La jeunesse expose : La Roche Guyon, L’Isle Adam

J’ai profité de ce week-end de Pentecôte pour visiter un lieu remarquable et deux très intéressantes expositions.

Monuments Men à La Roche Guyon

La Roche Guyon est la commune la plus à l’ouest du département du Val d’Oise. On la traverse, longeant la Seine, pour atteindre Giverny, qui se trouve être la commune la plus orientale de l’Eure. Je m’y trouvais le 1er mai (lire Jeux de vagues à Giverny) pour une étape gastronomique et l’exposition L’Impressionnisme et la Mer, que je continue de recommander chaudement.

Mais en soi La Roche Guyon mérite qu’on prenne le temps de s’y promener et de visiter l’impressionnant château qui a été édifié au fil des siècles au pied de la forteresse première qui domine les méandres de la Seine. D’autant que s’y déroule une exposition qui vaut le détour : Monuments Men au château de La Roche Guyon.

Dans l’une des salles du château où sont accrochées trois superbes tapisseries des Gobelins, nous avons été abordés par un tout jeune homme qui s’est présenté comme le commissaire de l’exposition – Mattéo Grouard, 23 ans ! – et surtout comme le collectionneur, depuis son plus jeune âge, de la quasi-totalité des objets exposés. Sa passion pour la Seconde Guerre mondiale n’est donc pas récente.

George Clooney avait réalisé un film en 2014 pour relater l’aventure assez exceptionnelle de ces Monuments Men, ces militaires américains qui entreprirent de sauver le maximum d’oeuvres d’art (lire La véritable histoire des Monuments Men)

Le film m’avait échappé à sa sortie. Pas sûr qu’avec l’accueil critique désastreux qu’il avait reçu, j’aie très envie de le voir.

Quant aux lecteurs amateurs de Blake et Mortimer – dont je suis ! – ils savent que le sixième album Le Piège diabolique prend place dans l’enceinte du château de La Roche Guyon.

Il faut évidemment visiter les caves, les casemates où Rommel a installé son quartier général début 1944, et gravir le donjon en partie troglodytique.

Cappiello à L’Isle Adam

L’exposition présentée actuellement au musée Louis-Senlecq de L’Isle Adam a fait l’objet d’un long et beau papier dans Le Monde du 2 mai dernier : Leonetto Cappiello, caricaturiste mondain de la Belle Epoque, exposé à L’Isle-Adam. On ne se bousculait pas ce dimanche après-midi dans ce bel immeuble du centre de la cité valdoisienne – on ne s’y bouscule jamais d’ailleurs, en dépit de l’intérêt des expositions qui y sont présentées !

Pourtant le trait de crayon, l’art du portrait, dont fait preuve l’à peine trentenaire originaire de Livourne, sont reconnaissables entre tous.

En 1898, Puccini est au sommet de sa gloire après la première parisienne de La Bohème, le 13 juin, à l’Opéra-Comique. Quelques jours après leur rencontre fortuite sur les Grands Boulevards, Leonetto Cappiello lui propose de faire son portrait. Le jeune artiste choisit de le représenter au piano dans une pose plutôt amusante. Cappiello réalise au même moment une caricature du comédien italien Ermete Novelli et propose ses deux dessins au journal satirique Le Rire qui les publie dans son numéro du 2 juillet 1898. Le succès est immédiat: très vite, le nom de ce caricaturiste encore inconnu du grand public est sur toutes les lèvres.

Bref aperçu d’un spectacle que j’avais beaucoup aimé : Une Bohème de rêve.

La grande comédienne Cécile Sorel au théâtre de l’Odéon en 1899

La cantatrice Lucienne Bréval qui incarne Brünnhilde, Eva, Venus, entre autres grands rôles de soprano dramatique à l’Opéra de Paris.

Paul Fugère et Lucien Noël dans Les Saltimbanques de Louis Ganne (1899)

La grande Yvette Guilbert ne pouvait évidemment pas être absente de cette galerie de portraits…

Le compositeur Gustave Charpentier est, lui aussi, en bonne place.

Je ne résiste évidemment pas au plaisir de réécouter la merveilleuse Anna Moffo dans l’air le plus érotique de l’opéra français Depuis le jour :

L’effet de printemps : Ravel, Fauré, Marriner, Haydn etc.

Quand le blogueur ne se sent pas de traiter un sujet en particulier, il fait un panier fourre-tout de ce qui l’a touché, de ce qu’il va lire, écouter, de préférence sous un titre en forme de mauvais jeu de mots (cf. Faits d’hiver).

Eliminons d’emblée une actualité qui produit toujours les mêmes effets de meute (lire La dictature de l’émotion) : j’ai rencontré quelques fois dans ma vie professionnelle Frédéric Mitterrand, il m’est arrivé de le lire, de le regarder à la télévision, j’ai aimé son film sur Madame Butterfly, mais comme tout été dit, et maintenant le contraire de tout, à son sujet, je ne me suis pas cru obligé de proclamer mon hommage sur les réseaux sociaux, où l’odieux le dispute à l’excès dans l’admiration comme dans la détestation.

Encore un effort pour M. Haydn

Mercredi soir, j’assistais à un concert de l’Orchestre de chambre de Paris, dont j’ai rendu compte sur Bachtrack (voir Le génie de Haydn).

J’y ai entendu une 80e symphonie de Haydn de toute beauté, un orchestre dans une forme olympique et me suis une fois de plus interrogé sur les raisons de l’absence du plus grand symphoniste de l’histoire des programmes de concert. La dernière fois que j’avais entendu du Haydn en concert, c’était au Louvre, avec et grâce à Julien Chauvin et son Concert de la Loge, lui aussi en forme olympique !

Comme si Haydn était trop difficile, trop exigeant, pour les orchestres comme pour les chefs…

Après avoir donné les Variations Rococo de Tchaikovski, Nicolas Altstaedt a eu l’excellente idée de donner en bis – il aurait dû l’annoncer au public ! – ce faux concerto pour violoncelle qu’est l’adagio cantabile de la 13e symphonie de Haydn.

Vivement que le nouveau chef de l’Orchestre de chambre de Paris nous donne, à tout le moins, les Symphonies parisiennes : il a l’orchestre idéal pour cela !

Le Boléro d’Anne Fontaine

J’ai profité de la relative grisaille de dimanche dernier pour aller enfin voir « le » film du moment, le Boléro d’Anne Fontaine.

En dehors du papier ‘d’Ivan Alexandre dans le dernier Diapason, je n’avais lu aucune critique du film. J’en suis ressorti ni emballé ni déçu (et pourtant je ne suis pas normand !). Dans ce genre de film sur, autour de la musique, il y a presque systématiquement des erreurs que le musicien ou le mélomane averti repère immédiatement. Rien de tel ici, et c’est un point très positif : quand Ravel/Raphaël Personnaz pose ses mains sur un clavier, même si on sait qu’il est doublé, il fait illusion. Quand le même dirige un orchestre, il ne paraît pas emprunté dans sa gestique. Quant à l’incarnation des différents rôles, Raphaël Personnaz est presque à contre-emploi, dans la froideur, la timidité figées que la réalisatrice lui a demandé de composer, Dora Tillier fait une Misia Sert plutôt conforme à l’image qu’on a d’elle, Jeanne Balibar n’a aucun mal à caricaturer une Ida Rubinstein sur le retour – exigeante commanditaire d’un Boléro que Ravel a bien du mal à accoucher. Quant à Emmanuelle Devos, elle fait oublier l’ingratitude des traits de Marguerite Long !

Le film d’Anne Fontaine vaut aussi beaucoup par le fait qu’il a été en grande partie tourné dans la maison de Ravel à Montfort-l’Amaury, maison toujours difficile d’accès, puisque son exiguïté ne permet pas de l’ouvrir à la visite, sauf sur réservation à l’avance, et par tout petits groupes !

Centenaires

En dressant la liste, en début d’année, des anniversaires que 2024 allait permettre de célébrer, j’avais évoqué Gabriel Fauré, mort le 4 novembre 1924, mais oublié le chef anglais Neville Marriner, né lui il y a cent ans, le 15 avril 1924.

Je viens de recevoir deux coffrets, commandés il y a plusieurs semaines. Je vais mettre à profit quelques jours de vacances pour les découvrir (Fauré) ou les redécouvrir (Marriner).

C’est Lucas Debargue qui a voulu, conçu cette intégrale du piano de Fauré, et qui a lui-même rédigé le texte de présentation. Le peu que j’ai entendu me rend impatient d’écouter la suite.

Même en anglais, Lucas Debargue est tout à fait convaincant !

Dans le cas de Neville Marriner, on a affaire à un recordman du disque pour plusieurs grands labels (Philips, Argo/Decca, EMI). Ce coffret rassemble 80 CD (!) réalisés pour la plupart à partir des années 80 pour EMI. On y reviendra bien sûr pour détailler toutes les pépites de ce coffret, et du même coup restituer au chef anglais sa vraie place dans l’histoire de l’interprétation au XXe siècle.

Parmi les surprises de ce coffret, un disque dédié à Manuel de FallaLe Tricorne et les Nuits dans les jardins d’Espagne avec Tzimon Barto au piano !), qu’on trouvera peut-être trop élégant, pas assez rugueux !

Chicago à l’heure de la sieste

Impossible de manquer le seul concert parisien de l’orchestre symphonique de Chicago et de son actuel chef Riccardo Muti dans le cadre d’une tournée européenne considérable (pas moins de 23 concerts !).

C’était hier soir dans une Philharmonie de Paris comble.

Le programme lui-même comme une signature du chef : pas de soliste, la création française de la dernière pièce d’orchestre de Philip Glass, la symphonie « italienne » de Mendelssohn, et un poème symphonique de jeunesse de Richard Strauss, que j’avais découvert grâce au disque… de Riccardo Muti dirigeant le philharmonique de Berlin, Aus Italien.

Je ne vais pas tourner autour du pot: j’ai été déçu mais pas surpris.

Dans un article écrit pour Forumopera (Le requiem bavarois de Muti), je relevais déjà le contraste saisissant entre le fringant quadragénaire qui livrait en 1981 une fabuleuse version du Requiem de Verdi et le chef devenu octogénaire qui plombait la Missa Solemnis de Beethoven qu’il avait dirigée durant l’été 2021 à Salzbourg.

Sur mon blog (La quarantaine rugissante et Ces vieux qui rajeunissent et inversement), je notais, à propos du concert de Nouvel an 2021 à Vienne (toutes les craintes sont permises quand on sait que Riccardo Muti dirigera à nouveau celui du 1er janvier 2025, année du bicentenaire de Johann Strauss !) : « En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses dJohann Strauss. » (2 janvier 2021)

Alors bien entendu, hier soir, on admirait d’abord l’une des plus belles phalanges du monde, le Chicago Symphony Orchestra (l’autre CSO américain !), que je n’avais entendu qu’une fois en concert à domicile. C’était à l’automne 2006 comme je l’ai raconté dans mon hommage au légendaire cor solo de l’orchestre, Dale Clevenger disparu il y deux ans (Le cor merveilleux de Dale C.).

On admirait aussi l’élégance, la prestance et la précision du chef napolitain, qui, à 83 ans, semble épargné par les douleurs du grand âge.

Mais après une bien fade création française de la dernière oeuvre symphonique de Philip Glass, qui permettait au moins d’entendre la perfection et la chaleur des cordes de Chicago, on eut droit à une Symphonie « italienne » de Mendelssohn, magnifiquement confectionnée – un travail de haute précision dans chaque pupitre – mais privée de tout élan romantique, de cette « italianita » jadis si réjouissante sous la houlette impérieuse du chef. Comme dans cette captation réalisée à Salzbourg, Muti avait alors 36 ans !

Quant à la suite symphonique en quatre tableaux, Aus Italien, on n’a guère de comparaison possible qu’avec le propre disque de Muti avec Berlin en 1988.

Il semblerait que Richard Strauss, croyant citer des chansons populaires napolitaines dans le dernier volet, ait eu maille à partir avec le véritable auteur de la chanson Funiculi, Funicula, composée en 1880 par Luigi Denza, qui ne manqua pas de réclamer des droits d’auteur à son illustre confrère !

De nouveau, dans cette oeuvre, souvent à court d’inspiration et d’originalité, mais formidablement écrite pour le grand orchestre, les pupitres du Chicago Symphony furent, hier soir, en tous points conformes à leur légende. Mais l’Italie décrite par Strauss, semblait faire la sieste, bien loin des atmosphères festives et populaires qu’Aus Italien est censée évoquer.

Muti et ses musiciens de Chicago offrirent un « bis » de rêve avec l’intermezzo de Manon Lescaut de Puccini. C’était ce qui s’appelle jouer sur du velours.

Bref extrait de Aus Italien :

Les anniversaires 2024 (IV) : Spontini

Avant-dernier épisode de cette mini-série de début d’année, même si je n’ai pas épuisé le réservoir des naissances de compositeurs. Quant aux morts, je trouve toujours absurdes ces commémorations de la disparition de Fauré, Puccini, Milhaud, pour ne citer que ceux qui cochent la case 2024 !

Aujourd’hui un compositeur qu’on aurait peut-être oublié si Maria Callas d’abord, Riccardo Muti ensuite ne l’avaient servi avec autant de talent : Gaspare Spontini, né il y a 250 ans le 14 novembre 1774 à Ancone, mort le 24 janvier 1851 dans la même ville.

Wilhelm Titel : Portrait de Spontini et sa femme (Pommersches Landesmuseum)

Le fait qu’il y ait une très chic rue Spontini, dans le 16e arrondissement de Paris, atteste que notre Italien non seulement vécut dans la capitale française – de 1803 à 1820 -, mais qu’il y trouva amour (il épouse en 1811 Marie-Catherine Erard, la fille du célèbre facteur de pianos) et honneurs (il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1818 après avoir composé une cantate à la gloire de Napoléon et servi comme « compositeur particulier de la chambre » de l’impératrice Joséphine).

Son oeuvre la plus célèbre, la seule qui soit encore jouée régulièrement – elle est à l’affiche de l’Opéra de Paris en juin prochain – est son opéra La Vestale, créé le 15 décembre 1807 sur un livret d’Etienne de Jouy.

Et puisqu’on est dans les anniversaires, c’est le 7 décembre 1954, il y a 70 ans donc, que La Vestale ouvrit la saison de la Scala de Milan avec Maria Callas dans le rôle-titre et dans la mise en scène de Luchino

Il faut préciser ici que l’opéra créé en français a bénéficié de la part de Spontini de deux autres versions, en allemand d’abord pour sa création à Vienne en 1810, puis en italien pour la première à Naples en 1811. C’est cette dernière version que Maria Callas chante en 1954.

En cherchant des documents sur cette Vestale scaligère, je suis tombé sur cet entretien croisé avec Maria Callas et Visconti, que je ne résiste pas au plaisir de placer ici.

La version moderne est évidemment celle de Riccardo Muti, captée à La Scala, mais en français !

On doit à Riccardo Muti une autre merveille, l’ouvrage plus tardif en allemand de Spontini, Agnes von Hohenstaufen. En 1970 avec un. casting de rêve :

Mention ici d’un de mes disques de chevet : l’inoubliable Anita Cerquetti y chante un air, traduit en italien de cette Agnes.

Quand Rachmaninov rime avec Trifonov (la suite)

Il y a cinq ans déjà, je consacrais tout un billet à l’intégrale des concertos de Rachmaninov que venaient de publier le pianiste russe Daniil Trifonov, le chef québécois Yannick Nezet-Seguin et le plus « rachmaninovien » des orchestres, celui de Philadelphie.

Ce 30 octobre, je retrouvais les mêmes en concert à la Philharmonie de Paris, et comme l’a écrit Alain Lompech pour Bachtrack, Philadelphie et Trifonov ont fait chavirer la Philharmonie. Après l’avoir entendu à New York dans le concerto de Schumann, j’étais évidemment impatient d’entendre Daniil Trifonov dans ce kaléidoscope que forment les 24 variations sur le 24ème caprice de Paganini – la Rhapsodie sur un thème de Paganini – de Rachmaninov.

Une chose est d’avoir entendu cette équipe dans un disque magnifique, une autre est de les entendre « en vrai ». D’être submergé par la somptuosité d’un orchestre unique au monde – le Philadelphia Sound si amoureusement construit par Eugene Ormandy au long de presque un demi-siècle de règne, si jalousement conservé, entretenu par des générations de musiciens exceptionnels et des chefs comme Riccardo Muti, Wolfgang Sawallisch et, depuis quinze ans, Yannick Nézet-Seguin, ce Philadelphia Sound n’est décidément pas une légende.

Le chef québécois qui ne m’a pas toujours séduit en concert (ni dans certains de ses disques d’ailleurs) m’a ici subjugué par sa vision de la Première symphonie de Rachmaninov, l’injustement mal-aimée. Je vais écouter plus attentivement l’intégrale des symphonies qu’il vient de publier chez Deutsche Grammophon.

Les morts de Diapason

Dans la liturgie catholique, on célèbre le 1er novembre tous les saints de l’Eglise, c’est une fête de joie. Mais depuis belle lurette on confond la Toussaint et le 2 novembre le jour des morts. Ce que fait Diapason aujourd’hui en consacrant un article passionnant aux sépultures des grands musiciens : Où voir les tombes des grands compositeurs ?

Au hasard de mes voyages, j’ai pu m’arrêter sur les tombes de certains d’entre eux, le plus souvent sans l’avoir cherché.

Claudio Monteverdi est inhumé à Venise dans l’immense nef de Santa Maria Gloriosa dei Frari

C’est à Venise, dans le cimetière de l’île San Michele, que sont également enterrés Igor et Vera Stravinsky (lire Sonate d’automne), tout près du fondateur des Ballets Russes, Serge Diaghilev

Bien sûr c’est dans le choeur de l’église Saint-Thomas de Leipzig dont il fut le Cantor que repose Jean-Sébastien Bach

Durant l’été 2022, j’avais visité les lieux chers à Puccini, à Lucques et à Torre del Lago.

Mort des suites d’une opération d’un cancer de la gorge à Bruxelles, le corps de Puccini avait d’abord été rapatrié à Milan avant d’être finalement inhumé dans la petite chapelle de sa maison de Torre del Lago.

Coup de chapeau à Domingo Hindoyan pour ce très beau disque de préludes et d’intermezzos d’opéras de Puccini en particulier :

L’été 23 (VIII) : premiers Verdi avec Renata Scotto

J’apprends la disparition de la cantatrice italienne Renata Scotto (1934-2023). Les hommages vont fleurir et c’est bien ainsi. Même si je me rappelle avoir jadis lu ici et là des commentaires pas toujours agréables sur la personnalité de la disparue.

Pour l’adolescent que j’étais et qui se constituait peu à peu une discothèque à petit prix, Renata Scotto ce fut ma première Traviata et, quelques années plus tard, ma première Abigail dans Nabucco de Verdi.

Je me fichais bien que les critiques des magazines spécialisés que je commençais à lire à l »époque ne trouvent pas cette version assez ceci ou cela, trouvant la direction d’Antonino Votto « routinière ». Ma première Traviata fut et reste pour toujours Renata Scotto. Quand en 1980 Riccardo Muti la sollicitera à nouveau dans sa pleine maturité, je craquerai encore…

C’est encore avec Riccardo Muti au disque que je vais découvrir l’intégralité de l’opéra Nabucco. Je ne trouverai jamais version plus convaincante que celle-ci, et une fois encore Abigail sera pour moi la voix de Renata Scotto.

Je vais passer en revue ma discothèque, du côté de Puccini en particulier. Et d’autres trésors sûrement.

Merci Madame ! Vous resterez la Traviata de mon coeur.

Une Bohème de rêve

Il y a à peine deux mois, on avait peu apprécié, pour ne pas dire plus – mais le critique doit parfois retenir son propos : On a marché sur la lune à l’Opéra Bastille (Bachtrack) – la reprise de La Bohème version Claus Guth à l’Opéra Bastille.

Quel contraste avec celle qu’on a vue hier soir au théâtre des Champs-Elysées ! Je ne partage aucune des réserves émises ici et là sur la mise en scène d’Eric Ruf* (trop « traditionnelle » aux yeux de certains ?). Parce que, musicalement, c’est le bonheur complet.

Dans la fosse d’abord, on doit à un jeune chef – 32 ans – Lorenzo Passerini, que je ne connaissais pas jusqu’à hier soir, l’une des plus belles directions d’orchestre que j’aie jamais entendues de cet ouvrage, en dehors du disque. J’ai déjà écrit l’admiration que j’éprouve pour le génie de l’orchestre de Puccini, d’une modernité, d’une sensualité que le chef italien exalte comme rarement à la tête d’un Orchestre national de France pourtant peu familier de la fosse d’opéra, qui brille ce soir de tous ses feux. J’entendais à l’entracte des musiciens de l’ONF dire leur bonheur de travailler avec ce chef… bonheur très largement partagé par le public.

Ensuite les chanteurs : non seulement il n’y a aucune faiblesse dans la distribution, mais Michel Franck, le directeur du Théâtre des Champs-Elysées, a choisi les meilleurs du moment, surtout chez les hommes. Marc Labonette excelle dans le double emploi de Benoît et Alcindoro tout comme Francesco Salvadori en Schaunard et Guilhem Worms en Colline. Alexandre Duhamel donne une épaisseur, une chaleur formidables au personnage de Marcello. Quant à Pene Pati, il confirme sur scène, en Rodolfo, tout le bien qu’on avait pensé et écrit de lui à la sortie de son premier disque (voir sur Forumopera : Pene Pati ou le soleil du Pacifique). Comme l’écrit Emmanuel Dupuy sur Diapasonmag « timbre tout en gourmandise, émission sans effort, cantabile inépuisable, sentiment toujours juste, générosité du chanteur autant que du comédien » !

On n’a pas honte d’avouer que ses airs et ses duos tant avec Mimi qu’avec Marcello nous ont ému aux larmes.

J’ai lu sur Selene Zanetti qui incarne Mimi des commentaires pas toujours bienveillants. Elle compose vocalement et dramatiquement une Mimi d’abord bien chantante, surtout crédible, émouvante – Eric Ruf ayant toujours cette magnifique aptitude à creuser les caractères et les personnages. La Musette d’Amina Edris est toute de sensualité et de sensibilité.

Heureusement cette Bohème a été captée par les micros de Radio France et les caméras de France Télévisions.

*Eric Ruf était l’invité de l’émission de Nagui « La bande originale » aujourd’hui sur France Inter. Evidemment on ne perd jamais son temps à écouter l’administrateur général de la Comédie-Française, même quand il doit répondre aux questions-clichés de l’animateur sur « l’élitisme » de l’opéra – heureusement que Mehdi Mahdavi, rédacteur en chef d’Opéra Magazine, a remis les pendules à l’heure ! – un animateur qui manifestement ne lit pas ses fiches, puisqu’on l’a entendu annoncer Lorenzo Viotti dans la fosse… alors que son remplacement par un autre Lorenzo…Passerini a été annoncé il y a plusieurs semaines !

Ombres et lumière

Le métier de critique n’est pas toujours enviable, je l’ai déjà dit !

Surtout quand, à quelques jours d’intervalle, on voit deux spectacles décevants, comme je l’ai écrit sur Bachtrack

Un Carmen à entendre

Sans doute suis-je sauvé de maintes irritations que je pourrais éprouver à l »opéra, parce que, pour moi, la musique a toujours primé sur la mise en scène. Pour la simple et bonne raison que la plus nulle des mises en scène ne parvient jamais à anéantir le génie du compositeur ni le talent des interprètes.

Ainsi, dans la Carmen qui a été présentée en cette fin avril à l’Opéra-Comique, la scène qui vit naître, en 1875, l’ouvrage français le plus joué dans le monde, on peut, on doit, oublier la mise en scène incompréhensible pour ne garder que l’excellente de la direction – Louis Langrée – de l’orchestre – l’Orchestre des Champs-Elysées -, des forces chorales – Accentus et la maîtrise populaire – et d’un plateau vocal que domine Gaëlle Arquez.

Lire : Une Carmen à entendre plus qu’à voir

Une Bohème lunaire

Pas grand chose à sauver de la reprise d’une production déjà très contestée en 2017 de la Bohème de Puccini. Voir mon papier sur Bachtrack : Avec La Bohème on a marché sur la lune à l’Opéra Bastille.

La jeunesse d’Ysaye

Le concours Eurovision des jeunes musiciens 2022 qui s’était déroulé à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France avait révélé l’incroyable talent d’un violoniste de 17 ans, le Tchèque Daniel Matejča.

On peut revoir l’intégralité de cette soirée :

Le jeune violoniste sort son premier disque, rien moins que l’un des sommets de la littérature pour violon seul, les six sonates qu’écrivit Eugène Ysaye, il y a cent ans, en juillet 1923. Et c’est un coup de maître, un disque solaire, jubilatoire. Et je l’espère ce sera pour beaucoup la découverte d’un fabuleux musicien.

Voix de reines

La série n’est pas terminée… et tant mieux ! Dans la ligne de mon précédent billet (Rita, Nadia, Cécile…) les femmes sont toujours à l’honneur.

Les reines d’un soir

On était mardi soir au théâtre des Champs-Elysées pour le double récital de Marina Rebeka et Karine Deshayes. Compte-rendu complet sur Bachtrack : Les reines d’un soir

(Les deux cantatrices enregistrées pour la télévision en 2018 dans le même Théâtre des Champs-Elysées)

Jessye inédite

Ce matin je recevais un coffret commandé il y a plusieurs semaines, qui faisait déjà beaucoup parler de lui avant même sa parution. Des enregistrements inédits de la grande Jessye Norman (Les Chemins de l’amour).

L’éditeur de ce coffret, Cyrus Meher-Homji, responsable de la formidable collection Eloquence Australie – qui réédite les trésors de l’immense fonds Philips, Decca, Deutsche Grammophon – écrit à propos de ces disques sous le titre « Le fruit défendu » : « Les multiples spéculations, articles, blogs, et groupes de discussions autour des inédits de Jessye Norman trouvent aujourd’hui une réponse avec ces enregistrements réalisés entre 1989 et 1998 »« .

On va donc parcourir les 3 CD de ce coffret, sans a priori, en particulier – le 1er CD – les extraits de Tristan et Isolde captés à Leipzig du 19 au 30 mars 1998, sous la direction de Kurt Masur (avec Thomas Moser en Tristan, Hanna Schwarz en Brangäne et Ian Bostridge en jeune marin), le 2ème comporte deux cycles déjà enregistrés « officiellement » par la chanteuse, les Vier letzte Lieder de Richard Strauss en mai 1989 et les Wesendonck-Lieder de Wagner en novembre 1992, les deux fois « live » à Berlin avec James Levine à la tête des Berliner Philharmoniker. Le troisième rassemble, sous la houlette de Seiji Ozawa avec le Boston Symphony, la cantate Berenice, che fai ? de Haydn, La mort de Cléopâtre de Berlioz, et Phèdre de Britten, soit au moins deux inédits (Haydn, Britten) de la discographie de Jessye Norman. Reste la question de savoir pourquoi la chanteuse n’avait pas autorisé la sortie de ces enregistrements, et pourquoi ses héritiers sont passés outre…

Virginia Zeani (1925-2023)

La cantatrice roumaine, morte à 97 ans, n’était qu’un nom sur un CD de compilation d’airs de Puccini, jusqu’à ce que Decca réédite ce disque-récital. Elle est pour moi à jamais la Musetta de la Bohème

Enchanteurs

Reçu avant-hier deux coffrets commandés en Grande-Bretagne (parce que nettement moins chers qu’en France). C’est peu dire que j’attendais l’un d’eux avec impatience

Dmitri Hvorostovsky (1962-2017)

Il aurait dû fêter son soixantième anniversaire dans quelques jours. Le cancer l’a emporté il y a cinq ans en pleine gloire. Lire Le combat perdu de Dmitri H.

La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par l’immense baryton russe Dmitri Hvorostovsky pour Philips dans ses jeunes années. Rien d’inédit, mais plusieurs de ces disques étaient devenus rares. 11 CD (voir détails ici)

Je ne vais pas répéter ici l’admiration sans borne que je portais à cette voix d’or et de bronze.

Comment ne pas être bouleversé par cette « dernière fois » sur la scène de l’opéra de Vienne, dans l’un de ses plus rôles, quelques mois avant sa mort. La canne sur laquelle il s’appuyait n’était pas dans la mise en scène… le chanteur au physique de colosse était atteint d’une tumeur au cerveau qui lui causait des vertiges et qui l’avait contraint à plusieurs interruptions (Dmitri Hvorostovsky, sans exhibitionnisme, tenait sur les réseaux sociaux une sorte de journal de bord les dernières années de sa vie)

Ecouter aussi Hvorostovsky dans le répertoire mélodique et lyrique russe, et même dans des chansons populaires ou sacrées, pour ne pas oublier que la Russie, les Russes, c’est une culture, une langue, une civilisation immémoriales qu’un sinistre dictateur est en train de détruire en prétendant le contraire (Poutine signe l’annexion de quatre régions d’Ukraine)

Bella Davidovitch, la pianiste soviétique devenue américaine

Elle n’est pas morte, même si elle a l’âge respectable de 94 ans. Née à Bakou en 1928, Bella Davidovitch épouse en 1950 le grand violoniste Julian Sitkovetsky qui meurt d’un cancer en 1958. Entre temps est né Dmitri, qui va suivre les traces de son père, en devenant l’un des plus brillants violonistes de notre temps. Le fils émigre aux Etats-Unis en 1977, la maman pianiste le suit en 1978, et devient citoyenne des Etats-Unis en 1984.

Etrangement, Bella Davidovitch n’a pas fait en Europe la carrière que d’autres de ses collègues y ont faite (on pense à Elisabeth Leonskaia par exemple). Ses disques n’ont pas connu un rayonnement important.

Le coffret qu’Eloquence publie aujourd’hui rattrape, de ce point de vue, une injustice, même si, à la réécoute, certains enregistrements que je connaissais, comme le 2ème concerto de Saint-Saëns, enregistré à Amsterdam sous la baguette de Neeme Järvi, se révèlent bien décevants. S’il fallait une démonstration que la perfection d’un jeu pianistique n’est pas toujours synonyme de perfection stylistique, qu’on écoute le presto de ce concerto. Toutes les notes, mais rien de l’esprit léger, aérien qu’y met Saint-Saëns.

On est beaucoup plus gâtés du côté de Chopin, où l’absolue maîtrise technique sert une fantaisie, une poésie, un art du chant remarquables (contenu du coffret ici)

En rédigeant cet article, je découvre ce « live » du second concerto de Chopin donné en 1990 aux Nations Unies à New York, l’orchestre philharmonique tchèque étant dirigé par Jiri Belohlavek. Malgré la précarité de l’image et de la restitution sonore, on voit et on entend une grande musicienne.

Le beau chant

Enfin je voudrais signaler cette nouveauté chez DGG, un chanteur qui n’est pas encore très connu, le ténor chilien Jonathan Tetelman, 34 ans.

Il y a trois ans, j’avais vu et entendu, à Montpellier, une Madame Butterfly qui m’avait beaucoup séduit. De celui qui incarnait Pinkerton, j’avais écrit : Le Pinkerton du jeune ténor chilien Jonathan Tetelman a toutes les séductions, la voix n’est pas très puissante, mais le timbre est solaire et la prestance admirable.

Ce disque le confirme.