J’ai plusieurs fois évoqué ici le festival de Lucerne et en particulier l’été 1974 qui fut pour moi une révélation : c’est là que je vis et entendis pour la première fois Karajan diriger ses Berliner Philharmoniker. Extrait d’un article précédent.
« Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé….
J’ai pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage. Je me suis rattrapé depuis… »
Audite annonce pour bientôt un coffret de 3 CD relatant quelques-uns des concerts de Karajan à Lucerne de 1952 à 1957 (avec l’orchestre suisse du festival ou le Philharmonia).
J’ai depuis longtemps dans ma discothèque un CD du petit label canadien Palexa qui mélange des prises de concert de 1978 à Berlin et à Lucerne, dont un Sacre du printemps qui a une énergie que n’ont pas les prises de studio de 1964 et 1977.
En attendant de découvrir les bandes promises par Audite, on rappelle un incunable absolu, le féerique 21e concerto de Mozart capté le 23 août 1950 au festival de Lucerne, avec Dinu Lipatti au piano et Karajan à la baguette. A-t-on jamais entendu pareil finale ?
Le pianiste roumain était à trois mois de sa mort…il allait encore donner un dernier récital à Besançon le 16 septembre 1950.
Petite série estivale pendant que ce blog prend quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 9.
Lucerne et son festival au coeur de la Suisse ont sans doute compté pour beaucoup dans ma destinée professionnelle, sans que j’en aie rien deviné quand j’y ai travaillé à l’été 1974 (lire : La découverte de la musique)
Ce fut aussi le dernier refuge musical de Claudio Abbado (1933-2014), là où il livra ses dernières forces dans des interprétations épurées, comme déjà détachées des souffrances terrestres. Comme cette Première symphonie de Bruckner, captée le 17 août 2012, quelques mois avant la mort du chef italien.
Intéressant de noter que cette première symphonie, pas si fréquente ni au concert ni au disque, a été l’un des premiers enregistrements du tout jeune Abbado avec l’orchestre philharmonique de Vienne en 1970
Petite série estivale pendant que ce blog prend quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 6.
Je n’en ai jamais fini avec Pierre Boulez (1925-2016), notamment avec ses enregistrements « live » que je collectionne précieusement, tant ils révèlent une part de liberté, de sensualité qu’on ne soupçonne pas toujours chez un personnage a priori austère et rigoureux.
Dans le gros coffret que Deutsche Grammophon a publié à l’occasion du centenaire de la fondation du festival de Salzbourg – en 1920 – à l’initiative de Max Reinhardt et Hugo von Hofmannstahl (prononcer Hof-mann-s-tâl et non -chtal, se référer à un classique de ce blog : Comment prononcer les noms de musiciens ?)
il y a évidemment quantité de trésors, comme le concert que dirigeait, le 14 août 1997, Pierre Boulez à la tête du Gustav Mahler Jugendorchester, un orchestre de jeunes musiciens basé à Vienne, fondé par Claudio Abbado en 1986. Un programme « pur Boulez » avec une oeuvre de Bartok, que Boulez fut l’un des seuls à enregistrer et diriger souvent, les quatre Pièces op.12, les quatre Notations qu’il avait alors orchestrées et un Sacre du printemps sauvage et sensuel.
Ici Boulez parle de ses « Notations » et les dirige à Lucerne (où j’avais eu la chance de longuement le rencontrer avant un concert-fleuve, lire : Un certain Pierre Boulez)
Petite série estivale pendant que ce blog prend quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 5
Comme il en apparaît régulièrement, une discussion s’est récemment engagée sur Facebook sur les mérites de James Levine (1943-2021) comme chef symphonique qui a beaucoup enregistré, mais dont les disques sont souvent restés méconnus, voire ignorés par la critique. Je faisais référence dans mon article James Levine, une vie pour la musique à un coffret publié par Universal Italie à l’époque. Coffret absolument passionnant, même s’il y manque par exemple les admirables 4ème et 5ème symphonies de Sibelius.
Beaucoup de captations de concert, comme cette Missa solemnis de Beethoven, parcourue par un souffle impressionnant, enregistrée le 12 août 1991 au Grosses Festspielhaus de Salzbourg, avec un sacré quatuor de solistes : Cheryl Studer, Jessye Norman, Placido Domingo et Kurt Moll, avec les choeurs des radios de Leipzig et de Stockholm et bien entendu l’orchestre philharmonique de Vienne !
J’ignore l’origine de l’expression bien peu distinguée « avoir les portugaises ensablées » ! En l’occurrence, c’est tout le contraire qui s’est produit le week-end dernier pour quelques milliers d’auditeurs/spectateurs du Festival international de Marvão. Les oreilles grandes ouvertes pour apprécier toutes les pépites musicales qui nous étaient offertes par une manifestation encore jeune (c’en était la 9ème édition) mais qui honore véritablement le concept même de festival !
Les lieux sont spectaculaires : à 2h30 de route à l’est de Lisbonne, un promontoire rocheux culminant à 900 mètres et dominant toute la plaine de l’Alentejo, à quelques kilomètres de l’Espagne.
Parmi les concerts « couverts » pour Bachtrack, le week-end dernier, j’ai particulièrement apprécié la Cinquième symphonie de Mahler qu’a osé proposer l’Orquestra XXI – un orchestre de jeunes musiciens portugais, tous en poste dans de grandes phalanges étrangères, qui se retrouve trois fois l’an pour travailler sous la houlette de leur fondateur, ‘un chef extrêmement prometteur Dinis Sousa. Lire mon compte-rendu enthousiaste sur Bachtrack.fr : Un grand Mahler au festival de Marvão.`
Auparavant on aura assisté à une vraie Schubertiade, d’inégal intérêt mais avec un quatuor vocal qui restituait bien l’atmosphère de ces soirées amicales qu’affectionnait tant Schubert.
Le dimanche, dans la même petite église Saint-Jacques, où la température était à peine inférieure aux plus de 30° qui régnaient sur le village, c’était au tour d’un sextuor de jeunes Portugais de nous régaler d’un programme vraiment original (compte-rendu à lire ici : Le triomphe de la jeunesse à Marvão)
(de gauche à droite : Diogo Coelho, Gonçalo Lelis, Ricardo Caspar).
Le soir concert final comme on les aime, un joli patchwork de pièces connues.
Au premier rang, sans protocole, le président de la République portugaise Marcelo Rebelo de Sousa (un petit air d’Yves Montand !) soutien de toujours du Festival.
(de gauche à droite, la soprano Juliane Banse, la jeune violoniste (16 ans!) Leia Zhu, le flûtiste Michael Faust, Christoph Poppen, le clarinettiste Horacio Ferreira, la mezzo Caterina Sereno, le baryton Nikolai Borchev)
Lorsque la nuit est tombée, la citadelle de Marvao s’éclaire aux couleurs du Portugal
Petite série estivale pendant que ce blog prendra quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 3
J’ai déjà raconté ici mon été 1974 à Lucerne (La découverte de la musique). Etrangement, problème de droits sans doute, il y a assez peu de témoignages discographiques « live » d’un festival qui, depuis sa fondation par Toscanini et Ansermet en 1938, et singulièrement après la Seconde Guerre mondiale, a été et reste l’une des plus grandes manifestations estivales d’Europe avec Salzbourg.
Le label allemand AUDITE a entrepris, depuis quelques années, de publier les belles archives de ce festival, dont celle-ci, en 2021.
Le disque est le reflet de deux concerts donnés en 1988 et 1994, et donne une image de l’art du chef suisse beaucoup plus conforme au souvenir que j’ai de ce qu’il pouvait donner en concert.
Il y a de surcroît ici un inédit dans l’abondante discographie d’Armin Jordan (1932-2006), la deuxième suite de Bacchus et Ariane de Roussel.
Et il y a surtout une fabuleuse version d’une pièce qu’Armin Jordan connaissait par coeur, qu’il est le seul à avoir enregistrée avec trois cantatrices différentes – Jessye Norman, Françoise Pollet, Felicity Lott, excusez du peu ! – le Poème de l’amour et de la mer de Chausson.
Rien n’est plus étrange et excitant à la fois que de jouer les touristes en des lieux qu’on a longtemps fréquentés pour des raisons professionnelles.
J’ai déjà parlé de Montpellier (Festivals et surprises) – mais j’y reviendrai une fois la fête terminée, parce qu’on ne peut pas laisser dire n’importe quoi -, j’ai poursuivi mon parcours du côté de la Provence, en dehors de toute activité festivalière, à une exception près.
Orange sans Chorégies
J’avais été très heureux de retrouver les Chorégies d’Orange – si bien menées par mon ami Jean-Louis Grinda, malgré les restrictions qu’il doit subir – en juillet 2021, pour un Samson et Dalila d’anthologie. Cette fois le théâtre antique était vide et muet, mais j’ai vu Orange comme je ne l’avais fait auparavant. Notamment des hauteurs de la colline Saint-Eutrope qui domine la cité et le mur romain.
(Orange a aussi sa « bonne mère », la statue de la Vierge qui protège la ville du haut de la colline Saint-Eutrope)
Vaison-la-Romaine
Je n’étais pourtant jamais très loin mais je n’avais jamais poussé jusqu’à Vaison-la-Romaine, un lieu mythique où j’avais toujours rêvé de participer aux Choralies animées par un personnage hors norme, César Geoffray, fondateur du mouvement A coeur joie, qui faisait chanter des dizaines de milliers d’amateurs dans toute la France.
On a peine à imaginer que la crue de l’Ouvèze, le 22 septembre 1992, avait submergé le pont romain… sans le détruire.
Avignon, sans être un festivalier régulier, j’y suis venu souvent au tournant des années 80/90 par intérêt personnel, mais aussi comme élu à la culture de Thonon (de 1989 à 1995) pour voir des spectacles, des troupes, qui pouvaient éventuellement être repris dans la programmation de la MAL (l’une des premières Maisons de la Culture Malraux).
La dernière fois c’était en 2014 ! Mais je n’avais ni eu ni pris le temps de me promener comme un touriste dans cette ville qui vit complètement au rythme du théâtre .
J’ai tout de même assisté à un spectacle, et pas n’importe lequel, le formidable « seul en scène » de Christine Murillo, évoquant le personnage haut en couleurs de Pauline Carton.
C’est à la Scala Provence et c’est à voir absolument, si vous passez du côté d’Avignon, jusqu’au 29 juillet
Après Avignon, on a fait un détour sur l’autre rive du Rhône, à Villeneuve-lès-Avignon, où je me rappelle jadis des réunions et colloques à la Chartreuse. Le Fort Saint-André et les jardins réaménagés valent la visite, narguant la Cité des Papes juste en face.
Après Avignon, une visite de la résidence secondaire des papes s’imposait. De la forteresse construite par le pape Jean XXII, il ne reste que des ruines certes imposantes, mais le vignoble alentour continue de produire les meilleurs flacons de la région !
Chez la marquise
Une soirée à Grignan s’imposait tout autant, même si on a raté l’occasion de voir Jérôme Deschamps jouer l’Avare (c’est jusqu’au 19 août !).
Le nom de Marie de Rabutin-Chantal, plus connue comme marquise de Sévigné (1626-1696) est à jamais lié à ce village de la Drôme, puisqu’elle est morte au château chez sa fille Françoise de Grignan.
La marquise de Sévigné est inhumée dans la collégiale Saint-Sauveur.
C’est vraiment maintenant, à l’orée de l’été, que je mesure la liberté qui est la mienne de ne plus être « en responsabilité ». De ne plus devoir me préoccuper d’un festival. Et de me retrouver dans la situation la plus confortable, celle de l’auditeur/spectateur, que je n’ai plus connue depuis… très longtemps.
Je retournerai dans quelques jours à Montpellier assister à quelques concerts du Festival Radio France, avec un sentiment de gratitude pour les efforts, le travail d’une équipe valeureuse.
J’ai déjà « profité » de cette position pour assister au festival le plus proche de chez moi, l’un des plus anciens de France aussi, celui d’Auvers-sur-Oise, certes avec ma nouvelle étiquette de critique musical. Il n’empêche – on ne se refait pas ! – que je reste attentif au moindre détail de bonne… ou de moins bonne organisation.
Les soeurs terribles
Mercredi dernier c’était dans l’église d’Auvers-sur-Oise, une nouvelle rencontre avec les soeurs Labèque (lire Les soeurs aimées).
« Juchées sur leurs stilettos, chevelure bouclée, noire de jais, chasuble blanche sur jeans slim fit, Katia et Marielle Labèque arborent un air d’éternelles adolescentes quand elles remontent la nef de l’église Notre-Dame de l’Assomption d’Auvers-sur-Oise pour accéder au podium installé dans le transept. Qui dirait que les sœurs septuagénaires célèbrent le cinquantenaire de leur duo de pianos ?«
On peut aimer moyennement cette dernière « création » de Philip Glass, mais on ne peut qu’être admiratif devant l’insatiable curiosité des deux soeurs et le nombre considérable d’oeuvres qu’elles ont commandées ou créées.
A Marciac fin juillet 2017, avec Katia et Marielle Labèque et Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France
Excellent conteur, on sait le comédien très bon chanteur… de chansons (lire Performance) mais je l’ai vraiment découvert ce soir-là en interprète bouleversant de Fauré et surtout de Duparc (une Chanson triste qui me donne encore des frissons). J’avais accompagné Lambert au dernier récital de Mathias Goerne au Théâtre des Champs-Elysées en mars 2022 et surpris une conversation très technique, professionnelle, entre eux à l’issue du concert. Il paraît qu’il existe un disque de mélodies enregistré il y a longtemps par Lambert Wilson et Jean-Philippe Collard. On va le rechercher…
Souvenir encore très vif évidemment – puisque j’évoquais Montpellier – du concert d’ouverture du Festival Radio France 2016, une soirée que j’avais voulue autour de la figure de Shéhérazade.
(Bien entouré par Karine Deshayes et Lambert Wilson)
Ce dimanche 10 juillet 2016, c’était aussi la finale de l’Euro 2016 de football, qui opposait la France au Portugal. Après le concert qu’on avait fait débuter plus tôt que d’habitude, j’avais prévu d’emmener les artistes dîner sur une terrasse, l’une des seules ouvertes à Montpellier un dimanche soir d’été. Empruntant la rue Montpelliéret pour nous rendre à ce restaurant, nous passons devant un bar noir de monde où était diffusé le match de finale, l’un puis l’autre clients reconnaissent Lambert Wilson, l’interpellent, s’approchent de lui. Et Lambert de répondre « je suis là incognito, s’il vous plaît soyez discrets », les types interloqués s’en retournent à leur match. « Je dis toujours cela quand je ne veux pas être importuné, ça gêne beaucoup les gens » ajoute-t-il pour notre petit groupe dans un grand éclat de rire. Nous dinons et n’entendons plus aucun bruit, sauf peut-être quelques cris… de supporters portugais ! A la fin du dîner nous reprenons le même chemin qu’à l’aller, les clients du bar se consolent de l’échec des Bleus, ils ne sont plus devant leur écran et reconnaissent immédiatement l’acteur qui va rester un bon moment à discuter avec eux, leur expliquer sa passion pour la musique, le festival Radio France etc… Il signe un joli paquet d’autographes et ces gamins oublient illico la tristesse de leur soirée de foot !
Vous ne savez pas qui est Georges Bosquet, né le 28 mai 1923 en Transylvanie alors hongroise ? Allons, un petit effort !
Bosquet en hongrois c’est Ligeti, Georges c’est György. On célèbre en effet aujourd’hui le centenaire de l’un des compositeurs les plus importants du XXème siècle.
Je laisse aux spécialistes et musicologues le soin de rappeler et dérouler l’impressionnante carrière créatrice de Ligeti. Son nom n’a jamais déserté les programmes de concert, à la différence de bien de ses contemporains, même très célèbres (Stockhausen, Boulez) qui ont connu une certaine éclipse après leur disparition. On sait d’expérience que mettre le nom de Ligeti à l’affiche d’un concert n’a pas l’effet repoussoir que d’autres noms pouvaient susciter.
Mon premier vrai contact avec la musique de Ligeti, mon premier enthousiasme aussi, se situe à Zurich à l’automne 1986, à la Tonhalle précisément, où le pianiste Anthony di Bonaventura sous la direction de son frère le chef américain Mario di Bonaventura créent le Concerto pour piano, qui n’a alors que trois mouvements. Ligeti y rajoutera deux mouvements, et le concerto dans sa forme définitive sera créé par les mêmes chef et pianiste le 29 février 1988 au Konzerthaus de Vienne. J’ai, quant à moi, le souvenir d’une oeuvre incroyablement excitante, rythmiquement ensorcelante, au point que la première suisse, donnée devant le bon public bourgeois de Zurich, fut bissée et follement applaudie.
Et puis, dans le désordre, Atmosphères et Lontano, deux fascinantes pièces d’orchestre, que j’entendis assez souvent et que je programmai à l’Orchestre philharmonique de Liège.
Souvenir encore ébloui de son Requiem donné dans le cadre du festival Musica à Strasbourg, le 30 septembre 1994, avec le Choeur et l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigés par Zoltan Pesko (dans un programme où figuraient également Atmosphères, le magnifique Lonely Child du très regretté Claude Vivier (1948-1983) assassiné dans de sordides conditions et Grabstein für Stephan de Kurtag.
Une version bouleversante dirigée ici par le jeune Esa-Pekka Salonen.
C’est le même Salonen qui dirigeait les représentations du Grand Macabre, dans l’une des multiples révisions opérées par le compositeur, en février 1998 au Châtelet, dans une mise en scène de Peter Sellars. Je me rappelle avoir admiré le Philharmonia, la direction du chef, et plusieurs idées du metteur en scène, mais avoir été moins touché ou convaincu par l’oeuvre elle-même.
Dernier souvenir plus récent ce « bis » donné à Radio France par Bertrand Chamayou, un extrait de Musica ricercata
Sur le plan discographique, les références ont été rassemblées par Deutsche Grammophon d’une part, Sony d’autre part.
Ce jeudi, à la Maison de la radio et de la musique, Jakub Hrusa, le choeur et l’orchestre philharmonique de Radio France ont programmé un autre des chefs-d’oeuvre de Ligeti, Lux aeterna. On y sera !
Depuis 1990, le festival de Cannes est identifié par ce générique musical :
Il s’agit d’un extrait – Aquarium – d’une oeuvre, la plus célèbre de son auteur, qui a failli ne jamais voir le jour…
En effet, lorsque Saint-Saëns écrit son Carnaval des animaux, c’est pour une circonstance particulière, et dans son esprit c’est une pochade qui n’a surtout pas vocation à la postérité. L’oeuvre est créée en auditions privées le 9 mars 1886 à l’occasion du Mardi gras par et chez le violoncelliste Charles Lebouc, puis redonnée le 2 avril 1886 chez Pauline Viardot en présence de Franz Liszt. Puis Saint-Saëns en interdit l’exécution de son vivant (à l’exception du Cygne ) craignant sans doute d’abîmer l’image de sérieux qui s’attache à sa personne et à son oeuvre, C’est d’ailleurs la même année, 1886, le 19 mai, qu’est créée à Londres l’autre « tube » de Saint-Saëns, sa symphonie n° 3 avec orgue ! Il faudra donc attendre 1921 et la mort du compositeur pour que Le Carnaval des animaux soit donné en public dans son intégralité, les 25 et 26 février 1922 sous la direction de Gabriel Pierné.
Des trilles de piano et des montées de violons et de violoncelles. Marche très majestueuse, en do majeur pour les premiers accords, en la pour la suite, sur un rythme très strict. Quelques montées chromatiques de piano, puis d’autres aux instruments à cordes qui imitent les rugissements du lion, d’une manière qui n’est guère terrifiante, mais qui jouent un peu sur le tableau de l’inquiétude. Le mouvement finit sur une gamme chromatique ascendante puis descendante de la mineur. L’ambiance générale est celle d’un ballet.
II – Poules et Coqs
Exemple de musique purement imitative, ce caquetage concertant, auquel vient s’ajouter la clarinette, est un morceau de bravoure. Très ironique, avec des notes dont la venue est quasiment incohérente aux cordes, imitant les caquètements ; ce passage amuse toujours les plus petits par son caractère imitatif. Inspiré de La Poule de Jean-Philippe Rameau.
III – Hémiones (ou Animaux véloces)
Uniquement au piano, très rapide, à base de gammes exécutées tambour battant, cela rend la course véloce de ces ânes sauvages du Tibet.
IV – Tortues
Le thème, bien évidemment lent, est interprété par les violoncelles et les altos. Saint-Saëns met en place une opposition rythmique entre le piano en triolets et le thème binaire en croches. Ce passage s’inspire du célèbre galop d’Orphée aux Enfers, dont Saint-Saëns n’a retenu que le thème. Le ralentissement extrême du rythme (échevelé chez Offenbach) produit un effet des plus savoureux.
V – L’Éléphant
Ce mouvement est lui aussi comique de manière très directe. Le thème, lent, est tenu par la contrebasse, soutenue par des accords de piano. On note un nombre important de modulations à partir de mi bémol majeur. Ce morceau est une citation de la Danse des sylphes de La Damnation de Faust de Berlioz ; très aérien dans sa version originale, il devient pachydermique chez Saint-Saëns. Il s’est aussi inspiré du Songe d’une nuit d’été de Felix Mendelssohn.
VI – Kangourous
Le piano alterne joyeusement des accords avec appoggiatures, ascendants puis descendants, et des passages plus lents, où sans doute l’animal est au sol…
VII – Aquarium
Célèbre thème, tournoyant et scintillant, évoquant le monde des contes de fées et pays imaginaires, avec des notes de l’harmonica de verre ― souvent jouées au glockenspiel ou au célesta ― et des arpèges descendants de piano.
VIII – Personnages à longues oreilles
Très évocateur, cet épisode, joué au violon, utilise les harmoniques aiguës et des tenues basses. Dans certaines interprétations, on jurerait entendre les braiements de l’âne.
IX – Le Coucou au fond des bois
C’est un mouvement très satirique, où la clarinette a le privilège de répéter vingt-et-une fois le même motif, sur les mêmes deux notes, alors que le piano mène la mélodie seul par des accords lents…
X – Volière
Mouvement très gracieux, où le thème est tenu presque exclusivement par la flûte, soutenue par des tremolos discrets des cordes et des pizzicatos.
XI – Pianistes
Autre passage, très humoristique, qui donne lui aussi dans la caricature. Les pianistes ne font que des gammes, ascendantes et descendantes, dans les tonalités majeures à partir de do, entrecoupées par des accords des cordes. Ce morceau peut être exécuté de différentes façons, selon la manière dont les musiciens interprètent la mention portée par Saint-Saëns sur la partition : « Dans le style hésitant d’un débutant ». Ils peuvent ainsi se permettre de se décaler l’un par rapport à l’autre et de jouer des fausses notes.
Il faut rappeler que Saint-Saëns était l’un des plus grands virtuoses de son temps !
XII – Fossiles
Passage parodique évoquant, outre les animaux disparus, les vieux airs d’époque. La clarinette reprend l’air célèbre du Barbier de Séville de RossiniUna voce poco fa. Le compositeur plaisante même avec sa propre Danse macabre, rendue gaie pour l’occasion ! Le thème est joué au début par le xylophone et le piano, avec des pizzicati des cordes. On entend aussi très clairement un fragment de Au clair de la Lune, joué par la clarinette, ainsi que les notes gaies de Ah vous dirais-je maman, deux chansons enfantines, puis, enchaîné à l’air du Barbier, un passage de Partant pour la Syrie, chanson populaire d’époque napoléonienne, dont la mélodie est attribuée à la reine Hortense.Saint-Saëns parodie particulièrement les artistes sans talent, en mettant bout à bout ces airs anciens, ajoutant même un passage fugué, du « remplissage » utilisé par les compositeurs en manque d’imagination.
Peut-être le mouvement le plus connu de toute la pièce, en tout cas le seul qui a l’honneur d’être parfois joué seul, c’est un magnifique solo de violoncelle soutenu par le piano, très poétique et sans doute sans humour ni caricature d’un quelconque excès de lyrisme propre aux cordes.
XIV – Final
Ce dernier morceau équivaut à la parade des fins de revue. Entamé par la reprise des trilles des pianos du 1er mouvement, il développe lui aussi un thème maintes fois repris plus tard sur d’autres supports. Ledit thème s’appuie sur une descente de basse par figure de marche. On y voit réapparaître plus ou moins brièvement les animaux dans l’ordre suivant : les hémiones (avec des accords scandés par les cordes), les fossiles (notamment par l’utilisation plus importante du xylophone), les poules et coqs, les kangourous, les ânes et, implicitement par la tonalité, le lion.
Et comme pour prouver que ce Carnaval des animaux n’est pas 1. réservé aux enfants 2. l’apanage des musiciens français, je veux citer ici des versions dirigées par des chefs étrangers- tirées de ma discothèque – parfois surprenantes, qui toutes attestent du génie universel de son auteur.
Quand je parle de chefs, j’évoque bien sûr seulement la version pour orchestre d’une oeuvre écrite au départ pour un ensemble de 11 instrumentistes (2 violons, 1 alto, 1 violoncelle, 1 contrebasse, 1 flûte, 1 clarinette, 2 pianos, 1 xylophone, 1 harmonica de verre ou, le plus souvent, 1 célesta) et qui, dans cette formation, bénéficie de quantité de versions discographiques éminentes.
C’est évidemment Bernstein lui-même, fabuleux pédagogue, qui présente le Carnaval des Animaux
Karl Böhm, Orchestre philharmonique de Vienne (1975)
S’il y a un nom qu’on ne s’attend pas à trouver dans cette oeuvre, c’est bien celui de Karl Böhm, et c’est pourtant l’une des plus grandes versions de l’oeuvre, que je place en toute première place dans mes références (tout comme son Pierre et le Loup qui y est couplé)
Dans la version allemande, c’est le fils du chef, l’acteur Karlheinz Böhm qui fait le récitant, dans la version française devenue très difficile à trouver, c’est le comédien Jean Richard.
Le chef suisse qui fut longtemps le seul à avoir gravé les poèmes symphoniques de Saint-Saëns, donne ici une version très poétique du Carnaval
Carl Eliasberg, Orchestre philharmonique de Leningrad (1951)
Sans doute la version la plus inattendue de ma discothèque, celle conduite par le chef russe Carl Eliasberg (1907-1978), avec, excusez du peu, comme pianistes Emile Guilels et Yakov Zak, qui s’en donnent à coeur joie dans ces Hémiones. Je sais que cette version est disponible en numérique, la mienne figure dans le magnifique coffret édité par Melodia pour le centenaire de Guilels (voir tous les détails ici)
Assez étrangement, cette version est l’une des plus « sérieuses », même si les solistes de l’orchestre de Boston sont superlatifs.
Skitch Henderson, London Symphony Orchestra (1960)
Skitch Henderson (1918-2005) a un peu le même profil qu’Arthur Fiedler. Né en Angleterre de formation classique, il a fait l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis comme chef de « musique légère ». Ici, il a un duo de pianistes de première catégorie, rien moins que Julius Katchen et Gary Graffman !
Ion Marin, Orchestre symphonique de Hambourg (2019)
De nouveau, ici, ce n’est pas tant la personnalité du chef que celle des deux pianistes – Martha Argerich et Lilya Zilberstein – qui fait l’intérêt de cette toute récente version captée à Hambourg, où la pianiste argentine a déménagé ses pénates depuis la fin de ses années Lugano.
Aux côtés de l’épouse du chef russe, Victoria Postnikova, le pianiste français Jean-François Heisser, dans un Aquarium bien languide
Felix Slatkin, Concerts Arts Orchestra (1953)
On a déjà dit ici tout le bien qu’on pense du légendaire animateur des concerts d’été du Hollywood Bowl à Los Angeles, Felix Slatkin (1915-1963) père du chef Leonard Slatkin (lire Felix à Hollywood)
Martin Turnovsky, Orchestre symphonique de Prague (1961)
J’aime infiniment cette version pragoise qui respecte autant l’esprit que la lettre de cette « fantaisie zoologique »
Une version due à l’un des grands chefs tchèques du XXème siècle, Martin Turnovsky (1928-2021), auquel j’avais consacré un portrait – voir ici – lorsque Supraphon a eu la bonne idée de nous restituer plusieurs de ses grands enregistrements, dont ce Carnaval des animaux
Maïwenn et la Dubarry
Et puisque le film Jeanne du Barry ouvre le festival de Cannes 2023 ce mardi soir
un souvenir et une recommandation musicale.
Le souvenir, je l’ai raconté ici (lire Inattendus) : en mai 2016, je me suis retrouvé assis à côté de Maiwenn à l’occasion d’un « stage de sensibilisation routière ». Moment délicieux, vraiment inattendu.
La recommandation musicale, c’est l’opérette de Carl Millöcker, Gräfin Dubarry (La comtesse Dubarry), créée le 31 octobre 1879 à Vienne au Theater an der Wien, revue, « actualisée » par Theo Mackeben en 1931, et depuis lors plus souvent jouée sous le titre « Die Dubarry (La Dubarry)«