Je me demande si ce n’est pas le premier coffret d’opéra que j’ai acheté. Pourquoi celui-ci et pas un autre, à un âge où l’opéra n’était pas ma première préférence? peut-être parce que j’en avais entendu des extraits sur France Musique ?
Sitôt mis sur ma platine, j’écoutais en boucle un ouvrage dont les beautés mélodiques, les ensembles (ah ces choeurs !) et les airs magnifiques, confiés à chacun des protagonistes, me semblaient être l’essence du bien chanter, du bel canto.
J’ai dû voir ensuite une ou deux fois sur scène ces Puritains qui avaient enchanté mon adolescence.
Mais je découvrais hier soir, comme les spectateurs d’un Opéra Berlioz comble et les auditeurs de France Musique, la version dite napolitaine, composée par Bellini pour la Malibran,
Dire que j’ai été ému tout au long de la soirée serait bien en-dessous de la réalité. Surtout avec des interprètes de ce niveau, pour qui c’était une première prise de rôle !
Il faut les citer tous : Karine Deshayes, impériale dans le rôle si exigeant d’Elvira, les deux ténors, magnifiques, René Barbera et Celso Albelo, et Chiara Amaru, Nicola Ulivieri, Dmitry Ivanchey, Kihwan Sim, le bel ensemble formé par les Choeurs de l’Opéra de Montpellier et de la Radio Lettone, l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, à la hauteur de sa réputation et la baguette inspirée du jeune chef italien Jader Bignamini.
Le dîner qui a suivi n’a pas vraiment engendré la mélancolie, le champagne aidant…
Un compositeur que j’ai découvert adolescent grâce à la Tribune des critiques de disques, version originale, de France Musique. Avec les fameux compères, Armand Panigel, Jacques Bourgeois, Antoine Goléa, Jean Roy, que j’ai tous eu, plus tard, la chance de rencontrer. Si bien croqués par ce sketch inusable de Peter Ustinov.
Je me rappelle les horreurs proférées par Goléasur ce concerto (« C’est de la merde« ). Moi-même à l’époque je n’avais pas immédiatement accroché, sauf peut-être dans le dernier mouvement d’allure rhapsodique.
Puis j’ai découvert, dans un coffret de 4 disques acheté en souscription, l’incomparable Christian Ferrasdemeuré ma version de chevet.
Quelques mois après son enregistrement berlinois, le violoniste français jouait ce concerto à Paris, sous la direction du tout jeune Zubin Mehta , sans doute l’une des versions de concert les plus exaltantes qui soient. L’art de Ferras à son apogée.
Quant à la 7ème symphonie, j’avais été fasciné, passionné par les débats de la Tribune. J’ai tout de suite aimé cette étrangeté, ce flux continu de musique, qui m’évoquait des contrées inconnues, des images de lointains infinis. L’étudiant aux modestes moyens que j’étais avait trouvé une caverne d’Ali Baba aux Puces de Saint-Ouen, des dizaines de disques et surtout de coffrets neufs à prix cassés. C’est là que j’ai trouvé et acheté ma première intégrale des symphonies de Sibelius, celle de Lorin Maazel – disparu il y a tout juste 3 ans le 13 juillet 2014 – avec l’Orchestre philharmonique de Vienne. J’en ai aimé beaucoup d’autres depuis, mais je n’ai jamais renié ces premières amours discographiques.
Première soirée de festival réussie, mais on n’y est pas arrivés sans peine !
Certes, tous les musiciens étaient bien là, les équipes de Radio France bien installées, le ciel était clément, mais on apprenait en milieu d’après-midi qu’Orange (France Telecom) avait « oublié » de commander et donc d’installer la ligne qui seule permettrait le soir la diffusion du concert en direct de la Basilique Sainte Germaine de Pibrac sur France Musique et les radios de l’UER. Une heureuse concomitance voulait que se tienne un conseil d’administration du Festival Radio France au siège de la Région à Toulouse, et que les deux co-présidents du Festival – Mathieu Gallet et Carole Delga – apprennent la mauvaise nouvelle en même temps que nous. Un appel de la présidente de la Région Occitanie au directeur régional d’Orange et deux heures plus tard la fameuse ligne était posée… Marc Voinchet, le patron de France Musique, soulagé !
Quand on n’est pas Toulousain, on ne connaît pas le calvaire quotidien de milliers d’automobilistes qui doivent endurer, matin et soir, des bouchons infernaux. Pour rejoindre Pibrac – distant de 20 petits kilomètres du centre de Toulouse – il nous aura fallu 65 minutes, et encore, dès qu’on avait pu franchir la barrière du périphérique, la circulation était fluide… Parisiens, Franciliens, de quoi vous plaignez-vous ?
Mais dès que chacun eut pris place dans l’étrange nef de cette étrange église, et que les huit groupes vocaux et instrumentaux du Concert Spirituelmenés par Hervé Niquet eurent lancé le voyage en polyphonie promis aux spectateurs, tous les tracas du jour disparurent instantanément.
J’avais déjà vécu l’expérience à la Cité de la Musique à Paris (lire Originaux)
L’émotion, la surprise, l’émerveillement, intensément partagés par un public qui n’avait jamais entendu pareille musique, n’en furent que décuplés.
(Le maître d’oeuvre de la soirée – Hervé Niquet – et celle qui a permis à des milliers d’auditeurs de la partager – Carole Delga)
C’était il y a des lustres, du temps des concerts de la série « Prestige de la Musique. » à la Salle Pleyel. Présentés par l’inimitable Jean Fontaine, longtemps, très longtemps, inamovible animateur des soirées dominicales de France Inter. C’était la première fois que j’entendais l’Orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors Vaclav Neumann.
En ouverture d’un concert dont je suis incapable de me rappeler le reste du programme, une pièce qui m’a durablement marqué. C’est par cette suite du ballet Le Boulon que je suis entré dans l’univers de Chostakovitch…
Il m’a fallu attendre près de quarante ans pour avoir une chance de la réentendre en concert. Ce sera chose faite le 25 juillet prochain, puisque je l’ai programmée dans un concert vraiment extra-ordinaire que dirigera l’un des vétérans de la direction d’orchestre russe, Vladimir Fedosseiev, à la tête des forces réunies du Choeur et de l’Orchestre philharmonique de Radio France.
Un Chostakovitch jeune – il a 25 ans lorsqu’on lui commande ce qui devait être un ballet – insolent, encore plein d’illusions mais d’une lucidité totale sur les dérives d’un régime qui finira par étouffer toute critique. De loin le meilleur serviteur de ce Chostakovitch politiquement incorrect est et reste Guennadi Rojdestvenski, le seul avoir gravé l’intégrale de la musique de ballet, et à plusieurs reprises, la suite d’orchestre qu’en avait tirée Alexandre Gaouk.
En second choix, la version somptueuse – trop – et moins impertinente de Chailly avec l’orchestre de Philadelphie.
Une version économique, qui manque de sel et de piment :
A quelques jours d’un Festival (#FestivalRF17) qui me laissera peu de temps pour nourrir ce blog, j’entame une série, un feuilleton, pour cet été. Mes disques préférés, quelques souvenirs marquants, des lectures à conseiller, en rapport le plus souvent avec les artistes invités de cette édition 2017. Choix personnels, assumés, non exhaustifs, dictés par la seule passion de la musique et de ces musiciens.
Premier de la liste – ce qui ne préjuge en rien de l’ordre de mes préférences ! -, le pianiste turc Fazil Say.
Découvert au Festival il y a une vingtaine d’années, invité dès 2002 à Liège – un ébouriffant 2ème concerto pour piano de Saint-Saëns . Depuis lors, un compagnonnage jamais interrompu.
Déjà dans Alla turca, je disais mon admiration pour une intégrale où j’ai l’impression d’entendre Mozartlui-même au piano
Auto-citation : Alain Lompech a fait une critique enthousiaste dans Diapason mais, à lire les nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, la vision de Mozart de Fazil Say est loin de faire l’unanimité. Comme s’il y avait une norme, des règles, qui définissent ce que doit être l’interprétation de ce corpus pianistique. J’ai acheté ce coffret, intrigué par la polémique qu’il a suscitée. Ce n’est jamais un Mozart extravagant ou déjanté, encore moins vulgaire ou anachronique. Comme Lompech, j’entends une approche d’une fraîcheur bienfaisante, comme celle d’un explorateur qui s’émerveille devant ce qu’il découvre, même si le cadre formel des sonates de Mozart est nettement plus contraint, « classique » que celles de Haydn. De surcroît, Say rompt avec le classement chronologique, et s’appuie sur les proximités de tonalité.
Un coffret peu orthodoxe certes, mais tellement revigorant dans un paysage musical où l’uniformité tend trop souvent à gommer les vraies personnalités.
Mais ne me demandez pas de choisir dans la discographie de Fazil Say. Rien n’est indifférent, conforme.
Tout a été dit, écrit, sur Brigitte – pardon, je ne parle pas de l’épouse très médiatique du nouveau président de la République, que je n’ai pas l’heur de connaître, mais d’une amie chère disparue il y a cinq ans, le 23 juin 2012, à la veille de son soixantième anniversaire, la pianiste Brigitte Engerer. Le temps passe mais n’atténue ni la tristesse ni le regret. J’ai l’impression que la Nuit du piano que nous avions organisée à la Salle Philharmonique de Liège, et confiée à Brigitte Engerer, à l’automne 2010, c’était hier. Tant sont vivaces chacun des moments de pure grâce que la pianiste française et ses partenaires nous avaient prodigués.
Et pourtant Brigitte affrontait déjà la maladie à répétition qui allait l’emporter quelques mois plus tard. Mais elle semblait s’en moquer, se refusant à modérer un goût prononcé pour la cigarette, le bon vin et le jeu (je lui avais naguère fait découvrir le casino tout proche dans la station thermale de Valkenburg).
Brigitte était chez elle à Liège depuis son prix au concours Reine Elisabeth de Belgique en 1978. Je l’admirais, la connaissais de loin, avant d’arriver à la direction de l’orchestre philharmonique de Liège puis ce furent douze ans de compagnonnage ininterrompu. En 2003, elle fut la reine du festival de mi-saison « Piano Roi », un 1er concerto de Tchaikovski à couper le souffle. En 2006 elle jouait le quintette avec piano de Chostakovitch avec le quatuor Danel, en 2009 c’était Saint-Saëns à Anvers, et cette incroyable Nuit du piano d’octobre 2010 à Liège. Comme cette Valse de Ravel, âpre et sensuelle, avec l’immense Nicholas Angelich
Elle tenait à jouer le 1er concerto de Brahms en novembre 2012 avec Christian Arming, qui venait de prendre ses fonctions de directeur musical de l’OPRL. La rencontre n’aura jamais lieu…
J’aurai encore une pensée pour Brigitte Engerer en entendant son inséparable partenaire des dernières années, le 20 juillet prochain au Festival Radio France, Boris Berezovsky
Rappel non exhaustif d’une discographie qui reflète la générosité, le tempérament, le grand art d’une personnalité qui nous manque…
Jeudi dernier, j’étais l’invité de midi de France Bleu Héraultet de ses très sympathiques animateurs Agnès Mullor et Hervé Carrasco.
Nous n’avons pas vraiment donné dans la mélancolie ni le sérieux de circonstance. Finalement c’est comme ça que j’aime (qu’on devrait toujours ?) parler de musique.
Sans me prévenir, mes interlocuteurs avaient préparé un petit quizz musical. Je m’attendais, à tort, à quelques pièges.
Je ne sais qui leur a inspiré le choix des extraits, mais ce fut un bonheur d’évoquer les artistes et les concerts qu’ils avaient choisis, tous évidemment programmés dans le tout proche Festival Radio France
D’abord, reconnue dès les premières notes, la Troisième symphonie de Mahler (programmée le 16 juillet avec l’Orchestre des Jeunes de Catalogne – JONC). Puis, avec une émotion toujours renouvelée, la merveilleuse Isabelle Georgeschantant Bei mir bist du shein,qui propose, le 17 juillet, un programme original intitulé Happy End avec le pianiste Frederik Steenbrink.
Enfin, le début du concerto en ré mineur de Bach, j’ai (bien) supposé qu’il pouvait s’agir de Justin Taylor– un récital programmé le 24 juillet à 12h30.
L’an dernier, je titrais Fête ou défaite de la musique ?Extrait : « …la dimension festive de la musique…tient justement à ce qu’on la découvre, l’entend, l’aime dans la réalité des sons produits, dans la ferveur et la joie de ses interprètes amateurs ou non. Pas dans la déformation artificielle d’un son saturé »
Sur Facebook hier j’écrivais ceci, qui n’a pas laissé sans réaction :
La Fête de la Musique ça rend sourd ?
J’ai mauvais esprit, c’est évident, mais comment prendre cet avertissement dans un document vantant la Fête de la Musique à Montpellier : « la Fête de la Musique est l’occasion de s’amuser et de faire la fête. C’est pourquoi il est important de se protéger à l’aide de protections auditives (sic) ». Et on rajoute : » La musique doit être un plaisir durable et nepas détériorer notre audition« . On allait le dire !
Question bête : pourquoi ne pas réduire (un peu, un peu plus même) le nombre de décibels envoyés dans les tympans des pauvres auditeurs (et de tous les autres alentour d’ailleurs) ?
J’en conviens, tout cela fait un peu vieux ronchon rabat-joie, mais ce n’est pas d’hier que je refuse la dictature des décibels, qui est tout sauf musique ! Quand on en est à distribuer des protections auditives, qu’on m’explique où est le plaisir du partage, d’une vibration en commun ?
Ma fête de la Musique, je l’ai vécue en deux épisodes, sans protection d’aucune sorte, jouissant pleinement des sonorités des instruments joués devant moi.
Lundi soir, cruel dilemme : des amis chers se produisant, au même moment, dans deux lieux différents. Tedi Papavrami et Nelson Goerner au théâtre des Bouffes du Nord
et Michel Dalbertoà la Salle Gaveau. J’avais promis à ce dernier d’y être, et je n’ai pas regretté, comme des centaines d’autres, d’avoir affronté la canicule naissante pour assister à un récital magnifiquement construit… et réalisé.
En ouverture la sonate « Clairde lune » de Beethoven, suivie du Prélude, choral et fuguede Franck– une rumeur insistante annonce un enregistrement prochain du piano de Franck par Michel Dalberto dans un lieu qui m’est très familier -, puis après l’entracte la Ballade (sans orchestre) et le 6ème Nocturne de Fauré.
Après une Appassionata souveraine, fiévreuse, extrême, Michel Dalberto refermait cette magistrale leçon de grand piano avec sa transcription de Morgende Richard Strauss.
L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.
On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argent, exhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.
On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise
Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.
Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…
Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger.
Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehar, dans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempeconsidérait comme son plus réussi, avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener Philharmoniker. L’esprit viennois à son plus subtil !
J’ai essayé, mais je n’ai pas tenu plus d’une demi-heure. Et depuis vendredi soir, je lis, sur Facebook, à peu près autant de commentaires passionnés, violents, assassins même sur l’émission que sur Mélenchon, c’est dire ! C’était Prodiges sur France 2…
Mon ami Marc Coppey écrit : Quelle foutaise!Et qu’on ne vienne pas dire que c’est cet abaissement qui amène le public à la musique et les jeunes à la pratique ! En contrepoint d’un extrait vidéo de l’émission de vendredi soir qui proclame : Quelle merveille ! Camille Berthollet en duo avec Gautier Capuçon jouent « Palladio » de Jenkins. A revoir sans modération…! S’en suivent, à l’heure où j’écris ces lignes, une bonne centaine de « commentaires » très contrastés.
Je ne vais pas reprendre ici ce que j’ai maintes fois exposé, ici même, et dans le cadre de mes responsabilités professionnelles : la musique classique est à tout le monde et pour tout le monde, et une grande émission de télévision – comme jadis Le Grand Echiquier – peut puissamment contribuer à « amener le public à la musique et les jeunes à la pratique », comme le dit Marc Coppey.
Ce qui est en cause ici, c’est le formatage – aucune séquence ne doit dépasser le temps d’une chanson, 3 minutes ! – et, sous prétexte de bienveillance envers tous ces jeunes si gentils musiciens, la présentation caricaturale de l’expression d’un talent, du travail d’un artiste.
J’avoue, j’ai zappé après ces deux séquences de début de soirée.
Qui a eu l’idée folle de laisser cette jeune fille sombrer, en direct, dans ce qui était présenté comme « Le concerto de Tchaikovski » ?
Et cette autre – jolie voix certes – se ridiculiser dans Nessum (sic) dorma ?
Je ne parlerai pas de la suite, puisque je ne l’ai pas vue, et j’ai sans doute eu tort, puisque plusieurs de mes proches m’ont dit avoir regardé la soirée avec plaisir.
J’aurais aimé dire bravo à l’excellente initiative (la seule ?) qui a consisté à faire chanter des milliers d’enfants, à rassembler toutes ces voix pour le bonheur de faire choeur. Depuis longtemps je crois (et j’écris : L’absente) que tous les enfants, à l’école primaire, devraient bénéficier d’une heure de chant choral par semaine. La mesure simple et égalitaire par excellence, une formation à l’écoute mutuelle, au respect, à la discipline, une école du bonheur.
Pour en revenir à Prodiges, je reste convaincu (indécrottable optimiste que je suis !), qu’on peut servir, présenter, la musique classique à une heure de grande écoute, sans la dénaturer ni la caricaturer, en respectant les compositeurs comme les interprètes, surtout s’ils sont jeunes et encore maladroits. Même sous forme de compétition amicale. Et puis les programmateurs pensent-ils que le « grand public » auquel ils pensent s’adresser est à ce point obtus, ignare, qu’on doive lui servir toujours les mêmes « tubes », plus ou moins massacrés et/ou arrangés ? Comme si la musique classique se résumait à une playlist d’une trentaine de titres…
Pendant que les téléspectateurs français regardaient France 2, les Belges se passionnaient pour la finale du Concours Reine Elisabeth. Un concours qui s’ouvrait pour la première fois au violoncelle, et qui a couronné l’un des plus brillants représentants d’une exceptionnelle génération de jeunes talents français : Victor Julien-Laferrière
Mais, toujours sur Facebook, chacun y est allé de son avis sur le palmarès, beaucoup ont regretté que Bruno Philippen’ait pas même été classé dans les six premiers.
Je ne retire pas un mot de l’article que j’avais écrit il y a trois ans : De l’utilité des concours. Mais je pourrais comprendre… qu’on ne partage pas mon avis !