Dérèglement climatique

Ce n’était pas à priori la zone du globe où je m’attendais à constater les effets du dérèglement climatique.

Bien avant qu’une émission de télévision attire l’attention sur une population et une contrée, en tous points admirables du Kenya

le choix avait été fait d’y passer cette fin d’année, quatre ans après un fabuleux voyage en Namibie.

Le voyagiste avait prévenu : quand on arrive dans la région du Samburu à cette période de l’année on n’est pas immédiatement séduit par un paysage aride, une savane sèche et sans grâce apparente.

Et voici qu’après avoir débarqué hier matin sous la pluie à Nairobi, pris un vol intérieur sous les nuages, notre hôte du moment nous annonce qu’il va devoir faire un grand détour pour nous amener à notre logement, le pont qui franchit la rivière et fait la liaison entre le petit aérodrome et le « camp » ayant été emporté par les pluies diluviennes qui sont tombées au début du mois !

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Cette vidéo n’existe pas

Résultat – positif pour le visiteur photographe ! – une végétation luxuriante, des animaux, les éléphants en particulier, qui semblent se régaler d’arbustes et de plantes odorantes au milieu d’une nature magnifiquement préservée, où le touriste est plutôt rare et discret.

Le chanteur de l’Est

D’abord un paradoxe : traduit littéralement son nom voudrait dire « crieur » ! C’est pourtant l’un des plus grands chanteurs du XXème siècle qui vient de disparaître, à l’âge de 84 ans : Peter Schreier.

L’incarnation de ce que l’éducation dans une tradition authentique – Dresde, Leipzig – combinée à une habileté politique certaine – Schreier a été de toutes les distinctions du regime communiste est-allemand et a, de fait, bénéficié d’une liberté de mouvement, très parcimonieusement distribuée de l’autre côté du rideau de fer, qui lui a permis de se produire et d’enregistrer aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est.

Ce n’est pas le timbre de ténor le plus séduisant qui soit, mais le musicien incomparable perçait sous chaque note et la solidité d’une technique à toute épreuve lui autorisa une longévité assez exceptionnelle. D’autres diront tout ce qu’il a donné dans Mozart, Schubert, Wagner, Schumann et bien sûr Bach et Haendel.

De Peter Schreier je retiens aussi, et peut-être d’abord, le chef d’orchestre qui m’a en grande partie ouvert l’univers des oratorios, messes et cantates de Bach

Le souffle qui parcourt la Messe en si, la Passion selon Saint Jean, et nombre de cantates, continue de m’impressionner et m’émouvoir comme au premier jour.

Tout comme son Requiem de Mozart.

Hommage à un maître qui a fait de la tradition dont il s’est nourri une force vive, irrésistible.

Les beaux jours

Je ne vis pas dans le passé, ni la nostalgie d’un temps que le souvenir embellirait. Mais j’aime parfois à me remémorer les jours heureux, pour y retrouver des permanences qui inspirent l’aujourd’hui et le demain, vérifier que le chemin parcouru n’était pas si mal choisi, que les idéaux d’hier ont tracé leur sillon.

Il y a neuf ans, nous avions célébré les 50 ans d’une phalange à laquelle j’ai consacré quinze années de passion professionnelle, l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Je classais ces jours-ci des partitions que je n’avais pas encore eu le temps de ranger depuis mon déménagement de la Cité ardente il y a cinq ans.

J’ai retrouvé l’une d’elles avec une émotion particulière : la Symphonie en trois mouvements que nous avions commandée à Pierre Bartholomée, qu’il allait créer le 7 décembre 2010 à la tête de l’orchestre dont il avait été le directeur musical de 1977 à 1999, et qu’il a eu la délicate attention de me dédicacer. 

J’ai voulu retrouver la trace de ce moment particulier de l’histoire de la phalange belge. L’excellent film réalisé par Laurent Stine – L’accord parfait – est disponible en quatre parties. C’est l’occasion d’y revivre nombre de moments forts – Pierre Bartholomée de retour devant « son » orchestre.

Louis Langrée, Pascal Rophé, tant de visages familiers de musiciens…

et dans ce deuxième « épisode », outre Pierre Bartholomée, un autre personnage considérable, le compositeur Philippe Boesmans, qui évoque le concerto pour violon qu’il écrivit en 1980 pour Richard Piéta et l’orchestre de Liège

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ainsi que le Capriccio pour deux pianos, une commande de l’OPRL, qu’il terminait d’écrire pour les soeurs Labèque. Les trois oeuvres concertantes que Philippe Boesmans a écrites pour l’OPRL ont été enregistrées tout récemment, un disque salué par la critique unanime à sa sortie.

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Au hasard de ce documentaire, répondant à des questions sur l’orchestre, son répertoire, la musique contemporaine, le public, l’accès à la musique classique, j’exprimais un point de vue, des convictions, je relatais une expérience, qui n’ont, je le crois, rien perdu de leur force ni de leur actualité.

 

Cadeaux de Noël

Je suis, au choix, ou resté un enfant ou devenu un vieux ronchon, mais je ne supporte plus la marchandisation, qui me paraît chaque année plus accentuée, de la fête de Noël. Début novembre, le rayon « décos de Noël » était déjà installé chez mon pépiniériste, et à la mi-novembre, la plupart des villes étaient déjà « enguirlandées » !

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IMG_7353(Place de la Comédie à Montpellier)

J’aime me rappeler que, dans ma famille – avant le sinistre hiver 1972 (Dernière demeure)  le sapin de Noël et la crèche n’étaient installés, décorés, qu’au tout dernier moment, pour la veillée du 24 décembre, et que mes soeurs et moi les découvrions émerveillés, avec l’odeur des bougies et un disque de Christmas carols sur l’électrophone du salon.

Mais c’était il y a longtemps…

À un ami qui m’interrogeait il y a une semaine sur mes courses de Noël, je répondis que, comme chaque année, j’avais refusé de me prêter à cette course à la surconsommation dans des magasins bondés, et que je trouverais en temps utile les petits cadeaux qui feraient plaisir à mes proches.

Ce que j’ai fait avec un peu d’anticipation ce samedi pour mes petits-enfants, qui avaient émis le voeu – par écrit ! – d’assister à une représentation du Lac des cygnes.

Billets réservés depuis quelques semaines, au prix (très) fort – les organisateurs de spectacles de fin d’année « pour enfants » savent très bien comment plumer les parents et grands-parents ! – pour un spectacle décevant.

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Mon premier Lac des cygnes au théâtre Mogador à Paris est présenté comme « un spectacle conté et dansé en deux actes de 40 minutes entrecoupés par un entracte, où l’histoire du « Lac des Cygnes » a été simplifiée pour devenir accessible aux plus jeunes.
Il est interprété par une troupe de danseurs professionnels emmenée par Karl Paquette, ancien danseur étoile de l’Opéra National de Paris. » 

Spectacle conté ? En voix off (!!) le comédien-français Clément Hervieu-Léger fait une très brève introduction au début de chaque partie, sans aucune explication du déroulement de l’histoire et des scènes qui vont se succéder. Ma petite-fille, 4 ans et demi, qui, elle, connaît par coeur l’histoire du Lac des cygnes, faisait remarquer qu’on s’était moqué de nous !

Quant aux danseuses et danseurs, emmenés par Karl Paquette, danseur étoile tout frais retraité de l’Opéra de Paris, on ne peut pas dire qu’ils se signalaient par leurs qualités d’ensemble et leur homogénéité. Je ne sais ce que l’ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris qui était dans la salle en a pensé…

IMG_7672Pour oublier ce Lac médiocre, nous nous en fûmes découvrir les Champs-Elysées (question du garçon « Il n’y a pas de gilets jaunes aujourd’hui? » « Ils font grève? »).

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Alors quid des cadeaux de Noël cette année ?

Je veux d’abord signaler l’initiative du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui met en vente dès maintenant des places – les meilleures ! – pour deux des événements  lyriques de son édition 2020, via le site de la FNAC (les billets sont donc accessibles partout !).

D’abord Fedora, l’opéra de Giordano, en version de concert, le 17 juillet 2020, qui marquera le retour à Montpellier de Sonya Yoncheva et de son mari, le chef Domingo Hindoyan (billets en vente ici)

I-FRFM-2016-309(Domingo Hindoyan et Sonya Yoncheva en juillet 2017 à Montpellier après Siberia de Giordano)

Et comme c’est la spécialité du festival depuis l’origine, une résurrection, l’un des derniers ouvrages de Massenet, son opéra Bacchus (1909), le 25 juillet 2020, sous la houlette de Michael Schonwandt, avec, en tête de distribution, Catherine Hunold et Jean-François Borras (billets en vente ici)

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Si vous êtes encore en panne d’idées, quelques conseils de livres ou de disques qui ne devraient pas décevoir…

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Ils sont de retour. Encore mieux habillés, encore plus déconnectés. Mais attention : «  Tu crois que je suis à côté de la plaque mais ce n’est pas toi qui décides où est la plaque  »  ! Les poètes du hors-sol. Les timbrés du premier rang des défilés de mode. Tout un monde souvent parisien, toujours à la pointe, jamais épuisés. Loïc Prigent revient avec le dernier bulletin de santé de ses petits camarades du monde de la mode. 

On avait adoré le précédent opuscule, dont Catherine Deneuve avait donné un savoureux aperçu sur scène.

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Deux ans après sa mort, on lira avec gourmandise le portrait nuancé, fourmillant d’anecdotes, que Sophie des Déserts avait dressé de Jean d’Ormesson. Qui vient de paraître en poche.

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Pendant près de trois ans, « le dernier roi soleil » ouvre ses portes à la journaliste Sophie des Déserts. Elle s’approche. Il s’habitue. Ils s’apprivoisent. Une amitié
se noue, dans la vérité des derniers temps. Sophie des Déserts voit aussi ses amis, son majordome, sa famille, les femmes de sa vie. Avec l’approbation de
« Jean », tous lui parlent. Se livrent. Racontent. Ainsi apparaît Jean d’Ormesson, dans toutes ses facettes, au fil de ces pages lumineuses et sombres parfois,
piquantes, drôles, tendres, où se révèle enfin l’homme.

On se précipitera aussi sur le dernier Plantu.

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On reste fidèle à Blake et Mortimer et à leurs dernières aventures :

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Quant à offrir de la musique, deux propositions qui sortent des sentiers battus.

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Le Point du 19 décembre fait, sous la plume du vétéran André Tubeuf, l’éloge d’un musicien de 23 ans, Valentin Tournet, « beau et grand garçon, d’un blond tirant sur le roux, qui déjà, de sa taille (1m94) domine le champ de bataille où son arrivée fait quelque bruit ». Laurent Brunner lui a ouvert grand l’opéra et la chapelle de Versailles, et ça donne un premier disque enthousiasmant !

Avant que le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven ne déferle sur 2020, empressez-vous d’acquérir ou d’offrir la moins chère (env. 20 €) des intégrales des symphonies du maître de Bonn, due au plus méconnu des grands chefs est-allemands du XXème siècle, Herbert Kegel.

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Le pianiste oublié

Le pianiste américain Abbey Simon est mort le 18 décembre à Genève, à quelques jours de son centième anniversaire.

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Les hasards de la composition d’un jury m’avaient permis de le rencontrer, il y a une trentaine d’années. Nous siégions au jury du Concours de Genève. J’avais été frappé d’abord par son look et son allure d’acteur américain, par son exquise courtoisie. Je le connaissais de nom et par quelques-uns de ses disques, pour la plupart publiés chez Vox.

Il m’avait expliqué qu’il était de la même génération, de la même race (si j’ose encore utiliser ce mot !) qu’un autre pianiste américain dont il était très proche, Julius Katchen. Je voyais, à ses réactions face aux jeunes concurrents, qu’il détestait les effets de manche, les techniques approximatives, le non-respect du style de l’oeuvre jouée. Il ne manquait pas d’en appeler à l’exemple de Rachmaninov ou de son maitre Josef Hofman.

A la question que je lui avais posée de savoir pourquoi il ne jouait jamais en Europe, en France en tout cas, alors qu’il résidait une partie de l’année à Genève, il m’avait dit qu’il n’avait jamais cherché à « se faire de la publicité »…

Heureusement, la discographie d’Abbey Simon est abondante et de très haute qualité. Et facilement accessible sur les sites de téléchargement. Ses Chopin, Ravel, Rachmaninov sont d’éloquents témoignages de cette « école » américaine de piano qui privilégie une technique à toute épreuve au service exclusif du texte, une rigueur stylistique parfois accentuée, comme dans ces disques, par une prise de son qui confine à la sécheresse.

 

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Philippe Cassard écrivait hier sur sa page Facebook :

« Il devait avoir 100 ans le 8 janvier prochain, mais il vient de nous quitter. J’avais prévu, pour fêter ce rare anniversaire, une émission de Portraits de famille le 11 janvier : cela prendra donc la forme d’un hommage. ABBEY SIMON, ce grand pianiste américain, quasiment inconnu sous nos latitudes, avait été formé par le légendaire Josef Hofman, et incarnait, un peu à la manière de Byron Janis, Gary Graffmann, Earl Wild, Agustin Anievas, William Kappell, le « virtuose américain » par excellence, avec les précautions à prendre en employant cette expression-cliché. C’était un de mes préférés. Il magnifiait, de son jeu aristocratique, Liszt, Chopin et Rachmaninov. Mais quel poète aussi dans la musique française et quel leçon de style dans Mozart et Beethoven ! »

On écoutera donc avec beaucoup d’intérêt ce portrait-hommage sur France Musique le 11 janvier prochain.

 

Vingt ans après

Il y a vingt ans commençait pour moi une aventure qui allait en durer quinze : Liège à l’unanimité.

J’aurais pu raconter mes premières semaines à Liège, mon installation dans un petit appartement, près du pont de Fragnée, en face de l’église Saint-Vincent, un automne qui fut particulièrement gris et pluvieux, dans une vie et une ville où la solitude était ma compagne la plus régulière.

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À la fin de ce premier trimestre en terre wallone, la très bonne surprise allait venir de l’Opéra royal de Wallonie et de son directeur de l’époque, Jean-Louis Grinda (aujourd’hui grand maître de l’opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange). Pour la première – mais pas la dernière ! – fois, l’ami Grinda se lançait dans la mise en scène d’un musical si connu, si célèbre – le film de Stanley Donen (1952) Singin’ in the rain ayant fixé pour toujours dans les mémoires l’histoire du difficile passage du cinéma muet au cinéma parlant.

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Et ce fut, d’emblée, une totale réussite. Rien qu’en décembre 1999, je vis trois fois le spectacle, toute ma famille m’ayant rejoint à Liège. C’est à ce moment-là que je tombai « en amour » de celle qui incarnait Kathy Selden, Isabelle Georges.

Jean-Louis Grinda rappelait, il y a quelques jours, le trac qui l’avait saisi au moment de la première de ce spectacle dans « son » opéra. Le succès serait total, tel d’ailleurs qu’un an plus tard il allait être repris en 2000 à Paris, au théâtre de la Porte Saint-Martin et qu’il obtiendrait le Molière du meilleur spectacle musical en 2001.

Vingt ans après, je n’ai rien oublié de l’émerveillement qui avait saisi les miens et moi devant un spectacle qui ne cherchait pas à se distinguer du modèle, mais qui, au contraire, faisait un merveilleux écho à un film culte.

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Les mots justes

Mon amour des mots, des langues, n’est pas récent. Plus d’une chronique en témoigne (Académique, Hautes figures, Le lièvre au pays des malices…).

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L’un des derniers-nés de la collection Le goût des mots est tout sauf l’oeuvre d’un redresseur de torts, contrairement à ce que le titre pourrait suggérer.

« Le langage exact reste la condition nécessaire d’une pensée claire. Les mots sont des outils de précision, utilisez-les à bon escient, veillez à leur sens, à leurs différences, à leurs distinctions subtiles. Ne soyez ni puriste, ni laxiste, soyez exact » (Alfred Gilder)

En quatorze chapitres, l’auteur ne rate aucun de nos tics de langage, mots employés de travers, locutions creuses et verbeuses, clichés pénibles, néologismes malvenus, barbarismes, pléonasmes, oxymores incongrus, tournures ambiguës, contresens. mais toujours avec un humour ravageur, et finalement bienveillant.

Pris au hasard, en ces temps de grève des transports publics et de bouchons monstres :  » « Trafic ou circulation ?

Les automobilistes ne sont pas des trafiquants, ni la circulation automobile une activité illégale. Aussi est-ce une drôle d’idée d’avoir, au milieu du XIXème siècle, emprunté à l’anglais traffic le sens de « mouvement général des trains » puis de « circulation des véhicules ».

Trafic voulait d’abord dire « négoce, commerce », puis il signifia, en mauvaise part, profit qu’on tire de certaines choses, commerce clandestin, immoral, illicite : trafic d’esclaces, d’armes, de drogues.

Pour désigner le mouvement des voitures, des trains, des bateaux, des avions, c’est bien le mot circulation qui s’impose »

 

Mouvement contraire

J’évoquais avant-hier le Théâtre des Champs-Elysées (Le Théâtre lumière). Il en est question, et pas qu’un peu, dans un ouvrage qui n’a pas grand chance de devenir un bestseller.

Le nom, le titre ne disent plus rien à personne, hormis quelques mélomanes avertis, et la couverture n’est pas la plus affriolante qui soit. Un sobre sous-titre se contente d’annoncer la couleur : Souvenirs d’un musicien.. 

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Et pourtant, ce Mouvement contraire passionne dès les premières lignes. L’auteur en est Désiré-Emile Inghelbrecht, que ceux qui le fréquentaient appelaient familièrement Inghel. 

D.-E. Inghelbrecht (1880-1965), grand-père belge, mère anglaise, père musicien dans l’orchestre de l’Opéra de Paris, est non pas « le plus grand chef français de sa génération« , comme l’annonce présomptueusement l’éditeur – il y en eut quand même quelques autres d’aussi importants, Munch, Monteux par exemple ! – mais son rôle dans la vie musicale française de l’entre-deux-guerres est capital !

Ce sont ses Mémoires, publiés en 1947 et depuis longtemps introuvables, que les éditions de la Coopérative ont eu la très bonne idée de rééditer.

Ce Mouvement contraire est non seulement un document de premier plan sur la vie artistique en France durant la première moitié du vingtième siècle, mais un texte d’une grande qualité d’écriture et d’un très haut niveau de réflexion. Le titre en désigne d’emblée l’originalité formelle : le musicien raconte sa vie à rebours, en partant du présent et en remontant vers sa jeunesse. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci lui apparaît comme ayant coïncidé avec un âge d’or de la musique française. Ami intime de Claude Debussy, familier d’autres grands compositeurs comme Maurice Ravel, Inghelbrecht offre un témoignage humain essentiel sur cette période où sa carrière le conduit à participer à la renaissance de la salle Pleyel, à l’aventure du Théâtre des Champs Élysées (il est le premier titulaire du pupitre à l’ouverture de celui-ci en 1913), aux vicissitudes de l’Opéra-Comique, au renouveau ou à la création de grands orchestres français (c’est à Inghelbrecht qu’on doit la fondation, en 1934, de l’orchestre national de la radiodiffusion française, aujourd’hui Orchestre National de France).

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La vie personnelle d’Inghelbrecht fait de lui le témoin privilégié de toute la vie artistique de son temps : il est notamment le gendre du grand peintre et affichiste suisse Steinlen (1859-1923, universellement connu comme le peintre des chats), et l’époux de la danseuse-étoile et chorégraphe suédoise Carina Ari (1897-1970).

Ces Mémoires révèlent un véritable écrivain plein d’humour, capable de brosser des portraits tour à tour tendres ou cruels de ses contemporains, ainsi que de certaines figures politiques qu’il a côtoyées.

Son legs discographique est considérable, mais n’a pas bénéficié jusqu’à présent d’une réédition à la hauteur de sa réputation. Le sesquicentenaire de Debussy a certes remis au jour ses versions historiques, notamment son Pelléas

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Je reviendrai sur plusieurs chapitres de ces Mémoires « à l’envers », et des pages savoureuses, par exemple sur le concert inaugural du Théâtre des Champs-Elysées, sa première rencontre avec Debussy, ses démêlés à l’Opéra-Comique, etc.

 

 

 

 

Le théâtre lumière

J’assistais, mercredi soir, au spectacle d’Isabelle Georges, Oh La La, au Théâtre des Champs-Elysées. une reprise très attendue d’un tour de chant donné au Bal Blomet il y a deux ans (Isabelle au Bal), après une soirée il y a un mois au mythique Club 54 de New York.

Que dire de plus que ce qu’on a déjà écrit à propos de cette artiste, qui n’a pas d’équivalent en France, qui tient la scène – très bien entourée certes – comme l’une de ces stars légendaires de Broadway ou du Paris de l’après-guerre.

Le Théâtre des Champs-Elysées est sûrement la salle que j’ai le plus fréquentée à Paris. J’en ai rarement parlé, rarement dit le bonheur renouvelé d’entrer dans ce lieu si chargé d’histoire et de souvenirs, le plaisir de s’asseoir le plus souvent à la corbeille de face, de s’y sentir comme chez soi.

D’y entendre les plus grands interprètes, dans un son qu’on a souvent critiqué pour sa sécheresse, l’étroitesse du cadre de scène, certes un son qui ne pardonne rien aux médiocres, qui radiographie les ensembles qui s’y produisent.

Fierté qui fut la mienne lorsqu’à deux reprises, je pus y amener l’orchestre philharmonique royal de Liège, en 2004 sous la conduite de Louis Langrée, en 2012 pour une soirée exceptionnelle.

Et tant d’autres souvenirs impérissables (le cycle Iberia d’Albeniz sous les doigts aussi athlétiques que poétiques de Rafael Orozco, trop tôt disparu, si souvent l’Orchestre philharmonique de Vienne, la série d’opéras russes sous la conduite de Valery Gergiev au mitan des années 90, etc.), il y aurait plus qu’un ouvrage pour les consigner tous.

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Mercredi soir, dans le couloir des loges des artistes, pourtant si souvent arpenté, je voyais des affiches historiques que j’avais négligé jusqu’alors de remarquer. Et quelles affiches !

Cette annonce d’un récital d’oeuvres de Prokofieff – comme on écrivait alors en français – … par l’auteur ! Le 11 mai 1923.

Ce récital d’oeuvres espagnoles – sans détails – par Arthur Rubinstein (qui souhaitait qu’on orthographiât son prénom : Artur)

Cet anniversaire du Groupe des Six sous l’égide de Jean Cocteau, toujours prompt à s’attribuer les mérites de ses camarades.

Ou bien encore la tournée de l’Opéra de Vienne, faisant étape dans la prestigieuse salle de l’avenue Montaigne.

A l’occasion du centenaire du théâtre a été publié un fascicule, en format carte postale, reprenant 100 affiches de légende du Théâtre des Champs-Elysées.

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Du soleil dans les oreilles

 

 

Parler soleil et cadeaux en ces temps de galère et de colère peut paraître « inapproprié » comme on le disait de  certains comportements présidentiels américains ! Et pourtant, fi de la grisaille et des humeurs mauvaises.

J’ai depuis quelques semaines sur ma table de bureau, là où j’empile les disques « à écouter absolument », traduction : les disques que j’ai achetés sur un coup de coeur et que j’attends d’avoir le temps d’écouter calmement (douce illusion !), un coffret de 10 CD simplement intitulé Napoli.

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La photo de couverture, avant même l’examen du contenu du coffret, a immanquablement fait revenir à ma mémoire les belles journées de l’été 2018 (lire À la mode napolitaine et Sur les traces de Stendhal), les retrouvailles avec cette prodigieuse cité qui vit naître la pizza et l’opéra !

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Loin, très loin d’une compil commerciale, ce coffret est une somme de petites merveilles.

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D’abord deux invitations à découvrir les authentiques musiques des rues de Naples par l’excellent ensemble Accordone, et des mélodies plus contemporaines !

Puis une belle collection de concertos pour violoncelle d’auteurs napolitains, comme Leonardo Leo (1694-1744). Seul défaut de cet enregistrement, l’impression qu’il a été fait dans une salle immense et vide.

La quatrième galette donne à entendre un compositeur – napolitain bien sûr ! -, Nicola Fiorenza (1700-1764) qui m’était inconnu, je dois l’avouer.

On retrouve le violoncelliste Gaetano Nasillo – CD 5 – dans une série de sonates et pièces pour violoncelle.

Puis apparaît la figure du père Scarlatti, Alessandro(1660-1725) et un somptueux bouquet d’oeuvres religieuses, comme ce requiem

Le seul « tube » de ce coffret est inscrit au programme du 7ème CD : le Stabat Mater de Pergolese (1710-1736). Dans la vision/version de Vincent Dumestre et de son Poème harmonique.

Le 8ème CD offre une part moins connue de l’oeuvre de Nicola Porpora (1686-1768), à qui Cecilia Bartoli ou Philippe Jaroussky ont assuré une nouvelle célébrité

Les deux derniers CD célèbrent la mort à la façon napolitaine. Dans ces musiques des ténèbres, la lumière se fait toujours entendre.