Retour du Brésil

C’est mon troisième séjour au Brésil. La première fois c’était en février 2006 pour le carnaval de Rio, un cadeau d’anniversaire. La deuxième c’était pour la tournée sud-américaine de l’Orchestre philharmonique de Liège et trois concerts, deux à Sao Paulo, un à Rio de Janeiro. Cette fois vacances pures que je n’ai pas eu à organiser, juste à suivre sans tracas, dans une région très particulière au nord de ce pays-continent, les Lençóis Maranhenses.

Une immensité de dunes et de lagons vue d’avion

9 août. Vol Paris-Fortaleza à l’heure, sans perturbation. Deux ou trois films français, des comédies que je ne serais jamais allé voir au cinéma, ou n’aurais même regardé à la télévision. Déception relative pour le dernier Toledano-Nakache Juste une illusion.

Fortaleza est une cité de près de 3 millions d’habitants. Un bord de mer qui ne peut que rappeler Rio, en nettement plus réduit. Foules familiales le soir, dans une température tropicale, foule de joggers tôt le matin. L’hôtel est apprécié des Français manifestement, l’équipage d’Air France y loge. Dîner bon sans être exceptionnel. On s’endort tôt. Le décalage horaire est de 5 heures.

10 août. Le lendemain vol pour Sao Luis, jadis port français. Hôtel impersonnel en bord de mer. On nous a déconseillé une balade dans le centre un peu historique. Je ne sais quoi penser de ces réputations faites à l’avance de « villes les plus dangereuses du monde ». Dîner assez typique, plutôt original : une sorte de hochepot de crevettes dans une citrouille évidée. Après une caipirinha lentement dégustée au bord de la piscine.

Les choses sérieuses commencent le 11 août. Levé aux aurores, départ en voiture à 7h pour Barrineira, aux portes du fameux désert blanc et ses lagons verts. Il faut être arrivé avant 11h30 sur le petit aéroport local pour un tour en avion au-dessus du Parc national. Le Cessna antique de la compagnie Fly Lençois qui héberge le pilote et trois passagers, nous deux et une jeune guide touristique, n’est pas très rassurant. Jorge nous rassure, ce sera un peu « bumpy » au départ. Ce sera « bumpy » tout du long à cause de quelques coups de vent. Je n’aime pas ça mais je n’éprouve plus ce stress, cette peur parfois irrationnelle qui me saisissaient lorsqu’un avion, petit ou grand, est pris dans des turbulences, l’effet des médicaments que je prends sans discontinuer depuis mon « accident » ?

Le spectacle est extraordinaire, véritablement unique, et on n’a pas encore la pleine mesure de son caractère exceptionnel qu’on mesurera ensuite en parcourant le parc.

L’après-midi on nous lâche à un petit embarcadère dans une grosse barque à moteur qui doit nous conduire à Atins, un ancien village de pêcheurs entièrement construit sur le sable. Pas de route, pas de chemin goudronné. On va loger quatre nuits dans un petit ensemble de huttes simplement mais joliment aménagées, et expérimenter tous les moyens de découvrir le village, ses petites plages et surtout ses environs de dunes et de lagons. Le soir même on entreprend d’aller à pied au Beach Bar qui dépend de la « villa » où nous logeons (propriétaire de trois établissements dans la localité) : objectif crevettes et langoustes. Portions trop importantes pour mon petit appétit du soir. Retour à pied. Excellent pour les cuisses et les mollets que cette progression dans le sable.

Photos : Lever de soleil et Coucher de soleil dans les dunes des Lençois Paranhenses

Les ânes du Brésil et autres petites ou grosses bêtes

Déjà dans le jardin de l’hôtel, puis dans l’une des rues, on va croiser des ânes de petite taille, d’un très beau pelage, qui sont sauvages, et on en verra plusieurs dizaines pendant tout notre parcours, au milieu du désert ou dans les villages à la recherche de nourriture

En moins grand nombre et surtout pour transporter les touristes on voit de très élégants chevaux

Au bord de certaines pistes des chevêches des terriers pas du tout revêches !

Une iguane se désaltérant dans le courant d’une onde pure

12 août. Un chauffeur guide qui ne parle que portugais – tant mieux, que ce Brésil si accueillant évite le plus longtemps possible de s’angliciser pour les touristes ! – nous fait faire en 4×4 une première longue balade dans les dunes et les lagons des Lençóis Maranhenses. Il nous arrête auprès de deux lagons différents. Sensation tellement incroyable de se baigner dans une eau douce si pure, si transparente, si chaude, au milieu de ces dunes blanches.

Les quelques transats de l’hôtel sont pris d’assaut. Les Français sont en majorité, et étrangement plutôt des familles avec de jeunes enfants. Nous dînons dans l’un des autres restaurants propriété de l’hôtel, Casa Viva. Pas mal du tout, beaucoup de monde et un chanteur tellement discret qu’on n’entendra pas un traître mot de ses chansons. Au moins on n’est pas abrutis par la sono. Retour à pied à l^hotel.

13 août. Levés à 4h30, pour un début de balade à cheval à 4h50. Il s’agit d’aller voir le soleil se lever dans les dunes. Je n’avais plus fait de cheval depuis le Kirghizistan en 2024. J’ai du plaisir à monter un cheval blanc moins têtu que celui qu’on m’avait fourgué il y a deux ans. Le spectacle est à la hauteur de ce qu’on espérait.

Retour à l’hôtel pour un petit déjeuner correct sans être exceptionnel. Personnel gentil, dévoué. Le même soir sortie prévue pour une dégustation de « mousseux » brésilien et de fruits dans les dunes sous la lune. Sauf que la lune n’est pas là, et que ça ressemble à une soirée fantôme.

14 août Matinée tranquille. Lecture. Sudoku. Cette fois la tournée des dunes et des lagons est prévue à partir de 15 h selon un parcours différent de l’avant veille.

Baignade obligée dans deux lagons, pour être arrivé à l’heure voulue au sommet d’une dune pour un coucher de soleil qui autorise des photos et des vidéos un peu spectaculaires. Dîner pantagruélique dans un restaurant… japonais !

15 août Transfert vers Parnaiba, et son immense delta. Longtemps on longe la mer, le 4×4 roule sur le sable – j’aimerais être à la place du chauffeur – puis sur une piste qui passe au milieu d’un gigantesque parc d’éoliennes qu’on aperçevait déjà du petit avion. Puis c’est une route « normale » plutôt bien revêtue même si les nids de poule sont visibles. Quelques maisons, quelques villages, sans âme qui vive. Et on arrive pour deux nuits dans un hôtel très particulier puisque logé dans une belle maison du début du XXe siècle. Dans le centre historique absolument désert de Parnaiba dont on ne découvrira l’étendue moderne qu’à l’occasion d’un dîner le dimanche soir dans un restaurant chic à 6 kilomètres de notre hôtel. (Album photo : Parnaiba centre historique). Le soir même on nous conduit vers un petit embarcadère – on traverse ce faisant un faubourg de Parnaiba où une fête bat son plein – pour un tour en bateau dans le delta du Rio do Parnaiba. Le pilote sait où trouver les animaux à photographier. Retour et dîner – très correct – à l’hôtel, où les tables voisines parlent toutes français !

16 août. Longue balade de jour cette fois dans le delta, halte de deux heures dans une taverne qui propose… des huîtres froides ou grillées, absolument délicieuses. Confusion entre deux (dois) et douze (doze), nous attendions chacun une douzaine, nous en aurons chacun deux…L’attraction de la sortie c’est le vol de milliers d’ibis rouges, espèce endémique de cette partie de l’Amérique du Sud, qui convergent au coucher du soleil vers une petite île du delta où ils passent la nuit. Magique.

Voir mes photos : Delta du Rio do Parnaiba

17 août. Transfert pour une sorte de retraite de quatre jours loin de tout, du bruit et du monde. La Casa Daia est située au milieu d’une immense propriété qui borde à la fois l’océan et le « Rio »… Ici ce sont les femmes qui dirigent, les hommes qui sont aux travaux des jours. On vit en autarcie, ce qu’on mange est produit dans une « agroferme » in situ, ou vient de la pêche du jour, poissons ou coquillages. Le chef qui s’exprime très bien en français – je le verrais bien chanter le Brésilien dans la Vie parisienne d’Offenbach – a passé un an à Bordeaux. Il fait des merveilles de ces produits locaux. A noter que tous les jus, les sorbets, les confitures sont issus de fruits d’ici (açai, bacuri, cupuaçu…) sans sucre rajouté. Idem pour les cocktails.

Quatre jours, quatre nuits dans une totale quiétude.

Le 21 août, on quitte à regret la Casa Daia pour rejoindre Jericoacoara. Qui comme Atins est bâtie sur le sable. Quel bonheur de déambuler dans le village ou à la plage pieds nus dans un sable d’une douceur et d’une propreté exceptionnelles. Le soir on pourrait se croire dans la neige dans un village de montagne !

On retrouve dunes et lagons, comme un rappel des Lençois Maranhenses. Aussi beaucoup de Français, surtout des familles. Les photos parlent d’elles-mêmes.

Voir mes albums : Jericoacoara plages et dunes,

Quelques détails supplémentaires dans mes brèves de blog !

L’axe Rome-Rio

Vous cherchez un cadeau de Noël original ? Il est tout trouvé avec ce coffret magnifique qui regroupe tous les enregistrements de l’oeuvre symphonique de Respighi réalisés par le grand chef brésilien John Neschling. Coffret qui comprend aussi les livrets édités pour chacun des disques !

Pratiquement tous ces disques ont obtenu les plus hautes récompenses de la presse musicale internationale. Je ne peux donc être suspecté de parti pris !

Il n’est que d’écouter – pour ceux qui comprennent l’anglais – le célèbre critique américain, David Hurwitz, parler de ce coffret.

J’avoue ma fierté d’avoir lancé cette série il y a douze ans grâce à John Neschling et aux responsables du prestigieux label BIS, qui fête son cinquantenaire et qu’elle ait pu se poursuivre après mon départ de Liège, alors que le nombre et la qualité des enregistrements de l’Orchestre philharmonique royal de Liège se sont singulièrement raréfiés depuis dix ans. A entendre les compliments d’usage qui saluaient le départ de mon successeur en octobre dernier (Anniversaires etc.), on avait le sentiment que certains responsables avaient la mémoire bien courte…

John Neschling avait commencé cette série Respighi par la « trilogie » romaine avec l’Orchestre symphonique de Sao Paulo dont il a fait l’une des grandes phalanges internationales durant son mandat de directeur musical de 1997 à 2008. C’est en venant diriger, à ma demande, une mémorable 2e symphonie de Mahler, à Liège et à Maastricht, en octobre 2010, que le chef brésilien (apparenté à Schönberg !), impressionné par les qualités de la phalange liégeoise, évoqua le projet de poursuivre ce cycle Respighi. À la Boutique fantasque, qu’il envisageait comme première étape – l’oeuvre est populaire et valorisante pour l’orchestre, je lui suggérai d’ajouter une pièce que j’avais moi-même découverte et programmée en 1987 avec l’Orchestre de la Suisse romande, les Impressions brésiliennes, un triptyque composé par Respighi à la suite d’un voyage à Rio de Janeiro en 1927.

L’intérêt de ce coffret est de disposer de versions modernes, superbement captées, d’oeuvres plutôt rares dans le corpus symphonique de Respighi comme ses transcriptions d’oeuvres pianistiques de Rachmaninov !

Bravo à mon cher John Neschling et à un orchestre qui m’est plus cher encore et qui brille ici de tous ses feux !

Bâtons migrateurs

Je disais, dans mon dernier billet, à propos d’une Bohème de rêve, que j’avais eu la révélation d’un jeune chef, Lorenzo Passerini. Si j’étais encore en situation de le faire, je m’empresserais de le réengager dans un programme symphonique.

Je veux ici parler des chefs d’orchestre, de la vie musicale actuelle, et de certaines décisions que je ne comprends pas.

C’était mieux avant ?

Ici même j’ai évoqué, le plus souvent pour m’en réjouir, nombre de rééditions discographiques parfois considérables qui restituent des carrières fabuleuses : Ansermet, Klemperer, Gardiner, Muti, Böhm, Abbado, Haitink, pour ne citer que les plus récentes. Tous ces chefs ont laissé une trace indélébile dans l’histoire de l’interprétation et de la direction d’orchestre. On peut les caractériser, les identifier à un ou des répertoires. Pourra-t-on en dire autant d’un certain nombre de baguettes d’aujourd’hui ?

Maazel et Blomstedt

Ces jours-ci on réédite les enregistrements de deux chefs quasi contemporains, Lorin Maazel (1930-2014) et Herbert Blomstedt (né en 1927… et toujours en activité !).

Pour le chef américain né à Neuilly, c’est un ultime recyclage qui réussit même à être incomplet :

Quelques ajouts par rapport à un précédent coffret – dont une miraculeuse Symphonie lyrique de Zemlinsky avec un couple star Julia Varady et Dietrich Fischer-Dieskau -, les concerts de Nouvel an confiés de 1980 à 1983 à Lorin Maazel après le retrait de Willi Boskovsky… mais pas celui de 2005 !

Question qu’on se posait déjà lors de précédentes rééditions d’une discographie pléthorique éclatée entre de multiples éditeurs : quelle trace Maazel laisse-t-il dans l’histoire de la direction d’orchestre ? Qu’a-t-il laissé à Paris (Orchestre national), Cleveland, Pittsburgh, Munich, New York, où il a occupé des fonctions de direction musicale ? En dehors du fait d’avoir été un prodigieux technicien, qui impressionnait les formations qu’il dirigeait par la sûreté de sa baguette, qu’a-t-il laissé de musicalement marquant, décisif ? Tant d’intégrales Beethoven, Brahms, Mahler, Schubert, Bruckner… restées sous les radars.

Je n’oublie pas pour ma part que mes premiers coffrets Sibelius et Tchaikovski, c’était les siens : Maazel était dans sa trentaine, et pas encore blasé !

Il y a cinq ans, j’applaudissais Herbert Blomstedt – 90 ans à l’époque – à la Philharmonie de Paris (lire L’autre Herbert) devenu la star des philharmonies de Berlin et Vienne ! Decca réédite les enregistrements que le chef américain avait réalisés du temps de son mandat à San Francisco et quelques-uns de ceux gravés à Leipzig.

A la différence de Maazel, Blomstedt n’est pas un stakhanoviste du disque. Mais comme pour Maazel, on peine un peu à distinguer ce qui caractérise vraiment un chef qui est toujours intéressant sans jamais bouleverser, au disque tout du moins.

On parle à son propos d’équilibre, de justesse stylistique – qualités infiniment appréciables, comme on l’a écrit par exemple au sujet de ses intégrales des symphonies de Beethoven : Blomstedt, Dresde et Leipzig.

Bâtons voyageurs

Tous les chefs cités plus haut ont marqué de leur personnalité les institutions, orchestres, opéras, qu’ils ont dirigés, parfois fondés (comme Ansermet avec l’Orchestre de la Suisse romande). Parce qu’ils y sont restés de longues, parfois très longues années.

De telles « carrières » ne sont plus possibles aujourd’hui. Les orchestres qui, par parenthèse, ont tous, sans exception, gagné considérablement en qualité technique ces cinquante dernières années, ne veulent plus, ne supportent plus d’avoir en face d’eux le même chef. D’ailleurs les mandats longs, y compris pour les plus illustres, se sont rarement bien terminés. La liste des fâcheries, voire des divorces, est éloquente : Karajan à Berlin, Haitink à Amsterdam, même Barenboim à la Staatskapelle de Berlin…

Est-ce que pour autant l’instabilité permanente qui a gagné la vie musicale depuis une vingtaine d’années est préférable aux situations figées d’antan ?

Pour des Dudamel et Nezet-Seguin, qui ont pris leurs marques à Los Angeles pour l’un, à Montréal et New York pour le second, le « turn over » chez les chefs donne le tournis.

Prenons au hasard deux chefs de même génération, Jaap van Zweeden et Marin Alsop. Cette dernière s’est récemment illustrée dans une polémique ridicule à propos du film Tar, où Cate Blanchett incarne une cheffe d’orchestre à la trajectoire compliquée…

Voilà des parcours, des carrières mêmes incompréhensibles, sauf si la seule motivation de ces chefs est la puissance et… l’argent. Rien de ce que j’ai entendu d’eux, rarement en concert, plus souvent à la radio ou au disque, ne m’a jamais ni convaincu ni même retenu l’attention. Je cherche en vain dans la liste de leurs enregistrements, d’abord de la cohérence, ensuite et surtout l’affirmation d’un propos, d’une personnalité artistique qui ferait d’eux une référence dans tel ou tel répertoire.

On vient d »annoncer la nomination de Marin Alsop… à l’orchestre de la radio polonaise ! Après avoir dirigé les orchestres du Colorado (USA), de Bournemouth (Grande-Bretagne), de Baltimore (USA), Sao Paolo (Brésil), de la radio de Vienne (Autriche).

Peut-on trouver enregistrement plus ennuyeux de la 1ère symphonie de Schumann ?

J’ai eu beau chercher dans une discographie relativement abondante chez Naxos, ou des « live » disponibles sur YouTube, je n’ai vraiment rien trouvé qui me donne envie de sauver le soldat Alsop.

Quant à celui qui fut longtemps le premier violon du Concertgebouw d’Amsterdam (de 1979 à 1995), il s’était distingué il y a quelques années comme étant le chef le mieux rémunéré des Etats-Unis, donc du monde, avec un revenu de plus de 5 millions de dollars pour l’année 2013 ! (source : New York Times). Comme Marin Alsop, rien n’explique la carrière du chef hollandais, et pourtant : successivement chef du symphonique des Pays-Bas (1996-2000), de la Résidence de La Haye (2000-2005), de la radio néerlandaise (2005-2013), entre temps de l’orchestre des Flandres en Belgique et de Dallas (2008-2011), du Hong Kong Philharmonic (2012), et last but non least, du New York Philharmonic (2018-2024)… On notera tout de même que JvZ ne reste jamais longtemps quelque part, peut-être parce que les musiciens (ou les sponsors) de ces orchestres finissent par s’apercevoir de ses limites. De nouveau quelles traces un chef peut-il laisser lorsqu’il passe d’un pays, d’une culture, d’une formation à l’autre tous les cinq à dix ans ?

Jaap van Zweden n’est pas un mauvais chef et, question stylistique, il a été à très bonne école à Amsterdam. Mais cela suffit-il à en faire un grand chef ?

Pour terminer ce billet sur une note plus positive – et en prévision d’une série de portraits que je voudrais égrener tout au long de l’été – il y a heureusement dans la jeune génération des moins de 50 ans, des contre-exemples de très grand talent, pour n’en citer que quelques-uns que j’ai eu la chance d’inviter, des Alain Altinoglu, Domingo Hindoyan, Santu-Mattias Rouvali, Philippe Jordan… je complèterai la liste !

PS. En anglais, « baguette » de chef d’orchestre se dit « baton »… par allusion à ce bâton qui servait à battre la mesure et qui a été fatal à Lully (qui se l’était planté dans le pied et est mort des suites de la gangrène occasionnée par cette blessure)

Quatorze ans après

J’évoquais dans mon dernier billet – Des hommes bien – la belle figure du musicien Bruce Richards, cor solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, décédé le week-end dernier.

J’ai emprunté à Emilie Belaud, aujourd’hui à l’Opéra de Paris, alors violon solo de l’OPRL, cette photo prise à Rio de Janeiro (le pain de sucre !) en août 2008, où l’on voit à gauche Bruce Richards (et à droite son collègue trompettiste Philippe Ranallo)

La fête à Sao Paulo

Ce soir, l’OPRL donne le premier concert de sa tournée en Amérique du Sud, à Sao Paulo.

Les photos des musiciens, à l’aéroport et à l’hôtel (le même qu’en 2008!) ne font que raviver les souvenirs de la précédente tournée sud-américaine que j’avais eu la charge et la chance d’organiser.

Fort heureusement, les circonstances dramatiques qui avaient marqué l’arrivée de l’orchestre il y a quatorze ans ne se sont pas reproduites. Récit et photos à voir ici : Un début en catastrophe.

Les Liégeois seront en bonne compagnie, ils ont choisi le magnifique Nikolai Lugansky qui jouera le premier concerto de Chopin.

Et comme il se doit, le programme des concerts de l’OPRL s’ouvre avec un chef-d’oeuvre, l’Adagio pour quatuor d’orchestre du compositeur belge Guillaume Lekeu, emporté par la fièvre typhoïde à 24 ans..

La découverte de la musique (VIII) : Joao, Vinicius, Tom etc.

Joao Gilberto est mort et je ne suis pas triste, parce que je lui dois, à lui et à ses copains Vinicius de Moraes, Antonio Carlos dit Tom Jobim la découverte d’une musique que je ne nommais pas encore bossa nova lorsque, étudiants à Poitiers, nous passions avec A. des soirées, des nuits entières à les écouter.

Véronique Mortaigne, dans Le Monde, en fait le portrait le plus complet et sensible : Lire Un touche-à-tout de génie

Je n’ai pas eu la chance de voir ou d’entendre sur scène ces géants, mais ils ne sont jamais loin de mes oreilles.

En deux occasions, pendant le carnaval 2006, et en août 2008, au cours d’une tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud (lire Un début en catastrophej’ai approché les lieux, les atmosphères, qui ont donné naissance à la bossa nova, mais j’ai manqué cet émouvant récital de Joao Gilberto :

Il y a quelques années, j’avais trouvé à petit prix ce formidable coffret. Tout y est de ce qu’on aime et que la disparition de Joao Gilberto rend plus vivant que jamais.

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Un début en catastrophe

Le dimanche 17 août 2008 au petit matin, lorsque les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Liège aperçurent par les hublots de l’avion qui les amenait de Roissy, une colonne de feu qui s’élevait du centre de São Paulo, ils ne pouvaient imaginer que la tournée qu’ils entreprenaient dans le continent sud-américain, sous la direction de Pascal Rophé, allait commencer en catastrophe.

J’étais arrivé la veille à Rio de Janeiro pour rencontrer les organisateurs de la tournée et nos agents locaux et j’allais rejoindre l’orchestre à São Paulo lorsque, juste avant le départ de mon avion, je reçus un message du directeur de production de l’orchestre : « Vol bien passé mais la salle de concert a brûlé, infos suivent » Tout juste le temps de fixer une réunion de crise en fin de matinée avant que le vol Rio-Sao Paulo ne décolle.

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Pour ne pas affoler les musiciens, le grand patron de la Societa et du Teatro Cultura Artistica, Gerald Perret, un Suisse installé au Brésil depuis la fin des années 70, était venu en personne accueillir l’orchestre, alors que son beau théâtre finissait de se consumer. Lorsque j’arrivai à mon tour à l’hôtel où l’OPL était hébergé, Gerald était reparti sur les lieux du drame. Consigne de silence absolu avant une rencontre en tout petit comité en début d’après-midi.

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(Les restes de la Sala Cultura artistica le 17 août 2008)

L’OPL devait donner deux concerts dans cette salle les 18 et 19 août ! J’avais eu le temps depuis le matin d’envisager tous les scénarios possibles : le plus probable était l’annulation pure et simple, un scénario catastrophe pour un début de tournée dans la plus grande ville du Brésil… à moins que l’un des deux concerts puisse être déplacé dans une autre salle ?

C’était sans compter sur la personnalité et l’influence de Gerald Perret. Tout autre que lui, après avoir vu son théâtre disparaître dans les flammes, aurait baissé les bras, surtout pour un orchestre étranger. Etonnamment calme lors de notre première réunion,   il demanda à notre petite équipe de ne pas nous inquiéter, de ne rien dire aux musiciens, promettant qu’il allait sauver la situation ! Il me confia avoir reçu des dizaines de témoignages des plus hautes autorités de l’Etat, de la ville, de ses collègues et confrères, tellement choqués par ce drame. De retour à l’hôtel en fin d’après-midi ce dimanche 17 août 2008, Gerald nous annonça que le concert du 18 aurait lieu à l’Opéra municipal de Sao Paulo – la direction et toute l’équipe technique avaient proposé d’ouvrir le théâtre exceptionnellement un lundi et d’accueillir le concert de l’OPL – et que celui du 19 se déroulerait dans la merveilleuse Sala São Paulo, construite dans une ancienne gare, siège de l’Orchestre symphonique de Sao Paulo, dotée d’une des meilleures acoustiques du monde.

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Un pot d’accueil pour les musiciens était prévu dimanche en fin d’après-midi. La plupart d’entre eux s’étaient égayés en ville ou reposés dans leurs chambres. Nous avions décidé de mettre leurs délégués dans la confidence des événements du jour. Rien n’avait filtré jusqu’à cette fin de journée, et le récit que Gerald Perret fit devant une assistance ébahie et admirative. Longue ovation bien méritée pour celui qui, en moins de 24 heures, avait enduré le pire cauchemar qui puisse arriver à un directeur de salle de concert, et sauvé les débuts de la tournée de l’Orchestre philharmonique de Liège.

Ce lundi 18 août 2008, il y a tout juste dix ans, je crois avoir entendu, à l’Opéra municipal de Sao Paulo, sans doute le concert le plus chargé d’émotion de l’OPL. Le très vieux et respectable président de la Societa Cultura Artistica, 95 ans, était monté sur scène, devant une salle comble et un parterre garni de tous les officiels de la ville, affirmer qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu son théâtre renaître de ses cendres. Je ne sais pas s’il a pu tenir sa promesse – le théâtre a été reconstruit à partir de 2010 et rouvert en 2012.

Pascal Rophé dirigeait l’ouverture Le Corsaire, suivie des Nuits d’été de Berlioz – sublime Susan Graham ! – et, comme il se devait, la Symphonie de Franck