Wolfgang et les Contemporains

Le 14 juillet prochain – et pourquoi pas un 14 juillet pour célébrer des musiciens que le Paris des Lumières a adorés ? – le Concert de la Loge qui est toujours privé de son olympique adjectif (!) donne à l’Opéra Comédie de Montpellier un concert « d’époque » !

Seule certitude – on ne sait jamais avec Julien Chauvin ! – on n’entendra pas une note de Mozart ! Mais du Haydn, ou plutôt des Haydn, les deux frères Joseph et Michael, et même du Cherubini. Lire ce qu’en dit le violoniste et chef du Concert de la Loge : Le Mozart suédois

Dans ce programme un vrai contemporain de Mozart : Joseph Martin Kraus, à qui j’avais déjà consacré un billet après un séjour à Stockholm ( Il est né le 20 juin 1756, quand Wolfgang est né le 27 janvier 1756, il est mort le 15 décembre 1792 à Stockholm, un an après la mort de Mozart le 5 décembre 1791. Un quasi frère jumeau du Salzbourgeois. Natif de Bavière, Joseph Martin Kraus fait, à 22 ans,  le choix de la Suède de Gustave III, souverain éclairé et cultivé…)

J’avais déjà souligné la très belle intégrale des symphonies de Kraus, parue chez Naxos, dans l’interprétation idiomatique de Petter Sundkvist et de son orchestre de chambre de Suède

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Voici que le label allemand Capriccio publie un coffret à petit prix de 5 CD très représentatif de l’art du compositeur né allemand, mort suédois !

Avec des raretés comme la musique de scène écrite – en français – pour l’Amphitryon de Molière

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Hautement recommandable (et commandable sur Amazon.de !)

De son côté, le label britannique Chandos s’était lancé, à l’instigation du chef suisse Matthias Bamert dans une entreprise assez considérable d’exploration du répertoire orchestral des contemporains de Mozart et Haydn. Je signale l’offre très exceptionnelle du vendeur allemand JPC.de qui propose, pour le moment en exclusivité, et à prix cassés (19,99 €), trois coffrets de 10 CD de ces enregistrements. Tout n’est pas frappé du sceau du génie, ni compositeurs, ni interprètes, mais c’est l’occasion de pas mal de découvertes, et d’heureuses heures d’écoute ! Vous connaissiez Gyrowetz, Wesley, Baguer, Pichl, Herschel,  Vogler ? Pas moi.

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Après Cannes et avant Montpellier

Je suis en train de terminer un bouquin, dont la présentation spartiate ne laisse rien deviner de la verve iconoclaste et jouissive de son auteur.

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Gérard Lefort, c’était la plume cinéma de Libé (journal qu’il a quitté en 2014), l’une des voix de France Inter (dans Le Masque et la plume notamment). Et c’est un style inimitable !

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Extraits de ces souvenirs :

« Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour l’avoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons s’agitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
Mais d’expérience, il s’avère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis d’une vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté d’opérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de cœur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, c’est osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre –; somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
Entre Mission Impossible et Marx Brothers, c’est le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un  » roman  » parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste d’aller au Festival, chaque année on est ravi d’y être. Jusqu’au jour où, c’est juré ! on n’y mettra plus jamais les pieds. Jusqu’à la prochaine fois.

Anecdote
En mai 1988, à l’occasion de la présentation à Cannes de son nouveau film Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec l’attachée de presse dans le hall de l’hôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers l’hôtel Eden Roc du cap d’Antibes où sont logées les super stars.  » Ça manque un peu de gyrophares et de motards « , commente Marie.
Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de l’hôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des  » cabanas « , paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on s’était quittés la veille.
L’entretien commence. Mais au bout d’un quart d’heure, un gros animal s’interpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler.  » Tiens, un lièvre « , dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce n’était pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous n’osons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau.  » Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne m’ayez rien dit, j’ai toujours un flingue à portée de main.  »

Et puis cette fabuleuse nouvelle, tombée en fin de semaine dernière : Santtu-Matias Rouvali nommé chef principal du Philharmonia de Londres.

Le jeune chef finlandais (33 ans!) se voit ainsi confier les rênes de l’une des plus prestigieuses phalanges européennes et la succession de son illustre compatriote Esa-Pekka Salonen.

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Extraits de mon blog :

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables. (22 juillet 2014)

Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre…. Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… (23 juillet 2018)

Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé (9 février 2019)

Il y a quelques mois, j’étais allé rencontrer et entendre Santtu-Matias Rouvali dans son repaire finlandais, avec « ses » musiciens de l’orchestre philharmonique de Tampere (Etoiles du Nord)

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Pour concrétiser l’invitation faite l’été dernier : l’orchestre et le chef donnent deux concerts, dont la « last night » – ce seront les seules occasions de voir et d’entendre Santtu-Matias Rouvali en France ces prochains mois ! – au Festival Radio France à Montpellier, les 25 et 26 juillet prochains. Un conseil : réservez vite (lefestival.eu)

 

 

 

La musique « contemporaine » (suite)

Je ne les avais pas réentendus depuis trois ans et une mémorable tournée en Chine et en Inde (lire Nouveaux publics). Les musiciens de l’Orchestre de la Suisse romande étaient hier soir à la Seine musicale – le nouveau vaisseau musical parisien, inauguré il y a deux ans, amarré sur l’île Seguin. 

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J’avais deux raisons supplémentaires d’assister à ce concert : la présence de l’ami Emmanuel Pahud

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et la première française du concerto pour flûte Memento vivere– créé la veille à Genève – d’Éric Montalbetti

Eric Montalbetti qu’on a bien connu comme directeur artistique de l’Orchestre philharmonique de Radio France, de 1996 à 2014, s’adonne depuis cinq ans à une passion restée secrète mais qui l’a toujours nourri, la composition (Journal intime). Et avec un succès manifeste.

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On entendra d’ailleurs Tedi Papavrami jouer sa sonate pour violon seul le 16 juillet prochain dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Hier soir, on attendait de voir et d’entendre comment ce nouveau concerto allait sonner dans l’acoustique généreuse de la Seine musicale, sous la direction d’un expert, le chef Jonathan Nott, actuel directeur musical de l’OSR, et bien connu à Paris pour avoir dirigé l’Ensemble Intercontemporain de 1995 à 2000.

Comme je l’ai déjà raconté ici (La musique « contemporaine ») toute création est une aventure, pour les interprètes comme pour le public. Une évidence : Montalbetti sait orchestrer « à la française », jouer des transparences du grand orchestre comme Ravel ou Debussy. La flûte, qui se maintient dans les registres grave ou médian, est superbement soutenue, jamais écrasée, par un orchestre scintillant, qui ne cherche ni l’effet gratuit ni le conflit avec le soliste. Emmanuel Pahud y est évidemment à son affaire, on ne sait plus quel superlatif utiliser à son endroit ! Le public, malheureusement trop peu nombreux, a fait une ovation méritée à l’oeuvre, au compositeur et à ses interprètes.

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Me revient un souvenir, qui montre qu’une création n’est pas toujours réussie du premier coup et peut évoluer. Je suis à Genève, le 13 octobre 2005, lorsque le même Orchestre de la Suisse romande, crée, sous la baguette de Pascal Rophé, une oeuvre concertante du compositeur suisse  Michael Jarrell avec pour solistes un trio de choc, Emmanuel Pahud déjà, le clarinettiste Paul Meyer et le hautboïste François Leleux. À l’issue du concert, les trois solistes me demandent ce que j’ai pensé de l’oeuvre et de leur prestation. Je leur réponds sans détour : Je ne vous ai pas entendus ! Lorsque je me trouve face à Michael Jarrell, je lui dis à peu près la même chose : Dommage d’avoir un tel trio et de ne pas l’avoir mieux mis en valeur. Il est toujours délicat de dire ces choses à un compositeur, mais ce n’est pas rendre service à un créateur que de ne pas dire ce qu’on pense !

Ces critiques n’ont sans doute pas été inutiles, puisque, lorsque l’oeuvre a été redonnée, cette fois, à Liège et à Bruxelles (dans le cadre d’Ars Musica), en avril 2008, avec les mêmes solistes, le même chef… et l’Orchestre philharmonique royal de Liège dont Pascal Rophé était entre temps devenu le directeur musical, l’impression fut tout autre. Jarrell avait retouché l’orchestration, les tessitures de ses solistes, bref avait redonné de l’air à son prestigieux trio, sans dénaturer évidemment le sens de ses Sillages…

On signale ce coffret « anniversaire » publié à l’occasion du centenaire de l’OSR (lire Suisse et centenaire, un peu chiche (5 CD), c’est un euphémisme, pour célébrer une aussi riche histoire, mais quelques « live » qui ne sont pas sans intérêt.

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La musique « contemporaine »

Déjà il y a plus de 25 ans, quand je dirigeais France Musique – avec, comme directeur de la musique, quelqu’un qui s’était fait un nom dans ce domaine, Claude Samuel – j’avais proscrit l’usage du terme « musique contemporaine » sur l’antenne. On savait, même sans les sondages d’écoute, que cette seule expression faisait fuir les auditeurs. Réflexe stupide sans doute, mais réalité incontestable.

Du bruit inaudible ?

Parce que « musique contemporaine » signifiait – et signifie encore aujourd’hui pour un certain public – : musique inaudible, faite de bruits désarticulés, sans repères harmoniques, profondément déstabilisante.

Je ne résiste pas au plaisir de reciter une anecdote qui remonte à mes années suisses : « Depuis trois ans nous subissons une directrice dont l’incompétence fait le bonheur des gazetiers et le malheur des producteurs. Sans doute consciente de ses faiblesses, elle laisse à ses adjoints – dont je suis – une latitude certaine, quoique surveillée. Ainsi, au retour d’un déjeuner, elle me téléphone pour s’inquiéter que, dans l’émission de midi, on ait diffusé du Boulez. Elle n’a pas entendu elle-même l’œuvre incriminée mais on le lui a rapporté. Je vérifie auprès de la productrice qui, amusée, finit par trouver le coupable : un extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel dirigé par…Pierre Boulez ! » (extrait de mon billet du 23 août 2018)

Aussi inculte que fût cette directrice, elle savait que Boulez signifiait « musique contemporaine »… donc indiffusable à une heure de grande écoute même sur « sa » chaîne culturelle !

Faire confiance au public

J’ai souvent dit, partout où j’ai eu la responsabilité de programmer de la musique d’aujourdhui, donc « contemporaine », comme producteur ou patron de chaîne, mais plus encore comme organisateur de concerts en tant que directeur d’orchestre et maintenant de festival: le public est seul juge, et bon juge.

D’emblée il distingue et reconnaît l’oeuvre factice, artificielle, de la pièce inspirée, qui ne lâche pas l’auditeur, le captive, l’interpelle, retient jusqu’au bout son attention. Ce n’est pas démagogie que d’affurmer que le public a toujours raison. Son instinct le trompe rarement.

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Encore ici, à Tallinn, pendant ce festival de musique d’aujourd’hui, on perçoit immédiatement les oeuvres marquantes, celles qui vous tiennent en haleine, par cette mystérieuse alchlmie qui fait les grandes oeuvres et les grands auteurs.

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Ainsi, avant-hier soir, lors du concert de l’orchestre national d’Estonie (lire Le printemps de Tallinn) figuraient au programme des oeuvres, certaines en création, de compositeurs totalement inconnus de moi, et sans doute d’une majorité du public.

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EINO TAMBERG (1930–2010, Estonia)
“Avafanfaarid” / “Opening Fanfares” Op. 112 for symphony orchestra (1975/2001)

HO-CHI SO (b. 1994, Hong Kong)
“Radio Conversation” for orchestra and electronics (2018, Estonian premiere)

LOTTA WENNÄKOSKI (b. 1970, Finland)
“Susurrus” for guitar and orchestra (2016)

MAYKE NAS (b. 1972, the Netherlands)
“Down the Rabbit-Hole” for symphony orchestra (2012)

ALEX NANTE (b. 1992, Argentina)
“La Pérégrination vers l’ouest” / “Journey to the West” for orchestra (2016)

ÜLO KRIGUL (b. 1978, Estonia)
“worlds… break the soundness” for orchestra (2019, premiere)

Toutes les pièces de ce programme avaient un intérêt, dans leur diversité d’inspiration, même si l’originalité n’en était pas toujours la vertu première. Celle qui a suscité le plus d’adhésion du public – et la mienne ! – est celle de la Finlandaise Lotta Wennäkoski (en haut sur la photo avec le soliste Petri Kumela et le chef Olari Elts), Susurrus pour guitare et orchestre. Construite comme un concerto classique, en trois mouvements enchaînés vif-lent-vif, l’oeuvre captive d’abord par l’usage que la compositrice fait des cordes de la guitare soliste et du quatuor d’orchestre, toutes les variantes possibles du frotté, frappé, pincé – l’archet n’est quasi jamais utilisé ! – sont exploitées, sans que jamais on ait l’impression d’un procédé, d’une facilité. Il en résulte un univers sonore fascinant, d’où émerge un parcours mélodique, pimenté par des interventions des bois et des percussions qui enrichissent sans jamais l’alourdir, encore moins l’écraser, les textures diaphanes d’une orchestration scintillante. Je pensais, en écoutant cette oeuvre, à un jeune guitariste comme Thibaut Garcia, qui serait bien inspiré d’inscrire ce Susurrus à son répertoire.

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Hier samedi on avait le choix entre plusieurs propositions de concerts vocaux ou choraux. C’est à la cathédrale Sainte-Marie, au sommet de la vieille ville, qu’avait lieu le concert d’un ensemble fondé en 2010, le choeur de chambre Collegium Musicale dirigé par Endrik Üksvärav.

Comme la veille (Le printemps de Tallinn), assis au milieu du public qui remplissait la nef de la cathédrale, Neeme Järvi et sa femme, très attentifs et sollicités à la fin du concert par les musiciens, les compositeurs..

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PEETER VÄHI (b. 1955, Estonia)
“Siberian Trinity Mantra” (2019, premiere)

FRANCO PRINSLOO (b. 1987, South African Republic)
“Pula, Pula!” for mixed choir

CATHARINA PALMÉR (b. 1963, Sweden)
“Strings in the air above” for chorus (2013)

GABRIEL DHARMOO (b. 1981, Canada)
“Futile Spells” for choir (2016)

MIHYUN WOO (b. 1980, South Korea)
“Voices in Landscape” for mixed choir

BALÁZS KECSKÉS D. (b. 1993, Hungary)
“Alleluja” for mixed choir (2018)

KRISTO MATSON (b. 1980, Estonia)
“Taaveti laul nr 131” / “David’s Song No. 131” (2009)

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Un panel d’oeuvres très représentatif de la vivacité de la création chorale, dans des pays où le « chanter ensemble » est plus qu’une tradition, un art de vivre (Riga choeur du monde). 

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Comme la veille, des pièces d’inégale inspiration, longueur, originalité, mais toutes singulières… et remarquablement interprétées. Une préférence peut-être pour la dernière, la plus construite comme une dramaturgie sonore, spatiale, explorant toutes les ressources de la voix humaine.

Les spectateurs du Festival Radio France n’ont jamais craint d’écouter les programmes du Choeur de la radio lettone, qui, chaque année depuis plus de 20 ans, non seulement participe au festival mais surtout promeut et illustre la musique et les créateurs de notre temps.

Le printemps de Tallinn

On nous a prévenus, le printemps a beaucoup de retard dans la capitale estonienne ! Une bise polaire nous accueille à la descente du petit avion qui nous amène d’Helsinki. L’atmosphère se réchauffera dans la soirée pour le premier des concerts auxquels j’ai été convié par le ministère de la Culture d’Estonie, un festival de musique contemporaine, les World Music Days, lointain avatar de la Société internationale pour la musique contemporaine (SIMC). 

Après Riga en juillet 2018, Tallinn est la deuxième capitale d’un Etat balte que je visite (voir les premières photos : Tallinn en mai). 

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Premier concert ce 3 mai à la salle de concert d’Estonie qui jouxte l’Opéra national, l’un et l’autre construits en 1913 (pas grand chose à voir avec leur exact contemporain, le Théâtre des Champs-Elysées à Paris !)

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On va y entendre l’Orchestre symphonique national d’Estonie (qui est l’invité du concert d’ouverture du Festival Radio France le 11 juillet prochain : Le choc des titans) dans un copieux programme dirigé par le chef estonien Olari Elts.

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A peine installé dans cette belle salle rectangulaire (à l’acoustique généreuse), où un public mélangé, plutôt jeune, a pris place, je vois se glisser discrètement, trois rangs devant moi, une haute silhouette que je reconnais aussitôt, accompagnée de sa femme et de sa fille.

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Je ne devrais pas être surpris de voir ici le directeur musical de l’orchestre, Neeme Järvi, mais il est si peu fréquent qu’un chef de sa stature vienne assister à un concert dirigé par un moins capé que lui, dans un programme entièrement contemporain, que je n’en suis que plus admiratif d’une personnalité que j’ai aimée dès que j’ai eu l’occasion de la connaître (mes premiers souvenirs avec lui : Dans la famille Järvi, le père). 

J’avais encore tout frais dans ma mémoire le souvenir du fabuleux concert que le grand chef, natif de Tallinn, avait dirigé à Paris en janvier dernier à la tête de l’Orchestre National de France (Neeme le Russe)

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540469ee-8daf-4e91-9415-2098874ed4f5A l’entracte du concert, rencontre aussi inattendue qu’émouvante avec le chef ! Quelques souvenirs du passé (les cinq CD Stravinsky enregistrés avec l’Orchestre de la Suisse romande)

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l’impression encore très vive de cette Première symphonie de Rachmaninov à Paris : Je demande à Neeme Järvi pourquoi il n’a jamais enregistré cette symphonie (à la différence de la Troisième, des autres pièces symphoniques et chorales et des opéras !), il me répond qu’il va le faire et me raconte qu’il l’a dirigée récemment à la tête du New York Philharmonic. Demandant aux musiciens quand ils avaient joué l’oeuvre pour la dernière fois, la réponse fusa : « Jamais » !

 

Mon impatience n’en est que plus grande d’accueillir Neeme Järvi et son bel orchestre à Montpellier dans deux mois, dans un programme emblématique de l’insatiable curiosité de ce musicien et de son ardeur à promouvoir toutes les musiques de ce nord de l’Europe  qu’il aime tant.

 

 

 

Le postillon de Paris

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L’Opéra Comique à Paris s’est durablement abonné au succès. Après Hamlet, La Nonne sanglante, Le Comte Ory, Le Timbre d’argent, Fantasio pour s’en tenir aux plus récents ouvrages qu’on y a vus, Olivier Mantei renouvelle l’exploit avec ce Postillon de Lonjumeau d’Adolphe Adam à l’affiche de la salle Favart.

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« Comme toujours, la postérité est capricieuse. Du vaste corpus d’Adolphe Adam (1803-1856) qu’a-t-on retenu? Le ballet Giselle (que Tchaïkovski citait toujours en exemple) et le cantique Minuit, chrétiens. C’est bien peu, si l’on songe que son œuvre compte une cinquantaine d’opéras, une quinzaine de ballets, des opérettes, des vaudevilles, des cantates, et même une messe pour le retour des cendres de Napoléon aux Invalides!…/À tort ou à raison, le rouleau compresseur de la mémoire a rempli son office et Adam est passé à la trappe. Seul Le Postillon de Lonjumeau éveille encore les souvenirs des passionnés de musique française. Créé en 1836, cet opéra-comique obtint un succès instantané et fulgurant, et fit aussitôt le tour des scènes d’Europe. Omniprésent à Paris, il disparut pourtant de la Salle Favart en 1894, pour n’y jamais revenir/…/Le Postillon, c’est d’abord une histoire d’opéra. Fieffé chanteur, Chapelou n’est que postillon à Lonjumeau. Le jour de ses noces, il entonne son air fétiche, dans lequel il atteint un éclatant contre-ré. Il est aussitôt débauché par un membre de la cour, qui l’invite à rencontrer le roi. Et voilà notre Chapelou qui laisse en plan mariage et jeune épouse, pour aller chanter devant le souverain… Il ne retrouvera sa femme délaissée que… dix ans plus tard, devenu une étoile de l’opéra. Celle-ci va mettre en place un stratagème pour le confondre, et se venger » (Le Figaro, 29 mars 2019)

Excellente surprise lundi soir ! D’abord l’ouvrage – qu’on connaissait un peu par le disque – se laisse écouter avec bonheur, le compositeur de Giselle est un mélodiste et un orchestrateur astucieux et. cultivé, il connaît son XVIIIème siècle ! Quelques longueurs parfois, une sorte de leitmotiv (le début de l’air le plus célèbre Ah mes amis…), mais dans la fosse et sur scène une équipe qui enlève le morceau avec un charme et un chic fous.

A commencer par le ténor, lui aussi abonné à l’Opéra Comique, l’irremplaçable Michael Spyres*, compose un personnage haut en couleur, chante avec grâce en un français exemplaire (Ph.Venturini, Les Echos), pousse sans difficulté ses contre-ut et contre-ré, et garde en permanence une qualité d’émission et de chaleur de la voix, qui me font souvent penser à son illustre aîné, Nicolai Gedda(1925-2017)

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Mais pour moi la révélation de la soirée a été la jeune soprano canadienne Florie Valiquette qui endosse avec allure et grâce le double rôle Madeleine-Latour, le vrai caractère fort de la pièce (Les Echos). Franck Leguérinel campe un marquis de Corcy torve et ridicule à souhait.

Michel Fau se régale (en impayable suivante travestie de Madame de Latour) et règle à la perfection la mécanique d’une intrigue invraisemblable. Et Sébastien Rouland mène joyeusement d’impeccables musiciens, les membres du choeur Accentus et l’orchestre de l’opéra de Rouen. Décors somptueux d’Emmanuel Charles et costumes à l’avenant de Christian Lacroix !

Encore quatre représentations à l’Opéra Comique ! 

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*Michael Spyres crée l’événement le 24 juillet prochain en s’attaquant au rôle présumé inchantable de Fervaal.

L’opéra de Vincent d’Indy est donné en version de concert dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier (réservations : lefestival.eu)

 

 

 

Top départ

Le soleil de printemps inonde Montpellier cette semaine.

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Et ça tombe bien pour commencer à dévoiler ce que sera le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (que tout le monde ici, dans la région, nomme simplement « Festival Radio France« … alors qu’à Paris, dans la Maison ronde même, on continue d’appeler « Festival de Montpellier » !!)

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Le vieux chat noir un peu cabossé du coin de ma rue ne se départ jamais d’une sérénité éprouvée !

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L’Esplanade Charles de Gaulle est en fête ! N’était la fraîcheur matinale, on s’imaginerait presque en été.

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Cette semaine donc, à l’usage des Montpelliérains, on a commencé à feuilleter le programme des soirées du #FestivalRF19. En essayant de sortir des habitudes qui prévalent pour ce genre de présentation – conférence de presse « officielle », invitations VIP -. Ce qui me plaît, et ce pour quoi finalement toute l’équipe du Festival travaille, c’est de rencontrer le public, notre public, de lui réserver la primeur du programme que nous lui avons concocté avec amour, d’échanger avec lui, de prendre les compliments et de répondre aux critiques. C’est ce que nous avons fait déjà mardi soir devant une salle Pasteur archi-comble, c’est un exercice que nous rééditons en fin d’après-midi au foyer de l’Opéra Comédie. Et cela en musique, avec la participation exceptionnelle, mardi, de l’Orchestre National Montpellier Occitanie et de Magnus Fryklund, ce soir, de Marina Chiche et Félicien Brut, tous artistes qui, bien évidemment, seront de l’aventure du Festival en juillet prochain.

Mais on ne déballe pas tout d’un coup, les 150 concerts, les 70 lieux de toute l’Occitanie où se déploiera la 35ème édition d’un festival qui n’a pas d’équivalent dans la sphère musicale : musique de chambre, chorale, jazz, musiques électroniques, événements symphoniques, etc…

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Ceux qui me suivent et me lisent ne seront pas surpris du choix des rivages de la Baltique  comme cadre de nos prochaines nuits blanches…

« Deux souvenirs : en juin 1998, l’immense place du Palais à Saint-Petersbourg, devant l’Hermitage, traversée à 3 heures du matin, la douceur indicible de la voûte céleste ni jour ni nuit ; en juillet 2016, à Montpellier, Valery Gergiev me citant le Festival Radio France Occitanie Montpellier comme modèle des Nuits blanches qu’il organise chaque été dans la ville de Pierre le Grand.

C’était décidé, la 35ème édition du Festival serait consacrée à ces légendaires musiques du Nord, des rives de la  mer Baltique, à l’incroyable foisonnement créatif de générations de compositeurs et d’artistes exceptionnels. » (Suite à lire sur lefestival.eu)

Je me suis promis de ne pas répondre à la question que les journalistes ne manqueront pas de me poser : « Quels sont vos coups de coeur » ?  Je n’y répondrai pas, parce que cette programmation n’est qu’une suite de coups de coeur, ceux de l’équipe de programmation, les miens…

J’éprouve une fierté particulière et personnelle à ouvrir ce Festival 2019 avec une personnalité que j’admire infiniment, Neeme Järvi, et l’orchestre national d’Estonie.

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K. père et fils

Ce qu’il y a de sympathique dans des soirées comme Les Victoires de la Musique classique, c’est qu’on peut y croiser évidemment beaucoup de professionnels… et de musiciens qui se trouvent être parfois aussi des amis !

Ainsi les hasards du placement dans la grande salle de La Seine Musicale m’ont amené tout près d’un musicien que j’admire depuis longtemps, avec qui j’ai eu le bonheur de lancer plusieurs projets discographiques, et qui, mercredi soir, était présent comme supporter d’un  autre magnifique musicien, son fils. Je veux parler de Jean-Jacques Kantorow, grand violoniste et chef d’orchestre, et d’Alexandre Kantorow, magnifique pianiste que le public du Festival Radio France avait pu applaudir en 2016 (à 19 ans!).

Alexandre concourait dans la catégorie « Révélation Soliste instrumental » aux côtés d’un autre pianiste très talentueux, Théo Fouchenneret (qui lui inaugurera la série Découvertes du Festival Radio France 2019 le 11 juillet !) et du guitariste Thibaut Garcia (lui aussi invité des dernières éditions du festival occitan). Le pronostic du père – soutien d’un grand label, campagne médiatique bien organisée – penchait en faveur du guitariste. Pronostic confirmé, sans surprise.

Je ne vois, quant à moi, pas l’intérêt de voter pour départager de jeunes talents en devenir : les téléspectateurs ont pu entendre les trois « nommés », ils étaient tous les trois exceptionnels. Alexandre Kantorow n’avait pas choisi la facilité avec l’ébouriffant finale du 2ème concerto de Tchaikovski, à écouter ici à 1h3 !

L’un des premiers disques du pianiste  est un duo avec son père, dans des répertoires peu courus :

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On n’a pas de peine à imaginer que le jeune homme poursuivra une trajectoire victorieuse… avec ou sans trophée ! Il n’a rien d’un météore..

Le père, Jean-Jacques, je l’ai découvert comme violoniste. D’une virtuosité flamboyante.

 

C’est avec lui que j’ai découvert le Chevalier de Saint-Georges

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Mais c’est comme chef d’orchestre que je vais mieux connaître Jean-Jacques Kantorow, lorsque l’Orchestre philharmonique royal de Liège est sollicité à l’été 2010 par Naïve pour un disque de concertos avec Laurent Korcia. Le violoniste français a demandé à être « en confiance » avec un chef de son choix : son aîné se révélera précieux au fil de sessions parfois compliquées par les humeurs changeantes du soliste. Résultat : un disque magnifique, multi-récompensé !

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Pour les musiciens de l’OPRL, Jean-Jacques Kantorow est une révélation : déployant des trésors de patience il est d’une exigence constante et souriante qui en impose à tous. Forts de cette première expérience réussie, nous allons programmer plusieurs autres projets, comme cette intégrale concertante d’un compositeur Lalo mal-aimé du disque

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Juste avant que je ne quitte la direction de l’OPRL, nous lancerons une nouvelle aventure chez  Musique en Wallonie, la musique concertante et symphonique d’Ysaye.

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Il y a quelques mois sortait ce couplage inédit de deux concertos finnois :

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Mais le bonheur de revoir Jean-Jacques Kantorow mercredi soir a été ravivé, s’il en était besoin, par l’annonce qu’il m’a faite de la réalisation prochaine chez BIS d’un projet que j’avais nourri depuis plus de dix ans, dans la ligne éditoriale qui est la marque de la phalange liégeoise : l’intégrale des symphonies de Saint-Saëns, avec Thierry Escaich sur les grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique pour la 3ème symphonie. Dejà impatient !

Et Offenbach ?

 

La France officielle aurait-elle ses protégés et ses oubliés ? On peut s’interroger lorsqu’on compare le sort réservé à Berlioz, mort il y a 150 ans, et à Offenbach né il y a 200 ans.

Berlioz a bénéficié déjà, pour le bicentenaire de sa naissance en 2003, d’une sorte de célébration nationale- sans aucun doute justifiée ! – associant un grand nombre de maisons d’opéra, d’orchestres symphoniques, d’institutions culturelles, certains avaient ardemment milité pour qu’il entre au Panthéon ! L’an dernier, la ministre de la Culture avait confié à Bruno Messina « la mission de préparer le cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz ».

Berlioz est honoré par le disque : le coffret Warner (Berlioz Complete works), et d’autres encore, d’inégal intérêt (j’y reviendrai sur bestofclassic)

 

 

Et le sieur Offenbach, né Jacob à Cologne le 20 juin 1819, devenu Jacques dès son arrivée à Paris en 1833 et mort dans la capitale française en 1880 ? Pas de comité du bicentenaire ? Pas de commémoration officielle ? Il faut croire qu’un compositeur de musique « légère », un roi de l’opérette, ne mérite pas l’hommage réservé à son aîné « sérieux ».

Sans doute est-il plus compliqué d’envisager une édition discographique des oeuvres complètes d’Offenbach – comme on vient de le faire pour Berlioz – n’est-ce pas Jean-Christophe Keck ? Parce que l’oeuvre d’Offenbach est encore largement à (re)découvrir, que le colossal travail d’édition est un work in progress qui ne paraît pas près de s’achever.

Espérons que, même en l’absence de caution officielle, le bicentenaire de sa naissance permettra à un large public de mieux connaître la personnalité, au moins aussi originale que celle de Berlioz, la diversité du génie d’Offenbach. De le sortir aussi de l’étiquette réductrice d’amuseur franco-français du Second Empire : sait-on que c’est le succès considérable de ses opérettes, chantées en allemand à Vienne (Orphée aux enfers, La belle Hélène, La vie parisienne) qui a poussé Johann Strauss fils (1825-1899) à se mettre à l’opérette et à essuyer ses premiers échecs ?

Espérons que Warner fera un peu plus que ce coffret bienvenu, regroupant les trois versions de référence récentes dirigées par Marc Minkowski.

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Par exemple en regroupant les ouvrages dirigés par Michel Plasson, Manuel Rosenthal, John Eliot Gardiner… le fonds EMI Offenbach étant sans doute l’un des plus riches.

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En attendant l’ouvrage de référence (qui viendra peut-être ?), on peut aborder le personnage avec ces trois petits bouquins :

 

Dans les raretés discographiques à rééditer, un joli bouquet d’ouvertures dirigées par… Hermann Scherchen. Offenbach enregistré à Vienne sous une baguette qu’on n’attend pas dans ce répertoire, un modèle !

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Berlioz versus Stravinsky

Les Troyens c’est probablement l’ouvrage – un opéra en 5 actes ! – qui conforte ceux qui aiment autant que ceux qui détestent Berlioz. Les premiers y voient et y entendent les trouvailles géniales, l’absence de limites à une inventivité phosphorescente, les seconds y trouvent des longueurs loin d’être toujours « divines », les élucubrations d’un personnage mégalomane.

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Le spectacle qu’on a vu à l’opéra Bastille mercredi – devant un impressionnant parterre de directeurs d’opéras ! – n’aura sûrement pas fait changer d’avis les détracteurs du compositeur natif de La Côte Saint-André… mais pas non plus convaincu – c’est un euphémisme – ses admirateurs. On a connu metteur en scène plus inspiré (Dmitri Tcherniakov), fosse et plateau plus enthousiasmants. Occasion manquée. J’en reste au souvenir ébloui du spectacle vu à Amsterdam en 2010.

Consolons-nous si besoin avec quelques perles du coffret Berlioz (Berlioz Complete works) comme ce magnifique Nocturne à deux voix (jadis paru sous étiquette DGG)

Coffret Berlioz qui comprend la fantastique intégrale des Troyens captée à Strasbourg en novembre 2017 !

Signalons aux fans du ténor Michael Spyres – j’en suis ! – qu’il chantera le rôle-titre de Fervaal de Vincent d’Indy – en version de concert – le 24 juillet prochain à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France !

Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé .

51600587_10156314440032602_7981583776243253248_nSheku Kanneh-Mason jouait le concerto d’Elgar et Santtu-Matias Rouvali dirigeait l’orchestre philharmonique de Radio France, en état de grâce, dans Debussy (Prélude à l’après-midi d’un faune, avec la flûte enchantée de Magali Mosnier) et Stravinsky (phénoménal Petrouchka). Rouvali avait déjà offert au public de Montpellier, en juillet 2018, un Sacre du printemps idiomatique, narratif, légendaire. Il renouvelle l’exploit avec Petrouchka, et quelle maîtrise exceptionnelle d’une partition qui reste, cent huit ans après sa création, d’une complexité intimidante pour les interprètes !

Un concert à écouter absolument sur francemusique.fr

Mon métier comporte son lot de contraintes, de déceptions, de désagréments, mais je les oublie vite quand j’ai la chance de rencontrer des artistes comme ces deux-là. Si simples, modestes, très conscients des risques d’une notoriété trop vite acquise, si profondément musiciens. Longue et belle vie à Sheku ! Quant à Santtu-Matias Rouvali, le prochain rendez-vous est déjà pris : il vient avec « son » orchestre philharmonique de Tampere à Montpellier pour deux concerts en juillet 2019 (#FestivalRF19) !

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