George et Igor

Un heureux hasard a fait se succéder, à deux jours d’intervalle, les deux formations orchestrales de Radio France, à l’Opéra Berlioz à Montpellier, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Gershwin pour l’Orchestre National de France, John Adams, Ravel, Stravinski pour l’Orchestre Philharmonique de Radio France. En point de mire, Paris, la France, thème central de l’édition 2018 (Douce France).

Un programme de concert tout Gershwin, c’est la promesse d’une salle comble. On ne s’est jamais vraiment interrogé sur les raisons de cet engouement du public, jamais démenti depuis des lustres. Beaucoup d’organisateurs – j’en ai été – cèdent à la tentation, au prétexte d’une fin de saison, d’une fête populaire, puisque c’est « grand public » et que c’est une musique d’apparence facile, légère.

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Et pourtant Emmanuel Krivine qui achevait, vendredi soir, sa première saison à la tête de l’Orchestre National de France, n’avait pas choisi par hasard les quatre oeuvres de Gershwin – l’Ouverture cubaine, le concerto en fa, Rhapsody in Blue et Un Américain à Paris. 

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(Répétition de l’Ouverture cubaine)

Rien n’est plus difficile que de conjuguer précision, cohésion d’ensemble et sentiment de liberté, de swing, dans ce répertoire, même pour une phalange d’excellence comme l’ONF. Challenge largement remporté par Emmanuel Krivine et ses musiciens, en très grande forme, dans un festival de couleurs et de rythmes.

Le concert est à réécouter ici : francemusique.fr

Hier soir, l’Opéra Berlioz était à nouveau en fête, avec le retour d’un équipage qui avait déjà fait des étincelles, lors de l’édition 2014 du Festival : Santtu-Matias Rouvali et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Une autre manière de célébrer le grand orchestre, après Gershwin : l’envoûtant foxtrott de John Adams The Chairman dances,le concerto pour la main gauche de Ravel,qui a plus d’une parenté avec le concerto en fa de Gershwin, et Le Sacre du Printemps de Stravinsky.

 

37607834_10156504427423194_1386275659143184384_n(Bertrand Chamayou, Santtu-Matias Rouvali et les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France)

Bertrand Chamayou est chez lui au Festival – il y a deux ans il jouait le 5ème concerto de Saint-Saëns avec l’Orchestre National, qu’il a enregistré depuis, un disque à paraître début septembre – et dans Ravel (il donnait en bis une très poétique Pavane pour une infante défunte)

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Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre. Il n’est que de réécouter le concert ici : francemusique.fr.

Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier…

Epidémie de Scarlatti

Recherches faites, il est avéré que la scarlatine, même dans la célèbre version de Ray Ventura et ses Collégiens,

ne résulte aucunement d’un abus de Scarlatti !

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Tant mieux parce qu’une véritable épidémie de Scarlatti s’est développée depuis dimanche dans toute la région Occitanie, à l’instigation de France Musique et du Festival Radio France. Objectif avoué : faire jouer les 555 sonates pour clavecin que le compositeur napolitain, mort à Madrid, a composées, pour l’essentiel, à l’intention de l’Infante d’Espagne. Par 30 musiciens formant sans doute l’élite actuelle du clavecin mondial, lors de 35 concerts, en 13 lieux exceptionnels. Tous les médias en parlent, c’est l’événement de l’été ! (lire 555)

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C’est évidemment au Château d’Assas que les festivités ont commencé samedi dernier, sur le clavecin de Scott Ross.

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Lundi c’était la salle d’assises du Tribunal de Grande Instance de Perpignan qui accueillait deux des concerts de cette intégrale !

IMG_7138Hier soir à Fourques, Justin Taylor et Enrico Baiano dispensaient leur fantaisie devant un public ébahi.

L’incroyable cycle s’achève dimanche là où il a commencé : au château d’Assas. D’ici là on peut encore pister une bonne vingtaine de concerts : tout le programme ici L’intégrale Scarlatti 555.

Je me demandais l’autre jour à haute voix devant Marc Voinchet, directeur de France Musique, et véritable initiateur de ce projet fou, si on ne reprendrait pas l’idée de cette intégrale, mais au piano cette fois. Je crains que cela ne reste à l’état de rêve inaccessible !

Et pourtant Scarlatti donne aussi des merveilles au piano, sous des doigts inspirés. J’avoue ne jamais me lasser d’entendre ces quelques disques précieusement collectionnés au fil des publications ou rééditions.

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En écrivant cet article, je tombe par hasard sur ce très émouvant documentaire dû à la très regrettée et très chère Mildred Clary : Un voyage à Séville avec Christian Zacharias sur les traces de Domenico Scarlatti

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La France en joie

En 1998, le soir de la finale de la Coupe du monde de football, j’assistais à une représentation de l’un des ouvrages les plus intimistes de Britten, Curlew River, dans la cour de l’hôtel Maynier d’Oppède à Aix-en-Provence. 

On peut difficilement imaginer plus grand contraste entre l’atmosphère de cette pièce et l’exubérance qui commençait à monter dans tous les foyers de France. Les dernières notes de Britten étaient à peine achevées, qu’une immense clameur envahit les rues d’ordinaire bien calmes du centre d’Aix. La France était championne du monde, et même les plus rétifs des spectateurs aixois à cette fête du football ne tardèrent pas à rejoindre le Cours Mirabeau où la foule se rassemblait, heureuse, joyeuse et bon enfant.

Vingt ans plus tard, les hasards de la programmation, à moins qu’il ne s’agisse – soyons immodeste pour l’occasion ! – d’un sens certain de l’anticipation, ont fait que le Festival Radio France avait prévu, mardi dernier, un concert de l’Harmonie de la Garde Républicaine, le soir de la demi-finale (voir Douce France) et hier soir, quelques heures après une finale de folie, le grand spectacle de chanson française imaginé autour d’Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Roland Romanelli, Jeff Cohen, Fayçal Karoui et l’excellent orchestre de Pau Pays de Béarn, un spectacle placé sous l’égide du thème de ce Festival 2018, l’éternelle chanson de Charles Trenet… Douce France.

Une soirée vraiment formidable, à la hauteur de l’événement qui a fait vibrer tout un peuple…

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Intense émotion quand Roland Romanelli entonne Ma plus belle histoire d’amour c’est vous

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Et quand la foule rassemblée à l’amphithéâtre du Domaine d’O reprend la chanson fétiche du #FestivalRF18…

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Douce France

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On y est ! Le 34ème Festival Radio France s’est ouvert lundi avec les Rencontres de Pétrarque et La Série musicale, de France Culture.

Mardi, c’est l’Harmonie de la Garde Républicaine qui ouvrait le bal des 150 concerts programmés (!). La demi-finale de la Coupe du monde de football avait un peu réduit l’affluence attendue dans le magnifique amphithéâtre de plein air du Domaine d’O, mais la victoire des Bleus avait dopé musiciens et public.

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Mercredi, traditionnelle soirée d’ouverture « officielle » en présence des deux co-présidentes du Festival, Sibyle Veil, la nouvelle présidente de Radio France et Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie.

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Avec une Périchole endiablée, comme seul Marc Minkowski en a le secret, à la tête d’une formidable troupe, les choeurs de l’opéra de Bordeaux, les Musiciens du Louvre, Aude Extremo, Philippe Talbot, Alexandre Duhamel, Eric Huchet, Romain Dayez, Enguerrand de Hys, Olivia Doray, Julie Pastouraud, Mélodie Ruvio, Adriana Bignani Lesca, et plus qu’une « mise en espace », une vraie mise en scène de Romain Gilbert.

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La troisième soirée du Festival prenait un tour plus intime, quoique présentée dans le grand vaisseau de l’opéra Berlioz : sublime récital de deux « enfants » du Festival, Fazil Say et Marianne Crébassa. 

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Bonheur sans mélange de retrouver ces deux artistes qu’on aime tant…

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La dernière étoile

Elle est morte hier à New York à 86 ans, la Française Liliane Montevecchi est peut-être la dernière d’une lignée de « stars » du music-hall. Danseuse, chanteuse, diseuse, showgirl elle faisait le spectacle à elle seule, jouait son personnage de femme fatale à la perfection.

Je me rappelle l’étonnant spectacle monté par le regretté Jérome Savary, du temps où il dirigeait l’Opéra-Comique. Il avait entrepris de faire revivre le personnage de Mistinguett, sous les traits et dans la peau de Liliane Montevecchi.

Je n’ai pas trouvé de meilleur extrait vidéo de ce spectacle capté en DVD.

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Pour être honnête, je pense qu’à l’époque peu de gens savaient qui était Liliane Montevecchi, qui avait fait l’essentiel de sa carrière à Broadway, avait remporté un Emmy Award pour Nine en 1982. Et qu’incarner un mythe comme Mistinguett pouvait être casse-gueule, pour une artiste de 68 ans.

Je garde un souvenir ébloui de la prestation de Liliane Montevecchi (et de toute la distribution d’ailleurs), l’allure, la classe, la gouaille, et un port de danseuse qui pouvait en remontrer à de bien plus jeunes.

Il y a quelqu’un aujourd’hui qui s’inscrit pleinement dans l’héritage de ces stars de la scène, sans pour autant s’affubler des oripeaux de la « diva », c’est Isabelle Georges  (voir Isabelle au bal) 

Je crois me rappeler d’ailleurs qu’Isabelle a assuré une série de performances dans un cabaret de Francfort, à la suite de… Liliane Montevecchi !

Isabelle Georges qu’on retrouvera, très bien entourée, le 15 juillet à Montpellier (Domaine d’O) et le 16 juillet à Cap Découverte (Carmaux) pour un spectacle exclusif du Festival Radio France : Douce France.

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555, nombre magique ! Celui des sonates pour clavier de Domenico Scarlatti, ce compositeur génial, né à Naples en 1685 mort à Madrid en 1727.

1RKa0gAuTcaWSkN3f41cvwLe numéro de juin-juillet de Diapason évoque ce corpus absolument unique dans l’histoire de la musique, parce que c’est le projet phare, le projet fou, du 34ème Festival Radio France Occitanie Montpellier et de France Musique : une première mondiale, donner en 35 concerts, du 14 au 23 juillet, la totalité de ces 555 sonates sous les doigts de 30 clavecinistes : Jean-Marc Aymes, Enrico Baiano, Olivier Baumont, Carole Cerasi, Francesco Corti, Bertrand Cuiller, Aurélien Delage, Mathieu Dupouy, Christiano Gaudio, Maud Gratton, Luca Guglielmi, François Guerrier, Kazuya Gungi, Frédérik Haas – le coordinateur artistique du projet -, Jean-Luc Ho, Béatrice Martin, Lars-Ulrik Mortensen, Giulia Nuti, Olga Pachtchenko, Arnaud de Pasquale, Rossella Policardo, Mario Raskin, Thomas Ragossnig, Jean Rondeau, Mayako Sone, Miklos Spanyi, Justin Taylor, Violaine Cochard, Kenneth Weiss, Paolo Zanzu

Il y a 30 ans, Scott Ross achevait la seule intégrale réalisée à ce jour de ces 555 sonates.

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Préparant cet article, je suis tombé sur un très beau papier de François Ekchajzer, paru en 2011 dans Télérama : lire Scott Ross, l’autre neveu de Rameau. 

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La vie, le travail et la mort du claveciniste américain, disparu en 1989, sont intimement liés à un lieu, le Château d’Assas, près de Montpellier.

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Entre histoire de famille, d’architecture et de musique, le château d’Assas est un territoire situé à quelques kilomètres au nord de Montpellier, datant du XVIIIe siècle.

Les seigneurs d’Assas sont mentionnés dès le début du XIIe siècle. Le domaine est vendu en 1486 par Hugues d’Assas à Guillaume Bonnal, qui le vend par la suite en 1747 à Jean Mouton de la Clotte. Devenus banquiers, les Mouton sont anoblis au début du  XVIIIe siècle et achètent le château de la Clotte dont ils prennent le nom. Jean Mouton de la Clotte décide de faire abattre le château féodal d’Assas qu’il vient d’acheter et d’y faire construire une résidence d’été en 1759-1760. C’est l’édifice que nous connaissons aujourd’hui. C’est en 1949 que Robert Demangel, ancien directeur de l’École française d’Athènes en fait l’acquisition. Il appartient aujourd’hui à ses héritiers.

On attribue la paternité du château d’Assas à Jean-Antoine Giral, membre d’une influente dynastie d’architectes montpelliérains. Celle-ci est flanquée de deux pavillons à pans coupés, dotés d’un étage supplémentaire dominant le corps central. Le rythme est accentué par des pilastres ioniques en ordre colossal, couronné d’une balustrade de pierre.

La démolition du château de la Mosson (1758) ayant précédé de peu la construction d’Assas, divers éléments provenant de cet édifice ont été remployés, notamment la ferronnerie des balcons du premier étage et un grand lustre. Les boiseries qui décoraient le grand salon ovale d’Assas, elles aussi en provenance de la Mosson, ne sont cependant plus visibles : elles ont été vendues au XIXesiècle.

L’intérieur a conservé sa disposition et les circulations d’origine. En remplacement des boiseries de la Mosson, de grandes toiles peintes par Jacques de Lajoüe ornent les murs du grand salon. Elles ont pour sujet les arts et les sciences. Ce salon présente un petit orgue positif baroque et, surtout, le clavecin du XVIIIe siècle dont nous retrouvons plusieurs enregistrements du claveciniste Scott Ross. 

L’ensemble comprenant le château et ses deux galeries fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 14 septembre 1975. Les façades et toitures de la tour-pigeonnier font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 10 avril 1989.

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Simone Demangel, propriétaire du château d’Assas, grande résistante bien connue des habitants de la région pour son civisme et ses actions au sein du conseil municipal de Montpellier, fait l’acquisition en 1965 d’un clavecin français du XVIIIème siècle attribué au facteur lyonnais Donzelague.

Il s’agit d’un des plus beaux spécimens de la facture instrumentale française, grâce auquel Simone Demangel sût créer à Assas une ambiance favorable à la culture et aux échanges artistiques, faisant de sa maison un des hauts lieux de la musique baroque. Les grands clavecinistes deviendront alors des habitués d’Assas, Scott Ross, Gustav Leonhardt, William Christie, Kenneth Gilbert, Pierre Hantaï, Frédérick Haas, Benjamin Alard, Jean Rondeau…

C’est le 12 août 1969 que Scott Ross, jeune claveciniste surdoué alors inconnu du public, donnait son premier récital au château d’Assas, ouvrant la voie à cinquante années de vie musicale intense où récitals, enregistrements et masterclasses se succédèrent. Ainsi, de nombreux étudiants européens, américains ou japonais participeront à la création des premières Académies Internationales de Musique Ancienne en Occitanie. (Source : lefestival.eu)

Bien entendu, tous les concerts seront captés en audio et vidéo par les équipes de France Musique !

Un avant-goût avec ma sonate fétiche de Scarlatti, la K 141 (K comme Kirkpatrick) :

D’abord avec Scott Ross :

Puis dans un tout autre tempo – ce qui prouve, s’il en était besoin, l’extraordinaire liberté, la fantaisie inépuisable du compositeur…et de l’interpète ! – Jean Rondeau

Et comme c’est « le » bis favori de Martha Argerich…

Scarlatti au piano, c’est un autre sujet ! On y reviendra !

Picasso et la musique

IMG_6056Ce jeudi avait lieu le vernissage de l’exposition d’été du Musée Fabre de Montpellier : Picasso, donner à voir

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Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première fois, dans l’histoire du musée montpelliérain, qu’une grande exposition est consacrée à Picasso, comme l’ont rappelé Michel Hilaire, le directeur du Musée Fabre, et Laurent Le Bon, le président haut en couleurs du Musée Picasso de Paris. Ce n’est évidemment pas dans la cohue d’un vernissage qu’on peut apprécier la qualité des oeuvres rassemblées et leur mise en espace. On y reviendra au calme…

Comme nous l’avons déjà fait les années précédentes, l’occasion était trop belle de nouer un partenariat entre cette exposition et le Festival Radio France, placé sous l’égide de la Douce France. 

Le lien entre Picasso et la programmation du Festival ? Une oeuvre, Le Tricorne, une commande des Ballets russes  à Manuel de Falla, créée en 1919 par Ernest Ansermet. dans des décors signés Picasso ! Les deux suites du Tricorne sont au programme du concert du 16 juillet 2018, que donnera une formation que je connais bien (!) pour exceller dans la musique française, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, mon cher Christian Arming (avec une soliste d’exception qui m’est tout aussi chère, Beatrice Rana). 

C’est d’ailleurs à Liège que j’ai pu voir les esquisses de Picasso pour ces décors du Tricorne, dans la grande exposition parrainée par Anne Sinclair à l’automne 2016 pour l’inauguration de La Boverie.

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Je ne surprendrai personne en disant que la version du créateur de l’oeuvre est depuis toujours une référence, et occupe une place à part dans ma discothèque. J’attends avec impatience ce que les Liégeois nous offriront dans un mois.

La collaboration de Picasso avec les Ballets russes ne s’est pas limitée au Tricorne, comme le rappelle une exposition au MUCEM de Marseille, qu’il faut se dépêcher d’aller voir (elle se termine le 24 juin).

En 1917, c’est le scandale Parade de Satie. Collaboration renouvelée en 1924 pour Mercure.

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Un an après le Tricorne, toujours dans l’incroyable floraison créatrice des Ballets russes, Ansermet retrouve Picasso pour la création le 15 mai 1920, à l’Opéra de Paris, de Pulcinella de Stravinsky

 

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Un an plus tard, au théâtre de la Gaité lyrique à Paris, l’Espagne natale du peintre et du compositeur du Tricorne revient en force avec Cuadro Flamenco, une suite de danses populaires andalouses arrangée par Manuel de Falla

Le sujet Picasso et la musique ne s’arrête évidemment pas à ces collaborations remarquées à l’époque trépidante des Ballets russes. Je ne sais combien de toiles la musique et les musiciens ont inspirées à Picasso…

64e5cfc6bf767b9343a79e24af90e02d(Picasso, Trois musiciens, 1921)

Le label Naïve avait réalisé, il y a une dizaine d’années, une intelligente compilation des musiques qui ont inspiré et nourri le peintre.

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En approche

J’aime bien ce titre du Metropolitain : Festival Radio France, en approche. 

Mardi dernier, une actualité qui faisait le grand écart entre l’attaque terroriste de Liège, le récital de Sonya Yoncheva, la visite de François Hollande à la librairie Sauramps et un rendez-vous avec le public et la presse au Gazette Café de Montpellier.

J’avais bien entendu quelques remarques, plus amicales que critiques, sur le choix qui avait été fait d’annoncer l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM) le 16 mai, lors d’un rendez-vous parisien exceptionnel, puisque organisé au siège de la Garde républicaine ! (lire : Conférence de presse)

Mais Paris n’excluait pas Montpellier, bien au contraire. Et j’avais réservé pour cette rencontre du 29 mai une surprise pour les présents au Gazette Café : Paul Meyer, ami et complice de tant d’aventures musicales et humaines.

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Extraits du papier du Métropolitain sur cette présentation du #FestivalRF18

« Le directeur du festival a laissé libre cours à sa folie pour mettre sur un pied un programme à la fois dense (175 concerts, souvent gratuits, dans 60 lieux à travers le territoire languedocien), varié (opéras, concerts symphoniques, musique de chambre, récitals et jazz, sans oublier le festival Tohu-Bohu) et surtout un peu déjanté, ou original, c’est selon… 

La chanson française à l’honneur

L’originalité commence avec ce drôle d’intitulé, « Douce France » ? Parce que, d’abord, ce 34ème festival reprend le titre d’une célèbre chanson de Charles Trenet pour faire la part belle à la chanson française, du Fou Chantant à Jacques Brel, en passant par Barbara, Aznavour, Gainsbourg, Legrand ou encore Stromae.

Deux grands spectacles dédiés à la chanson françaises sont programmés les 15 et 16 juillet à Montpellier et au Garric (Tarn). Mais aussi parce que le festival 2018 rend hommage à des compositeurs étrangers qui ont vécu en France : Chopin, Liszt, Offenbach… « Satie, Poulenc, Chausson, Saint-Saëns, Ravel, Fauré ou encore bien évidemment Claude Debussy sont également au programme lors d’une soirée « mélodie française », avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa et le pianiste Fazil Say », précise le directeur.

La Garde Républicaine a du choeur… « J’avais envie de faire venir la Garde républicaine à Montpellier. C’est fait ! (rires). Elle sera l’hôte d’honneur du festival 2018 avec 140 musiciens et choristes sur scène ! Elle ouvrira le bal dès le 10 juillet à Montpellier pour 6 dates. Et parmi celles-ci, une création : le 26 juillet proposera un spectacle particulier avec la symphonie humoristique Les cris de Paris, de Jean-Georges Kastner, contemporain de Berlioz, sous la direction d’Hervé Niquet »….

Focus sur la nouvelle génération

« Mais le rôle du Festival Radio France est aussi de soutenir la musique contemporaine », reprend Jean-Pierre Rousseau. A Montpellier, des compositeurs représentant la nouvelle génération seront à l’honneur : Sophie Lacaze, Benjamin Attahir, Karol Beffa, Guillaume Connesson et Éric Tanguy. « La force d’un festival, c’est aussi la prise de risque et la volonté de faire découvrir des œuvres », ajoute le directeur : « Nous proposerons trois recréations d’œuvres françaises des 18ème et 19ème siècles. Outre les Cris de Paris, le festival présentera Issé et Kassya ».

Chemin faisant vers Compostelle

Toujours pour les mélomanes, de la folie encore avec le programme spécial « Chemin de Saint Jean de Compostelle », comme un hommage à l’Occitanie. Le festival proposera 6 concerts le même soir (le mercredi 25 juillet à 21h) le long du célèbre chemin dans des villes étapes célèbres : Montpellier, Villeuneuve d’Aveyron, Saint Gilles, Cahors, Conques et Arles-sur-Tech. « C’est aussi l’occasion de fêter le 20ème anniversaire de l’inscription du Chemin de Saint Jean de Compostelle au patrimoine mondial de l’Unesco »

555 sonates, presque démoniaque

Enfin, on ne peut pas passer sous silence le pari dingue de Marc Voinchet, le directeur de France Musique… Durant toute la durée du festival, l’intégralité des 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti seront interprétées dans 13 lieux différents en Occitanie, soit 35 concerts avec 30 instrumentistes, parmi lesquels Lars-Ulrik Mortensen, Paolo Zanzu, Frédérick Haas et Arnaud de Pasquale… (Metropolitain, 31 mai 2018).

Mardi nuit et soleil, de Liège à Montpellier

Il est des jours où l’exercice du blog est singulièrement difficile, quand le drame percute une actualité joyeuse. Hier ce fut le grand écart entre Liège et Montpellier.

Lorsque j’ai reçu une alerte en fin de matinée sur l’attentat de Liège, je ne savais pas où il s’était produit, mais j’ai tout de suite pensé à ce 13 décembre 2011 de très sinistre mémoire, 5 morts et plusieurs dizaines de blessés, sur la place Saint-Lambert au coeur de la Cité ardente. Et puis, au cours de l’après-midi, j’ai regardé les premières images, de lieux si familiers, au croisement du boulevard d’Avroy, de la rue des Augustins, du boulevard Piercot. J’y suis passé au moins quatre fois par jour pendant plus de dix ans, faisant le trajet de mon domicile à mon bureau. La Salle Philharmonique, siège de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, est à moins de 50 mètres de l’Athénée (lycée) Léonie de Waha.

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C’est devant ce lycée qui porte le nom d’une grande féministe belge, Léonie de Waha, que deux policières ont été sauvagement assassinées, c’est sur la façade de ce superbe édifice moderniste, dû à l’architecte Jean Moutschen, inauguré en 1938, restauré au cours de la dernière décennie, qu’on trouve ce bas-relief de Louis Dupont … « L’insouciance de la jeunesse« …

1024px-Liège,_Athénée_Léonie_de_Waha,_reliefOn n’ose imaginer ce qui se serait produit si de courageux employés de l’Athénée n’avaient eu le réflexe de fermer les accès à l’établissement et de faire sortir les enfants par l’arrière.

Finalement, j’aurais pu dire ce qu’une jeune fille répondait hier aux caméras qui l’interrogeaient sur les lieux du crime : « Je passe ici tous les jours, je n’arrive pas à croire que cette horreur a eu lieu ici ». 

Je découvre ce matin ce beau texte : Après l’orage

À Montpellier, ce mardi avait des couleurs plus ensoleillées : la présentation du Festival Radio France au Gazette Café, avec un invité de luxe, Paul Meyer, qui nous a offert deux premières mondiales. On y reviendra demain…

Et le soir un récital, à l’opéra Berlioz, de ma très chère Sonya Yoncheva (et de son petit frère Marin Yonchev), magnifiquement accompagnés par Daniel Oren et un orchestre de Montpellier en grande forme.

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Une généreuse soirée tout Verdi, que les Parisiens peuvent retrouver ce vendredi au Théâtre des Champs-Elysées.

719jZJo97CL._SL1500_Un regret : « l’oubli » – ce ne peut qu’être que cela ! – dans la « bio » de la cantatrice publiée dans le programme distribué aux spectateurs de la participation de Sonya Yoncheva à deux soirées inoubliables du Festival Radio France – Iris de Mascagni en 2016, et Siberia de Giordano en 2017. Avec le même orchestre de Montpellier. Le public avait rectifié de lui-même…

Immortels

Pourquoi pleurer la mort d’un musicien, d’un artiste, d’un créateur ? Pour ses proches, la douleur, la peine, la tristesse sont compréhensibles, mais pour nous autres qui ne les avons connus que de loin ou par le seul truchement d’un média, quel sens notre affliction a-t-elle, surtout si elle s’affiche d’abondance sur les réseaux sociaux ? Comme s’il fallait participer à l’émotion collective obligée…

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J’ai partagé ici quelques souvenirs de Maurane (La dernière fugue) parce que je l’ai un peu connue et j’aime lire les témoignages d’amis qui ont eu le bonheur de travailler avec Gérard Jouannest et qui sont sincèrement touchés par sa disparition hier à l’âge de 85 ans.

Mais comme Maurane, comme Brel dont il fut beaucoup plus que l’accompagnateur – le compositeur de 35 de ses chansons – Gérard Jouannest est immortel. Parce que, comme l’a écrit Charles Trenet et chanté Juliette Gréco : 

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l’auteur
Sans savoir pour qui battait leur coeur…

Je pense aujourd’hui à celle qui fut la compagne à la scène comme à la ville de Gérard Jouannest, à cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées en juin 2009, à jamais gravée dans ma mémoire (Le grand art de Juliette Gréco met K.O. le public du Théâtre des Champs-Elysées), je pense à vous, Madame Gréco, native de Montpellier, que la maladie a privée de l’incroyable énergie que vous nous offriez si généreusement.

Merci à la Radio Télévision suisse d’avoir restitué ce document. Amours immortelles…