La force de l’homme

Un de mes amis liégeois m’a bloqué hier sur Facebook après que j’eus posté une dernière vidéo de mon voyage au Kenya (La beauté du monde)

IMG_8422(Vue sur le centre de Nairobi)

et qu’il m’eut ainsi apostrophé :

« Non, mais quand même … tu sais que ça flambe en Australie et que Trump fout le feu au Moyen-Orient ? »

– Oui et ?

– Indécence !

– Quelle indécence ?

Celle de s’afficher en permanence là où tout est beau, glorieux, réussi. Comme si la vie ressemblait à cela, une vie sans échec, sans faille, où tout est réussite professionnelle, gastronomique, touristique. Et donc ta vie. Voilà ce qui est indécent. Chacun vit sa vie mais il n’existe pas de vie sans faille. »

S’il ne m’avait pas bloqué, il aurait pu lire la réponse que je lui destinais :

J’ai choisi il y a plusieurs mois de faire ce voyage au Kenya (où, par parenthèse, a eu lieu ce matin un attentat signé Al Qaida à la frontière nord du pays !), j’y ai vu des beautés, fait des rencontres magnifiques. Devrais-je m’abstenir d’en faire état sur mon « mur », pour mes seuls « amis », au prétexte que le monde va mal ? Mais, je le concède, si j’ai des épreuves ou des difficultés dans la vie – et j’en ai comme tout le monde – je m’abstiens de m’épancher ici. Un sens de la pudeur sans doute.

Comme le commentait un autre ami : Ne s’arrêter qu’aux laideurs du monde c’est faire le jeu de ceux qui en veulent la ruine !

IMG_7770(Le petit aéroport Wilson de Nairobi)

Indifférence ?

En réalité, je vois bien ce que cet ami me reproche, et il n’est sûrement pas le seul : ma supposée indifférence au monde et aux autres, à ceux qui ne vont pas bien, qui souffrent.

Parce que je m’abstiens de participer au gigantesque café du commerce que sont devenus les réseaux sociaux, de donner mon avis sur tout et sur tous, de partager ma compassion avec les malheurs qui nous assaillent, de signer des pétitions, de me lamenter publiquement sur les terribles incendies qui ravagent l’Australie, les coups de folie de Trump etc.

Il ne fait pas bon afficher son bonheur, c’est « indécent » – pour reprendre l’expression de X. –

Le bonheur honteux ?

Devrais-je me justifier d’avoir entrepris un voyage qui contrevient doublement à la bienpensance collective ? D’abord c’est l’avion, c’est pas bien l’avion – même si l’empreinte carbone du trafic aérien est bien inférieure, et de loin, à celle de l’élevage intensif des bovins dans le monde -, ensuite c’est cher, c’est pas bien de susciter l’envie, la jalousie de ceux qui ne peuvent pas se le payer !

IMG_7802

L’écologie en action

Non seulement je n’éprouve aucune honte, mais plutôt de la fierté d’avoir approché des populations, des paysages, une faune, une flore, qui sont aussi touchés par le dérèglement climatiqueJe n’ai pas les connaissances scientifiques qui me permettraient de mesurer l’impact des pluies diluviennes qui se sont abattues du début décembre jusqu’à Noël sur la vie animale, sur les éco-systèmes,  Selon les habitants, du jamais vu depuis plus de trente ans. J’ai vu, du petit avion qui me conduisait du nord vers l’ouest du Kenya, des sols gorgés d’eau qui miroitaient sous le soleil, j’ai vu de robustes Land Rover s’embourber dans d’immenses étendues transformées en marécages. J’ai vu des troupeaux d’éléphants, de zèbres, d’impalas, habitués à chercher leur nourriture durant la saison sèche, se régaler d’une verdure abondante et s’abreuver à des mares devenus lacs, à des rus devenus rivières.

J’ai aussi rencontré des hôteliers complètement engagés dans le respect de la nature : pas un ustensile en plastique, de la nourriture provenant des cultures locales, de l’électricité produite par des panneaux solaires, et parcimonieusement distribuée (des coupures plusieurs heures le jour et la nuit).

IMG_7862

C’est dans ces paysages admirables qu’ont été tournées la plupart des scènes du film de Sidney Pollack Out of Africa (1985), inspiré du roman autobiographique de Karen Blixen, La ferme africaine.

71Qv9iML-fL

La force des hommes et des femmes

IMG_8188

Quand j’ai la chance de voyager en terres inconnues, comme l’étaient pour moi la réserve des Samburu puis celle des Maasai, plus qu’aux paysages – somptueux -, aux animaux – impressionnants – je m’intéresse aux hommes et aux femmes que je croise. Le plus souvent avec bonheur, parfois au risque de la déception.

Je me rappelle – ce devait être à l’automne 1997 – une incroyable soirée à Ouarzazate au Maroc. Un magasin de tapis et deux jeunes vendeurs qui commencent par me faire l’article et finalement engagent vite une conversation – en français – qui durera bien au-delà de l’heure de fermeture. Sur la vie, leur destin, mon métier,  la culture, la littérature… Je me demandais à l’époque quels jeunes Français de leur âge eussent été capables d’une telle densité d’échanges.

Du Kenya je garderai le souvenir de Jefko qui nous servait à table, de son sourire énigmatique, de ses attentions délicates, de Chris notre chauffeur si heureux de nous faire rencontrer deux lions, qui s’étaient jusqu’alors cachés à la vue des autres voitures, de nous mener voir des familles d’hippopotames s’ébrouer dans la rivière Mara, gonflée par les pluies récentes, d’énormes crocodiles se partager les restes d’un zèbre…

IMG_8397

La déception est venue d’une non-rencontre, une visite organisée – et cher payée ! – d’un village Maasai. L’impression d’avoir été le jouet d’une mafia qui s’enveloppe dans le manteau bien pratique des traditions ancestrales, pour affirmer sans vergogne l’intangibilité de l’organisation de leurs tribus : les hommes ont tous les droits, notamment celui d’avoir plusieurs épouses, celles-ci ayant tous les devoirs, d’abord la soumission aux mâles, tous les travaux ménagers, l’artisanat, l’éducation des enfants, etc. Moyennant quoi, 75% des enfants des villages Maasai ne vont pas à l’école, ne parlent aucune autre langue que le Maa vernaculaire.

IMG_8393

IMG_8401

Impression de malaise, sentiments partagés entre admiration pour un peuple millénaire et rejet d’un système verrouillé bien peu respectueux du droit des femmes.

IMG_8123

 

 

 

Nouvel an letton

J’ai pu finalement regarder/écouter avec quelques jours de décalage le concert de Nouvel an de Vienne. Un rituel auquel, jadis, je ne me serais dérobé sous aucun prétexte. Je suis moins assidu depuis quelques années, soit parce que je suis loin, en voyage (comme cette année sur le continent africain – La beauté du monde – soit par lassitude.

J’avais, il y a six ans, établi mon Top 10  des Concerts de Nouvel anJe n’ai rien à retoucher à ce classement. Sur ce blog, j’ai souvent évoqué cette tradition et ses chemins de traverse, comme en 2018.

Alors cette édition 2020 ?

Remy Louis – dont je partage le plus souvent les avis – écrivait sur Facebook : Un concert du Nouvel An qui renoue avec le charme, le principe de plaisir, la joie, avec un chef qui sait se lover avec spontanéité dans ce qui fait les Wiener Philharmoniker uniques dans ce répertoire… Voilà qui n’était pas arrivé depuis… longtemps !

81weMn98D3L._SL1500_

Après une première écoute, je suis moins enthousiaste que l’ami Remy Louis sur Andris Nelsonsqui certes ne cache pas son plaisir – manifestement partagé par les Wiener Philharmoniker – de diriger ce répertoire. Dans une toute autre perspective que le très guindé Christian Thielemann l’an dernier, le chef letton semble intimidé, prudent – quelle sagesse dans l’ouverture de Cavalerie légère de Suppé ! – ou, à l’inverse, trop plein d’intentions – la Dynamiden Walzer de Josef Strauss qui n’en finit pas de démarrer sans jamais vraiment décoller -. Les quelques trop rares moments où il sort du bois, et du cocon dans lequel il aime « se lover », pour reprendre l’expression de Remy Louis, donnent une idée de ce qu’Andris Nelsons pourrait donner s’il se débridait, s’il osait s’affirmer, ou tout simplement laisser couler cette musique qui n’est jamais aussi géniale que lorsqu’elle paraît « naturelle ».

Une fois qu’on a redit que Carlos Kleiber, en 1989 et 1992, est insurpassable, que Boskovsky est idiomatique, on réécoute avec un bonheur chaque fois renouvelé les deux concerts que Claudio Abbado dirigeait à Vienne en 1988 et 1991.

Qu’on écoute simplement Le beau Danube pour avoir une idée de ce « naturel », de cet idéal de simplicité et de fluidité, que j’attends, et que j’entends dans cette musique.

Pour ceux qui voudraient sortir des habituelles compilations ou concerts de Nouvel an, ces quelques galettes que je conserve précieusement, et auxquelles je reviens souvent lorsque je veux entendre la musique des Strauss, délivrée de l’empois d’une fausse tradition.

Jascha Horenstein file droit et joyeux avec ses Viennois

41K1I5RlAqL

51UUtCFcGcL

Josef Krips illustre à la perfection l’idéal de l’esprit viennois, dans un CD qui paraît ces jours-ci dans la collection Eloquence

71tTFFrfo3L._SL1200_

Au début des années 60, l’immense Carl Schuricht grave, toujours à Vienne, quelques valses et polkas qui sont des modèles de style et de goût.

913rWiw2gdL._SL1500_Des enregistrements qui ne sont plus disponibles que dans le coffret – indispensable – publié par Scribendum

91BHuYkHlvL._SL1500_

Même évidente simplicité dans les précieuses gravures du chef suédois, d’origine hongroise, Carl von Garagulyavec la somptueuse Staatskapelle de Dresde.

61KR7u9ulQL

Je pourrais citer encore Rudolf Kempe ou  Manfred Honeck (ce dernier étant devenu un brillant chef d’orchestre après avoir joué, comme son frère, au sein du philharmonique de Vienne)…

61JAbv3LkXL

51gGDZeYuEL

 

 

Journal du Portugal (IV) : de soleil et d’eau

Pas de vacances au Portugal sans le soleil, les plages, les fontaines, l’Atlantique, le Tage (à Lisbonne), le Douro (à Porto). Clichés attendus, souvenirs d’un pays qu’on aimera revoir, continuer à découvrir.

IMG_4720Lisbonne, Rossio

IMG_4928

IMG_4945Porto, le Douro par temps gris

IMG_5023Ponte de Limaprésentée comme « la plus vieille ville » du Portugal

IMG_5036

IMG_5499Rêveries d’un promeneur solitaire…

IMG_5161Évora, Fonte de Porta de Moura, une fontaine érigée en 1556 tout en marbre blanc

IMG_5255Dans le jardin d’une maison d’hôtes, un bassin multicolore

IMG_5251

IMG_5549Plage polluée aux hydrocarbures à Sinescité natale de Vasco de Gama

IMG_5553

IMG_5544

Faro et sa ligne de chemin de fer en bord de mer

IMG_5312

IMG_5313

La côte atlantique entre Aljezur et Vila Nova de Milfontes

IMG_5338

IMG_5350

IMG_5351

IMG_5353

IMG_5357

IMG_5418

IMG_5439

IMG_5530

IMG_5373

IMG_5364

Les superbes plages de la Costa da Caparica

IMG_5628

Et les inévitables couchers de soleil sur le Tage et Lisbonne…

IMG_5649

IMG_5577

IMG_5597

IMG_5614Le pont du 25 avril qui a des airs de Golden Gate Bridge est inauguré le 6 août 1966, et a été rebaptisé ainsi en référence à la Révolution des oeilletsle 25 avril 1974, qui a mis fin à soixante ans de dictature salazariste.

Et puisque je dînais hier soir dans un restaurant étoilé qui donne sur le Jardin Amália Rodrigues au nord de Lisbonne…

IMG_5652

IMG_5653

hommage en musique à la grande prêtresse du fado

D comme Danube

Y a-t-il fleuve plus admirable que le Danube ? Au fil des ans, j’ai fini par le parcourir de sa source (Donaueschingen une aimable cité de Forêt Noire bien connue des amateurs de musique contemporaine) à son embouchure, l’immense zone préservée du Delta du Danube.

Je connais le Danube en Allemagne bien sûr, à Vienne évidemment, à Budapest – majestueux – et je l’ai traversé récemment pour passer en Bulgarie (voir De Syldavie en Bordurie)

Je ne vais pas me lancer (pas maintenant en tout cas !) dans un recensement des musiques liées au Danube, elles sont innombrables et aussi diverses que les paysages que traverse le deuxième plus long fleuve d’Europe.

Juste trois raretés pour le plaisir, deux valses et un poème symphonique. De Julius Fucik, la valse des légendes du Danube (Donausagen).

610JJq6cgIL._SL1050_

De Leoš Janáček un poème symphonique tardif (1925) intitulé… Danube

61GjXuSqooL

Et il faut bien un compositeur roumain – Iosif Ivanovici – pour évoquer Les Flots du Danube.

Un mot sur le chef de cette version toute en légèreté et pulsation, Henry Kripsqui est bien le frère de l’autre, Josefmais qui a eu un tout autre destin puisque l’essentiel de sa carrière s’est faite en Australie ! C’est par Henry Krips et son Philharmonia Promenade orchestra – un orchestre de studio voué à la musique dite légère – que j’ai découvert Suppé, Waldteufel, etc.

51NZOBfLy9L

On trouve malheureusement très peu de rééditions en CD de ce chef, et il faut se méfier de celles qui sont proposées en téléchargement (notamment le très médiocre label Mastercorp).

Revenons au delta du Danube où j’ai passé toute la journée de ce dimanche, entre petit bateau à moteur, voiture à cheval, balade en forêt et sur des chemins sablonneux.

J’avais un souvenir assez étonnant de mon premier voyage en 1973 (lire le récit détaillé ici : Les grenouilles du delta). Lorsque je suis revenu en 2003 je n’ai pas refait l’excursion. C’était donc, quarante-quatre ans après, un retour aux sources, mais cette fois en grand et en large, presque onze heures passées dans le delta, à observer des centaines d’oiseaux – les pélicans qu’on avait vus si nombreux il y a quatorze ans se faisaient discrets -, à essayer d’apercevoir les chevaux sauvages de Letea, que la chaleur et l’afflux de touristes ont semble-t-il dissuadés de se montrer…

Toutes les photos de cette journée extraordinaire à voir ici : Le delta du Danube

 

Retour à Bucarest

La première fois c’était l’été 1973, six mois après la mort de mon père. J’avais 17 ans, j’avais imaginé faire le périple en train – l’Orient-Express version routard –  un cousin plus âgé se proposa de le faire en voiture.

J’allais rencontrer Florin N. – mon « correspondant » depuis le lycée – à Blaj près d’Alba Iulia, puis Anca A. à Bucarest, les deux visages qui resteraient pour moi ceux de la Roumanie. Si j’ai perdu la seconde de vue, je suis encore ami, quarante-quatre ans après, avec le premier, installé depuis un quart de siècle comme chercheur et médecin réputé dans le Maryland

La moitié de Bucarest n’avait pas encore été rasée pour faire place à la monstrueuse folie architecturale décidée par le défunt génie des Carpathes, Nicolae Ceaușescu.  Les parents d’Anca A. habitaient une jolie maison dans ce quartier résidentiel, nous avions visité le centre historique de la capitale roumaine. J’ai encore ces photos prises avec un Instamatic Kodak 50. Ce matin j’ai revu quelques-uns de ces lieux chers… que j’avais manqués lors de mes voyages ultérieurs, en 1990 et en 2003.

IMG_0164IMG_0168Un célèbre restaurant, ancien caravansérail.

IMG_0187IMG_0204L’église et le monastère Stavropoleos.

D’autres images à découvrir dans Le monde en images.

En février 1990, deuxième voyage à Bucarest, cette fois dans un contexte très éloigné du tourisme. Deux mois à peine après la révolution de décembre, qui a chassé Ceausescu et sa femme, je suis revenu avec un collègue maire-adjoint de Thonon-les-Bains pour prendre la mesure des besoins de la population de la commune « jumelée » de Baia de Aries, que Ceausescu avait le dessein de raser comme des centaines d’autres. Le seul hôtel en fonctionnement à l’époque est l’Intercontinental. 

27 ans plus tard, j’y suis revenu. Et les souvenirs ont afflué. Il n’y a plus de restaurant réservé aux étrangers à l’avant-dernier étage, plus de bar fréquenté par des « hôtesses » aux formes généreuses qui insistaient pour raccompagner les dîneurs à leur chambre… Et en ce dimanche d’août, il fait nettement plus chaud qu’au coeur de l’hiver 1990.

20597199_10154927090362602_955350780919132603_nIMG_0136IMG_0138Vue imprenable sur le Palais du Parlement.

IMG_0289À côté de l’hôtel, une stèle aux « héros » de la révolution de décembre 1989.

 

 

La vie devant soi

Ce week-end j’avais charge d’âme, un petit bonhomme qui dévore la vie avec une bonne humeur rafraîchissante.

img_7019(Un joli spectacle bien mené au Théâtre des Mathurins)

Justement la fraîcheur est d’actualité, selon Ségolène Royal Macron amène de l’air à la politique.

5047150_6_5f7a_segolene-royal-le-25-novembre-2015-a-paris_db26d8ff2f23c31e717555c0c74477b4

On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron ait manqué de souffle pour son premier grand meeting de campagne à Paris…

J’ai entendu quelques-uns des propos de Jean-Muc Mélenchon sur France Inter. Son éloge des « révolutions démocratiques d’Amérique du Sud » ne passe pas, vraiment pas…

Quant à l’entrée en campagne pour la primaire de la gauche d’un ancien ministre socialiste – un de plus ! -, au retrait d’une autre ancienne ministre, à la candidature d’une ex-ministre, ex-présidente, ex-amie de Ben Aliils n’ont pas franchement bouleversé mon dimanche.

En revanche, bien faible écho dans les médias français, ceux que j’ai vus en tout cas, de l’attaque terroriste sauvage dans une église du Caire

1029119055

On a plus parlé d’Istanbul et de l’attentat qui visait les forces de l’ordre aux abords du stade de Besiktas. La hiérarchie de l’actualité est-elle fonction du nombre de morts ?

Evidemment souvenirs de ce récent séjour : la route qui descendait de Beyoglu pour nous conduire de l’autre côté du pont de Galata longeait ce stade aux proportions impressionnantes… (voir Les rues d’Istanbul,  Le choix de la liberté).

Quant à la Syrie, que dire qui n’ait déjà été dit face à l’horreur absolue de l’agonie d’Alep et que penser du sinistre retournement de situation à Palmyre ?

5047161_6_b5a9_site-archeologique-de-palmyre_8f71f1e344b1e088c88e684b99312c09

Il faut parfois beaucoup de rires d’enfants, de regards émerveillés devant une vitrine de Noël, un sapin illuminé, pour faire semblant d’oublier la fureur du monde…

La mort d’un dictateur

Fidel Castro est mort la nuit dernière. J’étais à Cuba l’été dernier lorsqu’il a « fêté » ses 90 ans, le 13 août, quelques jours après la Fête Nationale du 26 juillet.

img_5243

img_4204Un « mural » dans La Havane célébrant la Révolution et les deux frères Castro. Ci-dessous le musée de la Révolution.img_4279Je n’ai pas grand chose à rajouter aux trois articles que j’avais écrits : La Révolution décrépiteAventures et mésaventuresLa découverte de La Havane

« Il a trahi l’espoir de millions de Cubains. Pourquoi les révolutions tournent-elles toujours mal ? Et pourquoi leurs héros se transforment-ils systématiquement en tyrans pires que les dictateurs qu’ils ont combattus ? »(Juan Reinaldo Sanchez, La vie cachée de Fidel Castro).

J’ai vu ces jours derniers beau film de Walter Salles  Diarios de Motocicleta/Carnets de voyage qui s’inspire des carnets d’Ernesto (Che) Guevaral’inséparable compagnon de lutte de Castro, assassiné par la CIA en 1967. A voir absolument :

 

Constantinople

Il doit bien y avoir une bonne vingtaine d’années que je ne suis pas retourné à IstanbulJ’ai choisi ce « pont » de la Toussaint pour me replonger dans cette ville-monde fascinante et turbulente.

Je profiterai du voyage pour terminer ce bouquin

51tjupxq8nl

En 1892, le Pera Palace à Istanbul fut le premier hôtel de luxe destiné aux voyageurs occidentaux montés à bord du mythique Orient-Express. Agatha Christie, John Dos Passos, Ernest Hemingway, Léon Trotski et Joseph Goebbels foulèrent ses sols rutilant de marbre. En plein quartier des ambassades, son hall grouillait de tant d’espions qu’un écriteau leur enjoignait de laisser les places assises aux véritables clients de l’hôtel… Lequel survécut même à l’explosion d’une bombe placée par les services secrets bulgares dans les bagages d’un diplomate britannique. C’est là, entre Orient et Occident que s’écrivit l’Histoire. A la population déjà cosmopolite de la vieille Constantinople, mêlée de Grecs, d’Arméniens, d’Arabes et de Juifs, s’ajouta avec la montée des périls l’afflux de réfugiés venus de tous les coins de l’Europe. Et, tandis que les Russes blancs ouvraient dancings et clubs de jazz où l’alcool coulait à flots, l’Empire ottoman cédait la place à la jeune République turque de Mustafa Kemal. Des temps sombres s’annonçaient… Un livre foisonnant, d’une grande force narrative, qui dépeint tout un pan de l’histoire du monde à partir de la destinée d’un grand hôtel (Présentation de l’éditeur)

Et sans doute réécouter l’ami Fazil Say et son intégrale des sonates de Mozart, qui depuis sa parution a glané toutes les récompenses possibles (lire Alla turca).

71qshezceel-_sl1425_

Récit et photos à suivre…

Retour à Lisbonne

Un lecteur de mon blog – qui se reconnaîtra – partageant mon amour de Lisbonne (voir Lisboa meu amorm’a fait l’autre jour un cadeau qui me touche doublement. Un livre et un auteur Antonio Muñoz Molina, dont je connaissais le nom mais qui avait échappé jusqu’à maintenant à mes lectures. Ce sont les mystères des dilections et des affinités : alors que j’ai du sang latin, que j’aime les pays et les gens de soleil, mes préférences littéraires m’ont toujours porté vers le Nord et l’Est. Ignorance avouée est-elle à demi pardonnée ?

716ej1d388l

Profitant de mes allers-retours entre Paris et Montpellier, je me suis plongé avec délectation dans ce livre étonnant. Style fluide, factuel. Et les mystères de Lisbonne si vivants, si chaleureux. Pour moi une découverte.

Le 4 avril 1968, James Earl Ray assassine Martin Luther King à Memphis et prend la fuite. Entre le 8 et le 17 mai de la même année, il se cache à Lisbonne où il tente d’obtenir un visa pour l’Angola. En octobre 2013, sur les traces de James Earl Ray dans la capitale portugaise, Antonio Munoz Molina se remémore son premier voyage dans cette ville, en 1987, quand, mari et père immature, fuyant un travail médiocre, il essayait d’écrire son deuxième roman, une histoire d’amour sur fond de jazz et de roman noir, L’Hiver à Lisbonne. La fascinante reconstruction du séjour de l’assassin croise alors le passé de l’auteur, et les deux récits alternent. L’un, autobiographique, relate, à la première personne et sur un mode très intime, l’apprentissage de la vie et des mécanismes du roman ; l’autre, à la manière d’un thriller, témoigne de ce qu’est l’accomplissement de la fiction, quand, fondée sur le réel, elle va au-delà des faits pour entrer dans la conscience des protagonistes. Maître de sa création littéraire, Antonio Munoz Molina imagine les peurs de l’assassin exhibant ses faux passeports, assiste à ses déambulations nocturnes dans les bars et les hôtels de passe, le suit pas à pas avant de revenir à Memphis pour tenter de savoir pourquoi il appuie le canon de son fusil sur la fenêtre des toilettes d’une pension misérable et exécute Martin Luther King au balcon du Lorraine Motel. En prestidigitateur, le grand écrivain espagnol fait entrer le lecteur dans le mystère de l’univers mental du tueur, où se mêlent racisme, misère, admiration pour les livres de science-fiction, et la certitude que l’on peut impunément tuer un Noir militant des droits civiques. Comme l’ombre qui s’en va est un livre important, hypnotique, qui prend le risque de mêler deux genres littéraires et, en dernière instance, expose la théorie du roman de l’auteur (Présentation de l’éditeur).

Il ne me reste plus qu’à lire L’Hiver à Lisbonne, et peut-être quelques autres ouvrages de ce bel écrivain mélomane et musicien des mots.

71fgbudfkwl

 

La découverte de La Havane

(La cathédrale de La Havane un dimanche matin)Place de la Cathédrale

Sur les docks dans le port de La HavanePlace Saint François d’Assise

Intérieur

Port pollué

« Mural » à la gloire de la Révolution et des frères Castro

Le Capitole de La Havane en rénovation  (par une entreprise allemande !)L’opéra (Gran Teatro Alicia Alonso) de La Havane et le grand hôtel d’AngleterreLe Musée de la RévolutionL’hötel Raquel, un des édifices restaurés du centre de La HavanePlaza Vieja (La place vieille) de La Havane

Cuba, la destination n’est pas anodine. On s’est dit qu’avec la « régularisation » des relations avec les États Unis, une certaine authenticité allait disparaître avec le développement d’un tourisme de masse. Voire.

Premier constat à l’arrivée à l’aéroport : la bureaucratie typique des anciens pays de l’Est européen règne en maître, tempérée a l’évidence par l’indolence du climat local. C’est en revanche une  tout autre affaire lorsqu’il s’agit de récupérer une voiture de location réservée depuis plusieurs semaines par un site européen spécialisé ! Une histoire à épisodes qui nous a pourri toute une demi-journée.

Deuxième constat : le vieux quartier de La Havane (Habana Vieja) est magnifique et la restauration entreprise depuis le début des années 2000 via un fonds alimenté par les rentrées touristiques redonne son lustre a des monuments, rues, édifices historiques de première importance. Les découvrir un dimanche matin du mois d’août est un bonheur sans pareil.

Mais on n’est pas tout à fait sûr que la population adhère sans réserve aux slogans muraux vantant le régime et célébrant les 90 ans de Fidel Castro ! Pauvreté et pénurie sont le quotidien de bien des Havanais…