Neeme le Russe

C’était un programme immanquable, de ceux qui font honneur à ceux qui les décident comme à ceux qui les interprètent. Deux symphonies russes, pas inconnues certes, mais peu fréquentes au concert, et encore moins assemblées : la Première symphonie de Rachmaninov et la Sixième symphonie de Chostakovitch. 

Et c’était le concert annuel de Neeme Järvi à la tête de l’Orchestre National de France, à l’Auditorium de la maison de la radio, hier soir.

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L’homme accuse la fatigue de l’âge, mais le chef fait remonter à ma mémoire les prodigieux souvenirs que j’ai déjà racontés ici (Dans la famille Järvi le père). Les critiques pourront ergoter, quelques baisses de tension, quelques imprécisions dans l’orchestre, mais ce sont broutilles en regard du souffle, de l’inspiration, du sens du récit qui caractérisent l’art du grand chef estonien.

Et quel son ce diable d’homme obtient du National, alors qu’on sait que les répétitions ont été chiches ! quelle rondeur, quelle chaleur, quelle virtuosité des cordes, quel équilibre entre les pupitres ! A la fin du concert, ce sentiment si bienfaisant d’avoir partagé un moment exceptionnel de musique (concert à réécouter sur Francemusique.fr)

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Je me réjouis d’accueillir Neeme Järvi et son orchestre national d’Estonie en juillet prochain au Festival Radio France.

Neeme Järvi, ce sont des souvenirs liés à l’Orchestre de la Suisse romande, comme je l’ai raconté.

Les deux oeuvres au programme d’hier soir sont aussi liées à la formation genevoise (qui célèbre son centenaire), à deux souvenirs personnels.

J’ai raconté ici (Wiener Walterdans quelles circonstances j’avais demandé au chef viennois Walter Weller (1939-2015) de diriger la 1ère symphonie de Rachmaninov à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, vingt ans après l’avoir enregistrée pour Decca. Un enregistrement méconnu, qui reste pour moi une référence :

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Etrangement, Neeme Jârvi qui est à la tête d’une discographie considérable, exceptionnelle (lire L’aventure d’une vie)  n’a jamais (ou pas encore !) enregistré cette 1ère symphonie.

Quant à la 6ème symphonie de Chostakovitch, c’est encore avec l’OSR que j’ai pu la programmer et l’entendre pour la première fois en concert ! Je me rappelle encore cette séance du comité de programmation de l’orchestre, présidé par Armin Jordan, lors duquel j’avais suggéré un programme qui me semblait original et cohérent, avec Les Fresques de Piero della Francesca de Martinu, les Chants et danses de la mort de Moussorgski (interprétés par Paata Burchuladze), et cette 6ème de Chostakovitch. Plusieurs membres dudit comité de se récrier, pas assez « grand public », deux oeuvres du XXème siècle ô horreur, même avec un soliste vedette ! Armin Jordan, qui devait diriger ce programme, trancha : « Je ne connais pas ni le Martinu, ni le Chostakovitch, mais si Jean-Pierre le propose, je suis son idée et je dirigerai ce programme ».  Point final ! Et le jour venu, devant un Victoria Hall comble (preuve que le public est toujours plus intelligent que les programmateurs frileux !), Armin Jordan dirigea l’un de ses plus beaux concerts !

Nombreuses belles versions de cette « petite » symphonie de 1939, coincée entre la célèbre 5ème et la monumentale 7ème, première « symphonie de guerre » de Chostakovitch.

Une rareté, malheureusement pas rééditée, mais qu’on peut encore trouver avec un peu de chance, un « live » de Kondrachine (Le Russe oublié) avec le Concertgebouw

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Evidemment l’intégrale de Kondrachine reste la référence :

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Et dans ce DVD Leonard Bernstein capté en concert avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, fait un parallèle lumineux entre cette 6ème de Chostakovitch et la 6ème de Tchaikovski. Il voit dans Chostakovitch un miroir inversé de la « Pathétique » : la dernière symphonie de Tchaikovski s’achève sur un long adagio lamentoso, la 6ème symphonie de Chostakovitch s’ouvre sur un poignant largo, se poursuit par un allegro sarcastique et se termine dans une atmosphère de fête foraine par un presto irrésistible

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L’aventure France Musique (V) : La Maison de la radio a 30 ans

Après les quatre premiers épisodes (lire L’aventure France Musique Il y a 25 ans, L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes, Fortes têtes, Fortes têtes (suite),

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un souvenir plutôt amusant d’une cérémonie très officielle, complètement foutraque dans son (in)organisation !

L’inauguration de la Maison ronde

Le général de Gaulle a inauguré, le 14 décembre 1963, la Maison de la radio.

Charles Munch l’inaugure musicalement, avec l’Orchestre National, le 20 décembre suivant.

Trente ans après

Je ne sais pas pourquoi on a décidé d’organiser une grande célébration trente ans après cette inauguration. Une idée du PDG de l’époque, Jean Maheu ? Le 14 octobre 1993, toute la maison est sur le pied de guerre pour accueillir, en grande pompe, le Premier ministre Edouard Balladur, et accessoirement l’architecte de la Maison ronde, Henry Bernard (qui décèdera en 1994).

Dirigeants et cadres de la maison s’attendent à recevoir des instructions très précises quant à leur place protocolaire, leur rôle dans le déroulement de la manifestation, bref un « qui fait quoi ? » classique dans ce genre d’événements. Le Premier ministre doit être accueilli à l’entrée principale, puis conduit au studio 103 (qui a laissé la place à l’actuel Auditorium) où des discours vont être prononcés.

Un joyeux désordre

Nous sommes censés former une sorte de haie d’honneur dans le hall de la Maison de la radio, éventuellement pour être présentés à M. Balladur. Le jour dit, contrairement à ce qui nous a été indiqué verbalement (et rappelé par le PDG en réunion de direction), ce n’est pas une haie ordonnée, mais un attroupement qui attend l’hôte de Matignon, où se mêlent personnels de Radio France, journalistes, invités extérieurs, dans un désordre et un brouhaha bien peu officiels. Jean Maheu ne semble pas encore descendu de son bureau du 4ème étage, et l’on voit Hervé Bourgesex-PDG d’Antenne 2 et France 3, se placer à l’entrée de la maison. C’est lui qui va accueillir Edouard Balladur à sa descente de voiture, Jean Maheu restant inexplicablement en retrait ! Point de présentations, tout le monde s’engouffre, dans le même désordre, dans le studio 103. Les chaises sont prises d’assaut, sans aucun respect des consignes de placement. Je reste pour ma part debout à l’entrée du studio, d’où j’ai d’ailleurs une vue panoramique sur l’assistance et le pupitre où vont être prononcés les discours.

J’assiste, de plus en plus navré (comme la plupart de mes collègues), à la prestation du PDG, dont on savait déjà qu’il n’était pas un orateur-né. Impressionné sans doute par la circonstance, courbé sur son pupitre devant son hôte illustre, il dit son discours au ralenti, et d’une voix de moins en moins assurée, au point de finir presque inaudible. Son propos paraît interminable, pourtant celui qui a publié trois recueils de poésie a dû longuement y travailler…

On a perdu le Premier ministre

Edouard Balladur prend ensuite la parole. Le discours est plus concis et convenu (lire ici). Je sais que la visite du Premier ministre doit se poursuivre au studio 104 où l’Orchestre philharmonique de Radio France répète sous la direction d’un prestigieux invité, Yehudi Menuhin. Mais à la fin du discours de Balladur, rien ne se passe, les gens se lèvent, se jettent sur les buffets dressés dans le 103, tous, à commencer par le PDG de Radio France, semblent avoir oublié la feuille de route de la visite ministérielle. C’est alors que deux membres de l’escorte du Premier ministre m’avisent, près de la porte du studio : « Que fait-on maintenant ? »

Jean Maheu, Claude Samuel (le directeur de la musique), les responsables de l’accueil et du protocole de la maison sont introuvables. Edouard Balladur manifeste une certaine impatience. Sa suite m’enjoint de le conduire au studio 104.

Lorsque nous y arrivons, l’orchestre s’interrompt, comme prévu, le Premier ministre vient saluer chaleureusement et échanger quelques mots avec Yehudi Menuhin. Etrange situation, dont je suis le seul témoin (pas de micro, ni d’appareil photo à disposition !) Tandis que l’échange prend fin, brouhaha au fond du studio. On voit débouler, cheveux et costume en bataille, Jean Maheu, Claude Samuel et d’autres à leur suite. Le PDG se confond en plates excuses pour ce manquement à ses plus élémentaires devoirs protocolaires et, proposant à son hôte de le raccompagner, s’entend répondre par un Edouard Balladur plus pincé que jamais : « Ne vous donnez pas cette peine, je trouverai la sortie tout seul » Les collaborateurs du Premier ministre me saluent et me remercient, et se dépêchent de quitter les lieux…

 

Rentrée

J’aime ces soirs de rentrée, le premier concert d’une saison. Comme hier soir à la Maison de la Radio à Paris, autour de l’Orchestre National de France (à réécouter sur France Musique)

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Un an après ses débuts comme directeur musical de la phalange, deux mois après une mémorable soirée Gershwin au Festival Radio Francec’est évidemment Emmanuel Krivine (voir La fête de l’orchestre) qui officiait. Avec un soliste attendu – Bertrand Chamayou avait déjà joué le 5ème concerto de Saint-Saëns en juillet 2016 au Festival Radio France – 

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Mais un programme intéressant, des musiciens de haut vol, ne font pas, à eux seuls, une rentrée réussie. Il y faut cette effervescence particulière qui caractérisait nos rentrées à l’école, au lycée ou à l’université, le plaisir de retrouver des visages amis dans le public ou parmi les personnalités invitées, mais aussi d’en découvrir de nouveaux, d’observer habitués ou novices, d’assister à des rencontres insolites. Bref, tout sauf un truc mondain, où il faut se montrer…

Et la soirée d’hier ne manquait d’aucun de ces ingrédients.

djjst26waaavtbsCertes, la ministre de la Culture – présente l’an dernier (comme le montre cette photo prise en septembre 2017)- manquait, de même que Mathieu Gallet, l’ex-PDG de Radio France, remplacé, comme on le sait, par Sibyle Veil, qui s’est acquittée parfaitement de l’exercice ingrat du mot d’accueil au public et aux auditeurs.

36957947_2114791482093176_3005064303477784576_n(Le 11 juillet dernier, Sibyle Veil, en sa qualité de co-présidente du Festival Radio France, assistait au concert d’ouverture du Festival 2018).

Au moment d’entrer dans la salle, j’apercevais une silhouette qui me semblait familière, même si une barbe fournie me faisait hésiter.

A l’entracte je n’eus plus de doute, c’était bien Daniele Gattile prédécesseur d’Emmanuel Krivine à la direction de l’Orchestre National, que je n’avais plus revu depuis son concert d’adieu en 2016 (lire Bravo Maestro), qui se trouve pris dans le tourbillon d’une « affaire » qui l’a privé, sans procès, sans explication, de son poste à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam

Face à moi, un homme visiblement éprouvé, mais aussi touché par les témoignages qui n’ont pas manqué de la part de ses anciens musiciens et de ses amis parisiens, à qui j’ai répété ce que j’avais écrit et dit, et qui lui avait été transmis (lire Stupéfaction). On aimerait que les accusateurs, les procureurs auto-proclamés sur les réseaux sociaux et dans les médias se trouvent confrontés à ceux qu’ils clouent au pilori… et mesurent les conséquences (in)humaines de leurs dénonciations (cf. le suicide de l’époux d’Anne-Sofie von Otter). Chaleureuse embrassade avec Daniele Gatti, qu’on souhaite ardemment revoir très vite à Paris…

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Une autre figure que je ne m’attendais pas à croiser à ce concert, l’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, aujourd’hui retirée de la politique active, auteur d’un roman à clés très remarqué en cette rentrée littéraire, Les Idéaux :

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Une femme, un homme, une histoire d’amour et d’engagement.
Tout les oppose, leurs idées, leurs milieux, et pourtant ils sont unis par une conception semblable de la démocratie.
Au cœur de l’Assemblée, ces deux orgueilleux se retrouvent face aux mensonges, à la mainmise des intérêts privés, et au mépris des Princes à l’égard de ceux qu’ils sont censés représenter.
Leurs vies et leurs destins se croisent et se décroisent au fil des soubresauts du pays.
Lorsque le pouvoir devient l’ennemi de la politique, que peut l’amour ? 
(Présentation de l’éditeur).

L’agrégée de lettres classiques retrouve une langue et un style qu’on avait déjà admirés dans Les derniers jours de la classe ouvrière

Nous nous reverrons à Montpellier en octobre pour la 40ème édition de Cinémed, ce beau festival de cinéma tourné vers la Méditerranée, qu’Aurélie Filippetti préside depuis deux ans.

Moins inattendue, la présence du toujours fringant Ivan Levaidont l’épouse, Catherine, travaille à Radio France. Avec Ivan, c’est inévitablement – et pour mon plus grand bonheur – un livre ouvert de souvenirs, d’anecdotes, de témoignages de première main. Et je le crois, une amitié réciproque. À trois mètres de la présidente de Radio France – mariée à l’un de ses petits-fils – la conversation roula presque naturellement sur Simone Veil (lire La vie de Simoneet son mari Antoine, entrés au Panthéon le 1er juillet dernier, un couple étonnant dont le journaliste a été l’un des plus proches.

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Confidences très émouvantes sur les dernières années de Simone Veil…

La veille, mercredi après-midi, une autre circonstance m’avait conduit au 22ème étage de la tour de la Maison de la Radio, d’où l’on a l’une des plus belles vues sur Paris. Une sorte de pré-rentrée. La remise des insignes de chevalier des Arts et Lettres à François-Xavier Szymczak, aujourd’hui l’une des voix emblématiques de France MusiqueFrançois-Xavier tenait à ma présence à cette réunion plutôt intime, il se rappelait qu’un jour de 1996 – il avait 22 ans – je lui avais fait confiance pour travailler sur la chaîne (lire L’aventure France Musiqueet – ce que j’avais oublié – j’avais organisé ses interventions à l’antenne pour qu’elles soient compatibles avec ses obligations militaires ! .

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Je raconterai sûrement, en dévidant le fil de mes souvenirs (L’aventure France Musique : l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes), quand et comment François-Xavier Szymczak et ceux qui l’entouraient mercredi, Lionel Esparza, Laurent Valéro, Arnaud Merlin, et d’autres comme Anne-Charlotte Rémond, Anne Montaron, Bruno Letort, j’en oublie, ont rejoint l’équipe de France Musique

 

 

 

 

L’hommage à Svetlanov

Tandis que se déroulent les épreuves du 4ème Concours international de Chefs d’orchestre Evgueni Svetlanov, Radio France s’apprête à célébrer les 90 ans du chef russe, né le 6 septembre 1928, disparu en 2002.

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Un programme, comme on les aime, parce qu’il reflète idéalement la personnalité d’un musicien hors norme, pianiste, chambriste, compositeur et chef immense.

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Nikolaï Medtner
Sonate pour piano « Réminiscence »

Sergueï Rachmaninov
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Evgeny Svetlanov
Poème pour violon et orchestre

Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Roméo et Juliette

et la crème des interprètes russes : Vadim Repin, Dmitri Makhtin, Alexandre KniazevBoris Berezovsky, Andrei Korobeinikov, qu’on a souvent vus au Festival Radio France tout comme le jeune chef Andris Pogalauréat du 1er concours Svetlanov à Montpellier en 2010.

J’ai déjà raconté mon admiration pour Evgueni Svetlanov, et mon unique rencontre avec lui, à Montpellier. Lire : Le génie de Genia

Son legs discographique (de la période soviétique) a été magnifiquement réédité, ou plus précisément, la considérable anthologie de la musique russe entreprise au mitan des années 60.

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Un premier coffret centré sur la musique symphonique, par ordre chronologique de Glinka à Kalinnikov, avec une pépite : Svetlanov jouant au piano des pièces de Medtner (d’où la présence d’une sonate de Medtner ce soir au concert) : détails du coffret à voir ici  Le monument Svetlanov (I)

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Un deuxième coffret achevait la partie symphonique de cette anthologie (mais omettait, malheureusement, les gravures de l’après-URSS, comme une intégrale des symphonies de Miaskovski, heureusement rééditée par ailleurs). Voir les détails ici : Le monument Sveltanov (II).

Et voici que paraît le troisième et dernier coffret de cette anthologie, 11 CD seulement, consacré aux oeuvres chorales, avec plusieurs raretés, des compositeurs et des oeuvres inconnus en dehors de Russie, et bien sûr des Rachmaninov (Les Cloches) ou Prokofiev (Alexandre Nevski) de référence.

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(Comme les précédents, ce coffret n’est pas vraiment bon marché, le meilleur prix est sur amazon.it)

Svetlanov au piano dans le Trio élégiaque de Rachmaninov, joué ce soir au concert-hommage à Radio France.

Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I)

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Vingt-cinq ans ont passé depuis le 23 août 1993. Le temps me semble venu de raconter l’origine et les débuts d’une aventure qui m’a passionné : France Musique.

De décevoir aussi tous ceux qui s’attendent à lire les exploits d’un ambitieux carriériste sous les traits d’un nouveau Rastignac.

Ce lundi 23 août 1993, je me suis levé tôt, pour être à mon nouveau bureau vers 9 h. Je me présente à l’entrée B de la Maison de la Radio. Je donne mon nom à l’appariteur qui m’indique l’étage où se trouvent les bureaux de la direction de la Musique et de France Musique (le 6eme). Arrivé sur place je ne vois que portes closes et pas âme qui vive…

Je redescends aux Ondes, l’immuable bistrot où tant de figures illustres de la Radio ont leurs habitudes. Vide comme la Maison de la Radio. On est encore au mois d’août et je n’ai pas encore pris le pli des horaires parisiens (que je ne prendrai jamais d’ailleurs, arrivant vers 8h30 le matin et partant rarement avant 20h30 le soir !) Un double café crème et des croissants pour patienter. Lorsque vers 10 h j’aperçois un semblant d’animation du côté de la porte B, je reprends la direction de ce qui sera mon bureau pendant presque six ans.

En avril de cette année 1993, l’un de mes collègues de la Radio suisse romande revenant d’une réunion à Paris me transmet un message de la responsable du programme de France Musique – que je connais un peu pour l’avoir rencontrée lors de réunions des radios francophones et surtout depuis que j’ai organisé avec elle en mai 1992 à Genève une journée commune France Musique / Espace 2 (la chaîne culturelle de la RSR). Sophie Barrouyer me fait demander de l’appeler. J’oublie ou je suis trop occupé pour le faire… Les téléphones portables n’existent pas encore.

Le 1er mai 1993, je suis en déplacement dans le sud de la France, à Toulon précisément, avec le Maire et la municipalité de Thonon-les-Bains (dont je fais partie) pour « baptiser » un chasseur de mines de la Marine nationale. Ce jour là nous faisons une belle sortie en mer, contournant le fort de Brégançon, et nous dînons d’une excellente bouillabaisse dans un établissement réputé de Toulon. Nous rentrons peu avant minuit au mess de la Marine où nous sommes hébergés. Le veilleur de nuit a les yeux vissés sur le petit téléviseur de sa loge : Pierre Bérégovoy s’est suicidé sur les bords de la Nièvre. Sa dépouille a été rapatriée dans la soirée au Val de Grâce. Nous sommes sous le choc.

Au moment de nous donner les clés de nos chambres, le veilleur me donne un message : vous devez rappeler ce numéro, c’est urgent ! Je ne sais toujours pas comment Sophie Barrouyer m’avait pisté jusqu’à Toulon… un 1er Mai de surcroît !

Le surlendemain, de retour en Haute-Savoie, je rappelle enfin Sophie B. En quelques mots elle m’explique qu’il va y avoir du changement à la Musique à Radio France : le Délégué aux Programmes – titre un peu pompeux et inventé tout exprès pour l’aimable Jean-Albert Cartier, débarqué de la direction du Châtelet puis de l’Opéra de Paris et recasé à Radio France – s’en va et Sophie B. son adjointe pour France Musique aussi. On cherche l’oiseau rare pour prendre les deux places et Sophie Barrouyer de me proposer : « Si tu veux, le job est pour toi ! »

Je suis quand même abasourdi par cette conversation. Il n’y aurait donc personne à Paris de plus qualifié et de plus titré qu’un producteur de la RSR complètement inconnu dans la capitale ?

Sophie me supplie de venir au plus vite rencontrer Claude Samuel, le directeur de la Musique de Radio France (qui, à l’époque, a également la tutelle de France Musique et du programme musical de France Culture)

Le 11 mai 1993, j’invoque un prétexte d’absence auprès de la direction de la chaîne suisse pour faire un aller-retour en avion Genève-Paris. J’arrive en retard au rendez vous fixé avec Claude Samuel en fin de matinée. Je ne connais pas le directeur de la Musique, je sais qu’il a été journaliste, responsable de festivals de musique contemporaine. Je m’attends à une sorte d’entretien d’embauche au cours duquel je serai interrogé sur mes précédents faits d’armes, mon expérience, mon parcours, bref mes aptitudes aux fonctions qu’on voudrait me confier. Rien de tout cela, plutôt une aimable conversation et deux questions : Quand pouvez- vous commencer ? Seriez-vous disponible pour rencontrer Jean Maheu, le PDG de Radio France au festival d’Evian le 25 mai ?

J’étais encore plus abasourdi qu’après ma conversation téléphonique avec Sophie B. Ainsi Claude Samuel considérait mon accord comme acquis. Nous n’avons discuté de rien, ni contrat, ni organisation du travail.

A la Radio suisse, j’ai un contrat à durée indéterminée, un bon salaire, en sept ans on m’a confié à peu près toutes les fonctions, hors la direction de la chaîne culturelle, plusieurs fois promise, mais finalement confiée à une clone de Chantal Nobel (dans Châteauvallon). Depuis trois ans nous subissons une directrice dont l’incompétence fait le bonheur des gazetiers et le malheur des producteurs. Sans doute consciente de ses faiblesses, elle laisse à ses adjoints – dont je suis – une latitude certaine, quoique surveillée (Au retour d’un déjeuner, elle me téléphone pour s’inquiéter que, dans l’émission de midi, on ait diffusé du Boulez. Elle n’a pas entendu elle-même l’œuvre incriminée mais on le lui a rapporté. Je vérifie auprès de la productrice qui, amusée, finit par trouver le coupable : un extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel dirigé par…Pierre Boulez !)

J’ai aussi ma petite famille à Thonon-les-Bains et des responsabilités municipales depuis 1989 (comme Maire-Adjoint chargé de la Culture, de la Jeunesse et de la Vie associative).

Quitter tout cela pour un saut dans l’inconnu (à une exception près, les patrons de France Musique ont rarement duré plus de trois ans à leur poste). Sous le sceau du secret le plus absolu, je consulte un ou deux amis, dont mon camarade François Hudry, avec qui je fais équipe dans l’émission Disques en Lice qu’il a fondée fin 1987. Ils me disent à juste titre que pareille proposition – la direction d’une chaîne qui nous a tous nourris, accompagnés, formés depuis l’adolescence, une « référence » – ne se refuse pas !

img_3495(J’adore cette photo de notre premier Disques en Lice : de gauche à droite, François Hudry, votre serviteur avec lunettes et cravate (!!), Chiara Banchini, Michel Corboz et Pierre Gorjat)

Dès que j’ai rencontré Jean Maheu fin mai – entretien purement formel à l’entracte d’un concert – et après qu’une proposition de contrat – à durée déterminée ! – m’a été faite – je vois Gérald Sapey le directeur de la RSR et lui annonce ma démission pour la fin août.

Les semaines à venir seront mises à profit pour trouver un logement dans la capitale. Un cousin éloigné est prêt à me louer un 2 pièces un peu défraîchi dans le 11eme arrondissement. Un week-end avec mon fils aîné début août permettra d’acheter le strict minimum pour le meubler. Et je tiendrai la promesse faite à ma petite famille de lui faire découvrir un peu de Londres et de l’Angleterre juste avant mes débuts parisiens.

Suite au prochain épisode, ou mes premiers pas dans la Maison ronde !

L’audace du public

Deux concerts contrastés, pour le moins, ces derniers jours à Paris. Des programmes « exigeants » comme on dit quand on veut s’excuser de ne pas a priori complaire au « grand public » (lire Le grand public). Et des programmes qui ont conquis, enthousiasmé les publics réunis pour ces concerts.

D’abord jeudi soir, au Théâtre des Champs-Elysées, le pianiste Christian Zacharias

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Je connais Christian depuis presque trente ans, lorsqu’il avait accepté de remplacer un jeune pianiste souffrant comme soliste d’un concert dirigé par Armin Jordan à Genève ! C’était, je crois, en 1990. Même au faîte de sa carrière de pianiste, il n’avait encore jamais joué en Suisse ! Et ce fut, pour lui, le début d’une aventure musicale qui allait notamment le conduire à diriger l’Orchestre de chambre de Lausanne de 2000 à 2013 (à la suite du regretté Jesus Lopez Cobos), et pour moi le commencement d’une amitié qui ne cesserait plus.

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Ainsi, en 1997 – j’étais alors directeur de France Musique – j’avais été mis dans la confidence de la préparation d’un concert monté par les Amis de l’OSR (Orchestre de la Suisse Romande) pour fêter les 65 ans d’Armin Jordanen même temps que la fin de son mandat à la tête de la phalange genevoise. J’avais trouvé un studio à la maison de la radio à Paris pour que Christian Zacharias et Felicity Lott puissent répéter, dans le plus grand secret, une séquence dont ils feraient la surprise au chef suisse.

En 2010, j’invitai Christian Zacharias à jouer dans la nouvelle série Piano 5 étoiles à la Salle Philharmonique de Liège. Un an plus tard, il dirigeait les forces de l’Opéra royal de Wallonie pour de subtiles Noces de Figaro de Mozart mises en scène par Philippe Sireuil.

Ce jeudi soir, faisant le pari de la confiance du public, il avait choisi un programme très classique, et plutôt rare en récital : Bach et Haydn. Rien pour l’épate, rien pour la virtuosité transcendante ou le romantisme échevelé. Austère presque… Mais quel bonheur d’entendre un piano sonner clair et dense, qui jamais ne cherche à singer ou imiter le clavecin ou le pianoforte. C’est la première fois que j’entendais Zacharias chez ces deux compositeurs, mais je vis depuis longtemps avec ses Scarlatti…sans parler de l’autre grand classique dont il est un interprète de prédilection, Mozart !

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L’autre moment fort de rencontre entre un musicien hors norme et un public aventurier, ce fut vendredi soir, à l’auditorium de la Maison de la radio. L’Orchestre philharmonique de Radio France avait convié la jeune cheffe polonaise Marzena Diakun (qu’on reverra à Montpellier le 13 juillet prochain – Made in France) à diriger un programme extrêmement (trop ?) copieux. Rien moins que Taras Bulba de Janáček d’entrée de jeu, suivi d’un long (trop ?) concerto pour percussions du Finlandais Kalevi Aho, et en seconde partie la 9ème symphonie de Dvořák.

Le public n’aura peut-être retenu de cette soirée que la prestation exceptionnelle, étourdissante, ébouriffante, de Martin Grubingerla star de la percussion. Déjà en novembre 2014, quelques jours après l’inauguration de l’Auditorium de Radio France, il avait donné un aperçu de son fantastique talent en interprétant Speaking drums de Peter Eötvös sous la direction du compositeur.

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Je l’avais invité, avec son père et les soeurs Önder, en juillet 2016, à une soirée du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui avait failli ne pas avoir lieu (lire Rattrapés par l’actualité). 

Vendredi il a fait une nouvelle démonstration d’un art incomparable, sa seule prestation sauvant de l’ennui une oeuvre vraiment longuette et répétitive qui n’est pas la plus inspirée de son auteur. En bis, Martin Grubinger a proposé un numéro plus sportif que musical, comme il l’a annoncé lui-même pour le plus grand bonheur d’un public aux anges. Court extrait :

 

Concerts de Nouvel an

Si on y inclut la soirée de la Saint-Sylvestre à Dresdeon aura célébré à quatre reprises l’arrivée de l’an neuf. De quoi frôler l’indigestion !

Retour sur le concert de Nouvel an du 1er janvier à Vienne. Petit cru malgré l’affiche. On avait pourtant bien aimé Riccardo Muti dirigeant les Wiener Philharmoniker en 1993, 1997 ou 2004.  Qu’est-il arrivé au fringant chef napolitain de naguère ? Que cette édition 2018 semblait corsetée, laborieuse, à cent lieues de l’élégance et du charme auxquels Muti nous avait accoutumés…

Et ce cérémonial compassé, ces images kitschissimes des châteaux et jardins de Vienne, et ces couples de danseurs filmés en extérieur, l’été dernier ?

Samedi dernier en revanche, c’était une toute autre proposition, au Zénith de Pau. Trois ans après la reprise de Broadway symphoniqueIsabelle Georges, Frederik Steenbrink, retrouvaient l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et Fayçal Karoui, avec des comparses de luxe, Jeff Cohen au piano et Roland Romanelli à l’accordéon, pour un Nouvel an de chanson française, où se mêlaient joie et nostalgie, tendres souvenirs et messages d’espérance.

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Quelle merveille, cet accordéon si poétique du légendaire accompagnateur de Barbaradans une chanson qu’on ne présente plus !

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Hier soir – ce soir en direct sur France-Musique ! – beaucoup mieux qu’une réplique parisienne du concert viennois avec l’Orchestre National de France et Emmanuel KrivineUn menu de fête choisi tout exprès par un chef qui n’a pas son pareil pour composer un programme, et un test imparable pour mesurer le niveau de cohésion, de Zusammenmusizieren, d’une phalange vraiment peu familière de ce répertoire et de son directeur musical. Ceux qui écouteront le concert ce soir en direct ou en podcast sur francemusique.fr partageront l’enthousiasme qui a été le mien et celui d’un Auditorium de Radio France comble hier soir.

Rien n’est plus difficile que ces musiques « légères », les Strauss bien sûr, mais aussi les danses de Dvorak, Brahms, les valses des ballets de Tchaikovski. Emmanuel Krivine et l’ONF nous les ont servies leichtfüssig – d’un pied léger (pour reprendre le titre d’une polka de Joseph Hellmesberger junior)

Emmanuel Krivine qui adore s’adresser au public – il faudrait songer à lui mettre un micro-cravate, une grande partie de la salle ne l’entendant pas ou mal ! – confiait le souvenir qui l’avait marqué du Grand Echiquier de Jacques Chancel : Karajan et le Philharmonique de Berlin en direct toute une soirée à la télévision française en 1980 !

J’ai exactement le même souvenir qu’E.Krivine, en particulier quand Karajan explique, avant de la diriger, comment est construite la Valse des délires de Josef Strauss (le frère de Johann qui disait de lui : « Je suis le plus connu, mais lui est le plus doué« ). On entre dans la valse, et dans ce rythme caractéristique à 3/4, sans même s’en apercevoir. Le public d’hier, et de ce soir, a donc eu droit à cette valse qui était si chère à Karajan.

On était de belle humeur hier soir en sortant de la maison de la radio…

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