La grande porte de Kiev (VII) : nés à Odessa

A la fin de ma première chronique consacrée à la grande ville portuaire de la Mer Noire, Odessa, et aux musiciens qui y sont nés (La grande porte de Kiev : nés à Odessa), c’était le 14 mars dernier, j’écrivais :

D’autres pianistes nés à Odessa mériteraient d’être cités. Ce sera pour un prochain billet. Avec l’espoir que, d’ici là, la fière cité fondée par Catherine II ne soit pas, en tout ou partie, détruite par les bombes de Poutine.

A l’heure où j’écris ce nouveau billet, Odessa comme les grandes villes ukrainiennes résistent et bloquent l’envahisseur russe, même si elles vivent toujours sous la menace de bombardements et d’attaques surprises. Gardons l’espoir !

Les autres pianistes

Après Cherkassky, Barere, Feinberg, Maisenberg, Maria Grinberg, retour sur deux grandes figures du piano, l’une et l’autre nées à Odessa : Benno Moisievitch et Ania Dorfmann.

Ania Dorfmann (1899-1874)

Ania Dorfmann naît à Odessa en 1899, y fait ses premières études, et joue en public dès l’âge de 11 ans. Elle accompagne même le tout jeune Nathan Milstein, son cadet de trois ans, elle étudie avec Isidor Philipp au Conservatoire de Paris en 1916-1917, revient quelque temps au pays au plus fort de la Révolution bolchevique et quitte définitivement la Russie en 1920. Sa vie et sa carrière passeront ensuite par la Belgique, l’Angleterre et les Etats-Unis, où elle s’installe en 1938. La rencontre avec Toscanini est décisive: avec le chef italien exilé, elle joue, entre autres, les concertos de Beethoven, et enregistre le Premier.

Sony a réédité un coffret indispensable pour apprécier l’art si caractéristique de cette pianiste devenue américaine sans jamais avoir oublié ses racines.

En 1956, Ania Dorfmann rejoint le corps professoral du grand conservatoire de New York, la prestigieuse Juilliard School, où elle formera nombre de pianistes jusqu’à sa retraite en 1983.

Benno Moiseivitch (ou à l’allemande Benno Moiseiwitsch) : 1890-1963

Sans rien savoir de lui, j’avais acheté dans une éphémère collection très bon marché, qui portait bien son nom « Royal Classics » compte-tenu du nombre de pépites qu’elle contenait, un disque que j’ai immédiatement et profondément aimé comme un secret

Ce pianiste, capable de chanter éperdument sans aucune brutalité, sans démonstration de muscles, et pourtant d’une technique pianistique imparable, une source de jouvence à laquelle je ne cesserais plus de revenir, quand je voudrais retrouver le vrai Rachmaninov.

Le jeune Benno gagne, à neuf ans, à Odessa, le prix Anton Rubinstein. Il part étudier à Vienne auprès du légendaire Theodor Lechetitsky (1830-1915). Il joue une première fois à Londres en 1909 (Moiseivitch deviendra citoyen britannique en 1937), en 1919 il rencontre Rachmaninov aux Etats-Unis. Profonde admiration réciproque. Le pianiste compositeur désigne Moiseivitch comme son « héritier spirituel ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Moiseivitch donne de nombreux concerts et récitals pour soutenir les forces alliées. Témoin ce document très émouvant :

On aimerait une belle réédition du legs discographique de cet immense musicien, qui complète le double CD paru jadis dans la fabuleuse collection réalisée par Tom Deacon des Grands Pianistes du XXème siècle :

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