Vieux sages

Pas d’âge limite pour les chefs d’orchestre, ils ne jouent d’aucun instrument, ne chantent pas, et ne risquent donc pas l’usure, les atteintes de l’âge de ceux qu’ils dirigent ! La liste est plutôt longue de ces stars des podiums qui sont restées en activité jusqu’à près de 90 ans : Arturo Toscanini, Pierre Monteux, Paul Paray, et plus près de nous Carlo-Maria Giulini (1914-2005). Pour ne citer que ceux qui exercent encore, Pierre Boulez bien sûr (1925), Bernard Haitink (1929), Lorin Maazel (1930)…

Une certaine logique veut que, prenant de l’âge – de l’expérience aussi – ces chefs d’orchestre deviennent moins fougueux, plus retenus, plus lents. C’est particulièrement évident dans le cas de chefs qui ont fait une longue carrière discographique : Klemperer, Karajan, Bernstein, Maazel. Et on a des démonstrations exactement contraires, j’y reviendrai.

Les éditeurs successifs de Carlo-Maria Giulini commémorent le centenaire de la naissance du grand chef italien, il reste des lacunes, mais ne nous plaignons pas, l’effort mérite d’être salué. EMI/Warner a ouvert le bal (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2013/11/26/giulini-la-classe-7996953.html ), Deutsche Grammophon avait déjà publié deux coffrets

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Récidive avec un coffret Giulini/VienneImageRien d’inconnu dans ce coffret, à une non négligeable exception près : la cantate écrite par le compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996) pour célébrer les 30 ans de la fondation de l’ONU, créée à New York le 24 octobre 1975 par Julia Hamari, Dietrich Fischer-Dieskau, le choeur de Temple University…et l’orchestre symphonique de Vienne, dirigé par celui qui en était alors le directeur musical, Carlo-Maria Giulini. Titre de la cantate : An die Nachgeborenen, littéralement « À ceux qui sont nés après »… après les désastres de la Seconde Guerre mondiale, sur des textes de Brecht, Holderlin et…Sophocle !

Sinon les quatre symphonies de Brahms, plus puissantes, creusées que celles réalisées à Londres ou Chicago, lorgnant déjà vers Bruckner, des 7ème, 8ème et 9ème symphonies marmoréennes, comme déjà figées dans l’éternité. Les « live » des concertos 1, 3 et 5 de Beethoven avec Arturo Benedetti Michelangeli, toujours aussi impressionnants…

Restera à DGG à rassembler encore quelques enregistrements réalisés notamment à Berlin.

Plus intéressants encore pour mesurer l’art du vieux chef – et parfois les limites de l’âge ! – les 22 CD que SONY a rassemblés :

ImageSi on oublie un Gloria de Vivaldi complètement hors de propos, un Requiem de Mozart sans relief (préférer la version EMI), le reste doit être écouté, même si les tempi du chef désarçonnent plus d’une fois dans Mozart, Beethoven ou Schubert – c’est lent, trop lent souvent, mais toujours habité – Idem pour les trois dernières symphonies de Dvorak, qui bénéficient du son légendaire (et d’une prise de son exceptionnelle) du Concertgebouw d’Amsterdam, tout comme de prodigieux Ravel, Debussy et Stravinsky (L’oiseau de feu)

Je retiens, quant à moi, une sublime Messe n°6 de Schubert, une Messe en si, hiératique, hors du temps, de Bach, une Symphonie de Franck (avec Vienne !) presque brucknerienne…et une intégrale inachevée des Symphonies de Beethoven avec l’orchestre de la Scala.

Je reviendrai dans un autre billet sur ces vieux chefs, qui, à l’inverse de Giulini, retrouvent au soir de leur vie, une nouvelle jeunesse, une « urgence » – pour reprendre une expression en cours chez les critiques ! – assez étonnantes. Cf. les derniers enregistrements de Monteux, Dorati, Stokowski ou Paray...

 

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