La relève

Quinzaine plombante, les disparitions de deux géants Bernard Haitink et Nelson Freire n’ont pas fini de nous remuer.

Pour en sortir, j’ai repéré dans ma DVD-thèque deux visions extrêmement réjouissantes de la relève des générations montantes de musiciens. Des DVD regardés distraitement naguère, qui sont le meilleur remède à la mélancolie ambiante.

Les jeunes Vénézuéliens à Salzbourg

D’abord ce concert de 2013 au festival de Salzbourg, avec l’orchestre et les choeurs des jeunes Vénézuéliens du Sistema.

Je veux d’abord penser à ce pays magnifique, le Vénézuéla, qui nous a donné tant de musiciens de premier plan, plongé depuis des années dans un chaos politique et économique effrayant (lire Le malheur du Venezuela).

Je n’ai pas pu décrocher une seconde de ce fabuleux moment. Toutes les références qu’on peut avoir par exemple de la Première symphonie de Mahler tombent devant l’extraordinaire engagement de ces fiers musiciens.

Evidemment on les attendait dans leurs tubes, comme cet irrésistible Mambo de West side story de Bernstein

Boulez et l’Académie de Lucerne

Autre document retrouvé dans un coffret d’hommage à Pierre Boulez :

A vrai dire, je n’avais pas repéré dans ce coffret mêlant concerts et documentaires, un film passionnant réalisé durant l’été 2008 à Lucerne Inheriting the future of music

Or j’avais assisté à une partie de cette formidable aventure qui avait rassemblé jeunes musiciens et jeunes compositeurs autour de la figure tutélaire et si bienveillante de Pierre Boulez :

« En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de Tribschen où Wagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal » (6 janvier 2016)

On verra dans ce documentaire un jeune homme de 83 ans, qui ne paraît jamais gagné par la fatigue ou la lassitude. On y verra aussi les figures de chefs aujourd’hui établis – Pablo Heras Casado – de compositeurs admirés, le doyen Peter Eötvös et le fringant quadragénaire Ondrej Adamek.

Intéressant aussi de comprendre l’évolution de la musique contemporaine : ainsi on voit le travail des jeunes chefs et de leurs mentors autour d’une oeuvre emblématique de la musique du XXème siècle, Gruppen de Stockhausen, pour trois orchestres symphoniques, créée en 1958 à Cologne sous la triple direction du compositeur, de Bruno Maderna et de… Pierre Boulez.

Quelques semaines après ma rencontre à Lucerne avec Pierre Boulez, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et son chef d’alors, Pascal Rophé, avaient ouvert le festival Musica de Strasbourg, avec Gruppen (les trois chefs requis étaient Pascal Rophé bien sûr, Jean Deroyer – qu’on aperçoit dans le documentaire ! – et Lukas Vis). Je comprends que l’oeuvre fascine les chefs qui la travaillent et qui ensuite la dirigent. L’extraordinaire complexité de l’oeuvre n’en débouche pas moins, pour moi, sur une caricature de ce que la « musique contemporaine » pouvait représenter de plus intimidant, repoussant même, pour le public. Tout ça pour ça, ai-je envie de dire !

De ce concert strasbourgeois, j’ai beaucoup plus retenu – et le public aussi ! – la création de Vertigo, une oeuvre concertante pour deux pianos et orchestre, de celui qui aurait eu 40 ans cette année, le surdoué Christophe Bertrand, qui s’est donné la mort à 29 ans le 10 septembre 2010…

Beethoven 250 (XVI) : le Troisième concerto pour piano

Des cinq concertos pour piano de Beethoven, le Troisième est, de loin et de longtemps, mon préféré. Je ne me suis jamais lassé de l’entendre et de le réentendre, sous les doigts les plus divers, aussi souvent que possible en concert.

La tonalité d’ut mineur ? ce début éminemment romantique à l’orchestre – que tant de chefs ratent ou banalisent ? cette sorte de perfection formelle, que je n’ai jamais cherché vraiment à analyser, l’impression qu’il n’y a rien de trop ou de répétitif ? Tout cela et sans doute des souvenirs de jeunesse qui se sont à jamais gravés dans ma mémoire. Comme ce passage du film de François Reichenbach sur Artur RubinsteinL’Amour de la vie – que j’étais allé voir trois fois de suite en 1970 à Poitiers lorsqu’il était sorti au cinéma: à 1h13‘ sous le ciel d’Israël, Artur Rubinstein répète cette fin si mystérieuse du premier mouvement du 3ème concerto – sous la direction du jeune Zubin Mehta. Ces images continuent de me bouleverser.

Bien plus tard, j’ai retrouvé intacte la magie que dégage ce film dans cet enregistrement capté à Amsterdam, l’entente entre le magnifique vieillard et le jeune Bernard Haitink est indépassable.

En concert, j’ai eu mon lot de déceptions. De l’aveu même de pianistes et de chefs qui me l’ont confié, l’oeuvre est plutôt tricky. Elle ne tombe pas naturellement sous les doigts ni la baguette (moins par exemple que les deux premiers concertos ou l’Empereur)

Mais de grands souvenirs, j’en ai : en 1974, dans le cadre du festival de Lucerne (lire La découverte de la musique : Lucerne), Daniel Barenboim accompagné par… Zubin Mehta dirigeant l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Pas grand chose à voir avec la version que j’avais en 33 tours, du fougueux Daniel bridé par un Klemperer plus hiératique que jamais.

En 1990, le pianiste allemand Christian Zacharias – lire L’audace du public – faisait ses débuts à Genève (!) en remplaçant un jeune collègue malade. L’entente avec Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande fut immédiate, totale. En 1994 les Amis de l’Orchestre éditaient les cinq concertos donnés en concert.

Souvenir plus récent de Maria-Joao Pires, à qui l’oeuvre semble aller si bien, avec Claudio Abbado er le Mahler Chamber Orchestra. Etonnant qu’elle ne l’ait jamais gravé au disque !

Mais grâce au disque (et au DVD) mon appétit de grandes versions « live » de ce concerto peut être assouvi.

Rudolf Serkin et Rafael Kubelik en 1977 c’est quelque chose !

En 2005 à Lucerne, le miracle se produit entre deux artistes – Alfred Brendel et Claudio Abbado – qui n’ont plus rien à prouver et qui pourtant semblent nous faire redécouvrir l’oeuvre.

Au hasard de mes visites chez Melomania (38 bd St Germain à Paris) j’avais trouvé un étonnant CD en import japonais, comme je le racontais il y a quatre ans : Monique de la Bruchollerieun peu comme Yvonne Lefébure (Clavier pas tempéré), c’était pour moi un nom, entouré de mystère (privée de l’usage de ses mains à 40 ans après un grave accident de la route, morte à 57 ans). Et ici je l’entends, je la découvre plutôt, fulgurante, incandescente, passionnée dans mon concerto préféré de Beethoven (le 3eme)  une captation stéréo de concert de 1966, à Budapest, avec le grand Janos Ferencsik dirigeant son orchestre d’Etat hongrois. Il y a bien quelques notes à côté, des traits un peu boulés, mais quelle ardeur, quel son, quelle autorité ! Et c’était sans doute l’un des derniers concerts de la pianiste avant son terrible accident.

Mais s’il y a une version de concert que je place au-dessus de tout, depuis que le label hollandais bon marché Brilliant Classics a eu l’heureuse idée d’éditer, c’est celle d’Emil Gilels captée en 1976, dans le cadre d’une intégrale des concertos dirigée par Kurt Masur à la tête de l’orchestre symphonique de l’URSS.

Electrique, magistral !

Mariss Jansons les années Oslo

Préambule d’actualité

Le triple assassinat de Nice, le reconfinement, l’incohérence des décisions gouvernementales (les librairies fermées, mais les magasins de moquette ouverts !), la mort d’Alexander Vedernikov, l’actualité nous bouleverse, nous révolte. Y revenir par temps plus calme !

Mariss Jansons : les jeunes années

Il y a un exactement – le 31 octobre 2019 – Mariss Jansons donnait son dernier concert parisien à la Philharmonie à la tête de « son » orchestre de la Radio bavaroise.

Un mois plus tard, le 30 novembre, il mourait chez lui à Saint-Pétersbourg à 76 ans, épuisé par une maladie cardiaque qui l’avait contraint, à plusieurs reprises, à faire des pauses dans sa carrière.

A l’occasion de ce triste anniversaire, Warner publie un coffret bienvenu, du connu et de l’inédit, reprenant en 21 CD et 5 DVD, les enregistrements réalisés pour EMI par le chef letton avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo dont il fut le tant aimé directeur musical de 1979 à 2002.

Il m’est arrivé d’écrire, ici ou dans tel magazine, que les remake ultérieurs de ce qui constituait le coeur de répertoire de Jansons, à Amsterdam (avec le Concertgebouw) ou à Munich (avec la Radio bavaroise) gommaient, amoindrissaient, alentissaient l’énergie vitale, l’élan irrésistible, qui caractérisaient la direction du chef dans ses jeunes années (c’est particulièrement net par exemple pour la Deuxième symphonie` de Sibelius : Oslo 1992, Amsterdam 2005, Munich 2016 – entre Oslo et Munich, le 3ème mouvement vivacissimo passe de 3’57 » à 5’56 » !!)

On est donc très heureux de retrouver ce qui nous avait tant séduit chez ce chef découvert dans les années 80 – lire Mariss Jansons : la grande tradition.

En premier lieu, Sibelius – les symphonies 1,2,3,5 – dont on regrettera longtemps que Jansons n’ait pas enregistré une intégrale, des Dvorak (5,7,8,9) de grande allure, Stravinsky bien sûr, des Respighi plus latins que nature, mais aussi des raretés qui sont des coups de maître – Saint-Saëns, Honegger, Svendsen

La belle surprise de ce coffret ce sont 5 DVD inédits, de captations réalisés en concert à Oslo entre 1985 et 1999. Notamment une symphonie de Franck, qui semble être une prestation unique dans la carrière du chef. Et des Sibelius absolument prodigieux !

DVD 1 : Tchaikovski Manfred (1987) voir ci-dessus, Capriccio italien (1985)

DVD 2 : Franck Symphonie (1986), Richard Strauss Also sprach Zarathustra (1995)

DVD 3 : Stravinsky L’oiseau de feu (1986), Mahler Symphonie n°1 (1999)

DVD 4 Sibelius Symphonie n°1 (1989), Symphonie n°2 (2002)

DVD 5 Beethoven Symphonie n°3 (1997), Symphonie n°7 (2000).

Berlioz à Versailles

On avait quitté un ténor épuisé mais rayonnant après avoir chanté l’inchantable rôle de Fervaal de Vincent d’Indy le 24 juillet dernier à Montpellier (#FestivalRF19)

IMG_4454On était impatient de retrouver Michael Spyres dans le Benvenuto Cellini de Berlioz ce dimanche à l’Opéra royal de Versailles.

D’abord on n’est jamais déçu quand on vient à Versailles, tant la programmation de Laurent Brunner est captivante. Et les lieux inspirants.

L’affiche de ce dimanche était de surcroît l’une des plus prometteuses qui se puissent imaginer. John Eliot Gardiner (qu’on avait entendu l’an passé au festival Berlioz.. mais diriger des cantates de Bach – Les Nuits de la Côte) à la tête de ses ensembles, le Choeur Monteverdi et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique. Et une distribution de haut vol, quoique inégale :

Michael Spyres Benvenuto Cellini
Sophia Burgos Teresa
Maurizio Muraro Giacomo Balducci
Lionel Lhote Fieramosca
Tareq Nazmi Pope Clement
Adèle Charvet Ascanio
Vincent Delhoume Francesco
Ashley Riches Bernardino
Duncan Meadows Perseus

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Cette vidéo n’existe pas

Je laisse aux spécialistes le soin de critiquer les performances vocales des uns et des autres. J’ai pour ma part retrouvé la flamboyance de Michael Spyres, et distingué les prestations d’Adèle Charvet (elle aussi présente à Montpellier en juillet dernier… comme chaque année ou presque !), ou Lionel Lhote, mais plus que tout la direction magistrale de Gardiner et l’exceptionnelle cohésion de ses troupes. Le Choeur Monteverdi est soumis à rude épreuve tout au long de l’ouvrage par l’écriture virtuose de Berlioz d’abord et la redoutable précision de la baguette du chef britannique.

On est d’autant plus impatient de voir le DVD qui sera publié de cette représentation.

En attendant, on peut, on doit même écouter cette déjà riche collection d’enregistrements berlioziens de John Eliot Gardiner

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Les hasards du placement m’avaient fait asseoir à côté d’un voisin, que je n’ai reconnu qu’à la fin du concert, le chanteur Pascal Bertin qui a annoncé il y a quelques jours qu’il cessait de chanter pour se consacrer à d’autres activités, comme la direction artistique du festival de Pontoise. Ce qu’il dit de la musique et de son festival ne peut que nous inviter à partager quelques belles prochaines soirées. Une interview à lire ici.

Omaggio a Claudio

Le 20 janvier, cinq ans se seront écoulés depuis la mort de Claudio Abbado (1933-2014). Pour son 80ème anniversaire, les rééditions discographiques avaient abondé (voir Claudio Abbado 80)

Il y a quelques mois Deutsche Grammophon complétait le dispositif avec un gros coffret – qui recoupe partiellement des rééditions précédentes – comprenant l’intégrale des enregistrements réalisés par Abbado avec l’orchestre philharmonique de Berlin, dont il fut le directeur musical de 1989 à 2002 :

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(Détails du coffret à voir ici : bestofclassic)

La nouveauté c’est un autre coffret de 25 DVD (à petit prix) très intelligemment composé.

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Un panorama plutôt complet de l’activité du chef avec Berlin bien sûr, mais aussi avec les formations qui lui ont été chères les dernières années, l’orchestre du festival de Lucerne et l’orchestre Mozart. Liste complète à voir ici : bestofclassic

Une aubaine à saisir, un bel hommage de plus à Claudio Abbado.

La dernière étoile

Elle est morte hier à New York à 86 ans, la Française Liliane Montevecchi est peut-être la dernière d’une lignée de « stars » du music-hall. Danseuse, chanteuse, diseuse, showgirl elle faisait le spectacle à elle seule, jouait son personnage de femme fatale à la perfection.

Je me rappelle l’étonnant spectacle monté par le regretté Jérome Savarydu temps où il dirigeait l’Opéra-Comique. Il avait entrepris de faire revivre le personnage de Mistinguettsous les traits et dans la peau de Liliane Montevecchi.

Je n’ai pas trouvé de meilleur extrait vidéo de ce spectacle capté en DVD.

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Pour être honnête, je pense qu’à l’époque peu de gens savaient qui était Liliane Montevecchi, qui avait fait l’essentiel de sa carrière à Broadway, avait remporté un Emmy Award pour Nine en 1982. Et qu’incarner un mythe comme Mistinguett pouvait être casse-gueule, pour une artiste de 68 ans.

Je garde un souvenir ébloui de la prestation de Liliane Montevecchi (et de toute la distribution d’ailleurs), l’allure, la classe, la gouaille, et un port de danseuse qui pouvait en remontrer à de bien plus jeunes.

Il y a quelqu’un aujourd’hui qui s’inscrit pleinement dans l’héritage de ces stars de la scène, sans pour autant s’affubler des oripeaux de la « diva », c’est Isabelle Georges  (voir Isabelle au bal) 

Je crois me rappeler d’ailleurs qu’Isabelle a assuré une série de performances dans un cabaret de Francfort, à la suite de… Liliane Montevecchi !

Isabelle Georges qu’on retrouvera, très bien entourée, le 15 juillet à Montpellier (Domaine d’O) et le 16 juillet à Cap Découverte (Carmaux) pour un spectacle exclusif du Festival Radio France : Douce France.

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La fête à Lenny

Je ne reviendrai pas sur la Fête de la MusiqueJe n’ai rien à changer à ce que j’écrivais il y a deux ans : Fête ou défaite de la musique.

C’est à une tout autre fête que nous convie le numéro de juin-juillet de Diapason : la célébration d’un génie du XXème siècle, dont on commémorera le centenaire de la naissance le 25 août prochain, Leonard Bernstein.

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La une du magazine n’est, en l’occurrence, ni racoleuse, ni mensongère. Le dossier constitué sous l’égide – inattendue – d’Ivan Alexandre, dont on ne savait pas qu’il fût un spécialiste voire un fan de Bernstein, est un must. Pour embrasser toutes les facettes d’un génie protéiforme : pianiste, chef d’orchestre, compositeur qui s’est essayé à tous les genres, pédagogue, une vie personnelle au diapason de ses passions multiples.

Le Festival Radio France propose, cet été, du 16 au 27 juillet, de redécouvrir plusieurs aspects de la personnalité de Bernstein : des extraits de la série légendaire, jamais égalée,  parfois imitée, des Young People’s Concerts, des vidéos de répétitions et de concerts dirigés par Leonard Bernstein.

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Les éditeurs historiques (Sony ex-CBS, Deutsche Grammophon) ont mis le paquet pour célébrer ce centenaire pas comme les autres.

Il y a quelques mois, Sony proposait un coffret de 100 CD – avec pochettes originales, donc minutages chiches – « remastérisés » (voir : Bernstein remastered

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après avoir réédité déjà deux coffrets format 33 tours, comportant, pour le premier, la totalité des symphonies gravées pour l’essentiel à New York (voir Bernstein forever), pour le deuxième les oeuvres orchestrales et concertantes (voir Bernstein Centenary), un troisième et dernier est annoncé pour septembre avec les oeuvres vocales et chorales. Un fabuleux legs !

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Quant à DGG, après avoir imité Sony, en reprenant en 2 coffrets format 33 t. la totalité des CD parus sous l’étiquette jaune (voir Leonard Bernstein Collection), nous est proposé – à un prix relativement modéré pour un objet de cette qualité – un gros coffret reprenant l’intégralité des CD et des DVD – ainsi qu’un DVD Blu-ray audio des symphonies de Beethoven – parus sous étiquette DGG et Decca (y compris les premiers enregistrements Decca américains) :

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Chez Warner, on nous annonce pour septembre un coffret particulièrement bienvenu pour rappeler la collaboration du chef américain avec l’Orchestre National de France 

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(Voir tous les détails de la discographie de Bernstein iciBernstein Centenary)

Les livres aussi – en plus des magnifiques ouvrages contenus dans les gros coffrets DGG et Sony – nous dévoilent les facettes, parfois cachées, d’un personnage unique en son temps.

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Renaud Machart avait déjà consacré une belle monographie à Bernstein dans la collection Actes Sud / Classica. Il annonce pour la rentrée un second opus, qui nous restitue, longuement préfacées par ses soins, les six conférences données par le chef compositeur à Harvard en 1973. Fondamentales pour comprendre en quoi Bernstein fut le plus grand et le meilleur « vulgarisateur » de la musique.

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Intéressant aussi ce petit ouvrage de souvenirs du journaliste Jonathan Cott.

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Parmi les centaines de vidéos, heureusement disponibles sur les réseaux sociaux, il y a l’embarras du choix.

Cette Neuvième de Beethoven, captée quelques mois avant la mort de Bernstein, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin :

Et celle-ci, vue des millions de fois, montrant le showman, le cabotin que Bernstein ne répugnait pas à être (et quelle leçon de direction !)

Et encore cette prodigieuse version de la Symphonie de Franck, avec l’Orchestre National en 1982 :

 

Les géants

L’un et l’autre sont les géants de la deuxième moitié du XXème siècle : Karajan et BernsteinDu second on fêtera le centenaire de la naissance en 2018, et on aura raison de célébrer une personnalité aussi incroyablement talentueuse : compositeur, pédagogue, pianiste, chef d’orchestre. On aura maintes occasions d’y revenir…

Pour les fêtes de fin d’année, les éditeurs ont vu très grand pour honorer leurs stars des podiums.

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L’éditeur a raison d’insister sur la performance éditoriale : c’est le plus gros coffret de l’histoire du disque, 330 CD, 24 DVD, 2 Blu-Ray audio, la totalité des enregistrements de Karajan parus sous les étiquettes Deutsche Grammophon et Decca, déjà publiés en coffrets séparés. Tous les détails à voir ici : Karajan l’intégrale.

Et un conseil si vous voulez vous (faire) offrir ce coffret-valise (édité à 2500 exemplaires numérotés), il est vraiment beaucoup moins cher (150 € de différence !) sur amazon.it.

J’ai revu, en particulier, les 2 DVD « portraits » de Robert Dornheim et Eric Schulz qui éclairent, sans aucune complaisance, et parfois de manière crue, le personnage public et la personnalité profonde, le passionné d’enregistrement (savoureux et édifiants témoignages de ses anciens producteurs et directeurs artistiques chez Deutsche Grammophon, comme de Brigitte Fassbaender, Christa Ludwig ou Anne-Sophie Mutter)

Pour Bernstein, le même éditeur prépare, pour février, une édition comparable. On en reparlera.

Pour l’heure, c’est l’éditeur historique de Bernstein, Sony, qui, après avoir proposé deux forts coffrets en format 33 tours,

 

a regroupé en un luxueux coffret, complété par un magnifique ouvrage richement documenté, 100 CD illustrant toute la carrière discographique du chef-compositeur pour le label américain et ses divers avatars. Le remastering est impressionnant, à en juger par les quelques galettes qu’on a écoutées.

Tous les détails à lire ici : Bernstein remastered

L’admirable Nelson (suite)

Au début de ce mois, j’évoquais la personnalité, le talent singulier, d’un pianiste depuis si longtemps admiré, Nelson Freire (voir L’admirable Nelson)

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Je viens d’acheter un CD paru il y a un petit mois, des archives de radio allemandes.

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C’est un magnifique ajout à la discographie, longtemps erratique, du pianiste brésilien. Les fans de Nelson Freire connaissaient déjà le DVD d’un concert capté en 1983 à Lugano avec ce 2ème concerto de Saint-Saëns, dirigé par le regretté David Shallon.

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Tout ce qu’on aime dans ce concerto – chic, virtuosité, panache, humour – Nelson Freire le prodigue au plus haut degré.

On retrouve tout cela, trois ans plus tard, à Berlin, dans le « live » publié sur ce CD, cette fois aux côtés d’Ádám Fischer.

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Et le « complément » est tout sauf anecdotique puisqu’on y entend un tout jeune homme (Nelson a 22 ans en 1966), livrer des Pièces lyriques de Grieg intensément poétiques et libres, deux Rhapsodies hongroises et la 2ème Polonaise de Liszt, phénoménales !

On l’a compris : encore un indispensable de toute discothèque !

L’esprit de fête

Ce mois d’avril annonce l’été, comme un prélude à la fête, aux festivals. En attendant, il faudra voter, ne pas se priver de cette liberté, si rare sur notre planète tourmentée, ne pas laisser le parti de l’abstention l’emporter. J’y reviendrai, notamment à la lumière d’une étude que Le Point publie demain.

La fête on sait la faire chaque début d’été à BerlinDans un lieu magique, dans le quartier de Charlottenburg, la Waldbühnelittéralement la « scène de la forêt », un immense amphithéâtre de plein air construit sur le modèle du théatre d’Epidaure à l’occasion des Jeux olympiques de 1936, de sinistre mémoire.

J’étais impatient d’acquérir – via amazon.de – un boîtier de 20 DVD récapitulant les très  courus Waldbühnen-Konzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlinde 1992 à 2016.

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Le coffret est classé par ordre chronologique inverse, du plus récent (2016 avec Yannick Nézet Séguin, à 1992 avec Georges Prêtre)

S’il fallait encore infliger un démenti – mais oui il le faut encore souvent ! – à ceux qui pensent qu’entre le concert classique traditionnel et André Rieu il n’y a pas d’espace pour des concerts populaires et festifs de haut niveau, cette série en serait la preuve éclatante.

Chaque programme est remarquablement constitué autour d’un thème, et combine astucieusement « tubes » et chefs-d’oeuvre moins connus, sans céder aux nécessités (?) du crossover. Et puis quel bonheur d’entendre – idéalement captée – l’une des plus belles phalanges orchestrales du monde, surtout quand elle se débride ! Et d’aussi prestigieux solistes…

Et puis il n’est de Walbdbühne qui ne se termine par la chanson fétiche de tous les Berlinois : Berliner Luft de Paul Lincke

À consommer sans aucune modération !