Servir plutôt que se servir

La « niaque » de Carole Delga

Les médias parisiens ont mis plusieurs heures à saluer et analyser la large victoire de Carole Delga aux élections régionales en Occitanie.

J’ai la chance de travailler depuis six ans avec la présidente de la Région Occitanie. Le soutien que je lui ai apporté avant l’élection, les félicitations que je lui ai adressées dimanche soir, n’étaient ni de pure forme ni de politesse intéressée. J’aime son caractère, sa fidélité imparable à des valeurs sur lesquelles elle n’a jamais transigé (« Mon projet n’est pas compatible avec les propos de Jean-Luc Mélenchon »), sa fidélité aussi aux hommes et aux femmes de cette immense région. Il n’est que d’écouter ce qu’elle déclarait dans la première interview qu’elle accordait lundi matin à France Bleu Toulouse : Mon avenir, c’est la Région Occitanie

J’aime la politique quand elle est pratiquée de la sorte : dire ce qu’on fait, faire ce qu’on dit. C’est ce que, au-delà d’une abstention massive et très préoccupante, les électeurs ont voulu approuver dimanche.

Je salue ici aussi la belle victoire d’élus régionaux – Hussein Bourgi, Serge Regourd -, départementaux – Renaud Calvat – qui ont la même conception de la politique : servir plutôt que se servir.

Les valeurs de Renaud Capuçon

Prononcer son nom sur certains réseaux sociaux vous expose à toutes sortes de railleries et d’apostrophes. Renaud Capuçon on aime ou on déteste !

Le violoniste que j’ai invité le 16 juillet prochain à Montpellier avec Michel Dalberto à jouer Fauré, Elgar et Richard Strauss (lefestival.eu) se livre, comme jamais, dans un long entretien au magazine Classica de juillet.

Ses admirateurs comme ses détracteurs devraient lire ce que dit Renaud Capuçon, sans aucune langue de bois :

Sur la crise sanitaire : « Je n’ai laissé voir que le côté bon élève gentil qu’on retrouve dans mon aspect physique ou ma manière de m’habiller. Or j’étais intérieurement désespéré. Pas pour moi, mais pour les autres. Je sais que l’Etat a fait beaucoup, bien plus que les autres pays du monde, mais si le musicien d’orchestre ou les intermittents ont été protégés, ce n’est pas le cas des solistes qui ont vu s’annuler tous leurs concerts de l’année contre une maigre obole de 1500 €. Il y a eu des gens connus qui n’arrivaient plus à payer leur loyer.. »

Un projet sans lendemain : « Au lieu de pleurer, j’ai imaginé le projet d’une gigantesque captation de toute la musique française, de Rameau à nos jours, pour donner du travail à tous et créer un document unique, payé par l’Etat, consultable partout et qui pourrait s’avérer un trésor national »…. Le violoniste dit en avoir parlé à Emmanuel Macron, Bruno Le Maire et Roselyne Bachelot, mais constate que ça n’a pas pu se faire : « Je n’en veux à personne, mais c’est dommage car c’était un vrai plan Marshall pour la culture, qui aurait mis tous les musiciens français, connus ou pas connus, à égalité et qui aurait rallumé la flamme »

Notre-Dame et les insultes : Renaud Capuçon évoque sa traversée de la crise sanitaire, les projets qu’il a imaginés avec de jeunes musiciens pour des captations, et un épisode qui l’a meurtri : « à Pâques en 2020, l’archevêché de Paris m’a demandé de jouer les Sept dernières paroles du Christ de Haydn avec mon quatuor à cordes. Je suis musicien, croyant, amoureux de Notre-Dame, j’ai tout de suite dit oui. Mais le général Georgelin a prévenu qu’il était impossible d’accueillir plus d’un musicien pour des raisons de sécurité. J’y suis donc allé seul. Après cette expérience, j’étais encore rempli d’émotion quand un ami m’a appelé. C’est par lui que j’ai appris le déchaînement d’insultes déversées sur ma page Facebook. Il y avait des violonistes, des personnes que je connaissais. J’étais abasourdi. Cette période révèle la vraie nature des gens »

Plus loin, Renaud Capuçon confesse une addiction paradoxale aux réseaux sociaux, mesure les avantages comme les inconvénients de la célébrité, de l’exposition (surexposition ?) médiatique..

Servir et non se servir de la musique : « Mon obsession, c’est que la musique ne soit jamais reléguée au second plan. Ne jamais perdre de vue le noyau, l’intégrité. Chaque jour je dois prendre des décisions, je suis très souvent sollicité pour des choses qui pourraient me tenter… J’ai refusé de participer à Prodiges* qui est une émission de divertissement. Je reste attaché à une certaine éthique, celle des Casals, Busch, Menuhin.

En un mot, j’aime et j’admire ceux qui ne se servent pas de la musique mais qui la servent.

Je n’ai pas regardé les dernières Victoires de la musique classique. Je reste marqué par une certaine époque et une certaine classe, celle d’un Jacques Chancel hier ou d’une Anne Sinclair aujourd’hui. Partager le beau avec un large public sans avilir. J’ai souvent l’impression que la télévision ignore ce qu’est un vrai talent ou un vrai musicien. Sur les chaînes publiques la musique fait partie du cahier des charges, mais on lui demande aussi de faire de l’audience alors même qu’il n’y a plus de publicité à cette heure-là. Il faudrait s’inspirer de la BBC qui opère une distinction entre culture et divertissement…. Ce n’est pas le nombre de followers qui doit décider qui joue bien une sonate de Mozart. La musique classique, c’est tout sauf ce monde-là ! »

Il faut lire toute la suite de l’entretien, largement consacrée au répertoire du musicien, à ses rapports avec les compositeurs d’aujourd’hui, à son activité d’enseignement et aux projets qu’il nourrit avec l’Orchestre de chambre de Lausanne dont il vient d’être nommé directeur artistique

Quant à moi, je ne suis pas surpris de lire cet entretien. Je connais Renaud depuis ses 18 ans ! Je l’ai vu se former, se forger son identité de musicien, progresser pas à pas, je l’ai invité plusieurs fois à Liège – Brahms, Rihm, Escaich, Beethoven… -. Je l’ai entendu créer les oeuvres de Dusapin, Mathias Pintscher. Je lui avais demandé, en 2017, de jouer à Montpellier le concerto de Khatchaturian, voici ce qu’il en disait au micro de France Musique : « C’est la première fois que je joue ce concerto. Au départ, je comptais présenter le n°1 de Prokofiev mais j’ai accepté le challenge de travailler un nouveau concerto car il était totalement dans le thème de cette soirée appelée « Aux confins de l’Empire ». Je suis très heureux de le jouer car c’est une œuvre que je connaissais mal. Elle a beaucoup d’allure et qui va plaire au public. C’est très daté dans l’écriture car quand on compare avec ce que pouvait composer Schönberg, Stravinsky ou Berg à la même époque ou plus tôt. Ce concerto illustre extrêmement bien l’époque, la Russie des années 1940.« 

J’ai hâte de le retrouver le 16 juillet prochain à Montpellier.

(* Prodiges est une émission de France 2, un « concours » pour jeunes musiciens avec un jury dont fait partie Gautier Capuçon, le frère violoncelliste de Renaud)

L’infantilisation comme mode de gouvernement ?

Me voici depuis dix jours dans un pays, l’Italie, qui a été l’un des premiers en Europe à subir la crise du COVID-19. Dans les lieux touristiques, les restaurants, les musées, tout le monde respecte les consignes – port du masque, distance, parfois prise de température – dans la bonne humeur et sans crispation apparente.

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(Bergame)

Je ne suis pas l’actualité italienne mais je n’ai pas l’impression que la crise sanitaire fasse la une des titres et des médias. Pas comme en Belgique ou en France où il ne se passe pas une journée que des titres auxquels je suis abonné en remettent une couche, avec une énième intervention du Monsieur Jourdain de la politique, ce Premier ministre qui surjoue son ancrage territorial et l’accent rocailleux de son Gers natal quand il a fait l’essentiel de sa carrière de haut fonctionnaire à Paris, et qui doit déjà sérieusement agacer celui qui l’a nommé, ou de tel de ses ministres qui appliquent rigoureusement les « éléments de langage » fournis par Matignon.

Il n’est pas jusqu’à la ministre de la Culture, la pourtant sympathique et compétente Roselyne Bachelot, qui semble avoir adopté la langue de bois de son prédécesseur : elle se promet « d’accompagner » le monde de la culture en engageant des « discussions » dès la semaine prochaine. Je n’ai rien lu d’elle protestant contre l’autorisation délivrée par le préfet de Vendée (donc l’Etat !) au Puy du Fou – juteuse entreprise privée – de s’affranchir de la règle des 5000 participants maximum !

D’autres et non des moindres – des sommités scientifiques (j’invite à lire le blog de l’ancien Recteur (Président) de l’Université de Liège, Bernard Rentier)  politiques, constitutionnelles – l’ont écrit : cette crise sanitaire a révélé et continue de révéler la dérive infantilisante de ceux qui nous gouvernent.

Le gouvernement de Twitter

On a tellement moqué Trump pour son usage immodéré de Twitter, mais je ne vois pas bien en quoi les élites françaises, tellement plus intelligentes et cultivées que le président américain, diffèrent de sa pratique.

Un feu de forêt, un accident de la route, une « incivilité « – ah qu’en termes élégants ces choses là sont dites ! – dans les transports, et c’est automatiquement une rafale de tweets tous sur le même modèle, avec les mêmes mots qui ne veulent plus rien dire. S’y ajoutent dès déplacements ministériels en grand appareil – au fait quel est le coût financier et écologique de ces expéditions aéroportées ? – qui, pardon de le dire brutalement, ne servent à rien ni à personne sauf à faire de belles (?) images censées impressionner le bon peuple et lui démontrer que ses gouvernants sont « sur le terrain » !

Bravo Macron !

Exception à cette règle, la réaction d’Emmanuel Macronà la tragédie de Beyrouth, son déplacement au Liban 48 heures à peine après les faits. Il fallait le faire, le président de la République l’a fait et bien fait !

Comme en 1992 François Mitterrand décidant nuitamment, après un sommet européen en Espagne, de se rendre à Sarajevo assiégée

Irresponsabilité

N’attribuons pas aux seuls politiques la responsabilité de la cacophonie qui s’est manifestée pendant de longues semaines dans la communauté scientifique. Sauf quand, sans rien y connaître, ils reprenaient à leur compte les hypothèses ou pire les certitudes que les nouvelles stars des plateaux télé énonçaient complaisamment.

On pensait que scientifiques et politiques avaient tiré les leçons de plusieurs mois de doutes, d’errements, d’incohérences.

En cette mi-août, on a en réalité l’impression que tout recommence comme avant : prédictions alarmistes, informations anxiogènes, édictées sans le minimum de rigueur, de vérification des données et des chiffres. L’important c’est de faire du titre, du « buzz »…

Et le plus insupportable de tout : alors que les messages officiels ne cessent d’appeler à la responsabilité individuelle – respect des gestes-barrière, port du masque, tests – le comportement même du gouvernement (je parle de la France, mais la Belgique voisine n’est pas mieux lotie !). les annonces contradictoires, floues placent les citoyens, les chefs d’entreprises, les « acteurs »culturels – pour reprendre la novlangue en vigueur – en situation de complète irresponsabilité.

J’en sais quelque chose comme responsable d’une équipe et organisateur d’un grand festival (lire Un festival malgré tout. Il a fallu à mes équipes et moi quasiment plus de temps pour lire, déchiffrer, des livres entiers de consignes, compléter des dossiers de plusieurs dizaines de pages de demande d’autorisation de spectacles (j’aurais dû demander un coup de pouce à Philippe de Villiers !), que pour monter la douzaine de concerts que, contre vents et marées administratifs, nous avons finalement organisés. Je peux l’avouer maintenant, j’ai reçu le jeudi 16 juillet l’autorisation du préfet de l’Hérault pour les concerts du week-end des 18 et 19 juillet ! 

Emmanuel Macron avait finalement reconnu, fin juin, qu’au lieu de tout décider uniformément d’en haut, il eût fallu faire confiance aux régions, aux collectivités territoriales, aux « acteurs de terrain » (novlangue bis).

Jouer la responsabilité plutôt que l’irresponsabilité !

Infantilisation

Prenons ou plutôt reprenons l’exemple des festivals, plus largement de la vie culturelle. 

D’abord ce triste constat : même si ce n’est jamais explicite, la culture reste toujours considérée par une majorité de politiques, et plus largement les dirigeants, comme une donnée accessoire, un divertissement, une variable d’ajustement des politiques publiques. Roselyne Bachelot et quelques autres ont beau rappeler que le secteur culturel pèse sept fois plus que l’industrie automobile dans le PIB, rien n’y fait, on doit penser que le sauvetage d’un pan aussi essentiel de notre économie peut attendre. 

Depuis des mois, on nous a placés – nous les responsables d’institutions, de salles, de festivals, nous les « acteurs culturels » (novlangue ter) – dans des situations intenables, insoutenables, parce que dépendant de décisions, ou d’indécisions d’un Etat central, d’une technocratie souvent compétente par beau temps, mais tétanisée dans la tempête. 

Pense-t-on vraiment qu’Olivier Py pour le festival d’Avignon, Jean-Louis Grindapour les Chorégies d’Orange, Pierre Audipour Aix-en-Provence, auraient été incapables de gérer leur édition 2020 en respectant toutes les mesures sanitaires, incapables d’accueillir leur public, de faire travailler leurs artistes ? Ah oui, mais c’était avant le 15 juillet, date fatidique énoncée par le gouvernement Philippe – sur quelle base scientifique, quels critères sanitaires ? – ! René Martin pour La Roque d’Anthéron, Eric Le Sage pour Salon-de-Provence, ont été plus malins que nous, ils ont continué de préparer leurs festivals en silence, en le reconfigurant – pas d’orchestre sur la grande scène de La Roque -.

À Montpellier, on a pu organiser deux concerts d’orchestre… dans un lieu clos (l’opéra Berlioz) les 10 et 11 juillet, avant le fameux week-end des 18/19 en plein air. 

Pense-t-on sérieusement qu’un directeur de festival, un responsable de salle, auraient pris un risque quelconque tant à l’égard du public que des interprètes ? La réponse des uns comme des autres a été évidente : salles combles, dans des jauges réduites des 2/3, répertoires choisis en fonction d’un nombre limité de musiciens sur scène. 

Quand je vois les annonces se succéder sur la rentrée dans les écoles, dans les entreprises, toutes sur un mode infantilisant, irresponsabilisant – si vous n’êtes pas sages cet été, attention le reconfinement vous guette ! – j’en viens à me demander sérieusement si l’infantilisation du citoyen n’est pas devenu un mode de gouvernement…

Expliquer que le risque zéro n’existe nulle part, que le bon sens adapté aux situations réelles est souvent la meilleure solution, cesser le mode compassionnel, émotionnel à propos de n’importe quel fait divers aussi pénible soit-il contribuerait peut-être à enrayer la désagrégation du politique, de la politique.

Fiction ou réalité ?

Je ne sais pas si je dois être rassuré par une série Le Baron noir dont je n’avais rien vu jusqu’à cet été.

Je trouve cette fiction assez remarquable, d’ailleurs est-ce une fiction ? Pour une fois une série « politique » n’est pas caricaturale, à l’exception peut-être de l’un ou l’autre acteurs – je ne trouve absolument pas crédibles Anna Mouglalis en présidente de la République ou Pascal Elbé en premier ministre centriste.

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En revanche, Kad Merad est une révélation en « grande gueule » de gauche, et – le plus étonnant – François Morel incarne de manière époustouflante un personnage qui ressemble à s’y méprendre à Jean-Luc Mélenchon !

JPRousseau | 16 août 2020 à 09:55 | Étiquettes : Aix en Provence, ANna Mouglalis, Audi, Avignon, Bachelot, Baron noir, Bayrou, Bergame, Beyrouth, Chorégies, culture, Dorandeu, Eric Le Sage, festival radio France, gouvernement, infantilisation, italie, Jean Louis Grinda, Kad Merad, La Roque d’Anthéron, Macron, Mélenchon, Mitterrand, Montpellier, Morel, Olivier Py, Orange, Pascal Elbé, Puy du Fou, René Martin, Rickwaert, Riester, Salon, Sarajevo, Thorigny | Catégories : actualité, Critique, Non Classé

 

Quand les sondages ont tort

Les soirées électorales se suivent… et se ressemblent.

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À entendre la grande majorité des intervenants sur les plateaux de télévision, c’est toujours la même musique : les électeurs ont quand même un culot incroyable, puisqu’ils démentent les sondages !

Et toutes les analyses de se faire non pas à partir de la réalité sortie des urnes, mais en rapport avec les sondages. On parle ainsi de victoire « inespérée », « inattendue » des Verts – mais par rapport à quoi? à ce qu’annonçaient les fameux sondages ! -, d’effondrement des Républicains – mais, pire encore, par rapport aux espérances trompettées par les soutiens de M. Bellamy, avec le soutien de médias importants !

Et puis bien sûr le « triomphe » de Marine Le Pen, « l’échec » d’Emmanuel Macron, etc. Résultat final, l’écart entre les deux listes n’est que de 0,9 % !

En politique, il vaut mieux éviter d’avoir la mémoire courte. La comparaison des résultats de 2014 et 2019 est édifiante et devrait inciter les responsables politiques et ceux qui font profession de journalisme à un peu plus d’exigence et de rigueur :

2014 :
François Hollande est président de la République
Abstention 57,57 %
Votants 42,43%

Front National 24,86%  24 sièges
UMP 20,81    20
Union de la Gauche 13,98  13
Union du Centre 9,94 7
Europe Écologie – Les Verts 8,95 6
Front de Gauche 6,33 3
Divers gauche 3,18 1
Total sièges 74

2019
Abstention 49,27 %
Votants 50,73

Rassemblement national 23,31% 23 sièges
La République en marche, Modem  22,41 23
Europe Écologie – Les Verts 13,47 13
Les Républicains (LR) 8,48 8
La France Insoumise (LFI) 6,31 6
Parti socialiste 6,19 6
Total sièges 79 (après que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne !)

De même, lorsqu’on voit la composition du prochain parlement européen, il y a de quoi se réjouir que, dans la plupart des pays européens, les électeurs aient déjoué les prévisions des sondages… Les pro-européens ont gagné cette élection, les extrêmes sont loin de triompher !

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Il y a cinq ans, j’écrivais ceci : Changer

Je n’ai pas reconnu ma France hier soir.

Mais je ne me sens pas le droit d’insulter ces compatriotes qui ont mis beaucoup d’ombre sur le bleu de notre drapeau tricolore. Ni d’insulter qui que ce soit d’autre d’ailleurs. À un choc pareil, très largement irrationnel, dé-raisonnable, on n’oppose pas l’invective ou le mépris. On essaie de comprendre, et je ne suis pas loin de penser, comme plusieurs analystes l’ont fait remarquer hier soir, que depuis le 21 avril 2002 – pour rappel, l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle, et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac –  on n’a tiré aucun enseignement, on n’a rien changé au logiciel politique français. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, comment s’étonner que triomphe la seule parole qui s’adresse à ces millions d’électeurs déboussolés, désarçonnés, révoltés, en leur promettant des lendemains qui chantent ? L’invocation de l’Histoire, la mémoire de ses horreurs, n’ont aucun poids, quand on n’a pour horizon que son malheur quotidien.

La parole publique doit changer, les hommes et les femmes de culture doivent changer, les politiques doivent  changer. Sortir de leur entre-soi, de leurs conventions, de leurs lamentations.

Il y a bientôt 25 ans, tous nos frères d’Europe orientale ont cru de toutes leurs forces que la liberté était possible, pour peu qu’on la veuille, que le changement était possible, pour peu qu’on le veuille. A-t-on déjà oublié la dernière Révolution du siècle passé ? (26 mai 2014)

Le seul changement intervenu depuis cinq ans, c’est effectivement l’éparpillement façon puzzle – pour paraphraser Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs – qu’a provoqué l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Mais les raisons du succès de l’extrême droite, elles, n’ont pas changé…

 

 

 

Révolutions (2)

J’ai le mois de décembre révolutionnaire !

Amusant de relire cet article du 17 décembre 2016 : RévolutionsIl y est question de Macron, Mélenchon, Fillon et de quelques Russes.

En décembre 2017, j’avais fait un tour à Chemnitzcette cité industrielle de l’ex-RDA, appelée Karl Marx Stadt de 1953 à 1990, où ont eu lieu, l’été dernier, de violentes manifestations de néo-nazis

img_3835(La fameuse sculpture monumentale de Lev Kerbel décidée en 1953… finalement érigée en 1971 !)

Et il y a quelques jours, à Berlin retrouvailles inattendues avec Karl Marx et son camarade Friedrich Engels

img_0831Une petite place tout près de l’Alexanderplatzla plupart des touristes s’arrêtant à peine, et parmi ceux qui prenaient des photos, deux noms qui ne disaient rien à personne !

Peu avant de partir à Berlin, j’avais repéré et acheté chez mon libraire favori un petit bouquin au titre intrigant :

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Alain Badiou n’est pas ma tasse de thé, et ce qu’on appelle « la présentation de l’éditeur » ferait plutôt office de repoussoir :

Un voyage en Transsibérien ? Non, une méditation personnelle sur les deux révolutions du XXe siècle, les deux grandes victoires qui démontrèrent que l’impossible peut parfois survenir. Des « Thèses d’avril » de Lénine (1917) à la « Décision en 16 points » du Parti communiste chinois (1966), Badiou montre combien était intelligente et généreuse la pensée qui sous-tendait l’action révolutionnaire. Si pour finir ces deux révolutions ont échoué, victimes de la coalition disparate des cadres du parti, de l’armée comme toujours conservatrice et de l’esprit petit-bourgeois, leur histoire est pleine d’enseignements pour tous ceux qui croient en l’avenir du communisme.

La « générosité » de la pensée léniniste ou maoïste ? L’avenir – forcément radieux – du communisme ? On se pince… et puis on lit ! Et on redécouvre, en effet, des faits, des situations, des prises de position, qui ont été décisifs dans la « bascule » révolutionnaire des événements de 1917 en Russie et de la « révolution culturelle » chinoise de 1966.

J’ai toujours pensé que pour combattre une idéologie, un sectarisme, il fallait en connaître les ressorts et les origines. Et donc lire les penseurs, philosophes, sociologues qui les promeuvent et les défendent. En l’occurrence, la stature intellectuelle et le talent de plume d’Alain Badiou confortent son propos, s’ils n’excusent en rien ses errements, ses complicités avec les pires régimes qui soient.

 

Un thé à Tanger

J’ai cru ne pas y arriver. Ce « pont » de la Toussaint à Tanger aurait pu ne pas exister ! Une météo catastrophique sur Montpellier que je devais quitter hier après-midi, un vol qui risquait d’être annulé (et qui ne l’a heureusement pas été !), un TGV réservé par précaution (parti de Montpellier Saint-Roch avec 5 heures de retard !) Un passeport récupéré in extremis à Paris (alors que la compagnie aérienne marocaine m’avait simplement demandé un numéro de carte d’identité !), les embouteillages de veille de long week-end, mais finalement un excellent vol Orly-Tanger.

Le Maroc c’était un souvenir déjà ancien. En novembre 1997, Marrakech, la traversée de l’Atlas, Ouarzazate, Essaouira, Casablanca, multiples bonheurs.

Mais Tanger, jusqu’à présent un mythe, Paul Bowles, Matisse, un lieu un peu mystérieux, hors du temps. Des photos sur Facebook postées par des amis qui y ont leurs habitudes, un livre ou deux.. et me voilà décidé.

Au terme d’une première journée, fond d’air frais, mais soleil généreux, l’enchantement.

IMG_9619Le plus haut palmier du Maroc

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Vue sur la médinaIMG_9547

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IMG_9571Merveilles d’une casbah multicolore

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IMG_9609Le célèbre Café El-Hafa

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D’autres photos suivront… qui ne diront pas la magie des lieux, la gentillesse des Tangérois.

PS Je découvre, en lisant l’article Wikipedia consacré à Tangerdans la liste impressionnante de personnalités liées à cette ville, que Jean-Luc Mélenchon y est né en 1951. Il devrait venir s’y ressourcer pour y retrouver l’esprit bienveillant des lieux…

D’autres photos ici : Dans la casbah de Tanger

Les jours d’après

C’est l’avalanche, mais rien n’assure que ce soit des bestsellers. 

Qu’ont-ils tous à vouloir raconter leur vie au pouvoir ou dans les coulisses, mystérieuses, forcément mystérieuses, du pouvoir ?

En l’occurrence, l’ex-président, François Hollandeavait déjà tué le genre, en faisant lui-même, en long, en large.. et en travers (ce fut bien d’ailleurs son problème !), le récit de sa présidence.

61LrAunBP1L(Rançon du succès, le bouquin est sorti en collection de poche !)

Mais je reste friand de témoignages de première main, non par goût de secrets, qui n’en restent jamais longtemps, mais dans le souvenir de ce qui a fait une partie de ma vie, et qui la constitue encore, l’engagement politique, public, citoyen, peu importe l’adjectif.

Quand on a été aux responsabilités, quand on a une responsabilité, on sait que la réalité de leur exercice n’est jamais exactement ce que les autres – les médias, les citoyens, les collaborateurs – en perçoivent.

D’où l’intérêt de ces récits, des mémoires, de ceux qui ont assumé ou partagé ces responsabilités.

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Il y a ceux, comme Pierre-Louis Basse, qui essaient laborieusement de justifier un emploi qu’on n’oserait dire fictif au cabinet du président de la République, qui ne cachent certes pas leur peu d’influence – euphémisme ! – sur le cours de la vie élyséenne, et qui du coup en profitent pour parler de tout autre chose, comme de quelques figures marquantes du communisme français (beau portrait de Pierre Daix)

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Quand on a été pompier en chef du quinquennat écoulé, le témoignage n’est pas anodin. La carrière récente de Bernard Cazeneuve a bien, en effet, été placée sous le signe des missions impossibles, et pourtant réussies. Depuis dix mois ministre des affaires européennes, il est appelé, en mars 2013, au ministère du Budget, en plein scandale CahuzacUn an plus tard, nouveau changement de portefeuille, Manuel Valls devenant Premier ministre, Cazeneuve hérite de l’Intérieur, où il devra faire face à la pire vague d’attentats que la France ait connue – Charlie, Bataclan, Nice, etc.. Et lorsqu’à la fin 2016, Manuel Valls se met « en congé » de Matignon pour pouvoir se lancer dans la primaire de gauche, c’est à nouveau à Bernard Cazeneuve que Hollande fait appel pour parcourir les six derniers mois d’un quinquennat qui a politiquement pris fin le 1er décembre 2016 lorsque le président sortant a renoncé à se représenter.

L’intérêt du bouquin de B.Cazeneuve est moins dans le récit de ces derniers mois que dans la manifestation d’un caractère, d’une exigence de droiture, d’une morale de l’exercice de la chose publique, et dans une savoureuse galerie de portraits.

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« “L’entourage du président”, “un proche du chef de l’État”, “l’Élysée”… Pendant trois ans, c’était moi. Le lecteur des pages politiques des gazettes l’ignorait, mais je me cachais souvent derrière ces formules sibyllines que seuls les journalistes et les politiques savent décoder. »
En avril 2014, Gaspard Gantzer est nommé conseiller en communication de François Hollande. Dans l’ombre, il tente tout pour améliorer son image auprès des médias et des Français. Mais vite, les crises s’enchaînent. Le Mali, la Syrie et, surtout, les attentats les plus sanglants de notre histoire…
En parallèle, les menaces contre le président se  multiplient. La montée du Front national, le retour de Nicolas Sarkozy, les frondeurs, un Premier ministre trop ambitieux, cette nouvelle génération qui pousse, brille. Avec, parmi eux, un ancien camarade de l’ENA, Emmanuel Macron, qui prend de plus en plus de place.
De tout cela, Gaspard Gantzer a pris des notes quotidiennes. Jour après jour, jusqu’au dernier, il raconte, de l’intérieur et au plus près du président, les trahisons, les coups bas et les épreuves. Les chroniques édifiantes d’un quinquennat hors du commun. (Présentation de l’éditeur).

De cette présentation, je retiens l’adjectif édifiant. C’est exactement cela. Les toutes premières phrases pourtant laissaient craindre le pire, la manifestation d’un ego surdimensionné (genre le Président c’est moi). Et puis, on se passionne vite pour cette chronique haletante, sèche, précise, clinique, et pourtant terriblement humaine, des trois ans que Gaspard Gantzer a passés au plus près du président Hollande. Edifiant, oui, parce que, dans le coeur du réacteur, on mesure les forces et les faiblesses, l’humanité tout simplement, du pouvoir.

Au passage, on apprend que le destin de Hollande et de son successeur s’est joué le 11 février 2016 – si Emmanuel Macron avait été nommé Premier ministre ce jour-là ? – et plein d’autres choses sur les personnages-clés de l’époque. Une certitude : l’ex-conseiller de Hollande ne porte pas Manuel Valls dans son coeur !

Michèle Cotta qui a chroniqué quasiment toute l’histoire de la Vème République, et qui avait parfaitement brossé L’histoire d’un chaos politique – le quinquennat Hollande – livre son carnet de notes d’une année étonnante. Elle a eu l’honnêteté de n’en rien retirer. Elle n’a pas cru – et elle n’était pas la seule ! – aux débuts de l’aventure Macron, elle le dit, elle l’écrit. C’est ce qui rend ce témoignage d’autant plus pertinent qu’il évite non seulement la complaisance, mais aussi la tentation de réécrire l’histoire.

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Enfin, le duo Patrice DuhamelJacques Santamaria nous livre un quatrième opus, après le succès de Jamais sans ellesL’Elysée, coulisses et secrets d’un palais et Les Flingueurs

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« Toute vie consacrée à l’action publique se trouve bouleversée par un moment douloureux : celui où tout s’arrête.
Nous avons choisi de raconter les jours d’après de vingt-trois personnalités françaises, de De Gaulle à Manuel Valls, de Giscard à Jacques Delors, de Simone Veil à Jospin, présentant chacune un cas singulier dans son rapport au pouvoir. On découvrira ainsi ceux qui le quittent définitivement, par choix ou nécessité, ceux qui sont contraints de s’en éloigner après quelque revers mais qui s’emploient à le reconquérir, ceux qui ne comprennent pas que le pouvoir les délaisse pour un temps ou pour toujours…
Le défaut des hommes et des femmes politiques, y compris chez les grands fauves, est peut-être de ne pas savoir, et souvent de ne pas vouloir se préparer à ce jour où le pouvoir les quittera. Mais, au fond, n’en est-il pas ainsi de toute histoire d’amour ? »

Un bouquin, comme toujours avec ces auteurs, très documenté, puisant aux meilleures sources, qui en dit long – on y revient – sur la part d’humanité, forces et faiblesses, grandeur et mesquineries, de ces hommes et femmes de pouvoir. A lire évidemment !

Le malheur du Venezuela

Il a osé ! Il a dit tout haut hier la tragique réalité du Venezuela d’aujourd’hui : Pour Emmanuel Macron, le régime du Venezuela est une dictature !

Voilà des mois que des amis artistes, des musiciens vénézuéliens nous alertent, sur les réseaux sociaux, voilà des semaines que les démocrates que nous sommes censés être assistent, impuissants, à l’effondrement d’un pays, à la répression de toutes les libertés publiques, à l’établissement sans vergogne d’une dictature brutale et mortifère.

La sphère musicale a soudain réagi, lorsque Gustavo Dudamel a été privé de tournée avec l’orchestre Simon Bolivar.

Vincent Agrech a parfaitement analysé la situation pour Diapason (Vives tensions entre Maduro et Dudamel autour du Sistema) Extraits :

« Le pays est confronté à l’une des plus graves crises de son histoire, à la fois économique et politique. Comme toujours lorsque les cours du pétrole fléchissent, les finances du plus gros détenteur de réserves mondiales sont en berne. Mais quinze ans d’une gestion catastrophique du secteur public, ruiné par le népotisme, et la déliquescence des infrastructures aggravent les conséquences pour la population qui se trouve aujourd’hui en situation d’urgence humanitaire et manque des produits alimentaires et médicaux de première nécessité.

Un fossé de haine sépare désormais les tenants de la révolution bolivarienne, lancée en 1999 par le feu président Hugo Chávez, poursuivie par son disciple Nicolás Maduro, et le reste de la population, qu’elle soutienne une opposition encore divisée ou manifeste simplement son exaspération. Le mouvement de protestation qui secoue le pays depuis le début de l’année a fait plus de 120 morts, dont nombre d’adolescents tombés sous les balles de la police.

El Sistema, le mouvement d’éducation populaire par la pratique de l’orchestre fondé il y a 42 ans par José Antonio Abreu est né bien avant la révolution bolivarienne, mais celle-ci en a considérablement augmenté les moyens, doublant, selon les chiffres officiels, des effectifs qui avoisineraient aujourd’hui les 800.000 élèves.

Politicien aguerri, Abreu a su préserver une totale indépendance dans la gestion interne de son projet en plaçant celui-ci au-dessus des ministères et en convaincant Hugo Chávez, en 2011, de le rattacher directement à la Présidence de la République. Or, ce qui était bouclier sous l’ancien chef d’Etat est devenu talon d’Achille sous le nouveau, qui ne se contente plus des retombées d’image, mais exige une allégeance politique de ses personnels. Tous les salariés du Sistema ont ainsi été informés qu’ils couraient le risque d’être licenciés s’ils ne participaient pas au vote de juillet dernier. Cette menace n’a pas encore été mise à exécution contre ceux qui se sont abstenus, mais le gouvernement dispose désormais d’une liste d’enseignants et de cadres qu’il peut révoquer à tout moment.

Le directeur musical de l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar et du Los Angeles Philharmonic s’est longtemps vu reprocher son silence devant les dérives un régime dont il profitait largement à titre personnel. Outre un engagement de jeunesse revendiqué auprès de Hugo Chávez, la crainte pour ses collègues vénézuéliens des représailles qui s’annoncent aujourd’hui en était un motif probable. Depuis le printemps, Dudamel est sorti de cette réserve, appelant d’abord à la conciliation entre les partis, puis élevant une protestation solennelle après l’assassinat par la police d’un adolescent issu du Sistema, lors d’une manifestation au mois de mai.

Le chef a également joué de son influence pour faire libérer Wuilly Arteaga, le manifestant violoniste dont les marches en musique avaient fait vibrer les réseaux sociaux, mais aussi en s’impliquant personnellement dans les discussions entre certains membres du parti au pouvoir et de l’opposition. La veille des élections controversées, Gustavo Dudamel a franchi un nouveau pas en publiant une tribune en anglais et en espagnol dans le quotidien El Pais : « Ma foi en la justice, et dans le respect de la diversité des opinions, m’oblige, comme citoyen vénézuélien, à dénoncer la décision illégale, de la part du gouvernement, de faire élire une assemblée constituante qui aurait le pouvoir non seulement de réécrire la constitution, mais aussi de dissoudre les institutions nationales. […] J’enjoins le gouvernement vénézuélien à suspendre la convocation de cette constituante. J’enjoins tous les leaders politiques sans exception à assumer leurs responsabilités en tant que représentants du peuple vénézuélien, afin de créer un nouveau cadre de coexistence. Notre pays doit urgemment poser les bases d’un ordre démocratique qui garantisse la paix sociale, la sécurité et un futur prospère à tous ses enfants. »

Peut-on mieux dire ?

10931667_10152673794412602_7053070538469170196_o(Il y a deux ans, à la Philharmonie de Paris, Gustavo Dudamel fêtait son 34ème anniversaire après un concert de l’orchestre des jeunes Simon Bolivar)

En novembre 2016, après la mort de Castro, j’écrivais déjà ceci sur ce blog (Castro et la déformation) :

« Sur Cuba, j’ai écrit cela il y a trois mois : La révolution décrépiteMais qui s’intéresse à la situation catastrophique du Venezuela de M. Madurovainqueur de l’élection présidentielle truquée de 2014, et digne émule du « meilleur ami » de Cuba, le sinistre Hugo Chavez ? Ah oui mais Chavez est inattaquable, c’est grâce à lui, n’est-ce pas, que s’est développé ce formidable outil d’éducation populaire El Sistema ! Sauf que c’est faux – l’exemple même de la désinformation, de la déformation de la réalité – ! Chavez n’est pour rien dans la genèse ni la réussite de cette prodigieuse idée. »

Et puis, tout de même, si l’on se dit démocrate – ce que tous proclament, en France tout du moins – peut-on l’être à moitié, ou à géométrie variable ? y aurait-il, pour certains, de bons et de mauvais dictateurs ? la répression des droits fondamentaux de la personne humaine serait-elle plus admissible selon qu’elle vient d’un Staline, d’un Hitler, ou d’un Castro ? »

Aujourd’hui j’ajoute Maduro à cette sinistre liste.

Pourtant, sans surprise – hélas ! – les mêmes qui ont pleuré la disparition de Castro continuent de trouver des circonstances atténuantes à son épigone vénézuélien (lire : Mélenchon et le Vénézuéla : l’inquiétant déni)

Extraits d’une « conversation » récente sur Facebook :

« Très à l’écoute, sans jugement préconçu, je m’interroge beaucoup et trouve que la partialité assumée et matraquée par les médias est vraiment dangereuse. L’Obs, comme les autres, tord le cou aux faits en ne montrant qu’une face. Loin de moi de faire de Maduro un mouton blanc. Mais ne pas prendre en compte le sabotage économique par une grande partie du patronat serait comme oublier les vastes grèves de routiers qui, en 1973, avaient paralysé le pays – avec l’appui du patronat chilien et de la CIA – en prélude au coup d’Etat de Pinochet. Au printemps 1973, aux élections législatives, les droites françaises avaient un slogan anti Union de la Gauche: « Ils vous promettent le Pérou, ce sera le Chili ». 6 mois plus tard… En 2017, la même rengaine est entonnée contre la seule opposition à Macron. » (M.D.)

 

L’accusation de corruption est celle que le régime utilise depuis des années pour emprisonner les opposants… Je ne vais certainement pas prétendre que l’opposition vénézuélienne est uniquement composée de blanches colombes, ni que les Etats-Unis ont toujours facilité la tâche aux chavistes. Mais rejeter à l’étranger la responsabilité de la situation actuelle du Venezuela est une plaisanterie. Ce pays a été ruiné pied à pied pendant dix-huit ans par l’incompétence et le népotisme, pas par autre chose. Quand les cours du pétrole sont hauts, il le masque. Dans la situation actuelle, cela explose. J’ai vu Caracas se délabrer depuis le début du siècle. Le plan de nationalisation voulu par Chavez partait de bonnes intentions, et aurait pu donner de vrais résultats s’il avait mobilisé les bonnes compétences au sein de la société civile. Au lieu de cela, il a licencié les cadres de qualité, pour mettre à la place des militaires, des membres de sa famille, des vassaux… C’est cela, la réalité du socialisme bolivarien depuis au moins 2004 : une mafia où se rejoigne l’armée et les gangs, qui terrorise et assassine la population. Même si une bonne partie des militants sont de bonne foi et n’ont rien à voir avec cette superstructure, ils ont été dupés par elle. Qu’une certaine gauche française tombe dans le panneau, c’est triste, ou coupable.(V.A.)

J’en reviens à mon article du 29 novembre 2016 qui reste d’une sinistre actualité, il suffit de remplacer Castro par Maduro :

« Foin de prudences diplomatiques et de contorsions de langage, une dictature est une dictature, un dictateur est un dictateur, donc un oppresseur, un anti-démocrate, un oligarque vivant aux dépens de son peuple. Sous toutes les latitudes, à toutes les époques. Comment un Mélenchon ose-t-il défendre l’indéfendable ?

J’entends bien l’insistante musique des nostalgiques de Fidel, héros et héraut des luttes anti-impérialistes (traduire par anti-américaines) en Amérique du Sud et en Afrique (en Angola par exemple). L’oncle Sam étant, par principe, odieux comme le capitalisme débridé (pardon, il faut dire ultra-libéral) dont il est le fer de lance, rien n’est plus glorieux que de le combattre. La fin justifiant tous les moyens… »

Un autre chef vénézuélien, l’ami Domingo Hindoyan (qui dirigeait Siberia de Giordano le 22 juillet dernier au Festival Radio France) à la tête de l’orchestre Simon Bolivar en décembre 2016.

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Reconversion

Pas besoin d’attendre les résultats de ce second tour des élections législatives, pour savoir que plusieurs centaines de personnes vont se retrouver sans emploi. Les députés battus bien sûr, mais aussi leurs assistant(e)s parlementaires.

Leur sort n’a aucune chance d’émouvoir qui que ce soit… Sur les réseaux sociaux, c’est plutôt le déchaînement : « Bien fait pour eux, au moins ils vont savoir ce que vivent des millions de chômeurs, finis leurs privilèges, tous ces types qui s’en mettent plein les poches », on en passe et de plus vertes encore…

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Je m’étonnerai toujours de cette violence verbale (parfois, malheureusement, réelle – cf. l’affaire NKMà propos des élus, des élus de la Nation de surcroît s’agissant de l’Assemblée Nationale. On me dira que c’est ça la vie politique ! Non, vraiment non.

Ceux qui s’engagent dans un mandat public le font parce qu’ils sont d’abord animés de convictions profondes, de l’envie de servir leurs concitoyens, de défendre leurs idées. Sûrement pas pour devenir riches (d’ailleurs, il se dit que bon nombre de candidats de La République en marche qui seront élus députés ce soir, pour peu qu’ils soient cadres supérieurs, chefs d’entreprise ou professions libérales, vont tomber de haut en découvrant le « salaire » d’un député).

L’affaire Fillon a, de surcroît, couvert d’opprobre une catégorie professionnelle – les assistants parlementaires – qui ne méritait en rien d’être aussi mal traitée par l’opinion et les médias. J’ai raconté ici une partie de mon expérience (Attaché parlementaireRéhabilitation) . Extraits :

…Je ne peux souscrire aux arguments des journalistes, politologues et autres commentateurs. Ils citent nombre d’hommes politiques qui n’ayant pas connu la vraie vie des vraies gens, parce qu’ils ont toujours évolué dans les appareils des partis, des groupes politiques, travaillé comme assistants parlementaires ou membres de cabinets, seraient incapables de comprendre le monde « normal », celui du travail, du chômage, de la précarité, bref les difficultés de millions de citoyens.

J’ai été au presque début de ma vie professionnelle, assistant ou attaché parlementaire d’un sénateur, puis de deux députés. Non seulement je n’en éprouve aucune honte, mais j’ai beaucoup plus appris de la vraie vie des vraies gens pendant ces huit années en exerçant ces fonctions aussi bien à Paris qu’en province, que par n’importe quel autre métier plus classique. Et j’ai connu aussi les affres du chômage, les angoisses du lendemain…Je n’ai jamais eu de statut protégé, au contraire !

Je me rappelle, notamment pendant mes années thononaises, où j’étais « sur le terrain » comme on dit, avoir souvent expliqué aux amis ou à ceux qui m’interrogeaient sur mon étrange métier, que c’était probablement le seul où dans une même journée on devait être capable, avec la même qualité d’attention,  d’aider et de répondre  à un chômeur en fin de droits, à une mère célibataire qui ne pouvait plus payer son loyer, et à un ministre qui sollicitait le député pour qui je travaillais. Le seul métier où, dans une même journée, il fallait pouvoir traiter un dossier de voirie dans une petite commune de montagne, un projet de loi sur les appellations d’origine d’un vin ou d’un fromage (l’abondance !), une campagne électorale qui se dessinait, un coup de main à un maire un peu paumé, un amendement à un texte en discussion au Parlement. Bref être ouvert à toutes les situations, et surtout répondre vite et bien à des urgences humaines.

J’ai une pensée ce soir pour tous ceux, l’immense majorité, qui, ayant connu les servitudes d’un métier souvent ingrat et exigeant, se retrouvent, certes comme des centaines de milliers de nos concitoyens, en recherche d’emploi. Ils sont riches d’une expérience humaine qui est un atout incomparable.

 

Dignité, indignités

Je voulais me lancer dans une analyse des causes et des conséquences du premier tour des élections présidentielles. Elle viendra, peut-être après le 7 mai.

La dignité d’abord.

C’était celle du président de la République, celle de son compagnon, lors de l’hommage ce matin à Xavier Jugelé, le policier assassiné jeudi dernier.

L’indignité c’est celle de candidats qui font leur commerce de la peur, de la haine, du rejet, qui n’ont pas honte de récupérer une tragédie pour laisser accroire qu’un coup de menton, des slogans martiaux, viendraient à bout du terrorisme.

L’indignité, c’est celle d’un candidat qui n’a jamais renié ses sympathies pour les dictateurs d’Amérique latine, parés des oripeaux décrépits de révolutions perverties, qui n’a jamais désavoué le régime syrien ni ses soutiens, qui ne trouve rien à redire aux morts du Vénézuéla qui luttent pour « dégager » le misérable MaduroEt qui, le soir du premier tour, nous donne une sinistre réplique de « Je suis leur chef, donc je les suis« , en s’abstenant courageusement (!) de prendre parti pour le second.

Dignité en revanche, et même discours d’hommes d’honneur de la part de François Fillon et Benoit Hamon.

L’indignité c’est aussi celle que j’ai vue d’abondance se manifester sur les réseaux sociaux, de la part « d’amis » que je croyais plus réfléchis, moins sensibles à toutes les pseudo-analyses complotistes. Comment oser dire de Macron et Le Pen que c’est la peste et le choléra ? Comment oser traiter de bâtards et de bornés les millions d’électeurs qui n’ont pas eu l’intelligence de suivre aveuglément les slogans populistes de l’auto-proclamé lider maximo de la gauche la plus embourgeoisée qui soit ? Inutile, aux yeux de ces thuriféraires, d’essayer, juste essayer, d’expliquer pourquoi 24,1 % des électeurs ont voté Macron. Tous manipulés, tous victimes d’un méga-complot médiatico-bancaire et des manoeuvres de Hollande (les mêmes d’ailleurs qui dénoncent le quinquennat catastrophique du président sortant lui trouvent d’un coup des habiletés qui lui auraient fait cruellement défaut durant quatre ans et demi…).

Le programme de Macron pour ses contempteurs ? 1. Il n’en a pas ou 2. Il est vide (on ajoute sidéral pour bien faire) ou 3. Il est ultra-libéral 4. Il est la continuation de Hollande. Faudrait savoir !

On ose à peine, sur ces mêmes réseaux sociaux, faire remarquer que l’élection d’un jeune président pourrait, de facto, remettre la France, ses valeurs, son message, sous les projecteurs du monde – comme naguère l’arrivée au pouvoir dans leurs pays de Barack Obama, Justin Trudeau, Matteo Renzi, donner un sacré coup de balai à une classe politique usée, minée par ses divisions, changer les usages et les visages, doper une économie en manque de perspectives et d’investissements, et surtout refaire fonctionner un ascenseur social en panne depuis vingt ans, malgré toutes les recettes essayées.

Ah mais je rêve…  À vrai dire, je rêve depuis quarante ans, depuis mon premier engagement civique, de cette ligne de crête, qui n’est ni le marais, ni le juste milieu, mais le chemin le plus exigeant, celui qu’empruntent les montagnards qui regardent haut et loin. Emmanuel Macron se revendique d’Emmanuel Mounier , « le fondateur de la revue Esprit, initiateur du personnalisme, ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme.» (Le Monde 8-9 mai 2016). Moi aussi, et fièrement.

 

Une idée folle ?

C’était lundi soir, dans une salle de quartier sans âme de l’une de ces villes nouvelles nées de l’utopie planificatrice des années De Gaulle / Pompidou. On m’avait convié à la projection d’un film suivie d’un débat, le titre m’avait intrigué – Une idée folle – , la présentation m’avait un peu agacé :

.Tourné dans neuf établissements scolaires – publics et privés, de la maternelle au collège, aux quatre coins de la France – Une Idée Folle pose la question du rôle de l’école au XXIème siècle, à travers le témoignage d’enseignants, d’enfants, de parents ainsi que d’experts de l’éducation. À quels défis les citoyens de demain vont-ils devoir faire face et comment les y préparer ? En cultivant l’empathie, la créativité, la coopération, la prise d’initiative ou encore la confiance en soi et l’esprit critique chez les élèves, en parallèle des savoirs fondamentaux, les enseignants de ces écoles font un rêve fou : celui de former une future génération de citoyens épanouis et responsables qui auront à cœur de transformer positivement la société qui les entoure.

Ce vocabulaire typique du monde de l’éducation, ces belles proclamations, j’y allais méfiant.

Et puis voilà qu’en écoutant parler ces enseignants, certain(e)s plus que d’autres, l’émotion m’est montée à la gorge, je me suis rappelé mon père parlant de son métier – il était professeur d’anglais jusqu’à sa mort brutale à 44 ans – mon oncle prof lui aussi, je me suis souvenu que, moi aussi, je me destinais au professorat, j’ai profondément aimé les quelques occasions qui m’ont été données d’enseigner – j’ai fait mon service militaire comme professeur de français et de langues de futurs sous-officiers et d’officiers ! – .

Je me suis rappelé ce que mon père me disait quand je critiquais tel copain, tel prof : « Même si tu le trouves nul ou méchant, cherche toujours ce qu’il y a de bon chez l’autre ». Je trouvais ça angélique, voire naïf, et pourtant cette sentence paternelle n’a cessé de m’inspirer.

Ce film – qu’il faut absolument voir ! – montre et démontre qu’on peut sortir de la déprime ambiante, de la sempiternelle lamentation sur l’échec, la lourdeur du système scolaire. On voit bien le reproche qu’on pourrait faire à Judith Grumbach, c’est de ne pas restituer une réalité autrement plus difficile et complexe. Tant mieux ! Enfin dire ce qui marche, que ça peut marcher !

Plusieurs intervenants dans le film et les deux enseignants qui le présentaient lundi soir disent que la vraie révolution dans le monde de l’éducation, en France, consisterait non pas à « dégraisser le mammouth » pour reprendre l’horrible expression d’un ancien ministre de l’Education, mais à libérer les initiatives, les expérimentations, au plus près des réalités locales, Pas de mesures uniformes, décidées d’en haut, mais une école qui n’abandonne aucun de ses enfants.

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J’espère que les candidats à l’élection présidentielle ont vu ou verront ce film. Plusieurs d’entre eux ont, à juste titre, mis l’éducation au coeur de leur programme, mais on n’en retient – les médias, le public – que les chiffres (40000 recrutements pour Benoît Hamon, 12 élèves par classe de primaire en REP pour Emmanuel Macron). Est-ce pourtant une idée si folle que de croire et de vouloir que tous les enfants de France réussissent à l’école ? Y a-t-il plus noble ambition pour ceux – président, députés – que nous allons élire ?