Dernière minute : J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.
Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.
La difficile Quarantième
J’ai découvert la 40ème symphonie de Mozart dans les années 70, au moment où le dénommé Waldo de Los Rios vendait des milliers de disques en « arrangeant » à la sauce pop de grands classiques.
Je trouvais ça nul, et à mes copains de lycée qui avaient l’air d’apprécier, je montrai un jour la « pub » (une des premières que j’aie vues dans l’univers du classique) de Philips, qui faisait la promotion d’un disque bon marché des symphonies 40 et 41 dirigées par Karl Böhm : « La 40ème préférez l’original »‘
Pour de longues années, ce serait ma version de référence, la seule de ma modeste discothèque.
Puis, devenu lecteur de Diapason, je suivrais la réalisation de l’intégrale des « grandes » symphonies par Josef Krips à la tête du même Concertgebouw que Böhm, mais le prix trop élevé du coffret de 33 tours me dissuaderait de l’acheter.
Ce n’est que lors d’un Disques en Lice, la défunte émission de critique de disques de la Radio Suisse romande (voir Une naissance ) que je tombai de haut en découvrant la version amorphe, étrangement lente et sans élan, du chef viennois tant admiré dans Mozart. La maladie qui devait l’emporter en 1974 était-elle responsable de ce parti pris ?
Le « live » du même Krips à la tête de l’Orchestre national de France, en 1965 au Théâtre des Champs-Elysées, révèle tout de même une conception plus alerte, même si pas vraiment « molto allegro« , de cette symphonie.
Au début des années 60, les jeunes chefs d’alors suivaient les indications de Mozart, sans « romantiser » une symphonie qui n’en a nul besoin.
Dans les années 70, un Karajan plus soucieux d’élégance, de fluidité… et de virtuosité, allait livrer des versions sans aspérités, proscrivant drame et ruptures.
Leonard Bernstein, tant à New York en 1964, qu’à Vienne dix ans plus tard, n’arrive pas à trouver son chemin : un legato hors de propos, une articulation saccadée. Quelque chose qui ne fonctionne pas..
La lenteur, la pesanteur, n’ont rien à faire avec l’âge du chef ou l’époque.
Je découvre, pour ce billet, cet enregistrement de 1949 de Wilhelm Furtwängler et des Berliner Philharmoniker. Vraiment rien de compassé, d’empesé ! Quel élan, quelle éloquence !
A l’inverse, un Carlo Maria Giulini qu’on a tant admiré dans ses légendaires Don Giovanni ou Noces de Figaro, enregistre à Berlin dans les années 90, les trois dernières symphonies de Mozart dans des tempi crépusculaires, qu’on a peine à écouter jusqu’au bout…
Pierre Boulez est mort il y a cinq ans, le 5 janvier 2016. Des manifestations sont prévues à Paris, à Berlin, ailleurs peut-être, mais auront-elles lieu ?
J’évoquais dans mon dernier billet Ces vieux qui rajeunissent et inversement, je n’y ai pas mentionné Pierre Boulez parce que, de ses débuts comme chef d’orchestre à ses dernières apparitions sur scène ou dans la fosse d’opéra, il a échappé aux syndromes que je décrivais. Si l’on devait noter une évolution, c’est sans doute, dans les dernières années notamment au concert, l’abandon à une sensualité sonore que la rigueur de la battue pouvait parfois obérer.
J’ai profité des derniers mois – confinement 1 et 2 ! – pour revisiter ma discothèque boulezienne, en particulier les symphonies de Mahler, que j’avais étrangement tenues à distance, comme si je me refusais à associer Mahler et Boulez. Et je dois avouer que j’ai souvent succombé d’abord à la pure beauté de lectures orchestrales somptueusement enregistrées (et quels orchestres !), ensuite ou en même temps à la tenue des lignes, qui n’est jamais sécheresse, au respect scrupuleux des indications – si nombreuses – de Mahler sur ses partitions.
Je ne connaissais pas cette interview – en anglais – de Pierre Boulez sur Mahler. Emouvant !
Exemplaires, pour moi, les deux Nachtmusik de la 7ème symphonie (à l’opposé en effet de ce que produit un Bernstein, que j’adore par ailleurs!), ou comment naît l’émotion de l’absence d’exagération (comme le dir très bien Pierre Boulez dans l’interview) et du respect des indications du compositeur :
Et que dire du plus foncièrement viennois des mouvements de la 5ème symphonie, le scherzo qui s’abandonne dans l’infinie nostalgie de valses improbables ? Quand on entend, on voit Boulez suivre à la lettre la partition, et ainsi lui restituer cet inimitable parfum (par exemple à 2’25 ») on craque, je craque…
La démonstration pourrait valoir pour toutes les autres symphonies.
Cette captation réalisée à Berlin en 2005 de la Deuxième symphonie me bouleverse à chaque écoute :
J’ai aussi réécouté le tout premier Sacre du printemps gravé par Boulez en 1963 avec l’Orchestre National pour Adès (reparu depuis sous d’autres étiquettes). Je ne suis pas loin de préférer cette version aux deux qui suivront avec Cleveland, d’abord dans les années 70 pour CBS/Sony, puis au début des années 90 pour Deutsche Grammophon, ne serait-ce que parce qu’on y entend le basson français (et non le Fagott allemand que quasiment tous les orchestres au monde ont adopté), le basson français qui était évidemment l’instrument que Stravinsky avait en tête en écrivant ce solo initial. Et quels bois dans l’Orchestre national de ces années-là !
Même la Huitième symphonie de Bruckner -ici enregistrée à St Florian – passe l’épreuve de la rigueur d’une battue qui ne renonce jamais à l’éloquence (même si Boulez n’est pas mon premier choix pour cette oeuvre)
Je voudrais en profiter pour rappeler l’indispensable Boulez de Christian Merlin. Je redis ce que j’écrivais : non seulement c’est une mine d’informations sur Pierre Boulez, compositeur et chef, mais aussi sur tout le siècle qu’il a traversé, et ça se lit comme un roman policier !
En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses de Johann Strauss.
Près de 2 minutes de plus que le vieux Karajan, perclus de douleurs, mais comme régénéré ce 1er janvier 1987 au contact de ses chers Wiener Philharmoniker.
Le cas de Muti n’est pas isolé : on avait pu relever pareil phénomène avec le regretté Mariss Jansons (L’héritage d’un chef) – 1943-2019 -. Nous avons la chance, pour plusieurs oeuvres symphoniques importantes, de disposer de plusieurs versions enregistrées par le chef letton, dans ses postes successifs, à Oslo, Amsterdam et Munich.
Dans le cas de la Deuxième symphonie de Sibelius, la comparaison entre Oslo et la radio bavaroise est éloquente, ce n’est pas seulement affaire de tempo, mais d’énergie, d’élan. Ce qui n’amoindrit pas notre admiration pour un chef qu’on a découvert et aimé dès le mitan des années 80.
J’ai eu la chance d’assister à quelques concerts du grand Carlo Maria Giulini dans les années 90.
Je me rappelle, en particulier, un concert de l‘Orchestre de Paris, à la salle Pleyel. Au programme, la 40ème symphonie de Mozart et la Septième de Bruckner. Terrible souvenir : Mozart soporifique, Bruckner interminable. Et quelques mois plus tard un Requiem de Verdi sublime, ardent, bouleversant.
Comparaison là encore éloquente entre le Giulini des années 60 et celui de la fin des années 80 (Vieux sages)
Des symphonies de Brahms, Giulini a laissé trois enregistrements, le premier avec le Philharmonia (et Chicago pour la 4ème) dans les années 60, le second à Los Angeles fin 70 début 80, le troisième à Vienne dans les années 90. De la jeunesse à la maturité, le parcours est fascinant, même si on peut se lasser de tempi si lents à la fin.
Le cas d’Otto Klemperer (1885-1973) est plus complexe. À peine quinze ans séparent ces deux enregistrements : la 25ème symphonie de Mozart avec le Philharmonia en 1956 – l’une des plus vives, à fond Sturm und Drang de toute la discographie de l’oeuvre – et une Septième de Beethoven en public en 1970, lentissime.
Et puis il y a les exemples inverses, des chefs qui semblent non seulement n’être pas atteints par les offenses de l’âge, voire du grand âge, mais qui semblent rajeunir, se ressourcer à un élan vital inépuisable.
Le cas le plus impressionnant est certainement Herbert Blomstedt, né en 1927, que j’ai eu la chance d’applaudir à la Philharmonie de Paris il y a presque trois ans : L‘autre Herbert/
Quand un nonagénaire rencontre une pianiste dont on a peine à croire qu’elle fêtera ses 80 ans en juin, cela donne ce Beethoven si juvénile, vital, essentiel, enregistré en juin dernier à Lucerne !
Quand on pense aux grands chefs du passé, sur qui l’âge n’avait pas prise, viennent immédiatement les noms de Charles Munch, emporté en pleine activité à 77 ans, Pierre Monteux, mort à 89 ans en 1964 après avoir signé avec le London Symphony, en 1961, un contrat de 25 ans (!), ou Paul Paray. mort à 93 ans sans jamais avoir ralenti son activité.
Il n’est que d’écouter leurs enregistrements des dernières années ! A-t-on déjà entendu plus furieuse Surprise de Haydn ?
Un jeune homme on vous dit ! Vrai dans ce coffret Decca
plus encore dans ce fabuleux coffret de prises de concert en excellente stéréo : les Bostoniens ont parfois du mal à suivre, mais quelle jubilation !
Quant à Paul Paray, on a l’embarras du choix entre les ultimes enregistrements réalisés avec un orchestre monégasque assez médiocre – mais quelle vitalité ! – et les splendides captations en « Living présence » à Detroit. Bien sûr toute la musique française, mais aussi – et ô combien ! – les romantiques allemands. Des Schumann prodigieux par exemple :
S’il y a bien un terme tout à fait abusif pour décrire ce qui s’est passé ce 15 décembre en France, c’est bien celui de « déconfinement ». Certes, les autorisations pour se déplacer ont disparu, mais comment peut-on oser parler de déconfinement, lorsque la vie culturelle – et sportive – reste interdite, lorsque les lieux de vie et de convivialité essentiels que sont les cafés et les restaurants sont fermés pour plusieurs semaines encore ?Cette série n’est donc pas près de s’arrêter !
Deux disparitions : Ivry Gitlis, Fou Ts’ong
Je ne me suis pas cru obligé d’en rajouter sur la mort d’Ivry Gitlis, que même l’Elysée a honoré d’un long communiqué de presse. Moi aussi je l’ai souvent vu ces dernières années s’inviter au concert, dans les loges, jouer dans de mauvais films, moi aussi j’aime certains de ses enregistrements, mais je m’en tiendrai là, pour ne pas rompre l’unanimité des éloges à son sujet.
Une autre disparition me touche plus, celle, annoncée hier par François-Frédéric Guy, du pianiste britannique d’origine chinoise Fou Ts’ong.
Je l’ai quelquefois aperçu à Bruxelles, lorsqu’il siégeait au jury du Concours Reine Elisabeth, je l’ai surtout aimé par le disque, même si sa discographie est cahotique. Rassembler ses disques ressemble à un parcours du combattant ! Chopin d’abord – Sony serait bien inspiré de rééditer ses introuvables Mazurkas, Nocturnes et autres Barcarolle ou Polonaise-Fantaisie
Magnifiquement captées sur un piano Erard, on ne se lasse pas des Mazurkas gravées par Fou Ts’ong pour l’édition nationale polonaise de l’oeuvre de Chopin.
Mais on cherchera tout autant les Scarlatti, Haydn, Mozart, Schubert, Debussy, disponibles notamment sur le label Meridian
Dans ma discothèque beaucoup de passionnantes versions de la IXème symphonie. L’une d’elles est rarement citée comme une référence, et pourtant, du début à la fin – l’Ode à la joie de Schiller – Charles Munch crée et maintient une tension exceptionnelle ! et quel quatuor de solistes ! et quel merveilleux Boston Symphony Orchestra
17 décembre : Geza Anda et Chopin
À l’époque où il y avait à Paris et dans les grandes villes de nombreux magasins de CD et DVD à tout petit prix, on trouvait, dans le classique, d’improbables collections, où se côtoyaient le pire et le meilleur, comme cette collection « Ermitage » qui reprenait, plus ou moins officiellement, des captations réalisées par la Radio suisse italienne, souvent lors du Festival de Lugano. Depuis que j’ai acheté ce récital de Geza Anda (1921-1976), et en particulier les Etudes op. 25 de Chopin, c’est devenu l’un des disques auxquels je reviens souvent. Je ne connais pas version plus admirablement poétique de la première des études op.25.
18 décembre : Beethoven et Kondrachine
#Beethoven 250
S’il y a un grand chef qu’on n’associe pas à Beethoven – à tort ! – c’est bien Kirill Kondrachine (1914-1981) – lire Le Russe oublié – : un seul enregistrement officiel à Moscou en 1967 de la Quatrième symphonie, un « live » à Cologne de la Deuxième symphonie en 1979, et le 11 mars 1979, magnifiquement captée au Concertgebouw d’Amsterdam, une Eroica d’anthologie : lire Kondrachine l’Héroïque.
19 décembre : Harold en Italie
Aucun voyage, ni proche ni lointain, à l’horizon de la fin de cette année ! On continue donc le voyage au coeur de ma discothèque, et on accompagne aujourd’hui Harold/Berlioz en Italie. J’ai déjà raconté les circonstances de la composition de cette oeuvre pour alto principal et orchestre : Harold en Russie
Et malgré la richesse de la discographie de cette oeuvre, je continue de placer tout en haut de mes références personnelles, un disque jadis acquis en vinyle, et très longtemps demeuré non réédité en CD. Une version 100% russe, où l’alto de Rudolf Barchai (1924-2010) – définitivement bien meilleur instrumentiste que chef d’orchestre – incarne véritablement Harold, et où la direction fiévreuse de David Oistrakh (1908-1974) épouse toutes les humeurs du génie berliozien
20 décembre : Le ténor magnifique
Les clichés ont la vie dure, en musique comme en art en général. Aux voix méditerranéennes l’opéra italien ou les chansons espagnoles, aux autres Wagner ou Sibelius Dans ma discothèque, le ténor magnifique Fritz Wunderlich (1930-1966) mort à 36 ans, occupe une place à part. Et lorsqu’il chante, même en allemand, la chanson du Mexicain Agustin Lara, Granada, tout le soleil du monde est dans sa voix !
21 décembre : Shéhérazade et Armin Jordan
C’est une rareté dans la discographie considérable du chef-d’oeuvre de Rimski-Korsakov (1844-1908) Shéhérazade que l’enregistrement réalisé en 1990 par Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande, paru à l’époque sous étiquette Virgin. C’est une vive émotion, pour moi, de découvrir la captation télévisée qui avait été faite – j’étais dans la salle du Victoria Hall – de cette Shéhérazade, et de retrouver, outre mon cher Armin Jordan (lire Etat de grâce) tant de visages familiers : Abdel Hamid El Shwekh violon solo, François Guye violoncelle solo, Bruno Schneider au cor, et bien d’autres que j’avais, pour certains, revus il y a quatre ans.
22 décembre : le maître de ballet
Abondance de raretés, de trésors cachés, de répertoires inconnus, de musiques douces, légères et dansantes dans ce coffret hommage au chef d’orchestre Richard Bonynge (né en 1930) : lire Le Maître de ballet
23 décembre : White Christmas ?
Si comme moi vous ne supportez plus d’entendre de mauvaises versions de chants de Noël – comme Jingle bells – dans les rues commerçantes ou les grandes surfaces, revenez à la tradition des Boston Pops et de leur chef légendaire Arthur Fiedler (1894-1979). Comme à cette pièce qui évoque d’abord l’hiver de Leroy Anderson, écrite en 1948 : Sleigh Ride
24 décembre : Rêves d’hiver
La première symphonie de Tchaikovski est une invitation : Rêves d’hiver. C’est avec Lorin Maazel (1930-2014) et l’Orchestre philharmonique de Vienne que je l’ai découverte, puis j’ai aimé le jeune Michael Tilson-Thomas à Boston… et Karajan à Berlin : Les rêves d’hiver de Tchaikovski
25 décembre : Noël suédois
Ce fut d’abord un vinyle – paru en 1976 – puis un CD en 2003, un ensemble suédois inconnu (http://www.oscarsmotettkor.se), un disque de démonstration pour audiophiles.Cela reste, en 2020, une des plus originales compilations de chants de Noël. Ecoutez, par exemple :
26 décembre : Saint Etienne
Le 26 décembre est la fête des Etienne, Stéphane (et dérivés !). En 1811, pour l’inauguration du grand théâtre de Pest (actuelle partie de Budapest), dont la construction a été décidée par l’empereur François Ier d’Autriche, Beethoven met en musique un texte de Kotzebue : Le Roi Etienne, qui célèbre Etienne Ier, le fondateur de la Hongrie en l’an 1000. Cette musique de scène créée le 9 février 1812, est en dix parties.
Peu de versions intégrales, à la très médiocre version Chung, on préfèrera Michael Tilson Thomas avec l’Orchestre symphonique de Londres
27 décembre : Le Groupe des Six
Seule oeuvre collective du Groupe des Six (lire Groupe de Six), Les Mariés de la Tour Eiffel est un ballet créé en 1921 auquel ont contribué Georges Auric, Arthur Honegger, Germaine Tailleferre, Francis Poulenc et Darius Milhaud, et bien sûr Jean Cocteau
28 décembre : Les Dossiers de l’écran
C’est devenu l’un des plus célèbres génériques de la télévision française (« Les Dossiers de l’écran« ), une des musiques du film de Melville, L’Armée des ombres, et accessoirement de « Papy fait de la résistance » ! Morton Gould (1913-1996) – lire Le dossier Gould – compose ses Spirituals en 1941 : le quatrième mouvement est intitulé Protest.
Avant la fin de cette année de célébration des 250 ans de la naissance de Beethoven, je ne veux pas oublier de célébrer un immense chef qu’on n’a jamais – à tort – associé à Beethoven, le Russe oublié, Kirill Kondrachine (1914-1981).
Il faut dire que les témoignages beethovéniens au disque de Kirill Kondrachine sont très rares : une Quatrième symphonie enregistrée à Moscou en 1967
et une exceptionnelle « Héroïque » glorieusement captée avec et au Concertgebouw d’Amsterdam
Ci-dessous l’enregistrement audio de la Troisième symphonie, à partir de ma discothèque.
On trouve aussi sur You une Deuxième symphonie captée à Cologne :
Tout cela ravive nos regrets de ne pas disposer de plus de témoignages de Kondrachine dans Beethoven. Nous sommes un peu consolés de l’entendre « accompagner » – le terme est impropre s’agissant des concertos de Beethoven – Oistrakh, Richter ou Gilels.
Des cinq concertos pour piano de Beethoven, le Troisième est, de loin et de longtemps, mon préféré. Je ne me suis jamais lassé de l’entendre et de le réentendre, sous les doigts les plus divers, aussi souvent que possible en concert.
La tonalité d’ut mineur ? ce début éminemment romantique à l’orchestre – que tant de chefs ratent ou banalisent ? cette sorte de perfection formelle, que je n’ai jamais cherché vraiment à analyser, l’impression qu’il n’y a rien de trop ou de répétitif ? Tout cela et sans doute des souvenirs de jeunesse qui se sont à jamais gravés dans ma mémoire. Comme ce passage du film de François Reichenbach sur Artur Rubinstein – L’Amour de la vie – que j’étais allé voir trois fois de suite en 1970 à Poitiers lorsqu’il était sorti au cinéma: à 1h13‘ sous le ciel d’Israël, Artur Rubinstein répète cette fin si mystérieuse du premier mouvement du 3ème concerto – sous la direction du jeune Zubin Mehta. Ces images continuent de me bouleverser.
Bien plus tard, j’ai retrouvé intacte la magie que dégage ce film dans cet enregistrement capté à Amsterdam, l’entente entre le magnifique vieillard et le jeune Bernard Haitink est indépassable.
En concert, j’ai eu mon lot de déceptions. De l’aveu même de pianistes et de chefs qui me l’ont confié, l’oeuvre est plutôt tricky. Elle ne tombe pas naturellement sous les doigts ni la baguette (moins par exemple que les deux premiers concertos ou l’Empereur)
Mais de grands souvenirs, j’en ai : en 1974, dans le cadre du festival de Lucerne (lire La découverte de la musique : Lucerne), Daniel Barenboim accompagné par… Zubin Mehta dirigeant l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Pas grand chose à voir avec la version que j’avais en 33 tours, du fougueux Daniel bridé par un Klemperer plus hiératique que jamais.
En 1990, le pianiste allemand Christian Zacharias – lire L’audace du public – faisait ses débuts à Genève (!) en remplaçant un jeune collègue malade. L’entente avec Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande fut immédiate, totale. En 1994 les Amis de l’Orchestre éditaient les cinq concertos donnés en concert.
Souvenir plus récent de Maria-Joao Pires, à qui l’oeuvre semble aller si bien, avec Claudio Abbado er le Mahler Chamber Orchestra. Etonnant qu’elle ne l’ait jamais gravé au disque !
Mais grâce au disque (et au DVD) mon appétit de grandes versions « live » de ce concerto peut être assouvi.
Rudolf Serkin et Rafael Kubelik en 1977 c’est quelque chose !
En 2005 à Lucerne, le miracle se produit entre deux artistes – Alfred Brendel et Claudio Abbado – qui n’ont plus rien à prouver et qui pourtant semblent nous faire redécouvrir l’oeuvre.
Au hasard de mes visites chez Melomania (38 bd St Germain à Paris) j’avais trouvé un étonnant CD en import japonais, comme je le racontais il y a quatre ans : Monique de la Bruchollerie, un peu comme Yvonne Lefébure (Clavier pas tempéré), c’était pour moi un nom, entouré de mystère (privée de l’usage de ses mains à 40 ans après un grave accident de la route, morte à 57 ans). Et ici je l’entends, je la découvre plutôt, fulgurante, incandescente, passionnée dans mon concerto préféré de Beethoven (le 3eme) une captation stéréo de concert de 1966, à Budapest, avec le grand Janos Ferencsikdirigeant son orchestre d’Etat hongrois. Il y a bien quelques notes à côté, des traits un peu boulés, mais quelle ardeur, quel son, quelle autorité ! Et c’était sans doute l’un des derniers concerts de la pianiste avant son terrible accident.
Mais s’il y a une version de concert que je place au-dessus de tout, depuis que le label hollandais bon marché Brilliant Classics a eu l’heureuse idée d’éditer, c’est celle d’Emil Gilelscaptée en 1976, dans le cadre d’une intégrale des concertos dirigée par Kurt Masur à la tête de l’orchestre symphonique de l’URSS.
Il faut que je vide mon sac ! Désolé pour ceux qui ne veulent lire ici qu’histoires de musique et heureux événements.
Une minorité hurlante
Mais comme l’écrit la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans un tweet cet après-midi : « Ça suffit ! Hier, des propos indignes ont été proférés et des banderoles infamantes brandies. Je déférerai devant les tribunaux les graves injures publiques qui ont été dirigées contre la mairie de Paris. Je ne laisserai rien passer » !
Même si je suis loin d’avoir toujours partagé les vues de Christophe Girard, a fortiori de la maire réélue de Paris, je ne peux que partager cette indignation.
Cette indignation salutaire, on eût aimé l’entendre s’exprimer à propos d’autres « affaires » où le droit le plus élémentaire est piétiné par une infime minorité qui gueule plus fort et investit les réseaux sociaux de sa haine sans limite. Depuis sa nomination au ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin est poursuivi par des hordes de pseudo-féministes, à propos d’une « affaire » qui n’en est pas une (Une ex-plaignante prend sa défense par SMS). Les mêmes hurleuses sont allées jusqu’à accuser le président de la République et le nouveau Premier Ministre d’encourager la « culture du viol » !
Les chefs blacklistés
Souvenons-nous, il y a quelques mois, la chasse aux chefs d’orchestre avait été ouverte sans aucune retenue, au motif qu’ils auraient eu des comportements déplacés…. sans qu’il y ait eu de plainte, a fortiori d’action judiciaire, à leur encontre ! Je l’avais écrit ici – Remugles– à propos notamment de Daniele Gatti viré sans autre forme de procès de son poste de chef de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et blacklisté pendant plusieurs mois…. jusqu’à ce que l’orchestre néerlandais reconnaisse qu’il n’y avait rien à reprocher au chef italien et soit obligé de le dédommager pour un « préjudice » qui restera comme une tache indélébile.
Rappelons-nous ce qui est arrivé au mari d’Anne-Sofie von Otter,directeur de théâtre injustement accusé, qui a fini par se suicider après une longue dépression…
Les nouveaux ridicules
Anne Hidalgo cible deux élues Vertes, qui font (ou faisaient ?) partie de sa majorité municipale, qui auraient initié la manifestation anti-Christophe Girard.
Mais, à lire pas mal de déclarations des nouveaux élus Verts aux dernières municipales, à les entendre jargonner dans une novlangue bobo-écolo, parfaitement incompréhensible à « cellezéceux » qu’ils prétendent défendre et représenter, on peut, on doit s’interroger sur cette nouvelle génération moralisatrice, qui prétend dire le bien et le mal, s’insinue dans la sphère privée, et défend l’indéfendable :
« On vit à l’ère du tribunal populaire et de la présomption de culpabilité, où plainte vaut condamnation, mandat de dépôt et opprobre universel. Tandis que des élus ceints de leur écharpe tricolore sont convaincus, malgré les décisions de justice, qu’Adama Traoré a été « tué » par les forces de l’ordre et défilent aux cris de « À bas la police ! »ou « Policiers assassins », certaines « féministes » jugent, toujours malgré les décisions de justice, que M. Darmanin est un criminel et manifestent à chacun de ses déplacements en scandant : « Un violeur à l’Intérieur ! » (Franz-Olivier Giesbert, Le Point, 23 juillet 2020)
Violeur ou pas ?
Que nous disent aujourd’hui toutes les ligues de vertu, Camélia Jordana en tête, de la « victime » Adama Traoré, reconnu clairement coupable de viol envers son co-détenu ? Certes rien ne justifie la mort d’un homme, celle d’Adama Traoré comme une autre. Mais la complaisance avec laquelle on l’a présenté, manifestation après manifestation, comme la victime de violonces policières, donc d’un Etat policier, le seul fait de présenter sa famille comme des parangons de vertu, la seule comparaison avec le sort de George Floyd aux Etats-Unis, tout cela est proprement insupportable.
Inclusif excluant
On n’ose même pas relever le ridicule de la décision du nouveau maire de Lyon, décision illégale (mais c’est vraiment secondaire !), d’adopter désormais l’écriture inclusivedans les actes et textes de la nouvelle municipalité. Peut-on recommander à ces nouveaux moralistes de lire cet excellent article de Wikipediasur le langage épicène ? Peut-on rappeler à ces nouveaux élus que l’apprentissage du français si difficile pour beaucoup d’écoliers, et particulièrement pour des enfants (ou des adultes) handicapés, devient un authentique chemin de croix avec cette écriture prétendument inclusi.v.e, totalement incompréhensible et complètement… excluante ?
Allez je vais mettre à profit mon week-end pour réécouter ce très beau coffret !
L’écologie est à la mode… électorale : il n’est que de voir la situation dans une grande partie des villes françaises à la veille du second tour des élections municipales dimanche prochain. On saura le 28 juin au soir si le vert a le vent en poupe…
En musique on pourrait s’amuser – ça prendrait un temps certain ! – à distinguer les compositeurs écolo, tous ceux que la Nature inspira, sans qu’ils eussent même idée que cette sensibilité à leur environnement constituerait un jour un programme politique. Haydn, ses Saisons et sa Création, Beethoven et sa Pastorale, pour ne citer que les plus évidents…
L’excellent animateur de Table d’écoute, l’émission de critique de disques de la RTBF – à qui on souhaite au passage un bon anniversaire, un anniversaire qui compte dans une vie d’homme ! – a eu la bonne idée de programmer, le 14 juin dernier, une oeuvre aussi rare au concert qu’au disque, Les Eolidesde César Franck.
Onze ans – 1875 – avant l’unique Symphonie qui lui assurera une célébrité universelle, le compositeur né à Liège en 1822 (précision historique: la Belgique n’ayant été fondée qu’en 1830, le jeune César est né dans une province des Pays-Bas, dans une famille germanophone !) écrit son deuxième poème symphonique, Les Éolides, inspiré d’un poème éponyme (vraiment très mauvais) de Leconte de Lisle (à lire intégralement à la fin de cet article).
En une dizaine de minutes, César Franck semble tester ce qui fera la marque de sa symphonie, un seul thème cyclique, une mélodie chromatique ascendante, qui tourne sur elle-même, se nourrit de ses variations et renversements. Une oeuvre puissamment romantique. L’émission est à réécouter ICI.
Des six versions choisies par Camille de Rijck, écoutées à l’aveugle comme de bien entendu, j’ai été heureux que mes camarades et moi ayons choisi deux interprétations qui nous semblaient restituer l’essence de cette oeuvre, et parmi elles celle d’un orchestre pour qui Franck n’a aucun secret, l’orchestre de sa ville natale, l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Une phalange qui a gravé par trois fois « la » symphonie – des versions toujours citées en référence (L’or des Liégeois) – sous les baguettes successives de Pierre Bartholomée, Louis Langrée et Christian Arming.
Malgré la brièveté de son mandat, François-Xavier Roth a eu le temps de graver deux disques magnifiques avec l’OPRL, dont ce disque tout Franck. Version voluptueuse, sensuelle, qui épouse le mouvement de ces filles d’Éole.
L’autre version arrivée en tête est celle de Yan Pascal Tortelier, fils du grand violoncelliste Paul Tortelier, un chef français qui, comme 90 % de ses compatriotes, a fait toute sa carrière hors de France, essentiellement au Royaume-Uni (Ulster, BBC Philharmonic à Manchester, aujourd’hui directeur musical de l’orchestre symphonique…. d’Islande !
Nous n’avons pas beaucoup aimé – c’est la loi du genre – les glorieux aînés, Ansermet, Cluytens, l’un et l’autre compassés, inutile d’insister.
En revanche, j’ai regretté l’absence – c’est toujours le reproche qu’encourt le producteur d’une telle émission ! – d’une version traversée d’un souffle (!!) prodigieux, superbement enregistrée avec et dans le Concertgebouw d’Amsterdam, par un chef hollandais que je tiens pour l’un des plus grands, Willem van Otterloo(1907-1978)
Une version qu’on peut retrouver dans un beau coffret emblématique de l’art de ce grand chef.
Les Éolides (Leconte de Lisle)
Ô brises flottantes des cieux, Du beau Printemps douces haleines, Qui de baisers capricieux Caressez les monts et les plaines !Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix, La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ; Et la Dryade assise aux feuillages épais Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.Effleurant le cristal des eaux Comme un vif essaim d’hirondelles, De l’Eurotas aux verts roseaux Revenez-vous, Vierges fidèles ?Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs, Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive, Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.L’air où murmure votre essor S’emplit d’arome et d’harmonie : Revenez-vous de l’Ionie, Ou du vert Hymette au miel d’or ?
Eolides, salut ! Ô fraîches messagères, C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ; Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux A baigné le duvet de vos ailes légères.
Quand Theugénis au col de lait Dansait le soir auprès de l’onde, Vous avez sur sa tête blonde Semé les roses de Milet.
Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère, Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère, Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,
Sous le platane où l’on s’abrite Des flèches vermeilles du jour, Vous avez soupiré d’amour Sur les lèvres de Théocrite.
Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais, Rires des Immortels dont s’embellit la Terre, C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.
Au temps où l’abeille murmure Et vole à la coupe des lys, Le Mantouan, sous la ramure, Vous a parlé d’Amaryllis.
Vous avez écouté, dans les feuilles blotties, Les beaux adolescents de myrtes couronnés, Enchaînant avec art les molles reparties, Ouvrir en rougissant les combats alternés,
Tandis que drapés dans la toge, Debout à l’ombre du hallier, Les vieillards décernaient l’éloge, La coupe ornée ou le bélier.
Vous agitiez le saule où sourit Galatée, Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs, Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée, Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.
Quand les vierges au corps d’albâtre, Qu’aimaient les Dieux et les humains, Portaient des colombes aux mains, Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,
Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant Les hymnes de Vénus, la volupté divine, Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.
Oh ! combien vous avez baisé De bras, d’épaules adorées, Au bord des fontaines sacrées, Sur la colline au flanc boisé !
Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques, Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil, Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ? Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?
O vous que le thym et l’égile Ont parfumés, secrets liens Des douces flûtes de Virgile Et des roseaux Siciliens,
Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie, Brises des mois divins, visitez-nous encor ! Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or, Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !
Encore un chef trop rarement cité comme beethovénien, et pourtant trois intégrales des symphonies à son actif : Eugen Jochum(1902-1987).
Dans un billet de janvier 2018 (Jochum suite et fin), je regrettais que Deutsche Grammophon, en rééditant le legs discographique du chef allemand en deux forts pavés, ait étrangement omis les enregistrements symphoniques réalisés pour Philips. Oubli réparé par ce coffret de la série Eloquence.
Beethoven à Amsterdam
On retrouve logiquement dans ce coffret l’intégrale des symphonies de Beethoven enregistrée par Philips à la fin des années 60 avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam par Eugen Jochum pour le 200ème anniversaire de la naissance de Beethoven (1970).
J’ai précieusement conservé ce coffret qui fut l’un des premiers de ma discothèque d’adolescent, un cadeau de mes parents. C’est avec Jochum, et les somptueuses sonorités de la phalange amstellodamoise, que j’ai appris mon Beethoven.
J’ai, depuis, arpenté bien d’autres chemins interprétatifs, découvert, aimé nombre de versions plus ceci ou plus cela, mais je suis toujours revenu à ces amours de jeunesse. La Neuvième de Jochum à Amsterdam – le finale ! – continue de me bouleverser à chaque écoute.
Le coffret contient une autre 5ème de Beethoven, que je ne connaissais pas, éditée, semble-t-il, pour la première fois en CD, captée en 1951 avec l’orchestre philharmonique de Berlin.
Ainsi que plusieurs ouvertures de Beethoven captées à Amsterdam.
Les pépites
Ce coffret Eloquence n’est pas avare de références, pour certaines devenues introuvables. Des Mozart plus allants, moins millimétrés que les Böhm contemporains – symphonies 35, 36, 38, 41 à Amsterdam.
Deux Quatrième, Schubert et Schumann, des Wagner et Richard Strauss qu’on avait connus par un double CD Tahra.
On retrouve le 1er concerto de Beethoven et le 14ème de Mozart à Bamberg avec au piano la fille du chef, Veronica Jochum von Moltke.
Mais surtout un concert légendaire – qui nous est restitué dans son intégralité – pour célébrer le 1200ème anniversaire de la fondation de l’abbaye bénédictine d’Ottobeuren, le 31 mai 1964, avec une Cinquième symphonie de Bruckner qui est ma référence jamais égalée.
Cette oeuvre a un lien particulier avec la Salle philharmonique de Liège. Elle figurait au programme du concert du 18 janvier 2002, l’orchestre était dirigé par Oswald Sallaberger, le soliste était le tromboniste Christian… Lindberg (!!) – aucun lien de parenté avec le compositeur Magnus Lindberg -. Programme original, comme on a toujours aimé les faire à Liège : de Stravinsky les deux Suites pour petit orchestre, de Leopold Mozart le concerto pour trombone, de Berio un Solo pour trombone… et les Danses symphoniques de Rachmaninov ! Pour être franc, en dehors de la prestation du tromboniste suédois, je n’aurais pas retenu grand chose de ce concert, s’il n’avait été le cadre d’un événement exceptionnel.
Visite royale
J’avais, contre tous les usages, écrit directement au Palais royal pour inviter le roi et la reine des Belges au concert inaugural du mandat de Louis Langrée en septembre 2001, rappelant aux souverains que la Salle Philharmonique, anciennement salle de concert du Conservatoire de Liège, avait rouvert en septembre 2000 après une complète rénovation. J’avais reçu une aimable réponse négative.
En décembre 2001, ma secrétaire de l’époque m’annonce, à mon retour d’une journée à Bruxelles, que « le secrétaire de la Reine » a tenté de me joindre. Un coup de téléphone du pape n’aurait pas fait plus d’effet… Je rappelle le secrétaire en question, un jeune, brillant et très aimable diplomate, qui m’indique, en effet, que la reine Paola a jeté son dévolu sur le concert du 18 janvier 2002, mais qu’il s’agira d’une présence privée, qui ne nécessite aucune mesure particulière. Au tout début janvier, le même me rappelle pour me dire que, finalement, le roi Albert II participera également à ce concert.
Changement complet de perspective : une présence même non officielle du chef de l’Etat à un concert public ne peut s’imaginer sans un certain protocole et la mise en oeuvre de mesures de sécurité. Les services du Gouverneur de la province (l’équivalent d’un préfet en France) et de la Ville de Liège sont mis au courant et entendent prendre la main sur l’organisation du concert. Je me fie, quant à moi, aux recommandations de mon interlocuteur au Palais. Le soir venu, le public est prié de s’installer dans la salle sans attendre l’arrivée royale. Le Gouverneur de la province et le bourgmestre (maire) de Liège sont plantés à l’entrée de la salle, je me joins à eux en voyant bien qu’ils me regardent de travers, mais je suis les ordres que le Palais m’a donnés. Je suis l’hôte des lieux, c’est à moi d’accueillir le roi et la reine. À partir de là, je vais piloter seul la soirée. On prend une belle photo au bas du grand escalier, les caméras filment.
Il est prévu qu’arrivés en haut de l’escalier, le bourgmestre et le gouverneur gagnent leurs places dans les loges qui leur sont attribuées. Contrairement à tous les usages, la femme du gouverneur attend les souverains pour les saluer, une causette s’engage, alors que tout est minuté pour que l’hymne national retentisse dès que le roi et la reine accèdent à la loge d’honneur, devenue royale ce soir-là. Je dois insister sans ménagement pour que le maire, le gouverneur et sa femme gagnent leurs places. Je vois le roi leur emboîter le pas, je le retiens par la manche : « Sire, vous devez attendre encore un peu« . Remarque de Paola : « Tu vois, ce monsieur (moi donc!) est français, mais il connaît mieuxle protocole que toi » ! La soirée commence avec humour. Nous entrons dans la loge, et l’Orchestre philharmonique de Liège entonne La Brabançonne.
A l’entracte, nous avons prévu que dans un coin du foyer, le couple royal rencontre une dizaine de personnes – sélectionnées par moi – qui ont un rôle, une activité, dans la vie culturelle et sociale de Liège, surtout pas d’officiels ! -. Peu oseront finalement venir se présenter. Ils auront eu tort. La conversation avec le roi est très détendue, débonnaire, il raconte ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, des concerts avec Arthur Grumiaux. Des images filmées nous montrent hilares.
A l’issue du concert, nous avons organisé cette fois une rencontre entre les artistes, quelques représentants des musiciens de l’orchestre, et les souverains. Albert et Paola sont très intéressés par Christian Lindberg, en tenue de motard (!). Le temps passe et le couple royal ne semble pas pressé de repartir. Nous quittons pourtant le foyer, pensant que le public est parti. Surprise quand nous descendons le grand escalier, il y a encore beaucoup de monde dans le hall d’accueil, les applaudissement sont nourris. Des femmes se pressent pour toucher le roi et la reine qui ne rechignent pas à ce bain de foule inattendu. La sécurité est présente mais invisible. La limousine s’approche, Albert et Paola prennent congé avec une courtoisie non feinte, non sans avoir signé le livre d’or de l’orchestre. C’était la première visite, et jusqu’à aujourd’hui la seule, d’un couple royal à un concert de l’OPL depuis sa fondation en 1960 !
Danses symphoniques
Les Danses symphoniquesde Rachmaninov– au programme de ce 18 janvier 2002 comme du concert dirigé par Christian Arming vendredi dernier (Lumières du Nord) – sont l’ultime chef-d’oeuvre (1940) d’un compositeur qui a quitté sa mère patrie en 1917 pour ne jamais y retourner jusqu’à sa mort en 1943 aux Etats-Unis.
Tout dans ce triptyque orchestral exprime la puissante nostalgie du pays natal.
Le premier mouvement Non allegro est introduit par un motif court de trois notes qui va devenir le thème principal de ce mouvement. Le deuxième motif sec et rythmé inspire l’inquiétude, renforcée par les coups de timbales et par le brusque frottement des deux tonalités : la bémol majeur et la mineur.
Commence une marche grotesque et dramatique qui débouche sur une partie centrale (en do dièse mineur) d’un caractère calme et nostalgique. Le hautbois et la clarinette avec ses motifs ornementés donnent du relief au chant russe mélancolique exposé par un saxophone alto puis par les violons. Puis retour des deux motifs d’introduction dont le conflit mène au point culminant du mouvement et à la reprise.
Le mouvement s’achève par une coda sereine et calme, où Rachmaninov cite à nouveau un chant russe utilisé dans sa Première symphonie, un carillon imité ici par le piano, la harpe et le glockenspiel.
Le deuxième mouvement Andante. Tempo di Valse est le coeur émotionnel de l’oeuvre, une valse lente d’une insondable mélancolie, qui s’ouvre par de terribles grincements de trompettes bouchées, chantée par le cor anglais, reprise par un orchestre qui n’en finit pas de tournoyer.
J’ai toujours pensé que Stephen Sondheims’était largement inspiré de Rachmaninov pour sa valse nocturne de la comédie musicale A Little Night Music
Le troisième mouvement des Danses symphoniques repose sur des motifs de la grande liturgie orthodoxe et cite à plusieurs reprises le thème médiéval du Dies Irae – que Rachmaninov exploite systématiquement dans ses dernières oeuvres, la Rhapsodie sur un thème de Paganini, la Troisième symphonie.
Au disque, peu de chefs ont réussi à traduire la puissance évocatrice comme la douloureuse nostalgie de l’immensité russe de cette sorte d’autobiographie testamentaire de Rachmaninov.
Personne n’a égalé le souffle tragique, la densité visionnaire de Kirill Kondrachine
La version de l’orchestre de Philadelphie à qui Rachmaninov a dédié son oeuvre mérite à tout le moins d’être écoutée attentivement sous la baguette d’Eugene Ormandy
Quant au grand Mariss Jansons, disparu en novembre dernier, il a laissé trois versions de ces Danses (cf. vidéos ci-dessus, avec le Concertgebouw d’Amsterdam, avec l’orchestre symphonique de la Radio bavaroise). Je garde une affection particulière pour la première qu’il a gravée pour EMI avec un orchestre qui chante dans son arbre généalogique, le philharmonique de Saint-Pétersbourg.