Une certaine radicalité

Il y a des mots piégés, le monde culturel en est friand. Exemple : radical, une lecture, une oeuvre, une interprétation radicale. Çà ne veut pas, plus, dire grand chose, mais ça fait bien dans la conversation et ça évite, dans un article, de préciser  la teneur, le contenu de cette radicalité. Parlons de démarche originale, extrême, dérangeante, la langue française est riche !

Je viens de trouver, chez un éditeur anglais, regroupés en un coffret de 13 CD, tous les enregistrements réalisés entre 1959 et 1962, dans une superbe stéréo, par un personnage oublié, et vraiment radical, de la musique du XXème siècle, René Leibowitz. 

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René Leibowitz (https://fr.wikipedia.org/wiki/René_Leibowitz) a dit, écrit des horreurs (plus que Boulez à qui on en prête pourtant beaucoup) : « Sibelius, le plus mauvais compositeur du monde ». Lire à ce sujet l’excellent papier de Jean-Luc Caron (http://www.resmusica.com/2013/01/06/rene-leibowitz-l’assassin-assassine/).

J’ai assez vite abandonné, je l’avoue, la lecture des ouvrages théoriques de Leibowitz, mais je suis resté fasciné, depuis que je les ai découvertes, par les interprétations vraiment… radicales de Leibowitz chef d’orchestre.

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Je dénonçais récemment (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/24/arnaques/) les rééditions erratiques des symphonies de Beethoven que René Leibowitz a gravées à Londres. Ce n’est évidemment pas le cas du coffret très soigné qu’on peut se procurer directement auprès de l’éditeur britannique (http://www.scribendumrecordings.com/our-shop/4583959841/sc510-13cd—the-art-of-leibowitz/10114478).

Je ne vais pas redire ici combien la vision de Leibowitz de l’univers symphonique de Beethoven était à l’époque, et est restée cinquante ans après, radicale, neuve, passionnante. 30 ans avant Norrington, Harnoncourt ou Gardiner, il dégraisse, dépoussière, adopte les tempi indiqués par Beethoven. Il n’est pas loin d’un Pierre Monteux qui à la même époque, grave à Londres et Vienne une intégrale inégale, mais d’une vigueur rythmique et d’une jubilation mélodique admirables (Monteux avait 85 ans !).

Mais, à la différence de son élève Pierre Boulez, Leibowitz n’a jamais été un grand chef d’orchestre, les oreilles attentives auront vite fait de le constater par exemple en écoutant le (Mas)Sacre du printemps, ou le finale de la IXème symphonie de Beethoven.

En revanche, on aura de quoi être surpris par l’association Leibowitz/ Offenbach ou Gounod ou Auber ou Puccini. Sans doute des commandes d’un éditeur de l’époque (le Reader’s Digest ?) avec les inévitables showpieces, ouvertures, suites etc. Tout ça ne cadre pas très bien avec le théoricien, le chantre du dodécaphonisme… Mais peut-être Leibowitz n’était-il pas aussi sérieux qu’on l’imagine ? C’est bien lui qui a écrit ceci :

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