J’ai longtemps évité l’Italie. A part quelques incursions professionnelles à Florence ou Milan dans mes jeunes années, j’ai attendu la maturité pour rattraper le temps perdu, et depuis une vingtaine d’années je découvre, voyage après voyage, les inépuisables réserves de beauté de ce pays où je pourrais avoir mes origines.
Lors de vacances dans le nord-est de l’Italie, à peine déconfinée de la première vague du Covid, en août 2020 (lire Donizetti, Abbado et Ferrare), j’avais largement parcouru l’Émilie Romagne, mais évité Bologne, dont je pensais – à juste titre – qu’elle méritait un arrêt prolongé, et plus qu’une visite rapide d’une journée.M’y voici enfin pour y finir l’année 2023.
La ville, son centre historique, sont somptueux, mais j’y reviendrai plus tard.
Le hasard a fait que, tout juste arrivé hier, je passe devant le Palazzo Sanguinetti, siège du Musée international et Bibliothèque de la musique de Bologne. J’avais une heure et demie devant moi avant sa fermeture, et c’est peu de dire que je ne m’attendais pas à une telle richesse historique et documentaire. J’avais oublié combien Bologne avait été un centre musical exceptionnel, singulièrement depuis l’époque de Giovanni Batista Martini, dit le Padre Martini.
Je propose donc un petit feuilleton sur Bologne et la musique tels que je le découvre ces jours-ci.
Giovanni Battista Martini, dit Padre Martini (1706-1784)
Martini que ses fonctions ecclésiastiques attachaient à sa ville natale et empêchaient de voyager, assouvit sa curiosité sans limite, en invitant à Bologne tous les talents de l’Europe du XVIIIe siècle, en correspondant avec eux, en rassemblant près de 17.000 ouvrages exceptionnels !
On est évidemment saisi d’émotion et d’admiration quand on peut contempler, dans ce musée, non seulement des portraits familiers de ses contemporains – Vivaldi par exemple – mais aussi et surtout des partitions, des éditions uniques ou rares.
Amusant de trouver sur YouTube ce bref reportage tourné avec Jakub Jozef Orlinski à Bologne au printemps 2022.
Dans la bibliothèque du Padre Martini, des portraits saisissants de Jean-Philippe Rameau
Puisque que, grâce à France 2, puis France 3, dans les journaux télévisés du 4 mai,
nul n’ignore plus que j’ai passé ce week-end à Londres avec mon petit-fils, je me sens comme une obligation de raconter comment nous avons vécu l’événement du couronnement de Sa Majesté le roi Charles III et de son épouse la reine consort Camilla.
La décision de Londres a été prise au dernier moment, je pensais que cela plairait à mon petit-fils en vacances de découvrir Londres à l’âge auquel je l’avais moi-même fait, et dans une circonstance ô combien exceptionnelle.
Outre la surprise de la télévision française nous cueillant à la sortie de l’Eurostar, nous eûmes le même soir celle de croiser sur le trottoir devant l’hôtel le Français le plus anonyme de Londres et le plus célèbre de France, l’invisible Jean-Jacques Goldman. Oui le vrai !
Décalage
On nous avait tellement annoncé l’effervescence qui s’emparait de la capitale britannique, des flots de touristes qui allaient s’y déverser, que j’ai été le premier surpris, d’abord de la facilité à trouver des places dans l’Eurostar, puis dans un hôtel de moyenne catégorie près de St.Pancras, et surtout du peu de cas qu’on semblait faire du couronnement de Charles III, en dehors de quelques artères très centrales de Londres (comme ci-dessous Regent Street)
Je me rappelle, tant pour les jubilés d’Elizabeth II que pour les mariages de William et Harry, la frénésie qui s’était emparée de tous les magasins de souvenirs. Rien de tel ici, j’ai même eu de la peine à trouver pour mon petit-fils un mug souvenir de cette journée.
Aucun d’entre nous, sauf peut-être ma mère qui a assisté, à Londres, au couronnement d’Elizabeth en 1953, n’a d’élément de comparaison quant à la cérémonie elle-même, censée être plus courte pour Charles que pour sa mère. N’eût été une partie musicale d’une exceptionnelle qualité, on se serait royalement ennuyé à ce cérémonial d’un âge vraiment révolu, même si les commentaires, brefs, concis et informés, des chaînes anglaises sur lesquelles on a regardé le couronnement, étaient de nature à informer le téléspectateur de 2023.
À mon petit-fils qui me demandait pourquoi Harry n’était pas avec son père, placé plusieurs rangs derrière son frère William, je fus bien incapable de donner une réponse convaincante. Au moins Charles aurait-il pu réunir ses deux fils sur le balcon de Buckingham, ça aurait eu de la gueule !
Nous étions allés faire quelques repérages vendredi après-midi – il faisait encore beau temps ! – dans les alentours du Mall et de Buckingham Palace, nous avons été enfermés une heure durant dans le parc de St James, les milliers de piétons que nous étions étant empêchés de traverser aux rares points de passage, puisque la priorité semblait être de laisser passer les quelques voitures, officielles ou non, qui pouvaient circuler dans le secteur. Je préfère ne pas me demander ce qui se serait passé si la foule avait été plus pressante ou si un fou s’y était baladé avec un couteau (puisque personne n’était contrôlé). Bizarre conception de la gestion de foule…
Mais j’aime l’Angleterre, où je n’étais plus revenu depuis 2014. Et j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à montrer à celui que France 2 a appelé Gabriel, des lieux qui me sont familiers
J’ai aussi constaté les ravages du Brexit, l’inflation galopante. Quelques discussions avec des vendeurs, des serveurs de restaurant, des employés de monuments historiques ou d’attractions, m’ont confirmé que le Royaume-Uni traverse une très mauvaise passe et que les temps sont très durs pour tout le monde. Tout est incroyablement cher, l’entrée d’un musée, un simple repas… Il est très loin le temps où on venait faire ses emplettes du côté de Jermyn Street ou de Covent Garden.
Je reviendrai une autre fois sur les musiques jouées pendant ce couronnement. Notons tout de même qu’il n’y a que les Britanniques qui soient capables d’aligner autant de talents, de parer leurs cérémonies d’autant de musique.
Stephen Hough
Je me réjouissais d’entendre Stephen Hough jouer, jeudi soir, au Royal Festival Hall, le 3ème concerto de Beethoven, aux côtés du Philharmonia, dirigé par un chef que je ne connaissais pas, Ryan Bancroft.
Disons pudiquement que je n’ai guère été convaincu par le chef, un peu surpris, sans aller jusqu’à la déception, par le jeu et les partis-pris du pianiste. Pas grave, mon petit-fils aura apprécié le grand son du Philharmonia et l’acoustique idéale du Royal Festival Hall.
Menahem Pressler (1923-2023)
Au moment de boucler cet article, j’apprends la disparition de Menahem Pressler, à quelques mois de son centenaire. J’y reviendrai bien sûr, mais j’ai déjà beaucoup écrit sur le fondateur du légendaire Beaux-Arts Trio. Dernier grand souvenir, partagé par le public du Festival Radio France à Montpellier, en juillet 2016, deux jours après l’épouvantable attentat de Nice : La réponse de la musique
Et à peu près complètement occulté Menuhin le chef d’orchestre !
Mozart
Dans le numéro de juin de Diapason, c’est pourtant Yehudi Menuhin chef d’orchestre qu’Hugues Mousseau a retenu pour son papier très documenté sur l’interprétation et la discographie d’un tube du répertoire d’orchestre, la symphonie n°41 dite « Jupiter » de Mozart.
Hugues Mousseau écrit ceci : « Menuhin trouve dans le Sinfonia Varsovia (Virgin, 1989) un ensemble servant à merveille l’effervescence de son approche. À un Allegro vivace dont la virulence prend appui sur une imparable pureté de style, répond un Andante cantabile aux contours fuyants, exempt de cette componction dans laquelle l’engluent tant de chefs. Après un Menuetto qui captive par sa rumeur de plein air, le Molto allegro tient toutes les promesses du premier mouvement : il exulte, rayonne, Menuhin y exalte l’esprit des Lumières. »
On retrouve les mêmes qualités, le même esprit dans une série magnifique d’enregistrements (ouvertures, symphonies 35 à 41, concertos) réalisés par Yehudi Menuhin à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne et du Sinfonia Varsovia. Dans un coffret heureusement disponible.
À 79 ans, Yehudi Menuhin n’avait rien perdu de cette vision lumineuse, juvénile, de Mozart comme en témoigne ce rare document de concert :
Schubert
J’ai déjà évoqué les deux intégrales des symphonies de Schubert, gravées à vingt d’ans d’intervalle, qui, j’en suis sûr à peu près certain, tiendraient les premières places lors d’une écoute comparée à l’aveugle (lire Schubert à Santorin)
« …d’autres pépites de ce coffret ravivent le souvenir d’un musicien – Yehudi Menuhin – qui m’a toujours plus convaincu comme chef.. que comme violoniste (en tous cas dans les trente dernières années de sa carrière). Notamment dans une intégrale des symphonies de Schubert, gravée dans les années 60 avec la crème des musiciens londoniens (réunis sous l’appellation de Menuhin Festival !). Je possède et connais nombre d’intégrales de ces symphonies (presque toutes ?). Je me demande si celle-ci (à ne pas confondre avec celle que Menuhin a faite, vingt ans plus tard, avec le Sinfonia Varsovia) n’est pas tout simplement idéale : juvénile, tendre, vraiment romantique dans les premières symphonies, et que tout cela chante, dans des tempi parfaitement équilibrés. Qu’on en juge :
Là où tant de chefs plombent la 4ème symphonie – impressionnés par son surnom de Tragique ? Menuhin, des années avant Harnoncourt et ses audaces, fait virevolter le troisième mouvement, un authentique scherzo
Dans la 9ème symphonie, elle aussi trop souvent longue, et si peu divine, sous maintes baguettes illustres (cf. les « divines longueurs » dont l’aurait gratifiée Schumann), on entend ici un 1er mouvement qui chante et vit dès la première phrase du cor et s’anime prodigieusement pour ne jamais laisser retomber l’intérêt.
Retour à la première symphonie, et à son 2ème mouvement, un authentique andante schubertien, qui avance d’un bon pas, danse et musarde dans l’insouciance
La seconde intégrale avec le Sinfonia Varsovia est du même niveau… elle est devenue introuvable !
Beethoven
Menuhin dirigeant Beethoven, c’est l’un de mes grands souvenirs du Festival Radio France à Montpellier en 1996. Pour les 80 ans du violoniste/chef, invitation lui avait été faite de diriger l’intégrale des 9 symphonies avec le Sinfonia Varsovia.
Intégrale splendide parue d’abord sous étiquette IMG, puis reprise dans la collection Apex. Devenue elle aussi introuvable !
Même pour le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven (lire Beethoven 250) personne n’a songé à les rééditer
Nielsen, Vaughan-Williams, Wagner…
Mais Lord Menuhin ne s’est pas arrêté aux grands classiques.
Menuhin a laissé des versions – bien entendu jamais citées nulle part ! – éloquentes, creusées, chaleureuses, de deux monuments si difficiles à bien réussir, la Siegfried Idyll de Wagner et la Nuit transfigurée de Schoenberg.
Quand Yehudi Menuhin se met à Dvořák, il donne l’une des versions les plus inspirées – et Dieu sait si les références abondent ! – de la 8ème symphonie (la Sérénade pour cordes n’est pas mal non plus)
Pour celui qui peut se targuer d’avoir enregistré son concerto sous la baguette du compositeur,
Elgar n’a pas de secret. Il donne des deux symphonies des versions puissamment lyriques, mais évitant tout empois victorien.
Alors ? Menuhin chef négligeable, médiocre ?
Peut-on demander à Warner de nous redonner, dans un coffret complet, ces trésors qui, à quelques exceptions près, dorment dans les archives ou ne se trouvent qu’au compte-gouttes chez des vendeurs de seconde main ?
Le beau portrait discographique qui a été réalisé en 2016 pour le centenaire du violoniste serait enfin complété.. et justifié !
Rappelez-vous, le (re)confinement de tous les lieux accueillant du public, c’était le 30 octobre 2020 ! Le 11 novembre je commençais une série : Les raretés du confinement, dont je n’imaginais pas qu’elle durerait six mois…
Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas cette chronique musicale d’un confinement inédit, d’une période que nous mettrons du temps à analyser, digérer, dépasser.
Retour sur la dernière décade.
13 mai : l’Ascension de Gardiner
Une oeuvre qui s’impose en ce jour de l’Ascension : la cantate BWV 11 de Jean-Sébastien Bach « Lobet Gott in seinen Reichen » (Louez Dieu dans ses royaumes) est créée et dirigée par le compositeur le 19 mai 1735 à Leipzig pour l’office de l’Ascension.Ici dans une version exaltante de John Eliot Gardiner
Je reparlerai très bientôt du chef anglais qui bénéficie d’un somptueux coffret rééditant l’ensemble de ses enregistrements pour Deutsche Grammophon et Archiv Production (de Bach.. à Lehar !
14 mai : mes années disco
Tandis que je revenais sur les lieux de mon enfance et de ma famille paternelle (Retour aux sources) j’apprenais la disparition d’un homme de la nuit, Jean-Yves Bouvier, que j’avais bien connu pendant mes années disco. Ces quelques mois, au tournant des années 70/80, où l’on pouvait danser jusqu’au bout de la nuit sur les pistes de discothèques aujourd’hui disparues.
15 mai : il pleut sur Nantes
Visitant Nantes ce matin – où je n’étais pas revenu depuis 2015 – j’avais oublié le terrible incendie survenu il y a moins d’un an, le 18 juillet 2020, à la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul (L’incendie de la cathédrale de Nantes) qui, à la différence de l’incendie de Notre-Dame de Paris, a ravagé les grandes orgues Girardet de 1621.
Il pleuvait sur Nantes ce jour-là, les magasins étaient encore fermés. Et je ne pouvais empêcher l’entêtante et bouleversante chanson de Barbara – Nantes – de se replacer dans une partie de ma mémoire dont elle n’est jamais partie.
16 mai : Martinon à Chicago
Un tube tellement ressassé, le Boléro de Ravel. Et pourtant on tend l’oreille, on est porté, transporté par l’extraordinaire version – trop peu connue – de Jean Martinon (lire : Martinon enfin. Jean Martinon fait briller le Chicago Symphony Orchestra de tous ses feux. Ravel plus sensuel que jamais
17 mai : encore un peu de Martinon
Après mon marché du week-end (Marchéde printemps) quelques pépites ajoutées à ma discothèque ou redécouvertes, comme cette extraordinaire série d’enregistrements de Jean Martinon à Chicago.une version superlative (et quelle prise de son !) de la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel
18 mai : les sept instruments de Frank Martin
Dans la série Martinon à Chicago (lire : Marché de printemps) une vraie rareté, le concerto pour 7 instruments à vent du Suisse Frank Martin (1890-1974), et l’occasion d’entendre les fabuleux souffleurs du Chicago Symphony Orchestra
Bonheur rare de pouvoir à nouveau déambuler en toute tranquillité dans les belles salles du Musée Fabre de Montpellier, d’y retrouver en particulier les Soulages qu’on aime tant et qui nous ont tant manqué…
Evoquer le bicentenaire de la naissance de Baudelaire, c’est immédiatement songer à tous ces musiciens d’hier et d’aujourd’hui que le poète des Fleurs du Mal a inspirés et continue d’inspirer – Lire : Baudelaire en musique – Je diffusais hier L’invitation au voyage version Diepenbrock. Aujourd’hui la sublime version de Duparc, dans l’interprétation bouleversante du très grand José Van Dam
Une version un peu négligée de la Flûte enchantée de Mozart, la première qui ait figuré dans ma discothèque (Sawallisch 1973), et l’une des plus formidables Reine de la Nuit de toute la discographie de l’oeuvre, Edda Moser
12 avril : Offenbach et Scherchen
Un peu de légèreté ne nuit pas en ces temps pesants. Le grand Hermann Scherchen (1891-1966) ne dédaignait pas ces musiques qu’on dit « légères ». Son ouverture de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach fait frétiller les musiciens de l’Opéra de Vienne (et nous avec !)
13 avril : la création du Messie
L’oratorio le plus célèbre de Haendel, Le Messie, a été créé le 13 avril 1742 lors d’un gala de charité au Temple Bar de Dublin.
« Why do the nations so furiously rage together? » c’est une question toujours actuelle et c’est l’un des airs les plus virtuoses du Messie. Ici c’est le baryton-basse britannique John Shirley-Quirk (1931-2014) qui l’a gravé à quatre reprises qui l’interprète sous la direction de Raymond Leppard (1927-2019)
14 avril : la grande dame n’est pas celle qu’on croit
L’ex-candidate (il y a 14 ans !) à l’élection présidentielle ne se résout pas à prendre, à 68 ans, une retraite qu’elle prône pour tous les travailleurs à 60 ans. Voici Ségolène Royal candidate à devenir sénatrice des Français de l’étranger !! et elle parle de crédibilité de la classe politique ? (Je me sens très proche des Français de l’étranger)
Une vraie grande dame, elle, c’est Maria Tipo :
J’ai eu la chance de connaître (un peu) la grande pianiste italienne Maria Tipo (90 ans cette année !), de siéger avec elle dans le jury du Concours de Genève il y a plus de trente ans. Elle a gravé plusieurs concertos de Mozart avec Armin Jordan et l’Ensemble Orchestral de Paris pour EMI. Disques devenus introuvables. Warner Classics & Erato devrait les rééditer.
15 avril : Notre Dame deux ans après
Deux ans après l’incendie de Notre Dame (lire Les héros de Notre Dame) qui mieux que Bach, qui mieux que Wilhelm Kempff pour consoler et redonner l’espérance ? L’évidence.
J.S.Bach : Choral BWV 639 « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ »
16 avril : Dudamel à Paris
C’était un secret de polichinelle depuis des semaines: la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’Opéra de Paris a été officiellement annoncée ce vendredi.
Ma mère (un an de moins que la reine d’Angleterre !) samedi au téléphone : « Tu vas regarder les obsèques du prince Philip ? C’est un peu ton pays, puisque tu as été conçu à Londres, et qu’à trois mois près tu aurais pu y naître « .
J’ai suivi en partie son conseil, et comme beaucoup de téléspectateurs, j’ai été frappé par la simplicité d’une cérémonie certes contrainte par la crise sanitaire, la pure beauté des musiques choisies pour ces funérailles et de leurs interprètes.
18 avril : Peter Maag
Je signalais le 16 avril – vingt ans après sa mort – l’hommage rendu au chef suisse Peter Maag (1919-2001) : lirePeter le Suisse/
En dehors de ce coffret, la discographie de ce chef qui n’aimait rien tant que sa liberté est éparpillée en de multiples labels, et rarement disponible, sauf sur certains sites de téléchargement.
Ainsi ce 23ème concerto de Mozart – dont le sublime adagio parcourt tout le film L’Incompris de Luigi Comencini (1967) – joué ici par le bien oublié pianiste autrichien Walter Klien (1928-1991).
Sacré caractère, sacrée voix, la chanteuse américaine Eileen Farrell (1920-2002) ne lâche plus celui qui l’a écoutée une fois.
C’est un disque, un cadeau, qui me l’a fait connaître non pas comme la grande cantatrice qui a fait les beaux soirs du Met, mais comme une chanteuse de jazz.
Depuis lors, je n’ai plus cessé de collectionner les disques d’Eileen Farrell.
Sony nous restitue – enfin – un inestimable capital, trop longtemps indisponible ou mal distribué, dans un coffret de 16 CD, dont chaque galette est une pépite. L’art unique de cette voix immense qui n’a cessé de se partager entre les grands rôles lyriques et le jazz ou la comédie musicale, jusque dans ses dernières années comme elle en témoigne ici :
Les gros coffrets de CD semblaient être l’apanage des seules majors. Harmonia Mundis’y était mis aussi. Voici qu’Alpha, le label amiral du groupe Outhere, prend le même pli, et tire une salve magnifique.
Le 3 octobre dernier, France Musiqueconsacrait toute une journée à l’ensemble Le Poème harmonique fondé il y a vingt ans par Vincent Dumestre.
On reviendra sur cette belle aventure. On peut déjà dire que Le Poème harmonique et Vincent Dumestre seront des invités de choix du prochain Festival Radio Francepour une série de concerts exceptionnels dans les plus beaux lieux d’Occitanie !
Last but not least, une formation – Zefiro – don’t j’ai peine à croire qu’elle a été fondée il y a trente ans déjà et dont j’ai suivi, avec gourmandise, le parcours musical et discographique, gorgé de couleurs et de saveurs italiennes, pulpeux, sensuel, comme le jeu de ses trois fondateurs, Alfredo Bernardini, Paolo et Alberto Grazzi.
Il y a comme un goût de trop peu dans ce parfait coffret de 10 CD.
Une aubaine ! Un indispensable de toute discothèque !
En moins de 24 heures, on a appris la disparition de quatre personnalités liées à la musique. Black Friday comme l’écrivait un de mes amis sur Facebook.
Milos Forman, Jean-Claude Malgoire, Irwin Gage et Pierre-Emile Barbier.
Milos Forman, c’est bien sûr l’immense cinéaste de tant de films qui nous ont marqué, et c’est celui qui, en adaptant la pièce de Peter Schaffer – Amadeus-, a fait de Mozart un personnage universel et familier. C’est en revoyant, il y a quelques jours, ce film dont je ne me lasse pas, que je me suis aperçu que l’acteur qui incarnait Salieri, F.Murray Abraham…était l’énigmatique Dar Adal de la série Homeland.
C’est aussi avec la bande-son d’Amadeus signée Neville Marrinerque des milliers de mélomanes en herbe ont découvert par exemple la « petite » symphonie en sol mineur, la 25ème de Mozart.
On reviendra plus tard sur la personnalité et l’oeuvre de Milos Forman.
Autre disparition annoncée ce matin, celle du musicien Jean-Claude Malgoire, que les circonstances de ma vie professionnelle ne m’ont malheureusement jamais fait approcher. Mais tous les hommages que je lis depuis ce matin – François-Xavier Roth, Raphael Pichon, Alexis Kossenko… – confirment l’impression que j’avais de ce personnage : musicien engagé jusqu’au bout, infatigable défricheur, passeur, pédagogue.
Je me rappelle certains de mes premiers disques « baroques », c’était lui, ça sentait bon l’artisanat, la découverte, ça sonnait un peu aigrelet, pas toujours très juste, mais il y avait tant de générosité dans ces enregistrements… Ainsi mon premier Serse (Xerxes) de Haendel
Dans cette belle discographie, on a l’embarras du choix. Dans mes préférences, Gundula Janowitz
Quant à Pierre-Emile Barbier, son nom ne dit rien à ceux qui ne l’ont pas entendu jadis participer parfois à la Tribune des critiques de disquespremière manière ou lu dans Diapason. Je l’ai un peu connu quand j’étais en charge de France-Musique, il était encore ingénieur chez Thomson si je me souviens bien, déjà plein de projets et d’enthousiasme pour des interprètes et des répertoires qu’il a, lui aussi, largement défrichés, avant de fonder le label Praga. Au départ pour soutenir des artistes tchèques, par exemple le Quatuor Prazak (prononcer Pra-jak) et très vite exploiter et éditer les très riches fonds de la radio de Prague, après la chute du Mur. Depuis quelques années, le label se consacrait aussi à la réédition/remasterisation d’enregistrements légendaires.
Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu Un bal masquéde Verdi sur scène (ou peut-être à Genève il y a une trentaine d’années ?). On a saisi l’occasion de voir la production proposée par l’Opéra Bastille, une reprise d’une mise en scène de Gilbert Defloqui doit dater d’une bonne dizaine d’années.
Rien à dire de plus que cet article : Quand Sondra est là tout va !Sondra Radvanovsky est, en effet, la reine de la soirée, son Amelia est impressionnante. Mêmes compliments pour Nina Minasyan, formidable Oscar. Pour le reste, mieux vaut ne pas s’appesantir.
On va réécouter l’une de ces versions, pour se rappeler que l’opéra c’est aussi, d’abord, un chef !
En sortant de l’opéra, personne ne pouvait ignorer que la région Occitanie sait se vendre !
Tout autre genre, tout autre cadre hier soir.
On est toujours heureux d’aller à l’opéra royal du château de Versailles. D’abord parce qu’on y est toujours bien accueilli par le maître des lieux, l’infatigable Laurent Brunner, ensuite bien sûr parce que le cadre tout à la fois grandiose et intime de cette salle est un bonheur chaque fois renouvelé pour les yeux comme pour les oreilles.
Hier donc, on venait entendre en vrai le contre-ténor argentin Franco Fagioli. Sans doute parce que j’ai longtemps eu des réticences, voire des résistances à l’égard de ce genre de voix (lire Paroles de star). J’admirais l’art mais quelque chose dans le timbre ou l’expression de certains de ces chanteurs m’irritait, me gênait. Fagioli a fait tomber mes réticences, dans les disques où je l’ai découvert. La richesse, l’homogénéité de la voix, un timbre délicatement ombré, le parallèle qui s’impose naturellement avec les contraltos féminins, Bartoli ou Stutzmann.
Fagioli était venu « vendre » son nouvel album Haendel.
Une soirée comme un enchantement permanent ! Un interprète constamment inspiré, ne cherchant pas la facilité, la beauté de la ligne de chant, un souffle comme inépuisable. Excellemment soutenu par le jeune orchestre baroque italien Il Pomo d’Oro.
Promis, on sera désormais plus attentif aux prochaines prestations de Franco Fagioli !
Qu’il croie au Ciel ou qu’il n’y croie pas, le mélomane peut difficilement échapper aux grands rituels catholiques, comme ceux de la Semaine Sainteet de Pâques(les Passions de Bach et de tous les autres, les oratorios de Handel, Telemann..). Je suggère la lecture du dernier billet de l’excellent blog de Jean-Christophe Pucek : La Passion selon Saint Jean d’Alessandro Scarlatti.
En ce dimanche pascal, j’ai en tête un ouvrage qui, en dépit de son nom, n’a rien à voir avec la fête de la Résurrection : Les Cloches de Rachmaninov. Je me demande d’ailleurs pourquoi j’associe les cloches à Pâques, j’avoue l’avoir ignoré jusqu’à ce que je découvre ce matin l’origine de cette légende sur le site… de l’Eglise catholique de France : Pourquoi parle-t-on des cloches de Pâques ?
Revenons à la Russie et à Rachmaninov. Ses Clochessont un « poème pour orchestre symphonique, solistes et choeurs » créé en 1913, sur un poème d’Edgar Allan Poe, arrangé par Constantin Balmont (lire ici la traduction française de Mallarmé : Les Cloches).
Je n’ai jamais compris pourquoi ce chef-d’oeuvre est longtemps resté dans l’ombre, et l’apanage de quelques versions russes historiques. La discographie s’en est heureusement enrichie spectaculairement ces dernières années.
Indépassables Svetlanov et Kondrachine, le souffle épique, la puissance inimitable des choeurs russes. Dans un coffret Decca apparemment indisponible pour le moment, ne pas oublier la somptueuse vision d’Ashkenazy avec le Concertgebouw.
Et Previn, Rattle, Noseda, Dutoit, Pletnev, et le jeune Andris Poga
Puisqu’on est en Russie, souvenir personnel du printemps 2011, et d’un voyage mémorable dans les villes historiques du Cercle d’Or (voir les photos : Bulbes)