La relève

On sait depuis des lustres, en tout cas depuis Le Cid de Corneille, qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.

Dans ce blog, j’évoque beaucoup d’artistes disparus ou retirés de la carrière, à l’occasion de publications ou rééditions – ainsi récemment Régine (Crespin) et Françoise (Pollet) parce que j’ai toute liberté d’en dire ce que j’en pense (en général du bien !)

L’exercice m’est plus difficile pour des musiciens en activité, mais au diable les réserves aujourd’hui ! Je prends le droit de manifester mon enthousiasme pour deux publications toutes récentes et deux artistes que j’admire depuis leurs premiers pas dans leur jeune carrière.

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Marianne Crebassa, tout juste trentenaire, après un premier disque « carte de visite » (Oh Boy !) démontre avec ce deuxième album qu’elle a les moyens de son caractère et de son ambition artistique. De la mélodie française, même avec un titre supposément accrocheur (!), ce n’est pas exactement ce qui est censé plaire à ce grand public (que je n’ai personnellement jamais rencontré !).

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Le critique professionnel – c’est son rôle – trouvera certainement matière à comparer la jeune mezzo-soprano (au timbre souvent proche du contralto) à ses illustres aînées. J’ai écouté une première fois ce disque sans interruption, et j’ai été embarqué dans un heureux voyage trop court à mon gré. Il faut dire que le piano de Fazil Say est bien plus qu’un accompagnateur, un coloriste, un magicien qui suggère l’orchestre (dans Shéhérazade de Ravel par exemple).

On se réjouit déjà de retrouver l’un et l’autre à Montpellier en juillet prochain !

Autre admirable musicienne, à peine plus âgée que Marianne, celle qu’on admirait dans un Mithridate d’anthologie (Ceci n’est pas un opéra), qui a signé deux disques magnifiques, l’un consacré à Rameau, l’autre à Mozart (Les voix aimées), Sabine Devieilhe était à l’opéra de Versailles vendredi soir, au Théâtre impérial de Compiègne dimanche, mais je ne pouvais être à aucun de ces concerts, qui reprenaient le programme enregistré sur ce disque – encore un titre étrange ! – avec la complicité de François-Xavier Roth qui met toutes les saveurs et les couleurs de son orchestre Les Siècles au service d’un répertoire moins exotique ou désuet qu’on ne le pense.

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Deux disques indispensables, deux musiciennes magnifiques.

Festivals d’orchestre (II) : Paris cinquantenaire

Le 14 novembre 1967, il y a cinquante ans, l’Orchestre de Paris donnait son premier concert au Théâtre des Champs-Elysées sous la direction de Charles Munch, avec un programme somptueux, emblématique de la tradition d’une phalange qui a succédé à la vénérable Société des Concerts du Conservatoire et d’un chef qui s’est fait le héraut incontesté de la musique française,  en particulier à Boston de 1949 à 1962 : La Mer de Debussy, les Requiem Canticles de Stravinsky (en création française), et la Symphonie fantastique de Berlioz.

Munch n’aura guère eu le temps de laisser sa marque discographique avec son nouvel orchestre, la mort l’ayant fauché en pleine tournée aux Etats-Unis le 6 novembre 1968.

La succession de Munch ne ressemblera pas à un long fleuve tranquille, comme en témoigne ce passionnant documentaire, accessible désormais dans sa totalité :

Avec le recul, on continue de s’interroger sur les motivations des responsables de l’époque – Marcel Landowski était le tout-puissant directeur de la Musique nommé par Malraux – qui préfèrent inviter à grand prix comme « conseiller musical » le très occupé Herbert von Karajan, alors que l’immense Karel Ančerl, légendaire chef de l’Orchestre philharmonique tchèque, est disponible après avoir fui Prague après l’invasion soviétique du printemps 1968.

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Karajan réalise à Paris ses seules gravures de la Symphonie de Franck ou de la Valse de Ravel.

Karajan parti après deux courtes saisons, on refait la même erreur en conviant le patron de l’orchestre de Chicago, Georg Solti. Bilan discographique étique : quelques poèmes symphoniques de Liszt.

Puis vient l’ère Barenboim, une nomination plutôt audacieuse, un pari sur la jeunesse – Daniel Barenboim n’a que 33 ans quand il est nommé en 1975, et il est plus connu comme pianiste que comme chef symphonique. Son mandat de près de quinze ans laissera des souvenirs contrastés tant aux musiciens de l’orchestre qu’au public et aux critiques. La discographie Barenboim/Orchestre de Paris est relativement abondante, répartie sur trois labels (Sony, Erato, DGG) et très inégale. Lire Barenboim 75 première salve

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L’Orchestre de Paris, après le règne mouvementé de Barenboim, lui choisit comme successeur un jeune chef russe, Semyon Bychkov, qu’une rumeur savamment… orchestrée (!) donne alors comme un potentiel postulant à l’orchestre philharmonique de Berlin. Suivront neuf ans d’un mandat en demi-teinte, et une discographie qui mérite d’être réévaluée.

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La phalange parisienne entrera-t-elle dans le XXIème siècle avec une baguette française, plus de trente ans après la disparition de son fondateur ? Reviendra-t-elle à certains de ses répertoires génériques ? Ce n’est pas le choix qui est fait lorsqu’on demande à un contemporain de Barenboim, un autre pianiste devenu chef, Christoph Eschenbach, de présider aux destinées musicales de l’Orchestre de Paris (de 2000 à 2010). La prétendue « crise » du disque classique n’explique pas le bilan plutôt maigre d’une discographie marginale et chiche en références.

C’est l’époque – cette première décennie du siècle – où les phalanges parisiennes se livrent à une concurrence aussi absurde qu’incompréhensible dans un répertoire où elles n’ont rien à gagner. Combien d’intégrales des symphonies de Mahler ?

L’Estonien Paavo Järvi (2010-2016) recentre l’orchestre sur son coeur de répertoire, au risque d’être parfois taxé de froideur dans la musique française qu’il sert pourtant avec gourmandise.

Quant à Daniel Harding, on sait depuis longtemps qu’il n’aime pas l’eau tiède. Les programmes qu’il dirige depuis sa prise de fonctions en septembre 2016 attestent de l’audace d’une vision, de la pertinence d’une réflexion sur les missions d’un orchestre et de son chef au coeur de son époque.

Souvenir d’une étrange soirée, trois jours après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes, Daniel Harding n’avait pas encore confirmé son choix de l’Orchestre de Paris

img_1696(De gauche à droite, Pascal Dusapin, Florence Darel, Daniel Harding, Barbara Hannigan, le 10 janvier 2015 chez Chaumette)

La fête de l’orchestre

Semaine faste pour les amoureux de l’orchestre à Paris. Et dans les trois salles de concert de la capitale.

Samedi dernier l’orchestre philharmonique de Berlin et Simon Rattle à la Philharmonie de Paris (lire Berlin à Paris)

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Jeudi soir, à l’auditorium de la Maison de la radio, concert doublement inaugural : le premier de la saison 17/18 de Radio France, et surtout le premier d’Emmanuel Krivine comme directeur musical de l’Orchestre National de France. Le public du Festival Radio France avait déjà eu comme un avant-goût de la relation très forte qui s’est nouée entre le chef français et le « National » (Salut les artistes)

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Programme emblématique de la ligne artistique qu’entend promouvoir le premier chef français de l’ONF depuis Jean Martinon. Webern (Passacaille), Richard Strauss (Vier letzte Lieder) et la Symphonie de Franck.

Un long mariage après la lune de miel décrite par Diapason ? On l’espère, on le souhaite.

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DJJst26WAAAVTbS(Emmanuel Krivine salué par Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Mathieu Gallet, PDG de Radio France à l’issue du concert du 7 septembre)

La fête de l’orchestre se poursuivait hier soir, dans le nouvel auditorium de la Seine Musicale, le vaste paquebot arrimé à l’île Seguin à Boulogne, inauguré en avril dernier (voir La Seine Musicale inaugurée). Une salle qui confirme ses qualités acoustiques, précision, chaleur, malgré l’effectif orchestral imposant du programme choisi par Louis Langrée et le Cincinnati Symphony Orchestra pour l’avant-dernier concert de leur triomphale tournée européenne : On the Waterfront de Bernstein, le Lincoln Portrait de Copland (une oeuvre créée par l’orchestre de Cincinnati et donnée ici dans sa version française avec Lambert Wilson comme récitant) et la Cinquième symphonie de Tchaikovski.

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Bonheur évidemment de retrouver Louis Langrée avec « ses » musiciens américains, curiosité aussi. Comment cette phalange si typiquement chaleureuse, dense et ronde, moins brillante – d’autres diraient moins clinquante – que certaines de ses concurrentes, allait sonner sous la houlette d’un chef qu’on a tant fréquenté et entendu avec des formations européennes (Liège, Paris, Berlin, Vienne, Londres, etc.) ? Comme toujours avec Louis Langrée, la partition même la plus connue (Tchaikovski) semble (re)naître, des traits, des lignes mélodiques, des détails rythmiques nous sont révélés, mais insérés dans une grande arche, un mouvement inépuisable, irrésistible.

IMG_2035(Paul Meyer, Pascal Dusapin et Florence Darel impatients de découvrir l’acoustique de l’auditorium de la Seine Musicale et d’entendre le Cincinnati Symphony et Louis Langrée)

Le concert avait commencé par Bernstein, les musiciens américains et leur chef l’ont terminé par Bernstein, et son ouverture de Candide

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Obituaries

Je ne sais pourquoi, j’ai toujours préféré l’anglais Obituary au français Nécrologie  (qui m’évoque trop la nécrose ?) 

C’est l’une des rubriques que je consulte avec intérêt lorsque je reçois le mensuel britannique Gramophone

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Dans le numéro de juin reçu hier, ce n’est pourtant pas cette rubrique qui a attiré mon attention mais des photos récentes et la métamorphose d’un chef d’orchestre qui n’annonçaient rien de bon.

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Pressentiment confirmé aujourd’hui par le même magazine : Jiří Bělohlávek* est mort ce matin des suites d’un cancer qui l’avait conduit à renoncer à ses engagements ces derniers mois.

Jean-Charles Hoffelé s’enthousiasmait pour le tout dernier enregistrement du chef tchèque disparu à 71 ans, sa troisième version du Stabat Mater de Dvořák.

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Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil).

Ce coffret Dvořák n’est pas indispensable.

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et si l’on veut se rappeler l’indéniable talent de ce chef, on trouvera de bien meilleures versions (par exemple le Stabat Mater) dans ces belles anthologies Supraphon

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Autre disparition cette semaine, celle de la claveciniste Elisabeth Chojnacka*

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La musicienne avait un peu disparu des scènes et des écrans depuis une vingtaine d’années, mais elle les avait occupés avec un panache, une ardeur irrésistibles dès son installation en France (lire Une longue série de créations). Je me rappelle sa visite à mon bureau de France Musique il y a au moins vingt ans : rien dans son allure, sa tenue, sa coiffure ne pouvait laisser indifférent. Je l’avais sentie un peu triste de ne plus être la star de la musique contemporaine qu’elle avait été à juste titre. Je l’avais découverte, et du coup aimé sa manière de toucher un instrument qui ne m’a jamais beaucoup séduit, le clavecin, lors de concerts des Jeunesses Musicales de France dans ma bonne ville de Poitiers.

 

*Comment prononcer ces noms imprononçables ? Jiří Bělohlávek = Yirji Bé-lokh (comme Loch en allemand)-la-vièk  et Elisabeth Chojnacka = H (aspiré)-oï-na-ts-ka

 

Mon choix

Mon choix était fait depuis plusieurs semaines. Je n’aurais pas voulu m’abstenir de participer à l’inauguration de la nouvelle Seine Musicale de l’île Seguin.

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C’était hier soir, et ce fut très réussi (je partage le compte-rendu qu’en a fait Diapason : La Seine musicale inaugurée).

Je me rappelais adolescent avoir visité les usines Renault et avoir éprouvé le choc du bruit assourdissant, des cadences infernales de certains ateliers. Il faut d’ailleurs visiter le petit pavillon qui rappelle dans une excellente pédagogie l’histoire de cette île de la Seine et la présence de Renault de 1929 à 1992.

Bravo au Département des Hauts-de-Seine, à la ville de Boulogne, et au consortium d’entreprises (Sodexho, Bouygues, TF1) qui ont mené à bien ce projet risqué. IMG_8559IMG_8557IMG_8561

Le complexe est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais c’est évidemment l’acoustique de l’auditorium d’une part, l’aspect de la Grande Seine d’autre part qui attisaient toutes les curiosités.

Pour moi, la troisième inauguration en trois ans ! Quelle capitale au monde peut s’enorgueillir d’avoir ouvert coup sur coup trois salles de concert ? D’abord l’auditorium de la Maison de la Radio en novembre 2014, puis la Philharmonie en janvier 2015.

Première impression : on se sent très bien dans l’auditorium de la Seine musicale. Dessin classique pour une salle confortable, toute de bois revêtue. Dès les premiers accords d’Insula orchestra, la formation de Laurence Equilbey, on est séduit par une acoustique quasi idéale, excellent compromis entre la netteté des plans sonores, la chaleur du son, une réverbération ajustée pour éviter saturations et dispersion. Les voix solistes s’entendent bien d’où qu’elles chantent. Bravo à Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey, Anaïk Morel et Sandrine Piau qui ouvraient le bal avec de larges extraits de Die Gärtnerin aus Liebe (la version allemande de La finta giardiniera) de Mozart

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Suivaient des extraits de la version française de Berlioz du Freischütz de Weber (inimitable Sandrine Piau dans la romance d’Agathe).

Et ce premier concert s’achevait avec cet autre hymne à la fraternité universelle, préfiguration de l’Ode à la joie de la 9ème symphonie, qu’est la Fantaisie chorale de Beethoven, Bertand Chamayou jouant un magnifique Pleyel.

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Le « milieu » musical était nombreux, à l’issue du concert commentaires favorables et félicitations unanimes. Reste à savoir comment va vivre et évoluer ce vaste vaisseau : son capitaine artistique, Jean-Luc Choplin, est optimiste, même si tout reste à prouver…

Dans la grande salle, The Avener et The Shoes rassemblaient des milliers de fans…

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Le gala d’ouverture est à (re)voir et (ré)écouter ici : France Musique, concert d’ouverture Ile Seguin

L’Absente

C’est peu dire qu’elle est absente du débat présidentiel : la Culture n’est plus un sujet, ni un enjeu.

« Ils sont étonnants, nos candidats à la présidentielle, quand ils parlent de culture. On les imagine assis cinq minutes dans un coin, se gratter la tête et interroger deux conseillers : « Que peut-on inventer de neuf ? » Sans trop se soucier du vieux. Le vieux, c’est ce qui existe, c’est ennuyeux, c’est l’institution. Le système.

Pouah ! Ce sont nos musées, salles de concerts, monuments, opéras, théâtres, maisons de la culture, festivals… Personne ou presque n’interroge ces lieux qui absorbent pourtant les quatre cinquièmes des budgets avant même de lever le petit doigt. Un peu comme si nos candidats parlaient du social en oubliant le chômage, de la santé sans évoquer les hôpitaux, de l’islam sans un mot sur l’islamisme. » (Michel Guerrin, Le Monde 3 février 2017)

Le même Michel Guerrin récidive dans Le Monde d’aujourd’hui :

Quand tout le monde ou presque était au lit, en clôture du débat présidentiel à la télévision, le lundi 20 mars, Emmanuel Macron a lâché : « Le projet que je porte donne accès à la justice, au droit, à l’éducation, à la culture… » La culture ! Un mot banni depuis des lustres, absent des élections de 2007 et de 2012 et des primaires de 2017, était enfin prononcé par un candidat au trône. Bon, c’est juste un mot, pas de quoi grimper aux rideaux. Mais quand même. A une époque où personne ne parle de culture afin de ne pas donner l’impression de défendre une élite contre le peuple, ça fait du bien.
C’est navrant, affligeant et, pourtant, s’il y a un sujet à mettre en avant en France, un sujet surtout qui devrait cimenter l’Europe, c’est celui des valeurs culturelles, de la défense des créateurs et de la liberté d’expression – Macron est le seul à le dire dans son programme. Du reste, les Européens circulent bien en Europe, les marchandises aussi, et les œuvres culturelles encore plus. Pourquoi ne pas le dire haut et fort ?
(Tout l’article à lire : La Belle et la bête ou comment la culture pourrait souder l’Europe

Ne soyons pas injuste. Plusieurs candidats se sont exprimés, ont fait des propositions,  mais quelle ambition portent-ils pour la Culture, en ont-ils même une ? Certains silences sont éloquents…

Plus rien ne bouge

Depuis dix ans, ce n’est faire insulte à personne que de constater que rien n’a bougé, aucun projet ambitieux n’a été lancé par les présidents et les gouvernements qui se sont succédé.

J’écoutais lundi dernier Renzo Piano évoquer sur France Inter (à écouter ici : Boomerang) les 40 ans du Centre Pompidou et la personnalité, l’ambition de l’ancien président de la République. On célèbre dans le même temps la création de l’IRCAM et de l’Ensemble Intercontemporain… Giscard décida le Musée d’Orsay, Mitterrand le nouveau Louvre, la Grande Arche, la Bibliothèque de France, Chirac le musée du quai Branly et la Philharmonie de Paris.  Depuis plus rien d’aussi ambitieux.

1601593_10152652484972602_3864765384190557457_n(L’inauguration de la Philharmonie le 14 janvier 2015)

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On m’opposera – à juste titre – qu’une politique culturelle ne se résume pas à de grands projets présidentiels, comme des résurgences d’Ancien régime. Mais dans notre système de monarchie présidentielle, dénoncé par Jean-Luc Mélenchon, rien ne se décide ni ne s’entreprend sans l’impulsion du sommet de l’Etat.

Une architecture dépassée

Comme le rappelle Michel Guerrin (cf.supra)  « personne ou presque n’interroge ces lieux qui absorbent pourtant les quatre cinquièmes des budgets avant même de lever le petit doigt », personne ne fait, en effet, l’état des lieux de culture, d’une politique qui n’a guère changé dans ses fondamentaux depuis Malraux et ses Maisons de la Culture. De colloque en colloque, on s’est certes beaucoup interrogé sur les pratiques culturelles, les publics, sans que jamais on en tire d’autres conclusions que de pieuses promesses.

L’architecture institutionnelle de la Culture est aujourd’hui totalement inadaptée d’abord aux attentes et aux pratiques des citoyens, ensuite à l’organisation territoriale telle qu’elle se dessine depuis la loi NOTRe.

13445760_10153732374762602_7305182103276171635_n(Vue des fenêtres du Ministère de la Culture sur les colonnes de Buren)

Des perspectives, réforme ou révolution ?

Il est plus que temps de retracer des perspectives, de réformer (de révolutionner ?) les organisations et les structures, qui ne sont pas là pour préserver des droits acquis mais pour servir les pratiques et les attentes de nos concitoyens.

Il est plus que temps de redessiner une géographie des responsabilités : qui fait quoi ? et comment ? Entre l’Etat, les nouvelles régions, les départements, les métropoles, les communes.

Il est plus que temps de repenser l’usage de l’argent public, le nôtre, celui des contribuables, en matière de Culture. Est-ce la vocation de l’Etat et des collectivités publiques d’accompagner, voire de soutenir une industrie du loisir, du divertissement, dominée par les géants du Web ? Est-ce leur mission de surfer sur les modes, d’épouser les démagogies du temps ?

Il est plus que temps de reformuler l’idée généreuse de l’accès à la Culture partout et pour tous.

Je rencontrais ce jeudi des étudiants de l’institut des  Hautes Etudes de Journalisme de Montpellier, 20 ans de moyenne d’âge. Je leur ai posé plusieurs questions sur leurs pratiques culturelles et leurs réponses ne m’ont pas surpris.

A la question : Ecoutez-vous régulièrement de la musique ? Presque 100% de réponses affirmatives ! Pour cela, écoutez-vous régulièrement une chaîne de radio ? Réponse 0 %. C’est le régime unanime de la playlist sur les sites spécialisés.  Allez-vous au concert ? 80 % oui, une à deux fois par an lorsqu’il s’agit d’un événement, d’un chanteur, d’un groupe qu’on ne veut pas manquer. Mais jamais à un concert « classique ».

A la question : Allez-vous au cinéma ? Oui pour la quasi-totalité. Pourquoi allez-vous dans une salle alors que vous avez tout à disposition sur le Web ? Parce que ce sont des sorties entre amis, qu’on est bien ensemble avec les autres dans un lieu convivial.

Plus de culture virtuelle, plus de culture réelle

La réaction de ces jeunes dit à peu près tout des enjeux de l’époque : plus nous disposons de sources d’information, de divertissement, d’accès à toutes les dimensions de la science et de la culture – c’est le fabuleux avantage du Net – plus nous avons besoin, comme êtres humains, sociaux, de contact réel avec le savoir, les artistes, les interprètes, la culture qui se partage. Dans le domaine qui est le mien, j’en fais le constat tous les jours, le festival dont j’ai la charge fait le plein d’auditeurs, de spectateurs, qui se déplacent, parfois de loin, pour rencontrer, écouter, vibrer, apprendre, en vrai, en direct, alors qu’ils pourraient rester chez eux devant leur écran.

Il y a , dans toutes les couches de la population, dans toutes les classes d’âge, un besoin, un désir, une envie de Culture, qui peine parfois à s’exprimer, qui ne trouve pas toujours à s’assouvir dans l’offre qui est proposée (Le grand public).  

Mais pour répondre à ce besoin, il faut changer nos logiques de production et de diffusion de la culture.

Et commencer par le commencement : combien de lois sur l’éducation artistique, la culture à l’école  jamais suivies d’effet ? Une mesure simple, concrète, applicable partout et pour tous les écoliers de France : une heure de chant choral par semaine en CE 1 dans toutes les écoles. Tout y est : l’apprentissage de l’écoute, de la discipline, du respect du groupe, le partage d’une émotion musicale, un instrument que tout le monde possède et qui ne coûte rien – la voix -. De l’emploi pour des centaines, des milliers d’enseignants et de musiciens.

Autre idée simple, le principe de Lagardère (le chevalier !) : si tu ne viens pas à la Culture, c’est la Culture qui vient à toi. Les inégalités dans l’accès à la Culture restent criantes. Inégalités sociales, géographiques, même si, en matière muséale notamment, de vrais efforts ont été faits. J’avais, à Liège, usé d’une formule qui ne me semble pas périmée : porter la musique partout où elle peut aller, j’écrirais maintenant plutôt partout où elle est attendue.

En effet, s’il faut tout faire pour rendre les lieux de culture familiers au plus grand nombre,  il faut, dans le même mouvement, faire entrer la culture dans le cercle familier de ceux qui en sont les plus éloignés, les territoires ruraux, les petites villes. C’est très concrètement ce que fait depuis 2006 (à l’instigation de celui qui était alors le bouillonnant maire de Montpellier et président de la Région Languedoc-Roussillon Georges Frêche) le Festival Radio France Occitanie Montpellier : en juillet prochain, il se déploiera dans 56 communes et 65 lieux différents de la grande région Occitanie. En dix ans, on a pu mesurer combien la musique est désirée, attendue, aimée là où elle est trop rare parce que hors des circuits et des réseaux traditionnels de diffusion.

Un souhait, pas un voeu pieux : qu’on profite des quelques semaines qui restent avant l’élection présidentielle et les élections législatives pour remettre la Culture au coeur du débat ! Chiche.

 

 

 

 

 

 

 

 


Eveil d’impressions joyeuses

Le titre du premier mouvement de la Symphonie Pastorale de Beethoven est : Erwachen heiterer Empfindungen bei der Ankunft auf dem Lande qu’on peut traduire par Eveil d’impressions joyeuses (ou agréables ou heureuses) en arrivant à la campagne.

C’est exactement le sentiment que j’ai éprouvé – et quelques centaines d’auditeurs avec moi – mardi soir à la Philharmonie de Paris, lors du concert que donnaient Yannick Nézet Séguin, l’Orchestre de chambre d’Europe et le violoncelliste Jean-Guihen Queyras.

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Un programme des plus classiques : de Haydn la 44ème symphonie dite « Funèbre« , le concerto pour violoncelle en do majeur, et justement la Pastorale de Beethoven.

Depuis le temps qu’on suit la carrière du chef québecois – 42 ans le 6 mars prochain, mais toujours une allure juvénile ! -, patron respecté du vénérable Orchestre de Philadelphie, successeur désigné de James Levine au Met, en passant par Rotterdam, Londres et l’orchestre de ses débuts qu’il n’a jamais lâché, le Métropolitain de Montréal, on a eu le temps d’éprouver parfois des déceptions (un concert de Nouvel an à Rotterdam il y a une dizaine d’années, les débuts (en 2010?) avec les Berliner Philharmoniker avec une Symphonie fantastique rétive), mais bien plus souvent un enthousiasme qui va croissant.

Assis à côté de Matthias Goerne et juste derrière la famille de Yannick, j’étais idéalement placé pour savourer tout l’art d’un chef qui éblouit sans esbroufe, qui creuse les partitions sans dogmatisme, qui fait entendre mille détails dans des oeuvres qu’on connaît par coeur et qui sonnent comme neuves. On n’oublie pas le travail – et les enregistrements – qu’un Harnoncourt a réalisés avec cette phalange unique en son genre. Yannick Nézet Séguin en a manifestement fait son miel, mais la souplesse des phrasés, la délicatesse des attaques, la justesse des tempos (rien à voir avec les positions extrêmes d’un Norrington jadis, d’un Antonini aujourd’hui), nous donnent des Haydn et un Beethoven tout simplement admirables. On ne pense même pas à faire l’habituel jeu de comparaisons avec d’illustres aînés. Yannick est l’un des plus grands.

J’ajoute qu’à ses talents de musicien et de chef Yannick Nézet-Séguin ajoute des qualités humaines, une simplicité, qui le rendent éminemment sympathique. Il en a encore fait la preuve hier, interrompant le mouvement lent du concerto de Haydn, par respect pour une personne âgée qui a fait un malaise qui pouvait paraître grave. Et puis sur les réseaux sociaux, le Québecois n’est pas l’un des moins actifs : il fait partager généreusement ses enthousiasmes, les joies de son quotidien, de ses amitiés, de sa vie tout simplement. Le contraire d’une star recluse dans sa tour d’ivoire !

La tournée continue en France – le 9 le COE et YNS sont à Toulouse.

Et on peut essayer de réécouter/revoir le concert de Paris enregistré par France Musique et diffusé sur le site de la Philharmonie.

Viennoiseries

Pour ceux qui, comme moi, ont manqué la diffusion en direct le 1er janvier, on trouve sur Youtube l’intégralité du concert de Nouvel an dirigé par Gustavo Dudamel. 

Une bonne manière de refermer la discussion sur les mérites comparés des chefs invités à cette célébration annuelle, comme le défunt Georges Prêtre.

J’assistais hier soir à un autre concert très viennois… à Montpellier. L’Orchestre national de Montpellier donnait, sous la direction de son chef Michael Schønwandt, un copieux programme composé de Schelomo d’Ernest Bloch (sous l’archet éloquent de Cyrille Tricoire) et la Cinquième symphonie de Mahler. Je n’avais pas été aussi passionné de bout en bout par une interprétation depuis la version qu’en avait donnée Andris Nelsons à la Philharmonie de Paris en novembre 2015. Michael Schønwandt privilégie la modernité de l’écriture de Mahler, ne surjoue pas, comme Bernstein, les langueurs viennoises, et démontre surtout la formidable qualité d’ensemble de la phalange qu’il dirige depuis septembre 2015 et à laquelle il a redonné confiance et ambition. Mention spéciale pour le nouveau cor solo Sylvain Carboni, 28 ans, impérial dans le périlleux 3ème mouvement.

c1hmhwgxcaakorp-jpg-largeEt pour finir en beauté cette séquence viennoise, ce coffret commandé pendant mon séjour suédois et trouvé dans ma boîte aux lettres, qui a toutes les chances de passer inaperçu dans le flot des nouveautés. Une intégrale de plus des concertos de Beethoven, un petit label allemand, un pianiste/chef peu connu en France, mais authentique Viennois, Stefan Vladar. Un artiste qui avait fait le bonheur de plusieurs soirées liégeoises – Festival Mozart de janvier 2006, Festival Brahms en mai 2008, les deux fois sous la baguette de Louis Langrée. En tout cas, ce coffret a conquis l’un des critiques les plus exigeants du magazine Gramophone (« an exceptional set »). La très bonne affaire de ce début d’année !

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Les jeunes Français sont musiciens

C’était une émission que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, qui était emblématique du France Musique des années 60/70 : Les jeunes Français sont musiciens, chaque semaine, sous la houlette de son producteur François Serrette, dressait une cartographie d’une France musicale encore balbutiante dans son organisation territoriale, mais où même dans les plus petits conservatoires, de valeureux pédagogues s’efforçaient, non sans succès, d’initier des générations d’enfants à la musique classique. J’ai, pour ma part, les meilleurs souvenirs de mes années au Conservatoire – qui n’était pas encore « à rayonnement régional »! – de Poitiers, et justement de deux émissions que Serrette était venu enregistrer en 1973, après qu’un jeune élève, auditeur de France Musique, lui eut écrit pour l’inviter – sans l’autorisation de ses professeurs ni de la direction de l’établissement !

Lundi soir, au concert de l’Orchestre français des jeunes, à la Cité de la Musique, je me disais que bien du chemin avait été fait depuis lors, et que peut-être cette émission y avait contribué.

En tous cas, le concert de lundi qui réunissait le violoncelliste Marc Coppey, le chef américain Dennis Russell Davies et l’OFJ, attestait une nouvelle fois de la formidable vitalité de l’enseignement musical et de l’engouement des jeunes musiciens français.

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Avec un programme qui était tout sauf facile ou évident : une orchestration de brèves pièces de Gabrieli due à Bruno Maderna, le concerto pour violoncelle Tout un monde lointain de Dutilleux (1916-2013) et la 3ème symphonie de Rachmaninov.

L’oeuvre de Dutilleux a beau être devenue un classique, j’ai le sentiment de la redécouvrir à chaque écoute, comme si ses mystères ne se dévoilaient qu’avec parcimonie. Longue ovation au soliste et à l’orchestre, grâce à laquelle Marc Coppey offrit en bis deux des trois Strophes que Dutilleux avait écrites, à la demande de Mstislav Rostropovitch, pour honorer le grand mécène et musicien suisse Paul Sacher.

Il faut écouter la version de Marc Coppey au disque, non seulement parce que c’est une belle réussite, que le couplage en est original, mais aussi parce qu’il contient une longue et belle interview de Dutilleux !

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En seconde partie, on attendait évidemment chef et orchestre au tournant, la troisième et dernière symphonie de Rachmaninov (1936) étant particulièrement difficile à appréhender et à restituer. D’une grande complexité d’écriture – le compositeur tente d’y conjuguer plusieurs styles – elle ne se livre pas facilement ni aux interprètes, dont la virtuosité et la rigueur rythmique sont très sollicitées, ni aux auditeurs. On connaît quelques ratages au disque ! Et de rares réussites…

Chapeau bas au chef américain et à ses jeunes musiciens français ! Non seulement ils se sont bien sortis de tous les pièges de la partition, mais ils en ont donné une vision tour à tour émue et flamboyante.

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L’actualité tragique nous a vite rattrapés. Déjà pendant le concert s’affichaient sur mon téléphone les premières informations de l’attentat de Berlin… L’horrible impression d’une répétition de la tragédie, Paris, Nice, et tous les jours des victimes au Proche Orient…

Osmose

L’admiration n’interdit pas la critique.

Je n’ai toujours pas compris pourquoi Daniel Barenboim avait autorisé la parution de deux disques récents – des captations de concert – qui le montrent en fâcheuse posture et qui n’ajoutent rien à sa gloire (Le difficile art de la critique)…

Mais on peut tout pardonner à un artiste de son envergure, un musicien qui n’a jamais cessé, depuis ses années d’enfant prodige, de remettre son ouvrage sur le métier, de  chercher, explorer, reprendre, approfondir. On en a encore eu un exceptionnel exemple ce jeudi soir à la Philharmonie de Paris.

La grande salle parisienne a programmé un début de saison en beauté : un cycle Mozart/Bruckner réparti en deux périodes, Daniel Barenboim à la manoeuvre comme pianiste et chef avec « sa » Staatskapelle de Berlin.

14199164_10153928009182602_4553748156952071169_n,Au programme de ce jeudi : le 26ème concerto pour piano de Mozart, et la 6ème symphonie de Bruckner (l’une de mes préférées).

Comment dire avec des mots, sans user d’hyperboles, l’intensité de ce qu’on a ressenti tout au long du concert ? Peut-être le mot osmose.

Dans Mozart, et cet avant-dernier concerto en particulier, Barenboim est la simplicité, la poésie incarnées. L’entente avec ses musiciens berlinois est fusionnelle, d’une évidence qui éclaire les mille aspects d’une partition qu’on croyait connaître par coeur. Exactement, plus fortement encore, ce que j’avais ressenti en 2005 à Vienne, lorsque, de son clavier Barenboim avait joué et dirigé les Wiener Philharmoniker dans le 22ème concerto. La musique comme on la rêve…

Warner vient de ressortir la première intégrale des concertos de Mozart gravée par le tout jeune Barenboim à Londres – cadeau d’anniversaire de ma mère pour mes 18 ans ! -. La seconde, réalisée avec les Berliner Philharmoniker, n’est pas moins passionnante. On veut imaginer que la série en cours avec la Staatskapelle Berlin sera elle aussi éditée. On l’attend !

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Mais si je m’attendais évidemment au meilleur dans Mozart, j’espérais un choc, de l’inouï, dans cette 6ème symphonie de Bruckner, que j’aime tant (peut-être à cause des « faiblesses » que certains critiques y voient ?), surtout que je n’avais jamais entendu Barenboim diriger Bruckner en concert. Je connaissais depuis longtemps sa passion pour Bruckner et ses deux intégrales symphoniques réalisées à Chicago puis à Berlin.

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Son nouveau cycle avec la Staatskapelle de Berlin est disponible en téléchargement

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Alors jeudi soir ? J’ai été comblé bien au-delà de mes attentes. Là encore, l’entente entre le chef et ses musiciens est d’une telle qualité qu’à aucun moment l’attention de l’auditeur ne se relâche, qu’on est captivé de bout en bout par un discours qui réussit le tour de force de ne jamais perdre la trajectoire de l’oeuvre et d’éclairer mille détails, alliages, modulations, par un savant étagement des plans et des masses instrumentales. Fascinant !

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