année possible la réalisation de plus de 160 concerts et événements.

Une expo photo virtuelle, tirée des archives du Festival, accompagnera cette Webradio.

Un week-end pour renouer le lien

Compte-tenu de l’évolution favorable de la situation sanitaire, plusieurs festivals qui n’avaient pas annulé (La Roque d’Anthéron, Salon de Provence) ont maintenu une offre importante de concerts. S’il est tout à fait inenvisageable de rétablir l’ambitieuse programmation qui avait été prévue pour l’été 2020, nous ne pouvons nous résoudre au silence, par respect pour le public et les artistes qui font confiance depuis 35 ans au Festival.

C’est pourquoi nous proposerons un week-end symbolique – les 18 et 19 juillet – d’une dizaine de concerts classiques, jazz et électro, en toutes petites formations, dans des lieux de plein air, dans la ville de Montpellier ainsi que dans le parc départemental du château d’O.  

Concerts gratuits, respectant les normes sanitaires.

Avec des artistes déjà invités dans la programmation 2020.

L’occasion de commémorer les 800 ans de la Faculté de médecine de Montpellier et de mettre en valeur des lieux de patrimoine.

Ce week-end sera diffusé et capté par la Webradio du Festival. (16 juin 2020)

 

Black is a color

Une image me hante depuis le 25 mai, cette vidéo terrible, terrifiante, monstrueuse : l’assassinat de George Floyd à Minneapolis par un policier regardant droit dans les yeux la caméra qui le filme devant trois collègues complices…

Comme toujours, c’est la musique qui console de l’horreur. Cette chanson si belle de Nina Simone :

Black is the color of my true love’s hair
His face so soft and wondrous fair
The purest eyes
And the strongest hands
I love the ground on where he stands
I love the ground on where he stands
Black is the color of my true love’s hair
Of my true love’s hair
Of my true love’s hair
Oh I love my lover
And where he goes
Yes, I love the ground on where he goes
And still I hope
That the time will come
When he and I will be as one
When he and I will be as one
So black is the color of my true love’s hair
Black is the color of my true love’s hair
Black is the color of my true love’s hair

Black Notes

C’est précisément après l’assassinat de Martin Luther King que prend corps, dans l’Amérique de Nixon, un projet initié par le chef d’orchestre américain Paul Freeman  (1936-2015) de mise en valeur des compositeurs noirs, CBS réalise entre 1974 et 1978 une série d’enregistrements, qui a été opportunément, mais trop discrètement, éditée en CD il y a quelques mois.

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Lire ce que j’en écrivais ici en janvier 2019 : Black Notes.

Le 15 juillet prochain, le Festival Radio France Occitanie Montpellier avait prévu de faire jouer par Chouchane Siranossian et Les Siècles, dirigés par François-Xavier Roth, l’un des concertos pour violon de celui qu’on désigna comme le « Mozart parisien« , Joseph Bologne, chevalier de Saint-George,né près de Basse-Terre en Guadeloupe en 1745, mort à Paris couvert de gloire en 1799.

Obituaire

Après Gabriel Bacquier, le monde lyrique est de nouveau en deuil : Mady Mesplé et Janine Reiss. 

La chanteuse toulousaine nous émeut encore avec ce concert d’adieu au Théâtre des Champs-Elysées il y a trente ans. Elle est pour toujours… la Dame de Monte-Carlo.

De tristesse et d’espoir

Tous au paradis

Encore un coup monté ! Jean-Loup Dabadie dimanche dernier, Guy Bedos hier. La camarde a fauché large cette semaine dans le camp du bonheur.

Tout a été dit sur ces deux-là, que je n’ai pas connus autrement que comme auditeur et spectateur, les scénarios, les chansons, les sketches de l’un et l’autre, de l’un pour l’autre souvent.

Le hasard a voulu que j’achève la lecture de ces souvenirs, ou plutôt de ces bribes, de Guy Bedos juste au début du confinement.

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Départ et retour à Radio France

Au moment où Michel Orier, le directeur de la musique et de la création de Radio France, annonçait sur l’antenne de France Musique, hier matin, une excellente nouvelle, la reprise dès le 9 juin des concerts, entre autres, de l’Orchestre National de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France à l’Auditorium de la Maison de la radio,

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Emmanuel Krivine, directeur musical de l’Orchestre National depuis le 1er septembre 2017, annonçait sa démission à effet immédiat « pour raisons personnelles », alors que son mandat courait jusqu’à 2021.

Je regrette cette décision, même si elle ne me surprend pas tout à fait. Je connais le chef français depuis 1987, à qui m’unit un lien particulier. J’ai été fier d’avoir pu contribuer à sa nomination à la tête de l’Orchestre National, de l’avoir fait revenir diriger cet orchestre dès septembre 2015 dans le cadre du festival de Montreux, j’ai été heureux de l’accueillir à Montpellier à trois reprises en 2017, 2018 et 2019 (quel souvenir cette Seejungfrau de Zemlinsky). Nous avions encore un beau projet pour l’été 2020…  Reste l’amitié, l’admiration pour l’un de nos plus grand chefs.

Les Métamorphoses de Renaud Capuçon

Je ne regrette pas le billet que j’ai écrit avant-hier (Les frères Capuçon sont-ils détestables ? ) même s’il m’a valu, comme c’était prévisible, des commentaires plus ou moins obligeants, venant – et le phénomène ne me surprend malheureusement pas ! – de lecteurs qui appliquent leur propre prisme à un texte dont ils ne retiennent que ce qui va dans ou contre leur sens ! Ainsi mon billet ne serait qu’une suite de gentillesses, de compliments à l’endroit de Renaud et Gautier, et l’expression de ma complaisance à l’égard de leurs initiatives médiatiques. J’invite chacun à relire, sans lunettes déformantes, ce que j’ai écrit !

Comme je n’ai nulle part écrit que Renaud Capuçon était le plus grand violoniste du siècle, que je sais son talent et ses limites, je n’en suis que plus à l’aise pour dire combien j’ai été touché, ému, profondément, par le magnifique concert que la pub de la Philharmonie de Paris a présenté comme celui de « Renaud Capuçon and Friends ».

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à voir absolument ici :

https://www.arte.tv/fr/videos/097996-002-A/renaud-capucon-friends-jouent-les-metamorphoses-de-strauss/

Les Métamorphoses, pour 23 cordes solistes, de Richard Strauss, ont été achevées en avril 1945. Sublime tombeau et hommage à la civilisation allemande anéantie par la Seconde guerre mondiale et le nazisme.

Et message d’espérance tout autant, après la sinistre période que nous venons de traverser, qui semble prendre fin avec les annonces du Premier ministre hier.

 

 

 

 

 

Le silence de la musique

Je ne peux qu’inviter à la lecture de cette tribune parue hier sur liberation.fr : Le silence des orchestres, jusqu’à quand ?. 

Une tribune, signée Mathieu Schneider, vice-président de l’Université de Strasbourg, historien de la musique :

« La santé de la population est une chose, l’hystérie normative en est une autre. Et elle a de quoi inquiéter de nombreux secteurs d’activité.

Les ensembles musicaux, instrumentaux ou vocaux, risquent d’en faire les premiers les frais. Il est urgent de trouver aujourd’hui le juste équilibre entre prévention et acceptation du risque, et de redonner du sens à la responsabilité individuelle. A vouloir se prémunir collectivement de tout, on arrêtera de vivre.

Ce n’est qu’à ce prix qu’en cette année 2020 où nous fêtons les 250 ans de la naissance de

Beethoven, nous redonnerons sa voix à la musique et et son sens à la civilisation. » 

(Lire ici la totalité de l’article)

 

img_2022(L’Orchestre National de France dans l’auditorium de la Maison de la Radio à Paris)

À rapprocher d’un édito – au ton nettement plus polémique – d’Etienne Gernelle dans Le Point du 7 mai dernier : La civilisation de la pétoche.

Dans cet article du 25 avril  – Le coeur lourd – j’expliquais la décision que j’avais dû prendre d’annuler l’édition « physique » du Festival Radio France 2020.

Un mois plus tard, je constate que les parcs d’attraction vont rouvrir, que les grands spectacles comme Le Puy du Fou reprennent. Que quelques festivals amis ont maintenu, contre la pression médiatique, tout ou partie de leur édition, et qu’à l’inverse l’une des plus touristiques régions de France, l’Occitanie, n’aura à offrir à ses citoyens, et ses visiteurs, qu’un désert culturel et musical…

Tout le monde a pu voir sur Facebook cette photo prise par le baryton Michael Volle sur un vol long-courrier, archi-plein et l’indignation qui est la sienne, partagée par tant de ses collègues, comme Sonya Yoncheva ou Anna Netrebko, relayée par Diapason : Avions pleins à craquer, salles de concert vides

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Au nom de ces principes de « précaution » dénoncés par Mathieu Schneider et Etienne Gernelle, de la crainte qui s’est emparée de tous les responsables politiques de devoir répondre des conséquences de leurs décisions devant la justice, on laisse tout un éco-système culturel dans un brouillard total.

Pourrait-on au moins laisser les organisateurs, les patrons d’orchestres, de salles de concert, expérimenter, essayer, de nouveaux formats de concert ou de représentations d’opéra, avec le concours d’un public volontaire… et bien sûr des artistes pour qui ce serait toujours mieux que le rien actuel ?

Je ne parviens pas à me résoudre à ce que, désormais, la musique doive ressembler à cela :

J’emprunte à Mathieu Schneider la conclusion de son article :

«O Freunde, nicht diese Töne !» (O amis, pas ces notes !) Que l’anathème portée par le baryton de la Neuvième de Beethoven contre la petitesse de la société bourgeoise des années 1820 soit pour nous aussi une exhortation à imaginer un idéal ! Les règles ont toujours été bénéfiques pour l’art, car il s’en est joué. Les normes, elles, brident la création et obstruent le regard. Ce regard doit aujourd’hui, plus que jamais, être collectif. Les orchestres, ce ne sont pas que de grandes institutions publiques, ce sont aussi des milliers d’associations d’amateurs par le monde, pour lesquelles jouer de la musique est d’abord un plaisir.

Ce plaisir ne doit aujourd’hui pas être tabou. C’est lui qui nous donne envie, c’est lui qui fait communauté. N’est-ce pas un hasard si les sons que le baryton nous exhorte à écouter sont précisément ceux de l’Ode à la joie de Schiller ? Cette joie, Schiller et Beethoven l’ont chantée sur le mode de la fraternité, celle qui seule pourra redonner, par-delà les frontières, sa voix à Beethoven et son sens à notre civilisation (Libération, 21 mai 2020)