Saint-Saëns #100 : bouquet final

L’Orchestre national de France et son chef Cristian Măcelaru – ainsi que le Choeur de Radio France – ont bien fait les choses pour commémorer le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns : ce soir à 20h à l’auditorium de Radio France, en direct sur France Musique, ils donnent du très connu – la Troisième symphonie avec orgue – Olivier Latry étant à la console des grandes orgues de l’auditorium – et de l’inconnu, le Requiem, composé en huit jours à Berne , dédié à un généreux donateur, Albert Libon, et créé le 22 mai 1878 à l’église Saint-Sulpice de Paris.

Pour notre part, nous allons clore ici une série commencée en septembre dernier (Saint-Saëns #100) avec quelques pépites discographiques (qui s’ajoutent à toutes celles qu’on a dénombrées dans les articles précédents !)

Avec ou sans S ?

Mais d’abord une interrogation musicologique et linguistique de la plus haute importance : faut-il ou non prononcer le « s » final du nom Saint-Saëns ? Aujourd’hui tout le monde prononce « sens », et pas « cent ». Pourtant le propre père de Camille tenait, semble-t-il, à ce qu’on ne prononçât point cette finale. À cause de l’histoire !

La très jolie petite ville normande de Saint-Saëns, aujourd’hui située en Seine-Maritime, doit son nom au moine irlandais Saen (en gaélique ancien, il correspond au prénom « Jean ») qui, vers l’an 675, fonda un monastère sur les rives de la Varenne, en lisière de la forêt d’Eawy, d’où naquit le bourg qui porte depuis son nom. Le « S » final est une adjonction récente apparue au XVIIème siècle. Et malgré ladite adjonction, jusqu’au XIXème siècle, on a continué de dire « cent », et non « sens ».

Le Carnaval de Karl B.

Pour être inattendue, cette version n’en est pas moins ma préférée, et Dieu sait s’il y a d’excellentes versions du Carnaval des animaux.

Oui Karl Böhm lui-même n’a pas craint d’enregistrer avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, la version de référence de cette plaisanterie musicale, de même qu’un fantastique Pierre et le Loup de Prokofiev.

Le récitant de la version française est Jean Richard.

Dans la monumentale réédition des enregistrements symphoniques de Karl Böhm chez Deutsche Grammophon, on a laissé deux versions, en anglais, et en allemand – c’est le fils du chef d’orchestre, l’acteur Karlheinz Böhm (1928-2014), qui en est le récitant. Mais pas de version française, ou, ce qui eût été infiniment préférable, SANS récitant !

Du violoncelle à la trompette

J’ai encore un souvenir merveilleux de ma rencontre avec le trompettiste russe prodige Sergei Nakariakov – 44 ans aujourd’hui ! -. J’avais ses disques, je savais qu’il était fabuleusement doué, mais je ne l’avais jamais entendu en concert jusqu’à ces jours d’août 2008 où il avait été pressenti par les organisateurs locaux de la tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud. Il devait jouer une fois à Rio de Janeiro, une autre fois à Rosario, la troisième ville d’Argentine au nord-ouest de Buenos Aires. Nous fîmes route ensemble de Buenos Aires à Rosario – où il devait jouer le concerto pour trompette de Hummel, un grand classique – mais Sergei ne me parla que musique contemporaine, création, nouveaux répertoires. C’est au cours de ce trajet qu’il me fit entendre un extrait d’une oeuvre nouvelle, à lui dédiée, Ad Absurdum de Jörg Widmann. Je décidai de la programmer dès que possible à Liège, j’en parlai à François-Xavier Roth qui devait prendre la direction musicale de l’orchestre à l’automne 2009, et Nakariakov offrit aux publics de Liège et Bruxelles une version… soufflante de ce petit chef-d’oeuvre du surdoué Jörg Widmann.

Mais Sergei me parla aussi beaucoup de ses transcriptions d’oeuvres, de concertos écrits pour d’autres instruments. Dans le coffret anthologie publié par Warner (lire L’indispensable anthologie), il y a une version aussi réussie qu’inattendue du 1er concerto pour violoncelle de Saint-Saëns, mais aussi joué à la trompette !

Transcriptions

Le grand pianiste américain Earl Wild (1915-2010), outre ses dons de virtuose, était un transcripteur forcené. C’est à lui qu’on doit par exemple cette version pour le piano du poème symphonique Le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns

J’en profite pour signaler une version peu connue du très connu Deuxième concerto pour piano due à Earl Wild :

Valses

Etonnamment, le virtuose qu’était Saint-Saëns a relativement peu écrit pour le piano solo, et pas de pièces d’importance. Il est d’autant plus émouvant de le retrouver jouant sa Valse mignonne, filmé par Sacha Guitry en 1914 (Saint-Saëns avait encore de sacrés doigts sept ans avant sa mort !)

Bertrand Chamayou donne la référence moderne de la Valse nonchalante

Une valse gaie ? La voici sous les doigts de François-René Duchâble (un enregistrement qu’on a retrouvé avec bonheur dans l’anthologie Warner)

La nostalgie des météores

Allez savoir pourquoi, cette semaine se termine dans la mélancolie…

Une visite à ma vieille mère à Nîmes, qui suivait un coup de téléphone où s’entendait toute la lucidité déprimée d’une tête parfaitement alerte dans un corps que les forces abandonnent lentement mais inexorablement ? L’évocation de mon passage dans le berceau familial (lire L’été 69), la vue de la maison abandonnée, mais aussi le rappel de cette amitié d’enfance – presque 90 ans ! – avec Hildegard, la fille de l’hôtel d’en face qui existe toujours ! Quelques heures, un thé, des tartes aux fraises, et une brève escapade en fauteuil roulant au Carrefour Market d’à côté, et tout sembla aller mieux… Jusqu’à la prochaine fois.

Retour aussi à Montpellier, équipe réduite mais à la tâche, heureuse de lire ce qu’Alain Lompech a écrit dans le Classica de septembre à propos des festivals, et de celui de Radio France en particulier :

« Le Festival Radio France Occitanie Montpellier qui avait été l’un des derniers à annuler le 24 avril, sera l’un des premiers à organiser un « festival autrement », plus léger, plus inventif avec la création d’une radio faite par le festival pour commencer puis l’organisation de concerts en plein air dès la sortie du confinement. Pas moins de treize concerts ont ainsi été captés, pas moins de 30 heures de direct ont été diffusées, et pas moins de 60 heures d »émissions originales ont été produites pour pas moins de 480 heures de diffusion ! Voilà qui nous a ramenés aux origines d’une manifestation dont les premières éditions, voici bientôt 40 ans, étaient d’une originalité qui tenait en une formule – faire jouer les tubes du répertoire par les jeunes et les oeuvres oubliées par des grands noms – et doublaient les concerts par des journées entières d’émissions en direct sur l’antenne de France Musique. Heureux temps où l’argent et les moyens techniques coulaient à flots ! Mais la crise nous démontre que, sans grands moyens, un grand festival décentralisé dans la métropole occitane peut inventer de nouvelles méthodes de travail, reprendre une programmation de zéro… Tope là ! » Merci Alain !

Et puis, comme s’il fallait alimenter cette mélancolie, la réécoute, la redécouverte même de deux musiciens, de ceux qu’on porte dans son coeur plus encore que dans sa mémoire, destins brisés, météores qui continuent de briller longtemps après que ces poètes ont disparu : Youri Egorov (1954-1988) et Rafael Orozco (1946-1996)

Sur l’un et l’autre j’ai déjà écrit, tenté d’établir une discographie (Eternels présents, Un grand d’Espagne)

Dans le dernier numéro de BBC Music Magazine, un article rappelle qui était ce pianiste russe, passé à l’Ouest en 1976, mort du SIDA à Amsterdam à 34 ans. Et les enregistrements miraculeux qu’il a laissés pour EMI et dans les archives des radios hollandaises.

Ce Carnaval de Schumann, un remède à la mélancolie ?

Pour ce qui est de Rafael Orozco, la situation discographique n’a guère évolué depuis mon article d’août 2015 !

La bonne surprise – signalée par Alain Lompech (!) et quelques autres mordus sur Facebook – c’est la réédition digitale d’un disque Brahms réalisé pour EMI en 1970, avec la 3ème sonate et quelques intermezzi. Lompech compare le jeune Orozco à Nelson Freire ou Bruno Leonardo Gelber dans la même oeuvre. C’est exactement ça !

Magnifique prise de son (que les sites de téléchargement comme Qobuz ou Idagio restituent parfaitement)

La découverte des Ballets russes (I)

#Confinement Jour 37

En décembre, puis en mars dernier, j’évoquais ici un ouvrage, dans lequel le confinement me donne tout loisir de me replonger (lire Mouvement contraire)

91cka4bso1LOn a déjà dit ici le fantastique travail réalisé par les courageux éditeurs de La Coopérative pour rééditer, compléter (iconographie, discographie) ces Mémoires du grand chef Désiré-Émile Inghelbrechtpubliés en 1947 aux éditions Domat.

Inghelbrecht a été un témoin et un acteur considérable de la vie musicale de la première moitié du XXème siècle. Comme sa plume est aussi cultivée que sa baguette, chaque chapitre de ses souvenirs est un régal et une mine d’informations pour le lecteur.

Le 8 mars dernier, j’évoquais son récit de la naissance du Théâtre des Champs-Elysées (lire Naissance d’un théâtre).

Aujourd’hui, partant du chapitre XVI de ce Mouvement contrairej’aimerais vous inviter à suivre, en quelques épisodes, Inghelbrecht dans sa découverte émerveillée et affûtée de l’aventure des Ballets russes à Paris et de son personnage central Serge Diaghilev (1872-1929).

« C’est en 1906 que Diaghilev entreprit sa conquête de Paris, par une exposition de peinture russe contemporaine. L’année suivante il donnait à l’Opéra une série de concerts historiques russes, dirigés par Nikisch et Rimski-KorsakovEn 1908, toujours à l’Opéra, il révèle Boris Godounovavec Chaliapineque l’on retrouve en 1909 au Châtelet incarnant Ivan le Terrible de la Pskovitaine (un opéra en trois actes de Rimski-Korsakov)

 

Au cours de cette saison, les opéras alternent avec les ballets, dont la révélation soulève un enthousiasme unanime, et qui constitueront généralement seuls les spectacles des saisons suivantes. »

 

« De haute stature et de corpulence robuste, Serge de* Diaghilev avait l’aisance et la distinction natives du grand seigneur/…./ Son regard perçant semblait dépasser souvent sa vision immédiate et il jouait de son monocle, comme pour dérouter ceux qu’il observait/…./ Encore que son accueil fût cordial, il restait distant et son sourire était réticent. On sentait qu’il ne s’écartait jamais du but qu’il poursuivait, ne s’intéressant aux hommes qu’en fonction de leur utilité éventuelle, qu’il s’agisse d’artistes, de financiers, du public ou des snobs, desquels il sut se servir en maître » (* Diaghilev avait rajouté une particule à son patronyme sans doute pour en remontrer aux… snobs, particule qui n’existe pas en russe !)

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L’innovation la plus frappante apportée par les Russes était d’ordre décoratif/…./ Nos hôtes printaniers allaient nous émerveiller soudain par la coordination de leurs mises en scène, grâce à une unité de conception picturale/…./ Au point de vue musical, il avait fallu, au début, s’en tenir à des adaptations de Chopin, pour les Sylphides, de Schumann, pour le Carnaval, et de quelques compositeurs russes pour Cléopâtre.

(Fabuleuse interprétation d’Ernest Ansermet (l’un des premiers chefs à travailler pour et avec les Ballets russes) du Carnaval de Schumann orchestré pour le ballet par Glazounov et Rimski-Korsakov.)

« Un drame chorégraphique, audacieusement imaginé sur la symphonie Shéhérazade de Rimski-Korsakov, avait même soulevé la réprobation des héritiers du maître. Mais, dès la seconde année, Diaghilev allait demander à des musiciens d’avant-garde d’écrire spécialement des musiques de ballets. Et c’est ainsi que nous eûmes coup sur coup la révélation du génie de Stravinsky avec l’Oiseau de feu et Pétrouchka… »

Suite au prochain épisode !

Conseil discographique : l’un des interprètes les plus éclairés de ces fascinantes musiques créées pour les Ballets russes est le grand Ernest Ansermet.

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La découverte de la musique (VIII) : Joao, Vinicius, Tom etc.

Joao Gilberto est mort et je ne suis pas triste, parce que je lui dois, à lui et à ses copains Vinicius de Moraes, Antonio Carlos dit Tom Jobim la découverte d’une musique que je ne nommais pas encore bossa nova lorsque, étudiants à Poitiers, nous passions avec A. des soirées, des nuits entières à les écouter.

Véronique Mortaigne, dans Le Monde, en fait le portrait le plus complet et sensible : Lire Un touche-à-tout de génie

Je n’ai pas eu la chance de voir ou d’entendre sur scène ces géants, mais ils ne sont jamais loin de mes oreilles.

En deux occasions, pendant le carnaval 2006, et en août 2008, au cours d’une tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud (lire Un début en catastrophej’ai approché les lieux, les atmosphères, qui ont donné naissance à la bossa nova, mais j’ai manqué cet émouvant récital de Joao Gilberto :

Il y a quelques années, j’avais trouvé à petit prix ce formidable coffret. Tout y est de ce qu’on aime et que la disparition de Joao Gilberto rend plus vivant que jamais.

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Le Paris secret des musiciens

Je n’ai jamais rien autant aimé que les longues balades à pied dans Paris (Le coeur de Paris). Sans but précis, le nez en l’air, regardant devantures originales et plaques historiques.

C’est ainsi qu’un jour au bas de la rue de la Roquette, dans le XIème arrondissement, je lis ce qu’était La Descente de la Courtillel’un des cortèges du Carnaval de Paris. Cette descente n’aurait pas duré plus de quarante ans, mais suffisamment pour que Wagner, dans ses années parisiennes, lui consacre une page chorale certes anecdotique, mais qui a immortalisé musicalement cette éphémère tradition populaire.

Et puis, rue du Sentier, au milieu des entrepôts et des grossistes, on tombe sur une Maison Mozartcelle où Wolfgang logea lors de son second séjour parisien et où mourut sa mère le 3 juillet 1778.  Une plaque rappelle ce séjour, mais il n’y a rien à voir.

paris_2_maison_mozartC’est lors de ce séjour que Mozart écrit plusieurs oeuvres dans le goût français de l’époque (la 31ème symphonie, le concerto pour flûte et harpe, et la symphonie concertante pour vents, entre autres)

Le premier séjour, en 1763, du Mozart enfant prodige (il a 7 ans !) a lieu dans un cadre plus somptueux, celui de l’hôtel de Beauvais, rue François Miron (4ème arrt) , alors propriété du comte Van Eyck, aujourd’hui siège de la Cour administrative d’appel de Paris.

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Mais, aussi étrange que cela paraisse, je n’avais jamais trouvé d’ouvrage grand public qui évoque la présence de la musique et des musiciens dans la capitale ! Je m’en étais même étonné auprès de la Maire de Paris il y a trois ans.

Quand un Franz Liszt écrivait : « On ne saurait le nier, Paris est aujourd’hui le centre intellectuel du monde », on ne peut pas dire que Paris ait beaucoup honoré la mémoire de ces dizaines de compositeurs, français ou étrangers, qui y ont vécu, travaillé, aimé. On se rappelle la bien médiocre polémique, qui est devenue l’affaire Dutilleuxsurvenue lorsqu’un élu s’est avisé d’honorer la mémoire du compositeur français, disparu en 2013, après avoir vécu toute sa vie rue Saint-Louis en l’Île.

Voici qu’enfin paraît ce livre tant attendu, qui, sans prétendre à l’exhaustivité, évoque la présence d’une cinquantaine d’illustres compositeurs*, avec une belle documentation photographique et musicologique.

Vous y verrez Mozart enfant s’installant 68 rue François-Miron, Chopin causant avec Liszt au 23 rue Laffitte, Berlioz se disant plaisamment  » fatigué  » par les rossignols qui chantent dans son jardin de Montmartre, Debussy vivant une aventure 22 rue de Londres avec  » Gaby aux yeux verts « … Sans compter des noms méconnus à tort, tels Auber, Cherubini ou Vierne. En tout, vous suivrez à la trace 50 musiciens ayant vécu à Paris et vous retrouverez, classés par arrondissement, les lieux où ils ont composé et fait jouer leurs partitions. Des photos de ces lieux, prises en exclusivité pour ce livre, et un choix de documents d’archives illustrent ici un texte vivant et précis. Chacun des 50 compositeurs est présenté au moyen d’une brève biographie et d’une liste de ses principales oeuvres. Dans ce monde peu ouvert aux femmes, celles-ci n’ont pas été oubliées. Vous découvrirez notamment Hélène de Montgeroult échappant à la guillotine grâce à son piano, Pauline Viardot régnant sur les compositeurs romantiques et Nadia Boulanger favorisant l’essor de la musique américaine du xxe siècle. Toutes et tous ont aimé Paris, s’en sont inspirés et ont contribué à son prestige artistique. Partons à leur rencontre en pensant à ce qu’écrivait Wagner (qui considérait Paris comme sa  » seconde patrie  » malgré les déboires qu’il y connut) :  » La musique commence là où s’arréte le pouvoir des mots.  » (Présentation de l’éditeur)

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Les compositeurs cités sont, classés par arrondissement : 1er Chopin, Méhul, Rameau, Gluck, Enesco, Hélène de Mongeroult / 2ème Offenbach, Bizet, Lully, Liszt / 3ème M.A. Charpentier / 4ème Campra, Vierne, Couperin, Mozart, Dutilleux / 5ème Gossec, Marais / 6ème Poulenc, Massenet, Grétry / 7ème Wagner, Franck, Pauline Viardot, Saint-Saëns / 8ème Debussy, Honegger, Meyerbeer, Stravinsky, Ravel / 9ème Auber, Delibes, Messiaen, Nadia Boulanger, Cherubini / 10ème Messager, Leclair / 12ème Berlioz / 14ème Germaine Tailleferre / 16ème Rossini, Sauguet / 17ème Fauré, Hahn, Gounod, Chausson / 18ème Milhaud, Satie, G.Charpentier / 19ème Boulez / 20ème Bellini.

Disques d’été (IV) : éternels présents

Le disque est heureusement là pour préserver et entretenir la mémoire de ceux qui sont morts trop tôt, emportés par la maladie. Je citais Lipatti dans mon billet du 2 août. Je voudrais évoquer  les pianistes Daniel Varsano et Youri Egorovdisparus à 35 ans au printemps 1988 à quelques semaines d’intervalle

Le premier n’a guère eu le temps de construire une discographie digne de son talent. Le sesquicentenaire de la naissance d’Erik Satie a été l’occasion de rééditer l’un des plus beaux disques qui aient été consacrés au compositeur d’Arcueil.

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Sony serait bien inspiré de rééditer ses versions aussi originales que passionnantes des Variations Goldberg de Bach – jamais éditées en CD à ma connaissance – et des Variations Diabelli couplées à la sonate Waldstein de Beethoven fugitivement disponibles en CD.

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Quant à Youri Egorov, on doit à ses amis proches, sa famille d’adoption et de coeur qui l’a accompagné jusqu’au bout de ses souffrances aux Pays Bas, de nous avoir offert une magnifique collection, d’abord d’enregistrements de studio pour EMI ou la radio néerlandaise essentiellement, puis de « live » tous plus émouvants, prodigieux, radieux les uns que les autres.

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Et juste avant l’été à nouveau un double CD qui porte si tristement son titre de Chants d’automne.

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Quelques mois avant sa mort, Youri Egorov se confiait à Schubert. La tendresse avait ce soir-là un visage. Pour l’éternité.