Eveil d’impressions joyeuses

Le titre du premier mouvement de la Symphonie Pastorale de Beethoven est : Erwachen heiterer Empfindungen bei der Ankunft auf dem Lande qu’on peut traduire par Eveil d’impressions joyeuses (ou agréables ou heureuses) en arrivant à la campagne.

C’est exactement le sentiment que j’ai éprouvé – et quelques centaines d’auditeurs avec moi – mardi soir à la Philharmonie de Paris, lors du concert que donnaient Yannick Nézet Séguinl’Orchestre de chambre d’Europe et le violoncelliste Jean-Guihen Queyras.

img_7627

Un programme des plus classiques : de Haydn la 44ème symphonie dite « Funèbre« , le concerto pour violoncelle en do majeur, et justement la Pastorale de Beethoven.

Depuis le temps qu’on suit la carrière du chef québecois – 42 ans le 6 mars prochain, mais toujours une allure juvénile ! -, patron respecté du vénérable Orchestre de Philadelphie, successeur désigné de James Levine au Met, en passant par Rotterdam, Londres et l’orchestre de ses débuts qu’il n’a jamais lâché, le Métropolitain de Montréal, on a eu le temps d’éprouver parfois des déceptions (un concert de Nouvel an à Rotterdam il y a une dizaine d’années, les débuts (en 2010?) avec les Berliner Philharmoniker avec une Symphonie fantastique rétive), mais bien plus souvent un enthousiasme qui va croissant.

Assis à côté de Matthias Goerne et juste derrière la famille de Yannick, j’étais idéalement placé pour savourer tout l’art d’un chef qui éblouit sans esbroufe, qui creuse les partitions sans dogmatisme, qui fait entendre mille détails dans des oeuvres qu’on connaît par coeur et qui sonnent comme neuves. On n’oublie pas le travail – et les enregistrements – qu’un Harnoncourt a réalisés avec cette phalange unique en son genre. Yannick Nézet Séguin en a manifestement fait son miel, mais la souplesse des phrasés, la délicatesse des attaques, la justesse des tempos (rien à voir avec les positions extrêmes d’un Norrington jadis, d’un Antonini aujourd’hui), nous donnent des Haydn et un Beethoven tout simplement admirables. On ne pense même pas à faire l’habituel jeu de comparaisons avec d’illustres aînés. Yannick est l’un des plus grands.

J’ajoute qu’à ses talents de musicien et de chef Yannick Nézet-Séguin ajoute des qualités humaines, une simplicité, qui le rendent éminemment sympathique. Il en a encore fait la preuve hier, interrompant le mouvement lent du concerto de Haydn, par respect pour une personne âgée qui a fait un malaise qui pouvait paraître grave. Et puis sur les réseaux sociaux, le Québecois n’est pas l’un des moins actifs : il fait partager généreusement ses enthousiasmes, les joies de son quotidien, de ses amitiés, de sa vie tout simplement. Le contraire d’une star recluse dans sa tour d’ivoire !

La tournée continue en France – le 9 le COE et YNS sont à Toulouse.

Et on peut essayer de réécouter/revoir le concert de Paris enregistré par France Musique et diffusé sur le site de la Philharmonie.

Sous les pavés la musique (III) : le grand Charles

Sony s’est fait une spécialité de la réédition exhaustive du prestigieux fonds de catalogue du label américain RCA. Après Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz et – pour les chefs – Pierre MonteuxFritz Reiner, c’est Charles Munch qui en bénéficie. 71eiyyffknl-_sl1200_

Le coffret est imposant, il aurait pu compter moitié moins de galettes (86 CD) si l’on n’avait pas strictement respecté les minutages (et la couverture) des LP d’origine. Livret trilingue de grande qualité, très bien documenté.

Peu d’inédits, les enregistrements mythiques de la grande époque Munch/Boston ont souvent été réédités, surtout les Berlioz, la musique française. On admire au passage la splendeur des prises de son, notamment les toutes premières en stéréo (1954/1955 !) malgré l’acoustique confinée (donc non trafiquée artificiellement) du Boston Symphony HallIl y a évidemment plusieurs doublons (Ravel, Berlioz), des déceptions (une Inachevée de Schubert étonnamment prosaïque), mais beaucoup de bonnes surprises (Milhaud, Martinů – la 6ème symphonie dont Munch est le dédicataire et le créateur en 1955), des curiosités, et pour les amateurs les plus anciennes gravures new-yorkaises excellemment remastérisées.

Un coffret indispensable, qui ne fera pas oublier que Charles Munch était un chef de l’instant, capable comme personne d’enflammer musiciens et public. On aimerait une réédition – aussi soignée que l’édition d’origine – de tous les live de Munch avec l’Orchestre National au Théâtre des Champs-Elysées…

4135qnvyy0l

Détails du coffret RCA à lire ici : Bestofclassic : le grand Charles

Disques d’été (I) : so french

Avant de partir en vacances, j’ai fait un maximum de provisions musicales en téléchargeant plusieurs coffrets, sortis ces derniers mois, et qui sortent du lot. Partagerez-vous mes enthousiasmes ?

Premier à l’honneur, le chef d’orchestre français Jean Martinonqui a fait l’objet de plusieurs publications, sans doute à l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort : lire Martinon enfin.

81tdoOHoIhL._SL1500_

Malgré les réserves déjà faites sur le contenu, ou plutôt certaines absences, ce coffret est une véritable mine, en même temps qu’une formidable illustration de la richesse et de la diversité de la musique symphonique française, hors des sempiternels Berlioz, Debussy ou Ravel. Martinon et les orchestres qu’il dirige, pour l’essentiel l’Orchestre National, chantent dans leur arbre généalogique. Quelle poésie des timbres, quelles couleurs !

81eGawSQWtL._SL1500_

L’autre Arthur H.

Depuis quand sa 3ème symphonie n’avait-elle pas résonné dans une salle de concert parisienne ? Longtemps, trop longtemps sans doute. Daniele Gatti et l’ONF (Bravo Maestro) ont corrigé – et de quelle manière ! – l’injustice de cette longue absence jeudi soir à l’Auditorium de la Maison de la radio à Paris.

Orchestre National de France / Daniele Gatti / video du concert du 9 juin 2016

J’ai un lien particulier avec Arthur Honegger. Il est mort un mois avant ma naissance, et il y a trente ans, il a peut-être contribué involontairement à me faire engager à la Radio suisse romande. Lors des entretiens préalables à mon recrutement comme producteur, en juillet 1986, le regretté Robert Dunand m’avait collé sous les yeux une partition d’orchestre (pour vérifier mon aptitude à lire la musique du point de vue d’un chef d’orchestre !) : c’était la 3ème symphonie du Franco-suisse !

Puis j’aurai le bonheur de rencontrer la fille d’Arthur, Pascale, infatigable mélomane, à qui me lie une indéfectible amitié doublée d’affection, qui défend et promeut très intelligemment l’oeuvre de son père. Un jour j’aurai aussi la surprise, dans le hall du Victoria Hall de Genève, lors de l’inauguration d’un buste d’Arthur Honegger, de faire la connaissance de son fils Jean-Claude, exact sosie du père !

Je dois reconnaître qu’il n’est pas aisé de programmer du Honegger dans une saison. Comme Hindemith et d’autres compositeurs « non alignés » du XXème siècle, il souffre sinon d’une sorte de mépris, du moins d’une certaine condescendance de la part des tenants d’une modernité plus « radicale ».  Mais dès qu’on parvient à le faire jouer, les auditeurs sont toujours surpris par la puissance d’évocation, l’inspiration, d’une musique il est vrai rétive à tout classement facile. Il n’était que d’entendre les commentaires à l’entracte du concert de jeudi soir. Pendant mes années liégeoises, je serai parvenu à programmer Le Roi David, la très bucolique Pastorale d’été, et cette Troisième symphonie dite Liturgique sous la direction de Louis Langrée. Christian Arming a, lui, eu la chance de diriger cette saison le grand oeuvre d’Arthur H. Jeanne au bûcher.

Deux très grandes versions à recommander de la Troisième symphonie :

71Udn7h+tIL._SL1200_51G4G8e6bRL

et deux livres indispensables

41TA9QXS08L61vAAgPmaIL