Leipzig, ville musique

Comme Dresde, plus encore peut-être, la grande ville voisine de Saxe, Leipzig est une ville musique.

De part et d’autre de l’Augustusplatz, se font face l’opéra et le Gewandhaus, à quelques mètres du Gewandhaus se trouve la maison de la famille Mendelssohn. Bien entendu, on ne saurait manquer les églises Saint-Nicolas et surtout Saint-Thomas, où Jean-Sébastien Bach a officié comme Cantor – directeur de la musique – de 1723 à sa mort en 1750.

IMG_3654(L’Opéra de Leipzig, construit en 1960)

IMG_3655(La nouvelle salle du Gewandhaus, inauguré le 8 octobre 1981, pour célébrer le bicentenaire de la fondation de l’orchestre)

IMG_3701(L’ancien hôtel de ville)

IMG_3658(L’église Saint-Nicolas)

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IMG_3677(L’église Saint-Thomas)

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IMG_3686(Le choeur de l’église Saint-Thomas et la tombe de J.S.Bach)

IMG_3663(L’école Saint-Nicolas, devenue musée, où Richard Wagner, né à Leipzig le 22 mai 1813, fit ses études primaires)

IMG_3672(La statue de Goethe qui a étudié le droit à Leipzig de 1765 à 1768)

D’autres photos suivront, d’autres commentaires aussi sur une cité aussi riche.

C’est à l’opéra de Leipzig que j’ai entendu hier l’orchestre du Gewandhaus, dans un ouvrage emblématique des théâtres lyriques allemands, Der Freischütz de Carl-Maria von WeberMêmes remarques que pour Eugène Onéguine avant hier : une honnête représentation d’un théâtre de troupe sans grand relief, les deux rôles féminins étant tenus par deux dames qui manquent de la grâce la plus élémentaire. Chef peu inspiré, incapable de faire jouer ensemble son bel orchestre – ah les cors du Gewandhaus ! – et le choeur bien indiscipliné. Mais c’était à Leipzig, et c’était bon d’entendre un ouvrage qu’on connaît par coeur. Evidemment quand on a dans l’oreille – dans l’ordre décroissant de mes préférences Carlos Kleiber (et l’orchestre voisin de Dresde !) avec Gundula Janowitz et Edith Mathis, Joseph Keilberth à Berlin avec Elisabeth Grümmer, Eugen Jochum à Munich avec Irmgard Seefried et la suave Rita Streich, c’est un peu difficile de se contenter d’une version simplement honnête.

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Des cadeaux intelligents

Nous connaissons tous l’horreur de la question rituelle à l’approche des fêtes de fin d’année : que va-t-on pouvoir offrir à X, quel cadeau original faire à Y ? Et affronter la foule des grands magasins ?

Quelques suggestions personnelles… toutes disponibles sur le Net et sans se ruiner !

D’abord une formidable aubaine : 25 ans d’Europakonzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin25 DVD dans un boîtier format CD (un exemple à suivre, svp Messieurs les distributeurs de DVD !), à moins de 50 €. 51hfw6oqkzl-_sl1200_81adiunl5al-_sl1484_L’idée est née en 1991 de proposer, chaque 1er mai, un concert prestigieux des Berliner dans un lieu ou une salle emblématiques d’Europe. L’affiche de ces concerts – chefs, solistes, programmes – parle d’elle-même. Indispensable !

Autre coffret de DVD, même format, mais plus cher et plus hétéroclite, même s’il restitue l’art multi-facettes du pianiste Daniel Barenboim

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Après une discussion passionnée sur Facebook à propos d’une récente réédition de « live » captés à Dresde sur le chef/compositeur italien Giuseppe Sinopoliprématurément disparu en 2001 à 54 ans, je signale deux coffrets formidables (l’un de 16 CD musique orchestrale et chorale, l’autre de 8 CD concertos) à trouver sur www.amazon.ità des prix inversement proportionnels au talent unique du chef disparu :

71cvmcaiirl-_sl1146_5132aldmcdl(Voir détails des deux coffrets à la fin de cet article)

Une nouveauté qui pourrait passer inaperçue : la 4ème symphonie et le concerto pour violon de Weinberg (1919-1996) dans un boîtier au format livre de poche, et à un prix dérisoire. Un très grand compositeur qu’on commence seulement à redécouvrir et à enregistrer, un magnifique concerto pour violon.

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Dans un registre plus traditionnel en ce temps de Noël, deux jolis disques, qui sortent un peu des sentiers balisés, avec la fine fleur des interprètes français de la jeune génération.

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Trouvé hier chez mon libraire de la rue de Bretagne un excellent ouvrage tout ce qu’il y a de plus sérieux sur une musique qui n’a jamais été très prise au sérieux, l’Easy listening !

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La musique easy listening erre au-dessus de tous les styles musicaux qui existent depuis le XVIIIe siècle jusqu’au début des années 1970. C’est une musique large, sans oeillères, qui va puiser son inspiration à des sources bien dissemblables comme les compositeurs de musique classique, les big bands américains des années 1940, les ensembles gamelan balinais folkloriques, les Beatles, la bossa-nova ou la musique hawaïenne traditionnelle. Elle rassemble des personnages aussi différents que l’illustre Burt Bacharach, l’hypnotique pseudo-Indien Korla Pandit, la diva péruvienne Yma Sumac, le Français Roger Roger, auteur de pastilles musicales pour l’ORTF et de son compère Nino Nardini, ou encore Ennio Morricone, c’est dire la difficulté de recenser tous les représentants de cette famille musicale qui a servi de base de données infinie et de source d’inspiration pour des artistes tels que les Beastie Boys, le Wu-Tang Clan, Stereolab, The Avalanches, Portishead, The Cramps etc. Des ascenseurs et supermarchés au salon des clubs lounge, de l’exotica qui envahit l’Amérique d’après-guerre aux bandes-son des films d’exploitation, cet ouvrage définit les contours d’un genre musical omniprésent et pourtant mal connu. (Présentation de l’éditeur).

Il faut saluer ce travail remarquable, et souhaiter qu’il soit complété par tout un pan de ce qui fait bien partie de l’histoire de l’Easy listening, la profusion de grands orchestres américains, souvent issus de phalanges classiques (Boston Pops, Cincinnati Pops, Hollywood Bowl) ou animés par des musiciens charismatiques (MantovaniXavier Cugat, Frederick Fennell, Morton Gould, etc.).

Et comme, pour la plupart d’entre nous, ce 25 décembre ne sera pas blanc, ce potpourri qui réveille en moi tant de souvenirs d’enfance :

 

  • Coffrets Sinopoli /
  • Orchestral Works (16 CD) Beethoven Symph.9 (Dresde) – Brahms Requiem allemand (Phil.tchèque) – Bruckner Symph.4 & 7 (Dresde) – Tchaikovski Symph.6 & Roméo et Juliette (Philharmonia) – Elgar Variations Enigma & Sérénade cordes & In the South – Maderna Quadrivium & Aura & Biogramma (NDR) – Mahler Symph.5 (Philharmonia) – Mendelssohn Symph.4 (Philharmonia) – Schumann Symph.2 (Vienne) – Moussorgski Tableaux d’une exposition (New York) – Ravel Valses nobles et sentimentales (New York) – Ravel Boléro & Daphnis (Philharmonia) – Debussy La Mer (Philharmonia) – Respighi Pins de Rome, Fontaines de Rome, Fêtes romaines (New York) – Schoenberg La nuit transfigurée & Pelléas et Mélisande – Schubert Symph.8&9 (Dresde) – Sinopoli Lou Salomé (Popp, Carreras, Stuttgart) – R.Strauss Ainsi parlait Zarathoustra (New York) Don Juan (Dresde) Danse des sept voiles (opéra Berlin)
  • Concertos (8 CD) Beethoven Concertos piano 1&2 (Argerich, Philharmonia) – Beethoven Conc.violon & Romances (Mintz, Philharmonia) – Bruch conc.vl.1 + Mendelssohn Conc.vl (Shaham) – Elgar Conc.violoncelle + Tchaikovski Variations Rococo (Maisky) – Manzoni Masse Omaggio a Edgar Varese (Pollini, Berlin) + Schoenberg Symph.de chambre op.9 (Berlin) – Mozart Conc.fl.harpe + Symph.conc.vents (Philharmonia) – Paganini Conc.vl.1 + Saint-Saëns Conc.vl.3 (Shaham, New York) – Sibelius & Tchaikovski Conc.vl (Shaham, Philharmonia)

Sous les pavés la musique (I) : Eugen sans gêne

La tendance de l’automne est aux gros pavés. Coup sur coup, les majors du disque nous proposent de superbes rééditions (à des prix presque cassés). Jochum, Munch, Harnoncourt…

Commençons par Eugen Jochum (1902-1987), incontournable figure et héraut de la culture germanique, toujours demeuré, quant à la notoriété, dans l’ombre des Böhm, Karajan ou Kubelik, pour ne citer que ses contemporains.

Deutsche Grammophon a, semble-t-il, entrepris de rééditer l’important legs discographique du chef allemand (ce que EMI/Warner a déjà fait pour les dernières gravures réalisées pendant la dernière décennie de sa carrière – cf.ci-dessous). Premier coffret dévolu au répertoire symphonique et concertant.

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42 CD reprenant des intégrales souvent célébrées des symphonies de Bruckner, de Brahms ou Beethoven (la première des trois que Jochum a gravées, partagée entre les orchestres de Munich et Berlin). Détail ci-dessous.

Alors pourquoi faut-il (ré)écouter Jochum ? Il ne faut surtout pas se fier à son look austère, voire sévère, très chapeau bavarois et culotte de peau.

Dans Bruckner, Brahms ou Haydn il fuit la grandeur hiératique, la solennité empesée, il est mobile, inventif, n’hésitant jamais à bousculer un tempo, à traquer l’humour du dernier Haydn. Plus « classique » dans Mozart ou Beethoven, il rappelle néanmoins les vertus d’une direction fluide, vivante. Dommage qu’on n’ait pas plus de témoignages enregistrés de Richard Strauss ou Wagner. Dommage encore qu’Universal n’ait pas inclus dans ce coffret les quelques enregistrements parus sous étiquette Philips, notamment les Symphonies et ouvertures de Beethoven gravées pour le bicentenaire du maître de Bonn (1970) avec le Concertgebouw d’Amsterdam.

 

Beethoven:

Symphonies Nos. 1-9 (complete) BRO*, BPO*

Violin Concerto in D major, Op. 61 (2 versions 1958 et 1962 avec Wolfgang Schneiderhan BPO

Piano Concerto No. 1 in C Major, Op. 15 (Pollini, VPO*)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 19 (Pollini, VPO)

Fidelio Overture Op. 72c

The Ruins of Athens Overture, Op. 113

The Creatures of Prometheus Overture, Op. 43

Brahms:

Symphonies Nos. 1-4 (Complete) (Hamburg, BPO)

Piano Concerto No. 1 in D minor, Op. 15 (Gilels, BPO)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 83 (Gilels, BPO)

Violin Concerto in D major, Op. 77 (Milstein, VPO)

Variations on a theme by Haydn for orchestra, Op. 56a ‘St Anthony Variations’

Bruckner:

Symphonies 1-9 (complete) BRO, BPO

Elgar:

Enigma Variations, Op. 36 LSO*

Handel:

Organ Concerto No. 4 in F major, HWV292, Op. 4 No. 4

Haydn:

Symphony No. 88 in G major BRO

Symphony No. 91 in E flat major + 98 BPO

Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies) LPO*

Höller, K:

Symphonische Phantasie über ein Thema von Gerolamo Frescobaldi Op. 20

Sweelinck-Variationen, Op. 56

Mahler:

Das Lied von der Erde (Merriman, Haefliger, Concertgebouw)

Mozart:

Symphony No. 33 in B flat major, K319

Symphony No. 36 in C major, K425 ‘Linz’

Symphony No. 39 in E flat major, K543

Symphony No. 40 in G minor, K550

Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’

Violin Concerto No. 4 in D major, K218 (Martzy, RBO)

Serenade No. 13 in G major, K525 ‘Eine kleine Nachtmusik’

Serenade No. 10 in B flat major, K361 ‘Gran Partita’

Schubert:

Symphony No. 5 in B flat major, D485

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Symphony No. 9 in C major, D944 ‘The Great’

Sibelius:

The Tempest, Op. 109

The Oceanides, Op. 73

Night Ride and Sunrise, Op. 55

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Waltz Sequence No. 1 (from Der Rosenkavalier)

Schlagobers, Op. 70: Waltz

Wagner:

Parsifal: Prelude to Act 1

Lohengrin: Prelude to Act 1

Parsifal: Good Friday Music

RBO* = orchestre symphonique de la Radio Bavaroise / BPO* = orchestre philharmonique de Berlin / VPO* = orchestre philharmonique de Vienne / LSO* = orchestre symphonique de Londres / LPO* = orchestre philharmonique de Londres.

La comparaison entre les symphonies de Bruckner gravées de 1958 à 1964 pour Deutsche Grammophon, et celles enregistrées à la fin des années 70 avec la Staatskapelle de Dresde (dans le coffret ci-dessous) est passionnante. L’art d’un très grand chef à son apogée.

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La découverte de la musique (III) : l’été 73

Six mois après la mort brutale de mon père (dernière demeure), que faire de mon été 1973 ? J’avais fait le projet d’aller visiter la Hongrie puis la Roumanie où j’avais des « correspondants » qui, après de longs mois d’échanges de lettres, étaient impatients de voir en vrai ce jeune Français venu de l’autre côté du rideau de fer. Je m’étais renseigné sur le parcours en train, ce n’était pas vraiment l’Orient-Express, mais on n’en était pas loin. Des cousins de la famille de mon père, installés à Brie-Comte-Robert en région parisienne, habitués aux longs voyages en voiture (ils avaient fait d’incroyables trajets, jusqu’en Afghanistan !), me déconseillèrent de partir seul en train (je n’avais pas 18 ans), et me proposèrent de faire le voyage prévu en voiture. Avec un cousin de quelques années plus âgé que moi, et mélomane de surcroît.

Nous voici donc partis de Brie-Comte-Robert, le coffre de la Peugeot 204 chargé de boites de conserve et de matériel de camping, les bagages sur la banquette arrière, un lecteur de cassettes audio dernier cri.

11822239_620x465Première halte à Munich un samedi, mon cousin Pierre étant catholique pratiquant, nous repérons une église où suivre la messe le lendemain. Il est indiqué sur la porte que l’orchestre et le choeur de l’église en question joueront pendant l’office la messe dite « des moineaux » de Mozart. 

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Je trouverai vite un disque, qui ne m’a jamais quitté, de cette messe vraiment brève et de la plus imposante messe dite « du couronnement », magnifiquement dirigées par l’abbé Karl Forster chef du choeur de la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin.

Etape suivante : Salzbourg. Une visite de la ville natale de Mozart qui ne me laissera pas un grand souvenir, sauf celui de n’être pas à ma place un soir aux abords du palais des festivals où se pressent messieurs en smoking et dames en robe longue, sortant de luxueuses limousines. C’est donc cela le festival de Salzbourg ?

Sur la route, mon cousin conduit, je me charge de l’accompagnement musical. Il est plutôt musique ancienne, cantates de Bach (j’en reparlerai dans un prochain épisode), moi plutôt musique romantique ou « légère ». J’ai enregistré sur une cassette deux disques sortis au printemps 1973 et je ne me lasse pas de les réécouter.

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Je suis complètement fasciné par le traitement que Karajan réserve à la musique de ballet de Manuel Rosenthal sur des thèmes d’Offenbach Gaîté parisienne, élégance, sophistication, pure beauté de l’orchestre, sans une once de vulgarité. Je découvrirai quelques années plus tard une version encore supérieure, celle que Karajan grava avec le Philharmonia à la fin des années 50.

Quant aux Vier letzte Lieder de Richard Strauss, dans l’ultime version Schwarzkopf, que mon cousin appréciait peu, je pouvais difficilement m’en détacher. Encore aujourd’hui, c’est resté, avec Gundula Janowitz/Karajan, ma version de chevet.

Après une étape rapide à Vienne, sans concert ni musique, l’expédition continue cette fois au-delà du rideau de fer. Le passage de la frontière hongroise se fait étonnamment vite, nous avons juste un visa de transit de 48 h, nous passerons une seule nuit dans un camping de Budapest. Nous avons rendez-vous avec mon correspondant hongrois, dans la banlieue de la capitale magyare. Pas de GPS, très peu de panneaux indicateurs, peu de routes et de rues goudronnées. Je ne sais par quel miracle nous parvenons à trouver la modeste maison familiale. Le grand-père parle un peu allemand, la mère juste le hongrois, mon correspondant mal le français. Il est pressé de profiter de notre présence pour sortir dans un parc de loisirs avec bars et discothèques « à l’occidentale » sur l’île Elizabeth. Nous n’y passons qu’une petite heure, la nuit est avancée, il faut le ramener chez lui et retrouver notre camping, nous y mettrons deux heures à tourner en rond, à nous égarer. Nous promettons à S. de repasser le voir à notre retour deux semaines plus tard. Le lendemain matin, avant de mettre le cap sur la Roumanie, nous visitons le centre de Budapest, je trouve un magasin de disques, je voudrais trouver du piano, des concertos. J’ai beau dire piano, Klavier, pianoforte avec tous les accents possibles, le vendeur ne comprend pas ma demande. Au rayon Brahms, je finis par trouver quelque chose qui ressemble à ce que je cherche, mais tout le disque est écrit en hongrois (pas comme sur la pochette « internationale » ci-dessous) . Et concerto pour piano se dit zongoraverseny !

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Je découvrirai donc le 1er concerto de Brahms dans cette version hongroise pur jus.

Cela ne vaut sans doute pas les références Curzon/Szell, Anda/Fricsay ou Arrau/Giulini, mais pour moi c’est l’indissoluble souvenir d’un premier été à Budapest…

Demain suite du voyage : la Roumanie, Bucarest, la Bucovine, Enesco.

 

Le vieillard qui ne radote pas

Le mot vieillard vous choque ? Encore une preuve de notre univers coincé, compartimenté. Non Monsieur, on ne dit pas vieillard pour un vieil homme, on ne dit plus vieillard pour quelqu’un dont on respecte le grand âge et la sagesse. Senior ++++ peut-être ?

Je suis sûr que ça le ferait bien rire que je le traite de vieillard, précisément parce que ça ne se fait pas, ça ne se fait plus !

Il aura 91 ans au mitan de l’année 2016 et il court les plateaux de télévision depuis si longtemps qu’il est incrusté dans nos étranges lucarnes autant que dans nos mémoires.

Et voici que lui que j’ai peu lu, parce que je n’ai jamais pris ses livres pour de la très grande littérature, et ses romans pour des histoires dignes de grand intérêt, j’ai envie de lui dire : Merci Monsieur après avoir lu son dernier opus. Son ultime ?

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On m’objectera que Jean d’Ormesson n’a cessé de se raconter, de s’inventer des vies, des aventures – c’est le propre du romancier – Ici rien n’est paraître, tout est souvenir authentique, faussement pudique, et c’est tout le XXème siècle qui défile. Parce que le petit Jean n’a pas eu une existence ordinaire, dans une enfance heureuse trimballée de Munich à Bucarest et jusqu’au Brésil. Que la lignée paternelle a de la branche. Et que, mine de rien, l’heure approche où il lui faudra prendre congé. Il se livre comme jamais, le style est éloquence sans grandiloquence, dandysme sans cynisme. On se régale, en se disant que pareil brillant ne se retrouvera pas de sitôt dans la littérature d’aujourd’hui.

Revue de chauves-souris

L’animal est la terreur des enfants (et des adultes aussi !), l’opérette fait le bonheur des mélomanes depuis sa création à Vienne en 1874 : La Chauve-Souris, ou Die Fledermaus en allemand. Premier grand succès lyrique de Johann Strauss, qui, encouragé par Offenbach, va persévérer dans un genre qui ne lui avait pas jusqu’alors réussi. L’Opéra-Comique a pour ces fêtes remonté l’ouvrage en français. Logique si l’on sait que Strauss s’est inspiré d’un vaudeville de Meilhac et Halévy « Le Réveillon« . On va découvrir ce soir cette nouvelle production.

En attendant, revue de détail d’un ouvrage dont je crois bien connaître toutes les versions importantes au disque, et les meilleurs DVD. C’est, osons le dire, une manière de chef d’oeuvre, et il n’y a rien de surprenant à ce que les plus grands s’y soient voués (Krauss, Böhm, Karajan,  Kleiber, etc.).

Dans l’ordre chronologique

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Avec Clemens Krauss (1950) c’est la quintessence du chant viennois et d’une troupe à son apogée

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En 1954, une version qui passe pour mythique, à l’affiche alléchante, mais qui n’arrive pas à la cheville du remake viennois de 1959 : Karajan est virtuose, mais manque de grâce, et la Rosalinde d’Elisabeth Schwarzkopf est pénible à écouter (la fameuse csardas est savonnée et forcée). Gedda et Rita Streich impeccables évidemment.

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En 1959, dans la très grande stéréo Decca de l’époque, une version grand luxe, mais d’une classe, d’une élégance… et d’une nostalgie incomparables. On a reconstitué pour l’occasion un réveillon chez Orlofsky, où défilent toutes les stars présentes à Vienne avec des prestations d’anthologie, excusez du peu, de Renata Tebaldi, Mario del Monaco, Birgit Nilsson (I could have danced all night), Jussi Björling, Fernando Corena, Leontyne Price (chantant Summertime), Giuletta Simionato, Ettore Bastianini, Joan Sutherland, Teresa Berganza, Ljuba Welitsch (Wien, Wien, nur du allein). Karajan fait une démonstration de théâtre et de tendresse, avec des Philharmoniker capiteux à souhait et le meilleur cast qui se puisse imaginer: la grande Rosalinde c’est elle, Hilde Gueden, Erika Köth est l’Adele idéale et les hommes Waldemar Kmentt, Eberhard Waechter, Walter Berry sont juste parfaits, jusqu’à Regina Resnik, à qui seule Brigitte Fassbaender peut disputer le titre de meilleur Orlofsky

A la même époque, Walter Legge fait enregistrer pour EMI une nouvelle Chauve-Souris en stéréo, avec le spécialiste maison, le trop méconnu chef suisse Otto Ackermann, mais Schwarzkopf étant malade pendant les sessions d’enregistrement, c’est une obscure quoique très convaincante Gerda Schreyer qui la remplace. Le tout vaut pour la cohésion d’une équipe idéalement rodée à ce répertoire et la direction emblématique d’Ackermann.

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On confie aussi au plus célèbre des Viennois du siècle, Robert Stolz, un enregistrement qui n’apporte rien de neuf, hormis le ténor vedette Rudolf Schock.51fE-KmkUmL

Il faudra ensuite attendre quelques années pour voir refleurir de nouvelles Chauves Souris.

On se dit a priori que Karl Böhm (1969) n’est pas le plus joyeux chef qui soit pour une opérette. C’est souvent sérieux, voire retenu, et pourtant si chic, presque aristocratique. Et quelle distribution  ! (on notera que Wächter, Kmentt, Berry sont abonnés aux rôles masculins dans toutes les versions de ces années 60-70). Rien que pour la beauté irréelle de Janowitz, on doit écouter cette Fledermaus.

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Boskovsky, en 1979, remet le couvert avec les Wiener Symphoniker mais une équipe féminine un peu usée (trémulante Rothenberger, comme trop souvent, Renate Holm qui n’a vraiment plus l’âge d’une soubrette) et la première version au disque de la meilleure incarnation d’Orlofsky, Brigitte Fassbaender. Gedda et Fischer-Dieskau rééquilibrent le plateau.

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À peu près à la même époque, Deutsche Grammophon convainc Carlos Kleiber – qui dirigera en 1989 et 1992 les deux plus extraordinaires concerts de Nouvel an que Vienne ait jamais vécus – d’enregistrer cette Fledermaus avec les troupes de l’Opéra de Bavière : le meilleur monde possible avec Julia Varady, Lucia Popp, Herrmann Prey, René Kollo et Bernd Weikl, mais alors une catastrophe de taille avec un Ivan Rebroff ridicule en Orlofsky de chez Michou. Et puis la Bavière n’est pas Vienne, et quelque chose ne fonctionne pas tout à fait dans cette version de haut vol.

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Carlos Kleiber rectifiera le tir en 1987 en confiant Orlofsky à l’inimitable Brigitte Fassbaender, fort bien entourée de Pamela Coburn, Janet Perry…et de l’inusable Eberhard Waechter !

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Pour je ne sais plus quelle raison, on retrouve au milieu des années 80 Placido Domingo chantant et dirigeant  une équipe munichoise assez proche de celle de Kleiber. Pas vraiment idiomatique, mais ça tient la route !

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La décennie 90 voit surgir un superbe ratage, dû moins aux chanteurs, chevronnés et parfois séduisants, qu’au chef qui est complètement à côté de la plaque, André Previn.

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Deux ans plus tard, c’est le très savant Nikolaus Harnoncourt qui s’associe au si peu viennois Concertgebouw d’Amsterdam pour une Chauve Souris exhaustive, fouillée, mais vraiment trop bridée, sans fantaisie ni second degré.

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Et depuis vingt ans… plus rien, personne ne se risque plus à ce répertoire si aimable et simple d’apparence, si complexe et difficile de réalisation.

Autre objet à signaler, un double CD (1963) comportant une version en allemand… et son pendant en anglais (en extraits), avec des distributions improbables – mélange du Met et de l’opéra de Vienne – menées grand train par un chef trop oublié aujourd’hui, Oscar Danon : Rothenberger, George London, Risë Stevens, Adele Leigh. Dans la version anglaise, Anna Moffo et Richard Lewis.

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Un Américain de Paris

On le redoutait, le sachant malade depuis plusieurs mois : Lorin Maazel vient de mourir à 84 ans. Lui qui avait composé un unique opéra intitulé 1984 ! C’est à Paris, à Neuilly plus précisément, que naît le petit Lorin le 6 mars 1930, c’est à Paris qu’il viendra réaliser, à 27 ans, ses tout premiers enregistrements pour Deutsche Grammophon avec l’Orchestre National (à l’époque « de la RTF » puis « de France ») dont il sera l’un des prestigieux directeurs musicaux de 1977 à 1991.

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Le seul examen des fonctions qu’il a occupées durant une carrière exceptionnellement longue (le petit Maazel avait commencé à diriger à 11 ans!) donne le tournis : Londres, Munich, Vienne, Berlin, Paris, New York, Cleveland, Pittsburgh, plus récemment Valence, tous les grands orchestres, toutes les grandes scènes d’opéra. La discographie de Lorin Maazel est à l’image de sa carrière, surabondante, trop peut-être, mais avec des réussites exemplaires, parfois insurpassées.

À mes oreilles, le plus grand Maazel se trouve dans ses gravures des années 60 et 70. Plus tard l’effet l’emportera souvent sur l’inspiration, l’emphase sur le style.

Sous réserve d’inventaire, une première sélection, celle du coeur :

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Le titre de ce coffret est partiellement incorrect, puisque c’est avec le National qu’un Lorin Maazel de 28 ans gravait la 1ere et la 41eme symphonies de Mozart, toutes en énergie à défaut de subtilité. Fabuleuses 5eme et 6eme symphonies de Beethoven, juvéniles symphonies de Schubert.

C’est à la même époque, toujours avec le National, que Lorin Maazel grave deux versions jamais dépassées de L’Enfant et les Sortilèges et de l’Heure espagnole de Ravel

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Suivront pour Decca, au mitan des années 60, des intégrales des symphonies de Sibelius et de Tchaikovski, qui sont demeurées des références – même en regard des remakes ultérieurs du même chef – et sont regroupées dans un coffret qui vient de sortir :

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Du temps de son mandat de directeur musical de l’Orchestre National de France, Lorin Maazel a réalisé nombre d’enregistrements de musique française, aujourd’hui difficilement trouvables. C’est par exemple lui qui a créé et enregistré avec son dédicataire, Isaac Stern, le concerto pour violon « L’arbre des songes » de Dutilleux

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C’est au cours de la décennie 70 que Maazel réalise à Londres une somme exemplaire des opéras de Puccini, où sa direction à la fois précise et sensuelle fait merveille, avec des équipes idéales dans ce répertoire (Brilliant Classics avait naguère publié un coffret très bon marché de ces enregistrements, réédités séparément par Sony)

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Pour le fidèle du Concert de Nouvel An de Vienne que je suis, je ne peux oublier que Lorin Maazel en a été l’invité privilégié dès la « retraite » de Willy Boskovsky, de 1980 à 2005, sans toujours laisser une trace impérissable.

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La collection Decca Eloquence australienne a réédité ces derniers mois nombre d’enregistrements réalisés à Cleveland, notamment de musique française. Lorin Maazel à son meilleur !

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Impossible de parcourir une aussi riche discographie d’une traite. Il faudra y revenir, pour rendre hommage à l’un des chefs les plus incroyablement doués de sa génération, qui a parfois donné le sentiment de se laisser aller à la routine ou à la facilité, alors qu’il pouvait instantanément retrouver la fougue et l’élan de sa jeunesse.

Je garde le souvenir, il y a plus d’une vingtaine d’années, au Victoria Hall de Genève, d’un concert de tournée du Pittsburgh Symphony, dont Maazel était alors le chef. Figurait au programme la 3e symphonie « Héroïque » de Beethoven. Avec les amis de la Radio Suisse romande qui m’accompagnaient, nous craignions une lecture luxueuse mais banale, nous eûmes droit à l’une des plus magistrales et fulgurantes Eroica jamais entendues en concert…