La saison des saisons

Je n’ai jamais vraiment compris cette mode – qui confine souvent à la course de vitesse – des présentations au printemps des saisons à venir des opéras, des salles de concerts, des festivals. Comme si le public de ces établissements n’était composé que de fidèles abonnés, qu’il s’agit de conserver et de choyer. Les publics qu’on veut conquérir ce n’est jamais comme cela qu’on va les chercher.

Je le dis avec d’autant plus d’assurance que j’ai expérimenté à peu près toutes les formules, du temps de mes responsabilités à l’Orchestre philharmonique royal de Liège, à Radio France puis au festival Radio France.

Comme si les temps n’avaient pas changé, comme si la crise sanitaire n’était pas passée par là. On sait très bien que les publics sont de plus en plus volatils, et qu’une bonne communication dans leur direction passe par quantité de canaux qui doivent être maniés avec une extrême souplesse. C’est souvent le jour même, voire quelques heures avant l’événement que ces publics, les plus jeunes, les plus engagés dans la vie active, mais aussi désormais les plus âgés, se décident à assister à un concert, un opéra ou une pièce de théâtre.

Mais puisque ce type de présentation solennelle persiste, prenons connaissance de ce qui nous est proposé. Deux choix pour le moment, l’un à Paris, l’autre à Montpellier

L’Opéra-Comique

Louis Langrée l’avait dit, au moment de sa prise de fonction, en novembre 2021, comme directeur de l’Opéra-Comique, il tient les promesses qu’il a faites. La saison 2023/24 n’est pas seulement remarquable en raison des ouvrages programmés, mais aussi parce que, comme le grand vaisseau de la Philharmonie l’a fait depuis son ouverture en 2015, l’Opéra-Comique proposera à tous les publics des voies d’entrée dans cette belle maison, d’accès à ses répertoires, à ses métiers, à ses pratiques : La saison 2023-2024 de l’Opéra-Comique.

(Photo Fabrice Robin / Le Monde)

Dans la belle interview qu’il a donnée au Monde, Louis Langrée explique :

« Ma première mission est de faire en sorte que le mot « opéra-comique », qui est un faux ami, soit bien compris. Louis XIV a créé trois théâtres : celui où l’on chante, l’Opéra de Paris, celui où l’on parle, la Comédie-Française, et le théâtre où on fait les deux, l’Opéra-Comique, dont le postulat veut que l’œuvre littéraire et la musique soient d’égale importance. On pense trop souvent que le chef d’orchestre s’occupe de ce que l’on entend et le metteur en scène de ce que l’on voit. C’est exactement le contraire. Le metteur en scène doit rendre le spectateur sensible à la musique de la langue, tandis que le chef doit rendre tangible la force théâtrale d’une œuvre« 

Il faut cultiver notre identité, c’est notre langue, le trésor que l’on partage, l’ADN de cette maison. Dans l’histoire de l’Opéra-Comique, il y a eu 3 000 créations en trois cents ans. Le rythme s’est évidemment beaucoup ralenti au fil des siècles, à mesure que le répertoire s’imposait. Mais il faut continuer avec les particularités qui font partie de la musique française. C’est un Italien, Lully, qui a créé la tragédie lyrique, un Allemand, Gluck, qui a réformé l’opéra français, un autre Allemand, Meyerbeer, qui a mis au point le grand opéra à la française, quand Offenbach donnait ses lettres de noblesse à l’opérette. Monter des ouvrages en français, ce n’est pas faire du Eric Zemmour !« 

(Le Monde, 01/04/2023)

Montpellier 2023

L’affiche est belle, la brochure bien faite, le contenu intéressant. Mais il y a quelque imprudence à parler d’un « nouveau » festival, d’un « nouveau » projet et à le placer sous le signe de la « jeunesse », l’un et l’autre états étant on le sait éphémères !

Surtout si la « nouveauté » est perçue comme une réduction sensible de la durée, du périmètre, et du nombre de concerts d’un festival qui n’est pas né d’hier.

Tandis que le festival s’était, dès 2005, développé dans le Languedoc-Roussillon, puis, à partir de 2016, avait pris des points d’appui et consolidé ses positions dans toute la région Occitanie, à la demande du conseil régional et de sa présidente, principal financeur du festival, ce travail qui avait enthousiasmé des publics, très souvent éloignés des centres de culture, est réduit à peau de chagrin au profit d’un « recentrage » sur la seule ville et agglomération de Montpellier.

La nouveauté n’est pas non plus dans le choix des programmes et des interprètes, les valeurs sûres sont privilégiées, peut-être pour (ré)conforter un public traditionnel de mélomanes, qui se réjouiront de retrouver des hôtes réguliers du festival (Fazil Say, Bertrand Chamayou, Karine Deshayes, bien sûr les orchestres de Radio France, ceux de Montpellier et Toulouse), mais pourquoi s’être privé – alors que la « jeunesse » est invoquée – de la présence d’un orchestre de jeunes, comme celui de la Méditerranée, basé à Aix-en-Provence, ou d’une formation étrangère ? Dommage.

D’aucuns regretteront l’absence d’opéra en version de concert, alors que c’était l’un des marqueurs du festival (celui, nous disaient les attachés de presse, qui pouvait attirer la presse internationale). Trop cher sans doute ?

On sera bien le dernier à critiquer les choix faits par la nouvelle direction et le conseil d’administration et on souhaite à cette édition 2023 d’un festival, qui reste cher à notre coeur, l’éclatant succès qu’elle mérite.

Il y a assurément de belles promesses de grands moments de musique dans la brochure téléchargeable du festival : lefestival.eu.

Je me rappelle encore avec beaucoup d’émotion le concours Eurovision des jeunes musiciens qui s’était tenu à Montpellier le 23 juillet 2022 et avait récompensé le formidable jeune violoniste tchèque Daniel Matejča. Il sera présent le mardi 18 juillet à 12h30 à la salle Pasteur. On ne le manquera pas !

Hommages (Père et fils, L’oncle Tom, Burt et Marlene)

Les Pregardien, père et fils

Le concert auquel on était convié ce jeudi soir était un – magnifique – prétexte pour l’Orchestre de chambre de Paris de dire au revoir à celui qui fut, durant dix ans, son directeur général, Nicolas Droin, qui rejoint Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique.

Mais ce fut, musicalement, émotionnellement, un nouvel hommage à Lars Vogt, qui avait conçu un programme d’un seul tenant – pas d’entr’acte, bravo ! – composé d’ouvertures de Beethoven et de Lieder de Schubert orchestrés, à deux exceptions près. Un programme qui honorait deux fabuleux artistes, père et fils, les ténors Christoph et Julian Pregardien.

Beethoven  Les Créatures de Prométhée, ouverture
Schubert-Reger  Prometheus D. 674
Schubert-Brahms  Greisengesang D. 778
Schubert  Der Vater mit dem Kind D. 906
Schubert-Reger  Erlkönig D. 328
Beethoven  Coriolan, ouverture
« Meine Seele ist erschüttert», air extrait de Christus am Öhlberge op. 85
Schubert  « Lied vom Wolkenmädchen », air extrait de Alfonso und Estrella D. 732
Schubert-Webern  « Der Wegweiser », extrait de Winterreise D. 911
Schubert  Totengräbers Heimweh D. 842 
« Der Doppelgänger », extrait de Der Schwanengesang D. 957, 
Nacht und Träume (orchestration de Clara Olivares)

Une totale, complète réussite, d’autant que le jeune chef britannique, 25 ans, Harry Ogg, que je ne connaissais pas, a été pour moi une révélation, menant un OCP en magnifique forme.

Accessoirement, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance et d’échanger avec un chef que j’admire depuis longtemps – il était assis à côté de moi- Thomas Hengelbrock.

Plus d’une fois, le père ou le fils, ou les deux ensemble, m’ont tiré des larmes, notamment dans la version orchestrée par…. du Roi des aulnes / Erlkönig. Ici des extraits du bis :

L’oncle Tom

Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, un peu comme moi, il était comme un vieil oncle d’Amérique, en l’occurrence du Canada. Comme son ami l’a confirmé hier sur Facebook, Tom Deacon est mort dimanche dernier.: I am Tom’s partner, Stuart. As you all know Tom has been mostly absent from Facebook for many months due to his declining health. I am sorry to have to tell you that Tom died on Sunday morning February 5. He had been in hospital since mid December. His health had been declining over the past six months and declined rapidly in the last month.

Je sais peu de choses finalement sur un personnage d’abord connu dans le monde de la musique comme l’auteur de cette fabuleuse collection publiée par Philips : Great Pianists of the 20th Century.

Nous avions commencé à correspondre, via Facebook, il y a une douzaine d’années, Tom vivait au Canada, où il avait longtemps travaillé à la radio nationale (la CBC), mais il s’intéressait à la vie musicale partout. Il avait des avis souvent tranchés, toujours fondés, qui lui avaient valu pas mal d’inimitiés de la part de « professionnels de la profession » et des fâcheries d’abord avec les pianistes qu’il n’avait pas retenus dans sa collection (!!), ensuite avec des artistes vivants, des critiques – parmi eux plusieurs amis ! -.

Au cours de l’un de ses voyages en Europe, en 2016, j’avais réussi à trouver une date pour dîner ensemble à Paris. Je l’avais emmené au Boeuf sur le toit, pour le cadre, qu’il avait aimé, pas pour la cuisine que j’avais trouvée bien médiocre.

Extraits de notre « correspondance » :

T.D. :Could not agree more with your comments about the need for a « frisson » from music. Mostly it is what is missing. Starting a website soon dedicated to the  » great pianists of the 21st C ( yes, I have found some! ). I’ll let you know when it is up and running. (5/2/2010)

Après m’avoir félicité en mai 2014 pour ma nomination à la direction de la Musique de Radio France, Tom m’avait entrepris sur la situation de France Musique (il était remarquablement informé !) : Mon cher ami. Je suis navré à propos de tous ces virements chez FM. Quelle façon de changer de style! Je pense que cela aurait éte mieux que la nouvelle directrice de FM prenne un peu de temps avant de virer des tas de gens. Détruire avant de construire? Cela se fait dans la construction de maisons, mais dans une éntreprise comme Radio France, ce n’est pas vraiment conseillé. Je le dis après 20 ans d’expérience à la CBC au Canada. Ce genre de « human resources management », comme on dit, tourne joujours au mal, Jean-Pierre, quelque soit les soi-disant raisons données pour le faire. En tout cas, toi, tu auras de quoi faire en ce qui concerne le moral du personnel « non-viré ». Je te souhaite de la chance, mon ami. » (15/08/2014)

Lorsque j’avais évoqué Nelson Freire, en particulier ce disque (un « live » du 25 mars 1984 au Thomson Hall de Toronto) Tom m’avait envoyé ce précieux témoignage :

« Mon cher ami, je ne te raconte rien de nouveau sans doute en te disant que le récital de NF chez Alpha n’est autre que le récital que j’ai produit de ce grand pianiste à Toronto (Roy Thomson Hall) lorque je travaillais à la CBC. Le programme: Live from RTH. Nelson partageait la scène avec Gilels, Arrau, Leontyne Price et d’autres musiciens de ce genre. 2 saisons seulement, hélas. 72 concerts dont les bandes vivent toujours chez la CBC. J’ai fait le nécessaire pour que la bande de Nelson fût disponible à la maison de disques Alpha, et éventuellement à Philips pour l’édition des Grands Pianistes. Nelson a toujours dit que ce récital le captait à son mieux. Je ne dirais pas le contraire. On s’est connu à College Park, Maryland, en 1982. Nous étions tous les deux membres du jury du Concours William Kapell. Depuis nous sommes restés de grands amis, Jean-Pierre, autant pour sa gentillesse que pour son pianisme. Je te remercie infiniement pour ce petit mot sur Nelson, qu’il mérite énormément, bien sûr,« 

Comme on peut le voir sur sa photo, Tom Deacon était un bon vivant. Nous échangions souvent sur nos bonnes tables, lorsqu’il me voyait voyager, il ne manquait jamais de me recommander telle adresse et à l’inverse quand il venait en Europe, il prenait moult renseignements. En 2021, il avait manifesté le souhait de passer par Montpellier, s’enquérant du nouvel hôtel des frères Pourcel, de leur restaurant Le jardin des sens, et finalement, déjà très fatigué, y avait renoncé.

Beaucoup d’échanges à propos des disques et des concerts, et de ce penchant qu’a une certaine critique de toujours considérer le passé, l’ancien, comme plus intéressant que le présent.

« En tout cas tu as bien fait de signaler le problème de nos éternels Rückblicken. Moi, je fais de mon mieux de rester concentré sur les jeunes (musiciens et auditeurs). Moi, je suis vieux, mais l’avenir de la musique classique ne dépend pas de moi ni de mes contemporains. L’avenir appartient aux jeunes dans tous les cas. Pourquoi penser à Glenn Gould lorsqu’on peut écouter la jeune Rana. Pourquoi évoquer Schnabel lorsqu’on peut écouter le jeune Gorini* (, entre nous, J-P, tu devrais l’inviter à Montpellier) Et cetera. Les boîtes de tout ce qui a jamais été enregistré qui nous enchantent de nos jours sont séduisantes justement parce qu’elles nous présentent notre passé. On aime follement le familier. On déteste et soupçonne le nouveau. Naturellement il est bon que les jeunes apprennent ce qui fût, mais pas que ce même passé les étouffe, les empêche de suivre une nouvelle voie, de repenser tou. Je ne sais pas si je me suis bien exprimé, mais j’applaudis ton courage de dire ce qu’il faut dire et à haute voix en plus. Bravo! » (22/09/2017)

(* Suivant le conseil de Tom, j’avais bien invité Filippo Gorini au festival Radio France 2021. Mais le jeune pianiste italien nous a fait faux bond, prétextant une invitation plus « intéressante » pour sa carrière aux Etats-Unis !)

A propos d’un coffret qui constitue un pilier de ma discothèque

ce commentaire qui en dit long sur la personnalité du disparu : Cher Jean-Pierre! Je suis tellement satisfait de ton commentaire sur la boîte Beethoven Schmidt-Isserstedt. Je me souviens d’avoir créé cette compilationn CONTRE les conseils de mon collègue, qui ne voulait pas mélanger les concertos et les symphonies. Mais, comme il m’arrive souvennt dans la vie, je pousse en avant suivant mon propre chemin contre les conseils d’autrui. Un ancien collègue de Vancouver à la CBC sortait souvent les symphonies de S-I. Il les nommait “brown bread Beethoven”. Du Beethoven qui ressemble au pain complet, tu comprends. Je suis d’accord. Un Beethoven sans manières, sans chichi, etc. Enfin, merci de ton commentaire, J-P. Stay safe. Stay well. Tom » (26/05/2020)

Adieu Tom ! Je garde encore nombre de tes messages (après la mort de Nelson Freire par exemple), que je publierai un jour, et d’autres que je garderai pour moi, parce qu’ils relèvent de ce lien mystérieux qu’on appelle amitié.

Burt et Marlene

Burt Bacharach est mort à 94 ans. L’article de Bruno Lesprit dans Le Monde dit tout :

Avec ses mélodies scintillantes comme du cristal, Burt Bacharach, mort le 8 février à Los Angeles (Californie) à l’âge de 94 ans, fut un des compositeurs qui ont le plus divisé dans la musique populaire. Pour ses contempteurs, souvent des intégristes du rock’n’roll, son nom est associé au easy listening, qui renvoie à la musique d’ascenseur et de hall d’hôtels internationaux. Expression impropre, d’ailleurs, pour Bacharach, car sa production, certes « facile » et plaisante à l’oreille, est d’une rare complexité. Pour ses admirateurs, il restera comme un génie de la pop, notamment dans le pays où cet Américain fut prophète : le Royaume-Uni/…/Comme pour les plus grands compositeurs, sa marque est aussitôt repérable : des mélodies légères comme des bulles de champagne, avec toujours une larme de mélancolie, des progressions harmoniques subtiles en accords de septième diminuée et de neuvième, des changements de tonalité et de métrique renversants. Insensible à la fureur du rock’n’roll, Bacharach agit sous l’influence du jazz, de la bossa-nova et de ses percussions. Ses orchestrations comprennent généralement un piano conducteur, des cordes soyeuses ou emphatiques, des cuivres chaloupés, sans oublier sa signature, le gimmick de trompette, ou plus précisément de bugle. Parfois remplacé par un sifflement désinvolte, mains dans les poches. Un air de Bacharach doit se siffloter sous la douche.(Le Monde, 11 février 2023)

J’y reviendrai plus longuement. Pour saluer l’artiste, cette « apparition » de Marlene Dietrich, dont Bacharach avait paré les chansons de subtiles orchestrations.

Post scriptum : Stuart Henderson a publié, ce 16 février, sur la page Facebook de Tom Deacon cet obituaire que je reproduis ici intégralement :

TOM DEACON

« On September 6th, 1941 at 6:45 in the morning, Tom Deacon began this miraculous thing we call life. On Sunday, February 5th, 2023, that came to end. It is for us now to bear witness to that life and rejoice in the memories of a life well lived.

How do you describe someone like Tom Deacon? A force of nature. Larger than life. If you look at what he left behind – 25,000 LPs, 15,000 CDs, 3,500 bottles of wine, boxes of recipes and receipts from Michelin three star restaurants and friends, lots of friends and colleagues who looked to him as a mentor, a collaborator and a sparing

partner – you see a seeker. All his life he sought out the best. The best performance, the best recording, the best meal, the best Burgundy and the best in people. He loved the hunt.

Tom attended Lakefield Preparatory School and Upper Canada College. He went on to study French at Trinity College, Toronto, continuing his studies at the University of Illinois before writing his Ph.D comprehensives at University College, Toronto. In 1967 he left for Paris to study at the Sorbonne and research his never to be completed thesis. It was here he found and explored his first of many loves, France: the country, the food, the wine and its music.

In 1971 he returned to Canada to take up a teaching position at the University of Manitoba. He was well respected by his colleagues and liked by his students, although they found him a little intimidating because he had a witty but sharp sense of humour. He can be remembered saying at the end of one especially trying day, “If I have to teach the verb ‘to be’ one more time …” Teaching was perhaps not one of his great loves. But Tom loved to cook and it was in Winnipeg that he started his tradition of lavish dinner parties often with wine and cocktails leaving the guests with little memory of the previous evening. One year inexplicably a few of his classes were cancelled. Tom was practicing madly for a piano recital. Yes, his first love was music and he found his way into making that his life through the CBC. In 1975, while still at the university, he started working freelance, writing concert reviews from Winnipeg. It blossomed quickly.

In 1977 he put teaching behind him and left Manitoba. He took up residence in the idyllic family cottage on Hay Island, off Gananoque, Ontario and continued to work freelance for CBC, travelling to Leeds and Moscow to cover the international piano competitions until he was hired as a producer on the new morning program Stereo Morning. He always talked about how much he learned there, both in tradecraft and management. Tom often told the story of being handed an envelope by his mentor and executive producer with numerous tiny pieces of magnetic tape. These were the edits (editing was done with a razor blade in those days) of intrusive pauses he had made in an interview; a mistake he never made again.

It was also at this time that he met the person he called the love of his life, his partner Stuart. Their first vacation was, of course, to France. Fifteen Michelin starred restaurants in ten days, with copious notes of everything eaten and all the wines. He wanted to share the best of everything, the fruits of his hunt.

In 1982 he became the producer of his own programme, Live from Roy Thomson Hall. Two glorious seasons broadcasting across the country everything from Anna Russell to Leontyne Price to Emil Gilels to Claudio Arrau. He revelled in being able to share his musical idols, his musical bests, with the rest of Canada.

In 1984, with Roy Thomson Hall’s budget exhausted, the CBC moved Tom to Vancouver. There he hired Jurgen Gothe as host of his concert programme but something else happened. The synergy of passions and creativity gave birth to DiscDrive, the CBC’s afternoon drive programme that dominated the airwaves for more than two decades.

In 1989 as DiscDrive moved into maturity Tom looked south for a new challenge as Program Director at KUSC, a classical music station in Los Angeles. Ever restless for new challenges, in 1992 he moved to the Netherlands and began his career with Polygram.

At Polygram his life long hunt for the musical best paid off. Here he put his encyclopedic knowledge of classical music repertoire and recordings into creating legendary CD compilations of legendary artists. Since his great musical love was the piano, the realization of his life long hunt for the best was as the Executive Producer of Great Pianists of the Twentieth Century Edition, 250 hours of music on 200 discs – the largest CD edition ever released and he got to release it to the world. The New York Times said “It would be hard to imagine a more representative example of the piano in the 20th century.”

In 1998 Polygram was acquired by Universal Music and Tom became Vice-President Catalogue Development. In 2001 he returned to Canada but remained working for Universal Music, until he retired in 2005. He served on a number of international piano juries and continued to follow the development of the young generation of pianists very closely.

He will be greatly missed by his much loved and inseparable older brother John (Evie), his younger brother Bob (Janice) and Stuart Henderson, his partner, lost in a sea of CDs with Nelson and Martha, his two cats. In lieu of a memorial or flowers, have a nice meal and raise a glass to Tom ».

Même pas drôle

Je me demandais, en refermant le dernier livre de l’ex-ministre de la Culture, si je serais le seul à le trouver nul et non avenu. En dehors de son nombril, la spirituelle et pétulante Roselyne Bachelot – c’est l’image qu’elle donne et veut donner d’elle – déteste tout le monde, balance des méchancetés sans nom sur à peu près tous ses « amis », y compris ceux qui l’ont nommée, hier et avant-hier, à des postes de ministre. Le mépris dans lequel elle tient tous ces braves gens, élus locaux, responsables culturels, qu’elle a dû se farcir pendant son mandat, est abyssal (ces gens-là Madame ne sont capables que de cadeaux « hideux » etc.)

Ministre de la Culture, c’était son rêve, et chacun de complaisamment relayer son goût et sa prétendue expertise pour la chose lyrique. Mardi j’écoutais par hasard Les Grosses têtes sur RTL quand Laurent Ruquier s’avisa, à propos d’une question sur les deux grandes rivales des années 50, Callas et Tebaldi, de tester Roselyne Bachelot en faisant entendre un extrait de Casta diva. On comprit vite pourquoi elle ne voulait pas se soumettre à ce test. Ruquier insista, et n’importe quel amateur d’opéra put reconnaître immédiatement Tebaldi dans le premier extrait diffusé… sauf Bachelot qui, péremptoire, annonça Callas. Fous rires et réflexions désobligeantes de toutes les autres Grosses Têtes.

Hier soir ce fut Yann Barthès dans Quotidien sur TMC qui nous régala d’un festival de citations de toutes les vacheries dispensées dans ce bouquin en forme d’auto-justification d’une non-politique culturelle.

J’étais d’autant plus intéressé à lire ce bouquin qu’il est censé relater l’action – ou l’inaction – du ministère de la Culture pendant une période qui a durement éprouvé tous ceux qui travaillent pour et vivent de la culture et que j’ai traversée comme directeur d’un festival. Festival superbement ignoré par la ministre, qui avait trouvé le moyen de se déplacer jusqu’à Montpellier au cours de l’été 2021 – élus prévenus au dernier moment – pour aller se goberger dans le nouvel établissement des frères Pourcel, sans même chercher à rencontrer les responsables des trois grands festivals de Montpellier, ni évidemment assister à un concert…

Ce bouquin compile quantité de notes et bilans écrits par les conseillers de l’ex-ministre, mais à aucun moment ne transparaît la moindre empathie pour les artistes, le milieu culturel en général. Ne parlons même pas des politiques que Madame Bachelot se targue de tutoyer, d’appeler par leurs prénoms, fussent-ils présidents de la République (Jacques, François, Nicolas…). Dès qu’un compliment point, on est sûr que le dézingage arrive dans la phrase suivante. Tout le monde y passe, y compris Brigitte Macron à propos d’un projet de flèche pour Notre-Dame !

D’ailleurs j’aurais dû lire la « présentation de l’éditeur ». Roselyne Bachelot ne craint pas le ridicule !

« 682, c’est le nombre de jours que Roselyne Bachelot a passés au ministère de la Culture sous la présidence d’Emmanuel Macron. Dans ce journal d’une ministre, Roselyne Bachelot fustige le bal des hypocrites, ceux qui n’ont pas voulu reconnaître la culture comme « bien essentiel », ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues alors qu’elle luttait pour garder en vie les salles de spectacles, le cinéma, les troupes de théâtre. Elle n’oublie pas les technos de tout poil et les obsédés de l’ordre sanitaire, qui laissaient circuler les rames de métro bondées mais interdisaient l’ouverture des théâtres et des cinémas. Elle égratigne certains artistes qui ont joué les victimes sacrifiées alors que l’argent public coulait à flot et décrit sans complaisance les complots misérables de politiciens en perdition. Roselyne tire à vue« 

Elle n’a manifestement pas supporté d’être remplacée par la conseillère culture d’Emmanuel Macron. C’était très perceptible lors de la passation de pouvoir. Voici ce que j’écrivais le 23 mai dernier : « Ainsi, à écouter la longue, très longue, litanie d’autojustification de la ministre de la Culture sortante, la si médiatique Roselyne Bachelot, on pouvait avoir le sentiment d’y perdre au change avec l’arrivée d’une conseillère de l’ombre, inconnue du grand public, dotée d’un patronyme qui signale la « diversité », Rama Abdul Malak. Ceux qui ont eu affaire au ministère de la Culture ces dernières années n’ont pas du tout la même perception du bilan de la rue de Valois pendant la pandémie…En revanche, la nouvelle ministre c’est moins de paillettes mais plus de sérieux. Le milieu culturel ne l’a pas encore dézinguée. De bon augure ? »

Madame Bachelot qui aime tant parsemer ses ouvrages de références littéraires, sait d’évidence de qui est cette célèbre phrase : « La vieillesse est un naufrage ».

Tables d’harmonie : Goebel, Zimmermann

Le CD est mort ? Vive le CD. En gros coffrets de préférence.

On est gâté en cette rentrée. Deux belles boîtes pour deux violonistes d’exception.

Le violon de la main gauche

Reinhard Goebel, rappelez-vous, le violoniste allemand, septuagénaire depuis juillet, est celui qui, à la fin des années 70, a surgi, avec son ensemble Musica antiqua Köln, comme un révolutionnaire dans un univers de la musique baroque déjà défriché par Leonhardt ou Harnoncourt. Ils cassent la baraque avec les concertos brandebourgeois, puis les Suites pour orchestre, de Bach, qui paraissent chez Archiv Produktion. La critique manque de s’étrangler…

Vous avez dit contraste ?

Depuis lors, Reinhard Goebel a construit une somme discographique principalement dédiée à la musique allemande. En 1990 lorsque sa main gauche se paralyse, il change de côté et maniera désormais l’archet du bras gauche, jusqu’à ce que, de nouveau, se manifeste la dystonie de la main gauche et le contraigne à abandonner son instrument en 2006 ainsi que la direction de l’ensemble qu’il avait fondé en 1973.

Cette somme est aujourd’hui rassemblée dans un magnifique coffret, où l’on retrouve des références jamais dépassées, notamment dans Bach et Telemann. Mais Biber (fabuleuses Sonates du rosaire), Hasse, Leclair, Heinichen, tout est admirable !

Frank Peter le Grand

Il est allemand lui aussi, n’a pas encore 60 ans, mais Warner lui offre un coffret absolument justifié. Frank Peter Zimmermann est né en février 1965 à Duisbourg. J’ai eu la chance de l’entendre et de l’inviter plusieurs fois à Liège et avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège : la veille de mon passage devant le grand jury qui allait me choisir comme directeur général de l’orchestre, le 24 septembre 1999, il jouait le concerto de Beethoven sous la direction du très regretté Patrick Davin (Liège à l’unanimité). Quelque temps après, il serait le soliste d’une partie de tournée de l’OPRL en Europe centrale sous la baguette de Louis Langrée (superbe 3ème concerto de Mozart).

Quand nous décidons avec Louis Langrée de consacrer toute une semaine de festival à Mozart, en janvier 2006, pour les 250 ans de la mort du Salzbourgeois, le nom de Frank Peter Zimmermann s’impose naturellement pour la symphonie concertante pour violon et alto. FPZ nous donne le nom d’un altiste dont il a entendu beaucoup de bien mais avec qui il n’a encore jamais joué : Antoine Tamestit.

La rencontre fait des étincelles, Louis Langrée se fera de l’un et l’autre des complices artistiques à vie. Et FPZ formera dès 2007 avec Antoine Tamestit et Christian Poltera un trio à cordes qui nous laissera de pures merveilles :

Warner a donc réuni tout ce que ce magnifique musicien avait enregistré pour EMI.

Puisse cette somme donner envie au public et aux mélomanes français de mieux connaître un musicien trop peu célébré dans l’Hexagone. Je voudrais signaler en particulier le duo formidable que formait FPZ avec le pianiste Alexander Lonquich, lui aussi trop peu connu chez nous.

Revoir Virginie, Irène, Alain, Jean-Luc

Je ne sais plus quand j’étais entré la dernière fois dans une salle de cinéma… Une opportunité hier et une séance choisie au débotté.

Je viens de lire les critiques parues sur ce film d’Alice Winocour. Rarement vu pareille unanimité.

La performance n’est pas mince : réussir à traiter des suites d’un attentat (l’allusion au 13 novembre 2015 – Le chagrin et la raison – est transparente) avec une telle pudeur, une telle délicatesse, chapeau à la réalisatrice. Mais le film tient beaucoup à ses interprètes, et en tout premier lieu à Virginie Efira présente à chaque plan.

Je ne dirai absolument rien d’original en avouant mon admiration pour cette actrice, qui, film après film, ne cesse de me surprendre. Plus d’une fois en la regardant je pense à Romy Schneider, beauté formelle d’un visage où se lisent toutes les variations de l’âme.

Un mot encore sur le film sans en dévoiler les détours : pudique et juste.

Carnet de deuil : Alain Tanner, Jean-Luc Godard, Irène Pappas

Ils avaient le même âge, mais la mort de l’un – Godard – a éclipsé celle de l’autre, le Suisse Alain Tanner, disparu le 11 septembre. L’oeuvre de ce dernier n’est pourtant pas moindre, mais sans doute seuls les cinéphiles se rappellent-ils La Salamandre (1971) avec la lumineuse Bulle Ogier

ou Les années lumière (1981) Grand Prix du Festival de Cannes

Le monument Godard

Ce n’est pas surprenant, mais ça reste agaçant : Jean-Luc Godard meurt et tous les médias, sans exception, balancent les mêmes titres, les mêmes clichés, que tout le monde reprend sur les réseaux sociaux. Pour ne pas être pris au dépourvu, on cite les trois ou quatre films qu’on se doit d’avoir vus : A bout de souffle, Pierrot le fou, Le Mépris (ah les fesses de Bardot !), Détective (pour et parce ce que Johnny). On évoque sa personnalité, ses écrits, bref un monument qu’on est prié d’admirer.

L’ami Joseph Macé-Scaron avouait sur Facebook : « Je ne suis jamais parvenu à voir un film de Godard jusqu’au bout. Ceci n’est pas un jugement de valeur mais un constat personnel. Son univers m’ennuie terriblement, profondément… » J’ai fait l’effort, quant à moi, pour les quatre films cités plus haut, et même quelques autres (La Chinoise, Prénom Carmen…). Vaines tentatives.

Irène la Grecque

J’ai d’abord cru à une erreur, je pensais qu’elle était morte depuis longtemps. Irène Papas avait le même âge que la reine Elizabeth et s’est éteinte une semaine après elle. Peut-on imaginer plus lumineuse incarnation de la beauté grecque ?

Inoubliable présence dans Zorba le Grec et les tragédies grecques Antigone, Electre, Iphigénie, Les Troyennes…

Une voix aussi unique pour interpréter Theodorakis ou Vangelis et tant d’autres…

Libre

D’abord, en ce 1er août, bonne fête à mes compatriotes – eh oui, comme je l’ai déjà raconté ici (L’été 69), j’ai aussi la nationalité suisse ! Pensées pour ma mère, et les nombreux cousins et cousines que je compte encore entre Berne et Lucerne.

Ici à Entlebuch en 2020 devant le buste de mon ancêtre Josef Zemp (quelqu’un m’ayant fait malicieusement remarquer une parenté… avec les oreilles !)

Liberté

Ce 1er août est aussi le premier jour d’une liberté retrouvée. Comme je l’écrivais avant-hier (Le coeur léger), je suis désormais « libre de tout engagement », soulagé de ne plus devoir assumer la responsabilité d’un collectif, libre de choisir mes activités – la retraite ce n’est pas maintenant ! -, libre d’écrire, de lire, d’écouter ce que je veux, libre tout simplement de jouir de la vie et de ses bonheurs.

Ce n’est pas une simple formule, pour qui tient un blog depuis 2007 (avant celui-ci il y en eut d’autres qui ne sont plus visibles sur le Net, mais qui ont été partiellement imprimés). Un exemple illustrera les limites de la liberté dont je pouvais ou non jouir.

C’était à Liège il y a dix ou quinze ans, les salariés de la plus grosse entreprise publique d’énergie et de télécommunications étaient en grève – justifiée de mon point de vue – en réaction au mépris que leur manifestait leur puissant patron, un ponte du PS local… J’avais fait un article de blog intitulé « Dégueulasse » pour dire mon indignation. Le Vif/L’Express, le pendant belge de L’Express, en avait repris un extrait… avec le même titre. Le jour de sa parution, j’avais passé une grande partie de la journée en réunion à Bruxelles, dans un lieu qui ne captait pas le réseau téléphonique. Reprenant ma voiture pour rentrer à Liège, je découvre plusieurs messages téléphoniques et SMS, me demandant de rappeler le président de l’Orchestre de Liège, par ailleurs échevin de la culture (adjoint au maire) de Liège et personnalité importante du PS . Je tombe des nues lorsqu’il me cite le papier du Vif/L’Express, que je n’ai bien sûr pas vu, et qu’il m’annonce que le puissant patron mis en cause a exigé des sanctions à mon égard, et même ma démission. « Mon » président s’y refuse et me défend, mais il me « conseille » d’éviter à l’avenir de m’exprimer sur des sujets autres que strictement musicaux. Le directeur d’un orchestre subventionné par les pouvoirs publics est tenu à une certaine réserve dans son expression.

Je me le tiendrai pour dit, et tout au long des années qui suivront, à Liège, à Paris ou à Montpellier, je m’auto-censurerai même sur un blog revendiqué comme personnel.

Aujourd’hui, je redeviens un blogueur libre, dans les limites évidemment du secret professionnel que j’ai toujours strictement observé et continuerai d’observer dans mes responsabilités passées, actuelles et futures.

Je ne me priverai donc pas de relater anecdotes et souvenirs de tous ces moments privilégiés que j’ai eu le bonheur de partager avec tant d’artistes et de belles personnes.

En attendant, vacances !

Hier soir sur les bords de l’Oise à L’Isle Adam

Les airs du bonheur

Fin de saison plutôt agréable et légère. Où l’on s’aperçoit, une fois de plus, que le temps passe vite, trop vite, malgré une interruption involontaire (Une expérience singulière), et qu’on se retrouve fin juin comme si de rien n’était…

Une forme olympique

C’est toujours un bonheur de retrouver Julien Chauvin et son Concert de la Loge qui n’a toujours pas le droit de s’appeler olympique. C’était vendredi dernier dans l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise (à jamais immortalisée par Van Gogh quelques jours avant sa mort en juillet 1890) dans le cadre du Festival d’Auvers.

Un programme comme toujours savamment concocté qu’on aurait pu éviter de titrer pompeusement en anglais « Opera Gala Vienna Masters » ! Haydn, Gluck, Mozart (avec sa symphonie Jupiter comme fil rouge).
(De gauche à droite: assis de dos Julien Chauvin, Patricia Petibon, Gaëlle Arquez, Stanislas de Barbeyrac)

Trois solistes, Patricia Petibon, Gaelle Arquez, Stanislas de Barbeyrac. Des airs, des duos, des trios, des découvertes aussi.

Une pure splendeur à épingler : l’air de Don Ottavio – Il mio tesoro – dans Don Giovanni de Mozart. Stanislas de Barbeyrac impérial à Auvers, comme ici au Metropolitan Opera

Mélodies du bonheur

Avant-hier c’était au Théâtre des Champs-Elysées que s’achevaient en même temps la saison du théâtre et le festival annuel du Palazzetto Bru Zane, avec un programme qui ne pouvait que nous enchanter.

L’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Hervé Niquet, Véronique Gens, Hélène Guilmette, Julien Dran, Tassis Christoyannis, le harpiste Emmanuel Ceysson, le violoncelliste Xavier Philips, le pianiste Cédric Tiberghien, pour servir la muse poétique, légère et capricieuse de Chausson, Fauré, Saint-Saëns et surtout Massenet, il y avait peu de risque qu’on soit déçu. Et on ne l’a pas été ! Peu de chefs-d’oeuvre dans cette enfilade d’airs, de duos, de quatuors, quelques jolis solos, mais de la musique sacrément bien troussée et réjouissante. En résumé, que du bonheur !

Cannes #75

J’ai dû aller à Cannes deux ou trois fois, jamais pendant le festival de cinéma. Pas de raison ni d’envie. La foire aux vanités ?.

Grâce au service public, France Télévisions, le festival de Cannes est désormais accessible au plus grand nombre. Pouvoir suivre la cérémonie d’ouverture ce mardi 17 mai en direct sur France 2, c’était le bonheur.

Une cérémonie parfaitement réglée, interventions judicieuses de Virgine Efira, les paroles justes de Forest Whitaker, et l’admirable adresse au public d’un artiste qu’on aime décidément beaucoup, le président du jury Vincent Lindon

Et puis le discours du président ukrainien – « encore? » se sont exclamés certains sur les réseaux sociaux, comme si on l’avait assez vu, comme si finalement on voulait/pouvait s’abstraire de la guerre et de ses horreurs à nos portes. Et pourtant qu’on écoute bien ce que dit Volodymyr Zelensky, et son formidable message.

Dimanche soir, je découvrais la Palme d’or du festival 2019 « Parasite ». On comprend pourquoi Cannes, et une année après, les Oscars, s’étaient emballés pour ce film.

Les palmarès de Cannes ne sont pas toujours compréhensibles, ni compris. C’est aussi ce qui fait la richesse de ce festival.

Journal de printemps

Pierre Naftule (1960-2022)

Personne, en France, ne sait qui était le Suisse Pierre Naftule, disparu à 61 ans le 19 mars après une longue souffrance (maladie de Charcot). J’ai connu cet auteur, humoriste, homme de théâtre et de télévision, pendant mes années à la Radio suisse romande. Mais je l’ai surtout suivi dans ses aventures avec Marie-Thérèse Porchet, alias Joseph Gorgoni, le comédien qui avait inventé avec Pierre Naftule ce personnage si savoureux, que le public parisien avait pu applaudir à plusieurs reprises.

La musique de Salon

Les années passent, l’amitié demeure. C’est ce qu’on se disait l’autre jour avec Eric Le Sage, que je n’avais plus revu depuis son récital en 2016 au Festival Radio France. Nous déjeunions dans un petit établissement de Montmartre, au nom tout indiqué pour ces retrouvailles : le Chantoiseau

Eric Le Sage, Paul Meyer, Emmanuel Pahud, c’est la bande du festival de Salon-de-Provence, ce sont surtout trois amis véritables, indéfectibles, que je ne vois ni n’entends assez souvent à mon gré. C’est dire si ce déjeuner montmartrois avec le pianiste avait une saveur particulière.

Cadeau de mon hôte, les récents échos discographiques des dernières productions de Salon. La curiosité alliée au talent, c’est la recette de la réussite exceptionnelle de ce rendez-vous estival où l’élite de la musique européenne arpente, depuis 1993, les chemins de traverse du répertoire de chambre.

Eloquence de Knappertsbusch

Hans Knappertbusch (1888-1965) est un chef d’orchestre allemand qui fait l’objet d’un véritable culte, dont je n’ai pas toujours compris la raison. Il est vrai qu’il s’est largement illustré dans Wagner, et comme je l’écrivais dans mon précédent billet (Wagner et Goerne), c’est un univers qui m’a longtemps échappé.

Cyrus Meher-Homji, le responsable du label Eloquence Australie, a eu l’excellente idée de regrouper en deux coffrets une partie du legs discographique du chef allemand, tel qu’il était paru sous étiquette Philips, Decca ou Westminster.

Le travail de « remasterisation » est impressionnant, notamment pour les premières années stéréo avec Vienne chez Decca. On reviendra sur ces deux parutions, mais savourons déjà les voix printanières de ces Badner Mädl’n de Komzak.

Rhapsodie hongroise : Zoltan retrouvé

L’un des plus grands artistes hongrois de ces cinquante dernières années est mort en novembre 2016, à 64 ans. J’ai consacré alors au pianiste et chef d’orchestre Zoltan Kocsis un long article que je vous invite à relire : Zoltan le bienheureux.

J’y écrivais : « Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? ».

Cinq ans plus tard, un voeu largement partagé est exaucé :

Quel bonheur de retrouver ce piano charnu mais svelte, dense et clair, d’une technique transcendante jamais étalée, et même de faire dans ce coffret des découvertes, des disques sans doute mal ou peu distribués à l’époque de leur sortie !

Du connu et reconnu comme la référence moderne de l’oeuvre pianistique de Bartok, une très large anthologie Debussy qui dit tout de l’art poétique du pianiste hongrois.

De Chopin, seulement les 19 Valses, mais quel trésor !

Une référence depuis longtemps pour moi des concertos de Rachmaninov. Je me rappelle encore le choc ressenti, lors d’un Disques en Lice, à la découverte du 3ème concerto, cet allant, cet élan, cette lumière tant dans le jeu du soliste que dans la conduite de l’orchestre.

On aurait dû commencer par là, mais ce qui saute aux yeux dans ce coffret, c’est l’originalité du répertoire gravé (son choix ? celui de l’éditeur? probablement les deux) par le pianiste hongrois dans ses jeunes années. La signature d’un talent singulier. Bach mais par la face nord, l’austère Art de la fugue, Beethoven mais pas les habituelles dernières sonates, Grieg mais pas le concerto, et la référence pour l’unique sonate du compositeur norvégien, et quels bijoux que ces deux recueils de Pièces lyriques. Liszt et les ultimes Années de pélerinage, Wagner dans une passionnante confrontation entre les transcriptions de Liszt et les siennes propres.

Liszt toujours, et des concertos que je ne connaissais pas, enregistrés avec la complicité de son ami Ivan Fischer, avec qui, on l’oublie souvent, Zoltan Kocsis avait fondé l’orchestre du festival de Budapest. Ensemble aussi les concertos de Bartok et de Ravel.

Trois concertos de Mozart aussi (il y en eut beaucoup d’autres pour Hungaroton) comme on les aime, francs, fermes et lumineux.

Et puis ces variations, parfois déconcertantes, si libres et romantiques, sur « Ah vous dirai-je maman » d’Ernő Dohnányi, dont les deux complices font un feu d’artifice.

Last but not least quelle pure joie de retrouver les prises de son Philips des grandes années – un piano toujours superbement capté – !