Les inattendus (XII) : Maazel et Dvořák

L’écoute aléatoire, un trajet un peu long, et me voici littéralement captivé par le mouvement lent – archiconnu- de l’archiconnue symphonie « du Nouveau monde » de Dvořák, une version transférée sur mon smartphone à partir d’un coffret paru en 2018 pour célébrer l’orchestre de la Tonhalle de Zurich. : Lorin Maazel dirigeait l’orchestre suisse en 2002.

A vrai dire, je n’avais guère prêté attention à cette version quand j’ai reçu ce coffret. Comme je n’avais prêté attention aux rares enregistrements de Dvořák par Lorin Maazel. A tort !

Je comprends maintenant pourquoi ceux qui ont choisi les « live » qui forment ce beau coffret ont retenu la « Nouveau monde » de Lorin Maazel. Souvent on avait l’impression, s’agissant du grand chef américain, disparu le 13 juillet 2004, que sa technique infaillible masquait un manque d’inspiration ou une routine bien huilée, surtout dans les dernières années. Et puis au concert, il pouvait soudain donner toute la mesure d’un talent qui avait particulièrement brillé au début de sa carrière.

(extrait audio : Dvořák Symphonie n°9, largo – Tonhalle Orchester Zürich, dir. Lorin Maazel (live 2002)

La manière dont Maazel conduit ce célèbre Largo, variant sans cesse les accents, les attaques, modifiant imperceptiblement le tempo, obtenant de l’orchestre et de chaque soliste – le cor anglais – des sonorités plus bohémiennes que nature, c’est tout simplement prodigieux, et la marque du très grand chef qu’il pouvait être quand il le voulait.

Du coup, j’ai ressorti de ma discothèque les trois dernières symphonies de Dvořák, que Maazel a gravées à Vienne au tout début des années 80 – ce sont ses seuls enregistrements des 7ème et 8ème symphonies.

On n’a pas ici la spontanéité, l’élan du « live » de 2002, mais quelle maîtrise supérieure des rythmes, des couleurs de l’orchestre (et quel orchestre !), quel respect scrupuleux aussi de la partition, quelle jubilation jamais clinquante ! A réécouter vraiment.

Trouvé sur YouTube un « live » de la Nouveau monde contemporain de l’enregistrement studio, le 29 juillet 1981 au Grosses Festspielhaus de Salzbourg :

Le finale de la 7ème symphonie n’est pas le plus facile à réussir, de l’aveu même d’illustres baguettes.

Sous les pavés la musique (IX) : Karl Böhm et Deutsche Grammophon

J’étais tellement persuadé d’en avoir parlé… que j’ai oublié de le faire.

Après le coffret des enregistrements Philips et Decca (lire Karl Böhm : l’héritage Philips et Decca), c’est au tour de Deutsche Grammophon d’honorer Karl Böhm, quarante ans après sa mort.

Remy Louis ne m’en voudra pas de citer in extenso le papier qu’il consacre aujourd’hui sur Diapason au grand chef disparu en 1981. Il n’y a pas meilleur « böhmologue » sur la planète musique :

« Le quarantième anniversaire de la mort de Karl Böhm (1894-1981) a enfin décidé DG à redonner sa place légitime à l’une de ses grandes signatures, en réunissant dans un son glorieux toutes ses gravures orchestrales de studio (et quelques live), concertos inclus (Guilels et Pollini). Un parcours ouvert (Symphonie no 5, 1953) et refermé (9e, 1980) avec Beethoven. Tous les témoignages parlés (en allemand) sont là aussi. De 1953 à 1980, au Böhm mature succède celui du grand âge, de Berlin à Vienne, avec des retours à Dresde (Schubert, Strauss bien sûr), et l’arrivée tardive du Lon-don Symphony. De la mono à la stéréo digitale, on retrouve ce qui était éparpillé dans les coffrets « Great Recordings 1953-1972 », « The Symphonies » (cycles Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms) et « Late Recordings ». Ajout majeur : l’« intégrale » Mozart (1959-1968) bénéficie d’une édition Blu-ray audio à la présence aérée qui la fait revivre comme jamais.

Berlin et Vienne

Berlin a été l’orchestre principal de Böhm chez DG jusqu’au début des années 1970 car Vienne était d’abord sous contrat Decca. Mais le désir du chef d’enregistrer avec « son » Philharmonique était tel qu’un accord fut trouvé : Haydn (Symphonies nos 88 à 92, Symphonie concertante), les concertos pour vents de Mozart, les intégrales Beethoven et Brahms, les géniales 7e et 8e de Bruckner – assurément deux sommets – incarnent profondément une culture que Böhm – styrien, pas viennois – a entretenue et façonnée à son tour avec exigence ; l’évocation parlée de sa relation avec les Wiener (près de douze minutes, inédites en CD) en est le précieux écho.

On s’en souvient comme si c’était hier : rayonnant du cœur même de la sonorité, cette fluidité et ces mille reflets d’or entendus dans la trilogie mozartienne au Théâtre des Champs-Elysées en 1979. S’en rapprochent les concertos pour cor de Mozart, les Haydn (vraiment uniques, sans prédécesseur ni successeur), la « Pastorale » ou l’ultime 9e de 1980 (étrangement pré-mahlérienne dans ses timbres, ses espaces sonores), le Largo inouï de la « Nouveau Monde », les Wagner sublimés. Cette quintessence imprègne aussi les Tchaïkovski tardifs et extraordinairement épurés du LSO (4e, 5e, et « Pathétique »), ni allemands, ni russes, mais d’ailleurs : un monde en soi, sans descendance.

Comparaisons

Pour avoir joué avec les trois, un musicien de Chicago disait que Solti était d’abord un chef rythmique, Barenboim harmonique, Muti mélodique. Böhm fusionne ces éléments dans un point d’équilibre qui n’est pas ce juste milieu que raillait Schönberg, mais ce seuil où l’œuvre semble réalisée sans effort dans toutes ses potentialités, en écartant tout extrémisme extérieur. Et dans une conscience aiguë du style, doublée de l’accueil libéral des couleurs et de la sonorité de chaque formation.

Rapprocher les prises effectuées avec Berlin, puis Vienne (divers Mozart dont la Symphonie concertante pour vents, 3e et 7e de Beethoven, 5e et 8e de Schubert, 1re et 2e de Brahms… ) est révélateur ; la différence est marquée chez Brahms, impérieux et emporté par de sombres élans à Berlin, plus relaxé à Vienne. Elle vaut aussi pour les deux formidables Vie de héros de Strauss de Dresde et Vienne : on croit d’abord entendre un autre chef, mais…

Sur la question des tempos, nos goûts ont évolué pour le répertoire classique, les premiers Schubert ; mais les siens ne sont-ils pas salvateurs dans un monde hystérisé ? Böhm est à la fois précis, articulé, savamment contrasté et toujours narratif. Sombre avec Berlin, il est lumineux avec Vienne… mais partout clair, intérieurement intense.

Le charme et la joie

Un été indien réchauffe les Mozart de Vienne (les 38e et 39e !), préservant cet élan qui faisait écrire au compositeur André Boucourechliev, chroniquant les Concertos nos 19 et 23 avec Pollini, que le vrai soliste de ce disque était Böhm lui-même. Walter Legge admirait « sa manière si naturelle de faire de la musique, l’aisance suprême avec laquelle il passait d’un tempo à un autre, la chaleur humaine, l’humour, le pathos contenu ». Ajoutons : le charme – les Haydn, les valses de Strauss, les cordes si viennoises de Pierre et le loup !

Pourtant, une dimension plus faustienne sous-tend ses Mozart berlinois, d’une unité surprenante si on songe qu’il n’a jamais dirigé nombre d’entre eux en concert. Il déclarait dans une interview télévisée ne pas croire totalement à la joie chez Mozart – aveu remarquable. Ses lectures sont exemptes de sentimentalisme mais non de tourments, strictes de forme mais nuancées dans le détail, et d’un naturel agogique et d’une plénitude sonore exaltants – ainsi des fabuleuses Sérénades « Haffner » et « Posthorn ». Que d’aucuns, aujourd’hui, n’adhèrent pas à ce son, à cette vision, se comprend, et ne tient pas seulement aux bouleversements stylistiques intervenus depuis sa disparition : du vivant de Böhm, le Mozart de Szell, par exemple, traçait une tout autre voie.

Voilà bien une somme, dont l’écoute ne dissipe jamais, en dépit de son évidence musicale, le mystère que recelait l’homme. Visuels (pas toujours les tout premiers) originaux, brève notice de Richard Osborne (sans traduction française). Regrettons que DG n’ait pas repris l’hommage pénétrant, signé Erik Werba, qui ouvrait l’édition vinyle originale de l’intégrale Mozart. Le pianiste savait ce que Böhm représentait. » (Remy Louis, DiapasonMag).

Mes préférences à moi

Je n’ai rien découvert dans ce coffret, qui a toutefois l’immense avantage de regrouper des parutions jusqu’alors disparates, et d’être richement documenté.

Remy Louis souligne, à juste titre, qu’on peut être décontenancé par la « paisibilité » des Mozart et des Schubert de Böhm, surtout si on a dans l’oreille les Harnoncourt, Gardiner et autres tenants de l’interprétation « historiquement informée ».

Tout admiratif que je sois du chef autrichien, je n’arrive vraiment pas à me faire à ces Mozart sans vie ni ressort (le finale de cette 25ème symphonie !!)

La comparaison avec son aîné d’une dizaine d’années, pourtant réputé pour ses lenteurs, Otto Klemperer, est… édifiante !

En revanche, Haydn réussit plutôt au natif de Styrie, et le bouquet de symphonies (88-92 et 105) qu’il grava avec les timbres fruités de Vienne, figure depuis longtemps dans les favoris de ma discothèque

« La » Première de Brahms

Ce coffret contient, pour moi, « la » version définitive de la Première symphonie de Brahms. Je ne connais pas de finale plus rageur, plus tourmenté, plus contrasté aussi, que celui de Böhm à Berlin en 1959.

Mais toutes les symphonies de Brahms – l’intégrale viennoise – sont de la même eau sous la baguette à la fois si impérieuse et souple de Böhm.

Prokofiev et Saint-Saëns

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer deux raretés de la discographie de Böhm : un fantastique Carnaval des animaux de Saint-Saëns, et ce qu’on pourrait considérer comme la version de référence, pas moins, de Pierre et le Loup de Prokofiev. Avec juste un bémol : le coffret comprend les versions en anglais et en allemand (c’est le propre fils de Karl Böhm, l’acteur Karlheinz, qui en est le récitant) mais omet la version française parue jadis avec Jean Richard !

Johann et Richard Strauss

On sait les affinités électives entre Richard Strauss et Karl Böhm (pour les opéras voir le coffret paru en 2018 : Böhm les opéras Deutsche Grammophon) C’est évident dans les poèmes symphoniques.

De l’autre Strauss, Böhm, outre une Fledermaus d’anthologie avec Gundula Janowitz, n’a gravé qu’un seul disque de valses et polkas. Des modèles, comme ces Roses du Sud de haute école.

Je suis plus circonspect que Remy Louis sur les Tchaikovski gravés à Londres, une Neuvième de Dvorak bien sérieuse.

Mais rien n’est médiocre ni négligeable dans ce beau coffret !

Régime de fête (VI) : aimer, boire et chanter

Un bouquet de voeux ? le titre français de la valse de StraussWein, Weib und Gesang (1869) me va mieux que l’original allemand, il n’impose ni le choix de l’être aimé, ni celui de la boisson !

Cette valse est un marqueur de l’interprétation de ce répertoire, d’abord parce qu’elle comporte une très longue introduction – près de la moitié de la durée de l’oeuvre ! – dont beaucoup de chefs ne savent pas quoi faire, et qu’ils raccourcissent ou suppriment carrément, le plus souvent, ensuite parce que la tendance de nombre de baguettes est à wagnériser, noyer le flot orchestral.

Le seul qui évite tous les pièges de la partition et qui en donne un modèle interprétatif est Willi Boskovsky. Ecoutez comme il avance, accélère même insensiblement, et fait tournoyer les valseurs, à partir de 5′

Le parfait contre-exemple est cet enregistrement de Karajan, tout le début tronqué, et des valses engluées, sans ressort ni rebond. La comparaison est cruelle…

Barenboim 2022

J’ai regardé hier le concert de Nouvel an de Vienne, j’étais plutôt réticent, après l’expérience plutôt désastreuse de l’an passé, et surtout le souvenir très mitigé des précédentes éditions dirigées par le même Daniel Barenboim

J’ai trouvé le chef, pas encore octogénaire, dans une forme physique fragile et – conséquence de cela ? – moins impérieux, moins dans le contrôle permanent. Autre élément surprenant pour les habitués du. chef : la présence des partitions au pupitre, alors qu’il les connaît et dirige toujours par coeur. Comme s’il faisait confiance à ses musiciens, leur lâchait la bride. Et ce fut finalement un concert de Nouvel an beaucoup plus intéressant, vivant, « viennois » que ce que à quoi Barenboim nous avait habitués.

Le contraste est saisissant avec le concert de 2014 – et cette ouverture de Waldmeister maniérée, empesée.

Le concert idéal

J’ai une marotte, je crois l’avoir maintes fois décrite ici (Capitale de la nostalgie), je collectionne les Concerts de Nouvel an, j’ai parfois du mérite ! Aucun, même Carlos Kleiber en 1989 et 1992, n’est parfait de bout en bout.

Je me suis donc amusé, en guise d’étrennes et de voeux de bonne année, à dresser une sorte de concert idéal de Nouvel an, en reprenant le programme d’hier

Journaux du matin (Morgenblätter)

Zubin Mehta en 1995 donne de l’allure et de l’allant à cette valse, où, en 2001 Harnoncourt et plus encore Georges Prêtre en 2010, minaudent, « rubatisent », à en être insupportables.

La Chauve-souris (Die Fledermaus) ouverture

L’ouverture de La Chauve-souris, aussi populaire soit-elle, n’est pas à la portée de toutes les baguettes, et les ratages, même de la part de très grands, sont plus nombreux que les réussites. J’ai été plutôt séduit par ce qu’en a fait Daniel Barenboim hier. Mais de tous les titulaires du podium du Nouvel an viennois, c’est définitivement Carlos Kleiber qui, en 1989, tient la référence.

Ziehrer : Les noctambules / Nachtschwärmer

Pour beaucoup, cette valse chantée… et sifflée de Carl-Michael Ziehrer aura été une découverte. J’ai éprouvé en voyant et en entendant les Wiener Philharmoniker, et surtout en regardant Barenboim comme lointain, hagard, parfois absent, un intense sentiment de nostalgie.

Peu de versions au disque, mais celle-ci qui me permet de signaler ce formidable coffret de l’un des plus grands maîtres de la musique viennoise, Robert Stolz (1880-1975).

Mille et une nuits

Une valse assez souvent programmée le 1er janvier. Evidemment Carlos Kleiber reste le maître, Gustavo Duhamel, en 2017, a encore un peu de chemin à faire pour épouser les sortilèges de cette valse. Mais dans ma discothèque, je reviens finalement assez souvent à un chef, Eugene Ormandy (1899-1985), né Blau-Ormándy Jenő à Budapest.

Musique des sphères

Benoît Duteurtre l’a redit hier, je l’ai souvent écrit ici, Johann Strauss considérait son cadet Josef né en 1827 et mort à 42 ans en 1870, comme « le plus doué » de la famille. La production de Josef Strauß est, par la force des choses, moins abondante que celle de son frère aîné, mais plus riche d’authentiques chefs-d’oeuvre notamment ses valses.

La Musique des sphères, entendue hier, en est un, et particulièrement difficile pour un chef qui voudrait tout contrôler (le meilleur contre-exemple est Christian Thielemann en 2019 !).

Ici, c’est un Karajan malade, au même âge que Barenboim hier (79 ans), qui, un peu à l’instar de son cadet, avait décidé, lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea le 1er janvier 1987, de se laisser porter, d’aimer tout simplement des musiciens qu’il dirigeait depuis si longtemps, et cela donne, comme hier avec Barenboim, la quintessence de la valse viennoise.

Le Danube d’Abbado

Faire un choix dans les centaines de versions du Beau Danube bleu relève de l’impossible. On s’en tiendra donc à une version maintes fois célébrée hier, puisque sortie largement en tête d’un Disques en lice (la défunte tribune de critique de disques de la Radio suisse romande). Sans doute la plus attendue : Claudio Abbado lors du concert du Nouvel an 1988, l’un des deux qu’il dirigea dans les années 80. On ne s’en lasse pas !

Quant à la marche de Radetzky, qu’on finit par ne plus supporter… certains ont critiqué la lenteur du tempo de Barenboim. En l’occurrence, c’est lui qui a raison. Ce n’est pas « cavalerie légère », c’est une marche militaire qu’il faut imaginer à cheval (lire La marche de Radetzky). Harnoncourt en 2001 proposait une « version originale » et marquait les auditeurs justement par la modération de son tempo :

Saint-Saëns #100 : bouquet final

L’Orchestre national de France et son chef Cristian Măcelaru – ainsi que le Choeur de Radio France – ont bien fait les choses pour commémorer le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns : ce soir à 20h à l’auditorium de Radio France, en direct sur France Musique, ils donnent du très connu – la Troisième symphonie avec orgue – Olivier Latry étant à la console des grandes orgues de l’auditorium – et de l’inconnu, le Requiem, composé en huit jours à Berne , dédié à un généreux donateur, Albert Libon, et créé le 22 mai 1878 à l’église Saint-Sulpice de Paris.

Pour notre part, nous allons clore ici une série commencée en septembre dernier (Saint-Saëns #100) avec quelques pépites discographiques (qui s’ajoutent à toutes celles qu’on a dénombrées dans les articles précédents !)

Avec ou sans S ?

Mais d’abord une interrogation musicologique et linguistique de la plus haute importance : faut-il ou non prononcer le « s » final du nom Saint-Saëns ? Aujourd’hui tout le monde prononce « sens », et pas « cent ». Pourtant le propre père de Camille tenait, semble-t-il, à ce qu’on ne prononçât point cette finale. À cause de l’histoire !

La très jolie petite ville normande de Saint-Saëns, aujourd’hui située en Seine-Maritime, doit son nom au moine irlandais Saen (en gaélique ancien, il correspond au prénom « Jean ») qui, vers l’an 675, fonda un monastère sur les rives de la Varenne, en lisière de la forêt d’Eawy, d’où naquit le bourg qui porte depuis son nom. Le « S » final est une adjonction récente apparue au XVIIème siècle. Et malgré ladite adjonction, jusqu’au XIXème siècle, on a continué de dire « cent », et non « sens ».

Le Carnaval de Karl B.

Pour être inattendue, cette version n’en est pas moins ma préférée, et Dieu sait s’il y a d’excellentes versions du Carnaval des animaux.

Oui Karl Böhm lui-même n’a pas craint d’enregistrer avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, la version de référence de cette plaisanterie musicale, de même qu’un fantastique Pierre et le Loup de Prokofiev.

Le récitant de la version française est Jean Richard.

Dans la monumentale réédition des enregistrements symphoniques de Karl Böhm chez Deutsche Grammophon, on a laissé deux versions, en anglais, et en allemand – c’est le fils du chef d’orchestre, l’acteur Karlheinz Böhm (1928-2014), qui en est le récitant. Mais pas de version française, ou, ce qui eût été infiniment préférable, SANS récitant !

Du violoncelle à la trompette

J’ai encore un souvenir merveilleux de ma rencontre avec le trompettiste russe prodige Sergei Nakariakov – 44 ans aujourd’hui ! -. J’avais ses disques, je savais qu’il était fabuleusement doué, mais je ne l’avais jamais entendu en concert jusqu’à ces jours d’août 2008 où il avait été pressenti par les organisateurs locaux de la tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud. Il devait jouer une fois à Rio de Janeiro, une autre fois à Rosario, la troisième ville d’Argentine au nord-ouest de Buenos Aires. Nous fîmes route ensemble de Buenos Aires à Rosario – où il devait jouer le concerto pour trompette de Hummel, un grand classique – mais Sergei ne me parla que musique contemporaine, création, nouveaux répertoires. C’est au cours de ce trajet qu’il me fit entendre un extrait d’une oeuvre nouvelle, à lui dédiée, Ad Absurdum de Jörg Widmann. Je décidai de la programmer dès que possible à Liège, j’en parlai à François-Xavier Roth qui devait prendre la direction musicale de l’orchestre à l’automne 2009, et Nakariakov offrit aux publics de Liège et Bruxelles une version… soufflante de ce petit chef-d’oeuvre du surdoué Jörg Widmann.

Mais Sergei me parla aussi beaucoup de ses transcriptions d’oeuvres, de concertos écrits pour d’autres instruments. Dans le coffret anthologie publié par Warner (lire L’indispensable anthologie), il y a une version aussi réussie qu’inattendue du 1er concerto pour violoncelle de Saint-Saëns, mais aussi joué à la trompette !

Transcriptions

Le grand pianiste américain Earl Wild (1915-2010), outre ses dons de virtuose, était un transcripteur forcené. C’est à lui qu’on doit par exemple cette version pour le piano du poème symphonique Le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns

J’en profite pour signaler une version peu connue du très connu Deuxième concerto pour piano due à Earl Wild :

Valses

Etonnamment, le virtuose qu’était Saint-Saëns a relativement peu écrit pour le piano solo, et pas de pièces d’importance. Il est d’autant plus émouvant de le retrouver jouant sa Valse mignonne, filmé par Sacha Guitry en 1914 (Saint-Saëns avait encore de sacrés doigts sept ans avant sa mort !)

Bertrand Chamayou donne la référence moderne de la Valse nonchalante

Une valse gaie ? La voici sous les doigts de François-René Duchâble (un enregistrement qu’on a retrouvé avec bonheur dans l’anthologie Warner)

La quarantaine rugissante

Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.

Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)

Voir tous les détails du coffret ici : Muti l’intégrale symphonique

Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.

Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.

Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement

La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…

J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…

Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !

Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)

Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !

Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?

* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !

Printemps qui commence

#Confinement3 COVID-XIX

J’ai décidé de m’abstenir de commentaires – ici et sur les réseaux sociaux – sur les épisodes successifs de la crise sanitaire. D’abord parce que ça ne sert à rien, le virus et ses mutations se déjouant de nos analyses et pronostics.

Juste deux choses qui relèvent de la politique gouvernementale :

  1. Si l’on nous dit – une évidence – que seule la vaccination massive et rapide nous sortira d’affaire, il faut cesser de promettre, et suivre, en France, l’exemple de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis qui ont été et sont encore capables de performances record en matière de vaccination. Aujourd’hui encore, il est impossible de prendre rendez-vous dans un centre de vaccination ou chez un médecin ou pharmacien !
  2. La bureaucratie/technocratie a encore donné un bel exemple de ce qu’elle est capable d’engendrer avec les autorisations administratives (jusqu’à 15 « motifs » !) qu’elle avait pondues pour les régions reconfinées, jusqu’à ce que Matignon rétro-pédale dans la journée d’hier. Sans d’ailleurs que les choses soient beaucoup plus claires pour les pauvres citoyens que nous sommes !

Et comme il faut toujours sourire, j’ai décidé de nommer désormais le virus COVID-XIX, après que des musées parisiens se sont signalés – avant de se déjuger eux aussi – pour avoir voulu bannir les chiffres romains (Louis 14 a ainsi régné au 17ème siècle !) : Les chiffres romains ne sont pas bannis au Musée Carnavalet.

Le marronnier du printemps

Un peu facile de faire un billet sur le printemps – c’est ce qu’on appelle un marronnier chez les journalistes – même si je ne me lasse pas – reconfinement oblige ! – de revisiter ma discothèque.

Comme cet air de Samson et DalilaPrintemps qui commence – par celle dont le nom et la voix restent à jamais attachés à ce personnage de Saint-Saëns, Rita Gorr

J’ai profité hier d’une très belle journée, un peu fraîche, pour parcourir la si joliment nommée Promenade de la Ramponne qui relie deux beaux villages du Vexin français, Labbeville et Vallangoujard.

Quel bonheur simple et toujours aussi bienfaisant que d’entendre ce concert d’oiseaux :

J’ai entendu très brièvement un coucou – que je n’ai pas capté sur cette courte vidéo – et pensé évidemment à cette pièce pastorale de Frederic Delius : On hearing the first cuckoo in Spring

Puisqu’on a rendu hommage à James Levine (lire Une vie pour la musique) disparu le 17 mars, signalons les deux versions que le chef américain a gravées de la première symphonie de Schumann « le printemps », d’abord à Philadelphie, puis à Berlin.

L’une des oeuvres les moins connues de Rachmaninov est sa cantate pour baryton, choeur et orchestre, Printemps, qui date de 1902 sur un poème de Nekrassov

Je n’ai jamais pu m’empêcher, écoutant le premier mouvement de la Première symphonie de Mahler, d’y entendre l’éveil de la nature… au printemps ! Surtout dans une version que je place au tout premier rang de mes (p)références, Paul Kletzki dirigeant l’orchestre philharmonique de Vienne en 1961

Incontournables de ma discothèque, les Voix du printemps évoquées par Johann Strauss, dans deux indépassables versions viennoises, la chantée par Hilde Gueden (et Josef Krips) et l’orchestrale dirigée par Carlos Kleiber lors du concert de Nouvel an 1989

Comment ne pas évoquer les Quatre saisons de Buenos Aires / Las Cuatro Estaciones Porteñas d’Astor Piazzolla – dont on a célébré le centenaire de la naissance le 11 mars dernier – :

ou encore Le chant de l’alouette, la troisième (Mars) des douze pièces pour piano de Tchaikovski intitulées Les Saisons, ici sous les doigts du pianiste américain Van Cliburn (1934-2013), qui avait fait sensation en remportant, en pleine guerre froide, le concours Tchaikovski de Moscou en 1958

Dans la suite des rééditions du legs discographique de Claudio Abbado chez Deutsche Grammophon, on signale ce coffret tout récent (sur lequel on reviendra)

Et dans ce coffret une version, à laquelle je n’avais jamais prêté attention, et qui vaut pourtant plus qu’une écoute distraite, d’abord en raison de son soliste, Gidon Kremer, des Quatre saisons de Vivaldi

Un lecteur attentif me rappelle que le grand violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a très exactement cent ans, le 21 mars 1921. Une imposante réédition de ses enregistrements pour Philips est prévue pour bientôt. On reparlera de Grumiaux à cette occasion. Promis !

Les classiques de Gainsbourg

Eh oui ! Serge Gainsbourg, mort il y a trente ans, le 2 mars 1991, était un emprunteur. Il n’a jamais renié son amour de la musique classique (« J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc j’emprunte »), ni a fortiori les sources d’inspiration de plusieurs de ses chansons (une vingtaine au moins).

Il en parle dans le beau documentaire – Gainsbourg, toute une vie – diffusé vendredi dernier sur France 3 (qu’on peut encore revoir sur france.tv).

Max Dozolme en parlait ce matin sur France Musique : Gainsbourg au piano avec Chopin.

Nous l’avions illustré à Liège, lors d’une fête de la musique mémorable, en 2009 (lire l’article de Sylvain Rouvroy sur ResMusica : Salut Gainsbourg !) : dans la même soirée, une quinzaine de chanteurs s’étaient succédé sur la scène de la Salle Philharmonique de Liège, puis l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avait joué cinq extraits « classiques ».

Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des « emprunts » classiques de Gainsbourg, mais plutôt souligner les moins connus ou les plus originaux.

  1. Poupée beethovénienne

La plus célèbre des chansons de Gainsbourg pour France Gall, Poupée de cire, Poupée de son (1965)

a un furieux air de parenté avec l’un des thèmes du dernier mouvement de la 1ère sonate pour piano de Beethoven. La preuve : écouter Daniel Barenboim à 0’38

2. My Lady sur un marché persan

Gainsbourg, pour son sulfureux Lady Heroïne, va chercher une mélodie chez le Britannique Albert Ketelbey (1875-1959), auteur à succès de musiques « exotiques », comme Sur un marché persan à écouter à partir de 1’45 »

3. La chanson perdue de Solveig

Enregistrée en concert, dans la ville natale de Grieg, par l’excellent orchestre de Bergen et son excellent chef Edward Gardner, la chanson de Solveig, faisant partie de la musique de scène de Peer Gynt, est à entendre à 14’50.

4. Jane et Frédéric

Chopin a inspiré plusieurs des mélodies de Gainsbourg, et pas nécessairement les pièces les plus connues. Ainsi le 4ème des Préludes op.28, si mélancolique, donne Jane B. en 1969

5. La Tristesse de Charlotte

Lemon Incest s’inspire directement de la plus célèbre des Etudes de Chopin, la 3ème de l’opus 10, surnommée « Tristesse »

6. Chopin dépressif

Toujours Chopin dans Dépression au-dessus du jardin

Cette fois c’est la 9ème des études de l’opus 10 qui est convoquée. Ici sous les doigts inimitablement poétiques d’Artur Rubinstein

7.8. Son Nouveau Monde

Gainsbourg utilise, à deux reprises, des thèmes de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau monde » de Dvorak.

Le moins évident des emprunts – dans le 4ème mouvement de la symphonie – se trouve dans le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) et la chanson Requiem pour un con que Gainsbourg chante et joue devant Jean Gabin

à partir de 0’22 »

Pas non plus immédiate la référence au Nouveau monde dans Initials BB

on repère l’emprunt à 4’45 »

9. Lou Appassionnata

Le rapport entre cette chanson et Beethoven ? Pas évident du tout. Mais Gainsbourg qui connaissait ses classiques trouve le thème du refrain de cette chanson dans l’un des thèmes de la sonate n°23 dite « Appassionata » de Beethoven…

Et pour finir cette liste non limitative, le plus célèbre des emprunts gainsbourgiens à la musique classique :

Brahms et le charme mélancolique du troisième mouvement de sa 3ème symphonie ne pouvaient pas ne pas séduire Gainsbourg.

J’ai pour cette intégrale viennoise de John Barbirolli une tendresse toute particulière, même s’il y a bien des versions plus idiomatiques (lire Barbirolli le Viennois)

Les raretés du confinement (VI) : Nouvel an, Nouveau monde

La culture et le sport restent confinés… jusqu’à nouvel ordre. C’est en substance ce qu’a annoncé le gouvernement jeudi dernier. Et pourtant on continue à y croire, on espère que, le vaccin aidant, on finira par sortir du cauchemar…

30 décembre 2020 : Dean Martin

Lorsqu’elle est morte (à 97 ans!) en mai 2019, j’avais consacré tout un billet à Doris Day, Doris Day que je qualifiais de « crooner » au féminin. Son pendant masculin, LE crooner par excellence, est pour moi Dean Martin (1917-1995), jamais égalé, une voix inimitable de charme, de chaleur et de velours. Il passait pour être ivre en permanence sur scène, dans cet extrait de 1965 il en plaisante lui-même. Il chante Everybody Loves Somebody Sometime, une chanson de 1953, gravée sur sa tombe. On ne disait pas alors « chanson à message » et pourtant…

31 décembre 2020 : Armin Jordan à Liège

De 2001 à 2006 (trois mois avant sa mort), le grand chef suisse Armin Jordan (lire Etat de grâce) vint chaque année diriger l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège, souvent deux programmes différents (avec des solistes comme Emmanuel Pahud, Sophie Karthäuser, Martha Argerich…).En 2005 il dirigeait le rare ballet de Paul Dukas (1865-1935), La Péri (1910) dont on ne connaît le plus souvent que la fanfare introductive. Armin Jordan a enregistré La Péri avec l’ OSR – Orchestre de la Suisse Romande pour Erato – Warner Classics France.

1er janvier 2021 : Le Danube chanté

En attendant le tube du traditionnel concert du Nouvel an, joué une fois de plus dans sa seule version orchestrale, l’histoire vraie d’une valse d’abord conçue pour un choeur d’hommes ! Le compositeur Johann von Herbeck (directeur du prestigieux Wiener Männergesang-Verein, importante chorale masculine de Vienne d’environ 130 membres) demande vers 1865 à Johann Strauss fils (alors âgé de 42 ans) de composer une nouvelle « valse chorale vivante et joyeuse » pour leur festival d’été Sommer-Liedertafel. Cette œuvre est inspirée à Strauss par un voyage sur le Danube. L’auteur-poète-parodiste de la chorale Josef Weyl (ami d’enfance du compositeur) écrit les premières versions de paroles qui traitent par la dérision la défaite militaire historique de la Maison d’Autriche à la guerre austro-prussienne de 1866 (qui met fin à sa suprématie historique sur la confédération germanique par le traité de Prague (1866), au détriment des prémisses de l’Empire allemand de 1871 du chancelier prussien-allemand Otto von Bismarck). Les membres indignés de la chorale s’offusquent des paroles. La première représentation publique du Wiener Männergesang-Verein a lieu le 13 février 1867 à l’établissement thermal Dianabad sur le canal du Danube à Vienne, avec un important succès enthousiaste et retentissant (mais le texte de Weyl produit de vives critiques, indignations et offuscations du public viennois autrichien)L’interprétation par Strauss de la version orchestrale symphonique féerique définitive de son œuvre (sans paroles) à Paris lors de l’Exposition universelle de 1867 est un triomphe majeur international, avec plus de 20 rappels, et plus d’un million de partitions vendues dans le monde. Le texte définitif (rarement interprété depuis) est écrit en 1890 par l’auteur-compositeur Franz von Gernerth sur la thème du poème symphonique actuel « Danube si bleu, si beau et si bleu, vous tourbillonnez calmement à travers la vallée et les prairies, notre Vienne vous salue, votre ruban d’argent lie le pays à la terre, et les cœurs heureux battent sur votre belle plage… ».En 1975, Willi Boskovsky (lire Wiener Blut) dirige la version chantée, qui a été rééditée dans le coffret hommage à l’ancien Konzertmeister et chef des concerts de Nouvel an des Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

2 janvier 2021 : Avec nos meilleurs vieux

Ces vieux qui rajeunissent… et inversement

Il y a des chefs qui ralentissent en vieillissant (cf. le concert de Nouvel an hier avec Riccardo Muti), et d’autres que le grand âge semble ragaillardir. D’autres enfin comme Otto Klemperer qui pouvait passer d’une énergie furieuse à une lenteur sépulcrale. L’enregistrement par Otto Klemperer de la Symphonie n°25 de Mozart en 1956 reste l’une des versions les plus emportées, très « Sturm und Drang » de la discographie de cette oeuvre :

3 janvier 2021 : Cavalerie légère

Contraste complet avec la version bien peu légère de Riccardo Muti, ce 1er janvier 2021, la célèbre ouverture de Franz von Suppé (1819-1895) Leichte Kavallerie / Cavalerie légère a trouvé en Georg Solti (1912-1997) son interprète le plus fougueux à la tête d’un Orchestre philharmonique de Vienne de haute école (enregistré en 1957!)

4 janvier 2021 : Richter en janvier

Tchaikovski compose une suite de douze pièces pour piano (chaque mois de l’année), Les Saisons, entre novembre 1875 et mai 1876. Sviatoslav Richter (1915-1997) est l’un des rares pianistes de son envergure à avoir souvent joué en public et enregistré ces Saisons.

5 janvier 2021 : In memoriam Pierre Boulez

Pierre Boulez cinq ans après

Pierre Boulez est mort le 5 janvier 2016. Son héritage demeure, plus vivant que jamais.J’ai redécouvert ses gravures des symphonies de Mahler. Admirables, magnifiques !

6 janvier 2021 : Pierre Monteux et Dvořák

A priori on n’imagine pas Pierre Monteux (1875-1964) – toujours les clichés – comme un interprète exceptionnel de la Septième symphonie de Dvořák. Et pourtant cet enregistrement de 1959 (Monteux a 84 ans !) est en tête de ma discographie de l’oeuvre. Une poésie, une vitalité, une jubilation magnifiques !

7 janvier 2021 : L’assaut du Capitole

On reste encore abasourdi par ce qu’on a vu, suivi en direct sur franceinfo le 6 au soir :

Après ce qui s’est passé hier à Washington, ce disque, cette oeuvre s’imposent. De William Billings (1746-1800) le père de la musique chorale américaine : Be glad America. Antal Dorati dirige l’Orchestre National de Washington

8 janvier 2021 : Le Nouveau monde

La célèbre Symphonie « du Nouveau monde » est écrite par Antonín Dvořák durant son séjour à New York (1892-1896) et créée le 15 décembre 1893 au Carnegie Hall. L’un des meilleurs interprètes de ce chef-d’oeuvre est, pour moi, le chef allemand Rudolf Kempe (1910-1976) qui en a laissé plusieurs versions extraordinaires au disque, en 1957 avec Berlin (EMI), en 1972 avec le Royal Philharmonic Orchestra. Lire Le Chef du Nouveau monde. Ici un live tout aussi exceptionnel avec le BBC Symphony

9 janvier 2021 : L’Or et l’argent

Le même Rudolf Kempe a laissé les deux plus belles versions de la célèbre valse de Franz Lehar, Gold und Silber/ L’Or et l’argent. D’abord avec l’Orchestre philharmonique de Vienne – c’était, paraît-il, son enregistrement préféré ! puis avec la Staatskapelle de Dresde.

Les raretés du confinement (III)

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé la diffusion d’une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… «

Après les épisodes Les raretés du confinement I et II, voici le troisième (et avant-dernier?) :

23 novembre : Carlo Maria Giulini et Schumann

C’est un Carlo-Maria Giulini dans la force de l’âge – il a 44 ans – qui enregistre pour EMI le 2 juin 1958 ce qui reste pour moi la version de référence de l’ouverture de Manfred – poème dramatique en trois parties de Schumann (1852). Tout y est: la fougue implacable des trois premiers accords, les émois romantiques du héros, tempête et tendresse mêlées, un orchestre qui chante éperdument. Vingt ans plus tard le chef ne retrouvera pas le même élan à Los Angeles pour Deutsche Grammophon.

24 novembre : Armin Jordan, Audrey Michael et Schubert

Schubert: Messe n°6 D 950

Audrey Michael/ Brigitte Balleys/ Aldo Baldin/ Christoph Homberger/ Michel BrodardChoeur de chambre Romand

Orchestre de la Suisse Romande, direction Armin Jordan – Cascavelle/Erato (1987)

Tout est rare dans ce disque : c’est le moins connu de la discographie du très regretté Armin Jordan (1932-2006). La dernière messe de Schubert, sa 6ème, est énigmatique, ce sublime « Et incarnatus est » écrit pour deux ténors et une soprano. Dans la version/vision d’Armin Jordan, la plus fervente, la moins « opératique », de toute la discographie de cette oeuvre, le miracle vient du parfait mélange des voix des ténors Christoph Homberger et Aldo Baldin, mais surtout de la sublime soprano suisse Audrey Michael.

Ce passage me bouleverse à chaque écoute. Je le dédie à mon père, disparu il y a 48 ans, le 6 décembre 1972.

25 novembre : Une formidable Miss Julie

Sur Forumopera, j’écrivais ceci à propos de l’opéra Miss Julie du compositeur anglais William Alwyn ;

J’y ai… entendu, aussi bien dans le traitement de l’orchestre que de la ligne vocale, des réminiscences de Korngold (Miss Julie a vocalement tant en commun avec la Marie de Die tote Stadt !), Schreker, Zemlinsky, tout ce début de XXe siècle viennois. Les rythmes et les langueurs de la valse parcourent tout l’ouvrage, et on soupçonne Alwyn d’avoir un peu abusé de l’accord de septième ! Si l’on ne craignait le cliché, on reconnaîtrait dans cette Miss Julie une écriture très… cinématographique. Alwyn n’a pas oublié son premier métier et manie à la perfection les effets dramatiques, la description des atmosphères

Lire l’article ici : Le confinement de Julie

26 novembre : Maradona et le tango

#Maradona Je lis cette anecdote : « Juillet 1984. Stade San Paolo, à Naples. Les notes d’ El Choclo s’égrènent sur la pelouse, dans les tribunes italiennes. Un homme en a presque les larmes aux yeux. Cette musique l’émeut depuis toujours. Il l’a en lui, ce son. Ce jour-là, El Choclo, un incontournable tango de 1903, est joué en son honneur. En guise de bienvenue. L’homme, c’est Diego Maradona. Le mythique n°10 argentin va faire rêver les supporters du Napoli des années durant… »Je retrouve dans ma discothèque un CD de Stanley Black (1913-2002), compositeur, chef, arrangeur britannique, avec ce célèbre tango, El Choclo. Angel Villoldo l’écrit en 1903, plusieurs versions s’ensuivent, dont une, en 1947, avec des paroles du poète Enrique Carlos Discepolo, que chante Libertad Lamarque dans Le Grand Casino de Luis Buñuel.

27 novembre : un Beethoven tchèque

En 1962, en pleine guerre froide, le pianiste tchèque Ivan Moravec (1930-2015) – voir Beethoven: le piano d’Ivan Moravec– est invité une première fois aux Etats-Unis, où il enregistrera plusieurs disques pour le label Connoisseur Society. En 1963, avec son beau-frère, le chef autrichien d’origine tchèque, Martin Turnovsky (1928-), il grave l’une des plus belles versions du Quatrième concerto de Beethoven avec un orchestre composé de musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

28 novembre : La liberté de la presse

Sibelius: Finlandia (version chantée) extrait de la Musique pour célébrer la presse (1899)

Tandis qu’en France on manifestait aujourd’hui pour la liberté de la presse, on peut rappeler que l’oeuvre la plus célèbre de Jean Sibelius – Finlandia – a fait partie initialement de la Musique pour la célébration de la presse (créée le 3 novembre 1899) pour soutenir la liberté de la presse finlandaise face à l’occupant russe. Au point que, dans ses diverses versions, Finlandia est devenue comme un second hymne national. Ici une version moins souvent donnée que la version purement orchestrale, arrangée par Sibelius lui-même en 1938 pour choeur d’hommes et orchestre, puis le 7 décembre 1940 pour choeur mixte.

29 novembre : Scarlatti et Martha Argerich

#MarthaArgerich #Scarlatti Scarlatti : Sonate K. 141

Sauf erreur de ma part, Martha Argerich n’a jamais enregistré de sonates de Scarlatti en studio. En revanche, il y a de multiples versions de concert – comme ici le 13 juin 2018 à Singapour – de « sa » sonate K 141. Un miracle toujours renouvelé !

30 novembre : mon concerto de Beethoven

#Beethoven250

Des cinq concertos de Beethoven, le Troisième est mon préféré, comme je le raconte ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/…/beethoven-250-xvi…/). Dans ma discothèque, une rareté, un « live » capté à Moscou en 1976 sous les doigts brûlants d’Emile Guilels, Kurt Masur dirigeant l’orchestre symphonique d’URSS.

1er décembre : Du très beau piano

Dans deux beaux coffrets de piano (lire https://jeanpierrerousseaublog.com/2020/12/01/le-beau-piano/) une version pleine de fièvre romantique du concerto pour piano n°1 de Chopin, avec le jeune Eric Heidsieck, Pierre Dervaux et l’orchestre Colonne, enregistrée en 1961:

2 décembre : les sons magiques de Nicolai Gedda

Grâce à un admirateur de Nicolai Gedda (1925-2017) – j’en suis un aussi, lire Le Tsar Nicolai – je redécouvre cette pépite cachée dans le coffret Icon/Warner consacré au ténor suédois, ce sublime air tiré de l’opéra « La reine de Saba » de Károly Goldmark (1830-1915) : Magische Töne

A-t-on jamais mieux chanté ?

3 décembre : VGE, l’accordéon et Tchaikovski

#VGE

Les médias ont rappelé, à l’occasion du décès de l’ancien président de la République (lire Giscard et la princesse) le goût de Valéry Giscard d’Estaing pour le piano à bretelles, l’accordéon, instrument populaire par excellence.Mais on sait peu que le premier compositeur « classique » à faire entrer l’accordéon dans l’orchestre fut Tchaikovski, qui, écrivant sa Suite n°2 pour orchestre en 1853, fait appel à quatre accordéons (en l’occurrence des « Bayan », l’accordéon russe inventé en 1850 !). Ecoutez bien à 2′ du début du « scherzo » de cette suite l’intervention des accordéons.Hommage par la même occasion au grand chef Antal Dorati (1906-1988) qui a signé une version définitive des quatre Suites pour orchestre de Tchaikovski

4 décembre : Milstein et Saint-Saëns

J’ai eu beau en écouter, en programmer maintes versions : le Troisième concerto pour violon de Saint-Saëns, dédié à et créé par le grand Pablo de Sarasate en 1880, c’est pour moi l’indépassable Nathan Milstein (1903-1992) – lire Nathan Milstein, le violon de mon coeur) accompagné à la perfection par le trop oublié Anatol Fistoulari (1907-1995)

Camille Saint-SäensConcerto pour violon n°3 op.61Nathan Milstein, violonPhiharmonia Orchestra, dir. Anatol Fistoulari (enr. 1959) / EMI

Les raretés du confinement (II)

Comme je l’écrivais le 11 novembre dernier – Les raretés du confinement :

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… « 

Récapitulons donc la deuxième décade de ce confinement, qui n’est pas près de se terminer même si on nous promet des « allègements ».

12 novembre

L’art du chef allemand Hermann Scherchen (1891-1966) a été abondamment documenté ces dernières années, et récemment par la réédition de son cycle des symphonies de Beethoven.

Mais sauf erreur je n’ai jamais vu reparaître un disque (partagé avec Julius Rudel) d’ouvertures d’Offenbach et Suppé publié jadis par MCA Classics. Et pourtant Scherchen dirigeant Offenbach c’est quelque chose !

13 novembre

En hommage à toutes les victimes des attentats du 13 novembre 2015, cette version inattendue et bouleversante de la Quatrième symphonie de Mahler dirigée par… David Oïstrakh, enregistrée à Moscou en 1967

14 novembre

La cantatrice américaine Teresa Stich-Randall (1927-2007) est restée dans la mémoire collective et discographique comme une interprète d’élection de Mozart (à Aix-en-Provence) et Richard Strauss. Dans un disque portrait enregistré en 1962 elle explore d’autres répertoires, comme cet air « Depuis le jour« , sommet d’érotisme, tiré de l’opéra Louise de Gustave Charpentier (1860-1956)… et non Marc-Antoine Charpentier comme indiqué sur la pochette du disque !!

15 novembre

J’ai une passion pour les mélodies avec orchestre de Richard Strauss. En dehors des Vier letzte Lieder et une petite dizaine d’autres très souvent enregistrées, la discographie des 200 mélodies – dont plus d’une trentaine avec orchestre – est plutôt maigre. J’aime beaucoup ce disque – devenu introuvable, jamais réédité semble-t-il – du ténor Siegfried Jerusalem accompagné par Kurt Masur et le Gewandhausorchester de Leipzig

16 novembre

Le 7 novembre j’évoquais la formidable version de la 4ème symphonie de Brahms enregistrée à Londres, en 1962, par Fritz Reiner avec le Royal Philharmonic Orchestra. En 1959, le chef américain d’origine hongroise grave, pour Decca, avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker le Requiem de Verdi et d’ébouriffantes Danses hongroises de Brahms (ainsi qu’un bouquet de Danses slaves de Dvorak).Le sévère Fritz Reiner se lâche complètement dans cette 6ème danse hongroise, fait rugir les pupitres viennois, et donne une touche authentiquement magyar à ces oeuvres si rebattues.

17 novembre

Le chef australien d’origine américaine Charles Mackerras est né le 17 novembre 1925 (et mort il y a dix ans le 14 juillet 2010). Il a laissé une abondante discographie où figurent des Mozart, Haydn, Beethoven exceptionnels, bien sûr les opéras de Janacek et la musique tchèque dont il avait appris les secrets auprès de Vaclav Talich. Comme beaucoup de ses contemporains, Charles Mackerras pratiquait un art, aujourd’hui oublié, celui de l’arrangement. On connaît Gaîté parisienne fabriquée par Manuel Rosenthal à partir d’airs d’Offenbach, un peu moins les suites d’orchestre tirées des opéras de Richard Strauss par Antal Dorati ou Erich Leinsdorf, moins encore le formidable Graduation Ball, un ballet signé Dorati à partir de pièces de Johann Strauss.

Mackerras lui s’est livré à deux arrangements très réussis, Pineapple Poll à partir d’opérettes d’Arthur Sullivan et The Lady and the Foll qui compile habilement airs plus ou moins connus d’opéras de Verdi.

18 novembre

Vous avez aimé avant-hier Fritz Reiner dans une foudroyante 6ème danse hongroise de Brahms avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker ? que penserez-vous de cette 5ème danse hongroise cravachée (et jouée comme le faisaient les ensembles de musique tzigane dans les restaurants et cabarets de Budapest) ?

19 novembre

Le samedi 23 décembre 1995, j’avais décidé de consacrer, sur France Musique, toute une journée à Elisabeth Schwarzkopf (1915-2006), pour son 80ème anniversaire. La cantatrice avait accepté de quitter sa maison près de Zurich, de venir passer la journée à Paris. Le regretté Jean-Michel Damian (Une voix de radio)l’avait reçue dans son émission de l’après-midi, qui exceptionnellement avait lieu dans le Studio 104 (à l’époque le plus grand) de la Maison de la Radio, archi-comble en cette avant-veille de Noël. J’avais signalé à J.M.Damian que l’enregistrement préféré de la cantatrice elle-même était l’opérette Wiener Blut de Johann Strauss qu’elle avait enregistrée en 1953 avec le jeune Nicolai Gedda, et en particulier ce duo. Une réussite miraculeuse, la perfection stylistique de l’accompagnement du chef suisse Otto Ackermann, cette sublime valse suspendue…. à 1’18

20 novembre

Un disque trouvé jadis à Londres et depuis précieusement conservé, réédité récemment dans la collection Eloquence, l’ambiance unique des dernières nuits des Prom’s et en 1972 la participation exceptionnelle de la grande Jessye Norman dans deux des WesendonckLieder de Wagner, la direction du si regretté Colin Davis (1927-2013)

21 novembre

Ce n’est pas la part la plus importante du legs discographique du regretté Mariss Jansons (1943-2019) mais le chef letton donne le panache nécessaire à ce morceau de bravoure célèbre du violoniste et compositeur roumain Grigoraș Dinicu (1889-1949) Hora staccato

22 novembre

En ce dimanche 22 novembre, jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, la messe solennelle de Sainte-Cécile de Gounod (1816-1896) s’impose, une oeuvre bien peu jouée et enregistrée aujourd’hui. Igor Markevitch en a laissé en 1965 une version magnifique, qui bénéficie de la splendeur des choeurs tchèques et de l’Orchestre philharmonique tchèque et d’un trio de solistes exceptionnel, Irmgard Seefried, Gerhard Stolze et Hermann Uhde. Lire ici l’histoire de cette sainte chère aux musiciens : Une patronne vierge.