Ombres et lumière

Le métier de critique n’est pas toujours enviable, je l’ai déjà dit !

Surtout quand, à quelques jours d’intervalle, on voit deux spectacles décevants, comme je l’ai écrit sur Bachtrack

Un Carmen à entendre

Sans doute suis-je sauvé de maintes irritations que je pourrais éprouver à l »opéra, parce que, pour moi, la musique a toujours primé sur la mise en scène. Pour la simple et bonne raison que la plus nulle des mises en scène ne parvient jamais à anéantir le génie du compositeur ni le talent des interprètes.

Ainsi, dans la Carmen qui a été présentée en cette fin avril à l’Opéra-Comique, la scène qui vit naître, en 1875, l’ouvrage français le plus joué dans le monde, on peut, on doit, oublier la mise en scène incompréhensible pour ne garder que l’excellente de la direction – Louis Langrée – de l’orchestre – l’Orchestre des Champs-Elysées -, des forces chorales – Accentus et la maîtrise populaire – et d’un plateau vocal que domine Gaëlle Arquez.

Lire : Une Carmen à entendre plus qu’à voir

Une Bohème lunaire

Pas grand chose à sauver de la reprise d’une production déjà très contestée en 2017 de la Bohème de Puccini. Voir mon papier sur Bachtrack : Avec La Bohème on a marché sur la lune à l’Opéra Bastille.

La jeunesse d’Ysaye

Le concours Eurovision des jeunes musiciens 2022 qui s’était déroulé à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France avait révélé l’incroyable talent d’un violoniste de 17 ans, le Tchèque Daniel Matejča.

On peut revoir l’intégralité de cette soirée :

Le jeune violoniste sort son premier disque, rien moins que l’un des sommets de la littérature pour violon seul, les six sonates qu’écrivit Eugène Ysaye, il y a cent ans, en juillet 1923. Et c’est un coup de maître, un disque solaire, jubilatoire. Et je l’espère ce sera pour beaucoup la découverte d’un fabuleux musicien.

Voix de reines

La série n’est pas terminée… et tant mieux ! Dans la ligne de mon précédent billet (Rita, Nadia, Cécile…) les femmes sont toujours à l’honneur.

Les reines d’un soir

On était mardi soir au théâtre des Champs-Elysées pour le double récital de Marina Rebeka et Karine Deshayes. Compte-rendu complet sur Bachtrack : Les reines d’un soir

(Les deux cantatrices enregistrées pour la télévision en 2018 dans le même Théâtre des Champs-Elysées)

Jessye inédite

Ce matin je recevais un coffret commandé il y a plusieurs semaines, qui faisait déjà beaucoup parler de lui avant même sa parution. Des enregistrements inédits de la grande Jessye Norman (Les Chemins de l’amour).

L’éditeur de ce coffret, Cyrus Meher-Homji, responsable de la formidable collection Eloquence Australie – qui réédite les trésors de l’immense fonds Philips, Decca, Deutsche Grammophon – écrit à propos de ces disques sous le titre « Le fruit défendu » : « Les multiples spéculations, articles, blogs, et groupes de discussions autour des inédits de Jessye Norman trouvent aujourd’hui une réponse avec ces enregistrements réalisés entre 1989 et 1998 »« .

On va donc parcourir les 3 CD de ce coffret, sans a priori, en particulier – le 1er CD – les extraits de Tristan et Isolde captés à Leipzig du 19 au 30 mars 1998, sous la direction de Kurt Masur (avec Thomas Moser en Tristan, Hanna Schwarz en Brangäne et Ian Bostridge en jeune marin), le 2ème comporte deux cycles déjà enregistrés « officiellement » par la chanteuse, les Vier letzte Lieder de Richard Strauss en mai 1989 et les Wesendonck-Lieder de Wagner en novembre 1992, les deux fois « live » à Berlin avec James Levine à la tête des Berliner Philharmoniker. Le troisième rassemble, sous la houlette de Seiji Ozawa avec le Boston Symphony, la cantate Berenice, che fai ? de Haydn, La mort de Cléopâtre de Berlioz, et Phèdre de Britten, soit au moins deux inédits (Haydn, Britten) de la discographie de Jessye Norman. Reste la question de savoir pourquoi la chanteuse n’avait pas autorisé la sortie de ces enregistrements, et pourquoi ses héritiers sont passés outre…

Virginia Zeani (1925-2023)

La cantatrice roumaine, morte à 97 ans, n’était qu’un nom sur un CD de compilation d’airs de Puccini, jusqu’à ce que Decca réédite ce disque-récital. Elle est pour moi à jamais la Musetta de la Bohème

Enchanteurs

Reçu avant-hier deux coffrets commandés en Grande-Bretagne (parce que nettement moins chers qu’en France). C’est peu dire que j’attendais l’un d’eux avec impatience

Dmitri Hvorostovsky (1962-2017)

Il aurait dû fêter son soixantième anniversaire dans quelques jours. Le cancer l’a emporté il y a cinq ans en pleine gloire. Lire Le combat perdu de Dmitri H.

La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par l’immense baryton russe Dmitri Hvorostovsky pour Philips dans ses jeunes années. Rien d’inédit, mais plusieurs de ces disques étaient devenus rares. 11 CD (voir détails ici)

Je ne vais pas répéter ici l’admiration sans borne que je portais à cette voix d’or et de bronze.

Comment ne pas être bouleversé par cette « dernière fois » sur la scène de l’opéra de Vienne, dans l’un de ses plus rôles, quelques mois avant sa mort. La canne sur laquelle il s’appuyait n’était pas dans la mise en scène… le chanteur au physique de colosse était atteint d’une tumeur au cerveau qui lui causait des vertiges et qui l’avait contraint à plusieurs interruptions (Dmitri Hvorostovsky, sans exhibitionnisme, tenait sur les réseaux sociaux une sorte de journal de bord les dernières années de sa vie)

Ecouter aussi Hvorostovsky dans le répertoire mélodique et lyrique russe, et même dans des chansons populaires ou sacrées, pour ne pas oublier que la Russie, les Russes, c’est une culture, une langue, une civilisation immémoriales qu’un sinistre dictateur est en train de détruire en prétendant le contraire (Poutine signe l’annexion de quatre régions d’Ukraine)

Bella Davidovitch, la pianiste soviétique devenue américaine

Elle n’est pas morte, même si elle a l’âge respectable de 94 ans. Née à Bakou en 1928, Bella Davidovitch épouse en 1950 le grand violoniste Julian Sitkovetsky qui meurt d’un cancer en 1958. Entre temps est né Dmitri, qui va suivre les traces de son père, en devenant l’un des plus brillants violonistes de notre temps. Le fils émigre aux Etats-Unis en 1977, la maman pianiste le suit en 1978, et devient citoyenne des Etats-Unis en 1984.

Etrangement, Bella Davidovitch n’a pas fait en Europe la carrière que d’autres de ses collègues y ont faite (on pense à Elisabeth Leonskaia par exemple). Ses disques n’ont pas connu un rayonnement important.

Le coffret qu’Eloquence publie aujourd’hui rattrape, de ce point de vue, une injustice, même si, à la réécoute, certains enregistrements que je connaissais, comme le 2ème concerto de Saint-Saëns, enregistré à Amsterdam sous la baguette de Neeme Järvi, se révèlent bien décevants. S’il fallait une démonstration que la perfection d’un jeu pianistique n’est pas toujours synonyme de perfection stylistique, qu’on écoute le presto de ce concerto. Toutes les notes, mais rien de l’esprit léger, aérien qu’y met Saint-Saëns.

On est beaucoup plus gâtés du côté de Chopin, où l’absolue maîtrise technique sert une fantaisie, une poésie, un art du chant remarquables (contenu du coffret ici)

En rédigeant cet article, je découvre ce « live » du second concerto de Chopin donné en 1990 aux Nations Unies à New York, l’orchestre philharmonique tchèque étant dirigé par Jiri Belohlavek. Malgré la précarité de l’image et de la restitution sonore, on voit et on entend une grande musicienne.

Le beau chant

Enfin je voudrais signaler cette nouveauté chez DGG, un chanteur qui n’est pas encore très connu, le ténor chilien Jonathan Tetelman, 34 ans.

Il y a trois ans, j’avais vu et entendu, à Montpellier, une Madame Butterfly qui m’avait beaucoup séduit. De celui qui incarnait Pinkerton, j’avais écrit : Le Pinkerton du jeune ténor chilien Jonathan Tetelman a toutes les séductions, la voix n’est pas très puissante, mais le timbre est solaire et la prestance admirable.

Ce disque le confirme.

Vacances 2022 : Rome, Tosca etc.

Puccini encore, et d’autres

Puccini (Puccini à Torre del Lago, La maison natale à Lucques) me poursuit, à moins que ce ne soit l’inverse. À Rome cette fois. Voir plus loin.

En me baladant dans la Ville éternelle, après la visite des musées du Vatican (ce sera pour une chronique ultérieure), sans but précis, je suis tombé sur des plaques rappelant certaines présences comme… Riccardo (!) Wagner !

Les lieux de Tosca

On renvoie à l’excellente fiche Wikipedia de l’opéra Tosca de Puccini, créé en 1900 au Teatro Costanza. Le premier acte se déroule à l’église Sant’ Andrea della Valle

On a trouvé sur YouTube cette étonnante représentation filmée en 2000 à l’Opéra de Rome (pour le centenaire de la création de Tosca). Il y a les deux ténors les plus célèbres du moment : Luciano Pavarotti en Cavaradossi… et Placido Domingo à la baguette !

Le deuxième acte se situe au Palais Farnese, siège de l’Ambassade de France à Rome depuis 1874, mais fermé à toute visite, à l’exception, semble-t-il, des journées du patrimoine.

Quant au troisième acte, il se déroule au Château Saint-Ange.

Il y a évidemment quantité de très belles versions de Tosca en CD comme en DVD.

J’en ai toujours deux auxquelles j’aime revenir : pour les sortilèges de l’orchestre puccinien, Karajan à Vienne en 1963 et, même si les « callasiens » préfèrent des versions antérieures, celle de Maria Callas, captée la même année à Paris avec Georges Prêtre

Vacances 2022 : Pise et Livourne pour Mascagni et Modigliani

Hommage à Sempé

Jean-Jacques Sempé est mort avant-hier, et on n’a pas fini de mesurer le génie de cet homme, de cet artiste au sens plein du terme. Je ne vais pas à mon tour céder à un hommage vite fait, juste rappeler le billet que j’avais écrit au début 2018, à propos d’une part essentielle de son oeuvre, la musique : Jean-Jacques et la musique.

Il n’y a pas que la tour penchée à Pise

Y aller ou pas ? Je me suis posé la question. J’avais visité Pise rapidement il y a plus d’une vingtaine d’années, c’était déjà l’affluence pour voir le célèbre campanile incliné. Finalement j’y suis retourné et bien m’en a pris. Je ne me rappelais plus les trésors de la cathédrale, encore moins les immenses fresques restaurées du Camposanto. Et le reste d’une ville charmante, traversée par l’Arno qui ne semblait pas avoir trop souffert de la sécheresse qui tarit les fleuves français.

Livourne : Pietro Mascagni et Amadeo Modigliani

Je ne me serais sans doute pas arrêté à Livourne (Livorno) si la ville portuaire ne s’était trouvée sur ma route vers ma destination de vacances de ce long week-end du 15 août. J’ai découvert que c’était la ville natale du compositeur Pietro Mascagni (1863-1945) et du peintre et sculpteur Amedeo Modigliani (1884-1920). L’hommage aux enfants du pays ici n’a rien à voir avec celui que Lucques et Torre del Lago ont rendu à Puccini. Ou alors il ne m’a pas sauté aux yeux !

En bord de mer une esplanade édifiée en 1925 baptisée du nom du compositeur à sa mort en 1945, la Piazzale Mascagni

Livourne, Piazzale Mascagni
Dans l’opulente Villa Mimbelli, siège du musée Giovanni Fattori
Museo Civico Giovanni Fattori

une belle série de tableaux du début du XXème siècle italien, et parmi eux, un portrait du jeune Pietro Mascagni

Angiolo Tomassi, Pietro Mascagni, 1899

et de Modigliani un petit tableau qui ne dit rien de ce qu’il deviendra une fois arrivé à Paris.

Amedeo Modigliani, Stradina toscana, 1898

Un buste aussi :

À propos de Mascagni, je ne peux m’empêcher de me rappeler l’un de mes plus grands souvenirs du Festival Radio France, quand Sonya Yoncheva et son mari, le chef Domingo Hindoyan, nous avaient donné à Montpellier une version exceptionnelle de l’opéra Iris. C’était le 26 juillet 2016.


Vacances 2022 : Lucca, la maison natale de Puccini

On avait été ému de visiter la maison que le compositeur de La Bohème s’était fait construire à Torre del Lago et où il vécut plus d’une vingtaine d’années entre 1899 et 1921 (lire Puccini à Torre del Lago)

On l’a été plus encore dans sa maison natale à Lucques au deuxième étage du 9 Corte San Lorenzo

Pas tant pour l’atmosphère des lieux qui ne comptent plus guère de mobilier ou d’objets d’origine que pour l’abondance et la richesse des documents qui y sont exposés. Puccini est partout intensément présent : photos, lettres et cartes postales, partitions.

Documents ordonnés selon une muséographie intelligente et intelligible tant pour le novice que pour le spécialiste de l’œuvre de Puccini.

La chambre des parents Puccini où naquit et fut baptisé le petit Giacomo
La tenue de scène de Maria Jeritza, l’une des premières interprètes de Turandot.

Puccini meurt à Bruxelles le 29 novembre 1924, des suites d’une opération d’un cancer de la gorge. Après des obsèques à l’église royale Sainte-Marie de Schaerbeek, son corps est transporté à Milan où, le 3 décembre 1924, ses funérailles sont célébrées dans la cathédrale par l’archevêque Eugenio Tosi. À l’issue de celles-ci, sa dépouille est inhumée provisoirement au cimetière monumental de Milan, dans le caveau de famille d’Arturo Toscanini. Deux ans plus tard, le 29 novembre 1926, il est inhumé définitivement dans sa maison de Torre del Lago selon la volonté de son fils Antonio

Vacances 2022 : Puccini à Torre del Lago

Le village toscan s’appelle, de son nom complet, Torre del Lago Puccini. C’est dire si tout ici repose sur la célébrité du compositeur Giacomo Puccini, né à quelques encablures, à Lucques (Lucca) en 1858 et mort à Bruxelles en 1924 des suites d’un cancer de la gorge.

Rien d’original ni dans l’architecture ni dans les monuments – inexistants au demeurant à l’exception d’une jolie église – n’attirerait ici le visiteur ni le touriste, sauf évidemment les très belles et longues plages qui vont de Torre del Lago à Viareggio. Et bien sûr la maison de proportions plutôt modestes que Puccini se fit construire au bord du lac en 1899.

Maison devenue musée mais restée dans son jus depuis un siècle, lorsque le compositeur déjà malade ne supporta plus les installations électriques en cours autour de sa maison et partit plus loin à Viareggio en 1921.

C’est d’abord le fils Antonio qui transforma l’une des pièces du rez-de-chaussée en chapelle dans laquelle il inhuma son père, puis suivit toute la famille, épouse et enfants de Puccini, jusqu’à la petite-fille Simonetta disparue en 2017 qui instaura une fondation qui porte son nom pour veiller à l’entretien et à la préservation du précieux patrimoine.

Il y a comme il se doit un festival Puccini sur place. On l’imagine du même type que le festival Rossini de Pesaro. La prochaine représentation est le 12 – Turandot je crois – mais je serai reparti. Avantage (ou inconvénient?) d’un ex-directeur de festival : je n’organise pas mes vacances en fonction des concerts ou des opéras qu’on donne dans mes villlegiatures. Si l’occasion se présente (Pesaro il y a deux ans) et que l’intérêt est là pourquoi pas ? Mais surtout pas de contrainte !

Et sur place trouvé un disque que je ne me rappelle pas avoir eu dans ma discothèque – à moins que ma mémoire discographique me fasse défaut – Jonas Kaufmann dans Puccini et ses contemporains.

C’est évidemment très beau mais le sombre métal dont est faite la voix de notre ténor allemand me surprend toujours dans ce répertoire où j’attends quelque chose de plus solaire alla Pavarotti.

La Diva inconnue

Tous les matins du monde d’Alain Corneau, à partir du roman de Pascal Quignard, avait révélé au grand public tout ensemble la viole de gambe, M. de Sainte-Colombe, Marin Marais et Jordi Savall.

On peut en dire autant du film Diva (1981), le premier long-métrage du réalisateur Jean-Jacques Beineix, qui vient de disparaître à 75 ans.

Soudain, grâce à la voix de Wilhelmenia Fernandez, le public se prit de passion pour un air d’un opéra jusqu’alors connu des seuls initiés à l’art lyrique, La Wally, d’Alfredo Catalani (1854-1893)

On mesure mal aujourd’hui l’engouement (et la détestation de la part de certains critiques) que suscitèrent le film d’abord, l’actrice/.chanteuse américaine qui concurrença vite en termes de notoriété sa compatriote Barbara Hendricks, sur tous les plateaux de télévision, et l’opéra italien.

Mais on en resta à peu près là quant à approfondir nos connaissances sur le compositeur et l’opéra. Catalani né quatre ans avant Puccini dans la même ville de Lucques, mort de la tuberculose à 39 ans à Milan, n’a écrit que six opéras, dont deux seulement, inspirés de légendes germaniques, ont connu une certaine notoriété (Loreley en 1890 et La Wally en 1892)

Ce n’est pas faire injure au joli filet de voix de Wilhelmenia Fernandez, que de dire qu’elle n’aurait pas pu chanter le rôle sur scène, celui-ci requérant une ampleur, une couleur, qui ne sont pas les siennes, mais qu’illustrent au disque Renata Tebaldi – même captée sur le tard (1970) – ou Eva Marton;

Mais qui pourrait surpasser Maria Callas dans cet air ?

On ne va pas résumer la carrière de Jean-Jacques Beineix à ce premier film fondateur, on a beaucoup aimé la suite de son parcours cinématographique.

On trouve sur YouTube une représentation (tyrolienne à souhait !) de la Wally donnée au théâtre de Piacenza, avec une distribution plus qu’honnête.

Inauguration

Ainsi le 46ème président des Etats-Unis d’Amérique a été installé, au cours d’une cérémonie d’inauguration, que j’ai suivie à la radio. Ainsi pour la première fois une femme accède à la vice-présidence. America is Beautiful !

Ainsi c’est Lady Gaga qui a chanté l’hymne américain The Star-Spangled Banner / La bannière étoilée

L’histoire de The Star-Spangled Banner 

Le poème qui constitue le texte de l’hymne est écrit par Francis Scott Key et paru en 1814. Jeune avocat, poète amateur, Key l’a écrit après avoir assisté, pendant la guerre anglo-américaine de 1812, au bombardement du fort McHenry à Baltimore, dans le Maryland, par des navires de la Royal Navy entrés dans la baie de Chesapeake. Le texte rend hommage à la résistance héroïque de ceux qui défendirent le fort et qui furent en mesure de faire flotter le drapeau américain au sommet en dépit de l’acharnement de l’ennemi à y planter le sien.

La musique utilisée pour cet hymne était à l’origine  The Anacreontic Song, également connue sous le nom To Anacreon in Heaven, une chanson à boire d’un club de musiciens britanniques en hommage au poète grec Anacréon, composée par John Stafford Smith (1750-1838) La musique a été reprise par des Américains, et les paroles remplacées par celles de l’hymne actuel des États-Unis. Il a été reconnu pour un usage officiel par la marine américaine en 1889 et par la Maison-Blanche en 1916. Il est finalement adopté comme hymne national par une résolution du Congrès en date du 3 mars 1931. La chanson se compose de quatre strophes, mais généralement seuls la première strophe et le premier refrain sont chantés aujourd’hui.

O say, can you see by the dawn’s early light / What so proudly we hailed at the twilight’s last gleaming / Whose broad stripes and bright stars, through the perilous figh / O’er the ramparts we watched, were so gallantly streaming? / And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air / Gave proof through the night that our flag was still there./ O, say does that star-spangled banner yet wave / O’er the land of the free and the home of the brave?

Puccini et Jimi Hendrix

Dès 1904, alors que ce n’est que l’hymne de la Navy, Puccini l’emploie dans Madame Butterfly pour caractériser le lieutenant Pinkerton de l’USS Abraham Lincoln.

En 1969, au Festival de WoodstockJimi Hendrix joue une version historique de The Star-Spangled Banner en solo, à la guitare électrique tout en distorsion, évoquant des lâchers de bombes, durant la guerre du Viêt Nam.

Stravinsky et Rachmaninov

Max Dozolme a expliqué sur France-Musique, le 4 novembre dernier, pourquoi Igor Stravinsky avait réalisé un arrangement orchestral de l’hymne américain, qui lui a valu quelques ennuis. Le compositeur du Sacre du printemps avait invoqué la difficulté – attestée – de chanter l’hymne américain, même pour des professionnels, et en avait simplifié la ligne mélodique. Accessoirement il s’ouvrait une nouvelle source de revenus (on sait que Stravinsky a toute sa vie couru après l’argent…)

Ici, le nouveau directeur musical de l’Orchestre National de Washington, l’excellent Gianandrea Noseda à la tête de la phalange de la capitale fédérale, dirige cette version stravinskienne de l’hymne américain.

Moins connue, la transcription pour piano qu’en réalisa Rachmaninov , en 1918, à la fin de la Première guerre mondiale,

Brèves carrières

Jean-Louis Grinda, le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange, écrit ce matin sur Facebook : « Une grande artiste et une femme aussi charmante que modeste. A 36 ans, elle fit le choix d’abandonner la carrière pour ne plus être séparée de ses enfants. Elle vivait en famille à Monaco et s’est éteinte ce dimanche à son domicile. Cette photo reflète parfaitement sa resplendissante personnalité. »

Il évoque la soprano italienne Rosanna Carteri née le 14 décembre 1930 et morte ce dimanche 25 octobre.

Lire l’excellent article de Jean-Michel Pennetier sur Forumopera, qui souligne la belle et brève carrière de la chanteuse disparue.

Cherchant dans ma discothèque, je trouve assez peu de témoignages de Rosanna Carteri, mais c’est un nom qui m’a marqué dès mon premier achat du Gloria de Poulenc. Dans la version… légendaire (!) – cf. mon article Légendaires – du créateur français de l’oeuvre, Georges Prêtre. La première audition mondiale a lieu à Boston le 20 janvier 1961 sous la baguette de Charles Munch (avec la soprano Adele Addison), la première française le 14 février de la même année à Paris avec Rosanna Carteri, Georges Prêtre (un patronyme tout indiqué pour une telle oeuvre !) dirigeant les choeurs et l’Orchestre National de la RTF.

Carrières abrégées

Rosanna Carteri n’est pas la seule parmi les chanteuses à avoir choisi de mettre fin prématurément à sa « carrière ». Deux cas me viennent à l’esprit : l’un que j’ai bien connu, la jeune soprano française Alexia Cousin, l’autre que je n’ai connu que par le disque, Anita Cerquetti.

J’ai bien connu Alexia Cousin, aujourd’hui jeune quadragénaire. Elle emporte, en 1998, à l’unanimité le Premier prix du concours Voix Nouvelles. En 2000, je la retrouve à Genève dans l’une des plus mémorables productions de Pelléas et Mélisande qu’il m’ait été donné de voir: Louis Langrée dirigeait l’Orchestre de la Suisse romande dans la fosse du Grand-Théâtre, Alexia Cousin (20 ans !) incarnant Mélisande, Simon Keenlyside Pelléas et José Van Dam Golaud, dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshé Leiser.

En septembre 2001, c’est Alexia Cousin qui remplace Felicity Lott, initialement prévue, pour le concert inaugural de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège : elle y chante le Poème de l’amour et de la mer de Chausson. Alexia reviendra chaque année à Liège. Il y aura même un disque en grande partie enregistré (avec le Chausson, Shéhérazade de Ravel et quelques Duparc) et jamais achevé.

Alexia Cousin je la verrai sur scène (notamment dans Juliette de Martinu à l’opéra Garnier en 2002)… jusqu’à ce jour de 2005 où j’apprendrai comme tout le monde, à commencer par son agent, qu’elle arrête tout. Tout de suite et sans retour.

Quelques mois plus tard, je la surprendrai dans la foule qui se presse à la salle philharmonique de Liège pour un concert de Louis Langrée. Elle a acheté son billet à l’avance. Nous échangeons quelques mots, je lui dis combien je suis heureux de la revoir, mais rien évidemment sur sa décision. D’autres fois, en fait à chaque fois que Louis Langrée reviendra à Liège (après la fin de son mandat de directeur musical en juin 2006), Alexia sera là, chaque fois moins tendue, moins repliée sur ses secrets. L’an dernier, on a appris qu’après avoir exercé plusieurs « boulots » bien différents de sa vocation initiale, Alexia Cousin enseignait désormais… l’art de chanter (lire Alexia Cousin le retour). Un jour peut-être la reverrons-nous, l’entendrons-nous de nouveau sur une scène ?

Quant à Anita Cerquetti, de la même génération que Rosanna Carteri, née en 1931 morte en 2014, sa carrière dure dix ans. En 1961, au sommet d’une gloire qu’elle n’a jamais recherchée (en 1958, elle a remplacé Maria Callas dans une « Norma » à Rome, que la diva avait dû interrompre, aphone, incohérente, pour cause d’infection à la gorge devant le président de la République italienne, scandale garanti !), Anita Cerquetti renonce à la scène. Il y a des « pirates » de cette Norma. Il y a aussi un sublime récital heureusement publié par Decca à côté d’une fabuleuse Giocanda

Hommage soit rendu à ces magnifiques musiciennes, qui ont préféré nous léguer un art intact, inabouti mais incandescent, qui ont préféré la liberté, la vie, aux tourments, aux contraintes d’une carrière plus longue.