Mouvement contraire

J’évoquais avant-hier le Théâtre des Champs-Elysées (Le Théâtre lumière). Il en est question, et pas qu’un peu, dans un ouvrage qui n’a pas grand chance de devenir un bestseller.

Le nom, le titre ne disent plus rien à personne, hormis quelques mélomanes avertis, et la couverture n’est pas la plus affriolante qui soit. Un sobre sous-titre se contente d’annoncer la couleur : Souvenirs d’un musicien.. 

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Et pourtant, ce Mouvement contraire passionne dès les premières lignes. L’auteur en est Désiré-Emile Inghelbrechtque ceux qui le fréquentaient appelaient familièrement Inghel. 

D.-E. Inghelbrecht (1880-1965), grand-père belge, mère anglaise, père musicien dans l’orchestre de l’Opéra de Paris, est non pas « le plus grand chef français de sa génération« , comme l’annonce présomptueusement l’éditeur – il y en eut quand même quelques autres d’aussi importants, Munch, Monteux par exemple ! – mais son rôle dans la vie musicale française de l’entre-deux-guerres est capital !

Ce sont ses Mémoires, publiés en 1947 et depuis longtemps introuvables, que les éditions de la Coopérative ont eu la très bonne idée de rééditer.

Ce Mouvement contraire est non seulement un document de premier plan sur la vie artistique en France durant la première moitié du vingtième siècle, mais un texte d’une grande qualité d’écriture et d’un très haut niveau de réflexion. Le titre en désigne d’emblée l’originalité formelle : le musicien raconte sa vie à rebours, en partant du présent et en remontant vers sa jeunesse. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci lui apparaît comme ayant coïncidé avec un âge d’or de la musique française. Ami intime de Claude Debussy, familier d’autres grands compositeurs comme Maurice Ravel, Inghelbrecht offre un témoignage humain essentiel sur cette période où sa carrière le conduit à participer à la renaissance de la salle Pleyel, à l’aventure du Théâtre des Champs Élysées (il est le premier titulaire du pupitre à l’ouverture de celui-ci en 1913), aux vicissitudes de l’Opéra-Comique, au renouveau ou à la création de grands orchestres français (c’est à Inghelbrecht qu’on doit la fondation, en 1934, de l’orchestre national de la radiodiffusion française, aujourd’hui Orchestre National de France).

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La vie personnelle d’Inghelbrecht fait de lui le témoin privilégié de toute la vie artistique de son temps : il est notamment le gendre du grand peintre et affichiste suisse Steinlen (1859-1923, universellement connu comme le peintre des chats), et l’époux de la danseuse-étoile et chorégraphe suédoise Carina Ari (1897-1970).

Ces Mémoires révèlent un véritable écrivain plein d’humour, capable de brosser des portraits tour à tour tendres ou cruels de ses contemporains, ainsi que de certaines figures politiques qu’il a côtoyées.

Son legs discographique est considérable, mais n’a pas bénéficié jusqu’à présent d’une réédition à la hauteur de sa réputation. Le sesquicentenaire de Debussy a certes remis au jour ses versions historiques, notamment son Pelléas

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Je reviendrai sur plusieurs chapitres de ces Mémoires « à l’envers », et des pages savoureuses, par exemple sur le concert inaugural du Théâtre des Champs-Elysées, sa première rencontre avec Debussy, ses démêlés à l’Opéra-Comique, etc.

 

 

 

 

Les lettres de Maria C.

Il y a deux ans, j’écrivais (Callas intime) :

Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas  J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse.

….J’ai acheté le très bel ouvrage que le commissaire de cette exposition, Tom Volfle très jeune homme qui est littéralement « tombé en amour », comme disent nos amis canadiens, de celle dont il ne savait rien il y a encore cinq ans.

C’est vraiment un ouvrage exceptionnel, je n’en connais pas d’équivalent sur un musicien ou même un interprète. On trouverait presque la présentation de l’éditeur trop modeste :

« A l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice, cet ouvrage nous invite à marcher dans les pas de la Callas, femme fragile et artiste acharnée de travail, en parcourant ses archives personnelles : photos inédites issus de ses albums privés, extraits de sa correspondance et de ses carnets, entretiens redécouverts où elle se livre sans fard sur sa vie, son art, les scandales qui ont jalonné son parcours. Une expérience bouleversante, au plus près de la femme que fut Maria Callas. »

On doit être reconnaissant à Tom Volf d’avoir réuni dans ce livre beau et lourd autant de témoignages, de documents – les quelques entretiens, peu nombreux, donnés à la presse par la cantatrice – de photos intimes, inédites, en évitant le piège du voyeurisme ou de l’idolâtrie. Comme un chant d’amour à une femme qui en a tant manqué derrière le masque de la légende. (30 octobre 2017)

On pensait que Tom Volf avait tout dit, fait le tour de la question Callas. Et on tombe, dans l’excellente librairie Les Mots à la boucheà Paris, sur un nouvel ouvrage :

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Peut-être plus passionnant encore que le précédent ouvrage de Tom Volf.

« Un jour, j’écrirai mon autobiographie, je voudrais l’écrire moi-même afin de mettre les choses au clair. Il y a eu tellement de mensonges dits sur moi…»
Sont ici réunies plus de 350 lettres inédites couvrant trois décennies (1946-1977) et les Mémoires inachevés de Maria Callas.
De son enfance modeste à New York aux années de guerre à Athènes, de ses discrets débuts à l’opéra aux sommets d’une carrière planétaire entachée par les scandales et les épreuves personnelles, de l’amour idéalisé pour son mari à sa passion enflammée pour Onassis, la légende Callas se dévoile, tantôt Maria, la femme vulnérable, déchirée entre la scène et sa vie privée, tantôt Callas, l’artiste victime de son exigence, en perpétuelle bataille avec sa voix, et qui, malgré la solitude parisienne des dernières années, continue de travailler sans relâche jusqu’à son dernier souffle, à l’âge de 53 ans.

Toutes les lettres ne sont pas d’un égal intérêt, mais elles expriment si bien, si justement, la réalité d’une vie d’artiste, l’isolement de la star parvenue au faîte de sa gloire, qui voit sa confiance trahie par ses plus proches, son besoin d’amour (magnifiques pages sur Aristote Onassis) bafoué, et son inquiétude fondamentale jamais apaisée. Un ouvrage nécessaire. Salutaire.

 

Harold en Russie

Sesquicentenaire de sa mort oblige Berlioz fait l’actualité : c’est le 8 mars 1869 que le French revolutionary meurt à Paris…

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Une longue interview de « Monsieur Berlioz » alias Bruno Messina dans Le Monde de ce jour, au titre intrigant : Berlioz a cessé d’être ringard. Singulier, original, révolutionnaire oui, mais ringard vraiment ?

On ne se plaindra pas de l’abondance de nouveautés et de rééditions discographiques (voir Berlioz Complete works).

Par exemple de cette oeuvre si singulière qu’est Harold en Italie, « Symphonie en quatre parties avec alto principal »

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Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires

« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »

71K0uCc7g9L._SL1200_Dernière nouveauté, Tabea Zimmermann, qui avait déjà gravé Harold deux fois avec Colin Davis

On avait croisé Antoine Tamestit à la Côte Saint-André la veille de son concert avec John Eliot Gardiner. L’altiste français explique, de façon lumineuse, son rapport à l’oeuvre (Bachtrack, 11 février 2019)

« Harold en Italie est parfois mal compris, comme peut l’être la musique de Berlioz. Mais c’est un chef-d’œuvre où le génie inventif et créatif du compositeur se donne libre cours. À mes débuts, cette œuvre n’emportait pas totalement ma conviction. Je la trouvais un peu lourde et longue… le comble pour un altiste soliste français ! Mais les rencontres avec les chefs que sont Marc Minkowski, Valery Gergiev et surtout Sir John Eliot Gardiner ont fait évoluer mon approche : j’ai commencé à l’aborder comme un opéra, où je devrais apprendre à incarner un rôle, celui d’un voyageur inspiré, sensible et profond, à l’image de Berlioz peut-être….

Quand j’ai été conduit à l’interpréter, plusieurs facteurs m’ont fait évoluer : l’entendre jouée sur des instruments d’époque – ce qui provoque un changement profond de toute la couleur et donc de l’expression – a d’abord modifié ma perception. L’effet est réellement différent chez les cuivres mais aussi pour le son des cordes les plus aiguës. Les cuivres naturels et les cordes en boyau pur apportent plus de douceur, ce qui aide l’équilibre général, et donne une sonorité gagnant en couleur ce qu’elle perd en lourdeur. Berlioz maîtrise l’orchestration et provoque des mariages d’instruments inattendus, créant une atmosphère à ce point nouvelle qu’il me semble presque y voir l’apparition de l’impressionnisme…

Ma compréhension du rôle de l’alto solo a, elle aussi, beaucoup évolué. Bien sûr nous n’avons pas là un concerto romantique traditionnel, mais ce que Paganini n’a peut-être pas su comprendre, c’est que l’altiste est Harold (qui est Hector lui-même ?) et doit jouer un rôle prépondérant dans cette fresque dramatique qui retrace le séjour artistique si décisif de Berlioz en Italie. Il m’a fallu du temps pour ressentir les expressions cachées derrière chaque intervention de l’alto, et même ses sentiments pendant les tutti durant lesquels il se tait ! Il évolue de la mélancolie au bonheur, à la joie et même la fierté, en passant par la spiritualité et la foi, l’enthousiasme, l’amour et même l’angoisse et la peur, avant de finir bienheureux au sein d’un… quatuor ! »

Adolescent, j’ai découvert l’oeuvre avec une version vinyle que j’ai toujours trouvée exceptionnelle, idiomatique, alors qu’elle était a priori très éloignée des canons établis par les chefs estampillés « berlioziens »…J’ai longtemps déploré que ce disque soit devenu introuvable. Il n’a été édité qu’assez récemment et un peu en catimini en CD :

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L’alto de Rudolf Barchai (1924-2010) y est incroyablement poétique, il « est » littéralement le personnage de Harold, et la direction de David Oïstrakh continue de m’éblouir à chaque écoute. Dommage que cette version admirable ne soit jamais et nulle part citée comme référence, ni même citée tout court…

 

 

 

Le golfe du Bengale, Pivot, Mauriac et Sibelius

Après avoir crapahuté au milieu des plants de thé (Ma tasse de thé), sur les hauteurs de Horton Plains (Dans les Highlands cingalaisêtre redescendu voir les éléphants (La grâce des éléphants) puis remonté à 1000 mètres d’altitude passer une nuit au milieu d’une Rain Forest, je profite d’un week-end de farniente (même si ce terme n’a plus de sens depuis qu’on est connecté partout et tout le temps !) au bord de la mer du Bengale.

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IMG_2033Loin de toute concentration touristique, au gré des départs et des retours des embarcations de pêche.

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J’ai emporté quelques livres, téléchargés pour les plus volumineux, « physiques » pour les plus légers. Comme souvent, des livres commencés en parallèle, dont j’interromps et reprends la lecture selon l’humeur du moment.

Comme ces faux mémoires de Bernard Pivot.

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Des souvenirs par bribes, la nostalgie parfois d’un journalisme qui fut longtemps le sien et qui n’est plus.

De son professeur au Centre de formation des journalistes :  » Je lui dois ma méfiance pour le premier mot qui vient vite sous la plume, un autre étant peut-être plus exact ou moins convenu. Je lui sais gré de m’avoir appris à commencer un article par une phrase qui intrigue ou bouscule le lecteur… »

Je souriais en lisant ce « conseil ». En des termes presque identiques, et sans avoir jamais été journaliste moi-même, je n’ai cessé de le prodiguer (jusqu’au harcèlement ?) à celles et ceux avec qui je travaille. Même pour un banal communiqué de presse, un texte de présentation, une notice de programme. Ou pour un article de blog ! Combien de fois ai-je renoncé à un papier, parce que je ne trouvais pas l’entame, le premier mot, la première phrase ! (ah ces premières phrases dont Laurent Nunez a fait un excellent bouquin L’énigme des premières phrases). 

Je reviendrai au bouquin de Pivot. Parfait pour les vacances. On l’ouvre à une page au hasard : en quelques lignes, il dessine un univers, met en scène un personnage, une époque.

C’est l’un de ses chapitres – Mauriac ou le denier du culte  – qui m’a d’ailleurs donné envie d’ouvrir l’imposante biographie de Mauriac signée Jean-Luc Barré. Pivot raconte que, pour les 80 ans de l’illustre académicien, « le sacre du dernier grand écrivain régnant » (Jean-Luc Barré), Le Figaro avait décidé d’offrir un cadeau à son chroniqueur : Tous les collaborateurs du journal furent priés de verser leur obole afin que le présent témoignât d’une admiration et d’une affection collectives. Admiration, oui, affection, non : je refusai de participer à la collecte/…/L’auteur des Nouveaux mémoires intérieurs était un fameux journaliste. Mais aussi un confrère distant et froid/…./Pas une seule fois, en six ou sept années, il ne poussa la porte du salon du premier étage où étaient réunis les rédacteurs de son journal, celui dans lequel il écrivait chaque semaine : Le Figaro Littéraire/…../Je crois qu’il n’avait pour nous que de l’indifférence…

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Plongé dans mes lectures, quand je ne me baigne pas dans une mer aussi chaude que l’air, j’écoute la musique téléchargée sur mon téléphone portable… et je lis les échanges souvent savoureux, parfois musclés, de mes amis critiques sur Facebook. À propos de l’intégrale des symphonies de Sibelius qui vient de sortir – et que je n’ai pas écoutée -, la première d’un orchestre français, celle de Paavo Järvi avec l’Orchestre de Paris. 

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Extraits : JCH Enfin reçu, mais pas convaincu par la 3e Symphonie que je viens d’entendre….

HM Faut dire que la 3e est sans doute celle qui convient le moins à Järvi. Barbirolli y a, de toute manière, réglé la question.

PB J’ai trouvé que c’était celle qui lui convient le moins mal …

MC Berglund/Bournemouth et Blomstedt/San Francisco (très sous-évalué)

GR Pour la Sibelius-3, de mon avis à écouter la version magnifique de Mravinsky/Leningrad et enrégistré en 1963.

PYL La 3è de Sibelius de Mravinsky est l’un des trésors les plus surcotés de toute la discographie sibélienne. C’était vraiment pas son truc, Sibelius.

JPR Histoire de relancer le sujet 🙂 quelqu’un sait pourquoi c’est la seule symphonie de Sibelius ( la 3ème) que Karajan n’a jamais enregistrée ?

PYL il ne la sentait pas cette symphonie intermédiaire, comme beaucoup de sibéliens de la première heure tel Ormandy.

RL C’est curieux cette manière de surinterpréter: Karajan a d’abord laissé la place à Okko Kamu, qui avait gagné le prix Karajan (il en a même été le premier récipiendaire en 1969). Les quatre disques de Kamu chez DG, avec Berlin ou Helsinki, sont superbes, dans mon souvenir.

PYL Le plus grand interprète de cette 3e reste Tauno!

RL « le plus grand », « le plus grand », ça veut dire quoi ? C’est juste ta version préférée 🙂

On ne s’ennuie pas sur Facebook quand on aborde un sujet aussi sérieux que la 3ème symphonie de Sibelius !

J’ai donc réécouté deux versions de cette symphonie que j’ai sur mon smartphone. Celle du jeune Okko Kamu – dont il est question dans l’échange ci-dessus – plutôt rustaud, moins intéressant que dans mon premier souvenir.

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Et puis surtout, celle de Lorin Maazel gravée à Vienne au mitan des années 60, qui fut pour moi celle de la découverte des symphonies de Sibelius, un coffret que j’avais trouvé, il y a plus de quarante ans, dans une véritable caverne d’Ali Baba aux Puces de Saint-Ouen.

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Maazel a refait une intégrale Sibelius à Pittsburgh au début des années 90. Il est de bon ton de la trouver moins réussie que la viennoise. Voire.

L’aventure France Musique (II) : L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Comme promis suite du premier volet : Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I).

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Du changement du côté de la direction

Auprès de Claude Samuel, un changement important s’est opéré en cette rentrée 1993: son adjoint à la Direction de la musique, Stéphane Martin – croisé brièvement à Aix-en-Provence en juillet – quitte Radio France pour être bientôt le directeur de la musique du Ministère de la Culture (un poste occupé jadis par Maurice Fleuret, le véritable créateur de la Fête de la Musique auprès de Jack Lang). Stéphane Martin deviendra, en 1998, l’inamovible patron du Musée du quai Branly à la demande de Jacques Chirac. Il est remplacé, auprès de Claude Samuel, par Olivier Morel-Marogerqui devient vite un complice et un ami et qui sera mon lointain successeur à la direction de France Musique (de 2011 à 2014).

Les producteurs et les équipes de France Musique commencent à rentrer, la plupart sont curieux de découvrir cet inconnu nommé « Délégué aux programmes » (un titre tellement incompréhensible que le successeur de Jean Maheu à la présidence de Radio France, Michel Boyon, me renommera « directeur délégué de France Musique… et des programmes musicaux de Radio France » !).

Hypothèses et rumeurs

Certains de ceux que j’ai connus lors de la journée commune F.M./Espace 2 (cf.  L’aventure France Musiquese réjouissent de mon arrivée, à laquelle, me confient certains, ils ne seraient pas étrangers. M’ayant fait comprendre ce que je leur dois, ils comptent sur moi pour changer les choses… pour les autres, préserver voire augmenter leur pré-carré, égratignant l’équipe sortante et surtout Claude Samuel… dont je dois me méfier !!

En réalité, ils ne comprennent pas pourquoi j’ai été nommé, pourquoi moi… et comme il faut bien inventer une explication quand les faits sont trop simples, j’apprendrai quelques semaines plus tard que j’ai été poussé là par le ministre RPR de la Culture d’alors, Jacques Toubon – d’ailleurs tout le monde sait que je suis RPR !! (lire sur mon passé « politique » Les années Bosson) – pour contrebalancer l’influence de Claude Samuel réputé de gauche. Evidemment je n’ai jamais rencontré Toubon auparavant, encore moins bénéficié de l’appui de quiconque au gouvernement ou dans un parti. Le seul ami que j’ai, dans le gouvernement d’Edouard Balladur, est le maire centriste d’Annecy, Bernard Bossonministre de l’Equipement, des Transports et du Tourisme, avec qui je suis en froid depuis quelques mois, et à qui j’apprendrai ma nomination, une fois installé à Paris…

Je suis trop attaché à ma liberté, à mon indépendance, pour ne jamais avoir dépendu, dans ma vie professionnelle comme dans mon activité publique, de quelque « piston », réseau, obligation que ce soit. J’ai parfois payé le prix de cette indépendance – le chômage, l’incertitude, la défaite électorale – mais je ne l’ai jamais regretté.

Première visite des studios

L’une des premières choses que je demande à faire, dès mon arrivée dans la Maison ronde, est de visiter les studios de la chaîne. Il y a 25 ans, ceux-ci ne sont pas, comme aujourd’hui, installés au coeur des chaînes, mais dans ce qu’on appelle encore « la petite couronne », autrement dit dans l’espace situé entre la maison ronde telle que tout le monde la connaît de l’extérieur, et la tour centrale. Double explication : l’isolation phonique – puisque pas de contact avec l’environnement urbain – et les impératifs de Défense nationale !

Je « descends » donc – comme je le ferai quasi quotidiennement, week-ends compris, pendant près de six ans – voir les studios où se déroule l’essentiel des émissions de France Musique. Je salue les présents – je mettrai un peu de temps à comprendre les fonctions réelles de ceux que je croise, « chef de cabine », « chargé de réalisation », speaker ou speakerine, chargé(e) du relevé des droits d’auteur, technicien(ne)s, assistant(e)s de production. Bref, rien que de très normal pour un patron de chaîne ! J’apprendrai avec surprise – la rumeur court vite dans les couloirs circulaires de la Maison ronde ! – que j’ai fait très fort avec cette simple visite : mes prédécesseurs ne descendaient jamais en studio !

L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Début septembre, j’ai suggéré à Claude Samuel – qui n’est pas très chaud – une rencontre entre lui, les producteurs de France Musique et du programme musical de France Culture (je reviendrai plus tard sur cet étrange « état dans l’Etat ») et moi, histoire de faire les présentations, d’expliquer un peu comment nous allons travailler et avec quels objectifs. Là encore, je découvrirai que ce genre de rencontre collective est une première (sauf par temps de grève !)

L’assemblée est nombreuse, intimidante.. et intimidée. Il faut un peu de temps pour que les questions sortent, on n’est jamais trop prudent surtout face à une nouvelle direction qui pourrait prendre ombrage de certaines impertinences. Mais en filigrane, on comprend bien que les producteurs veulent savoir ce qui va changer, puisque le directeur de la musique – qui a la tutelle des chaînes – n’a pas changé. Je m’entends répondre – ce que je pense vraiment – que :

  • si Claude Samuel a fait appel à moi, c’est peut-être parce que je peux apporter une expérience, des idées, une perspective
  • mais qu’il ne saurait y avoir, entre lui et moi, plus que « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes ».

On me reprochera souvent cette remarque. Comme si, dans une équipe, on avait une chance quelconque de faire évoluer les situations, de faire bouger les choses, dans un conflit ouvert, public, entre numéro 1 et numéro 2.  Toute mon expérience – même si je n’ai que 37 ans lorsque je prends mes fonctions – tant professionnelle, à la Radio suisse romande, que politique, comme Maire-Adjoint de Thonon-les-Bains, me dit qu’il n’y a pas d’autre voie que la force de persuasion, le pouvoir de conviction qu’on exprime dans une équipe et qui emporte – ou non – l’adhésion à une idée, un projet, un changement.

En tout cas, en cette rentrée 1993, je n’ai pas le sentiment de commencer une course d’obstacles, même si je percevrai vite l’incroyable lourdeur de l’organisation d’une Maison qui tient plus d’une administration de type soviétique que d’une entreprise de médias. Et je ne tarderai pas à croiser de fortes têtes. Portraits pour bientôt…

 

 

 

 

Mises au poing

Dès l’adolescence, a fortiori pendant mes années estudiantines, j’ai été un lecteur assidu des hebdomadaires qui faisaient poids dans le paysage politique français, L’Express de JJSS et Françoise Giroud, Le Nouvel Obs de Jean Daniel, plus épisodiquement du Point de Georges Suffert.

Inutile de verser dans la nostalgie d’un supposé âge d’or du journalisme, les grandes plumes, qui faisaient la fierté, la réputation et souvent la ligne de ces journaux, ont disparu, à quelques rares exceptions près. Giroud, Imbert, Revel… 

Au Nouvel Obs, devenu L’Obs, on laisse encore, par intermittences, le cacochyme Jean Daniel (bientôt 98 ans !) soliloquer avec lui-même. Je n’ai jamais aimé les prêches du vieil homme… mais il n’a jamais été remplacé comme éditorialiste, comme le souligne cruellement Aude Lancelin dans son essai-règlement de comptes au vitriol : Le Monde libre

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L’Express, j’ai fini par laisser tomber, j’aimais bien, de temps à autre, les saillies de Christophe Barbier, nettement moins bon dans son vrai-faux feuilleton de la Macronie.

Marianne, je n’ai jamais accroché au style, à la mise en pages, quelque amitié que j’aie pour Joseph Macé-Scaron, qui en fut un temps le directeur de la rédaction.

Finalement retour au Point, Franz-Olivier Giesbert survit dans le désert éditorial de la presse hebdomadaire. Le Point qui ose encore afficher des positions discordantes (cf. l’affaire récente de sa une : Quand les soutiens d’Erdogan s’en prennent au Point)

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Le numéro de cette semaine est particulièrement riche.

Deux entretiens décapants, l’un avec l’ex-secrétaire général de Force OuvrièreJean-Claude Mailly, l’autre avec le penseur allemand Peter Sloterdijk (prononcer Slo-ter-daille-k).

Du premier, des confessions cash sur sa centrale syndicale, les politiques qu’il a côtoyés, rencontrés pendant quinze ans, aucune langue de bois dans ses portraits de Hollande, Macron, Sarkozy… et de ses collègues de la CGT ou de la CFDT. Des éléments intéressants, inédits même, sur les lois El-Khomry et les ordonnances Macron sur le travail…

Et du second, pas une ligne, pas une réflexion qui ne mérite d’être lue, digérée, considérée. Sur l’Europe, sur la politique, une analyse, des perspectives, décoiffantes et nécessaires. A lire absolument…

« L’Europe est un centre de réadaptation où l’on apprend à 500 millions de perdants comment exister, se redresser dans un monde post-héroïque »…. Le problème de la politique, aujourd’hui, c’est qu’elle est mue par l’idée compulsive, enfantine, du remplacement ».

Et puisque je citais Jean-François Revel, qui m’a beaucoup nourri avec ses divers essais, une belle réédition dans la collection Bouquins de ses Mémoires. Pour qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de l’histoire mouvementée du XXème siècle, une somme.

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La découverte de la musique (VI) : le cor des Alpes et Karajan

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Avant de poursuivre le récit de mon été festivalier de 1974 (Lucerne), une précision géographique qui n’est pas sans rapport avec la musique. La petite ville du centre de la Suisse est située au bord du lac des Quatre Cantons (Vierwaldstättersee), protégée par deux montagnes familières aux Lucernois : le Pilatus ci-dessus, et le Rigi ci-dessous.

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Animant un jeu de culture musicale le samedi matin, à la fin des années 80, sur la chaîne culturelle de la Radio suisse romande (Espace 2), j’étais toujours en quête d’anecdotes, de musiques méconnues. J’avais reçu de l’éditeur suisse Claves un CD auquel je n’avais guère prêté attention (le titre et la couverture n’y incitaient pas vraiment) et que j’ai fini par ouvrir, en panne d’inspiration.

J’ai alors découvert que c’est au cours d’un séjour sur les pentes du Rigi que le jeune Brahms a entendu une sonnerie de cor des Alpes (Alphorn), qu’il a reproduite sur une carte postale qu’il a envoyée à Clara Schumann… et qu’il a ensuite utilisée telle quelle dans le finale de sa Première symphonie !

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Un souvenir plus récent : au cours d’une séance d’Ecouter la musique consacrée à la 1ere symphonie de Brahms à Liège, le cor solo de l’Orchestre, Bruce Richards, nous avait fait la surprise de jouer ce fameux thème sur un authentique cor des Alpes !

Revenons à l’été 1974 et au Festival de Lucerne.

Ma mémoire a fait un tri dans les concerts qui ne m’ont pas marqué ou déçu. L’un des temps forts du Festival devait être le concert de Yehudi Menuhin – les concertos pour violon de Bach avec les Festival strings, placidement dirigés par Rudolf Baumgartner. J’ai déjà raconté (lire Quelque chose de Menuhin) ma déception, et ma surprise le lendemain.

Le festival de Lucerne déborde largement sur septembre, mais la perspective de la rentrée scolaire pour mes deux soeurs plus jeunes (ma rentrée universitaire était pour début octobre) obligeait la petite famille à rentrer en France. J’ai tout de même pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage (cf. mon billet d’hier). Je me suis rattrapé depuis…

Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé. C’est aussi avec cet orchestre qu’il réalisera, trois mois avant sa mort prématurée, en septembre 1950, l’un des disques les plus parfaits de Dinu Lipatti, un 21ème concerto pour piano de Mozart, pour l’éternité !

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