Douce France

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On y est ! Le 34ème Festival Radio France s’est ouvert lundi avec les Rencontres de Pétrarque et La Série musicale, de France Culture.

Mardi, c’est l’Harmonie de la Garde Républicaine qui ouvrait le bal des 150 concerts programmés (!). La demi-finale de la Coupe du monde de football avait un peu réduit l’affluence attendue dans le magnifique amphithéâtre de plein air du Domaine d’O, mais la victoire des Bleus avait dopé musiciens et public.

Mercredi, traditionnelle soirée d’ouverture « officielle » en présence des deux co-présidentes du Festival, Sibyle Veil, la nouvelle présidente de Radio France et Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie.

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Avec une Périchole endiablée, comme seul Marc Minkowski en a le secret, à la tête d’une formidable troupe, les choeurs de l’opéra de Bordeaux, les Musiciens du Louvre, Aude Extremo, Philippe Talbot, Alexandre Duhamel, Eric Huchet, Romain Dayez, Enguerrand de Hys, Olivia Doray, Julie Pastouraud, Mélodie Ruvio, Adriana Bignani Lesca, et plus qu’une « mise en espace », une vraie mise en scène de Romain Gilbert.

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La troisième soirée du Festival prenait un tour plus intime, quoique présentée dans le grand vaisseau de l’opéra Berlioz : sublime récital de deux « enfants » du Festival, Fazil Say et Marianne Crébassa

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Bonheur sans mélange de retrouver ces deux artistes qu’on aime tant…

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Le français chanté

Je n’ai pas recensé les chroniques de ce blog, où j’évoque le français, la langue française, mon amour des langues, et de cette langue en particulier. Et même si je peste contre cette  mode contemporaine des « journées », je dois reconnaître que la Journée internationale de la Francophonie ce 20 mars, couplée à une Semaine de la langue françaisea été illustrée de belle manière, en particulier par le président de la République sous la coupole de l’Académie française.

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Comme le relève ce matin un ami journaliste belge, à propos du discours d’Emmanuel Macron : Enfin un dirigeant français qui a compris ce qu’est la francophonie.

Je n’ai pas pu suivre l’allocution présidentielle. J’étais au même moment retenu au cimetière du Père-Lachaise par les obsèques d’une belle personne, la grand-mère maternelle de mes petits-enfants, née au Cambodge, victime avec sa famille des persécutions de Pol Pot, atterrie un jour de 1976 à Roissy alors qu’elle pensait rejoindre les Etats-Unis. La France devient sa nouvelle patrie, le français la langue qu’elle partagera exclusivement avec son mari et ses trois enfants, puis ses petits-enfants, la langue de l’amour familial.

Oui le discours du président dit bien la vraie puissance du français : lire  La francophonie est une sphère dont le France n’est qu’une partie.

L’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (voir lefestival.eu) consacrera une large place au chant français, à la mélodie, à la chanson française, au français chanté dans tous ses éclats.

Parmi quantité de concerts où le chanté français sera mis à l’honneur, une soirée qui promet d’aussi belles émotions que ce disque, avec Marianne Crebassa et Fazil Say :

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Mais pour illustrer le propos présidentiel, faut-il rappeler que le « bien chanter » français n’est pas l’apanage des seuls artistes francophones ? Nous en avons eu encore la preuve lors de la Table d’écoute de Musiq3 du 25 février dernier consacrée aux Quatre poèmes hindous de Maurice Delage. Les deux chanteuses « vainqueuses » de l’écoute anonyme sont… Felicity Lott et Anne-Sofie von Otter !

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J’ai encore un souvenir très lumineux de la tournée qu’avait faite il y a dix ans, en août 2008, l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud, sous la direction de Pascal Rophé, avec une soliste magnifique, dans un répertoire qui n’allait pas de soi même devant les publics cultivés de Sao Paolo, Montevideo ou Buenos Aires : Susan Graham chantait les Nuits d’été de Berlioz. À la perfection, et si j’osais, mieux quant à la précision du texte, de la diction, que nombre de ses consoeurs francophones ! Car, en dehors de la scène, Susan Graham ne parlait pas un mot de français…

Dans une riche discographie, où tout est à écouter, je retiens, pour les conseiller vivement, ces deux albums

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Autre preuve de la qualité du français chanté par une non-francophone, ce célèbre air de Louise de Charpentier – le plus érotique de la littérature lyrique française – chanté par celle qui fit les beaux soirs mozartiens d’Aix-en-Provence, l’inoubliable Sophie du Rosenkavalier de Karajan, l’Américaine Teresa Stich-RandallA-t-on jamais mieux évoqué l’émoi amoureux ? Et comme pour ne pas faire oublier que le français n’était pas sa langue native, l’auditeur attentif relèvera juste une coquetterie de prononciation « l’âme encore – prononcée comme Angkor – grisée »… mais combien d’illustrissimes chanteurs ont trébuchéé sur ces diphtongues qui sont l’un des charmes et des difficultés du français, les on, en, in, an…

La relève

On sait depuis des lustres, en tout cas depuis Le Cid de Corneille, qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.

Dans ce blog, j’évoque beaucoup d’artistes disparus ou retirés de la carrière, à l’occasion de publications ou rééditions – ainsi récemment Régine (Crespin) et Françoise (Pollet) parce que j’ai toute liberté d’en dire ce que j’en pense (en général du bien !)

L’exercice m’est plus difficile pour des musiciens en activité, mais au diable les réserves aujourd’hui ! Je prends le droit de manifester mon enthousiasme pour deux publications toutes récentes et deux artistes que j’admire depuis leurs premiers pas dans leur jeune carrière.

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Marianne Crebassatout juste trentenaire, après un premier disque « carte de visite » (Oh Boy !) démontre avec ce deuxième album qu’elle a les moyens de son caractère et de son ambition artistique. De la mélodie française, même avec un titre supposément accrocheur (!), ce n’est pas exactement ce qui est censé plaire à ce grand public (que je n’ai personnellement jamais rencontré !).

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Le critique professionnel – c’est son rôle – trouvera certainement matière à comparer la jeune mezzo-soprano (au timbre souvent proche du contralto) à ses illustres aînées. J’ai écouté une première fois ce disque sans interruption, et j’ai été embarqué dans un heureux voyage trop court à mon gré. Il faut dire que le piano de Fazil Say est bien plus qu’un accompagnateur, un coloriste, un magicien qui suggère l’orchestre (dans Shéhérazade de Ravel par exemple).

On se réjouit déjà de retrouver l’un et l’autre à Montpellier en juillet prochain !

Autre admirable musicienne, à peine plus âgée que Marianne, celle qu’on admirait dans un Mithridate d’anthologie (Ceci n’est pas un opéra), qui a signé deux disques magnifiques, l’un consacré à Rameau, l’autre à Mozart (Les voix aimées), Sabine Devieilhe était à l’opéra de Versailles vendredi soir, au Théâtre impérial de Compiègne dimanche, mais je ne pouvais être à aucun de ces concerts, qui reprenaient le programme enregistré sur ce disque – encore un titre étrange ! – avec la complicité de François-Xavier Roth qui met toutes les saveurs et les couleurs de son orchestre Les Siècles au service d’un répertoire moins exotique ou désuet qu’on ne le pense.

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Deux disques indispensables, deux musiciennes magnifiques.

Fazil et Satie

Un concert de et avec Fazil Say est toujours une aventure. On en a encore eu la preuve hier soir au Théâtre des Champs-Elysées dans la série des productions de l’infatigable Jeanine Roze .

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A Montpellier, en juillet dernier, le pianiste turc avait consacré, à ma demande, tout son récital à des sonates de Mozart (+ fantaisie KV 475). J’avais un peu insisté, parce qu’il craignait qu’un concert tout Mozart lasse le public… Comme s’il y avait un risque de lassitude ou d’ennui, lorsque Fazil se met au piano !

Le programme d’hier soir avait de quoi surprendre sur le papier : trois Nocturnes de Chopin mais de loin pas les plus joués, les trois derniers opus posthume, l’Appassionata – la 23ème sonate – de Beethovenet après l’entracte les six Gnossiennes de Satiesuivies de pièces de Fazil Say, celles qu’il joue fréquemment en bis Black Earth, Wintermorgen in Istanbul, et une oeuvre de plus grande envergure, une sorte de poème symphonique au piano, écrite à la suite des attentats meurtriers d’Ankara en octobre 2015 In memoriam 10.10.2015

En réalité, comme toujours chez Fazil Say, la construction de ses programmes n’a rien de fortuit. Satie après Chopin, c’est d’une logique évidente, Satie et ses harmonies orientales avant Fazil Say tout aussi évident. Beethoven ou le romantisme exacerbé, pour un pianiste qui n’a aucune limite technique, pour un musicien qui ose s’affranchir d’une certaine tradition, On peut ne pas aimer… ou rendre les armes face à un personnage aussi protéiforme, généreux, inventif.

Au milieu de bis plus virtuoses, jazzy, les uns que les autres, Fazil revient à Chopin. Et la salle archi-comble n’en finit pas de l’applaudir.

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Je n’ai pas encore écouté cette nouveauté, mais je vais m’y mettre…

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Et puisque Satie était à l’honneur hier soir, j’en profite pour mentionner un coffret que je n’avais pas repéré à sa sortie au printemps 2016, que j’ai trouvé à prix réduit :

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Très jolie collection d’enregistrements historiques, avec entre autres le disque magnifique de Daniel Varsano

Mes préférés (I) : Fazil Say

A quelques jours d’un Festival (#FestivalRF17) qui me laissera peu de temps pour nourrir ce blog, j’entame une série, un feuilleton, pour cet été. Mes disques préférés, quelques souvenirs marquants, des lectures à conseiller, en rapport le plus souvent avec les artistes invités de cette édition 2017. Choix personnels, assumés, non exhaustifs, dictés par la seule passion de la musique et de ces musiciens.

Premier de la liste – ce qui ne préjuge en rien de l’ordre de mes préférences ! -, le pianiste turc Fazil Say

Découvert au Festival il y a une vingtaine d’années, invité dès 2002 à Liège – un ébouriffant 2ème concerto pour piano de Saint-Saëns . Depuis lors, un compagnonnage jamais interrompu.

Déjà dans Alla turcaje disais mon admiration pour une intégrale où j’ai l’impression d’entendre Mozart lui-même au piano

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Auto-citation : Alain Lompech a fait une critique enthousiaste dans Diapason mais, à lire les nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, la vision de Mozart de Fazil Say est loin de faire l’unanimité. Comme s’il y avait une norme, des règles, qui définissent ce que doit être l’interprétation de ce corpus pianistique. J’ai acheté ce coffret, intrigué par la polémique qu’il a suscitée. Ce n’est jamais un Mozart extravagant ou déjanté, encore moins vulgaire ou anachronique. Comme Lompech, j’entends une approche d’une fraîcheur bienfaisante, comme celle d’un explorateur qui s’émerveille devant ce qu’il découvre, même si le cadre formel des sonates de Mozart est nettement plus contraint, « classique » que celles de Haydn. De surcroît, Say rompt avec le classement chronologique, et s’appuie sur les proximités de tonalité.

Un coffret peu orthodoxe certes, mais tellement revigorant dans un paysage musical où l’uniformité tend trop souvent à gommer les vraies personnalités.

Mais ne me demandez pas de choisir dans la discographie de Fazil Say. Rien n’est indifférent, conforme.

Invités

Jeudi dernier, j’étais l’invité de midi de France Bleu Hérault et de ses très sympathiques animateurs Agnès Mullor et Hervé Carrasco.
Nous n’avons pas vraiment donné dans la mélancolie ni le sérieux de circonstance. Finalement c’est comme ça que j’aime (qu’on devrait toujours ?) parler de musique.
À écouter ici : L’invité de midi
Sans me prévenir, mes interlocuteurs avaient préparé un petit quizz musical. Je m’attendais, à tort, à quelques pièges.
Je ne sais qui leur a inspiré le choix des extraits, mais ce fut un bonheur d’évoquer les artistes et les concerts qu’ils avaient choisis, tous évidemment programmés dans le tout proche Festival Radio France
D’abord, reconnue dès les premières notes, la Troisième symphonie de Mahler (programmée le 16 juillet avec l’Orchestre des Jeunes de Catalogne – JONC). Puis, avec une émotion toujours renouvelée, la merveilleuse Isabelle Georges chantant Bei mir bist du shein, qui propose, le 17 juillet, un programme original intitulé Happy End avec le pianiste Frederik Steenbrink.
Puis Mozart sous les doigts immédiatement reconnaissables de Fazil Say (le 18 juillet)
Enfin, le début du concerto en ré mineur de Bach, j’ai (bien) supposé qu’il pouvait s’agir de Justin Taylor – un récital programmé le 24 juillet à 12h30.
Finalement un bon aperçu de la diversité d’un Festival plus ouvert et accessible que jamais. (#FestivalRF17)

Doublé

Tombé par hasard hier sur la deuxième partie de La tribune des critiques de disques de France Musique consacrée au Concerto pour deux pianos de Poulenc.

Une oeuvre créée le 5 septembre 1932 par l’auteur lui-même et son complice Jacques Février au piano… à La Fenice à Venise.

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Je me demandais si j’allais reconnaître les versions en compétition, et ma favorite en particulier. Exercice compliqué par le fait de prendre l’émission en cours de route, et après que des versions ont déjà été éliminées après le 1er mouvement.

Pas très difficile de reconnaître la patte, la griffe même de Martha Argerich, captée en concert à Lugano, avec Alexander Gurning au second piano. Brillant, mais plus Prokofiev que Poulenc.

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Le trouble s’installe chez les participants à la Tribune et chez moi lorsque deux versions retiennent l’attention jusqu’au bout, sans qu’on puisse vraiment les départager. Dans les deux, il y a forcément « la » version de référence, consacrée par la critique internationale et plusieurs émissions de comparaison discographique, comme une précédente Tribune, depuis sa parution en 2004.

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Une version enregistrée en décembre 2003 à Liège avec l’Orchestre philharmonique de Liège et un tout jeune chef, dont ce fut le premier disque : Stéphane DenèveEt deux amis de longue date, les pianistes Eric Le Sage et Frank BraleyUne version sans cesse rééditée, comme dans ce nouveau coffret rassemblant toute l’oeuvre de Poulenc avec piano.

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Mais l’autre version ?  Jérémie Rousseau fait durer le suspense jusqu’au bout. Et finit par dévoiler les interprètes de cette version mystère si proche dans l’esprit du disque Le Sage/Braley. Et pour cause : c’est le même chef, treize ans plus tard, Stéphane Denève à la tête d’un orchestre du Concertgebouw aussi somptueux que transparent, et deux jeunes pianistes qu’aucun critique de la Tribune ne semble connaître, deux frères néerlandais, Arthur et Lucas Jussen21 et 24 ans.

Je ne suis pas surpris, j’avais déjà repéré le duo il y a presque dix ans, et leur premier concert en dehors de leur Hollande natale avait eu lieu… à la Salle Philharmonique de Liège !

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La discographie des deux frères n’est pas encore considérable, mais de très haute qualité.

Quant à Stéphane Denève, il confirme concert après concert, disque après disque, tout ce qu’on aime de lui (lire Les nouveaux modernes).