La grande pâque russe

Il y a dix ans – c’était plutôt vers la fin avril – j’ai eu la chance de découvrir « en vrai » des lieux, des paysages d’une Russie que je connaissais déjà par coeur pour les avoir parcourus tout au long de mes années d’études de la langue et de la civilisation russes, au lycée puis à l’Université.

Ce que l’on appelle Золотое кольцо / L’Anneau d’or, un circuit de cités historiques, parmi les plus anciennes de Russie, situé au nord-est de Moscou.

Et, ce 24 avril 2011, de tomber à Iaroslavl sur les célébrations de la Pâque russe, en présence de l’archimétropolite de Vladimir. Célébrations festives, ferveur populaire, dans un joyeux désordre, d’où tout protocole semblait absent.

Христос Воскресе! : le Christ est ressuscité, c’est ce que proclame la banderole fixée sur le portail de l’église où se presse la foule.

Cette année-là, la Pâque orthodoxe coïncidait avec la fête de Pâques catholique ou protestante.

Et plus que jamais j’ai éprouvé cette impression phénoménale d’une immersion dans une histoire millénaire, je n’ai pas vécu cette journée comme un touriste avide d’images exotiques, mais comme une sorte de retour dans une famille que j’avais choisie de faire mienne à l’âge de 11 ans (j’avais pris le russe en seconde langue à mon entrée en quatrième).

Deux jours après cette pâque à Iaroslavl, je visiterais le monastère de Sergev Possad (jadis Zagorsk), considéré comme le coeur de l’orthodoxie russe.

Et bien entendu, je resterai toujours fasciné par l’œuvre de Rimski-Korsakov, dont le titre même est une promesse : La grande Pâque russe.

Je me rappelle mon tout premier disque de musique russe, et un chef, Lovro von Matacic, auquel je ne m’intéresserais que bien plus tard (lire : Les sans-grade: Lovro von Matacic)

Rimski-Korsakov écrit La grande Pâque russe, une « ouverture de concert », entre août 1887 et avril 1888 à la mémoire de Moussorgski (1839-1881) et surtout Borodine, mort le 27 février 1887, qui faisaient partie de ce fameux Groupe des Cinq (avec César Cui et Mily Balakirev)

La première édition de M. P. Belaïeff de 1890 précise en français : La Grande Pâque Russe. Ouverture sur des Thèmes de l’Église Russe pour Grand Orchestre . Elle est sous-titrée Ouverture sur des thèmes liturgiques d’après le psaume 68 et l’Évangile selon Saint Marc, chapitre XVI. La création a lieu à Saint-Pétersbourg, le 3 décembre 1888 sous la direction du compositeur dans le cadre des Concerts symphoniques russes.

Les thèmes de cette ouverture sont en grande partie extraits de la liturgie orthodoxe russe, basés plus exactement sur une collection d’anciens cantiques disparates, souvent anonymes, appelés Obikhod et adoptés comme chants liturgiques officiels à la Cour Impériale des Romanov.

Dans son programme de présentation, Rimsky-Korsakov inclut plusieurs citations bibliques afin de guider l’auditeur sur ses intentions. Pour caractériser l’office de la  Pâque russe, il réunit dans cette œuvre les souvenirs du prophète antique, du récit évangélique en y associant les joies païennes du peuple russe. Chaque partie de l’ouverture est décrite avec précision par Rimski-Korsakov dans ses Chroniques de ma vie musicale :

  • Lento mystico – Maestoso

« L’assez longue et lente introduction à La Grande Pâque russe sur le thème Dieu ressuscitera, évoquait pour moi la prophétie d’Isaïe sur la résurrection du Christ. »

  • Andante lugubre

« Les sombres couleurs de l’andante lugubre semblent représenter le Saint Sépulcre s’illuminant au moment de la résurrection… »

  • Allegro agitato

« Le commencement de l’Allegro, extrait du psaume Ceux qui le haïssent fuiront de devant sa face, est bien en harmonie avec la joie qui caractérise la cérémonie orthodoxe : la trompette solennelle de l’Archange alterne avec le son joyeux et presque dansant des cloches, coupé tantôt par la lecture rapide du diacre, tantôt par le chant du prêtre lisant dans le Livre saint la Bonne Nouvelle. »

  • Maestoso alla breve

« Le thème Christ est ressuscité, constituant en quelque sorte le thème secondaire de l’œuvre, apparaissait entre l’appel des trompettes et le son des cloches, et formait également une coda solennelle. »

Il existe de cette Grande Pâque d’innombrables versions au disque. Beaucoup passent à côté de la dimension mystique de l’oeuvre, pour n’en retenir que la flamboyance orchestrale.

Je reste, quant à moi, fidèle à Lovro von Matacic, et je garde une place de choix pour Neeme Järvi et Igor Markevitch

Souvenir d’une rencontre récente (juillet 2019) avec un géant tant admiré, mon cher Neeme Järvi

Beethoven 250 (XIX) : les géants d’Amsterdam

Après l’année du 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven, c’est encore l’anniversaire !

Je ne sais à vrai dire pas quand est paru le coffret que je veux évoquer aujourd’hui. Je viens de l’acheter et j’ai commencé à l’écouter, avant ce long week-end pascal confiné.

A l’occasion de son 125ème anniversaire – décidément qu’est-ce qu’on aime les anniversaires dans le monde de la musique ! – l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, pour le dénommer complètement, avait publié deux forts coffrets, composés de prises de concert. La liste des chefs et des solistes qui ont fait la glorieuse histoire de la phalange néerlandaise donne le vertige (tous les détails à lire ici : Concertgebouw Amsterdam 125).

On pensait que ces coffrets avaient fait le tour de la question, et que cette nouvelle boîte doublonnerait avec ce qui avait déjà été publié. Ce n’est pas le cas et l’affiche fait rêver !

Certains chefs sont attendus (Harnoncourt dans l’Héroïque, Carlos Kleiber dans la Septième) d’autres moins (Bernstein dans la Deuxième, Dorati dans la Neuvième) et pour des chefs, comme Norrington, Herreweghe, Zinman qui ont gravé avec les formations dont ils étaient les patrons, des intégrales des symphonies de Beethoven, il est fascinant d’entendre le son qu’ils obtiennent du Concertgebouw. Un orchestre qui n’a pas travaillé pour rien avec Harnoncourt dans les années 80 et 90, et qui en a gardé une formidable capacité d’adaptation stylistique et sonore.

Le vétéran Herbert Blomstedt prouve, une nouvelle fois, que le grand âge n’a pas prise sur sa vision juvénile du finale de la Quatrième symphonie


Seul doublon entre ce coffret et celui qui fut consacré à Mariss Jansons, directeur musical du Concertgebouw, la 5ème symphonie :

Roger Norrington, qui n’avait laissé personne indifférent, c’est peu de le dire, avec son intégrale des années 90 avec les London Classical Players (souvenir d’un passionnant Disques en Lice autour de la Pastorale justement )

Quant à la Septième dirigée, en 1983, par Carlos Kleiber, elle est depuis entrée dans la légende. Et, s’il est possible de comparer l’incomparable, je préfère – de peu – cette version à celle, tout aussi légendaire, que le chef, disparu en 2004, a gravée avec les Wiener Philharmoniker.

Philippe Herreweghe est égal à lui-même, tendre et bienveillant dans ce menuet de la Huitième symphonie.

Quant à Antal Dorati, cet immense chef qu’on n’a, à tort, que rarement associé à Beethoven, prouve qu’en concert il était toujours inspiré. Qu’on écoute simplement le récitatif qui ouvre le 4ème mouvement de la Neuvième symphonie…

Petits et grands arrangements (II) : les Français

J’ai lancé, le 5 mars dernier, ce qui va ressembler à une série : Petits et grands arrangements, en commençant par les Anglais (et sans aucune ambition d’exhaustivité !).

En France aussi, les compositeurs « arrangeurs » sont légion, en particulier au XXème siècle. Ils sont plus ou moins célèbres.

Gaîté parisienne

Le plus connu d’entre eux, grâce à l’oeuvre qu’il a laissée (et qui a fait sa fortune !), est sans doute Manuel Rosenthal (1904-2003) avec sa Gaîté parisienne, flamboyant « arrangement » d’airs d’Offenbach. J’ai raconté dans quelles circonstances j’avais rencontré le chef d’orchestre/compositeur (Anniversaires : privé/public), en 2000. Parmi de multiples souvenirs qu’il évoquait sans se faire prier, il me raconta pourquoi et comment il avait accepté d’écrire en 1938 cette partition à l’intention des Ballets russes de Monte Carlo, lointain successeur des Ballets russes de Diaghilev qui s’étaient installés à Paris en 1909. C’est à un autre chef, Roger Désormière (1898-1963), qui avait été le dernier directeur musical des Ballets russes de 1925 à 1929, qu’on avait proposé cette « Offenbachiade« . Désormière avait refusé, Rosenthal avait accepté non sans hésitations.

Bien lui en prit, puisque c’est aujourd’hui un tube, dont les plus grands chefs se sont emparés, comme un emblème de « l’esprit français » ! Un peu caricatural tout ça, mais une partition brillante, l’un de ces « showpieces » qui fait rutiler les orchestres.

Toutes les versions ne retiennent pas l’intégralité de cette Gaîté parisienne.

Le compositeur a lui-même gravé deux versions de son oeuvre, deux fois d’ailleurs avec le même orchestre, celui qui avait créé l’oeuvre, Monte Carlo. Pour idiomatiques qu’elles soient, on hésite à les recommander comme références, la phalange monégasque montrant ses limites, et supportant difficilement la comparaison avec les formations berlinoises, londoniennes ou américaines.

La liste des chefs et des orchestres qui se sont frottés à cette Gaîté parisienne est assez impressionnante. Mais c’est peu dire que tous n’ont pas été également inspirés, confondant rutilance et vulgarité dans le traitement de l’orchestre, élégance et racolage dans l’énoncé des mélodies, légèreté et lourdeur dans la conduite rythmique. Parmi les beaux ratages il me faut malheureusement nommer des chefs que j’admire infiniment par ailleurs :

Inattendus dans cette liste, mais beaucoup plus convaincants que leurs illustres collègues américains, Felix Slatkin et Arthur Fiedler :

Autre inattendu dans la série, et récidiviste de surcroît, Georg Solti ! Les alanguissements, les lourdeurs, pas vraiment pour lui, ça court la poste et ça manque souvent d’un peu de charme, de tendresse. L’avantage de cette version gravée à Londres en 1958 c’est qu’elle reprend la totalité des numéros.

On découvre même Solti en concert sur cette vidéo :

Mais tout bien écouté, la palme revient incontestablement à Karajan, le chic, le charme, l’esprit, et la perfection de la réalisation orchestrale.

J’ai du mal à départager les versions berlinoise (1971) et londonienne (1958).

Si je devais n’en retenir qu’une, ce serait peut-être le Philharmonia…

Le beau Danube parisien

Où l’on retrouve Roger Désormière…

Au printemps 1924, le comte Étienne de Beaumont organise les Soirées de Paris (titre-hommage à Apollinaire) au Théâtre de la Cigale à Montmartre, soirées artistiques et de ballet avec Léonide Massine en danseur-étoile et chorégraphe et Roger Désormière en directeur musical et chef d’orchestre. Les compositeurs sont Erik Satie, Darius Milhaud… Henri Sauguet réinterprète Olvier Métra… les costumes et les décors sont de Pablo Picasso et Georges Braque… Jean Cocteau livre sa propre vision de Roméo et Juliette. Pour cette musique, c’est Auric qui est pressenti, Poulenc devant donner sa propre version des valses de Vienne. Mais Diaghilev va mettre son veto à leur participation, c’est donc Désormière qui va composer ces deux dernières musiques, l’hommage à Vienne devenant le Beau Danube…

Et cette œuvre de circonstance va être souvent reprise et grande source de royalties…

Malgré ce succès, Désormière n’enregistrera jamais cette musique sur disque lui-même.

Selon le même principe que plus tard Rosenthal avec Offenbach, Désormière procède par collage de thèmes empruntés à des oeuvres plus ou moins connues de Johann Strauss. Mais quelque chose ne fonctionne pas, le charme n’opère pas. Ce Beau Danube sent l’exercice de style, rapidement troussé. D’ailleurs, à la différence de Gaîté parisienne, l’oeuvre n’a quasiment pas survécu à la Seconde Guerre mondiale. Elle a été peu enregistrée. Je reparlerai dans une autre billet d’arrangements beaucoup plus réussis d’oeuvres de Strauss.

Un seul disque réunit les deux oeuvres, Gaîté parisienne d’Offenbach/Rosenthal et Le Beau Danube de Strauss/Désormière. A la tête de l’orchestre de la radio de Berlin, un expert, le chef américain Paul Strauss (1922-2007), qui commença sa carrière en dirigeant nombre de ballets à … Monte Carlo, Londres, Berlin – j’ai eu la chance de connaître à la fin de sa vie celui qui fut de 1967 à 1977 le patron, redouté et admiré, de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Le chapitre des « arrangeurs » français est très loin d’être clos. A moins qu’il faille plutôt ouvrir un nouveau chapitre « orchestrateurs », où on retrouvera d’illustres figures comme Ravel, Caplet, Büsser…

Les raretés du confinement (XII) : Tavernier, Faust, Levine, Grumiaux…

Confinement, épisode 3

Depuis ma dernière chronique – Les raretés du confinement (XI)- les heureux habitants de 19 départements français, dont l’Ile-de-France, ont eu droit à un troisième confinement qui ne dit pas son nom. Et, pour ce qui me concerne, je suis entré en période d’abstinence, abstinence de JT sur le service public (France 2, France 3) : je ne supporte plus ces micro-trottoirs, ces « directs » dans les villes confinées, et, pire, ces sujets anxiogènes, toujours les mêmes – « le gouvernement va devoir donner un tour de vis supplémentaire ». Alors que, dans le même temps, on ne voit ni n’entend jamais un sujet sérieux, qui demanderait, il est vrai, un peu plus de travail et d’investigations, sur la réalité des contaminations en extérieur. Les télés nous montrent à l’envi des rassemblements sur les quais de Seine, à Marseille, tandis qu’on entend les spécialistes, et même le ministre de la Santé, proclamer que le risque de propagation du virus est infime : qu’attend-on pour enquêter sur les suites de ces « rassemblements », y a-t-il eu augmentation consécutive des hospitalisations, des contaminations ? Des faits précis, plutôt que des suppositions et des approximations, n’est-ce pas le minimum qu’on puisse attendre de ceux qui ont mission de nous informer ?

14 mars : le pianiste inconnu

En me replongeant dans l’imposant coffret paru l’été dernier consacré à John Barbirolli (1899-1970) : – voir Sir John) j’ai trouvé cet enregistrement du 5ème concerto de Beethoven, auquel je n’avais pas prêté attention, et ainsi découvert un pianiste, dont – je le confesse à ma grande honte – je n’avais jamais entendu parler de Mindru Katz, roumain et israélien, né à Bucarest en 1925, mort à Istanbul en 1978. Un « Empereur » impérial sous ses doigts !

15 mars : mes premières Danses hongroises

Jean-charles Hoffelé évoquait récemment la noble figure d’un chef allemand que j’aime entre tous depuis longtemps : Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973). Je citais sa lumineuse et parfois oubliée intégrale des Symphonies de Beethoven (Beethoven 250: Schmidt-Isserstedt). J’évoquerai bientôt mes découvertes de jeunesse d’oeuvres de Dvořák et Brahms grâce à lui. Avant-goût avec la première intégrale des Danses hongroises de Brahms qui figura dans ma discothèque d’adolescent.

17 mars : les sérénades de HSI

Grâce à plusieurs rééditions récentes, on redécouvre l’art de l’un des grands chefs allemands du XXème siècle, Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973) – La découverte de la musique: Hans Schmidt-Isserstedt. En 1965, il enregistrait une version lumineuse, pastorale, de la Sérénade pour cordes de Dvořák, à la tête de « son » orchestre de la radio de Hamburg (NDR Orchester):

18 mars : la mort de Jimmy

James Levine était un exceptionnel chef d’opéra, l’incontesté patron et l’âme du Metropolitan Opera de New York pendant 40 ans, mais c’était aussi un formidable chef symphonique. Comme en témoigne une série de symphonies de Sibelius enregistrée avec les Berliner Philharmoniker. (Lire : Dear Jimmy )

Sibelius : Symphonie n°2

Orchestre philharmonique de Berlin dir. James Levine

19 mars : Levine, une vie pour la musique

#JamesLevine encore : Une vie pour la musique Le génie protéiforme du chef lyrique, du maître de l’orchestre symphonique, et un pianiste qui s’amuse avec quelques illustres collègues

20 mars : l’air de Berlin

Je ne me rappelais plus que James Levine avait dirigé l’un des célèbres concerts berlinois en plein air de la Waldbühne en 1999. Ici le bis que tout le monde attend en fin de concert, la marche Berliner Luft / L’air de Berlin de Paul Lincke (1866-1946)

21 mars : Printemps qui commence

Printemps qui commence… sous le signe du confinement pour beaucoup de Français !Printemps qui commence)

« Printemps qui commence » par ma Dalila de coeur, la grande Rita Gorr (1926-2012), voix ô combien troublante et charnelle.

Saint-Saëns : Samson et Dalila, air « Printemps qui commence »

Rita Gorr, mezzo-soprano Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dir. André Cluytens

21 mars : Grumiaux centenaire

Le violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a cent ans, le 21 mars 1921 – et mort à 65 ans seulement en 1986. Il laisse une discographie considérable (très bientôt rééditée en coffret). Grumiaux a été un des premiers à enregistrer les méconnus concertos pour violon de Haydn.

Haydn: Concerto pour violon en sol Majeur Hob.VIIa/4 1er mvt allegro moderato

Arthur Grumiaux, violon New Philharmonia Orchestradir. Raymond Leppard

22 mars : la mort de Boris

Hommage à l’un des plus grands chanteurs russes, le baryton-basse Evgueni Nesterenko, mort hier, à 83 ans, des suites de la COVID-19.

Inoubliable interprète de Chostakovitch, Tchaikovski et bien sûr de Boris Godounov de Moussourgski, il est ici le Boris d’une célèbre production de 1978 du Bolchoi

23 mars : Divertimento à la hongroise

L’un des chefs-d’oeuvre de Béla Bartók, son Divertimento pour cordes écrit en 1939, avant l’exil du compositeur hongrois aux Etats-Unis, créé le 11 juin 1940 par son commanditaire et dédicataire Paul Sacher et l’orchestre de chambre de Bâle. Ici dans ma version préférée : Antal Dorati dirige le BBC Symphony Orchestra (1964)

24 mars : Déodat de Séverac

Spéciale dédicace à Carole Delga et Hussein Bourgi cette musique délicieuse du compositeur occitan #DeodatdeSeverac né à St Felix Lauragais en 1872 mort il y a 100 ans le 24 mars 1921 à Céret, par le pianiste Aldo Ciccolini qui fut un invité régulier du Festival Radio France Occitanie Montpellier

25 mars : adieu Bertrand

#BertrandTavernier est mort (lire : Bertrand Tavernier: coup de torchon).

Parmi toutes ses qualités, il y avait son goût et sa connaissance de la musique. Le 11 janvier 2019, l’ Orchestre Philharmonique de Radio France jouait sous la direction de Bruno Fontaine la musique composée par Bruno Coulais pour le film-documentaire de Bertrand Tavernier « Voyage à travers le cinéma français« 

26 mars : Faust en prime time

Faust de Gounod a ses fans, ce n’est pas mon cas. Trop « grand opéra », trop long, tout est trop dans ces 5 actes. Mais il y avait de quoi se réjouir que France 5 diffuse, un vendredi soir, en « prime time », la toute récente production, donnée sans public, de l’Opéra de Paris. Un chef – Lorenzo Viotti – qui a tout pour lui, le talent, la jeunesse (il vient de fêter son 31ème anniversaire !) et, dans cet ouvrage, la capacité de saisir toutes les atmosphères, et d’alléger un tissu orchestral parfois bien lourd, d’excellents chanteurs (même si, dans ce rôle et ce personnage de Faust, j’attends une voix plus corsée que celle, ô combien lyrique et élégiaque, de Benjamin Bernheim). Une mise en scène dont toute la presse a salué la pertinence et l’inventivité, celle de Tobias Kratzer.

Côté disques, on en reste aux grands classiques Cluytens et Plasson, pour des distributions qui savent chanter le français (les grands chanteurs de la célèbre version de Georges Prêtre sont vraiment trop exotiques dans un ouvrage où la compréhension du texte chanté n’est pas accessoire !)

27 mars : Around Midnight

De toutes les qualités qu’unanimement on s’accorde à reconnaître à Bertrand Tavernier, il y a sa connaissance et son amour de la musique, comme France Musique l’a déjà rappelé et continue de l’évoquer tout ce week-end.

Il y a eu ce film magnifique de 1986 Autour de minuit :

Réécouter absolument la chronique de Max Dozolme dans la Matinale de France-Musique du 26 mars : Bertrand Tavernier, un portrait musical

Bertrand Tavernier : coup de torchon

J’ai suffisamment raillé les émotions téléphonées, les R.I.P. automatiques des réseaux sociaux, pour revendiquer cette fois l’aveu d’une vraie tristesse à l’annonce de la mort de Bertrand Tavernier (lire Le Monde).

Comment dire ? Ce personnage était tellement tout ce que j’aime chez un humain, il ressemblait tellement à l’oncle qu’on rêve d’avoir, que sa disparition m’affecte comme le ferait celle d’un proche. Pourtant je n’ai jamais ni travaillé, ni côtoyé à quelque titre que ce soit Bertrand Tavernier. Tout juste l’apercevais-je parfois dans les rues de mon quartier parisien, le 3ème arrondissement, qu’il habita longtemps avant de quitter la capitale. J’en eus souvent l’envie, mais jamais je n’osai l’aborder pour lui dire bêtement : « J’aime qui vous êtes, j’aime ce que vous faites et ce que vous dites ».

Je ne vois rien de médiocre dans sa vie et son oeuvre, qui m’ont toujours semblé sous l’emprise de la gourmandise, d’une insatiable curiosité, nourrissant une culture phénoménale.

D’aucuns tentés par l’exhaustivité d’un bilan trouveront bien ici et là des failles, des faiblesses, des défauts dans sa filmographie. Je ne conserve, pour ma part, que de l’admiration pour les 25 longs-métrages qu’il laisse, et dont je pense avoir vu, souvent revu, la presque totalité.

J’ai beau chercher, je ne vois rien de médiocre, ni de banal.

Je vais me replonger dans ce formidable documentaire au long cours, qu’on eût rêvé voir se prolonger, tant l’oncle Bertrand savait nous raconter les si belles histoires du cinéma, de tous les cinémas.

On revoit avec émotion cet extrait d’un concert de janvier 2019, au cours duquel l’Orchestre philharmonique de Radio France jouait, sous la direction de Bruno Fontaine, la musique de Bruno Coulais composée pour le film-documentaire (qui a précédé la série plus développée) « Voyage à travers le cinéma français »

Printemps qui commence

#Confinement3 COVID-XIX

J’ai décidé de m’abstenir de commentaires – ici et sur les réseaux sociaux – sur les épisodes successifs de la crise sanitaire. D’abord parce que ça ne sert à rien, le virus et ses mutations se déjouant de nos analyses et pronostics.

Juste deux choses qui relèvent de la politique gouvernementale :

  1. Si l’on nous dit – une évidence – que seule la vaccination massive et rapide nous sortira d’affaire, il faut cesser de promettre, et suivre, en France, l’exemple de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis qui ont été et sont encore capables de performances record en matière de vaccination. Aujourd’hui encore, il est impossible de prendre rendez-vous dans un centre de vaccination ou chez un médecin ou pharmacien !
  2. La bureaucratie/technocratie a encore donné un bel exemple de ce qu’elle est capable d’engendrer avec les autorisations administratives (jusqu’à 15 « motifs » !) qu’elle avait pondues pour les régions reconfinées, jusqu’à ce que Matignon rétro-pédale dans la journée d’hier. Sans d’ailleurs que les choses soient beaucoup plus claires pour les pauvres citoyens que nous sommes !

Et comme il faut toujours sourire, j’ai décidé de nommer désormais le virus COVID-XIX, après que des musées parisiens se sont signalés – avant de se déjuger eux aussi – pour avoir voulu bannir les chiffres romains (Louis 14 a ainsi régné au 17ème siècle !) : Les chiffres romains ne sont pas bannis au Musée Carnavalet.

Le marronnier du printemps

Un peu facile de faire un billet sur le printemps – c’est ce qu’on appelle un marronnier chez les journalistes – même si je ne me lasse pas – reconfinement oblige ! – de revisiter ma discothèque.

Comme cet air de Samson et Dalila – Printemps qui commence – par celle dont le nom et la voix restent à jamais attachés à ce personnage de Saint-Saëns, Rita Gorr

J’ai profité hier d’une très belle journée, un peu fraîche, pour parcourir la si joliment nommée Promenade de la Ramponne qui relie deux beaux villages du Vexin français, Labbeville et Vallangoujard.

Quel bonheur simple et toujours aussi bienfaisant que d’entendre ce concert d’oiseaux :

J’ai entendu très brièvement un coucou – que je n’ai pas capté sur cette courte vidéo – et pensé évidemment à cette pièce pastorale de Frederic Delius : On hearing the first cuckoo in Spring

Puisqu’on a rendu hommage à James Levine (lire Une vie pour la musique) disparu le 17 mars, signalons les deux versions que le chef américain a gravées de la première symphonie de Schumann « le printemps », d’abord à Philadelphie, puis à Berlin.

L’une des oeuvres les moins connues de Rachmaninov est sa cantate pour baryton, choeur et orchestre, Printemps, qui date de 1902 sur un poème de Nekrassov

Je n’ai jamais pu m’empêcher, écoutant le premier mouvement de la Première symphonie de Mahler, d’y entendre l’éveil de la nature… au printemps ! Surtout dans une version que je place au tout premier rang de mes (p)références, Paul Kletzki dirigeant l’orchestre philharmonique de Vienne en 1961

Incontournables de ma discothèque, les Voix du printemps évoquées par Johann Strauss, dans deux indépassables versions viennoises, la chantée par Hilde Gueden (et Josef Krips) et l’orchestrale dirigée par Carlos Kleiber lors du concert de Nouvel an 1989

Comment ne pas évoquer les Quatre saisons de Buenos Aires / Las Cuatro Estaciones Porteñas d’Astor Piazzolla – dont on a célébré le centenaire de la naissance le 11 mars dernier – :

ou encore Le chant de l’alouette, la troisième (Mars) des douze pièces pour piano de Tchaikovski intitulées Les Saisons, ici sous les doigts du pianiste américain Van Cliburn (1934-2013), qui avait fait sensation en remportant, en pleine guerre froide, le concours Tchaikovski de Moscou en 1958

Dans la suite des rééditions du legs discographique de Claudio Abbado chez Deutsche Grammophon, on signale ce coffret tout récent (sur lequel on reviendra)

Et dans ce coffret une version, à laquelle je n’avais jamais prêté attention, et qui vaut pourtant plus qu’une écoute distraite, d’abord en raison de son soliste, Gidon Kremer, des Quatre saisons de Vivaldi

Un lecteur attentif me rappelle que le grand violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a très exactement cent ans, le 21 mars 1921. Une imposante réédition de ses enregistrements pour Philips est prévue pour bientôt. On reparlera de Grumiaux à cette occasion. Promis !

Piazzolla à Liège

Astor Piazzolla est né, il y a cent ans, le 11 mars 1921 à Mar Del Plata au sud de Buenos Aires.

Ce centenaire sera célébré dans le monde entier, et ce n’est que justice pour un artiste, interprète, compositeur, tout à fait singulier dans le monde de la musique du XXème siècle (il le sera, en particulier, au Festival Radio France le 21 juillet) Je renvoie à la notice Wikipedia – très bien faite – qui lui est consacrée.

Je veux rappeler une date importante dans sa création, et une présence qui est restée dans la mémoire d’une ville et d’un orchestre qui me sont chers : Liège.

L’Orchestre philharmonique royal de Liège n’a pas manqué de célébrer l’événement le 6 mars dernier, sans public, mais disponible sur le site Livestream OPRL.

L’événement ce fut d’abord la présence à Liège d’Astor Piazzolla lui-même pour une série de concerts, et le 15 mars 1985 la création de son double concerto pour bandonéon et guitare – qui porte depuis le titre Homenaje a Liège – le compositeur étant au bandoneon, Cacho Tirao (1941-2007) à la guitare, l’Orchestre philharmonique de Liège et de la Communauté française – comme on l’appelait alors ! – étant dirigé par le grand guitariste, compositeur et chef d’orchestre cubain Leo Brouwer.

Atout cheffes

J’ai plutôt en horreur cette mode des « journées » (les grands-mères hier), et encore plus la confusion qui s’opère, en ce 8 mars présenté comme « la journée de la femme » ou « des femmes ». Alors qu’il s’agit bien selon l’appellation officielle de l’ONU, de la Journée internationale des Femmes / International Women’s Day, en France on ajoute, pour être plus explicite encore, Journée internationale des Droits des Femmes.

A propos d’un secteur où les inégalités hommes-femmes sont historiques et évidentes- la direction d’orchestre – j’avais déjà écrit cet article, après une réflexion malheureuse du regretté Mariss Jansons : Le chef qui n’aime pas les cheffes. Je n’ai rien à retirer à ce texte écrit il y a plus de trois ans, au contraire je ne peux que me réjouir de ce que les artistes que je citais aient vu leur carrière, leurs projets, leur notoriété croître et se développer. Voir ci-dessous l’intégralité de ce billet du 28 novembre 2017.

Depuis ce billet, me sont revenus d’autres noms de cheffes d’orchestre, et ont surgi des initiatives comme le premier concours de direction réservé aux femmes, La Maestra, organisé en septembre 2020 à la Philharmonie de Paris à l’initiative de Claire Gibault.

Dans mes souvenirs, des figures contrastées: en 2006 au festival de Savonlinna (Finlande), une fantastique représentation de Carmen dirigée par l’Estonienne Anu Tali, mais quelques années plus tôt, à San Francisco, un concert d’été très décevant qui ne m’a pas laissé une bonne impression (euphémisme !) de la New Yorkaise JoAnn Faletta (ses nombreux disques chez Naxos ne m’ont pas fait changer d’avis). Et j’avais rapporté d’un voyage au Mexique un disque très coloré dirigé par une jeune femme qui se ferait bientôt connaître en Europe, Alondra de la Parra

En revanche, j’ai redécouvert récemment dans ma discothèque deux superbes galettes, auxquelles j’avoue ne pas avoir prêté l’attention qu’elles méritaient pourtant.

La Cinquième de Beethoven a fière allure sous la baguette de la Française Claire Gibault enregistrant au milan des années 80 avec le Royal Philharmonic de Londres. Son Inachevée de Schubert est une vraie splendeur, enfin un Schubert jeune, allant, vivant, et non plombé d’accents wagnériens comme trop de chefs l’en ont affublée.

Mais j’ai vu et entendu plusieurs fois Claire Gibault diriger, à Aix-en-Provence, à Lyon, à Paris, à Liège.

Ce qui n’est pas du tout le cas d’une cheffe britannique, dont je connaissais à peine le nom, avant de le repérer dans un gros coffret récapitulatif d’une collection de disques très British : Sian Edwards.

Sian Edwards est, semble-t-il, très investie dans la musique contemporaine. Ces enregistrements d’orchestre de Tchaikovski n’en sont que plus intrigants. On aime beaucoup, vraiment beaucoup, ces visions alertes, nerveuses, romantiques en diable.

« Le chef qui n’aimait pas les cheffes

France Musique s’est fait l’écho de l’une de ces polémiques dont raffolent les réseaux sociaux : Les femmes chefs d’orchestre ? Pas la « tasse de thé » de Mariss Jansons

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Cher Mariss Jansons, même si vous vous êtes rattrapé depuis, vous devriez savoir qu’il ne faut jamais se laisser aller au politiquement incorrect. Vous aviez bien le droit de penser que les femmes chefs d’orchestre, ce n’est pas trop votre cup of tea, vous n’étiez pas obligé de le dire !

Certes, comme vous-même vous passez votre vie à répéter et à diriger, à l’instar de tous vos collègues chefs, vous n’avez pas le temps d’aller voir et écouter de plus jeunes collègues, hommes ou femmes, et de constater que le monde musical a bien changé.

Je n’ose vous croire nostalgique d’une époque où les grands phalanges comme Berlin ou Vienne étaient exclusivement masculines (souvenez-vous de l’affaire Sabine Meyer, cette jeune clarinettiste que Karajan voulait recruter contre l’avis des musiciens des Berliner Philharmoniker)

Mais, je vous le concède, la féminisation des orchestres n’a pas été suivie, dans les mêmes proportions, de la féminisation des podiums. Et pourtant, elles ont bien du talent, et plus que ça même, les quelques cheffes qui ont émergé ces dernières années, sur les traces de leurs aînées Simone Young ou Marin Alsop.

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En France, Claire Gibault et Laurence Equilbey ont longtemps été seules à fréquenter les podiums de chef.

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Aujourd’hui Nathalie Stutzmann dirige autant sinon plus qu’elle ne chante, certes plus à l’étranger qu’en France, même si Jean-Louis Grinda, après l’avoir invitée à l’Opéra de Monte-Carlo, lui a confié la direction du Mefistofele de Boito l’été prochain aux Chorégies d’Orange.

L’Opéra royal de Wallonie, à Liège, a depuis le début de cette saison, une nouvelle cheffe, Speranza Scappucci

La saison dernière, la cheffe assistante de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Marzena Diakun, avait fait sensation en remplaçant au pied levé Mikko Franck dans Die tote Stadt de Korngold en version de concert à la Maison de la radio

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Billet du 28 novembre 2017.

Les classiques de Gainsbourg

Eh oui ! Serge Gainsbourg, mort il y a trente ans, le 2 mars 1991, était un emprunteur. Il n’a jamais renié son amour de la musique classique (« J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc j’emprunte »), ni a fortiori les sources d’inspiration de plusieurs de ses chansons (une vingtaine au moins).

Il en parle dans le beau documentaire – Gainsbourg, toute une vie – diffusé vendredi dernier sur France 3 (qu’on peut encore revoir sur france.tv).

Max Dozolme en parlait ce matin sur France Musique : Gainsbourg au piano avec Chopin.

Nous l’avions illustré à Liège, lors d’une fête de la musique mémorable, en 2009 (lire l’article de Sylvain Rouvroy sur ResMusica : Salut Gainsbourg !) : dans la même soirée, une quinzaine de chanteurs s’étaient succédé sur la scène de la Salle Philharmonique de Liège, puis l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avait joué cinq extraits « classiques ».

Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des « emprunts » classiques de Gainsbourg, mais plutôt souligner les moins connus ou les plus originaux.

  1. Poupée beethovénienne

La plus célèbre des chansons de Gainsbourg pour France Gall, Poupée de cire, Poupée de son (1965)

a un furieux air de parenté avec l’un des thèmes du dernier mouvement de la 1ère sonate pour piano de Beethoven. La preuve : écouter Daniel Barenboim à 0’38

2. My Lady sur un marché persan

Gainsbourg, pour son sulfureux Lady Heroïne, va chercher une mélodie chez le Britannique Albert Ketelbey (1875-1959), auteur à succès de musiques « exotiques », comme Sur un marché persan à écouter à partir de 1’45 »

3. La chanson perdue de Solveig

Enregistrée en concert, dans la ville natale de Grieg, par l’excellent orchestre de Bergen et son excellent chef Edward Gardner, la chanson de Solveig, faisant partie de la musique de scène de Peer Gynt, est à entendre à 14’50.

4. Jane et Frédéric

Chopin a inspiré plusieurs des mélodies de Gainsbourg, et pas nécessairement les pièces les plus connues. Ainsi le 4ème des Préludes op.28, si mélancolique, donne Jane B. en 1969

5. La Tristesse de Charlotte

Lemon Incest s’inspire directement de la plus célèbre des Etudes de Chopin, la 3ème de l’opus 10, surnommée « Tristesse »

6. Chopin dépressif

Toujours Chopin dans Dépression au-dessus du jardin

Cette fois c’est la 9ème des études de l’opus 10 qui est convoquée. Ici sous les doigts inimitablement poétiques d’Artur Rubinstein

7.8. Son Nouveau Monde

Gainsbourg utilise, à deux reprises, des thèmes de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau monde » de Dvorak.

Le moins évident des emprunts – dans le 4ème mouvement de la symphonie – se trouve dans le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) et la chanson Requiem pour un con que Gainsbourg chante et joue devant Jean Gabin

à partir de 0’22 »

Pas non plus immédiate la référence au Nouveau monde dans Initials BB

on repère l’emprunt à 4’45 »

9. Lou Appassionnata

Le rapport entre cette chanson et Beethoven ? Pas évident du tout. Mais Gainsbourg qui connaissait ses classiques trouve le thème du refrain de cette chanson dans l’un des thèmes de la sonate n°23 dite « Appassionata » de Beethoven…

Et pour finir cette liste non limitative, le plus célèbre des emprunts gainsbourgiens à la musique classique :

Brahms et le charme mélancolique du troisième mouvement de sa 3ème symphonie ne pouvaient pas ne pas séduire Gainsbourg.

J’ai pour cette intégrale viennoise de John Barbirolli une tendresse toute particulière, même s’il y a bien des versions plus idiomatiques (lire Barbirolli le Viennois)

Les raretés du confinement (X) : Rimbaud, Orozco, Susskind, Seefried, Lalo, Saint-Saëns etc.

#Confinement2 Une rubrique quotidienne sur Facebook qui n’est malheureusement pas près de s’éteindre… Puisqu’on évoque même, avec une sorte de gourmandise malsaine, la perspective d’un reconfinement dans certaines régions de France !

17 février : Les Illuminations de Felicity Lott

Hommage à Steuart Bedford (1939-2021) suite : un extrait de l’une des oeuvres les plus fortes de Benjamin Britten, le cycle de mélodies « Les Illuminations » (sur des poèmes de Rimbaud), une interprète d’exception de ce cycle, ma très chère Felicity Lott (lire : Dame Felicity) ici accompagnée par Steuart Bedford :

18 février : le Chopin de Rafael

Rafael Orozco (1946-1996) est un immense musicien, un pianiste majeur, un interprète d’élection des grands romantiques. Malheureusement ses disques (EMI, Philips, Valois) sont pour l’essentiel devenus introuvables, voire non édités en CD. Souhaitons que la magnifique réédition de ce double album Chopin (une première en CD pour les Préludes) par Warner soit le prélude à d’autres rééditions indispensables (excellente notice de Jean-charles Hoffelé sur les raisons d’une discographie erratique)

19 février : L’Empereur Rafael

#RafaelOrozco Pour prolonger mon billet d’hier sur le pianiste Rafael Orozco (1946-1996) – lire Le Chopin de Rafael – cette captation très émouvante d’un concert à Londres, probablement en 1995, un splendide « Empereur » de Beethoven, où Rafael Orozco retrouve Neville Marriner (1924-2016)

20 février : Un premier disque pour l’éternel second

Ce disque a vingt ans et une histoire. J’avais découvert et aussitôt aimé passionnément la bien trop méconnue Symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo grâce à la version impérissable de Thomas Beecham. Je ne l’avais jamais entendue en concert et jusqu’à ma nomination à la direction générale de l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, je n’étais jamais parvenu à la programmer (lire L’éternel second). Dès la saison 2000/2001 je la confiai au jeune chef belge Jean-Pierre Haeck et dans la foulée proposai au label Cypres un disque tout Lalo, avec la Symphonie en sol mineur (1886), contemporaine de la 3ème symphonie de Saint-Saëns et de la symphonie cévenole de D’Indy.

21 février : Claude Carrière et le Duke

Pour rendre hommage à notre cher Claude Carrière disparu samedi (lire La belle carrière de Claude) et à sa passion pour Duke Ellington, cette soirée du 28 juillet 1965 au festival de Tanglewood où le génial pianiste et compositeur de jazz partageait la scène avec Arthur Fiedler et ses Boston Pops

22 février : Céleste duo

Peut-être pas « historiquement informé », mais depuis longtemps un trésor de ma discothèque. Une bonne dose de jubilation, si nécessaire en cette période.La voix plus « céleste » que jamais de Teresa Stich-Randall mariée à celle de Dagmar Hermann sous la direction de Felix Prohaska (1960)

23 février : Les enfants de Jonas K.

Une des grandes soirées du Festival Radio France Occitanie Montpellier, le 27 juillet 2005, l’opéra d’Engelbert Humperdinck, Les enfants du Roi / Die Köningskinder, un ténor de 36 ans qui n’est pas encore la star qu’il est devenu, Jonas Kaufmann, un merveilleux chef qui dirigeait pour la dernière fois à Montpellier, Armin Jordan

24 février : les Cent de Saint-Saëns

#SaintSaens100 #FestivalRF21 Saint-Saëns (1835-1921) va être à l’honneur toute cette année, centenaire de sa mort oblige, et ce n’est que justice. J’ai découvert le plus connu de ses cinq concertos pour piano, le Deuxième, grâce à Artur Rubinstein, et à sa première version stéréo en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein (lire : La découverte de la musique)

25 février : Cheffe d’orchestre

On parle et on entend – heureusement – de plus en plus des cheffes d’orchestre. Dans une collection « super-économique » j’ai retrouvé dans ma discothèque un disque magnifique de l’une de ces cheffes pionnières, la Française Claire Gibault – organisatrice du concours La Maestra, fondatrice du Paris Mozart Orchestra – Claire Gibault – un disque gravé au milieu des années 80, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. Sur ce disque une splendide 5ème symphonie de Beethoven, et surtout l’une des versions les plus vivantes, joyeuses, allantes (aux antipodes des accents wagnériens qu’y mettent beaucoup de chefs) de la symphonie n°8 dite « Inachevée » de Schubert.

26 février : Vivement l’été

Un très beau disque, un peu passé inaperçu à sa sortie en 2011, dont je suis fier. De beaux artistes, Anne-Catherine Gillet, le chef Paul Daniel, mon cher Orchestre Philharmonique Royal de Liège, et un programme original et sans concurrence discographique !Envie, en ces temps de morosité, de fatigue morale, de penser à l’été, avec ce titre si évocateur de Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville : Summer of 1915 est une « rhapsodie lyrique » qui évoque un soir d’été à Knoxville dans le Tennessee sur un texte de James Agee. L’oeuvre a été créée en 1948 par Eleanor Steber et le Boston Symphony Orchestra dirigé par Serge Koussevitzky

27 février : Walter le Tchèque

Un grand chef d’origine tchèque, Walter Susskind (1913-1980), une discographie remarquable mais disparate (lire : Les sans-grade: Walter Susskind) Ici un extrait des Spirituals de Morton Gould, qui doit rappeler des souvenirs aux plus âgés des téléspectateurs français.

28 février : Dvořák l’Américain

Un chef d’orchestre britannique, d’origine tchèque, Walter Susskind (lire Les sans-grade: Walter Susskind), une violoncelliste canadienne d’origine russe, Zara Nelsova (1918-2002), ça donne une splendide version du concerto pour violoncelle de Dvořák :

Concerto pour violoncelle (3ème mouvement)

Zara Nelsova, violoncelle

St. Louis Symphony Orchestra

dir. Walter Susskind. (Vox/Brilliant Classics)

1er mars : Respighi au couchant

Dans la discographie de la grande soprano allemande Irmgard Seefried (1919-1988) une vraie rareté : cette longue mélodie pour soprano et cordes d’Ottorino Respighi, qui date de 1914, intitulée Il Tramonto.