Eternelle Christa Ludwig

Christa Ludwig est morte trois ans après un 90ème anniversaire qui lui avait été fêté partout et par tous.

« Christa Ludwig fête aujourd’hui ses 90 ans, en pleine santé, sans rien avoir perdu de son humour et de son franc-parler, comme en témoigne l’interview qu’elle a donnée au Monde : Je suis une vache sacrée.

Au milieu de tous les hommages qui lui ont été ou seront rendus (notamment par France Musique), juste un souvenir, celui d’une très belle journée de radio, en juin 1998, sur France Musique précisément… pour les 70 ans de la chanteuse allemande. Un bonheur de tous les instants, la dernière sortie publique de Rolf Liebermann, déjà très fatigué, mais qui avait tenu à venir témoigner son affection et son admiration à sa chère Christa. La présence évidemment du second mari de Christa Ludwig, Paul-Emile Deiber. Et dans ma discothèque, une précieuse dédicace signée sur le livret d’un « live » auquel la chanteuse tient particulièrement.

Tant de souvenirs non de la scène mais grâce au disque et au DVD.

Au moment de son départ, trois moments parmi tant de miraculeux illuminent notre gratitude envers une si belle et grande interprète :

Mahler : Ich bin der Welt abhanden gekommen / Philharmonia Orchestra / dir. Otto Klemperer

Mahler : Das Lied von der Erde, Der Abschied (L’adieu) / Berliner Philharmoniker / dir. Herbert von Karajan

Et parce que Christa Ludwig c’était aussi cette Old Lady du Candide de Bernstein :

Bertrand Tavernier : coup de torchon

J’ai suffisamment raillé les émotions téléphonées, les R.I.P. automatiques des réseaux sociaux, pour revendiquer cette fois l’aveu d’une vraie tristesse à l’annonce de la mort de Bertrand Tavernier (lire Le Monde).

Comment dire ? Ce personnage était tellement tout ce que j’aime chez un humain, il ressemblait tellement à l’oncle qu’on rêve d’avoir, que sa disparition m’affecte comme le ferait celle d’un proche. Pourtant je n’ai jamais ni travaillé, ni côtoyé à quelque titre que ce soit Bertrand Tavernier. Tout juste l’apercevais-je parfois dans les rues de mon quartier parisien, le 3ème arrondissement, qu’il habita longtemps avant de quitter la capitale. J’en eus souvent l’envie, mais jamais je n’osai l’aborder pour lui dire bêtement : « J’aime qui vous êtes, j’aime ce que vous faites et ce que vous dites ».

Je ne vois rien de médiocre dans sa vie et son oeuvre, qui m’ont toujours semblé sous l’emprise de la gourmandise, d’une insatiable curiosité, nourrissant une culture phénoménale.

D’aucuns tentés par l’exhaustivité d’un bilan trouveront bien ici et là des failles, des faiblesses, des défauts dans sa filmographie. Je ne conserve, pour ma part, que de l’admiration pour les 25 longs-métrages qu’il laisse, et dont je pense avoir vu, souvent revu, la presque totalité.

J’ai beau chercher, je ne vois rien de médiocre, ni de banal.

Je vais me replonger dans ce formidable documentaire au long cours, qu’on eût rêvé voir se prolonger, tant l’oncle Bertrand savait nous raconter les si belles histoires du cinéma, de tous les cinémas.

On revoit avec émotion cet extrait d’un concert de janvier 2019, au cours duquel l’Orchestre philharmonique de Radio France jouait, sous la direction de Bruno Fontaine, la musique de Bruno Coulais composée pour le film-documentaire (qui a précédé la série plus développée) « Voyage à travers le cinéma français »

Amadeus Corea

Chick Corea est mort hier, des suites d’un « cancer rare » selon les médias, à quelques semaines de son 80ème anniversaire.

C’est curieusement par et dans Mozart que j’ai découvert le jazzman. Il fallait être Harnoncourt pour réunir en 1989 deux personnages, deux personnalités aussi contrastées que Friedrich Gulda et Chick Corea pour enregistrer le concerto pour deux pianos de Mozart. Oserai-je dire, sans attenter à la réputation du pianiste autrichien, que les incursions de Gulda dans le jazz – même s’il pouvait être un improvisateur génial en concert – ne m’ont pas toujours convaincu ? Tandis que Chick Corea m’a toujours semblé être chez lui dans Mozart.

Autre témoignage très émouvant de la pratique mozartienne de Chick Corea, cette vidéo d’un concert partagé avec un autre géant du jazz… et du classique, Keith Jarrett, qui a dû renoncer à jouer, en raison d’une paralysie consécutive à deux AVC.

Il y a un autre disque que je chéris comme un trésor, Mozart encore cette fois avec Chick Corea et Bobby McFerrin. Une vision si libre et joyeuse, conforme à l’esprit d’un Wolfgang qui ne se privait pas d’improviser au clavier. « Cette pratique abandonnée depuis longtemps est l’un des éléments du style mozartien que le chef d’orchestre Bobby et le pianiste Chick Corea explorent dans The Mozart Sessions, qui comprend des enregistrements des Concertos pour piano n ° 20 de Mozart en ré mineur, K.466 et n ° 23 en la. Major, K.488, joué avec le Saint Paul Chamber Orchestra. Les sessions Mozart sont sorties en octobre 1996. Non seulement Corea joue ses propres cadences dans les concertos, mais lui et Bobby associent leurs improvisations individuelles pour conduire l’auditeur directement dans chacun des concertos. Ce qui rend ces improvisations si inhabituelles est le fait que Bobby et Chick, un pianiste de jazz, apportent leurs propres styles créatifs distinctifs à la musique de Mozart. L’improvisation était considérée comme un talent essentiel pour un pianiste de concert à la fin du 18e siècle. Mozart et Beethoven ont ébloui le public par leur talent d’improvisation » (Chick Corea : The Mozart Sessions)

Un ami disparaît

C’est par un communiqué, tombé à 17h45 aujourd’hui, du théâtre de La Monnaie à Bruxelles, qu’on apprend l’impossible nouvelle :

« Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer que le chef d’orchestre Patrick Davin est décédé cette après-midi, juste avant d’entamer une répétition de l’opéra Is this the end ? Les musiciens, les chanteurs et les collaborateurs de la Monnaie en sont profondément affligés. Les répétitions qui étaient prévues ont été immédiatement annulées. Les membres du comité de direction et le personnel de la Monnaie adressent leurs sincères condoléances et leur profond soutien à la famille de Patrick Davin ainsi qu’à ses proches« 

Dans ce métier, on a peu de véritables amis. Patrick en était un, et de longue date. Sa mort soudaine m’afflige et me renvoie à de tristes souvenirs personnels

Il y a quelques jours encore il me disait sa fierté d’avoir été nommé à la direction du Conservatoire de Liège

Les souvenirs affluent en pagaille à ma mémoire, qui peineront cependant à restituer la richesse de sa personnalité et le lien qui nous unissait.

Besançon

En 1992, je siégeais au jury du Concours international de chefs d’orchestre de Besançon. C’est la première fois que je vis et entendis Patrick Davin, et que je compris que c’était un musicien exceptionnel, même sous des dehors brouillons: sa gestique quelque peu expansive lui a alors probablement coûté le Premier prix, qui est allé à un concurrent qui imitait mieux Karajan et dont on n’a guère plus entendu parler par la suite.

Liège

Nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège en octobre 1999, je retrouve le chef belge dès mon premier contact avec la Cité ardente et son orchestre, puisque, comme je l’ai raconté – Liège à l’unanimité – c’est Patrick Davin qui dirigeait le concert de rentrée de l’Orchestre le 24 septembre 1999.

C’était le début d’une aventure humaine, amicale et musicale qui allait durer… jusqu’à ce que le coeur de Patrick en décide autrement.

Quand de nombreux chefs et musiciens s’empressaient de se « positionner » – rien que de très normal et légitime ! – auprès du nouveau directeur de l’OPL, Patrick Davin ne me demanda jamais de rendez-vous. C’est moi qui le sollicitai, quelques mois après mon arrivée et ce concert de « rentrée ». Pour un projet, puis d’autres, il y en eut tant de magnifiques.

Il faudrait que je feuillette l’ouvrage que nous avions réalisé pour le cinquantenaire de l’orchestre. Pour ne rien oublier de tout ce que Patrick a fait avec et pour l’orchestre.

Une infinie curiosité

Patrick Davin partageait – me voici à parler déjà de lui au passé ! – avec un autre grand chef – Rudolf Kempe – une caractéristique physique qui frappait au premier contact : de petits yeux vifs curieusement enfoncés dans les orbites.

Que de déjeuners ou dîners où nous avons refait le monde, imaginé d’audacieux programmes, organisé des enregistrements.

Me reviennent ainsi les trois symphonies de Rachmaninov, une phénoménale Septième symphonie de Mahler, de la musique contemporaine – même si lui comme moi étions soucieux de ne pas l’enfermer dans une étiquette de spécialiste (qu’il était), la musique française bien sûr, les compositeurs belges

C’est le même Patrick Davin à qui je propose, pour la saison du 50ème anniversaire de l’Orchestre, de diriger le tube des tubes, Carmina Burana de Carl Orff et qui, au lieu de se récrier, accepte d’enthousiasme en glissant dans son programme Shaker Loops de John Adams. C’était tout Patrick ça !

A l’opéra

Mon ami Jean-Louis Grinda avait fait de Patrick le premier chef invité de l’Opéra royal de Wallonie. Chaque année, jusqu’au départ de Jean-Louis en 2007, ce furent de nouvelles productions, et non des moindres, comme le somptueux Mefistofele de Boito qui marqua la fin du mandat de Grinda. Ou encore un Roi d’Ys mémorable

A la Monnaie de Bruxelles, où il est mort aujourd’hui, Patrick Davin avait associé son nom et son talent en particulier à notre cher Philippe Boesmans. Impossible d’être exhaustif. On dira ailleurs et plus tard la carrière magnifique qui fut celle de Patrick Davin.

Mon dernier projet avec lui, c’était à la fois pour la saison de Radio France et le Festival Radio France – La Jacquerie de Lalo – en juillet 2015 à Montpellier et en mars 2016 à Paris.

et la dernière fois que je l’ai applaudi à l’opéra, c’était à l’Opéra Comique pour un fameux Domino Noir

Pardon si j’oublie tant de moments, de concerts, de soirées d’opéra.

L’homme qui doute

Je veux garder de Patrick, au-delà de son legs musical, le souvenir d’un homme de bien, comme on le disait au XVIIIème siècle.

A chaque étape d’une vie professionnelle et aussi personnelle, qui n’a jamais été pour lui un long fleuve tranquille, où que nous soyions lui et moi, mon téléphone sonnait, souvent tard le soir. Et nous parlions de tout, des choix devant lesquels il était placé, de programmation bien sûr, mais plus souvent du sens des choses, de la vanité de certains aspects d’une « carrière » de chef, et même assez récemment, de l’opportunité de poursuivre dans cette voie. Je n’étais pas alors le directeur d’un orchestre (ou d’un festival) susceptible de le réengager, j’étais juste – mais quelle responsabilité ! – un ami à qui on peut tout dire, confier doutes et désirs, dont il attendait écoute, conseils, réconfort.

So long Patrick….

Mon Karajan

La couverture et tout un dossier dans le numéro de juillet de Diapason, une matinale spéciale sur France Musique, Karajan est mort il y a tout juste trente ans, le 16 juillet 1989.

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J’ai déjà raconté ma « première fois » avec lui : La découverte de la musique : KarajanA Lucerneil y a 45 ans :

« Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé….

J’ai pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage. Je me suis rattrapé depuis… »

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Karajan a enregistré trois disques absolument magnifiques, Schoenberg, Berg, Webern, après y avoir consacré un nombre considérable de répétitions. On approche la perfection. Je ne connais pas plus sensuelle version de La Nuit transfigurée (Verklärte Nacht)

Une seconde occasion me fut donnée de voir et d’entendre Herbert von Karajan et ses Berliner Philharmoniker. Je vivais et travaillais à Thonon-les-Bains comme assistant parlementaire du député local (lire Réhabilitation), le conseiller général socialiste Michel Frossard me proposa un soir de 1984 de l’accompagner à un concert exceptionnel donné à Genève, non pas au Victoria Hall qui était alors en travaux à la suite d’un incendie, mais au Grand Théâtre.

Etablissement-destine-public-Grand-Theatre-aussi-travail-quotidien-dartistes-techniciens-personnels-administratifs_0_729_487Nous étions placés très haut et loin de la scène. Le choc fut pour moi de voir arriver un homme affaibli par la maladie, avançant à grand peine vers son podium. Rien de la superbe qu’il affichait dix ans plus tôt. Et déjà le masque qu’on lui verrait lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea à Vienne le 1er janvier 1987.

Un programme très court, une heure de musique partagée entre Debussy et Ravel. Le « son » Karajan tel qu’il l’avait forgé en trente ans de « règne », parfois jusqu’à la caricature.

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Sur mes préférences dans l’abondante discographie du chef autrichien, je me suis déjà exprimé dans cet article : Abbado Karajan les lignes parallèles.

Et puisque Gidon Kremer était hier en concert à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France (#FestivalRF19) – j’y reviendrai –

67118951_10157355197808194_4338412990438047744_nmention de l’unique enregistrement qui réunit le violoniste letton tout juste émigré d’Union soviétique et Karajan, qui dira n’avoir jamais rencontré plus pur musicien.

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Pour presque tout savoir de la discographie de Karajan :

Bestofclassic : Karajan l’intégrale

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Un disque peu connu, sauf des karajanophiles invétérés, un « live » capté au festival de Lucerne.

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Il faut aussi bien évidemment rappeler la somme magistrale publiée par EMI, des tout premiers enregistrements réalisés sous la houlette de Walter Legge au sortir de la guerre, à Vienne puis avec le Philharmonia de Londres, puis à partir des années 70 à l’instigation de Michel Glotz pour l’essentiel à Berlin.

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Les enregistrements symphoniques et concertants ont fait l’objet d’une remasterisation assez exceptionnelle, et sont disponibles en coffrets thématiques séparés.

J’ignore si le même traitement sera réservé aux enregistrements d’opéras.

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Monument

Pas plus tard qu’en septembre dernier, à l’occasion d’une sympathique petite cérémonie à France Musique, Arnaud Merlin – l’une des voix du jazz sur l’antenne – me donnait des nouvelles d’André Francis (de son vrai nom André Brut).

Voici qu’on apprend que l’un des producteurs les plus emblématiques de Radio France – pas seulement France Musique – est mort paisiblement dans sa 94eme année…

J’ai eu la chance de côtoyer ce monument, et même d’essayer de le diriger (comme directeur de France Musique). Tant de souvenirs me reviennent de ce fort caractère qui connaissait tout et tout le monde.

Deux surgissent au moment de lui rendre hommage.

D’abord l’incroyable soirée que ses amis producteurs, musiciens et la direction de la chaîne avaient organisée pour les 50 ans de présence ininterrompue d’André sur les ondes de Radio France…et une retraite à laquelle, lois du travail obligent, il avait dû se résoudre. Ce devait être en 1995 ou 1996. J’imagine que France Musique va retrouver trace de cette soirée.

Autre souvenir. Après la disparition de Michel Petrucciani il y a vingt ans (Michel qui avait bien entendu participé à la soirée Francis), le 24 janvier 1999, à la demande instante du nouveau PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada – qui n’avait finalement pas daigné paraître à cette soirée !! – c’est André Francis qui s’était spontanément proposé de prendre les contacts pour rendre au fantastique pianiste l’hommage qui lui était dû. Et ce fut de nouveau une incroyable soirée !

Je ne sais où sont passés – si même ils ont été répertoriés et archives – les milliers de bandes qu’André Francis conservait dans son bureau et chez lui…

Un grand serviteur du jazz s’en va. Son œuvre demeure.

Omaggio a Claudio

Le 20 janvier, cinq ans se seront écoulés depuis la mort de Claudio Abbado (1933-2014). Pour son 80ème anniversaire, les rééditions discographiques avaient abondé (voir Claudio Abbado 80)

Il y a quelques mois Deutsche Grammophon complétait le dispositif avec un gros coffret – qui recoupe partiellement des rééditions précédentes – comprenant l’intégrale des enregistrements réalisés par Abbado avec l’orchestre philharmonique de Berlin, dont il fut le directeur musical de 1989 à 2002 :

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(Détails du coffret à voir ici : bestofclassic)

La nouveauté c’est un autre coffret de 25 DVD (à petit prix) très intelligemment composé.

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Un panorama plutôt complet de l’activité du chef avec Berlin bien sûr, mais aussi avec les formations qui lui ont été chères les dernières années, l’orchestre du festival de Lucerne et l’orchestre Mozart. Liste complète à voir ici : bestofclassic

Une aubaine à saisir, un bel hommage de plus à Claudio Abbado.

Montserrat avant Barcelona

 

Depuis qu’on a appris aux petites heures de ce samedi matin le décès de Montserrat Caballé, les médias ont semblé s’ingénier à aligner les pires poncifs : « la dernière diva », le « modèle d’Hergé pour sa Castafiore » (au mépris évident de toute vraisemblance historique) et surtout la « chanteuse devenue populaire depuis son duo avec Freddie Mercury « et la chanson Barcelona.

Sur les sites spécialisés, les éloges se mêlent aux dithyrambes, sans beaucoup de distance par rapport à la réalité d’une carrière qui s’est prolongée au-delà du raisonnable.

Mais on sait, une fois pour toutes, qu’il est malséant d’émettre la moindre critique, la moindre nuance sur un disparu célèbre.

Il est absurde de mettre en avant – comme je l’al lu – les « 50 ans de carrière » de la cantatrice catalane, quand chacun, pour peu qu’il soit doté de deux oreilles en bon état, peut entendre que, depuis la fin des années 80, la voix s’était irrémédiablement durcie, et que ce qui en avait fait la légende (les fameux aigus filés, un legato appuyé sur un souffle long, un timbre liquide) n’était plus que souvenir ou caricature.

Mais il reste tout ce qu’il y a avant le duo avec Freddie Mercury, les premiers enregistrements admirables. Contraste saisissant avec Maria Callas : dans les mêmes rôles, là où l’une incarnait, était le personnage au risque d’une mise en danger vocale, l’autre n’était que pure recherche du beau chant, sans souci excessif de caractérisation.

Quelques piliers de ma discothèque, où j’entends la seule Montserrat Caballé dont je veux garder le souvenir :

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« Un de ses plus beaux disques …
« Parigi o cara », elle y a pourtant si peu chanté, du moins à l’Opéra

La Caballé a 34 ans lorsqu’elle enregistre cette version mythique. Le moelleux de son timbre, son incarnation du rôle, ses sons filés sublimes (L' »Addio del passato », sans les coupures habituelles est beau à pleurer).

Avec la jeune Caballé l’émotion naît du souffle et de la simplicité de la ligne héritée de la tradition belcantiste. Carlo Bergonzi (avec son savoureux accent parmesan) est un Alfredo de rêve au style impeccable.

A la tête de l’Orchestre de la RCA Italienne (composé principalement des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Rome), Georges Prêtre est un accompagnateur attentif et enthousiaste, constamment à l’écoute de ses chanteurs.
Un pur bonheur.

(François Hudry/QOBUZ)

Rien à rajouter à ces lignes de François Hudry, sauf pour rappeler que lors d’un Disques en Lice consacré à cette Traviata, c’est cette version qui était arrivée en tête.

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Quant à cette Lucrezia Borgia, on connaît l’histoire : en 1965, Montserrat Caballé y remplace Marilyn Horne à Carnegie Hall, où elle fait ses débuts. L’enregistrement suivra, inégalé, inégalable.

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A l’apogée de ses moyens vocaux (1965-1975), RCA lui fait enregistrer, outre ces opéras, une série d’airs peu connus de Donizetti, Rossini, Bellini, regroupés dans un coffret très précieux :

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Je découvrirai plus tard avec elle Les Puritains de Bellini dans l’enregistrement, pour moi insurpassé, de Riccardo Muti

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Plusieurs compilations EMI/Warner donnent un bel aperçu de l’art belcantiste de Montserrat Caballé :

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En cherchant dans les archives du Festival Radio France – où je savais que Montserrat Caballé s’était produite au moins une fois – je suis tombé sur cette vidéo de l’INA : René Koering, surfant sur l’incroyable succès du film Amadeus de Milos Forman, sorti en 1984, avait programmé Les Danaïdes de Salieri, avec dans le rôle-titre… Montserrat Caballé et pour diriger l’orchestre de Montpellier, Emmanuel Krivine !

Voir : Les Danaïdes à Montpellier

Dignité

Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen. 

J’aime cette définition de la dignité, de la dignité de l’homme, celle du philosophe des Lumières Emmanuel Kant (dans ses Fondements de la métaphysique des moeurs)

J’ai lu, entendu, beaucoup de commentaires sur les crimes commis, la semaine dernière, à Trèbes et à Parisun mot a manqué, celui-là justement : la dignité. L’heure n’est pas à la polémique, mais il faudra bien qu’un jour on cesse d’excuser l’indignité.

28947839_1898652643539666_8185962787625418215_o(L’hommage de Plantu dans Le Monde du.26 mars)

Quand le langage des médias se fait complice des idéologies de mort et de stigmatisation, cela donne dans un reportage sur la messe présidée dimanche dernier par l’évêque de Carcassonne : « des représentants de la communauté musulmane… s’exprimaient à la sortie ». Dans le même ordre d’idée, l’indignation d’une journaliste qui sait encore ce que valent les mots, Anne Sinclair :

26 mars

Aujourd’hui, bien au-delà, on l’espère, de la « communauté française », la communauté des hommes rend hommage à Arnaud Beltrame et Mireille Knoll,  Pour que leur martyre ne soit pas vain !
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Une semaine après

IMG_3266(Mark Rothko, No.16, 1960, Metropolitan Museum)

Impossible de poursuive le récit de mon séjour à New York (New York today), l’actualité mortuaire de ces derniers jours ayant tout balayé…Reprenons.

Il y a tout juste une semaine, après avoir traversé Central Park sous un timide soleil d’hiver, je retrouvais l’atmosphère si particulière de cet immense vaisseau qu’est le Metropolitan Museum of Art.

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Inenvisageable de tout voir, se concentrer sur certaines salles, et les expositions temporaires. Et puis c’est agréable un musée où l’on peut tout photographier, sans crainte de se voir opposer un règlement obsolète (comme en Europe) !

IMG_3246(Van Gogh, l’Arlésienne)

IMG_3224(Picasso, Arlequin assis)

Une sélection en photos des chefs-d’oeuvre du Met à voir ici : New York, les trésors du Met (I)

Je l’avais manquée au Centre Pompidou, j’ai pu voir la magnifique rétrospective David Hockney

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Compte-rendu dans un prochain billet.

Photos : lemondenimages.wordpress.com