Révolution

Première soirée de festival réussie, mais on n’y est pas arrivés sans peine !

Certes, tous les musiciens étaient bien là, les équipes de Radio France bien installées, le ciel était clément, mais on apprenait en milieu d’après-midi qu’Orange (France Telecom) avait « oublié » de commander et donc d’installer la ligne qui seule permettrait le soir la diffusion du concert en direct de la Basilique Sainte Germaine de Pibrac sur France Musique et les radios de l’UER. Une heureuse concomitance voulait que se tienne un conseil d’administration du Festival Radio France au siège de la Région à Toulouse, et que les deux co-présidents du Festival – Mathieu Gallet et Carole Delga – apprennent la mauvaise nouvelle en même temps que nous. Un appel de la présidente de la Région Occitanie au directeur régional d’Orange et deux heures plus tard la fameuse ligne était posée… Marc Voinchet, le patron de France Musique, soulagé !

Quand on n’est pas Toulousain, on ne connaît pas le calvaire quotidien de milliers d’automobilistes qui doivent endurer, matin et soir, des bouchons infernaux. Pour rejoindre Pibrac – distant de 20 petits kilomètres du centre de Toulouse – il nous aura fallu 65 minutes, et encore, dès qu’on avait pu franchir la barrière du périphérique, la circulation était fluide… Parisiens, Franciliens, de quoi vous plaignez-vous ?

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Mais dès que chacun eut pris place dans l’étrange nef de cette étrange église, et que les huit groupes vocaux et instrumentaux du Concert Spirituel menés par Hervé Niquet eurent lancé le voyage en polyphonie promis aux spectateurs, tous les tracas du jour disparurent instantanément.

J’avais déjà vécu l’expérience à la Cité de la Musique à Paris (lire Originaux)

L’émotion, la surprise, l’émerveillement, intensément partagés par un public qui n’avait jamais entendu pareille musique, n’en furent que décuplés.

IMG_0091IMG_0088(Le maître d’oeuvre de la soirée – Hervé Niquet – et celle qui a permis à des milliers d’auditeurs de la partager – Carole Delga)

 

 

La ville musique

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Parlant de Venise (La liberté de l’artistePremier mai à Venise, on évite difficilement les clichés : la musique est partout dans la cité des Doges. On conseille la lecture de cet excellent tableau : Venise et la musique.

J’ai commencé mon séjour par La Feniceune représentation de Lucia di Lammermoor de Donizetti.

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Autour du grand foyer, une exposition d’affiches et de photos rappelle la présence de Maria Callas dans ce théâtre dès le début de sa carrière. En 1954 justement, elle y interprétait Lucia, un rôle immortalisé dans une version gravée live à Berlin un an plus tard.

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Ce 28 avril, c’était une toute jeune interprète, la tchèque Zuzana Markova, qui endossait magistralement le rôle, dans une mise en scène (Francesco Micheli) qui faisait penser au meilleur Carsenet un chef inspiré dans la fosse.

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Venise ce sont des centaines d’églises, pour beaucoup de véritables musées – ce sera pour une autre chronique – et parfois la surprise de tomber sur de magnifiques collections instrumentales.

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Venise c’est Vivaldi bien sûr, et ses Quatre saisons proposées à chaque coin de rue. On n’insiste pas. C’est sur la façade du Londra Palace une plaque qui rappelle le séjour de Tchaikovski en décembre 1877 et la composition des trois premiers mouvements de sa 4ème symphonie.

C’est encore le souvenir de Wagner qui s’éteint le 13 février 1883 au Palais Vendramin Calergi.

IMG_9107Ca'_Vendramin_CalergiEt puis, même si c’est le summum du cliché, on aime toujours la concurrence courtoise que se livrent les orchestres des cafés de la place Saint Marc (Florian, Quadri, Lavena)

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Iconoclaste

Il y a un an, j’assistais à ce que j’avais appelé un beau tripatouillage royal dans le cadre toujours enchanteur de l’Opéra royal de Versailles.

img_2356img_2376Encore un coup d’Hervé Niquet (ci-dessus), cette résurrection d’une version que les puristes se pincent le nez pour écouter, le Persée de Lullyà la mode 1770.

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Hervé Niquet ne plaît pas à tout le monde. Tant mieux. C’est pour ça qu’on l’aime. Mais c’est d’abord pour son insatiable curiosité, l’esprit permanent de découverte qui l’anime.

Les auditeurs du Festival Radio France (#FestivalRF17) l’été prochain auront deux occasions de mesurer le chemin parcouru par le chef et son ensemble Le Concert spirituel depuis 30 ans. Un véritable voyage en polyphonie le 10 juillet :

Et, bien à la manière d’Hervé Niquet, un Opéra imaginaire le 24 juillet avec trois des plus belles voix du moment, Katherine Watson, Karine Deshayes et Reinoud van Mechelen, qui nous a offert beaucoup mieux que ce qui ressemble à une compilation d’airs de Bach, un sublime voyage intérieur.

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Des hommes de fer

Félicitations à l’orchestre d’harmonie de la Garde républicaine qui proposait, en ce 11 Novembre, un concert gratuit dans le cadre grandiose de Saint-Louis des Invalides à Paris. D’abord parce que c’est une formation d’excellence, qu’on ne peut réduire à ses seules prestations officielles, ensuite – et surtout – parce que le public populaire (le « grand public »!) qui se pressait dans la haute nef de la basilique a eu droit à un programme intelligent, qui ne cherchait pas le client, sans pour autant être en quoi que ce soit austère. La Marseillaise bien sûr, puis la Marche lorraine de Louis Ganne, la grandiose Fanfare for a common man de Copland.

Puis une suite – une découverte pour moi – Les Noces de cendre du compositeur marseillais Henri Tomasi (1901-1971) : http://www.henri-tomasi.fr/index.php?page=oeuvres&categorie=notice&id=13

Après l’intermezzo de L’Arlésienne de Bizet, la 9ème symphonie de Chostakovitch (dans une version pour orchestre d’harmonie). Ce n’est pas le lieu de critiquer l’interprétation, un peu timide et pâle (malgré de magnifiques solos du basson), mais d’expliquer la présence de cette oeuvre dans ce programme.

C’est la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Chostakovitch a écrit ces monuments que sont sa 7ème symphonie « Leningrad » (1941) et sa 8ème symphonie (1943). Tous s’attendent, Staline en tête, à ce que sa Neuvième symphonie célèbre la Victoire de l’Armée rouge, en s’inspirant, chiffre et circonstances obligent, d’une autre Neuvième. Raté, le compositeur qui a déjà eu maille à partir avec le tyran et ses sbires, lui sert une « petite » symphonie – moins de trente minutes, pour un orchestre modeste – qui n’est qu’ironie, sarcasme, et douleur dans le bref et poignant largo chanté par les trombones et le tuba repris par le basson. C’est l’ami de toujours, l’indéboulonnable patron de l’orchestre philharmonique de Leningrad, Evgueni Mravinski, qui crée l’oeuvre le 5 novembre 1945 dans la ville martyre (on n’a malheureusement pas de témoignage discographique de cette 9e par Mravinski)

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Sans refaire ici l’histoire complexe et compliquée des rapports entre créateurs, compositeurs, musiciens et le régime soviétique, particulièrement dans sa version stalinienne, on doit noter, une fois de plus, que, si à nos yeux d’Occidentaux donneurs de leçons, Prokofiev, Chostakovitch et bien d’autres se seraient trop souvent compromis avec le régime, acceptant des décorations (Prix Lénine, Prix Staline, Artiste du peuple etc.), des commandes à la gloire de l’URSS et de ses valeureux dirigeants, ils ont au contraire fait de la résistance de l’intérieur, avec et par leur art.

Face à l’Homme de Fer (Staline, littéralement Сталин, l’homme d’acier (сталь), il y  eut bien d’autres hommes de fer, comme Chostakovitch, Mravinski, Rostropovitch.

Staline justement fait l’objet d’un documentaire en trois volets (diffusé par France 2 le 3 novembre dernier) dans la série – stupidement intitulée – Apocalypse, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle.

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Il y aurait bien des critiques à faire, un portrait uniquement à charge – il est vrai que le bonhomme ne suscite pas vraiment la sympathie ! – une écriture vraiment peu subtile de l’histoire, des événements et de leurs acteurs (Lénine, Trotski, etc.), un commentaire univoque, mal dit par Mathieu Kassovitz, meilleur derrière une caméra que devant un micro. Mais la richesse des archives, pour beaucoup restituées dans leur couleur d’origine ou colorisées, les documents historiques, les témoignages sonores et/ou visuels, sont d’un bout à l’autre passionnants, édifiants même, au risque de choquer les belles âmes (les déportations, les exécutions massives, les boucheries sur le front, rien ne nous est épargné) et surtout de détruire à jamais la légende – qui a perduré même après la déstalinisation puis la chute de l’Union soviétique et du communisme – d’un Staline « petit père des peuples », héros de la lutte contre le nazisme.