Dans la famille Järvi, le père

Je n’étais pas sûr d’être rentré à temps de Montpellier pour assister au concert de l’Orchestre National de France, hier soir, à la Maison de la Radio, dirigé par un vétéran, le vénérable Neeme Järvi80 ans depuis le 7 juin dernier.

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J’ai donc écouté la seconde partie du concert sur France Musique (disponible en réécoute ici), la 12ème symphonie « L’année 1917 » de Chostakovitch, que j’évoquais dans mon billet d’avant-hier (Octobre en novembre, la Révolution). Contraste assurément avec la vision du jeune Andris Poga l’été dernier à Montpellier avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. Comme si le vieux chef s’attachait à gommer les aspérités, les rudesses d’une symphonie qui n’est vraiment pas la meilleure de son auteur (en tous cas bien inférieure à la 11ème symphonie, elle aussi évoquant la Révolution russe, la première, celle de 1905). Mais quelle puissance d’évocation, comme si Neeme Järvi racontait sa propre histoire !

Me sont revenus d’anciens souvenirs de ce chef charismatique, qui m’était apparu fatigué lors d’un concert très inégal en 2011 au Théâtre des Champs-Elysées (Martha Argerich y avait créé un très médiocre concerto du dernier compositeur « officiel » russe, Rodion Chtchedrine.

Lorsque j’étais producteur à la Radio Suisse Romande (entre 1986 et 1993), j’avais la responsabilité de programmer une bonne partie des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, sous l’égide d’un comité de programmation présidé par Armin Jordan. Dans ce cadre, j’avais obtenu que Neeme Järvi, qui n’avait jamais dirigé à Genève, alors que sa réputation, et sa discographie, étaient déjà considérables, , vînt diriger deux programmes différents. Tout fier de moi, je rendis compte de ma prospection à la direction de l’orchestre, à son administrateur de l’époque, l’inamovible Ron Golan, ancien alto solo de l’OSR. L’engueulade ne se fit pas attendre : « Mais comment peux-tu inviter un inconnu à diriger l’OSR et lui confier deux semaines? »  Il ne fréquentait pas beaucoup les disquaires..

Le chef estonien vint donc à Genève, pour la première fois, en juin 1991. Diriger deux programmes à son image : L’un comportant la suite de Karelia de Sibelius, et l’immense 13ème symphonie de Chostakovitch (lire ici : Histoires juives), l’autre, la semaine suivante, la Symphonie concertante pour violoncelle de Prokofiev, avec Antonio Meneses, et la 7ème symphonie de Dvořák.

Après une première journée de répétitions, j’invitai Neeme Järvi à boire un verre pour avoir ses impressions. Il me dit d’emblée : « Avec cet orchestre, je veux enregistrer Stravinsky. Pouvez-vous m’arranger cela ? Mon producteur est d’accord. » (Chandos). J’en fis part immédiatement à Ron Golan, revenu entre-temps à de meilleurs sentiments à l’égard de cet « inconnu ». Deux ans plus tard, cinq CD avaient été mis en boîte.

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Autre souvenir : première répétition au studio Ansermet de la maison de la radio à Genève de la 7ème symphonie de Dvořák

L’OSR ne passant pas pour être l’orchestre le plus discipliné, je m’attendais à une mise en route un peu laborieuse. Järvi fila d’une traite le premier mouvement, puis enchaîna avec les trois autres. Concentration maximum, orchestre parfaitement en place et attentif aux moindres inflexions du chef. Au fond de la salle, j’étais soufflé ! Järvi dit simplement à la fin: Merci Messieurs, c’est parfait. Nous en resterons là !

On a ensuite beaucoup reproché à Neeme Järvi de ne pas assez travailler avec ses orchestres, notamment lorsque, bien plus tard, il est devenu directeur musical de l’OSR – de 2012 à 2015.

Je n’oublie pas non plus cette soirée d’après-concert, en juin 1993, à laquelle Neeme Järvi et sa femme étaient présents. Les Amis et l’administration de l’OSR avaient voulu me témoigner leur attachement, alors que je m’apprêtais à quitter la Radio Suisse romande pour rejoindre France Musique.

Entre-temps, j’ai appris à connaître et apprécier l’art et la personnalité de ses deux fils, Paavo et KristjanBelle dynastie de chefs !

 

 

Les sans-grade (V) : Milan et Anton

J’avais commencé fin 2013 une série d’articles sur de grands chefs d’orchestre qui n’ont jamais eu les honneurs des médias et/ou qui sont restés dans l’ombre de collègues plus célèbres (lire Lovro von MatacicMartin TurnovskyConstantin SilvestriOtmar Suitner). 

La disparition de l’un, il y a quelques jours, et de l’autre, il y a trois ans, a tout juste été mentionnée d’une ligne sur les sites spécialisés. Je n’ai pas le souvenir d’articles plus développés dans les magazines musicaux. Le Slovène Anton Nanut est mort le 13 janvier 2017, le Croate Milan Horvat est mort tout aussi discrètement le 1er janvier 2014.

Pourtant leurs noms sont sur quantité de pochettes de CD à prix super budget, qu’on ne trouve pas dans les grandes surfaces culturelles, mais dans les hypermarchés d’Europe centrale ou du Nord, entre les produits de douche et les yaourts, ou dans les magasins de soldes permanents. Evidemment cette production – très importante – n’a jamais fait l’objet de critiques de la part des magazines spécialisés (qui ne chroniquent que les disques qu’on leur envoie). Au point qu’on a pu se demander si c’était de vrais noms et de vrais chefs ! J’avais eu le même doute avec de formidables disques de piano (superbes Scarlatti, Beethoven, Chopin) achetés à 1 € en Hollande ou en Belgique (Anvers) signés Dubravka Tomšičune artiste slovène comme Anton Nanut.

Anton Nanut a réalisé l’essentiel de sa carrière et de ses enregistrements avec l’excellent orchestre de la radio-télévision slovène de Ljubljiana (prononcer : Liou-bli-ana). Comme cette 4ème symphonie de MahlerLe petit chanteur soliste du finale n’est pas un inconnu, il s’agit de Max Emanuel Cenčićle contre-ténor star lui-même !

Un autre beau témoignage : le 1er concerto de Brahms avec la pianiste et le chef slovènes

Sur amazon.deon peut trouver quelques CD à tout petit prix, et en téléchargement un bel aperçu de l’art du chef disparu.

Ou ce double album Mahler qui réunit Nanut et Horvat

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La discographie disponible de Milan Horvat – qui lui a fait l’essentiel de ses enregistrements avec l’orchestre de la radio autrichienne (ORF) – n’est guère plus nombreuse, mais elle couvre un très vaste répertoire, témoignant de l’inlassable curiosité du chef croate.

C’est par des CD bradés, dirigés par Horvat, que j’ai découvert les trois premières symphonies de Franz Schmidt

 

Vingt fois sur le métier (la suite)

Le sujet abordé hier (Vingt fois sur le métiersemble inépuisable. Les documents sur l’art du chef d’orchestre sont désormais légion.

Un aperçu de ma moisson/sélection de ces derniers jours, en forme d’hommage à de grandes personnalités disparues l’an passé.

Comme par exemple cette répétition – dont j’ignorais l’existence – entre Nikolaus Harnoncourt et l’orchestre des jeunes Simon Bolivar du Venezuela…. en présence de Gustavo Dudamel. Sur la Cinquième symphonie de Beethoven. Phénoménal !

Le même Harnoncourt quelque vingt ou trente ans plus tôt avec un orchestre professionnel – l’Orchestre de chambre d’Europe – est tout aussi passionnant et pédagogue dans son approche de la symphonie beethovénienne.

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Le tout dernier enregistrement d’Harnoncourt et son intégrale Beethoven avec l’orchestre de chambre d’Europe (Warner)

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On a beaucoup évoqué Georges Prêtre, disparu en ce début d’année. La Radio suisse romande vient de publier une précieuse archive du chef français répétant Debussy avec l’Orchestre de la Suisse romande en 1972.

Autre disparu de 2016, Pierre Boulezsur qui les témoignages ne manquent pas. Je suis tombé par hasard sur une masterclass donnée par le chef/compositeur en 2009 aux élèves de la classe de direction du Conservatoire de Paris.

La bienveillance naturelle de Boulez envers les jeunes musiciens n’exclut pas le franc-parler, voire une pointe d’agacement. Cette vidéo démontre aussi une évidence : certains sont faits pour être chefs, même maladroits ou hésitants, d’autres non. Amusant de voir parmi ces étudiants, Alexandre Bloch, qui vient de prendre les rênes de l’Orchestre National de Lille.

L’art irremplaçable du (grand) chef n’est jamais mieux mis en valeur que dans le travail d’une pièce particulièrement difficile, comme le sont les redoutables Pièces op.6 de Berg. 

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Simon Rattle déçoit parfois au concert, jamais en répétition. C’est ce que disent les musiciens qui ont travaillé avec lui, à Birmingham, à BerlinC’est éloquent ici avec tous ces jeunes musiciens berlinois…

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Un vieux festival

Ils ne sont pas si nombreux les festivals qui peuvent se targuer d’en être à leur 69ème édition ! C’est le cas de celui de BesançonQui s’achève à la fin de cette semaine et qui accueillait hier et aujourd’hui un orchestre, un chef et un soliste qui me sont particulièrement chers, l’OPRL, Christian Arming et Tedi Papavrami.

14355798_10154007850158247_5277474715835804185_n(Photo OPRL/Facebook)

Pour les Liégeois, c’est un retour dans la capitale franc-comtoise, très exactement 14 ans après un concert Beethoven dirigé par Louis Langrée (le 14 septembre 2002) avec Ning Kam, Vitali Samochko et David Cohen dans le Triple concerto !

J’ai trois autres souvenirs personnels de Besançon, 1991, 1992, 1995, mais liés non pas directement au Festival mais au Concours international de jeunes chefs d’orchestre

Comme producteur « responsable de la musique symphonique » (sic) de la Radio suisse romande, j’étais évidemment directement intéressé par les activités de ce concours, qui avait jadis distingué des chefs comme Seiji Ozawa (et plus récemment Kazuki Yamada ou Lionel Bringuier). 

En 1991, j’étais venu de Genève assister à la finale, trois concurrents, mais un seul qui, dès son entrée sur scène, sans qu’il ait encore dirigé une seule note, montrait qu’il était chef, ce sentiment imperceptible, indéfinissable, mais que tous les musiciens d’orchestre connaissent bien. Ils savent immédiatement reconnaître celui qui est.. ou n’est pas le chef, à tous les sens du terme ! En l’occurrence ce fut bien lui, George Pehlivanian, qui remporta un 1er prix à l’unanimité. Le public liégeois se rappelle encore cette boule d’énergie au pupitre de l’OPRL, la dernière fois c’était pour le festival Rachmaninov de février 2013 (lire ce papier enthousiaste de Jean-Marc Onkelinx : Festival Rachmaninov).

L’année suivante, 1992, je reçus une invitation à faire partie du jury du Concours ! Quel honneur, quelle responsabilité aussi ! Et quelle expérience passionnante. Voir tous ces jeunes chefs répéter, prendre leurs marques (ou pas), captiver ou au contraire lasser le jury, et puis voir un talent se révéler, sortir de sa chrysalide, un très grand souvenir. De surcroît le jury était présidé par le très distingué et délicieux Alexander Gibson, lui-même ancien lauréat du Concours.

J’ai retrouvé par hasard le compte-rendu de l’Humanité de la finale de ce concours 1992 : Cela s’est joué entre un Belge, un Chinois, un Italien…

On ne sait pas trop ce qu’il est advenu du premier, en revanche le deuxième nommé a fait depuis un beau parcours, illustré encore cet automne par la parution de ce magnifique livre-disque, enregistré « sur le vif » le 24 juillet 2015 au Festival de Radio France Montpellier (CHOC de Classica)

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En 1995, je reçois une nouvelle invitation à siéger au Concours. Entre-temps je suis devenu directeur de France Musique (depuis l’été 1993), une absence d’une semaine de Paris n’est pas très bien vue par mes patrons de Radio France, mais le prestige du concours, etc… Cette année-là le jury est présidé par John Nelson. Personne parmi les candidats ne se détache vraiment, certains ne sont pas prêts – c’est le cas du fils d’un chef d’orchestre français, qui depuis a pris un bel envol, mais à qui John Nelson et d’autres membres du jury avaient dû expliquer amicalement qu’il devrait mûrir et s’aguerrir ). Un premier prix est attribué à un jeune Japonais, dont je n’ai plus jamais entendu parler depuis…

C’est finalement le lot de tous les concours, qui ne sont jamais une garantie de carrière pour les lauréats, mais qui, parfois, révèlent d’authentiques talents. Et pour qui a, comme moi, eu la chance de siéger dans plusieurs jurys, c’est sans doute l’expérience la plus enrichissante sur le plan artistique et humain. On ne voit plus jamais les artistes de la même manière, on mesure le courage, l’énergie, l’abnégation qu’il faut à un jeune musicien, au-delà de ses qualités musicales, d’abord pour affronter ces compétitions inhumaines, ensuite pour se lancer dans une carrière complètement aléatoire.

Une certaine radicalité

Il y a des mots piégés, le monde culturel en est friand. Exemple : radical, une lecture, une oeuvre, une interprétation radicale. Çà ne veut pas, plus, dire grand chose, mais ça fait bien dans la conversation et ça évite, dans un article, de préciser  la teneur, le contenu de cette radicalité. Parlons de démarche originale, extrême, dérangeante, la langue française est riche !

Je viens de trouver, chez un éditeur anglais, regroupés en un coffret de 13 CD, tous les enregistrements réalisés entre 1959 et 1962, dans une superbe stéréo, par un personnage oublié, et vraiment radical, de la musique du XXème siècle, René Leibowitz. 

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René Leibowitz (https://fr.wikipedia.org/wiki/René_Leibowitz) a dit, écrit des horreurs (plus que Boulez à qui on en prête pourtant beaucoup) : « Sibelius, le plus mauvais compositeur du monde ». Lire à ce sujet l’excellent papier de Jean-Luc Caron (http://www.resmusica.com/2013/01/06/rene-leibowitz-l’assassin-assassine/).

J’ai assez vite abandonné, je l’avoue, la lecture des ouvrages théoriques de Leibowitz, mais je suis resté fasciné, depuis que je les ai découvertes, par les interprétations vraiment… radicales de Leibowitz chef d’orchestre.

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Je dénonçais récemment (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/24/arnaques/) les rééditions erratiques des symphonies de Beethoven que René Leibowitz a gravées à Londres. Ce n’est évidemment pas le cas du coffret très soigné qu’on peut se procurer directement auprès de l’éditeur britannique (http://www.scribendumrecordings.com/our-shop/4583959841/sc510-13cd—the-art-of-leibowitz/10114478).

Je ne vais pas redire ici combien la vision de Leibowitz de l’univers symphonique de Beethoven était à l’époque, et est restée cinquante ans après, radicale, neuve, passionnante. 30 ans avant Norrington, Harnoncourt ou Gardiner, il dégraisse, dépoussière, adopte les tempi indiqués par Beethoven. Il n’est pas loin d’un Pierre Monteux qui à la même époque, grave à Londres et Vienne une intégrale inégale, mais d’une vigueur rythmique et d’une jubilation mélodique admirables (Monteux avait 85 ans !).

Mais, à la différence de son élève Pierre Boulez, Leibowitz n’a jamais été un grand chef d’orchestre, les oreilles attentives auront vite fait de le constater par exemple en écoutant le (Mas)Sacre du printemps, ou le finale de la IXème symphonie de Beethoven.

En revanche, on aura de quoi être surpris par l’association Leibowitz/ Offenbach ou Gounod ou Auber ou Puccini. Sans doute des commandes d’un éditeur de l’époque (le Reader’s Digest ?) avec les inévitables showpieces, ouvertures, suites etc. Tout ça ne cadre pas très bien avec le théoricien, le chantre du dodécaphonisme… Mais peut-être Leibowitz n’était-il pas aussi sérieux qu’on l’imagine ? C’est bien lui qui a écrit ceci :

Le Russe oublié

Les politiques d’édition et de réédition des grands labels classiques (les majors) répondent à des critères pour le moins mystérieux : un anniversaire rond constitue en général un bon prétexte, mais c’est loin d’être suffisant.

Le centenaire de la naissance du chef Igor Markevitch en 2012 n’avait suscité aucune réaction. EMI/Warner s’est réveillé un peu tard en publiant cet automne un pavé bienvenu :

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Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philips et Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Il faut croire que non, quand on voit le traitement réservé au plus grand chef russe du XXème siècle (oui je sais il y a Mravinski, Svetlanov, Rojdestvenski et d’autres encore) : Kirill Kondrachine (ou Kondrashin pour épouser l’orthographe internationale, c’est-à-dire anglo-saxonne, imposée au monde entier). Le plus grand selon moi, ce qui n’ôte aucun mérite à ceux que j’ai cités plus haut et que j’admire infiniment, parce qu’il a embrassé presque tous les répertoires et a marqué chacune de ses interprétations d’une personnalité hors norme.

Le centenaire de sa naissance en 2014 a été complètement occulté (https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirill_Kondrachine)

L’éditeur russe historique Melodia ressort les enregistrements de Kondrachine au compte-gouttes et sans logique apparente. Il faut naturellement se précipiter dessus dès qu’ils paraissent.

Decca a fait le service minimum avec cette piteuse réédition : deux disques symphoniques multi-réédités et un disque d’accompagnement de concertos.

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Personne pour signaler cette collection de « live » captés au Concertgebouw d’AmsterdamBernard Haitink avait généreusement accueilli le grand chef qui avait fui l’Union soviétique en décembre 1978 (et où Kondrachine avait régulièrement dirigé depuis 1968) ? Je viens de tout réécouter de cette dizaine de CD, portés par la grâce, le geste impérieux, un élan irrésistible, dans Ravel comme dans Brahms, dans Gershwin comme dans Chostakovitch…. Pourquoi laisse-t-on dormir de tels trésors ?

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Il n’est peut-être pas trop tard pour un vrai coffret d’hommage ?

Au moins Kondrachine est resté présent dans les catalogues comme l’accompagnateur de luxe de pianistes comme Van Cliburn, Byron Janis ou Sviatoslav Richter.

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Je découvre sur Youtube un document doublement rare, le duo Richter-Kondrachine en concert à Moscou et dans un concerto, le 18ème de Mozart, que ni l’un ni l’autre n’ont officiellement enregistré.

Deux recommandations encore, en espérant que cet appel à Monsieur Decca/Universal sera entendu : le tout dernier enregistrement de Kondrachine, dans la salle du Concertgebouw, mais avec l’orchestre du Norddeutscher Rundfunk (NDR) de Hambourg le 7 mars 1981. Dans la nuit qui suivra Kondrachine sera foudroyé par une attaque cérébrale, alors qu’il allait prendre la direction musicale de l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise.

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On le répète, tout ce qu’on peut trouver de disques avec Kondrachine est indispensable ! Comme cette inusable référence, « la » version de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, couplée à une fabuleuse 2e symphonie « live » de Borodine

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Légendes vives

Une photo prise dimanche sur la scène de l’opéra de Vienne a suffi pour raviver une cohorte de souvenirs émerveillés, tout simplement la découverte et l’apprentissage, par le disque d’abord, des chefs-d’oeuvre de la musique dite « classique ».

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Gundula Janowitz (à gauche) et Christa Ludwig (à droite), ont enchanté, formé une grande part de ma mémoire musicale. L’une et l’autre, souvent l’une avec l’autre, étaient de presque tous les enregistrements de Karajan durant les glorieuses décennies 60-70.

Beethoven (la 9e symphonie, la Missa Solemnis), Brahms (le Requiem allemand), Haydn (Les Saisons, la Création), Richard Strauss (Vier letzte Lieder) sont à jamais associés dans ma mémoire à la voix séraphique, et pourtant charnelle, lumineuse, et pourtant tendue, de Gundula Janowitz. 

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Lorsque Karajan a gravé la Messe en si et la Passion selon St Matthieu de Bach, il a réuni les deux dames, nées toutes deux à Berlin, l’une en 1928, l’autre en 1937.

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Christa Ludwig s’est, discographiquement parlant, partagée équitablement entre trois chefs qui ne pouvaient se passer d’elle, Karajan, Böhm, Bernstein, joli trio !

Impossible de dresser ici cette incroyable discographie.

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Et une perle rare de ma discothèque, une Femme sans ombre légendaire, précieusement conservée depuis ce jour de juin 1998, où nous avions fêté les 70 ans de Christa Ludwig sur France Musique.

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La dédicace qu’elle m’a laissée sur le livret de ce coffret dit tout de cette femme de tête et de coeur. Comme l’entretien qu’elle avait accordé il y a quelques mois à Forum Opéra : http://www.forumopera.com/actu/christa-ludwig-mezzo-ou-soprano-je-ne-sais-pas.

Ni Gundula Janowitz, ni Christa Ludwig n’ont jamais été qualifiées de « stars »- elles ne se sont jamais revendiquées comme telles ! – Si elles continuent de briller aussi fort dans nos mémoires, c’est parce qu’assurément ce sont de belles personnes, de celles qu’on aime comme nos mères ou nos grand-mères. Avec cette lumière et cette bienveillance intactes dans le regard.

C’était une autre légende que je rencontrais hier soir, à la Philharmonie de Paris, pas une cantatrice, mais un orchestre que je n’avais encore jamais entendu en concert (il y a un début à tout !) : le Gewandhaus de Leipzig. Dirigé par son directeur musical Riccardo Chailly (qui a pris tout le monde de court en annonçant son départ bien avant la fin de son contrat). Une mini-résidence à Paris autour de programmes associant Mozart et Richard Strauss. Il arrive parfois que la réalité ne rejoigne pas la légende. D’où vient cette impression qui ne m’a pas quitté de la soirée que ce Klangkörper – ce « corps sonore » – manque de personnalité ? Sauf quand il se fait partenaire à part entière d’un soliste extraordinaire, le violoniste Christian Tetzlaff qui parvient à nous captiver d’un bout à l’autre du 3e concerto de Mozart. Qui d’autre, Gidon Kremer peut-être ? Souvenir à vif de la dernière rencontre avec l’artiste, un certain 7 janvier 2015 : https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/10/le-silence-des-larmes/