Je me demandais ce qui avait conduit les responsables de Warner à publier cet excellent coffret :
Un anniversaire ? Bien vu ! Le sesquicentenaire de la naissance à Tourcoing – le 5 avril 1869 – d’Albert Roussel, un compositeur français qu’on a souvent évoqué ici, grâce notamment aux souvenirs du violoniste Robert Soëtens(lire Evocations de Roussel). Touchante, cette lettre adressée par Roussel à celui qui fut son interprète lors du Festival Albert Roussel organisé à la Salle Gaveau à Paris, il y a 90 ans, le 18 avril 1929, pour le soixantième anniversaire du compositeur :
Roussel aimait la mer, au point d’y commencer sa vie – Ecole Navale puis sept ans de Marine – et de choisir sa dernière demeure à Varengeville(lire L’inconnu de Varengeville) : « C’est en face de la mer que nous finirons nos existences et que nous irons dormir pour entendre encore au loin son éternel murmure »
Le coffret qui vient de sortir n’est pas au sens strict une intégrale, mais constitue, à petit prix, un panorama remarquable et complet de l’oeuvre de Roussel :
Qui connaît (et joue encore) les pièces pour piano, la musique de chambre, les mélodies ? On cherche en vain dans les programmes de concert…
Quant à l’oeuvre symphonique et chorale, il suffit de regarder les versions choisies pour ce coffret, toutes gravées il y a plus de trente ans, pour mesurer combien Roussel est complètement passé de mode, sauf exceptions notables comme l’excellente intégrale symphonique gravée par Stéphane Denèveen Ecosse !
Il n’a pu échapper à personne que le dernier « album » (puisque, dans ce cas, on ne parle pas de « disque » – trop classique sans doute !) du pianiste chinois Lang Lang a bénéficié d’une promotion à la hauteur de la célébrité de l’intéressé. Pour la seule France, il est passé à peu près dans toutes les émissions grand public, des Victoires de la musique classique au 20h30 de Laurent Delahousse un dimanche soir sur France 2 (où la vedette lui a été disputée par François Hollande et le remake de ses Leçons de pouvoir!), en passant par une journée sur France Musique.
L’Obs de cette semaine n’y va pas par quatre chemins pour évoquer cet album et son interprète. Extraits :
« Quand un président, une reine, un pape, une coupe du monde, un jeu olympique a besoin d’un pianiste, c’est bien sûr à Lang Lang qu’on fait appel. Au plus véloce des soixante millions de pinaistes chinois, à celui dont la veste brille le plus sous les projecteurs/…/ Ce Piano Book réunit une trentaine de bis célèbres et mondialisés, une sorte de Lettre à Elise Inc. Lorsque Lang Lang décide de jouer le premier Prélude (du Clavier bien tempéré) de Bach, agrémenté du plus monstrueux crescendo de toute l’histoire du crescendo, c’est Bayer rachetant Monsanto, la Bourse frissonne d’aise (Elle déchantera elle aussi !)/…../
La qualité de Lang Lang est de savoir extrêmement bien jouer du piano; son défaut : le mauvais goût. Il est trop, comme on dit dans la banlieue de Pékin : il joue trop vite, trop alangui, trop fort, trop sentimental, trop étincelant. Sa musique est bodybuildée, son toucher est dur comme de l’or massif et ses sourires donnent envie de pleurer.
Le billet est signé Jacques Médina, un pseudonyme de Jacques Drillon, le critique historique de L’Obs ?
J’aurais pu signer ces lignes, parce qu’elles reflètent la triste réalité d’un artiste aujourd’hui âgé de 36 ans, que j’ai vu faire ses débuts à New York, à l’été 2003, dans le cadre du festival Mostly Mozart dont Louis Langrée venait de prendre la direction. Lang Lang, 19 ans, jouait le 1er concerto de Mendelssohn, qu’il venait d’enregistrer avec Daniel Barenboim.
Il n’avait aucune idée du style de Mendelssohn, mais, guidé par Louis Langrée, il avait ébloui le public new-yorkais par son jeu plein de fougue, de virtuosité joyeuse. Je me rappelle ensuite un dîner d’après-concert où le jeune homme était entouré par ses parents, ses agents, et se montrait comme ce qu’il était, un adolescent tout heureux de cette célébrité qui lui tombait dessus.
Quelques mois plus tard, je visitais Pékin, en pleine modernisation avant les Jeux Olympiques de 2008. Sur la grande artère commerciale de Wangfujing, les premiers malls surgissaient de terre, et un grand magasin de disques et de vidéos de type FNAC – qui a disparu depuis, je l’ai vérifié il y a trois ans – attirait les chalands nombreux. A l’entrée et au milieu du rayon CD trônait une gigantesque affiche représentant Lang Lang en pied. Déjà une star dans son pays !
Le 12 avril 2007, je retrouvais Lang Lang à Londres, au Barbican Center, à l’orée du tournée qui devait mener le London Symphony et Daniel Harding au Japon et en Chine. Au programme Memoriale de Boulez, une Symphonie fantastique de Berlioz étrangement décousue et sans relief, et le concerto en solde Ravel. J’avoue n’avoir jamais entendu un Ravel aussi… déconcertant. Techniquement défaillant dans le troisième mouvement, des « choses » très bizarres dans le premier mouvement, et une absence complète de simplicité dans l’adagio assai. Applaudissements tout juste polis d’un public londonien à qui on ne la fait pas…!
Ce qui n’empêcha pas Lang Lang de revenir faire un bis, une mélodie chinoise (de son cru ?) écoeurante à souhait. Le jeune pianiste s’attendait manifestement à une ovation, il fut prestement éconduit de la scène du Barbican.
Dernier souvenir in vivo de Lang Lang. En mai 2014, l’Orchestre philharmonique royal de Liège jouait dans la grande salle dorée du Musikverein de Vienne. Christian Arming, qui retrouvait sa ville natale, et moi étions allés rencontrer Thomas Angyan, le vénérable directeur de cette salle mythique. Dans son bureau, un écran de contrôle des différentes salles de répétition du bâtiment : Harnoncourt et son Concentus musicus Wien répétant avec Lang Lang, les Wiener Symphoniker dirigés par Simone Young, et les Wiener Philharmoniker avec Christoph Eschenbach. Le lendemain, je reprenais l’avion pour Paris, avec deux illustres passagers que personne ne semblait avoir reconnus, l’architecte Jean Nouvel… et Lang Lang. A l’arrivée à Roissy, je me retrouvai juste à côté du pianiste dans les toilettes pour soulager un besoin pressant ! Et dire que certains attendent des heures pour l’approcher et faire signer des autographes…
« Comme toujours, la postérité est capricieuse. Du vaste corpus d’Adolphe Adam (1803-1856) qu’a-t-on retenu? Le ballet Giselle (que Tchaïkovski citait toujours en exemple) et le cantique Minuit, chrétiens. C’est bien peu, si l’on songe que son œuvre compte une cinquantaine d’opéras, une quinzaine de ballets, des opérettes, des vaudevilles, des cantates, et même une messe pour le retour des cendres de Napoléon aux Invalides!…/À tort ou à raison, le rouleau compresseur de la mémoire a rempli son office et Adam est passé à la trappe. Seul Le Postillon de Lonjumeau éveille encore les souvenirs des passionnés de musique française. Créé en 1836, cet opéra-comique obtint un succès instantané et fulgurant, et fit aussitôt le tour des scènes d’Europe. Omniprésent à Paris, il disparut pourtant de la Salle Favart en 1894, pour n’y jamais revenir/…/Le Postillon, c’est d’abord une histoire d’opéra. Fieffé chanteur, Chapelou n’est que postillon à Lonjumeau. Le jour de ses noces, il entonne son air fétiche, dans lequel il atteint un éclatant contre-ré. Il est aussitôt débauché par un membre de la cour, qui l’invite à rencontrer le roi. Et voilà notre Chapelou qui laisse en plan mariage et jeune épouse, pour aller chanter devant le souverain… Il ne retrouvera sa femme délaissée que… dix ans plus tard, devenu une étoile de l’opéra. Celle-ci va mettre en place un stratagème pour le confondre, et se venger » (Le Figaro, 29 mars 2019)
Excellente surprise lundi soir ! D’abord l’ouvrage – qu’on connaissait un peu par le disque – se laisse écouter avec bonheur, le compositeur de Giselle est un mélodiste et un orchestrateur astucieux et. cultivé, il connaît son XVIIIème siècle ! Quelques longueurs parfois, une sorte deleitmotiv(le début de l’air le plus célèbre Ah mes amis…), mais dans la fosse et sur scène une équipe qui enlève le morceau avec un charme et un chic fous.
A commencer par le ténor, lui aussi abonné à l’Opéra Comique, l’irremplaçable Michael Spyres*, compose un personnage haut en couleur, chante avec grâce en un français exemplaire (Ph.Venturini, Les Echos), pousse sans difficulté ses contre-ut et contre-ré, et garde en permanence une qualité d’émission et de chaleur de la voix, qui me font souvent penser à son illustre aîné, Nicolai Gedda(1925-2017)
Mais pour moi la révélation de la soirée a été la jeune soprano canadienne Florie Valiquette qui endosse avec allure et grâce le double rôle Madeleine-Latour, le vrai caractère fort de la pièce (Les Echos). Franck Leguérinel campe un marquis de Corcy torve et ridicule à souhait.
Michel Fau se régale (en impayable suivante travestie de Madame de Latour) et règle à la perfection la mécanique d’une intrigue invraisemblable. Et Sébastien Rouland mène joyeusement d’impeccables musiciens, les membres du choeur Accentus et l’orchestre de l’opéra de Rouen. Décors somptueux d’Emmanuel Charles et costumes à l’avenant de Christian Lacroix !
Le très honorable Camille de Rijck écrivait hier soir sur sa page Facebook : Je suis déjà épuisé par tous les poissons d’avril qui vont nous tomber dessus et nous faire rire comme des tyroliens en culotte de peau qui se claquent les paumes sur les cuisses en vidant un demi !
Je ne partage pas le sentiment de l’excellent producteur de Table d’écoute (entre autres) sur Musiq3. Je trouve que le « poisson d’avril » a tendance à se raréfier sur les antennes de radio et de télévision, au motif sans doute que l’actualité est trop sérieuse ou tragique pour qu’on puisse en plaisanter…
Je me rappelle pourtant de grands moments sur les chaînes où j’ai travaillé ou que j’ai dirigées. Deux me reviennent particulièrement en mémoire, sur France Musique, au début des années 90.
Avec la complicité de la rédaction de France Culture / France Musique, l’équipe des Dépêches Notes, les brèves d’actualité, entend développer une information de première importance : à compter de ce 1er avril, la Sécurité sociale va rembourser la musique classique, les bienfaits de la musicothérapie étant révélés par une étude commandée par le gouvernement ! L’équipe obtient une interview exclusive du Premier ministre de l’époque, Edouard Balladur, et pour faire bonne mesure, enregistre la réaction de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, l’indéboulonnable Jack Lang, qui revendique la paternité de cette mesure !
Lors de la réunion de direction qui rassemble les patrons de chaînes et autres directeurs de la Maison ronde autour du PDG de Radio France (à l’époque Jean Maheu), mes collègues me félicitent de ce joli poisson d’avril et me demandent comment nous avons convaincu le Premier ministre et l’ancien ministre de se prêter au jeu !
Personne n’a entendu la supercherie ! Ce n’était ni Balladur ni Lang, mais un jeune et déjà très talentueux imitateur qui fait alors partie de l’équipe de l’émission Rien à cireranimée par Laurent Ruquiersur France Inter: Laurent Gerra
Autre souvenir : L’annonce de la réconciliation de deux figures dominantes de la vie musicale de ces années-là, Pierre Boulez et Marcel Landowski
Celle-ci s’est déroulée lors d’une soirée disco dans une boîte de nuit très en vogue à Paris, comme le confirme l’académicien lui-même au micro de France Musique. Cette fois c’est bien Marcel Landowski qui s’est beaucoup amusé à donner cette vraie-fausse interview ! On a su après coup que Pierre Boulez avait bien ri de ce poisson d’avril !
Marcel Landowski,né en 1915, mort il y a vingt ans le 23 décembre 1999, n’a pas laissé, comme compositeur, le souvenir d’une personnalité très originale – euphémisme ! -. En revanche, on lui doit l’organisation de la vie musicale française, les orchestres en région, lorsqu’il fut le premier directeur de la musique du Ministère de la Culture sous Malraux. Une organisation qui aurait le plus grand besoin d’évoluer…
Si l’on est réfractaire au style Tubeuf, il ne faut pas lire son dernier-né. Inutile de dire que ce n’est pas mon cas, et si, parfois, rarement, les chantournements de l’ancien professeur de philosophie peuvent agacer, les souvenirs d’André Tubeuf, revisités au soir de son grand âge, à propos d’un musicien qu’on n’a cessé de révérer, évidemment passionnent et enchantent.
« Toutes ces dernières années, je multipliais les livres et on me demandait : « À quand, un sur Serkin ? »… je n’avais jamais eu l’idée d’écrire un livre sur lui. Lui-même répugnait à ce qu’on parle de lui. Il n’y avait rien à savoir, qu’à le regarder faire….
Une soirée avec Serkin, c’était de toute façon une leçon d’incarnation…Ceux qui ont vu cela, ne risquent pas de l’oublier. À ceux qui ne l’ont pas vu on ne peut que donner une idée abstraite : sans l’emprise, renversante, stupéfiante, régénératrice.
D’autres ont été davantage publics, populaires, aimés peut-être, et soucieux de l’être, faisant tout pour l’être. Pas Serkin »
Moyennant quoi, André Tubeuf nous livre 190 pages serrées sur un pianiste, Rudolf Serkin (1903-1991) dont il n’y avait, paraît-il, « rien à savoir » ! Merci cher André Tubeuf !
Au moment où je commençais la lecture de cette « Leçon Serkin », je lisais sur la page Facebook de Tom Deacon, naguère un des grands producteurs du label Philips et auteur de cette extraordinaire collection, parue il y a vingt ans, Great Pianists of the 20th Century
ceci à propos d’un coffret paru en Europe il y a près de 2 ans :
Ce coffret est tout aussi recommandable que tous les autres. La documentation est le nec plus ultra. Beaucoup de photos. Un bon texte d’introduction. Et 75 CD de Rudolf Serkin, l’un des plus grands pianistes que j’ai eu le privilège d’entendre en concert et en récital. C’est son héritage artistique. Dans une boîte!
Il m’est impossible d’effacer de ma mémoire l’image de ce musicien aux petites lunettes cerclées, légèrement voûté se dirigeant vers le piano.
Serkin s’est battu pour être un grand pianiste. Il y travaillait. Il le devait. Il n’a jamais eu la chance d’être doté d’une de ces techniques faciles, naturelles et bien huilées. En un mot, il n’était pas Josef Hofmann, bien qu’il ait pris la place de Hofmann en tant que directeur du Curtis Institute à Philadelphie
Serkin était à son meilleur dans la salle de concert, pas dans le studio d’enregistrement. D’une manière ou d’une autre, les ingénieurs de Columbia ont eu du mal à saisir son « son ». Cela a toujours semblé dur. Rubinstein avait le même problème chez RCA Victor. Nous avons donc ici ce que nous avons, une image sonique imparfaite d’un pianiste tout simplement merveilleux qui pouvait hypnotiser un public immense avec le mouvement lent de la sonate Hammerklavier de Beethoven. C’était lent, très lent, mais vous souhaitiez que cela ne se termine jamais si beaux étaient le son et la conception musicale de Serkin. Idem avec le mouvement d’ouverture de la sonate « au clair de lune ». Aucun des enregistrements de Serkin n’a jamais capturé cette magie.
Les circuits de distribution ne doivent pas être les mêmes au Canada, où réside Tom Deacon, et en Europe, puisque j’avais déjà parlé de cette somme il y a plusieurs mois : Des nuances de noir et blanc.
Deacon et Tubeuf disent un peu la même chose, et pour moi qui n’ai jamais eu la chance d’entendre le grand pianiste en concert, les témoignages du studio comme les « live » que contient cette boîte ne font que renforcer, conforter, l’admiration que je porte à un musicien essentiel du XXème siècle. Pour ceux qui ne pourraient, voudraient, pas se payer l’imposant coffret (détails ici : Serkin the complete Columbia recordings), le legs discographique de Serkin est disponible en une multitude de coffrets à prix doux.
Intemporelle Truite de Schubert enregistrée à Marlboro – en prêtant l’oreille, on y entend même les oiseaux alentour…
Les langues, la langue française en particulier, sont ma passion première. Je ne compte pas les chroniques que je lui ai consacrées sur ce blog (Le français chanté).
Il y a plusieurs mois déjà, j’avais dénoncé, sans aucun espoir d’être entendu, l’usage intempestif et fautif du suffixe -if : Inclusif intrusif.
Piqûre de rappel avec cette annonce répétitive (!) sur les chaînes de service public vantant Toutânkhamon, une exposition, une expérience « immersive »!
On devine ce que cet adjectif est censé évoquer pour le visiteur : l’idée d’une véritable plongée, d’une immersion, au coeur d’une oeuvre, d’une exposition. C’est la nouvelle mode : on ne vient plus regarder des tableaux, des objets, on vient au cinéma !
Visitant le château d’Auvers-sur-Oise, il y a un an, avec mon petit-fils, j’avais constaté que le parcours pédagogique illustrant la présence des peintres à Auvers (le plus célèbre étant Van Gogh, qui y a fini ses jours en juillet 1890), avait été transformé en voyage « immersif » à grand renfort de projections murales. Le prix d’entrée avait été multiplié par deux… tout ça pour ne voir quasiment aucun tableau, aucun objet, mais une série de petits films et de projections. Comme à la télé !
J’avoue que je ne sais quoi penser de cette nouvelle formule « immersive » ! Démocratisation de l’accès à l’art ? L’art considéré comme un simple divertissement ? Quand et comment l’oeil, le regard, l’écoute même, peuvent-ils s’exercer surtout chez les plus jeunes ?
J’en connais plus d’un qui risque d’être… déceptif !
Que c’est bon de lire des propos aussi pertinents, aussi intelligents que ceux que l’illustre ténor péruvien Juan Diego Florez a livrés dans le long entretien que Vincent Agrech publie dans le numéro d’avril de Diapason !
Toute la première partie de l’entretien est consacrée au fantastique travail que Florez fait dans son pays natal, où il a repris et développé le fameux Sistema,né au Venezuela en 1975 à l’initiative de José Antonio Abreu. Et il faut lire tout cela.
Mais lorsque le chanteur répond au journaliste de Diapason sur sa carrière, l’opéra, la vie musicale, c’est tout sauf de la langue de bois !
Je suis plus inquiet du renouvellement du public. Voyez les difficultés qu’a le Met à remplir, et ces parterres de cheveux blancs dans les pays germaniques.
Dans toutes les villes, les jeunes devraient pouvoir aller à l’opéra pour 10 € !
Question : Outre les coûts fixes des théâtres… le cachet des stars de votre catégorie n’aide pas !
J.D.F. A votre avis, c’est vraiment ça, le problème économique de l’opéra ? Prenez le budget d’une production. Quelle part va aux chanteurs d’un côté, et de l’autre aux décors, costumes et droits de mise en scène, pour bien souvent… pondre une merde, pardon ! Des spectacles qu’on voit courir vers le précipice dès les premières répétitions, contre lesquels ni les solistes, ni l’équipe de la maison n’osent se révolter, et qu’on remisera en silence après quelques représentations.
Question : … Les directeurs de théâtre vous diront qu’ils renouvellent et rajeunissent grâce à eux le public.
J.DF. Mauvais calcul et je serais curieux de voir des chiffres à l’appui. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui me disent avoir ri ou pleuré après une version de concert, alors qu’ils venaient entendre un opéra pour la première fois. Le théâtre est dans la musique. On peut faire des spectacles extraordinairement vivants avec très peu de moyens, des décors et des costumes tout simples. Et du bon sens, le respect de l’oeuvre, une écoute de ce que le chef et les chanteurs, qui la connaissent, ont à en dire.
La déconnexion entre le tout petit monde de la musique entre professionnels et la vraie vie des gens finira par nous tuer, alors même que nous détenons les clés de ce quipeut transformer l’humanité. La diffusion et l’éducation ont beau avoir chacune leur logique, elles doivent se rencontrer, se régénérer mutuellement. Je me suis juré qu’un jour, les enfants des bidonvilles de Lima joueraient côte à côte avec les musiciens du Philharmonique de Vienne au Musikverein. Et je le ferai ! (Juan Diego Florez, in Diapason avril 2019)
Le soleil de printemps inonde Montpellier cette semaine.
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
Et ça tombe bien pour commencer à dévoiler ce que sera le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (que tout le monde ici, dans la région, nomme simplement « Festival Radio France« … alors qu’à Paris, dans la Maison ronde même, on continue d’appeler « Festival de Montpellier » !!)
Le vieux chat noir un peu cabossé du coin de ma rue ne se départ jamais d’une sérénité éprouvée !
L’Esplanade Charles de Gaulle est en fête ! N’était la fraîcheur matinale, on s’imaginerait presque en été.
Cette semaine donc, à l’usage des Montpelliérains, on a commencé à feuilleter le programme des soirées du #FestivalRF19. En essayant de sortir des habitudes qui prévalent pour ce genre de présentation – conférence de presse « officielle », invitations VIP -. Ce qui me plaît, et ce pour quoi finalement toute l’équipe du Festival travaille, c’est de rencontrer le public, notre public, de lui réserver la primeur du programme que nous lui avons concocté avec amour, d’échanger avec lui, de prendre les compliments et de répondre aux critiques. C’est ce que nous avons fait déjà mardi soir devant une salle Pasteur archi-comble, c’est un exercice que nous rééditons en fin d’après-midi au foyer de l’Opéra Comédie. Et cela en musique, avec la participation exceptionnelle, mardi, de l’Orchestre National Montpellier Occitanie et de Magnus Fryklund, ce soir, de Marina Chiche et Félicien Brut, tous artistes qui, bien évidemment, seront de l’aventure du Festival en juillet prochain.
Mais on ne déballe pas tout d’un coup, les 150 concerts, les 70 lieux de toute l’Occitanie où se déploiera la 35ème édition d’un festival qui n’a pas d’équivalent dans la sphère musicale : musique de chambre, chorale, jazz, musiques électroniques, événements symphoniques, etc…
Ceux qui me suivent et me lisent ne seront pas surpris du choix des rivages de la Baltique comme cadre de nos prochaines nuits blanches…
« Deux souvenirs : en juin 1998, l’immense place du Palais à Saint-Petersbourg, devant l’Hermitage, traversée à 3 heures du matin, la douceur indicible de la voûte céleste ni jour ni nuit ; en juillet 2016, à Montpellier, Valery Gergiev me citant le Festival Radio France Occitanie Montpellier comme modèle des Nuits blanches qu’il organise chaque été dans la ville de Pierre le Grand.
C’était décidé, la 35ème édition du Festival serait consacrée à ces légendaires musiques du Nord, des rives de la mer Baltique, à l’incroyable foisonnement créatif de générations de compositeurs et d’artistes exceptionnels. » (Suite à lire sur lefestival.eu)
Je me suis promis de ne pas répondre à la question que les journalistes ne manqueront pas de me poser : « Quels sont vos coups de coeur » ? Je n’y répondrai pas, parce que cette programmation n’est qu’une suite de coups de coeur, ceux de l’équipe de programmation, les miens…
J’éprouve une fierté particulière et personnelle à ouvrir ce Festival 2019 avec une personnalité que j’admire infiniment, Neeme Järvi, et l’orchestre national d’Estonie.
Je n’ai pas fini de revenir à cette mine que constitue l’intégrale de la correspondance de Ravel.
Après Ravel à Liège, anecdotique, j’ai trouvé plusieurs correspondances avec d’illustres Viennois(es), et cette étrange manie du compositeur basque de ne jamais parler de Vienne, mais toujours de Wien.
Cette première lettre où, bien des années avant sa création, Ravel évoque son projet d’écrire « une grande valse » (ce sera La Valse), égratignant au passage le « puritanisme franckiste » et les « adeptes moroses de ce néo-christianisme »
….Ce n’est pas subtil, ce que j’entreprends en ce moment : une grande valse, une manière d’hommage à la mémoire du grand Strauss, pas Richard, l’autre, Johann. Vous savez mon intense sympathie pour ces rythmes admirables, et que j’estime la joie de vivre exprimée par la danse bien plus profonde que le puritanisme franckiste. Par exemple, je sais bien ce qui m’attend auprès des adeptes moroses de ce néo-christianisme. Mais ça m’est égal !
Puis ce sont des échanges avec ou à propos de Richard Strauss.
Si c’était possible, je serais très heureux d’avoir une entrée pour Salomé. Pour ne pas vous déranger, voudriez-vous avoir l’amabilité de me faire rendre la réponse par écrit ? Merci d’avance et bien à vous,
Des années plus tard, en 1919 exactement, Richard Strauss est devenu directeur de l’Opéra de Vienne (une direction qu’il partage avec le chef Franz Schalk et qu’il abandonnera en 1924).
En 1922, Ravel espère que sa Valse (que Diaghilev a refusé de monter en ballet « Ravel, c’est un chef-d’œuvre, mais ce n’est pas un ballet. C’est la peinture d’un ballet ») sera créée en version dansée à l’opéra de Vienne. En témoignent deux lettres écrites le même jour, le 23 juillet 1922, de Montfort-l’Amaury, l’une à Alma Mahler, l’autre à Berta Zuckerkandl chez qui il a logé successivement lors de son premier séjour à… Wien en octobre 1920
Je suis si heureux d’avoir cette occasion de vous écrire que je me dépêche d’en profiter….On me voit plus souvent à Paris, je travaille tant que je peux, et je n’aurai pas le plaisir de vous voir le mois prochain comme je l’espérais. J’avais fait le projet d’aller aux fêtes de Salzburg, mais le travail ne me le permet pas. Ce sera pour plus tard, à la 1ère de La Valse à Wien, que je continue à espérer…
… D’abord le prétexte de cette lettre : si vous êtes à Wien lorsque Mme Madeleine Greyse présentera chez vous, je vous serai très reconnaissant de faire bon accueil à cette artiste qui, je n’en doute pas, vous intéressera vivement. Ses qualités vocales et musicales lui permettent d’interpréter avec la plus grande intelligence les choses les plus diverses : Les Chants hébraïques (dans le texte), L’Heure espagnole (dans le texte aussi), les Poèmes de Mallarmé, les Histoires naturelles, Shéhérazade pour ne parler que de mes oeuvres.
Fauré lui a confié la 1ère audition de ses dernières mélodies….
Je crois bien me souvenir que je vous ai fait parvenir une partition de L’Heure espagnole destinée à R. Strauss. Rien de nouveau de ce côté ? Ni au sujet de La Valse ? À ce propos, un chef d’orchestre français voulant donner ce poème symphonique à Wien, je m’y suis opposé, voulant en réserver la 1ère audition à votre opéra. Mais bien entendu, s’il plaît à Strauss de faire connaître cette oeuvre au public viennois avant de la transporter sur scène, je ne m’y oppose nullement. En tout cas, aucun théâtre ne la représentera avant Wien.
M.R. à Maurice Emmanuel
14/10/22
Cher Monsieur
… La partition que vous allez recevoir indique en effet les intentions de l’auteur. Ce sont les seules dont il faille tenir compte. Ce « poème chorégraphique » est écrit pour la scène. La 1ère en est réservée à l’opéra de Vienne, qui le donnera… quand il pourra. Il faut croire que cette oeuvre a besoin d’être éclairée par les feux de la rampe, tant elle a provoqué de commentaires étranges. Tandis que les uns y découvraient un dessin parodique, voire caricatural, d’autres y voyaient carrément une allusion tragique – fin du second Empire, état de Wien après la guerre. etc.
Tragique, cette danse peut l’être comme toute expression – volupté, joie – poussée à l’extrême. Il ne faut y voir que ce la musique y exprime : une progression ascendante de sonorité, à laquelle la scène viendra ajouter celle de la lumière et du mouvement.
Les espoirs de Ravel sont douchés par cette lettre – en français – de Richard Strauss :
Richard Strauss à Maurice Ravel
Staatsoper Vienne 7/12/22
Cher Monsieur,
En réponse de votre lettre du 14 nov. l’avis, que nous espérons de jouer déjà en mois de janvier votre délicieuse Ma Mère l’Oye dans la salle de la Redoute. Mais je ne crois pas qu’il sera possible de mettre en scène encore dans cette saison votre Valse. Et c’est la cause, que nous ne pouvons pas prétendre, que vous nous réserviez pour si longtemps le droit de la première audition en Vienne.
Au contraire, un bel succès au concert ajoutera (à) l’exécution théâtrale.
Ils ne sont pas nombreux, les pianistes nés aux Etats-Unis, à avoir acquis célébrité et notoriété de ce côté-ci de l’Atlantique. Si on interrogeait à brûle-pourpoint le mélomane français, il serait bien en peine de citer plus de cinq noms, et encore…
Van Cliburn est le nom qui est resté dans la mémoire collective, plus sans doute en raison de sa victoire inattendue au Concours Tchaïkovski de Moscou, en pleine guerre froide, que pour la carrière finalement très modeste qu’il a faite en Europe.
C’est l’un de ses contemporains, Leonard Pennario, qui bénéficie aujourd’hui d’une belle réédition de ses enregistrements pour RCA.
Qui est ce pianiste ? Je crois que le premier disque que j’ai eu de lui me le montrait sous un jour très hollywoodien, et pour cause : Concerto under the stars, avec le Hollywood Bowl Orchestra (l’appellation estivale du Los Angeles Philharmonic)
Erreur d’optique, ou plutôt vision très réductrice d’un talent remarquable.
Leonard Pennario (1924-2008) c’est presque l’archétype du pianiste américain, techniquement très sûr, d’une virtuosité qui ne vise jamais l’épate, une élégance, une classe, qu’un esprit européen pourrait parfois trouver trop neutres.`
Mais quel chic, quelle allure dans ces « encores » …
Le coffret RCA nous restitue l’art de ce pianiste, que la maladie de Parkinson a éloigné de la scène dès les années 80. Interprète d’élection de Rachmaninov, c’est le premier à graver l’intégrale de ses concertos après la mort de ce dernier.