Lorsque le pianiste américain Abbey Simon est mort, à 99 ans, le 18 décembre 2019 (lire Le pianiste oublié), je relevais notre méconnaissance, de ce côté-ci de l’Atlantique, des artistes qui ont fait ou font l’essentiel de leur carrière dans leur pays natal, les Etats-Unis. Je le rappelais l’été dernier à l’occasion d’une autre disparition, celle d’André Watts. Même si ce dernier a enregistré pour des labels bien distribués en Europe (CBS/Sony, EMI)
Il faut chercher dans le catalogue du label américain Vox, qui n’a jamais bénéficié d’une distribution correcte, pour trouver nombre d’artistes passionnants, et des enregistrements souvent réalisés… en Europe. Ainsi ma récente trouvaille d’un triple album :
Un mot d’abord du pianiste : Grant Johannesen est né, le 30 juillet 1921, dans le berceau de l’église de Jésus Christ des saints des derniers jours à Salt Lake City, les membres de cette « église » étant plus connus sous la dénomination de Mormons. Mort en 2005, Grant Johannesen a enseigné à Aspen puis à Cleveland, et a démontré sa passion de la musique française et son intérêt pour des répertoires que bien peu de ses collègues ont explorés, comme en témoigne ce coffret de 3 CD
Franck: Prelude, Choral & Fugue Fauré: Nocturne N° 7; Impromptus 3 & 5; Ballade pour piano et orchestre op. 19; Fantasie pour piano et orchestre op. 111 (Louis de Froment / Orchestre de Radio Luxembourg) Chausson: Quelques danses Saint-Saëns: Concerto pour piano n°4 (Bernard Kontarsky / Orchestre de Radio Luxembourg) Bourree D’Indy: Chant de Bruyeres Severac: Sous les lauriers roses; Pippermint-Get (Valse brillante de consert) Dukas: Variations, Interlude & Finale sur des thèmes de Rameau Chabrier: Bourrée fantasque; Ballabile; Impromptu Satie: Preludes flasques pour un chien; Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois; Poudre d’or Roussel: Pièces op. 49 Milhaud: Quatre romances; Hymne de glorification Ravel: Serenade grotesque Debussy: Children’s Corner
Et comme c’est de saison, cette subtile Neige qui danse
Titre un peu facile j’en conviens pour ce qui est devenu au fil des ans une habitude : une cure de Bach. Il y a six ans, j’avais passé l’entre-deux-fêtes à Dresde et Leipzig (Le mystère Jean-Sébastien Bach).
Ici l’occasion m’est donnée par un fabuleux coffret – un cadeau idéal ! – récapitulatif des enregistrements réalisés pour Harmonia Mundi par Philippe Herreweghe de 1987 à 2007 de 48 cantates de Bach.
Un texte passionnant accompagne ces 17 CD, signé par Renaud Machart, qui a vécu de l’intérieur les débuts de l’aventure Herreweghe, et qui mieux que personne, évoque le charisme particulier du musicien belge.
Dans ce coffret, j’ai réécouté – la période de l’année s’y prête ! les trois cantates de l’Avent (les numéros 36, 61, 62 du catalogue des oeuvres de Bach – BWV=Bach Werke Verzeichnis)
Je redécouvre avec émotion cet enregistrement du choral Nun komm der Heiden Heiland revu par Busoni sous les doigts de Vladimir Horowitz
et un disque de chevet, l’inoubliable Bach d’Alfred Brendel.
J’avais commencé un billet d’agaceries, pour ne pas dire du bien de ce que les quelques FNAC disposant encore de rayons classiques sont obligées de mettre en avant. Comme en témoigne une visite hier rue de Rennes.
Non, on ne rêve pas Bruno Mantovani est au même rayon que Riopy, ou inversement !
Mais aucun des deux n’a sorti le sixième ou septième volume de la série Emotions/Inspirations…d’un violoncelliste qui ne rate jamais une occasion de faire son auto-promotion, et qu’on a connu jadis bon musicien, devenu aujourd’hui tête de gondole.
L’agacement pourrait venir aussi de ce pianiste venu du froid, qui, parce qu’il est sous étiquette jaune, et qu’il enregistre les variations Goldberg, fait se pâmer les mânes de Glenn Gould devenus durs d’oreille.
La jeunesse de Cleveland
C’est du passé que vient le bonheur, dans cette réédition – cette fois à tout petit prix ! – par Sony, des gravures du Cleveland Quartet (1969-1995) qui n’a pas eu la longévité de ses compatriotes comme Juilliard ou Emerson, mais qui a laissé de jolies perles discographiques, dont une intégrale des quatuors de Beethoven;
Je ne m’essaierai pas au jeu de la critique comparée, jeu au demeurant bien vain, s’agissant de formations comme un quatuor, qui, par essence même, n’est comparable à aucun autre.
J’ai toujours eu une tendresse pour cette version du sublime Quintette à deux violoncelles de Schubert.
Ceux de la grande mezzo-soprano anglaise, qui a fêté ses 90 ans le 21 août dernier, pour d’autres labels, avec d’autres partenaires et chefs, ont été rassemblés dans ce coffret qui annonce bien la couleur : A Celebration. Qu’on trouve à prix réduit sur jpc.de
Bien sûr les deux versions admirables de Didon de Purcell, des Haendel, des Glück, Berlioz, Britten idiomatiques et des raretés :
Adrienne Lecouvreur idéale
Comme je l’ai écrit pour Bachtrack, j’ai entendu mardi soir au théâtre des Champs-Elysées une Adrienne Lecouvreur – l’opéra de Cilea – absolument idéale en version de concert. Il faut absolument l’écouter ou la réécouter sur France Musique le 10 janvier 2024.
La dernière fois que j’avais vu cet opéra en scène, c’était il y a trente ans, Mirella Freni à l’Opéra Bastille !
J’irai voir et entendre ce qu’Anna Netrebko en fera en janvier prochain…
Le 6 décembre n’est jamais une date heureuse pour moi, depuis un autre 6 décembre – c’était aussi un mercredi, en 1972 (Il y a cinquante ans).
Pourtant c’est, pour tous les pays du nord de l’Europe, un jour de célébration de Saint-Nicolas, un personnage confondu sous d’autres latitudes avec le Père Noël ou devenu Santa Claus aux Etats-Unis
J’ai des souvenirs de défilés festifs dans les rues de Maastricht, à quelques encablures de Liège où j’ai vécu et travaillé jusqu’en 2014.
Etrangement, ce Saint-Nicolas a donné lieu à peu d’oeuvres musicales. Il y a bien une messe de Joseph Haydn, composée en 1772, révisée en 1802, en six parties, mais nettement moins jouée et enregistrée d’autres plus célèbres.
Benjamin Britten, au XXe siècle, est le seul à ma connaissance à consacrer une cantate à ce saint qui enchante les enfants: sur un texte d’Eric Crozier, il compose une oeuvre, achevée en 1948, que peuvent s’approprier les choeurs amateurs, et particulièrement les choeurs d’enfants.
Dans la tradition américaine, on célèbre Santa Claus, et son arrivée dans les foyers : Santa Claus is comingto Town, un chant de Noël diffusé pour la première fois à la radio en 1934, qui est aujourd’hui un tube des fêtes de fin d’année
On mesure le statut de star assoluta de Maria Callas au fait que le 20 heures de France 2 un samedi soir lui consacre tout un sujet à l’occasion de son centenaire ! Plutôt bien fait d’ailleurs, avec les habituels clichés, mais aussi des interviews d’Alain Lanceron, le patron de Warner Classics – l’éditeur historique de la diva – et de Jean-Jacques Groleau qui signe un Callas chez Actes Sud.
J’ai revu avec plaisir le très documenté documentaire de Tom Volf, Maria by Callas, sur CultureBox.
Je dois reconnaître que longtemps le mythe Callas m’a agacé, et tout ce qui tournait autour, en particulier les multiples éditions et rééditions sous n’importe quel prétexte qui tentaient d’accréditer dans l’esprit d’un public néophyte l’idée qu’en dehors de Callas point de salut pour aimer l’opéra. Des premiers disques que j’ai entendus d’elle, je ne retenais que les stridences, les étrangetés d’une voix qui changeait de couleur à chaque tour de phrase. Et puis, prenant de l’âge, constatant que les générations montantes tendaient à l’uniformisation des voix, des timbres, des incarnations – c’est vrai dans toutes les disciplines musicales ! – j’ai repris contact avec mes premiers disques avec la Callas, et j’ai trouvé dans toutes ses imperfections quelque chose de profondément émouvant. Même et surtout quand elle n’a pas le timbre du rôle.
Difficile ensuite d’entendre une autre Rosine dans Le Barbier de Séville…
On peut heureusement réécouter le concert du 29 novembre sur francemusique.fr.
Comme on peut le lire sur Bachtrack, autant j’ai été emporté littéralement par une ‘Inachevée idéale, autant je ne me suis pas complètement retrouvé dans une Neuvième de Bruckner certes creusée, admirablement conduite, mais trop statique pour quelqu’un qui, comme moi, s’est nourri aux ardeurs d’un Jochum.
Mais Philippe Jordan fait partie de ces interprètes qui ne se livrent pas sur un coup d’éclat, à la séduction immédiate. Ni même à la première écoute. J’ai assisté à bien des concerts dirigés par lui, j’ai dans ma discothèque la quasi-totalité de ses enregistrements, et quand j’ai parfois eu des réserves au premier abord, j’ai remis l’ouvrage sur le métier, j’ai réécouté, et toujours découvert de nouvelles richesses.
En préambule, ce rappel – parce que la faute est si courante, même chez des amis qui pourtant écrivent et parlent bien ! – on ne met pas systématiquement de majuscule lorsqu’on évoque la nationalité d’une personne ou d’un groupe. La majuscule est de rigueur seulement lorsqu’il s »agit d’un substantif et d’une personne. Ainsi : « Le Français que je suis, et le Suisse que je suis aussi, parle le français. Mes amis belges (et non « Belges ») de Liège font de même » ou encore cette citation prêtée au général de Gaulle : « Les Français sont des veaux » !
J’en profite aussi pour remettre d’actualité un article écrit ici il y a presque huit ans : Les pièges du français. Je n’ai pas à en changer une ligne
La maison du français à Villers-Cotterêts
Le président de la République a inauguré le 30 octobre dernier la Cité internationale de la langue française dans le château, entièrement rénové, de Villers-Cotterêts, qui fut l’une des résidences de François Ier, où le souverain édicta la fameuse Ordonnance d’août 1539 sur le fait de la justice et ses articles 110 et 111, jamais abrogés, qui obligent à écrire tous les actes de justice « en langage maternel français et non autrement » .
J’avais suivi cette inauguration à la télévision, le discours – beaucoup trop long comme d’habitude – d’Emmanuel Macron, et les reportages qui l’avaient précédée et suivie donnaient de cette nouvelle « Cité internationale – et non musée ! – de la langue française » une image des plus flatteuses. J’ai eu envie d’aller vérifier sur place…
L’entrée du château de Villers-Cotterêts
Première impression perceptible dès le porche d’entrée et son portique de sécurité. Tout le personnel – jeune – a manifestement été bien formé à l’accueil, aimable et souriant, du public. On le souligne parce que ce n’est pas toujours la vertu la plus répandue dans des musées ou monuments plus célèbres…
On arrive dans une cour recouverte d’un étonnant velum.
Le français pour le plaisir
J’avoue avoir été un peu méfiant en pénétrant dans ce qu’on nous annonçait comme le contraire d’un musée, un parcours « ludique », une exploration en réalité augmentée de l’histoire du français et de ses mille manières de le parler à travers le monde. J’ai vite rendu les armes, d’abord en me prêtant moi-même à une suite de séquences interactives, remarquablement conçues, qui attiraient autant les plus jeunes visiteurs – heureux de voir le nombre de familles présentes ce dimanche matin – que les plus anciens, bénéficiant des techniques les plus récentes de projection, de diffusion du son et de l’image.
Tous les supports de la langue française, d’hier et d’aujourd’hui, sont mis en valeur – le cinéma, le théâtre, la chanson, l’opéra, le livre bien sûr – d’immenses rayonnages s’offrent à qui veut ouvrir, feuilleter un livre – .
Il faut saluer cette complète réussite non seulement du contenu et du parcours proposés au visiteur, mais aussi tous les à-côtés souvent négligés ou remis à plus tard : sur place on a trouvé un joli café-restaurant où rien ne manquait, l’accueil chaleureux et le service empressé, une petite carte de très bonne qualité, qui n’a pas oublié les enfants, pour des prix très modiques. Au printemps il y aura une jolie terrasse s’ouvrant sur un beau jardin en voie d’achèvement.
La restauration du logis royal
L’installation de la Cité internationale de la langue française dans cette ancienne demeure royale, qui avait servi de dépôt de mendicité sous Napoléon, puis jusque dans les années 2010 de maison de retraite en voie de grand délabrement, a été liée à la très remarquable restauration de l’unique château Renaissance de Picardie, le château de Villers-Cotterêts, que François Ier décide de faire édifier en 1528, en bordure de la forêt de Retz où il aime chasser.
L’ancienne chapelle du logis royal.
Vive la maison du français chez François !
Seul regret, l’autre grand homme du lieu n’est autre qu’Alexandre Dumas, dont la statue trône sur la place centrale de Villers-Cotterêts, il y a un Musée Dumas qui doit être intéressant. Mais il n’est apparemment pas encore venu à l’esprit de ses responsables (la municipalité ?) que ce serait intelligent de faire coïncider les jours et horaires d’ouverture avec ceux de la Cité internationale. Le dimanche c’est fermé !
Peu de publications auraient pu me faire plus plaisir. J’ai reçu hier un coffret que j’avais commandé en Italie, un quart moins cher que le prix français – 88 CD regroupant les enregistrement stéréo de 1958 à 1963 d’Eugene Ormandy (1899-1985), le chef mythique du non moins mythique orchestre de Philadelphie de 1938 à 1982. Un « règne » de 44 ans !
Plaisir très particulier, parce que pour quelqu’un comme moi qui a fait son éducation musicale grâce au disque (non pas le 78 tours, mais le vinyle 33 tours, qui revient en force aujourd’hui !), le nom d’Ormandy est un compagnon incontournable.
Je pense, sous réserve de preuve contraire, qu’aucun orchestre, aucun chef n’ont plus enregistré de disques aux Etats-Unis. Plus que New York avec Bernstein (et pourtant !), Szell avec Cleveland, pour ce qui était le label Columbia (en abrégé CBS). Ce qui a peut-être contribué à un paradoxe très injuste. La critique, française mais pas qu’elle, a souvent eu tendance à considérer le chef d’origine hongroise comme un bon artisan. Remarquez que, dans l’exercice des discographies comparées, Ormandy n’est jamais quasiment cité pour quelque répertoire que ce soit, et Dieu sait si celui-ci fut abondant.
Ce nouveau coffret fait suite à un premier comprenant les enregistrements mono, deux autres devraient suivre, pour compléter la période stéréo, pour CBS puis RCA.
La première chose qui saute aux oreilles, pour quelqu’un qui connaît bien les rééditions précédentes en CD, c’est la remasterisation spectaculaire, la netteté de l’image sonore, l’espace apporté à des prises parfois un peu opaques. C’est surtout la redécouverte de ce fameux Philadelphia Sound, ces cordes uniques au monde, ces vents si doux et éloquents.
Ce qui frappe aussi dans ce coffret c’est la diversité du répertoire abordé. Je croyais à peu près tout connaître de la discographie d’Ormandy, je découvre ici nombre de disques, sans doute pas essentiels, dédiés à des compositeurs américains, dont je n’avais, pour certains, jamais entendu parler… Sans doute résultat de commandes passées par l’orchestre.
Bien sûr on sait que c’est à Eugene Ormandy et au Philadelphia Orchestra que Rachmaninov dédie sa dernières oeuvre, ses Danses symphoniques. « Quand j’étais jeune, Chaliapine était ma grande idole. Chaliapine n’est plus. Depuis lors, chaque fois que j’écris, c’est avec le son de Philadelphie dans mes oreilles. Aussi, qu’il me soit permis de dédier ma dernière composition au meilleur orchestre au monde, et à son chef, Eugène Ormandy«
On trouvera peut-être rédhibitoires pour les oreilles habituées aux lectures « historiquement informées »‘ les versions du Messie de Haendel ou de la Messe en si de Bach, jouées à plein orchestre.
On avoue y trouver des beautés quelque peu surannées.
J’avais découvert cette photo et quelques autres en visitant la maison de Sibelius en Finlande, Ainola, en 2006.
On ne peut évidemment faire l’impasse sur une partie très importante de l’activité de l’orchestre et donc ce coffret, les enregistrements avec de grands solistes, Rudolf Serkin, Robert Casadesus, Isaac Stern, David Oistrakh et même le tout premier enregistrement du concerto pour violoncelle n°1 de Chostakovitch avec Rostropovitch, tous déjà connus et réédités. Mais ici avec une « plus value sonore » indubitable.
Je suis déjà impatient des prochains coffrets. En attendant, profitons de cet hommage à l’un des plus grands chefs du XXe siècle et à l’un des plus beaux orchestres du monde.
« Il existe d’assez nombreux mots que l’anglais emprunta au français et que l’anglophilie des XVIIIe et XIXe siècles contribua à réintroduire dans la langue française, sous une forme et avec une signification parfois différentes.
Ainsi Humeur fut emprunté par les Anglais avant même l’époque classique et, parmi les sens du mot français, figurait alors celui d’Originalité facétieuse, Penchant à la plaisanterie. C’est sous la forme d’Humour que cette dernière acception nous est revenue d’Angleterre.
Aujourd’hui, Avoir de l’humeur et Avoir de l’humour ont en français des valeurs presque opposées, l’humeur désignant alors une disposition chagrine et l’humour la disposition, jugée toute britannique, à s’amuser sans amertume des aspects ridicules, absurdes ou insolites de la réalité. »
Voici des années que j’essaie de ne pas rater les chroniques de Sophia Aram sur France Inter. Je ne voulais pas manquer son spectacle au Studio des Champs-Elysées; l’humour porté à ce degré d’acuité morale (ouf ! quel gros mot !), est un baume pour l’esprit, un réconfort pour le coeur, tant la haine, l’exclusion, la bêtise prospèrent de façon exponentielle sur les réseaux sociaux et dans les discours des extrêmes. C’est aussi et pleinement jubilatoire, féroce.. et si juste. Par exemple quand Sophia Aram interroge la salle sur le destin de Ségolène Royal…
Après une imitation aussi réaliste que vraisemblable de sa tante Fatiha, autrefois dans sa cité natale de Trappes, Sophia Aram atteint des sommets avec ce personnage de gourde totale, comme on en voit et on en entend autant :
Sophia Aram fait oeuvre de salubrité publique, c’est faire oeuvre de santé élémentaire que de l’écouter sur France Inter, mais mieux d’aller la voir et l’applaudir au Studio des Champs-Elysées.
Histoires d’humour perdu
Si je l’avais rencontrée, j’aurais aimé demander à Sophia Aram si elle ne sentait pas de plus en plus seule à défendre ses positions.
On a beaucoup parlé ces dernières semaines du « dérapage » de Guillaume Meurice. Mais il y a longtemps, trop longtemps, qu’on subit ce type vraiment pas drôle du tout. Et ce n’est pas tant ce qu’on n’ose plus qualifier d’humour qui me choque, que le mépris absolu que ce personnage professe pour ses congénères, pour ses auditeurs. Les quelques fois, peu nombreuses, où j’ai jeté une oreille à ce qui était alors la quotidienne de Charline Vanoenacker, le dénommé Meurice faisait glousser le studio avec ses micro-trottoirs d’interviews tronquées, orientées, tournées en ridicule. Sybile Veil et la nouvelle directrice de France Inter Adèle Van Reeth n’ont pas osé arrêter une émission, lancée en 2014, qui avait perdu son intérêt comme ses auditeurs, et nous gâchent maintenant nos dimanches soirs.
Dans Franc-Tireur de cette semaine, il faut lire la dernière page en partie consacrée à l’ex- co-auteur doué et drôle des Guignols de l’info, Bruno Gaccio : Guignol de l’infox. Où l’on se demande par quel mystère un type cultivé, intelligent devient le porte-parole de tous les « anti » de la Terre, pro-Poutine affirmé, on en passe et des pires…
Mais je ne voudrais pas terminer ce billet sur une note trop triste. On ne se lasse jamais de revoir le fantastique Victor Borge (lire La musique pour rire) dans cette séquence que j’ai découverte récemment, une leçon de musique impayable !
J’ai connu Thierry Geffrotin lorsqu’il officiait à Europe 1, comme l’une des rares voix à bien parler de musique classique sur une radio généraliste, où il n’a pas été et ne sera pas remplacé…
J’ai mieux appris à le découvrir en suivant, quasi quotidiennement via les réseaux sociaux, ses aventures d’amateur éclairé du vrai croissant, de défenseur intransigeant quoique souriant de l’oeuf mayonnaise, de promoteur actif de sa Normandie natale et de membre actif (ou d’honneur ?) de l’académie Alphonse Allais. C’est dire si avec Thierry Geffrotin on a peu de risques de s’ennuyer.
Cet éternel jeune homme s’est mis en tête de raconter les voyages de Mozart. Cela me renvoie aux conférences que j’avais données, en 1991, année du bicentenaire de la mort du divin Wolfgang, où il me fallait donner en moins de deux heures, un aperçu de la vie et de l’oeuvre du génie de Salzbourg. Je me rappelle très bien une double page d’un ouvrage savant que j’avais alors consulté, qui montrait une carte de l’Europe à la fin du XVIIIe siècle et qui pointait toutes les villes où Mozart, seul, mais le plus souvent avec son père ou sa mère (ladite maman est morte à Paris lors du second séjour de Wolfgang dans la capitale française en 1778) s’est arrêté. Je pense que nul n’a passé autant de temps en voyage, ni visité autant de lieux et de pays, que Mozart.
Thierry Geffrotin ne vise pas le récit encyclopédique et c’est tant mieux. Mais il nous rend un Mozart familier, presque contemporain, nous conte des histoires autant pour les enfants que pour les parents. Et grâce à plusieurs QR codes disséminés dans le livre, nous offre autant de séquences musicales parfaitement choisies. Le cadeau de Noël idéal !
Thierry Geffrotin n’en est pas à son coup d’essai dans sa dévotion à Mozart et à la musique classique accessible à tous :
C’est à Londres, dans le quartier de Chelsea, que le petit Mozart, âgé de 8 ans, compose en 1764, sa première symphonie ! Ici dans l’un des tout premiers enregistrements d’un autre enfant prodige, Lorin Maazel (1930-2014), avec l’Orchestre national.
Machart l’Américain
Renaud Machart qui fut l’une des voix les plus écoutées de France Musique, jusqu’à ce qu’on décide de se priver de ses services il y a cinq ans, et l’une des plumes les plus acérées – et donc redoutées – de la critique musicale dans Le Monde, qui est surtout un ami de longue date, a depuis toujours une dilection particulière pour les Etats-Unis, New York surtout, et la musique américaine, comme en témoigne la collection de ses monographies chez Actes Sud
Je sais qu’il préparait depuis un bon bout de temps la suite de cette galerie de portraits, cette fois sous un titre générique : la musique minimaliste
À l’heure où le mot « minimalisme » est devenu galvaudé, le présent livre revient, pour la première fois en langue française, sur l’acception originelle du terme et sur les diverses composantes de cette tendance artistique née aux Etats-Unis, à l’orée des années 1960, qui a durablement marqué les arts plastiques et la musique au point de constituer une indéniable révolution esthétique. En plongeant le lecteur dans la New York downtown des années 1960 et 1970, l’auteur décrit l’extraordinaire inventivité d’une scène artistique où se mêlaient les plasticiens d’art minimal et les compositeurs minima- listes (dont ses représentants principaux La Monte Young, Terry Riley, Philip Glass et Steve Reich), dans les lofts, les salles de cinéma ou de théâtre et les galeries d’art du quartier. Cet essai, avant tout dévolu à la musique, s’arrête sur des œuvres essentielles – dont les fameux In C (1964), de Terry Riley, et Einstein on the Beach, de Philip Glass et Bob Wilson, créé au Festival d’Avignon en 1976 – et des tendances emblématiques de cette esthétique, mais par- court également ses nombreuses ramifications en Eu- rope, ses liens avec la musique populaire et son utilisation dans la musique pour les écrans de cinéma et de télévision. (Présentation de l’éditeur)
C’est en grande part grâce aux émissions de Renaud sur France Musique que j’ai accédé moi-même à nombre de compositeurs et de musiques dont je ne connaissais souvent que le nom.
J’ai toujours parmi les trésors de ma discothèque un CD du quatuor Kronos, et le 2e quatuor « Company » -bouleversant – de Philip Glass. Ecriture minimaliste mais émotion maximale !
Quant à l’une des figures de proue de la famille minimaliste, John Adams (1947-) c’est pour moi un compagnon de longue date. Ce fut l’une des soirées d’exception du mandat de Louis Langrée à Liège, le 20 novembre 2003, il y a tout juste vingt ans, comme le racontait Nicolas Blanmont dans La Libre Belgique : Ambiance des grands soirs. Soirée diffusée en direct à la télévision avec le concerto pour violon de Brahms joué par le fabuleux James Ehnes (c’était ses débuts en Belgique !) et le chef-d’oeuvre orchestral de John Adams, Harmonielehre.
A l’été 2006, à New York, j’avais eu la chance d’assister à la première de l’opéra écolo de John Adams, A Flowering Tree