Groupe de Six

Voilà des semaines que je n’ai rien dit ici de mes lectures. Six livres achetés ou reçus ces dernières semaines, cadeaux ou non. Sur la musique et la politique, deux de mes passions avouées.

Cocteau l’insupportable

Ce n’est pas le premier ouvrage sur ce que, par facilité, on a appelé Le Groupe des Six, mais c’est assurément le plus savoureux.

Sur cette toile de Jacques-Émile Blanche de1923, seuls cinq des Six sont représentés ; Louis Durey n’est pas représenté. De gauche à droite : Germaine TailleferreDarius MilhaudArthur HoneggerJean WienerMarcelle MeyerFrancis PoulencGeorges Auric (assis) et Jean Cocteau.

Le Groupe des Six ? Voilà les musiciens qui ont occupé le devant de la scène artistique parisienne dans l’immédiat après-Première Guerre mondiale. Parrainés par Erik Satie et soutenus par Jean Cocteau, à la fois leur imprésario et leur éminence grise, les Six furent les porte-drapeaux de l’Esprit Nouveau qui soufflait alors sur Paris. Voix intermittentes du néoclassicisme hexagonal pour les uns, simples farceurs embobinant dans leurs canulars un public crédule et une critique complaisante pour les autres, ils ont marqué comme peu cette période d’effervescence, où tout semblait possible. Les Six, donc : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre

C’est ainsi qu’Actes Sud présente le dernier opus de Pierre Brévignon.

Il faut lire l’excellent papier que Yann Beuvard consacre à l’ouvrage sur Forumopera : Le Groupe des Six, météorite de la musique française. Il faut évidemment surtout lire le style inimitable de Pierre Brévignon, naguère co-auteur avec Olivier Philipponnat d’un Dictionnaire superflu de la musique classique qu’on avait adoré !

Brévignon règle son compte à un personnage que je ne suis jamais parvenu à lire, ni donc à apprécier, l’ineffable Jean Cocteau. J’ai l’âge d’avoir connu des gens qui ont connu, approché – parfois de très près – celui qui s’est toujours piqué d’être l’ami des grands de ce monde, voire leur inspirateur ou leur impresario. Ainsi Le Groupe des Six serait une invention de Cocteau… une de plus ! Invention, dans toutes les acceptions du terme ! :

« De son propre aveu, Cocteau s’est toujours rêvé Paganini du violon d’Ingres. Parmi ses nombreux dons, le plus remarquable était d’imprimer sa marque dans tous les domaines où il s’aventurait, unifiés sous le même label de « poésie » (de roman, de théâtre, de journalisme, graphique, critique, cinématographique)… Son sens de la publicité et sa prolixité lui valaient autant d’admirateurs que d’adversaires, la frontière entre les deux étant souvent fluctuante comme purent l’expérimenter un Gide, un Picasso, un Stravinsky ou un Mauriac/…../ Ce désir de se trouver au coeur du mouvement et de la vie des arts constitue l’impetus coctaldien par excellence. Cocteau se défendra souvent de courir après l’avant-garde…. Si quelque chose de neuf doit voir le jour sur la scène artistique, il faut qu’il ait un rôle à y jouer. Quitte à s’y inviter par effraction. »

S’agissant de la seule femme membre du Groupe des Six, on doit à la vérité philologique de préciser que Germaine Tailleferre est née Marcelle Taillefesse!

Seul résultat collectif de la cogitation du Groupe des Six, ces Mariés de la Tour Eiffel :

Les secrets de Chopin

Le directeur artistique du Festival de Nohant, écrivain, philosophe et critique Jean-Yves Clément n’en est pas à son coup d’essai sur Chopin. Depuis cet essai paru au printemps, il a même récidivé avec ce Voyage de Majorque qui se présente comme un « faux journal » de Chopin et de son séjour dans l’île espagnole (voir Chez George et Frédéric)

L’auteur nous invite à réentendre Chopin hors des clichés répandus, à partir de sa musique seule, encore insuffisamment comprise dans sa singularité et ses audaces. Il brosse un portrait inédit de l’âme divisée du compositeur:  » Chez Chopin, seule la musique répond à la musique. Son oeuvre, à proprement parler, ne figure rien. Ni l’amour, ni la nature, ni l’humanité. Seul le vase clos et infini de la musique.  » 
Indépendante de sa vie même, l’oeuvre de Chopin se dérobe, par sa nature, aux circonstances qui la voient naître. Elle s’affirme ainsi comme l’expression la plus affirmée de la solitude absolue du créateur. 
Elle révèle la dualité de son être comme de son expression – de son génie même : français et polonais, classique et romantique, révolutionnaire et conservateur, sociable et renfermé, mondain 
et secret… Toute sa vie, le musicien restera un exilé du monde. 
Chaque chapitre du livre s’appuie sur les oeuvres les plus importantes de Chopin, liées aux périodes essentielles de son existence, de la Pologne à Nohant, en passant par Majorque et Paris, comme autant de cheminements significatifs de son évolution.
(Présentation de l’éditeur)

Lire Le piano d’Ivan Moravec

Une amitié particulière

C’est à une discussion sur Facebook à propos du pianiste Youri Egorov (La nostalgie des météores) que je dois d’avoir découvert (et acheté par correspondance) un ouvrage atypique, curieux mélange de journal intime, autobiographie, manifeste politique. Qui constitue surtout un passionnant témoignage sur la vie musicale du temps de l’ex-URSS. Celui du pianiste Andrei Gavrilov, né en 1955 à Moscou.

« Scènes de la vie d’un artiste » c’est bien de cela qu’il s’agit, sans ordre apparent. On peut prendre un chapitre au hasard, puis un autre, sans risquer de perdre le fil d’un récit qui n’en a pas. Quelque chose me dit que c’est l’auteur lui-même qui a écrit cette « présentation de l’éditeur » (précisons d’emblée que la traduction française est souvent approximative)

En 1974, à l’âge de 18 ans il remporte le cinquième Concours Tchaïkovski. La même année il fait ses débuts sur la scène internationale par un triomphe au fameux Festival de Salzbourg où il remplace Sviatoslav Richter malade. Depuis lors, il a connu une impressionnante carrière internationale et s’est produit avec les plus grands orchestres du monde. Persécuté par le KGB depuis 1979, Andrei Gavrilov échappe à quatre tentatives d’assassinat. En 1984 il parvient à fuir l’URSS, il s’établit d’abord en Angleterre, puis en Allemagne, et définitivement en Suisse en 2001. Nous publions dans ce livre les souvenirs des incroyables événements qui se sont produits au cours de sa vie entre 1973 et 1985. L’artiste partage avec nous ses analyses philosophiques sur les principaux problèmes du monde moderne qui ne se limitent pas au totalitarisme et à la décadence de notre culture. C’est un regard perçant de l’homme à travers la musique. On y trouve également de nombreuses anecdotes sur les grandes célébrités internationales, comme Malkovich, Richter, Rostropovitch et beaucoup d’autres. Gavrilov se penche sur son passé et nous livre avec bonheur et amertume un regard inédit sur la fin de l’Union sovietique, à travers un récit où la caricature la plus grotesque se mêle étroitement à la tragédie et aux épreuves que traverse un jeune homme sincère et un artiste de génie. Ce livre hors norme et bouleveversant est un témoignage historique de première importance.« 

Ce qui retient d’abord l’attention c’est l’amitié qui a lié le jeune pianiste de 23 ans à son glorieux aîné de quarante ans, Sviatoslav Richter, Fira dans l’intimité. A en juger par la violence de certains commentaires de la discussion sur Facebook (cf. supra), on ne touche pas impunément à une statue comme Richter.

« En 1978 Richter et moi avons eu un véritable coup de foudre. Ce ne fut pas une année ordinaire, mais la lune de miel de notre amitié. Se fréquenter était pour nous fascinant et captivant. Lorsqu’on se voyait, nous sautions tous les deux de joie comme des singes (sic) ».

Parmi mille anecdotes et aventures racontées ici, on relève un projet étonnant, qui a débouché sur une série d’enregistrements (en partie réalisés à la Grange de Meslay si je ne me trompe) : une intégrale des Suites pour clavier de Haendel au piano, partagée entre Richter et Gavrilov.

De Gaulle intime

Sur De Gaulle on a tout dit, tout écrit, mais pas forcément tout montré. Le cinquantenaire de sa mort (lire Le chêne abattu) a donné lieu à d’opportunes publications, comme cet ouvrage de Raphaëlle Bacqué, qui permet d’accéder à quantité de manuscrits, brouillons, notes écrites ou annotées par celui qui fut président de la République de 1959 à 1969. J’ai toujours été fasciné par le contraste entre la taille imposante du personnage (1m96) et son écriture très penchée.

L’homme qui lit

L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, remercié en juin dernier, m’a toujours paru sympathique, avec ce quelque chose de décalé dans l’allure, dans l’expression, une sorte de distinction assez british. Et dans la gestion des débuts de la crise du Covid, un sang-froid, une maîtrise, qui contrastaient heureusement avec les emballements – pour user d’un euphémisme – d’autres responsables publics. Pour autant je n’avais rien lu de lui ni sur lui. Ce n’est que récemment que j’ai découvert ce livre, paru en juillet 2017 : un essai politique de plus ? Réponse de l’auteur :

«  Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j’ai appris et une bonne partie de ce que j’aime. Ces livres m’ont construit. Des romans, des essais, des manuels, des bandes dessinées, le tout mélangé, muri ou oublié, redécouvert et discuté. Une bibliothèque est comme le « lieu de mémoire » de notre existence. Elle nous chuchote d’anciennes joies, murmure nos lacunes et trahit des promesses de lecture.
Les livres relient les hommes. Derrière ce qui ressemble à une formule, il y a une réalité, particulièrement évidente dans mon histoire familiale, dans ma vie. Dans ma relation avec mon père mais aussi dans le parcours de mon grand-père, dans la vie de ceux qui m’entourent et qui comptent pour moi.
  »

On a la certitude en le lisant que nul n’a tenu la plume à sa place. L’homme sait lire; et écrire. Bien écrire.

Le lion de Belfort

Dans un tout autre genre, mais d’une plume tout aussi alerte, quoique plus traditionnelle, les Mémoires de Jean-Pierre Chevènement se dégustent à petites lampées mais avec gourmandise. L’ancien ministre de Mitterrand a un art du récit, de la mise en scène des événements auxquels il participe ou qu’il engendre, doublé d’un talent d’écrivain, qui ont peu d’équivalents dans le monde politique actuel.

L’avantage d’un tel ouvrage, c’est qu’à 80 ans, le fondateur du CERES n’a plus rien à prouver, plus personne à convaincre ou à flatter, encore moins à combattre. Sans s’interdire quelques belles formules, quelques bons mots, les portraits que JPC dresse de ses contemporains, de ceux avec qui il a travaillé, qu’il a côtoyés ou combattus, la relation qu’il fait de son action et de celle des gouvernements et assemblées auxquels il a participé, ne sont suspects d’aucune exagération, d’aucune omission. Le pavé fourmille de détails, mais aucun n’est négligeable.

Un peu de nostalgie étreint le lecteur quand il referme l’ouvrage. Qui, aujourd’hui, dans le monde politique français en activité, a l’envergure, la densité, la culture, d’un Chevènement ?

Déconfinement

#Confinement Jour 43

Beaucoup de réactions évidemment à l’annonce faite vendredi dernier et relatée ici : lire Le coeur lourdCompréhensives, chaleureuses, parfois inattendues.

Non seulement pas une ligne à retrancher à ce que j’écrivais samedi, mais en réponse à une question de Jean-Baptiste Urbain, j’ai plutôt durci le propos dans la matinale de France Musique lundi matin, notamment sur les sombres perspectives qui attendent tout l’éco-système culturel, et le silence du ministère de la culture.

A réécouter ici (à la vingtième minute) : Musique matin 27 avril 2020

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J’ai attentivement écouté le Premier ministre cet après-midi à l’Assemblée Nationale, je ne crois pas avoir vu le ministre de la Culture sur les bancs du gouvernement et je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu grand chose sur le déconfinement de la culture. Rien de précis. On a bien compris que les festivals ou événements qui rassemblent plus de 5000 personnes sont impossibles jusqu’à septembre, que les salles de concert, théâtres et cinémas ne rouvrent pas le 11 mai, mais rien qui réponde aux préoccupations de centaines d’organisateurs de manifestations culturelles… de moins de 5000 personnes.

Silence assourdissant… écrivais-je samedi …

Heureusement les principaux concernés, les artistes, donnent de la voix ! Je signe rarement des pétitions, mais j’ai signé celle qu’ont lancée Jonas Kaufmann et Ludovic TézierPour soutenir le monde de la culture

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Ludovic Tézier est l’invité de France Musique ce mercredi matin. Il faudra l’écouter !

 

 

 

La grande Catherine

On sait ma dilection pour les mémoires des acteurs ou des témoins de l’Histoire.

J’avais suivi avec gourmandise l’impressionnante somme publiée par Michèle Cotta :

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Je me régale depuis quelques jours d’un livre dont la banalité du titre et de la couverture dissimule mal la richesse, la qualité d’écriture, le fourmillement de détails et de témoignages, ces Souvenirs, souvenirs de Catherine Nay

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 » Je serai journaliste « , se promet très tôt la jeune provinciale de Périgueux. Pourquoi ce métier ? Par goût de l’écriture ? Pour partir en reportage et raconter le monde ? Non, pour être libre.
Après une enfance heureuse au sein d’une famille aimante et protectrice, Catherine Nay accomplit peu après son arrivée à Paris un rêve qui fut celui de tous les journalistes débutants dans les années 1960 : entrer à L’Express, la meilleure école de presse à cette époque, sous la double houlette de Jean-Jacques Servan-Schreiber et, surtout, de Françoise Giroud. Elle y trouve une sorte de seconde famille. La figure de Françoise Giroud, dont elle nous révèle ici des aspects inattendus, domine ces années. Elle incarne pour elle un modèle à la fois d’observatrice des moeurs de son temps et de femme de caractère.
Catherine Nay a obéi dans sa propre existence à ce même désir de liberté et d’indépendance. Elle évoque ici pour la première fois sa rencontre en 1968 avec l’un des grands acteurs de la Ve République, Albin Chalandon, resté cinquante ans plus tard le grand amour de sa vie.
Devenue familière des coulisses du monde politique, elle nous offre dans le premier volume de ses mémoires, entre portraits à vif et anecdotes savoureuses, un récit original et perspicace, plein d’humour, d’intelligence et de vivacité, des règnes successifs de Pompidou, Giscard et Mitterrand, jusqu’à l’élection de Jacques Chirac, une chronique intime de cet univers de passions où s’affrontent des personnages hors normes dont elle recueille les confidences, décrypte les facettes les plus secrètes ou les mieux dissimulées.
Sous le regard de cette enquêtrice aguerrie, le pouvoir apparaît tel qu’il est, avec ses rites, ses pratiques, ses grandes et petites rivalités : une comédie romanesque faite de sensibilités particulières, par-delà les idées et les convictions. Catherine Nay la raconte sans cacher ses coups de coeur ni ses partis pris.
Librement ! (Présentation de l’éditeur).

Catherine Nay, c’est un style, une plume (même si Françoise Giroud, qui l’avait recrutée à L’Express, avait confié à Etienne Mougeotte, qui allait faire entrer la journaliste à Europe 1, qu’elle ne « savait pas écrire » !). C’est surtout une capacité à restituer des moments d’histoire tels qu’enfant, adolescent, étudiant, et plus tard engagé en politique, j’ai vécus, avec un effet de zoom sur des événements, des situations, des personnages que j’avais approchés. C’est souvent croustillant, bien envoyé, jamais blessant ni méchant.

On attend avec impatience la suite de ces Souvenirs !

Premier avril

Le très honorable Camille de Rijck écrivait hier soir sur sa page Facebook : Je suis déjà épuisé par tous les poissons d’avril qui vont nous tomber dessus et nous faire rire comme des tyroliens en culotte de peau qui se claquent les paumes sur les cuisses en vidant un demi !

Je ne partage pas le sentiment de l’excellent producteur de Table d’écoute (entre autres) sur Musiq3Je trouve que le « poisson d’avril » a tendance à se raréfier sur les antennes de radio et de télévision, au motif sans doute que l’actualité est trop sérieuse ou tragique pour qu’on puisse en plaisanter…

Je me rappelle pourtant de grands moments sur les chaînes où j’ai travaillé ou que j’ai dirigées. Deux me reviennent particulièrement en mémoire, sur France Musique, au début des années 90.

Avec la complicité de la rédaction de France Culture / France Musique, l’équipe des Dépêches Notes, les brèves d’actualité, entend développer une information de première importance : à compter de ce 1er avril, la Sécurité sociale va rembourser la musique classique, les bienfaits de la musicothérapie étant révélés par une étude commandée par le gouvernement ! L’équipe obtient une interview exclusive du Premier ministre de l’époque, Edouard Balladur, et pour faire bonne mesure, enregistre la réaction de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, l’indéboulonnable Jack Lang, qui revendique la paternité de cette mesure !

Lors de la réunion de direction qui rassemble les patrons de chaînes et autres directeurs de la Maison ronde autour du PDG de Radio France (à l’époque Jean Maheu), mes collègues me félicitent de ce joli poisson d’avril et me demandent comment nous avons convaincu le Premier ministre et l’ancien ministre de se prêter au jeu !

Personne n’a entendu la supercherie ! Ce n’était ni Balladur ni Lang, mais un jeune et déjà très talentueux imitateur qui fait alors partie de l’équipe de l’émission Rien à cirer animée par Laurent Ruquier sur France Inter: Laurent Gerra

Autre souvenir : L’annonce de la réconciliation de deux figures dominantes de la vie musicale de ces années-là, Pierre Boulez et Marcel Landowski

Celle-ci s’est déroulée lors d’une soirée disco dans une boîte de nuit très en vogue à Paris, comme le confirme l’académicien lui-même au micro de France Musique. Cette fois c’est bien Marcel Landowski qui s’est beaucoup amusé à donner cette vraie-fausse interview ! On a su après coup que Pierre Boulez avait bien ri de ce poisson d’avril !

 

Marcel Landowski, né en 1915, mort il y a vingt ans le 23 décembre 1999, n’a pas laissé, comme compositeur, le souvenir d’une personnalité très originale – euphémisme ! -. En revanche, on lui doit l’organisation de la vie musicale française, les orchestres en région, lorsqu’il fut le premier directeur de la musique du Ministère de la Culture sous Malraux. Une organisation qui aurait le plus grand besoin d’évoluer…

Remaniement

Trop souvent dans le passé, remaniement a rimé avec reniement. Oubliées les promesses de campagne, perdus de vue les enthousiasmes des débuts, reniées les alliances politiques.

Celui qui vient d’intervenir, après une attente qui a paru insupportable au microcosme médiatique, a au moins le mérite d’échapper à cette sinistre litanie. On ferait presque le reproche au président de la République de conforter sa majorité, de mieux s’appuyer sur ses alliés, de faire plus largement confiance à des élus de terrain, au détriment de ces fameux représentants de la « société civile » qui ont toujours, cette fois comme par le passé, démontré leurs limites dans l’exercice d’une fonction ministérielle (qui se rappelle Pierre Arpaillange à la Justice, Francis Mer à l’Economie, Luc Ferry à l’Education ?).

Souvenons-nous, ce n’est pas si loin que ça, de la nomination surprise par Nicolas Sarkozy de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture en 2009.

 » Je suis devenu ministre par surprise. C’est sans doute vrai puisque je l’ai entendu dire un peu partout. Enfin, j’ai essayé de faire de mon mieux et j’ai quand même tenu trois ans. Avec le recul, ce qui m’a plu dans cette aventure c’est d’avoir osé sauter dans la cage aux lions. Ce fut à la fois dangereux, excitant et amusant.
J’ai reçu pas mal de coups de griffes mais j’en suis sorti sain et sauf.
J’ai retrouvé ma vie d’avant sans regrets ni amertume pendant qu’ils continuent à s’entredévorer. À condition d’apprécier ce type de sport et d’apprendre à courir plus vite que les grands fauves, ça vaut vraiment le coup d’essayer.
L’existence n’offre pas beaucoup de récréations de ce genre…  »
Frédéric Mitterrand

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Une expérience ministérielle doublement racontée par Frédéric Mitterrand.

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« Qu’est-ce qu’être ministre de la Culture et de la Communication à l’heure où la politique culturelle est un des grands enjeux des élections, et où le ministère comme son occupant actuel sont l’objet de vives controverses ? En nous livrant un témoignage direct sur son action aujourd’hui, Frédéric Mitterrand revient sur les conditions de son arrivée au ministère, depuis la direction de la Villa Médicis à Rome et son baptême du feu avec le vote de la loi HADOPI, et sur tous les domaines de son action : la préservation de son budget, les défis du numérique, du livre à la télévision, l’action culturelle outre-mer, les grands chantiers, le patrimoine, le cinéma, les langues, le spectacle vivant, les coopérations internationales… Un témoignage très personnel sur des sujets parfois méconnus des citoyens, comme les relations avec les parlementaires et les élus locaux, les arcanes des négociations budgétaires, les relations de l’État avec les créateurs. Une invitation à découvrir de l’intérieur la vie d’un ministère cher aux Français depuis sa création par André Malraux en 1959 »

Je ne sais pas si le nouveau ministre de la Culture, Franck Riestera lu son prédécesseur, mais il a pour lui de particulièrement bien connaître plusieurs des dossiers qu’il devra traiter (il a été le rapporteur à l’Assemblée Nationale des lois HADOPI , dont F. Mitterrand parle comme de son « baptême du feu » !). Il a pris, par ailleurs, des positions courageuses sur des sujets de société qui l’ont isolé au sein de sa famille politique d’origine.

Franck Riester remplace Françoise Nyssenque les mêmes qui avaient salué sa nomination décrivent comme fragilisée par les polémiques et manquant de charismeUn politique avisé remplace une professionnelle respectée. Souhaitons-lui bonne chance !

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Les jours d’après

C’est l’avalanche, mais rien n’assure que ce soit des bestsellers. 

Qu’ont-ils tous à vouloir raconter leur vie au pouvoir ou dans les coulisses, mystérieuses, forcément mystérieuses, du pouvoir ?

En l’occurrence, l’ex-président, François Hollandeavait déjà tué le genre, en faisant lui-même, en long, en large.. et en travers (ce fut bien d’ailleurs son problème !), le récit de sa présidence.

61LrAunBP1L(Rançon du succès, le bouquin est sorti en collection de poche !)

Mais je reste friand de témoignages de première main, non par goût de secrets, qui n’en restent jamais longtemps, mais dans le souvenir de ce qui a fait une partie de ma vie, et qui la constitue encore, l’engagement politique, public, citoyen, peu importe l’adjectif.

Quand on a été aux responsabilités, quand on a une responsabilité, on sait que la réalité de leur exercice n’est jamais exactement ce que les autres – les médias, les citoyens, les collaborateurs – en perçoivent.

D’où l’intérêt de ces récits, des mémoires, de ceux qui ont assumé ou partagé ces responsabilités.

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Il y a ceux, comme Pierre-Louis Basse, qui essaient laborieusement de justifier un emploi qu’on n’oserait dire fictif au cabinet du président de la République, qui ne cachent certes pas leur peu d’influence – euphémisme ! – sur le cours de la vie élyséenne, et qui du coup en profitent pour parler de tout autre chose, comme de quelques figures marquantes du communisme français (beau portrait de Pierre Daix)

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Quand on a été pompier en chef du quinquennat écoulé, le témoignage n’est pas anodin. La carrière récente de Bernard Cazeneuve a bien, en effet, été placée sous le signe des missions impossibles, et pourtant réussies. Depuis dix mois ministre des affaires européennes, il est appelé, en mars 2013, au ministère du Budget, en plein scandale CahuzacUn an plus tard, nouveau changement de portefeuille, Manuel Valls devenant Premier ministre, Cazeneuve hérite de l’Intérieur, où il devra faire face à la pire vague d’attentats que la France ait connue – Charlie, Bataclan, Nice, etc.. Et lorsqu’à la fin 2016, Manuel Valls se met « en congé » de Matignon pour pouvoir se lancer dans la primaire de gauche, c’est à nouveau à Bernard Cazeneuve que Hollande fait appel pour parcourir les six derniers mois d’un quinquennat qui a politiquement pris fin le 1er décembre 2016 lorsque le président sortant a renoncé à se représenter.

L’intérêt du bouquin de B.Cazeneuve est moins dans le récit de ces derniers mois que dans la manifestation d’un caractère, d’une exigence de droiture, d’une morale de l’exercice de la chose publique, et dans une savoureuse galerie de portraits.

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« “L’entourage du président”, “un proche du chef de l’État”, “l’Élysée”… Pendant trois ans, c’était moi. Le lecteur des pages politiques des gazettes l’ignorait, mais je me cachais souvent derrière ces formules sibyllines que seuls les journalistes et les politiques savent décoder. »
En avril 2014, Gaspard Gantzer est nommé conseiller en communication de François Hollande. Dans l’ombre, il tente tout pour améliorer son image auprès des médias et des Français. Mais vite, les crises s’enchaînent. Le Mali, la Syrie et, surtout, les attentats les plus sanglants de notre histoire…
En parallèle, les menaces contre le président se  multiplient. La montée du Front national, le retour de Nicolas Sarkozy, les frondeurs, un Premier ministre trop ambitieux, cette nouvelle génération qui pousse, brille. Avec, parmi eux, un ancien camarade de l’ENA, Emmanuel Macron, qui prend de plus en plus de place.
De tout cela, Gaspard Gantzer a pris des notes quotidiennes. Jour après jour, jusqu’au dernier, il raconte, de l’intérieur et au plus près du président, les trahisons, les coups bas et les épreuves. Les chroniques édifiantes d’un quinquennat hors du commun. (Présentation de l’éditeur).

De cette présentation, je retiens l’adjectif édifiant. C’est exactement cela. Les toutes premières phrases pourtant laissaient craindre le pire, la manifestation d’un ego surdimensionné (genre le Président c’est moi). Et puis, on se passionne vite pour cette chronique haletante, sèche, précise, clinique, et pourtant terriblement humaine, des trois ans que Gaspard Gantzer a passés au plus près du président Hollande. Edifiant, oui, parce que, dans le coeur du réacteur, on mesure les forces et les faiblesses, l’humanité tout simplement, du pouvoir.

Au passage, on apprend que le destin de Hollande et de son successeur s’est joué le 11 février 2016 – si Emmanuel Macron avait été nommé Premier ministre ce jour-là ? – et plein d’autres choses sur les personnages-clés de l’époque. Une certitude : l’ex-conseiller de Hollande ne porte pas Manuel Valls dans son coeur !

Michèle Cotta qui a chroniqué quasiment toute l’histoire de la Vème République, et qui avait parfaitement brossé L’histoire d’un chaos politique – le quinquennat Hollande – livre son carnet de notes d’une année étonnante. Elle a eu l’honnêteté de n’en rien retirer. Elle n’a pas cru – et elle n’était pas la seule ! – aux débuts de l’aventure Macron, elle le dit, elle l’écrit. C’est ce qui rend ce témoignage d’autant plus pertinent qu’il évite non seulement la complaisance, mais aussi la tentation de réécrire l’histoire.

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Enfin, le duo Patrice DuhamelJacques Santamaria nous livre un quatrième opus, après le succès de Jamais sans ellesL’Elysée, coulisses et secrets d’un palais et Les Flingueurs

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« Toute vie consacrée à l’action publique se trouve bouleversée par un moment douloureux : celui où tout s’arrête.
Nous avons choisi de raconter les jours d’après de vingt-trois personnalités françaises, de De Gaulle à Manuel Valls, de Giscard à Jacques Delors, de Simone Veil à Jospin, présentant chacune un cas singulier dans son rapport au pouvoir. On découvrira ainsi ceux qui le quittent définitivement, par choix ou nécessité, ceux qui sont contraints de s’en éloigner après quelque revers mais qui s’emploient à le reconquérir, ceux qui ne comprennent pas que le pouvoir les délaisse pour un temps ou pour toujours…
Le défaut des hommes et des femmes politiques, y compris chez les grands fauves, est peut-être de ne pas savoir, et souvent de ne pas vouloir se préparer à ce jour où le pouvoir les quittera. Mais, au fond, n’en est-il pas ainsi de toute histoire d’amour ? »

Un bouquin, comme toujours avec ces auteurs, très documenté, puisant aux meilleures sources, qui en dit long – on y revient – sur la part d’humanité, forces et faiblesses, grandeur et mesquineries, de ces hommes et femmes de pouvoir. A lire évidemment !

Tout change, rien ne change

« Le chômage est devenu un mal français, qui traduit à la fois le manque de compétitivité de notre appareil productif et la faillite de notre système de formation. La maladie est aussi sociale : la pauvreté est revenue en force et nous ne lui avons trouvé d’autre remède qu’une assistance administrative qui l’entretient et même l’aggrave. Elle est surtout politique et morale : les Français n’ont plus confiance en l’Etat ni en ceux qui l’incarnent; ils finissent pas ne plus avoir confiance en eux-mêmes. Le malaise de la justice, la montée de l’insécurité, la peur de perdre une identité nationale que tout semble menacer, voilà autant de signes du dérèglement de notre vie publique et de la crise de l’Etat ».

Plus loin cette citation de Montesquieu : « Le principe de la démocratie se corrompt non seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats et dépouiller tous les juges »

« Peut-on mieux exprimer le rejet de la politique qui sévit de nos jours »?

Comment gouverner demain un peuple à la fois surinformé et désinformé, conservateur et réformateur, casanier et aventurier, réaliste et impatient ? »

Constat terriblement actuel, d’une implacable lucidité. La préface d’un ouvrage récent ? D’un retraité de la politique ? ou d’un des nombreux candidats aux primaires présidentielles de l’automne ?

Date de publication du livre, dont ces lignes sont extraites : 3 février 1993 !!

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A l’époque, le favori des sondages actuels, Alain Juppé, est secrétaire général du RPR, le parti gaulliste dont Jacques Chirac est le président. Il n’a pas encore été Premier ministre, il n’est pas encore maire de Bordeaux. Et comme il l’écrit (voir ci-dessus) plus d’une fois il est tenté d’abandonner les jeux stériles d’une certaine politique… pour s’établir à Venise.

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Je ne connais pas bien ce prétendant sérieux à l’élection présidentielle française, et je me suis dit que j’en découvrirais un peu plus sur le personnage dans ce bouquin vieux de 23 ans où il se livre et se délivre de son côté raide et distant. D’admirables pages sur sa famille, ses études – oui c’est une grosse tête bien faite ! -, son amour de la Grèce et de la Méditerranée, et surtout une très grande honnêteté (qui ne se prive pas de quelques vacheries bien senties à l’endroit de ceux qu’il appelle – déjà – les « mammouths » du parti gaulliste, les Pasqua, Balladur, Séguin) dans l’analyse de la situation du pays.

C’est peu dire – et c’est aussi décourageant qu’affligeant – qu’à peu près sur tous les sujets abordés, comme l’Europe et le référendum sur le traité de Maastricht (1992), l’immigration, la politique éducative et culturelle, rien ne semble avoir changé, progressé, évolué depuis vingt ans. On ne pourra pas retirer à Juppé le mérite de la constance dans l’analyse et la prospective. Le quadragénaire qui piaffait d’impatience devant les lenteurs des circuits de décision saura-t-il, devenu septuagénaire, bousculer l’inertie, les pesanteurs d’un pays tenté par le repli et l’abstention ?

Des hommes libres

Décidément, ce mois de juillet commence tristement. Coup sur coup, deux grandes figures, deux hommes libres, quittent la scène et nous laissent orphelins d’une pensée, d’une vision, d’un amour de l’humanité : Michel Rocard et Elie Wiesel.

Sur Rocard, tout a été et tout sera dit, avec une constante dans l’hommage : ce que nous pleurons avec sa mort, c’est la disparition d’une espèce devenue rare d’hommes politiques, les militants d’une cause juste, les intellectuels comprenant et expliquant le monde et la société, les visionnaires persévérants et capables de « mettre les mains dans le cambouis ». On a suffisamment brocardé l’ancien Premier ministre pour ses phrases à rallonge, son élocution débridée, ses formules péremptoires, on en regrettera d’autant plus ses apostrophes, ses interpellations, comme dans cette toute récente interview sur le Brexit

Faut-il dire que ce bouquin à deux voix, paru il y a cinq ans, n’a malheureusement rien perdu de son actualité ?

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D’Elie Wiesel je retiens ce témoignage universel, essentiel pour nos consciences, nous la génération de l’après-Shoah :

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Je me rappelle aussi m’être précipité sur ce livre paru quelques mois après la mort de François Mitterrand, il y a vingt ans.

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« Lorsque le mandat s’achève, que l’oeuvre s’accomplit et, qu’avec l’âge, l’horizon se rapproche, le besoin naît, souvent, de rassembler des pensées éparses et de confier à l’écriture le soin d’ordonner sa vie. Arrivé là où je suis, j’éprouve, moi aussi, maintenant, la nécessité de dire, en quelques mots trop longtemps contenus, ce qui m’importe. Tel est l’objet de ce livre. C’est pourquoi j’ai entrepris, avec Élie Wiesel, ce travail de mémoire. » (François Mitterrand).

On sait que, depuis lors, Elie Wiesel avait pris ses distances avec Mitterrand, lorsque furent mis au jour les comportements pour le moins ambigus de l’ancien président de la République à l’égard de Vichy, de René Bousquet et des lois anti-juifs de Pétain…

Le travail c’est la santé

Cette chanson résonne étrangement cinquante ans après sa création : les trente glorieuses sans chômage sont terminées depuis longtemps, on n’est pas certain que les millions de chômeurs apprécient l’humour de Salvador !

Le travail est au coeur de l’actualité : Robert Badinter a remis ce matin au Premier ministre un rapport directement inspiré d’un excellent petit livre qu’on avait lu d’une traite en juin dernier

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Voici la préface que signent les deux éminents juristes :

Depuis quarante ans, la société française souffre d’une grave maladie : le chômage de masse.
Ce mal a suscité une déferlante législative à tel point que le droit du travail apparaît aujourd’hui comme une forêt obscure où seuls les spécialistes peuvent trouver leur voie. Loin de favoriser l’emploi, le Code du travail suscite ainsi un rejet souvent injuste.
Il faut réagir.
Il n’est pas de domaine de l’Etat de droit qui ne repose sur des principes fondamentaux. C’est à mettre en lumière ces principes, disparus sous l’avalanche des textes, que cet ouvrage est consacré. Sur leur base, il appartiendra aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux de décliner les règles applicables aux relations de travail, selon les branches et les entreprises.
Mais rien ne sera fait de durable et d’efficace sinon dans le respect de ces principes. Puisse l’accord se faire sur eux, dans l’intérêt de tous.
Il se trouve que j’ai gardé de mes études universitaires un goût prononcé pour le Droit du travail, la vie a décidé d’autres chemins professionnels pour moi, mais je n’aurais pas détesté approfondir le sujet.
Le Droit du travail est sans doute l’expression la plus aboutie de ce qu’on peut appeler une politique sociale, et partant économique.
La France reste bloquée, slogan contre slogan, comme si la liberté s’opposait à la protection, comme si la mobilité s’opposait à la réduction du chômage, etc. Il ne sera pas passé 24 heures que le rapport de Robert Badinter ne soit étrillé par une certaine gauche comme par une certaine droite, qui sont aux abonnés absents de la réflexion politique.
C’est le gouvernement dirigé par le socialiste Elio di Rupo qui a instauré, en Belgique, le contrat de travail unique, il y a trois ans. Dans un pays pourtant ultra-syndicalisé, on n’a vu aucun défilé de masse se lever contre un tel projet, tout simplement parce qu’on s’est rendu compte que le nouveau système profitait au travailleur autant qu’à l’entreprise. En France, c’est tous aux abris dès qu’il s’agit de déverrouiller la machine à produire du chômage…
Un conseil : lisez le bouquin de Badinter et Lyon-Caen, et faites le lire à vos élus ! On peut toujours rêver…