L’aventure France Musique (V) : La Maison de la radio a 30 ans

Après les quatre premiers épisodes (lire L’aventure France Musique Il y a 25 ans, L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes, Fortes têtes, Fortes têtes (suite),

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un souvenir plutôt amusant d’une cérémonie très officielle, complètement foutraque dans son (in)organisation !

L’inauguration de la Maison ronde

Le général de Gaulle a inauguré, le 14 décembre 1963, la Maison de la radio.

Charles Munch l’inaugure musicalement, avec l’Orchestre National, le 20 décembre suivant.

Trente ans après

Je ne sais pas pourquoi on a décidé d’organiser une grande célébration trente ans après cette inauguration. Une idée du PDG de l’époque, Jean Maheu ? Le 14 octobre 1993, toute la maison est sur le pied de guerre pour accueillir, en grande pompe, le Premier ministre Edouard Balladur, et accessoirement l’architecte de la Maison ronde, Henry Bernard (qui décèdera en 1994).

Dirigeants et cadres de la maison s’attendent à recevoir des instructions très précises quant à leur place protocolaire, leur rôle dans le déroulement de la manifestation, bref un « qui fait quoi ? » classique dans ce genre d’événements. Le Premier ministre doit être accueilli à l’entrée principale, puis conduit au studio 103 (qui a laissé la place à l’actuel Auditorium) où des discours vont être prononcés.

Un joyeux désordre

Nous sommes censés former une sorte de haie d’honneur dans le hall de la Maison de la radio, éventuellement pour être présentés à M. Balladur. Le jour dit, contrairement à ce qui nous a été indiqué verbalement (et rappelé par le PDG en réunion de direction), ce n’est pas une haie ordonnée, mais un attroupement qui attend l’hôte de Matignon, où se mêlent personnels de Radio France, journalistes, invités extérieurs, dans un désordre et un brouhaha bien peu officiels. Jean Maheu ne semble pas encore descendu de son bureau du 4ème étage, et l’on voit Hervé Bourgesex-PDG d’Antenne 2 et France 3, se placer à l’entrée de la maison. C’est lui qui va accueillir Edouard Balladur à sa descente de voiture, Jean Maheu restant inexplicablement en retrait ! Point de présentations, tout le monde s’engouffre, dans le même désordre, dans le studio 103. Les chaises sont prises d’assaut, sans aucun respect des consignes de placement. Je reste pour ma part debout à l’entrée du studio, d’où j’ai d’ailleurs une vue panoramique sur l’assistance et le pupitre où vont être prononcés les discours.

J’assiste, de plus en plus navré (comme la plupart de mes collègues), à la prestation du PDG, dont on savait déjà qu’il n’était pas un orateur-né. Impressionné sans doute par la circonstance, courbé sur son pupitre devant son hôte illustre, il dit son discours au ralenti, et d’une voix de moins en moins assurée, au point de finir presque inaudible. Son propos paraît interminable, pourtant celui qui a publié trois recueils de poésie a dû longuement y travailler…

On a perdu le Premier ministre

Edouard Balladur prend ensuite la parole. Le discours est plus concis et convenu (lire ici). Je sais que la visite du Premier ministre doit se poursuivre au studio 104 où l’Orchestre philharmonique de Radio France répète sous la direction d’un prestigieux invité, Yehudi Menuhin. Mais à la fin du discours de Balladur, rien ne se passe, les gens se lèvent, se jettent sur les buffets dressés dans le 103, tous, à commencer par le PDG de Radio France, semblent avoir oublié la feuille de route de la visite ministérielle. C’est alors que deux membres de l’escorte du Premier ministre m’avisent, près de la porte du studio : « Que fait-on maintenant ? »

Jean Maheu, Claude Samuel (le directeur de la musique), les responsables de l’accueil et du protocole de la maison sont introuvables. Edouard Balladur manifeste une certaine impatience. Sa suite m’enjoint de le conduire au studio 104.

Lorsque nous y arrivons, l’orchestre s’interrompt, comme prévu, le Premier ministre vient saluer chaleureusement et échanger quelques mots avec Yehudi Menuhin. Etrange situation, dont je suis le seul témoin (pas de micro, ni d’appareil photo à disposition !) Tandis que l’échange prend fin, brouhaha au fond du studio. On voit débouler, cheveux et costume en bataille, Jean Maheu, Claude Samuel et d’autres à leur suite. Le PDG se confond en plates excuses pour ce manquement à ses plus élémentaires devoirs protocolaires et, proposant à son hôte de le raccompagner, s’entend répondre par un Edouard Balladur plus pincé que jamais : « Ne vous donnez pas cette peine, je trouverai la sortie tout seul » Les collaborateurs du Premier ministre me saluent et me remercient, et se dépêchent de quitter les lieux…

 

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