Pourquoi Lars ?

La mort, annoncée il y a quelques instants, du pianiste et chef d’orchestre allemand Lars Vogt me, nous révolte. Comme le baryton russe Dmitri Hvorostovsky, le musicien n’avait rien caché du cancer qui le rongeait et qu’il semblait avoir surmonté. Et puis le cancer l’a vaincu, à 51 ans. Et la tristesse submerge ceux qui aimaient l’homme autant que le musicien.

J’ai connu Lars Vogt d’abord par le disque, puis je l’ai entendu « en vrai » dans un contexte tragique – l’attentat contre Charlie Hebdo – : lire Le silence des larmes. Quand il a été nommé en 2019 chef de l’Orchestre de chambre de Paris, je m’en suis réjoui pour l’orchestre d’abord, pour la vie musicale parisienne aussi, et j’en avais félicité la présidente – Brigitte Lefèvre – et le directeur général – Nicolas Droin. Mais la réjouissance a été de courte durée, Lars Vogt n’ayant rien caché du combat auquel il était confronté : lire dans Diapason Son combat contre le cancer.

Je reviendrai sur la discographie de ce magnifique musicien, qui n’a pas eu en France la notoriété qu’il avait acquise dans son pays natal et au Royaume-Uni. Sur sa « carrière » aussi qui était tout sauf d’une star, mais d’un homme immensément cultivé et curieux.

Ecoutons-le dans Schumann

Lars Vogt et l’Orchestre de chambre de Paris ont juste eu le temps d’enregistrer les concertos de Mendelssohn. Un disque indispensable. Il faut écouter ce que Lars Vogt en dit.

So long Lars…

So Scottish !

#FestivalRF22 #SoBritish

Arrivé ce dimanche à Montpellier, je découvre une ville pavoisée aux couleurs du Festival Radio France, avec sans doute pour beaucoup un sentiment de déjà vu, l’affiche rappelant les milliers de drapeaux vus à Londres pendant les cérémonies du jubilé de platine de la reine Elisabeth II.

Aux journalistes qui m’interrogent sur les « temps forts », voire mes concerts préférés, je réponds invariablement qu’on ne demande jamais à un père de choisir parmi ses enfants ! Et que si nous avons programmé ces artistes, ces oeuvres, ces lieux, c’est que nous sommes convaincus que chaque concert sera exceptionnel ! L’eau tiède, le mainstream, très peu pour nous !

Maxim et le SCO

Mais il est vrai que si je suis allé passer quelques jours en Ecosse à l’automne 2019 (From Scotland), c’était pour préparer une invitation à laquelle je tenais particulièrement : celle du Scottish Chamber Orchestra, et de son actuel chef, Maxim Emelyanychev, à peine plus âgé (33 ans) que le pianiste Benjamin Grosvenor.

C’est peu dire que Maxim Emelyanychev est un surdoué, claveciniste, pianiste, chef, abordant avec une égale curiosité et une même réussite les répertoires les plus vastes. Et en particulier la période « classique ».

Le jeune chef a gardé un lien fort – aujourd’hui interrompu pour les raisons que l’on sait – avec les musiciens de sa ville natale, comme en témoigne ce disque passionnant.

Avec le Scottish Chamber Orchestra, il a gravé une 9ème symphonie de Schubert qui redonne un fameux coup de jeune, sans les excès narcissiques de certains (ne suivez pas mon regard : Prétention), à une oeuvre d’un jeune homme de 30 ans (Schubert est mort à 31 ans en 1828 !).

Je ne peux évidemment que conseiller vivement d’assister aux deux dernières soirées du Festival, avec le Scottish Chamber Orchestra, Maxim Emelyanychev et en soliste Benjamin Grosvenor.

Le jeudi 28 juillet, avec le programme suivant (Flower of Scotland)

Vaughan-Williams : Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis

Beethoven : Concerto pour piano n°4

Mendelssohn : ouverture Les Hébrides

Mozart : Symphonie n°38.

Le vendredi 29 juillet, pour la Last Night, la première française de Eleven de James MacMillan (je reparlerai de ce compositeur et de la scène actuelle de la création britannique), le concerto n°3 de Beethoven et la dernière symphonie de Haydn, la n°104 bien nommée « Londres ».

Réservation recommandée : lefestival.eu

Retours

On a appris cette semaine deux bonnes nouvelles.

La comète Alexia

Alexia revient. Sylvain Fort signait dans Forumopera un billet plein d’espoir : Alexia Cousin, un retour plein d’usage et de raison.

J’ai plusieurs fois évoqué Alexia Cousin dans ce blog et de précédents. Je l’avais entendue en 1998 à la maison de la Radio lorsqu’elle remporta le concours Voix Nouvelles à 18 ans, et de 2000 à 2005 je l’ai suivie, engagée, entendue à Genève, Liège, Paris…

Dans ce documentaire produit pour marquer le mandat de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, il y a de précieux extraits d’Alexia Cousin en concert : à 2’09 dans Ravel et à 14’30 dans Beethoven.

alexiacousin.com

Réhabilitation

Les musiciens de la Staatskapelle de Dresde ont choisi celui qui succèdera en 2024 à leur actuel directeur musical Christian Thielemann : ce sera Daniele Gatti. Et pour le chef italien une réhabilitation définitive et éclatante après sa bien peu glorieuse éviction d’Amsterdam en 2018 (Remugles). Lire le papier d’Hugues Mousseau pour Diapasonmag : Daniele Gatti à Dresde, une logique d’excellence

Daniele Gatti en février dernier à la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France au Théâtre des Champs-Elysées.

Grâce à YouTube, je retrouve un grand souvenir d’il y a huit ans presque jour pour jour. J’avais entraîné Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, au concert que donnaient l’Orchestre national et le choeur à la Basilique de Saint-Denis, le 27 juin 2014, sous la direction de Daniele Gatti pour une rareté au concert : l’oratorio Elias de Mendelssohn. Il faisait chaud, nous étions bien mal assis sur les chaises bien raides de l’église, mais quel souffle, quelle grandeur !

Sous les pavés la musique (XI) : Solti à Londres

Reprenons le fil après l’interruption involontaire survenue il y a une semaine (Une expérience singulière) non sans avoir exprimé ma gratitude aux amis et lecteurs de ce blog pour leurs messages de soutien et de réconfort.

J’avais donc reçu un coffret de 36 CD, commandé il y a plusieurs semaines :

Decca a entrepris, semble-t-il, de rééditer, au fil des ans, le legs discographique considérable du chef anglais d’origine hongroise, Georg Solti (né le 21 octobre 1912 à Budapest et mort le 5 décembre 1997 à Antibes). En 2017, un énorme pavé de 108 CD reprenait tous les enregistrements réalisés à Chicago (lire : Solti à Chicago). Normal après tout, puisque Solti a été le patron du Chicago Symphony durant 22 ans, de 1969 à 1991, et directeur musical honoraire jusqu’à sa mort.

Ce nouveau coffret « londonien » couvre une première période de 1949 au début des années 70 – avec le London Symphony, le London Philharmonic et l’orchestre de l’opéra royal de Covent Garden – puis plus tardivement dans les années 90 essentiellement avec le LPO.

Ce coffret est un bon résumé de ce qu’on a aimé… et moins aimé chez ce grand chef.

Les gravures londoniennes des oeuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois ou avec plusieurs orchestres sont toujours préférables – c’est vrai pour Bartok et Mahler. L’énergie débordante, la précision rythmique, qui sont la marque du jeune Solti y sont flagrantes, y compris dans des répertoires inattendus : la Gaîté parisienne de Rosenthal d’après Offenbach, gravée en 1958 avec l’orchestre de Covent Garden, est menée à un rythme d’enfer.

Plus les années passent, plus Solti succombe à une sorte de perfection marmoréenne, glacée comme dans les symphonies londoniennes de Haydn, gravée dans les années 80 (quelle lourdeur dans les menuets !). il n’est que de comparer les mêmes symphonies enregistrées avec le même orchestre (le London Philharmonic) avec Eugen Jochum ! Chez Jochum, tout vit, tout pétille… avec Solti on passe complètement à côté de l’esprit même du compositeur.

Les Anglais, Elgar, Walton, réussissent particulièrement à Solti. On se demande ce qu’il aurait fait des symphonies de Vaughan Williams par exemple.

Mozart: Symphony No. 25 in G minor, K183

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 24 in C minor, K491

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 25 in C major, K503

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Piano Concerto No. 26 in D major, K537 ‘Coronation’

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 27 in B flat major, K595

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Concerto for 2 Pianos and Orchestra No. 10 in E flat, K365

  • Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Concerto for Three Pianos & Orchestra, K242

  • András Schiff (piano), Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Haydn: Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies)

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Symphony No. 4 in B flat major, Op. 60

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Mischa Elman (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 1 in D major ‘Titan’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 2 ‘Resurrection’

  • London Symphony Orchestra, Heather Harper, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 3

  • London Symphony Orchestra, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 9

  • London Symphony Orchestra

Liszt: Les Préludes, symphonic poem No. 3, S97

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Prometheus, symphonic poem No. 5, S99

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Festklänge, symphonic poem No. 7, S101

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Wandererfantasie (Schubert), S366

  • Jorge Bolet (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 1 in A flat major, Op. 55

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 2 in E flat major, Op. 63

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Violin Concerto in B minor, Op. 61

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Falstaff – Symphonic Study in C minor, Op. 68

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: In the South (Alassio), Op. 50

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Cockaigne Overture, Op. 40 ‘In London Town’

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Pomp and Circumstance Marches Nos. 1-5, Op. 39

Holst: The Planets, Op. 32

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Belshazzar’s Feast

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Coronation Te Deum

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Piano Concertos Nos. 1, 2 & 3

  • Vladimir Ashkenazy (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Violin Concerto No. 2, Sz 112

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Concerto for Orchestra, BB 123, Sz.116

  • London Symphony Orchestra

Bartók: The Miraculous Mandarin, Op. 19, Sz. 73 (suite)

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Duke Bluebeard’s Castle, Sz. 48, Op. 11

  • London Philharmonic Orchestra, Sylvia Sass, Kolos Kovats

Kodály: Háry János Suite

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Psalmus hungaricus, Op. 13

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Dances of Galanta

Kodály: Variations on a Hungarian Folksong ‘The Peacock’

  • London Philharmonic Orchestra

Rachmaninov: Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

  • Julius Katchen (piano)
  • London Symphony Orchestra

Stravinsky: Oedipus Rex

  • London Philharmonic Orchestra

Gounod: Faust – Ballet Music

  • Royal Opera House Covent Garden

Offenbach/Rosenthal: Gaîté Parisienne

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Rossini: Il barbiere di Siviglia Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Leichte Kavallerie Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Dichter und Bauer Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Ein Morgen, ein Mittag, ein Abend in Wien Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Pique Dame Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

Verdi: La traviata: Prelude to Act 1

Offenbach: Barcarolle (from Les Contes d’Hoffmann )

  • Royal Opera House Covent Garden

Verdi: La traviata: Prelude to Act 3

Rossini: Semiramide Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Ponchielli: Dance of the Hours (from La Gioconda)

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: Khovanshchina – Introduction

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: A Night on the Bare Mountain

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor Overture

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances

  • London Symphony Orchestra

On garde pour la fin ce que je considère depuis toujours comme ma version de chevet du Deuxième concerto de Rachmaninov. Julius Katchen et Solti c’est une assurance anti-guimauve et la garantie d’une virtuosité assumée.

Michel Corboz (1934-2021)

Il faut bien s’y résigner, ceux qu’on aime ne sont pas immortels. J’avais fini par croire que lui échapperait à la règle. Michel Corboz est mort aujourd’hui à 87 ans.

J’ai tant aimé l’homme, le musicien, l’artiste, même si je n’ai jamais travaillé avec lui.

Cette image de décembre 1987, la première émission de Disques en lice (Une naissance) autour de l’Oratorio de Noël de Bach, et ma première rencontre avec Michel Corboz :

(à la Radio suisse romande à Genève, de gauche à droite, François Hudry, le producteur de l’émission, JPR, Chiara Banchini, Michel Corboz et Pierre Gorjat)

Si Armin Jordan a été mon père en musique, son compatriote a été, sans le savoir, mon parrain. J’ai tant appris de lui sur tout le répertoire qu’il a exploré, parfois défriché, de Monteverdi à Bach, jusqu’à Fauré, Mendelssohn ou Brahms.

Michel Corboz était un bloc d’exigence et de bonté, de ferveur radieuse. Lire le bel article que lui consacre la Radio Télévision Suisse : Michel Corboz s’en est allé

Je reviendrai sur une discographie aussi riche que diverse: voir Michel Corboz : une discographie . En témoigne ce Requiem de… Franz von Suppé, dont Michel Corboz avait gravé une lumineuse version à la tête des forces musicales de la fondation Gulbenkian de Lisbonne

Témoignages

Depuis cette réaction à la mort de Michel Corboz, nombreux sont celles et ceux qui ont témoigné de leur attachement à ce grand musicien. Je reproduis ici deux textes, bouleversants autant qu’éclairants, rendus publics sur Facebook, l’un de Jeanne Perrin qui a travaillé avec et auprès de Michel Corboz, l’autre du merveilleux Leonardo Garcia Alarcon. Tout y est dit.

Jeanne Perrin

Son amour des bons vins, ses insomnies, ses partitions, ses lunettes, ses chaises sans barreaux, ses réponses toute prêtes pour les interviews, son sourire de circonstance, son froncement de sourcil avec le Ah bon ?, son chapeau, ses restos à proximité de l’hôtel, sa place dans le car (premier tiers avant à tribord), ses chaussettes en fil d’Écosse, ses colères monumentales, ses baguettes de direction différentes selon les compositeurs (courte et trapue pour le Rossini, longue et brute pour le Schubert), sa mauvaise foi, son humour, sa manière de nous pétrir le bras, sa simplicité, sa manie de changer le plan de scène, ses migrations de piano à chaque concert qui nous font noter sur la fiche technique Mettez le piano où vous voulez, de toute façon ça n’ira pas, son sens helvétique du timing, sa force de devenir à lui tout seul le quatrième mur, son siège de contrebasse, son intérêt sincère pour la vie des gens, pour les gens, pour leur histoire, ses enfants, ses blagues grivoises qu’il raconte dans le car en tournée dans la Loire, sa manière de siffler le rythme qu’on distingue jusque sur le CD, ses bobos qui apparaissent quand il n’est plus occupé et qu’il a le temps de se regarder le nombril, ses bobos plus sérieux.Son sourire humble d’artiste très ému, celui qu’il affiche à l’occasion des saluts et quand il serre chaleureusement la main à quelqu’un qu’il ne remet pas du tout… Le seul mot qu’il connaisse en anglais (Begining !), qui oblige Sinfonia Varsovia à recommencer au début de l’œuvre alors qu’on aurait pu reprendre à la mesure 52 – mais 52, il ne sait pas dire…Ses maisons qu’il aime à Lausanne, Cevins et Lens et les trajets qui en résultent, sa manière de parler du dernier match de Federer 4 secondes avant d’entrer en scène, le rendez-vous chez Pablo après la répétition, ses phrases assassines (Votre la aigu était excellent, formidable ! Dommage qu’il vous serve de si bémol !), sa manière de s’adresser en allemand à toute personne qui ne parle pas français, son allemand de cantate et son italien d’opéra, sa manie d’être toujours en avance et de laisser entendre que les autres sont en retard, sa carrière, sa générosité, les amis restés en arrière, ses salutations par mail issues d’un autre siècle, toutes ces messes, sa discographie, sa filmographie et ses séances de dédicaces qu’il honore en traînant les pieds, sa Prius rouge, sa culture qu’il n’étale pas, ses petits-enfants, son salut par les œuvres, ses yeux devant le plateau des desserts du Baron Lefebvre, ses remèdes miracle découverts cette nuit sur internet. Tout ça et bien plus encore. Son panache.Tant d’églises, de cathédrales, d’abbatiales, de salles de concerts, tant de messes grandes et petites, de requiem, de cantiques… Tu l’auras bien gagné, ton paradis. Bon voyage.

Leonardo Garcia Alarcón

Michel Corboz, le Grand, vient de quitter ce monde. Il n’y a pas de mots pour dire exactement à quel point ce musicien hors pair a inspiré les voix et les instrumentistes qui ont travaillé avec lui.Son bras dialoguait avec d’autres mondes et ses mains donnaient corps et chair au silence, le transformant en Musique, une Musique qui naissait dans un lieu que lui seul fréquentait. Je n’oublierai jamais nos concerts de la Passion selon saint Matthieu au Teatro Colón de Buenos Aires le 4 août 2000 et dans la cathédrale de La Plata (ma ville natale) le 6 août 2000, miracles inégalés pour moi dans une salle de concert. Les solistes étaient tous argentins, Bernarda Fink, Adriana Fernández, Víctor Torres, Markus Fink et un évangéliste dont, hélas, je ne me rappelle pas du nom. Qu’il me pardonne.Juan Manuel Quintana a la viole de gambe ( Michel l’aimait tellement, avec raison) . Je dois faire une confession publique, c’est le jour pour ça. Michel Corboz m’a montré une voie, une voie de relation directe avec les sons, avec le « bel canto », avec la respiration et la dynamique. J’ai pu lui dire cela plus tard. En observant ce que j’obtenais grâce à sa direction, j’ai commencé à me méfier de trop d’intellect appliqué à la musique, du microcosme ornemental dont on peut habiller les grandes œuvres et de la recherche d’un esthétisme superficiel sans profondeur métaphysique.La foi de Corboz en la musique dépassait tout.Il est impossible de revenir en arrière après avoir vécu une expérience musicale avec cet artiste unique. Je pense qu’il faudrait inventer un vocabulaire pour définir la ligne vocale qu’il obtenait avec ses gestes et ses mouvements, à la fois plastiques et solides, aériens mais avec un densité spécifique.Il était sans doute un « médium » entre le Ciel et Terre, ou plutôt entre le monde extérieur et les profondeurs de nos âmes. Je ne pense pas exagérer dans ce que je dis, car tous ceux qui l’ont connu pensent, je le crois, comme moi. Un grand alchimiste nous a quittés.Nous nous sentons comblés par sa mémoire éternelle, mais orphelins de son charisme, de ce regard et de ce sourire indéfinissables qui contenaient toutes les émotions humaines et cachaient un mystère que je n’ai jamais pu dévoiler.J’ai eu le plaisir de partager une table avec lui à Buenos Aires. Tout ce qu’il a partagé sur Johann Sebastian Bach, la musique ancienne et la musique polyphonique en général, la Résurrection de l’Ercole Amante de Cavalli, le Vespro de Monteverdi, le Dixit de Haendel, ou même sa pratique des instruments anciens et son expérience avec eux, je pense qu’il mérite que je transcrive à mon tour. Je n’étais qu’un jeune musicien de 23 ans, mais je pense que je pouvais déjà me rendre compte de la grandeur de celui qui était en face de moi. Monsieur Corboz, merci de m’avoir guidé dans de nombreux choix artistiques de manière constante, comme cela a été le cas, je crois, pour tous les musiciens qui ont été irradiés par votre personnalité artistique. Haendel et Bach doivent se faire concurrence pour savoir quelle musique vous accueillera dans ce voyage.Merci Michel . Je vous remercie encore et encore

Lire aussi : Michel Corboz, une discographie

La quarantaine rugissante

Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.

Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)

Voir tous les détails du coffret ici : Muti l’intégrale symphonique

Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.

Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.

Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement

La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…

J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…

Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !

Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)

Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !

Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?

* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !

Peter le Suisse

Il est mort il y a vingt ans, le 16 avril 2001. Il n’a jamais été une star de la baguette, même s’il a attiré très tôt l’attention du public, de ses confrères chefs, par des dons précoces.

Peter Maag est l’un des rares chefs d’orchestre suisses, avec Ernest Ansermet, Armin Jordan ou Silvio Varviso à avoir fait une carrière internationale au XXème siècle. Né le 10 mai 1919 à Saint-Gall, il est mort à Vérone. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas le sens de l’auto-promotion et ne recherchait ni les honneurs ni les postes.

La collection Eloquence de Decca vient rappeler, en un coffret de 20 CD, l’originalité du talent de Peter Maag, des disques réalisés pour l’essentiel au début de sa carrière pour Decca ou, plus rarement, pour Deutsche Grammophon.

Mozart d’abord, dont Peter Maag fut l’un des hérauts. Malheureusement une discographie très hétérogène, avec des labels, des orchestres très divers.

Une leçon de style, comme dans Schubert, Mendelssohn ou Brahms.

Peter Maag n’a jamais eu de poste fixe, sauf à Berne dans les années 1990. Il était trop indépendant, ou trop dépendant de ses humeurs, refusant le poids de la célébrité. Après avoir triomphé à l’opéra au début des années 60, il se retire deux ans durant dans un monastère bouddhiste !

Maurizio Jacobi évoque de jolis souvenirs des dernières années italiennes de Peter Maag :

D’un point de vue artistique, il était certainement un grand chef d’orchestre ; quelques gestes, souvent sans baguette et avec des mains qui semblaient rétrécies ; mais des gestes essentiels et très clairs. Et puis, il avait un sens de la narration fluide et de la structure globale.
Il avait beaucoup de métier, mais c’était avant tout un artiste ; s’il n’était pas d’humeur, il semblait s’ennuyer ; d’où une certaine réputation de discontinuité, et pourtant il y avait toujours un moment où l’on avait l’impression, même dans les répertoires les plus connus, de découvrir des beautés que l’on n’avait jamais saisies auparavant : de vrais trucs de musicien.

Personnellement, je préfère encore cela à la perfection ou à l’exécution parfaite de chefs d’orchestre célèbres dirigeant des orchestres d’une impeccable froideur.
Maag en revanche ne dédaignait pas de diriger des orchestres « mineurs », dont il pouvait tirer un son bien à lui, transparent, jamais écrasant même dans les fortissimi.
Il cherchait un équilibre « mozartien » ; et justement, Mozart est un compositeur d’une mystérieuse ambiguïté, avec un risque très élevé d’interprétation incomplète ou de fausse représentation.
Avec Mozart notamment, Maag a atteint des sommets d’interprétation, anticipant même les critères philologiques actuels, qu’il n’appréciait pas particulièrement.
(in Wanderersite.com).

Merci à Cyrus Meher-Homji, le responsable de cette collection Eloquence, qui explore, remet au jour, revivifie des trésors parfois oubliés ou négligés de l’immense fonds Decca, Philipe ou Deutsche Grammophon.

C’est à lui qu’on doit ces 20 CD

Seule déception de ce coffret, le disque de concertos de Schumann et Chopin enregistré pourtant en 1962 – en stéréo – Londres par le magnifique pianiste chinois disparu il y a quelques mois, Fou Ts’ong. Prise de son très médiocre en mono ! Cyrus Meher-Homji a reconnu que les bandes originales avaient été perdues, et qu’il ne disposait que de cette prise.

Mozart: Serenade No. 4 in D major, K203 ‘Colloredo’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Serenade No. 9 in D major, K320 ‘Posthorn’

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 28 in C major, K200

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 29 in A major, K201

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Orchestre de la Suisse Romande
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 32 in G major, K318

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Clarinet Concerto in A major, K622

  • Gervase de Peyer (clarinet)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Horn Concertos Nos. 1-4

  • Barry Tuckwell (horn)
  • London Symphony Orchestra
  • Peter Maag

Mozart: Piano Concerto No. 13 in C major, K415

  • Julius Katchen (piano), Peter Maag
  • New Symphony Orchestra of London

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Julius Katchen (piano), New Symphony Orchestra of London, Peter Maag

Mozart: Violin Concerto No. 3 in G major, K216

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Violin Concerto No. 5 in A major, K219 ‘Turkish’

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373

  • Joshua Bell (violin), Peter Maag
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Notturno in D major K286

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Serenade No. 6 in D major, K239 ‘Serenata Notturna’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Lucio Silla, K135: Overture

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Thamos, König in Ägypten, KV 345: four interludes

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K509

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (6), K600

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (4), K602

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: German Dances (3), K605

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mozart: Madamina, il catalogo è questo (from Don Giovanni)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Se vuol ballare (from Le nozze di Figaro)

  • Fernando Corena (bass), Peter Maag
  • Orchestre de la Suisse Romande

Mozart: Ah se in ciel, benigne stelle, K538

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Mass in C minor, K427 ‘Great’ – Et incarnatus est

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Exsultate, jubilate, K165 – Alleluia

  • Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: Hebrides Overture, Op. 26

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream – incidental music, Op. 61

  • Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Les Sylphides (arr.Douglas)

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Guillaume Tell Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La Cenerentola Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: Semiramide Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Rossini: La gazza ladra Overture

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Delibes: La Source – suite

  • Peter Maag
  • Paris Conservatoire Orchestra

Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Grieg: Piano Concerto in A minor, Op. 16

  • Peter Jablonski (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Paër: Leonora

  • Siegfried Jerusalem (tenor), Ursula Koszut, Giorgio Tadeo, Edita Gruberova (soprano), Peter Maag
  • Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks

Verdi: Luisa Miller

  • Montserrat Caballé (soprano), Luciano Pavarotti (tenor), Sherrill Milnes (baritone), Peter Maag
  • National Philharmonic Orchestra

Bellini: Oboe Concerto in E flat major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Salieri: Concerto in C major for flute & oboe

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Cimarosa: Oboe Concerto in C major / C minor

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Donizetti: Concertino for English horn and orchestra in G major

  • Heinz Holliger (oboe), Peter Maag
  • Bamberger Symphoniker

Dvořák: Violin Concerto in A minor, Op. 53

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Ravel: Tzigane

  • Edith Peinemann (violin), Peter Maag
  • Czech Philharmonic Orchestra

Wagner: In fernem Land (from Lohengrin)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Inbrunst im Herzen (from Tannhäuser)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nur eine Waffe taugt (from Parsifal)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Winterstürme wichen dem Wonnemond (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Ein Schwert verhieß mir der Vater (from Die Walküre)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Nothung! Nothung! Neidliches Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Hoho! Hoho! Hohei! Schmiede, mein Hammer, ein hartes Schwert! (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Dass der mein Vater nicht ist (from Siegfried)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Wagner: Brünnhilde, heilige Braut! (from Götterdammerung)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Beethoven: Gott! Welch Dunkel hier! (from Fidelio)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Weber: Nein! länger trag’ ich nicht die Qualen…Durch die Wälder (from Der Freischütz)

  • Ticho Parly (tenor), Deutsche Oper Berlin (opera company), Peter Maag

Schumann: Piano Concerto in A minor, Op. 54

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Chopin: Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21

  • Fou Ts’ong (piano), Peter Maag
  • London Symphony Orchestra

Mauvais traitements (IV) : une affaire de tempo

J’ai commencé cette série de chroniques par Schubert (Quand ça se termine mal pour Schubert) et j’y reviens aujourd’hui… pour les mêmes raisons.

Schubert est le compositeur de l’intime, de la tendresse, de la douleur retenue, des bonheurs simples et bucoliques.

Dans ses symphonies, les indications de tempo sont tout sauf précises, elles donnent une idée, une allure, de ce que le compositeur avait en tête. D’où des différences, parfois abyssales.

Allegro moderato (6ème symphonie)

Le meilleur exemple en est donné par le finale de la 6ème symphonie marqué « allegro moderato » (bel oxymore !)

Karl Böhm penche nettement du côté moderato :

Mais il est largement battu par un Harnoncourt soporifique !

Le jeune Lorin Maazel, en 1961, oublie complètement le « moderato »

Quarante ans plus tard, il récidive en public avec l’orchestre symphonique de la radio bavaroise – dont il fut le directeur musical de 1993 à 2002.

Ecouter à partir de 17’12

Si le chef américain voulait démontrer la virtuosité collective de son orchestre, c’est réussi. En revanche, on est à des lustres de l’humeur joyeuse de Schubert, plutôt dans une bande-son d’un Tom and Jerry ! À côté de la plaque.

Dans la jeune génération, Andres Orozco Estrada fait la preuve qu’on peut adopter un tempo rapide et varier les atmosphères : la reprise du thème comme un écho alenti de l’allégresse initiale, une trouvaille ! Et quel magnifique orchestre ! à partir de 22’02

A l’inverse, on ne pourra pas accuser René Jacobs d’irrégularité métronomique. Ce dernier mouvement avance désespérément tout droit, comme si le chef s’y ennuyait, avant de décider de bousculer la coda pour en finir !

Et si les clés de cet « allegro moderato » se trouvaient dans la version du Viennois Josef Krips ? Tout y est, un tempo alerte, l’humeur joyeuse qui musarde, s’attarde, la respiration collective d’un orchestre dont ce n’était pas le répertoire d’élection.

Andante (9ème symphonie)

Je ne devrais pas l’écrire, mais, s’agissant de la « Grande » 9ème symphonie de Schubert, je ne trouve pas ses longueurs toujours « divines« , pour reprendre un mot prêté à Schumann qui se démena pour faire créer l’oeuvre, le 21 mars 1839, neuf ans après la mort du compositeur (c’est Mendelssohn qui dirigeait l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !).

De nouveau, la question du tempo se pose dans l’andante initial, confié au cor solo. Le tempo mais surtout l’esprit, le phrasé. C’est peu dire qu’indépendamment des générations, les chefs abordent l’oeuvre très différemment.

Il y a d’abord un problème de matériel : sur les partitions les plus anciennes, cet andante est indiqué à 4/4, sur les plus récentes (et donc les plus conformes au manuscrit de Schubert), il est à C barré autrement dit 2/2, et donc deux fois plus rapide..

Et ce n’est pas qu’affaire de tempo, mais d’articulation, de phrasé, d’imagination aussi.

Si l’on prend la version de Georg Solti qu’on présente souvent comme une référence, on a un bel exemple de lenteur scolaire, peu inspirée…

Charles Munch paraît presque précipité en comparaison, en tout cas il est « allant », vraiment andante !

Wolfgang Sawallisch qui a laissé l’une des plus belles (et l’une des premières) intégrales des symphonies de Schubert dans les années 60 avec la Staatskapelle de Dresde, nous donne ici au soir de sa carrière, avec les glorieux Wiener Philharmoniker, une version magnifiquement équilibrée

Une autre proposition « viennoise » qui retient l’attention est celle de John Eliot Gardiner

C’est d’un natif de Vienne que vient cette toute récente version – que j’avais chroniquée pour DiapasonChristoph von Dohnanyi dirigeait le Philharmonia de Londres le 1er octobre 2015. Et comme je l’écrivais : les choses commencent bien : le vieux chef entame la symphonie d’un pas alerte, un authentique andante, là où tant d’autres posent des pieds de plomb, mais dans l’allegro ma non troppo qui suit (avec toutes les reprises !) l’ennui va progressivement s’installer, qui ne se dissipera pas avec un 2 ème mouvement (andante con moto) rythmiquement instable. Le scherzo manque de rebond et de tendresse – on devrait y entendre l’écho des Ländler et autres
danses populaires viennoises chères à Schubert – et le finale tourne en rond comme épuisé, malgré quelques sursauts inopinés des timbales !

Je me demande si, à tout prendre, ce n’est pas Carlo Maria Giulini qui a réussi la version la plus aboutie de toute la discographie, en 1976 avec l’orchestre symphonique de Chicago. Un début qui donne envie de parcourir jusqu’au bout cette bien longue symphonie, avec un finale fulgurant, qui nous rappelle que Schubert n’avait pas 30 ans lorsqu’il composa son ultime chef-d’oeuvre symphonique !

Les sans-grade (XII) : Walter Susskind

C’est l’un de ces noms qu’on voit sur pas mal de pochettes de disques, surtout comme « accompagnant » de solistes célèbres – Elisabeth Schwarzkopf, Ginette Neveu, Yehudi Menuhin, Shura Cherkassky, Christian Ferras, etc. C’est un patronyme qui ne dit pas grand chose de ses origines, surtout qu’il a passé l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis. Et c’est pourtant un très bon chef, demeuré trop discret : Walter Susskind (1913-1980)

Jan Walter Süsskind – comme on l’orthographie alors – naît dans l’une des nombreuses familles allemandes installées à Prague, le 1er mai 1913. Dans sa ville natale il apprend le piano avec Karl Hoffmeister, la composition avec Josef Suk (1874-1935), le gendre de Dvořák, et Alois Hába (1893-1973), et la direction d’orchestre avec George Szell, en poste alors à l’opéra allemand de Prague (qui sera dissout en 1938). Süsskind fuit la menace nazie et s’installe à Londres pendant la Seconde guerre mondiale. Il devient citoyen britannique en 1946. Une petite dizaine d’années comme chef au Royaume-Uni et en Australie, puis à partir de 1955 un tropisme américain qui le retiendra jusqu’à sa mort en 1980 : la direction de l’Orchestre symphonique de Toronto de 1956 à 1965, puis celui de Saint-Louis (Missouri) de 1968 à 1975, et enfin deux brèves années 1978 et 1979 à Cincinnati avant que la maladie ne le rattrape.

De son apprentissage auprès de Szell, Susskind (le ü a disparu avec l’anglicisation de sa nationalité et de son nom) a conservé la parfaite rigueur d’une lecture au laser des partitions qu’il agence comme personne, une apparente simplicité d’approche qui restitue en réalité l’authenticité des Dvořák, Smetana, Bartok, Prokofiev, Chostakovitch, et même Les planètes de Holst, qui constituent l’essentiel d’une assez maigre discographie d’orchestre. En revanche, son nom reste associé à d’impérissables gravures où il est mieux qu’un accompagnateur, un partenaire à égalité d’inspiration et de concentration.

Ginette Neveu, mais aussi Yehudi Menuhin et le jeune Christian Ferras (éblouissants concerto de Bruch et Symphonie espagnole de Lalo)

C’est Walter Susskind qui offre à Shura Cherkassky sa seconde gravure en stéréo du 2ème concerto pour piano de Tchaikovski

Sur ce même précieux double album, deux versions très classiques, épurées de tout contexte « soviétique » des symphonies 1 et 9 de Chostakovitch, une approche qui « universalise » le compositeur russe.

Enregistrés magnifiquement à St Louis, multi-rééditée, les trois grands concertos de Dvorak trouvent ici leurs versions de référence, et avec quels solistes ! Zara Nelsova, Ruggero Ricci et Rudolf Firkusny.

Il faut un peu chercher pour trouver par exemple cette admirable version du 3ème concerto de Rachmaninov par Leonard Pennario

En cherchant encore un peu plus, on tombe sur un Mozart inattendu… sous les doigts de Glenn Gould.

Rassembler la discographie orchestrale de Susskind n’est pas la chose la plus aisée qui soit. Pourtant on trouve en CD quelques superbes témoignages de l’art du chef d’origine tchèque. Sur les plateformes numériques, l’offre est un peu plus large, quoique encore très disparate.

Toujours dans la série consacrée par le label américain Vox à l’orchestre symphonique de Cincinnati, un double album qui fait entendre une version atypique du Chant de la Terre de Mahler, sans surcharge émotionnelle, avec deux chanteurs américains Richard Cassilly et Lili Chookasian. Belle sélection du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn (et une Inachevée un peu palotte sous la direction d’une star de la baguette prématurément emportée par un cancer à 47 ans, Thomas Schippers)

Couplage étonnant, mais autant dans Holst que Smetana, la quintessence d’un art tout de clarté, de creusement des partitions, le contraire de l’esbroufe et de l’épate. Et quelles prises de son ! quel orchestre !

Eloquence a publié, il y a quelques mois, un double album un peu hétéroclite, où domine la figure d’un autre chef un peu oublié du XXème siècle, Hans Schmit-Isserstedt, mais où se trouve l’un des rares exemples de Susskind dans le répertoire viennois classique, en l’occurrence la 4ème symphonie de Schubert. Une lecture toute d’équilibre et de lumière qui ne prend pas au pied de la lettre le sous-titre – Tragique – de l’oeuvre d’un jeune homme de 19 ans.

Walter Susskind n’a pas oublié de servir les musiciens du pays qui l’a accueilli durant vingt-cinq ans, même si c’est à Londres qu’il a enregistré Copland et les Spirituals de Morton Gould, qui servirent jadis de générique à l’une des plus célèbres émissions de la télévision française, les Dossiers de l’écran !

Le beau piano

Erato/Warner nous gâte en cet automne confiné.

D’abord un coffret Samson François (à l’occasion, j’imagine, du cinquantième anniversaire de sa disparition) : je n’en ai pas bien compris la nécessité.

Nous avions déjà eu il y a dix ans une édition complète « remastérisée »

Mais les deux très bonnes surprises – de superbes cadeaux à offrir à ceux qu’on aime ! – sont ces coffrets consacrés, l’un à Pierre Barbizet (1922-1990), l’autre à Eric Heidsieck, 84 ans depuis le 21 août dernier.

Deux très grands musiciens français, mais qui font la démonstration, chère à l’ami Alain Lompech, qu’il n’y a pas une « école française de piano », comme tant de mauvais clichés colportés au fil des ans et des critiques veulent nous le faire accroire (comme il n’y a pas une « école russe » ou une « école allemande »). On peut difficilement imaginer talents plus dissemblables que le Marseillais Barbizet et le Rémois Heidsieck. Mais qu’on est heureux de retrouver leur précieux legs discographique !

Pierre Barbizet

Pour être honnête, il y a peu de nouveautés dans le coffret Barbizet, puisque tous ses disques avec Christian Ferras ont été à de multiples reprises édités et réédités (je reste surpris qu’en 1958 – alors que tous les grands labels étaient passés à la stéréo depuis 1954-1955 – les sonates de Beethoven aient été enregistrées seulement en mono)

Mais un disque de sonates de Beethoven, enregistrées en 1979, où la liberté créatrice de l’interprète compte plus que la stricte précision technique.

Le quatuor avec piano de Schumann avec le quatuor Parrenin resté étrangement inédit. Et surtout peut-être la réédition d’un double CD Chabrier (les 4 mains avec Jean Hubeau) naguère certes édité en CD, mais depuis longtemps devenu introuvable.

C’est sans doute là, malgré des limites techniques audibles, que s’entend le mieux la poésie heureuse de Pierre Barbizet.

Eric Heidsieck

Jeune comme aujourd’hui, le pianiste Eric Heidsieck porte beau. Et il y a dans son jeu cette fière et altière allure.

Je ne l’ai jamais entendu en concert (à la différence de Pierre Barbizet), mais, pour je ne sais quelle raison, j’ai assez tôt collectionné ses enregistrements, quand ils étaient disponibles, souvent dans d’impropables collections économiques.

C’est avec lui – et son voisin champenois, Jean-Philippe Collard – que j’ai découvert le piano de Fauré. Puis j’ai aimé l’irrésitible fougue de ses concertos de Mozart, où un grand chef belge aujourd’hui bien oublié – André Vandernoot (1927-1991) partageait ses élans juvéniles.

Même si ses sonates de Beethoven n’étaient pas mon premier choix (Kempff !) elles n’étaient jamais très loin de ma platine.

Eric Heidsieck s’est fait le champion du maître de Bonn – ce qui était plutôt insolite pour un pianiste français dans les années 60. A plusieurs reprises, il en a donné l’intégrale en concert, notamment au Japon où il est l’objet d’une véritable vénération, alors qu’il est devenu très rare dans son pays natal !

Et puis ces raretés – que j’ignorais ! étaient-elles même jamais parues en CD ? – Hindemith, les trois sonates de 1936, Haendel, ces suites que Heidsieck mettait fréquemment à ses programmes (et qu’un Richter ne dédaigna pas de jouer à la Grange de Meslay), et finalement assez peu de musique française, à la notable exception de Fauré, souvent en duo avec sa femme Tania.

Découverte aussi pour moi que ce 1er concerto de Chopin, que Pierre Dervaux, à la tête de l’orchestre Colonne, empoigne avec une fièvre contagieuse.