Journal d’Ecosse (II) : Anderszewski, SCO, le Greco et Scarlatti

Piotr Anderszewski et le Scottish Chamber Orchestra

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Jeudi rendez-vous, à Edimbourg, à une adresse qui a de l’allure : Royal Terrace. Au siège du Scottish Chamber Orchestra, l’un des fleurons des phalanges britanniques. Pour évoquer des projets pour de futures éditions du Festival Radio France.

Le même soir, au Queen’s Hall, une petite salle de concerts (une jauge d’environ 800 personnes) aménagée il y a 40 ans dans une ancienne église,

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concert de l’orchestre et de l’un de ses hôtes réguliers, le pianiste Piotr Anderszewski, qui joue et dirige du piano le concerto en ré majeur de Haydn et le concerto de Schumann, tandis que le SCO et son leader Alexander Janiczek ont ouvert la soirée avec la 36ème symphonie de Mozart.

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Piotr Anderszewski – qui avait donné un éblouissant récital lors du Festival Radio France 2015 – me confiera avoir un peu étouffé dans l’acoustique chaleureuse d’une salle sans doute plus appropriée à de petites formations. Comme auditeur, placé au premier balcon, je me suis, au contraire, régalé d’apprécier l’homogénéité, les couleurs d’un orchestre qui a été à bonne école avec Charles Mackerras entre autres. Quant au pianiste polonais, quinquagénaire depuis quelques mois, il est toujours aussi passionnant, nous faisant redécouvrir des partitions mille fois entendues.

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Greco, Vermeer, Rembrandt, etc.

A Edimbourg, on ne peut éviter de visiter les Royal Galleries, comme la Royal National Gallery of Scotland – musée gratuit, où l’on peut photographier à sa guise les chefs-d’oeuvre exposés !

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Malgré les travaux dans deux salles du musée, on accède à une collection exceptionnelle.

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Deux Greco qui ne sont pas au Grand Palais à Paris.

IMG_6657Un Vermeer de grand format au sujet étonnant : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1654-55)

IMG_6659Rembrandt, Autoportrait, 1657

IMG_6644Botticelli, La Vierge en adoration, 1485

IMG_6642Raphael, La Vierge à l’enfant (Madonna Bridgewater), 1508

IMG_6699Willem van Haecht, Cabinet d’art avec Le mariage mystique de Sainte Catherine d’Anthony van Dyck, 1630IMG_6650Le Tintoret, La mise au tombeau, 1563

IMG_6705Jan Steen, L’école des filles et des garçons, 1670

IMG_6671Van Gogh, Pruniers en fleurs, Arles 1888

IMG_6683Degas, Avant la représentation, 1890

IMG_6685David Gauld, Sainte Agnes, 1890

Scarlatti Night Fever

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Ce samedi soir, à l’auditorium de Radio France, à 20h, et en direct, se conclut la folle aventure qui avait conduit France Musique et le Festival Radio France Occitanie Montpellier, à produire et enregistrer les 555 sonates de Scarlatti, en 13 lieux de la région Occitanie, lors de 35 concerts, avec 30 clavecinistes différents sous la houlette de Frédérick Haas, au cours du mois de juillet 2018 (Épidémie de Scarlatti)

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Nous en parlions, Marc Voinchet et moi, hier matin sur France Musique dans la matinale de Jean-Baptiste UrbainJe n’y serai pas, mais j’écouterai dès que possible via le podcast !

Comme un avant-goût, l’une de mes sonates préférées de Scarlatti, la Kirkpatrick 141, dans deux versions qui ont le même sens de la folie…

L’aventure France Musique (VII) : la séparation

Il y a vingt ans, en août 1999, j’étais rentré d’un long et magnifique voyage dans l’ouest des Etats-Unis, que je n’avais pas voulu annuler ou réduire, malgré l’incertitude dans laquelle je me trouvais quant à mon avenir professionnel.

Retour en arrière.

En novembre 1998, au terme de manoeuvres dont il a toujours été coutumier (il y en aurait tant à raconter à son propos !), Jean-Marie Cavada était désigné par le CSA pour succéder à Michel Boyon à la présidence-direction générale de Radio France. Il y avait été fortement aidé par Jean-Luc Hees, qui en serait remercié en étant nommé quelques semaines plus tard directeur de France Inter.

C’est, paraît-il, l’habitude dans l’audiovisuel public (on ne commet pas les mêmes erreurs dans le privé) et personne ne l’a jamais sérieusement contestée : un PDG qui arrive débarque l’équipe sortante et installe ses protégés. Exception à la dite règle : Michel Boyon, arrivant fin 2015 à Radio France, se garda bien de l’appliquer, même s’il procéda à des changements après avoir consulté, écouté, pris des avis.

M. Cavada, dès la première réunion de direction qu’il présida, entendit bien montrer qu’il était le patron. On lui avait signalé, quelque part en France, une rupture de faisceau qui avait laissé une antenne locale muette pendant quelques minutes : le patron de la « technique » présent autour de la table se le fit vertement reprocher. L’algarade n’épargna aucun des participants, puisque le nouveau PDG nous indiqua aimablement que la porte était ouverte pour qui voulait la prendre… On eût espéré meilleure entrée en matière !

Le 6 janvier 1999, on apprenait la mort de Michel Petrucciani.

Nous fûmes convoqués à une réunion extraordinaire chez le « président », qui s’impatienta de la lenteur – selon lui – de la réaction des chaînes de Radio France, exigea un plan d’émissions spéciales, etc. Je suggérai que, Radio France étant aussi une grande maison de musique, on organise un grand concert d’hommage à Petrucciani avec tout ce que la planète jazz compte d’admirateurs du musicien disparu. Le dimanche 24 janvier eut lieu un concert-événement, comme on en a peu connus avant et depuis : quatre heures d’antenne, un studio 104 archi comble et le monde entier accouru à Paris.

Toute la soirée on guetta le passage du PDG, qui avait si vigoureusement réclamé un tel hommage. On ne le vit point.

Le lendemain, malgré la fatigue de la soirée, je m’apprêtais à gagner mon bureau d’assez bonne heure, lorsque je reçus, vers 8h30, un appel… de la présidence. Au bout du fil, Jean-Marie Cavada. Pour me remercier de la soirée de la veille ? Que nenni ! Pour me dire très exactement ceci : « Je tiens une conférence de presse à 9 h, je voulais vous avertir que j’y donnerai le nom de votre successeur« . Interloqué – on le serait à moins – j’eus quand même la présence d’esprit de lui demander qui était ce « successeur« . – « Pierre Bouteiller » me dit-il, « mais je vous verrai dans la journée pour vous proposer un autre poste à la hauteur de vos mérites« .

Il y avait dans l’après-midi une cérémonie, à laquelle j’avais été convié, pour fêter les 10 ans de l’existence du CSA. Je ne fus pas d’humeur de m’y rendre, et préférai rassurer mes équipes et proches collaborateurs, auxquels j’avais appris la nouvelle avant qu’elle ne fût rendue publique. J’attendis, bien sûr, en vain l’invitation de M. Cavada au rendez-vous qu’il m’avait promis. Je finis par l’obtenir quelques jours plus tard, sans en attendre grand chose, instruit que j’avais été entre temps des manières de l’ex-animateur de La Marche du Siècle, promesses jamais tenues, débauchages jamais suivis d’effet…

Je finis par comprendre à demi-mots que je serais peut-être recasé à la direction des affaires internationales. Dès que le bruit s’en répandit dans la Maison ronde, le titulaire du poste, qui bénéficiait d’appuis politiques que je n’avais pas (et que je n’ai jamais eus ni revendiqués !), s’empressa de faire barrage à cette initiative.

C’est ainsi que j’échouai avec d’autres collègues « virés » (les directeurs de France Inter, France Culture entre autres !) au septième étage de la maison de la radio, où on transféra nos bureaux… dans l’attente de jours meilleurs. Nous eûmes vite fait de baptiser cette portion de couloir, « l’allée des cyprès » ! De quoi se plaignait-on ? Nous continuions d’être payés, avec les avantages attachés à nos fonctions. Là encore, une triste habitude du service public : le placard plus ou moins doré pour les cadres écartés !

Confusion

Sitôt annoncées, J.M.Cavada entendait que les nominations soient immédiatement effectives. Les nouveaux directeurs devraient prendre leurs fonctions toutes affaires cessantes, comme lors de la formation d’un nouveau gouvernement.

Le seul petit problème qui avait échappé au « grand professionnel » de l’audiovisuel qu’il se targuait d’être est qu’une grille de programmes ne se manipule pas au gré des humeurs d’un PDG. Ainsi, Pierre Bouteiller animait une quotidienne très écoutée sur France Inter, qu’il ne pouvait abandonner du jour au lendemain, surtout pour prendre la direction d’une chaîne – France Musique – dont tous les contrats et les programmes étaient arrêtés jusqu’à la fin de la saison. Pierre Bouteiller, qui lui était un vrai professionnel de la radio – il avait été directeur des programmes de France Inter de 1989 à 1996 – me demanda comme un service d’assurer la continuité de l’antenne, le temps qu’il puisse « céder » son émission et prendre ses marques. Ce que je fis d’autant plus volontiers que les méthodes du nouveau PDG avaient hérissé au plus haut point l’ensemble des collaborateurs de la Maison ronde.

Les semaines s’écoulaient. J’étais toujours salarié de Radio France, mais plus directeur de France Musique, et dans la plus totale incertitude. Je prenais des contacts à l’extérieur, sans pouvoir clairement poser de candidature à tel ou tel emploi. Situation des plus inconfortables. Rien ne bougeait du côté de la présidence. A la demande du bras droit de J.M.Cavada, j’avais élaboré un projet de refonte du programme Hectorun programme musical classique diffusé en continu par satellite, et la nuit sur France Musique. Je m’aperçus quelques mois plus tard qu’on avait généreusement emprunté à mon texte ! Pas de droit d’auteur sur les bonnes idées…

J’annonçai au secrétariat du PDG que je prendrais quelques semaines de vacances en juillet, je n’eus ni réponse ni avis contraire.

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Convocation

De retour de vacances début août, je trouvai une lettre recommandée venant de Radio France… me convoquant à un entretien le 18 juillet ! J’appelai la Direction du personnel (on ne disait pas encore DRH) qui, confuse, me confirma que l’ordre était venu de M.Cavada lui-même d’en « finir » au plus vite avec moi (et de préférence au milieu de l’été pour éviter d’éventuelles vagues !).

Nous convînmes d’un nouveau rendez-vous, je fus reçu par le directeur général de Radio France, et l’adjointe de la directrice du personnel. L’un et l’autre s’excusant de devoir se prêter à cette procédure. Il leur fallait trouver un motif pour me licencier, une baisse de l’audience de France Musique peut-être ? Çà tombait mal, la dernière vague Médiamétrie de juillet faisait état d’une audience établie à 1.7, en nette remontée par rapport à la vague et à l’année précédentes. Cette audience étant mesurée sur « ma » grille de programmes, puisqu’il n’y avait aucun changement depuis mon remplacement par P. Bouteiller en janvier ! Je finis par souffler à mes interlocuteurs désolés qu’on pouvait invoquer un « désaccord » entre le nouveau PDG et l’un de ses principaux collaborateurs. Ainsi fut écrite ma lettre de licenciement ! Mon départ de Radio France fut réglé avec une rare élégance par la directrice du personnel, avec qui je m’étais parfaitement entendu pour traiter de situations souvent délicates (lire Fortes têtes). 

C’était le grand saut dans l’inconnu, mais je préférais mille fois la clarté et la liberté à l’ambiguité dans laquelle j’étais placé depuis le début de cette année 1999. Quelques semaines plus tard, allait commencer une autre aventure, inattendue, inespérée. J’y reviendrai !

PS 1 Ce n’est pas parce que j’évoque la fin de mon aventure à France Musique, que je ne ne reviendrai pas à certains souvenirs, à certains portraits.

PS 2 Au moment où France Musique et les autres chaînes présentent leurs grilles de rentrée, je me rappelle avoir été, bien involontairement, à l’origine des « grilles d’été » de Radio France. Arrivant de la Radio Suisse romande, où les deux mois d’été étaient déjà sous le régime d’une grille « allégée », je proposai dès l’été 1995 un système de même type, une grille d’été très différente de la grille de saison (j’en reparlerai à l’occasion)  La règle à Radio France c’était juste le mois d’août en mode service minimum, beaucoup de rediffusions, et la quasi-totalité des producteurs, journalistes et animateurs en vacances. A l’été 1996, mes collègues de France Inter et France Culture m’emboitèrent le pas, tout le monde trouvant beaucoup d’avantages à la liberté, à la souplesse que permet une grille d’été (notamment pour tester de nouveaux concepts, de nouvelles voix).

Opening nights

J’en prends chaque année la résolution – ne pas commenter ici les concerts du Festival Radio France – et chaque année je ne peux m’y tenir. Impossible de taire mes premières impressions, mes premières émotions. Et depuis que le #FestivalRF19 a commencé mercredi soir, elles sont nombreuses.

Un Festival, c’est d’abord une atmosphère, comme une veillée d’armes avant le jour J.

IMG_3960(Montpellier la nuit dans le coeur de la vieille ville)

Au matin on fait un tour en ville pour vérifier…

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Et le soir de ce mercredi, on décide de sortir de Montpellier, pour retrouver un singulier trio, dans le cadre enchanteur du château de Restinclières.

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Les trois virtuoses du marimba – le trio SR9 – ont convaincu sans peine un public qui, ici même, avait applaudi Alexandre Kantorow (Alexandre le bienheureux) il y a trois ans.

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Mais avant les marimbas en plein air, on a pris soin et surtout plaisir à saluer les musiciens de l’Orchestre national d’Estonie tout juste arrivés de Tallinn, leur chef Neeme Järvi et le tout jeune violoniste Daniel Lozakovich qui se rencontraient pour la première fois et répétaient le concerto pour violon de Beethoven, au programme du concert d’ouverture ce jeudi 11 juillet.

IMG_3980Dès les premières minutes, on sut que les étincelles seraient au rendez-vous !

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C’est peu de dire que la réalité a dépassé toutes nos espérances. De larges extraits de la suite de Pelléas et Mélisande de Sibelius pour installer la thématique du 35ème Festival Radio France – Les musiques du Nord – et surtout la signature sonore de la phalange balte. Le concerto de Beethoven passe comme un rêve, le petit prodige suédois nous donne à entendre l’essence, le coeur d’une oeuvre qui fuit l’épate et la virtuosité gratuite, Lozakovich et Järvi s’écoutent, se répondent, atteignent plus d’une fois au sublime, à cet état suspendu de pure beauté. Le silence est absolu dans la vaste salle de l’opéra Berlioz du Corum de Montpellier. Nous avons tous le sentiment de vivre l’un de ces moments que la mémoire rendra indélébile…

Le public de cette soirée d’ouverture n’est pas au bout de ses surprises : la Cinquième symphonie d’Eduard Tubin – on consacrera le prochain volet de la série L’air du Nord à ce compositeur estonien exilé en Suède à la veille de la Seconde Guerre mondiale ! – est une révélation, le « Chostakovitch estonien » nous avait annoncé Neeme Järvi. Le vieux chef longuement ovationné nous fait le cadeau en bis de l’Andante festivo de Sibelius

Un concert à retrouver dans son intégralité le mardi 16 juillet sur France MusiqueNot to be missed…

Privilège, bonheur d’un directeur de Festival, le dîner qui suit le concert avec les artistes

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Marc Voinchet, le directeur de France Musique, assis en face de lui écrira sur Twitter : « Même quand il parle, il dirige ». 

Peut-on imaginer l’émotion qui est la mienne à cet instant, de partager en toute simplicité – c’est toujours la marque des plus grands – ce dîner avec Neeme Järvi ? Vingt-six ans après un autre dîner, le 2 juillet 1993, à Genève. Il venait de diriger l’Orchestre de la Suisse romande, et moi j’allais quitter mes fonctions à la Radio suisse romande pour rejoindre France Musique. L’administration et les amis de l’Orchestre avaient organisé une petite fête à mon intention, Neeme et Lilia Järvi en étaient.

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Neeme Järvi me rappelait avec fierté cette série d’enregistrements de Stravinsky engagée au début des années 1990. Et lorsque je lui demandai pourquoi il avait fait un mandat si court – 2012-2015 – à la tête de ce même OSR, il ne mâcha pas ses mots sur l’incompétence, l’incurie – et j’en passe – de la présidence et de la direction de l’orchestre suisse qui renie le passé, l’histoire d’une phalange fondée par Ansermet. Et avec laquelle il souhaitait prolonger, enrichir le prodigieux héritage du chef romand (mort il y a cinquante ans). Järvi reste fier d’avoir pu, envers et contre tous, enregistrer quatre disques de musique française, et non des moindres, salués par toute la critique.

Autre motif de fierté pour moi, avoir montré à mon voisin comment on fait un « selfie »…

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Autour de la table se trouvaient bien sûr Daniel Lozakovich – à qui le vieux chef décerna un compliment qui nous mit aux larmes – et le « duo » qui allait prendre le relais hier soir avec l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, Kristjan Järvi et une autre violoniste, la norvégienne Mari Samuelsen.

Ce vendredi 12, comme un apéritif au concert de 20h, Jean-Christophe Keck nous régalait, à l’Opéra Comédie de Montpellier, d’un jouissif Pomme d’api d’Offenbach

IMG_4033(de gauche à droite, Jean-Christophe Keck, la pianiste Anne Pagès, et les irrésistibles Hélène Carpentier, Sébastien Droy et Lionel Peintre)

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Cantus Arcticus « Concerto pour oiseaux et orchestre »

Pēteris VASKS né en 1946
Lonely Angel, méditation pour violon et orchestre à cordes

Max RICHTER né en 1966
Dona Nobis Pacem 2 pour violon et orchestre

Arvo PÄRT né en 1935
Fratres pour violon, percussion et orchestre à cordes

Kristjan JÄRVI né en 1972
Aurora pour violon et orchestre

Kristjan Järvi avait conçu la première partie de son concert comme une célébration ininterrompue. Public surpris d’abord, complètement conquis finalement.

J’observais Neeme Järvi assis à côté de moi dans la salle vibrer, réagir, diriger même avec son fils…

En seconde partie, un Oiseau de feu de Stravinsky tout simplement « phénoménal » comme s’exclamera mon voisin, visiblement fier, admiratif de son fiston.

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CE SOIR I MIDNIGHT SUN 20H I OPERA BERLIOZ, CORUM @kristjanjarvi Kristjan Järvi et @samuelsenofficial mettent le cap au nord ! avec l'Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie infos & réservations : http://bit.ly/2PGztXW Tous les vendredis soirs de juillet, la Métropole organise les "Estivales" sur l'esplanade Charles de Gaulle proche du Corum. Merci de prendre vos précautions pour accéder aux parkings et aux salles. . . . . #classicalmusic #music #musician #piano #classical #violin #orchestra #cello #musicians #concert #classicalmusician #instamusic #pianist #violinist #love #composer #opera #viola #performance #singer #pianomusic #chambermusic #musica #photography #violinista #musicianlife #stringsant

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Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otterqui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulencdans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oyeQuel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazadele cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à BarbaraHervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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Rentrée

J’aime ces soirs de rentrée, le premier concert d’une saison. Comme hier soir à la Maison de la Radio à Paris, autour de l’Orchestre National de France (à réécouter sur France Musique)

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Un an après ses débuts comme directeur musical de la phalange, deux mois après une mémorable soirée Gershwin au Festival Radio Francec’est évidemment Emmanuel Krivine (voir La fête de l’orchestre) qui officiait. Avec un soliste attendu – Bertrand Chamayou avait déjà joué le 5ème concerto de Saint-Saëns en juillet 2016 au Festival Radio France – 

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Mais un programme intéressant, des musiciens de haut vol, ne font pas, à eux seuls, une rentrée réussie. Il y faut cette effervescence particulière qui caractérisait nos rentrées à l’école, au lycée ou à l’université, le plaisir de retrouver des visages amis dans le public ou parmi les personnalités invitées, mais aussi d’en découvrir de nouveaux, d’observer habitués ou novices, d’assister à des rencontres insolites. Bref, tout sauf un truc mondain, où il faut se montrer…

Et la soirée d’hier ne manquait d’aucun de ces ingrédients.

djjst26waaavtbsCertes, la ministre de la Culture – présente l’an dernier (comme le montre cette photo prise en septembre 2017)- manquait, de même que Mathieu Gallet, l’ex-PDG de Radio France, remplacé, comme on le sait, par Sibyle Veil, qui s’est acquittée parfaitement de l’exercice ingrat du mot d’accueil au public et aux auditeurs.

36957947_2114791482093176_3005064303477784576_n(Le 11 juillet dernier, Sibyle Veil, en sa qualité de co-présidente du Festival Radio France, assistait au concert d’ouverture du Festival 2018).

Au moment d’entrer dans la salle, j’apercevais une silhouette qui me semblait familière, même si une barbe fournie me faisait hésiter.

A l’entracte je n’eus plus de doute, c’était bien Daniele Gattile prédécesseur d’Emmanuel Krivine à la direction de l’Orchestre National, que je n’avais plus revu depuis son concert d’adieu en 2016 (lire Bravo Maestro), qui se trouve pris dans le tourbillon d’une « affaire » qui l’a privé, sans procès, sans explication, de son poste à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam

Face à moi, un homme visiblement éprouvé, mais aussi touché par les témoignages qui n’ont pas manqué de la part de ses anciens musiciens et de ses amis parisiens, à qui j’ai répété ce que j’avais écrit et dit, et qui lui avait été transmis (lire Stupéfaction). On aimerait que les accusateurs, les procureurs auto-proclamés sur les réseaux sociaux et dans les médias se trouvent confrontés à ceux qu’ils clouent au pilori… et mesurent les conséquences (in)humaines de leurs dénonciations (cf. le suicide de l’époux d’Anne-Sofie von Otter). Chaleureuse embrassade avec Daniele Gatti, qu’on souhaite ardemment revoir très vite à Paris…

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Une autre figure que je ne m’attendais pas à croiser à ce concert, l’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, aujourd’hui retirée de la politique active, auteur d’un roman à clés très remarqué en cette rentrée littéraire, Les Idéaux :

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Une femme, un homme, une histoire d’amour et d’engagement.
Tout les oppose, leurs idées, leurs milieux, et pourtant ils sont unis par une conception semblable de la démocratie.
Au cœur de l’Assemblée, ces deux orgueilleux se retrouvent face aux mensonges, à la mainmise des intérêts privés, et au mépris des Princes à l’égard de ceux qu’ils sont censés représenter.
Leurs vies et leurs destins se croisent et se décroisent au fil des soubresauts du pays.
Lorsque le pouvoir devient l’ennemi de la politique, que peut l’amour ? 
(Présentation de l’éditeur).

L’agrégée de lettres classiques retrouve une langue et un style qu’on avait déjà admirés dans Les derniers jours de la classe ouvrière

Nous nous reverrons à Montpellier en octobre pour la 40ème édition de Cinémed, ce beau festival de cinéma tourné vers la Méditerranée, qu’Aurélie Filippetti préside depuis deux ans.

Moins inattendue, la présence du toujours fringant Ivan Levaidont l’épouse, Catherine, travaille à Radio France. Avec Ivan, c’est inévitablement – et pour mon plus grand bonheur – un livre ouvert de souvenirs, d’anecdotes, de témoignages de première main. Et je le crois, une amitié réciproque. À trois mètres de la présidente de Radio France – mariée à l’un de ses petits-fils – la conversation roula presque naturellement sur Simone Veil (lire La vie de Simoneet son mari Antoine, entrés au Panthéon le 1er juillet dernier, un couple étonnant dont le journaliste a été l’un des plus proches.

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Confidences très émouvantes sur les dernières années de Simone Veil…

La veille, mercredi après-midi, une autre circonstance m’avait conduit au 22ème étage de la tour de la Maison de la Radio, d’où l’on a l’une des plus belles vues sur Paris. Une sorte de pré-rentrée. La remise des insignes de chevalier des Arts et Lettres à François-Xavier Szymczak, aujourd’hui l’une des voix emblématiques de France MusiqueFrançois-Xavier tenait à ma présence à cette réunion plutôt intime, il se rappelait qu’un jour de 1996 – il avait 22 ans – je lui avais fait confiance pour travailler sur la chaîne (lire L’aventure France Musiqueet – ce que j’avais oublié – j’avais organisé ses interventions à l’antenne pour qu’elles soient compatibles avec ses obligations militaires ! .

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Je raconterai sûrement, en dévidant le fil de mes souvenirs (L’aventure France Musique : l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes), quand et comment François-Xavier Szymczak et ceux qui l’entouraient mercredi, Lionel Esparza, Laurent Valéro, Arnaud Merlin, et d’autres comme Anne-Charlotte Rémond, Anne Montaron, Bruno Letort, j’en oublie, ont rejoint l’équipe de France Musique

 

 

 

 

Epidémie de Scarlatti

Recherches faites, il est avéré que la scarlatinemême dans la célèbre version de Ray Ventura et ses Collégiens,

ne résulte aucunement d’un abus de Scarlatti !

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Tant mieux parce qu’une véritable épidémie de Scarlatti s’est développée depuis dimanche dans toute la région Occitanie, à l’instigation de France Musique et du Festival Radio France. Objectif avoué : faire jouer les 555 sonates pour clavecin que le compositeur napolitain, mort à Madrid, a composées, pour l’essentiel, à l’intention de l’Infante d’Espagne. Par 30 musiciens formant sans doute l’élite actuelle du clavecin mondial, lors de 35 concerts, en 13 lieux exceptionnels. Tous les médias en parlent, c’est l’événement de l’été ! (lire 555)

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C’est évidemment au Château d’Assas que les festivités ont commencé samedi dernier, sur le clavecin de Scott Ross.

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Lundi c’était la salle d’assises du Tribunal de Grande Instance de Perpignan qui accueillait deux des concerts de cette intégrale !

IMG_7138Hier soir à Fourques, Justin Taylor et Enrico Baiano dispensaient leur fantaisie devant un public ébahi.

L’incroyable cycle s’achève dimanche là où il a commencé : au château d’Assas. D’ici là on peut encore pister une bonne vingtaine de concerts : tout le programme ici L’intégrale Scarlatti 555.

Je me demandais l’autre jour à haute voix devant Marc Voinchet, directeur de France Musique, et véritable initiateur de ce projet fou, si on ne reprendrait pas l’idée de cette intégrale, mais au piano cette fois. Je crains que cela ne reste à l’état de rêve inaccessible !

Et pourtant Scarlatti donne aussi des merveilles au piano, sous des doigts inspirés. J’avoue ne jamais me lasser d’entendre ces quelques disques précieusement collectionnés au fil des publications ou rééditions.

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En écrivant cet article, je tombe par hasard sur ce très émouvant documentaire dû à la très regrettée et très chère Mildred Clary : Un voyage à Séville avec Christian Zacharias sur les traces de Domenico Scarlatti

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Le classique ça fait du bien

C’est la saison des interviews pour les patrons de chaînes… et les directeurs de festivals. Classique en début d’été, un marronnieren quelque sorte !

Avec, pour les interviewés, le sentiment de dire toujours la même chose, de tordre le cou à des clichés qui ont la vie dure (sur l’élitisme, l’inaccessibilité de la musique classique, le « rajeunissement » des audiences, etc…)

Dernier en date l’entretien paru sur le site de L’Obs : Entretien avec Jean-Pierre Rousseau, directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier

749cef-516727576(L’ensemble Les Surprises qui donne, le 18 juillet, la re-création d’Issé, « pastorale héroïque » d’André Cardinal Destouches)

« Porter la musique partout où elle peut aller, partout où elle est attendue, c’est la vocation première du Festival et c’est sans doute la plus noble des missions. 

Quand je vois ce qui se passe entre des artistes et des publics qui assistent pour la première fois de leur vie à un concert, je sais que nous touchons juste. La musique fait du bien à ceux qui l’écoutent ! »

Je relis cette interview du directeur de France Musique, Marc Voinchet, interrogé sur la grille d’été de la chaîne et ses réponses à deux questions bateau :

France Musique peut-elle s’adresser à un public plus jeune ? 
Les émissions de radio pour les jeunes sont rarement réussies. C’est très difficile de faire de bons programmes à caractère pédagogique. Mais je pense que France Musique a des choses à faire pour ce public, nous y travaillons, notamment sur le numérique. 

Vous êtes directeur de la station depuis 3 ans. Quel bilan en tirez-vous ?
Dans France Musique, il y a musique. Quand il vient chez nous, l’auditeur cherche de la musique. J’ai voulu remettre cela au centre de nos programmes en rappelant quelques réflexes de radio : avoir une parole mesurée et bien cadrée. Je pense que nous y sommes arrivés même si il y aura encore quelques aménagements sur la grille des programmes, à la rentrée, notamment le week-end et dans nos matinées.

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Je retrouve ce papier paru dans Libération le 9 janvier…1996. Extraits :

France Musique s’est récemment illustrée dans les sondages par un net gain d’audience. La station revient de loin… «On a toujours opposé radio pédagogie et robinet musical…C’est un débat pauvre…il est impossible d’essayer de faire de la radio sans se caler sur le rythme des auditeurs» réaffirme Jean-Pierre Rousseau qui avait un temps claironné le slogan: «France Musique à l’écoute de ses auditeurs», afin de stigmatiser la tendance de certains producteurs à ne guère se soucier d’être bien entendu. (Christian Leblé, Libération)

Est-ce à dire que « tout change, rien ne change » ? Ou, plus simplement, que les problématiques qui se posent à un directeur de chaîne musicale classique évoluent plus lentement que les habitudes d’écoute des auditeurs ?

Parmi les nouveautés introduites récemment sur France Musique, la chronique hebdomadaire de Christophe Chassol.

Dans un récent entretien à Télérama (Christophe Chassol, la nonchalance savante), le jeune compositeur :

« On sent un vrai plaisir à être là derrière ce micro et à transmettre. C’est savant et détendu, une sorte de transmission douce des choses.

J’ai donné beaucoup de cours de piano, et j’ai été professeur de musique en collège en banlieue pendant trois ans. Je faisais une espèce d’histoire de la musique du XXe siècle, de Missy Elliott jusqu’à Stravinsky. J’aime bien les choses complexes, mais pas les choses compliqués, donc j’essaye dans mes chroniques de faire en sorte qu’on comprenne le plus de termes possibles. En se prenant un peu la tête, on peut tout rendre compréhensible. »

J’ai pu entendre – ce qui m’arrive trop rarement – la dernière chronique de Christophe Chassol sur France Musique. Un seul regret : que la séquence ait été aussi brève. On aurait adoré l’entendre parcourir tout le concerto pour orchestre de Bartók et nous l’expliquer aussi lumineusement… Réécoutez cette chronique : De la lumière chez Bartók

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*Marronnier : l’origine du mot tiendrait à un fait historique : Tous les ans, aux premiers jours du printemps, un marronnier à fleurs rouges fleurissait sur la tombe des Gardes suisses tués lors de la journée du 10 août 1792, dans les jardins des Tuileries à Paris ; et tous les ans un article paraissait dans la presse pour s’en faire l’écho (Source Wikipedia)

 

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555, nombre magique ! Celui des sonates pour clavier de Domenico Scarlattice compositeur génial, né à Naples en 1685 mort à Madrid en 1727.

1RKa0gAuTcaWSkN3f41cvwLe numéro de juin-juillet de Diapason évoque ce corpus absolument unique dans l’histoire de la musique, parce que c’est le projet phare, le projet fou, du 34ème Festival Radio France Occitanie Montpellier et de France Musique : une première mondiale, donner en 35 concerts, du 14 au 23 juillet, la totalité de ces 555 sonates sous les doigts de 30 clavecinistes : Jean-Marc Aymes, Enrico Baiano, Olivier Baumont, Carole Cerasi, Francesco Corti, Bertrand Cuiller, Aurélien Delage, Mathieu Dupouy, Christiano Gaudio, Maud Gratton, Luca Guglielmi, François Guerrier, Kazuya Gungi, Frédérik Haas – le coordinateur artistique du projet -, Jean-Luc Ho, Béatrice Martin, Lars-Ulrik Mortensen, Giulia Nuti, Olga Pachtchenko, Arnaud de Pasquale, Rossella Policardo, Mario Raskin, Thomas Ragossnig, Jean Rondeau, Mayako Sone, Miklos Spanyi, Justin Taylor, Violaine Cochard, Kenneth Weiss, Paolo Zanzu

Il y a 30 ans, Scott Ross achevait la seule intégrale réalisée à ce jour de ces 555 sonates.

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Préparant cet article, je suis tombé sur un très beau papier de François Ekchajzer, paru en 2011 dans Télérama : lire Scott Ross, l’autre neveu de Rameau

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La vie, le travail et la mort du claveciniste américain, disparu en 1989, sont intimement liés à un lieu, le Château d’Assas, près de Montpellier.

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Entre histoire de famille, d’architecture et de musique, le château d’Assas est un territoire situé à quelques kilomètres au nord de Montpellier, datant du XVIIIe siècle.

Les seigneurs d’Assas sont mentionnés dès le début du XIIsiècle. Le domaine est vendu en 1486 par Hugues d’Assas à Guillaume Bonnal, qui le vend par la suite en 1747 à Jean Mouton de la Clotte. Devenus banquiers, les Mouton sont anoblis au début du  XVIIIe siècle et achètent le château de la Clotte dont ils prennent le nom. Jean Mouton de la Clotte décide de faire abattre le château féodal d’Assas qu’il vient d’acheter et d’y faire construire une résidence d’été en 1759-1760. C’est l’édifice que nous connaissons aujourd’hui. C’est en 1949 que Robert Demangel, ancien directeur de l’École française d’Athènes en fait l’acquisition. Il appartient aujourd’hui à ses héritiers.

On attribue la paternité du château d’Assas à Jean-Antoine Giral, membre d’une influente dynastie d’architectes montpelliérains. Celle-ci est flanquée de deux pavillons à pans coupés, dotés d’un étage supplémentaire dominant le corps central. Le rythme est accentué par des pilastres ioniques en ordre colossal, couronné d’une balustrade de pierre.

La démolition du château de la Mosson (1758) ayant précédé de peu la construction d’Assas, divers éléments provenant de cet édifice ont été remployés, notamment la ferronnerie des balcons du premier étage et un grand lustre. Les boiseries qui décoraient le grand salon ovale d’Assas, elles aussi en provenance de la Mosson, ne sont cependant plus visibles : elles ont été vendues au XIXesiècle.

L’intérieur a conservé sa disposition et les circulations d’origine. En remplacement des boiseries de la Mosson, de grandes toiles peintes par Jacques de Lajoüe ornent les murs du grand salon. Elles ont pour sujet les arts et les sciences. Ce salon présente un petit orgue positif baroque et, surtout, le clavecin du XVIIIe siècle dont nous retrouvons plusieurs enregistrements du claveciniste Scott Ross. 

L’ensemble comprenant le château et ses deux galeries fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 14 septembre 1975. Les façades et toitures de la tour-pigeonnier font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 10 avril 1989.

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Simone Demangel, propriétaire du château d’Assas, grande résistante bien connue des habitants de la région pour son civisme et ses actions au sein du conseil municipal de Montpellier, fait l’acquisition en 1965 d’un clavecin français du XVIIIème siècle attribué au facteur lyonnais Donzelague.

Il s’agit d’un des plus beaux spécimens de la facture instrumentale française, grâce auquel Simone Demangel sût créer à Assas une ambiance favorable à la culture et aux échanges artistiques, faisant de sa maison un des hauts lieux de la musique baroque. Les grands clavecinistes deviendront alors des habitués d’Assas, Scott Ross, Gustav Leonhardt, William Christie, Kenneth Gilbert, Pierre Hantaï, Frédérick Haas, Benjamin Alard, Jean Rondeau…

C’est le 12 août 1969 que Scott Ross, jeune claveciniste surdoué alors inconnu du public, donnait son premier récital au château d’Assas, ouvrant la voie à cinquante années de vie musicale intense où récitals, enregistrements et masterclasses se succédèrent. Ainsi, de nombreux étudiants européens, américains ou japonais participeront à la création des premières Académies Internationales de Musique Ancienne en Occitanie. (Source : lefestival.eu)

Bien entendu, tous les concerts seront captés en audio et vidéo par les équipes de France Musique !

Un avant-goût avec ma sonate fétiche de Scarlatti, la K 141 (K comme Kirkpatrick) :

D’abord avec Scott Ross :

Puis dans un tout autre tempo – ce qui prouve, s’il en était besoin, l’extraordinaire liberté, la fantaisie inépuisable du compositeur…et de l’interpète ! – Jean Rondeau

Et comme c’est « le » bis favori de Martha Argerich

Scarlatti au piano, c’est un autre sujet ! On y reviendra !

Révolution

Première soirée de festival réussie, mais on n’y est pas arrivés sans peine !

Certes, tous les musiciens étaient bien là, les équipes de Radio France bien installées, le ciel était clément, mais on apprenait en milieu d’après-midi qu’Orange (France Telecom) avait « oublié » de commander et donc d’installer la ligne qui seule permettrait le soir la diffusion du concert en direct de la Basilique Sainte Germaine de Pibrac sur France Musique et les radios de l’UER. Une heureuse concomitance voulait que se tienne un conseil d’administration du Festival Radio France au siège de la Région à Toulouse, et que les deux co-présidents du Festival – Mathieu Gallet et Carole Delga – apprennent la mauvaise nouvelle en même temps que nous. Un appel de la présidente de la Région Occitanie au directeur régional d’Orange et deux heures plus tard la fameuse ligne était posée… Marc Voinchet, le patron de France Musique, soulagé !

Quand on n’est pas Toulousain, on ne connaît pas le calvaire quotidien de milliers d’automobilistes qui doivent endurer, matin et soir, des bouchons infernaux. Pour rejoindre Pibrac – distant de 20 petits kilomètres du centre de Toulouse – il nous aura fallu 65 minutes, et encore, dès qu’on avait pu franchir la barrière du périphérique, la circulation était fluide… Parisiens, Franciliens, de quoi vous plaignez-vous ?

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Mais dès que chacun eut pris place dans l’étrange nef de cette étrange église, et que les huit groupes vocaux et instrumentaux du Concert Spirituel menés par Hervé Niquet eurent lancé le voyage en polyphonie promis aux spectateurs, tous les tracas du jour disparurent instantanément.

J’avais déjà vécu l’expérience à la Cité de la Musique à Paris (lire Originaux)

L’émotion, la surprise, l’émerveillement, intensément partagés par un public qui n’avait jamais entendu pareille musique, n’en furent que décuplés.

IMG_0091IMG_0088(Le maître d’oeuvre de la soirée – Hervé Niquet – et celle qui a permis à des milliers d’auditeurs de la partager – Carole Delga)

 

 

La soirée qu’on lui devait

Comme pour toutes les soirées de ce genre, on pouvait s’attendre au pire… ou au meilleur. On ne pouvait faire mieux ni plus juste que cet hommage rendu à Pierre Boulez (1925-2016) hier soir à la Philharmonie de Paris. 

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Enormément de figures connues, compositeurs, musiciens, artistes, « institutionnels », mais aussi beaucoup d’anonymes qui, vu leur âge, découvraient la musique et l’homme. Pas de discours officiel, mais des images d’archives, réjouissantes, qui nous donnaient à voir l’homme joyeux, pétillant, d’une intelligence exceptionnellement vive (qui avait de quoi impressionner ses pairs), rien d’inédit (pour la plupart des documents présentés dans l’exposition que lui avait consacrée la Philharmonie). Des lectures de textes sobrement faites par Catherine Tasca, Laurent Bayle, Bruno Hamard (Orchestre de Paris), Frank Madlener (IRCAM), Hervé Boutry (Ensemble InterContemporain) et beaucoup de musique surtout.

Dans le hall d’entrée puis dans la salle Initiale (1987) pour 7 cuivres (Solistes de l’EIC), des extraits spectaculaires du Dialogue de l’ombre double (1985) avec les clarinettes virtuoses d’Alain Damiens et Jérôme Comte, puis les Improvisations I et II (1957) sur Mallarmé dans la voix de Yeree Suh insérée dans l’ensemble conduit par Mathias Pintscher. Venait ensuite cette extraordinaire pièce pour ensemble de violoncelles Messagesquisse (1977),  une commande de Rostropovitch pour les 70 ans  du mécène Paul Sacher :

Le violoncelliste Marc Coppey m’expliquait que son célèbre aîné, pourtant si ardent promoteur de la création (ils sont si nombreux ceux qui ont écrit pour et à la demande de Rostropovitch, Dutilleux, Chostakovitch, Prokofiev, Schnittke, etc. !), avait été plutôt embarrassé par la complexité de la pièce de Boulez et ne l’avait plus rejouée après sa création.

Bruno Mantovani dirigeait Dérives I (1984) pour six instruments, avec quelques excellents élèves de « son » Conservatoire voisin. Puis prenait place le très grand orchestre requis par l’oeuvre symphonique sans doute la plus célèbre de Boulez, d’abord les Notations I à IV (1980) puis Notation VII (1997-2004). Très logiquement, c’est à l’Orchestre de Paris que revenait l’honneur de clore cette soirée. C’est en effet la phalange parisienne qui fit la création des quatre premières Notations en juin 1980 sous la direction de son chef d’alors – et ami de toujours de Boulez – Daniel Barenboim. Je me rappelle comme si c’était hier du choc, de la fascination que j’avais éprouvés à l’écoute de France Musique qui diffusait le concert en direct – c’était ma première « rencontre » avec l’oeuvre de Boulez. Hier soir c’était Mathias Pintscher, aussi bon chef qu’inventif compositeur (aujourd’hui directeur musical de l’Ensemble InterContemporain), qui s’attelait à une partition d’une redoutable difficulté d’exécution et d’une tout aussi exceptionnelle séduction sonore. Paavo Järvi le relayait pour une Notation VII  contemplative, presque ravélienne, d’une magnifique transparence.

D’ailleurs toute cette soirée démontrait, et révélait au nouveau public, combien la musique de Pierre Boulez s’inscrit dans une tradition française de raffinement, d’évocation plus que d’affirmation, de richesse sonore, de sensualité.

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L’après-concert était l’occasion d’échanger avec nombre de figures amies, comme Pascal Dusapin à qui je rappelais que très exactement un an plus tôt, le 26 janvier 2015 (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/29/personnalites/) ici même, Renaud Capuçon avait créé, avec un succès considérable, son concerto pour violon Aufgang.

Ou de faire des projets avec Lionel Bringuier ou Paavo Järvi, qui a titillé ma curiosité de directeur de festival. Mais c’est une autre histoire… à suivre !

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( à l’arrière plan à gauche, Mathias Pintscher)