Une famille formidable

10472314lpw-10472313-article-jpg_4585123

C’est un peu notre grand-mère à tous qui s’en est allée cette nuit. La doyenne des comédiens français (et des Comédiens-Français !), Gisèle Casadesus est morte à l’âge de 103 ans, nous l’aimions bien cette délicieuse vieille dame à l’élégance si naturelle.

Je ne l’ai pas connue directement, mais je connais bien plusieurs membres de cette immense famille, au patronyme renommé depuis des générations, les Casadesus.

Commençons par les descendants directs de la défunte :

nee-en-14_article_landscape_pm_v8(Photo de famille prise à l’occasion du centième anniversaire de Gisèle Casadesus)

Le plus célèbre des quatre enfants de Gisèle est – à droite sur la photo – Jean-Claude Casadesus, l’âme et le patron incontesté de l’Orchestre National de Lille durant quarante ans.

Quelques souvenirs récents avec cet éternel jeune homme, un beau concert à Montpellier en juillet 2014 (Inextinguible); quelques mois plus tard à mon invitation il dirigeait l’Orchestre National de France pour le Grand Echiquier spécial d’hommage à Jacques Chancel en janvier 2015. Et encore à des concerts d’autres orchestres et d’autres chefs, où je le vois parfois accompagné par son jeune frère compositeur Dominique Probst (à gauche sur la photo de famille)

Je n’oublie pas l’inauguration en janvier 2013 de la toute nouvelle salle du Nouveau Siècle à Lille, un projet porté à bout de bras par J.C. Casadesus, et un programme qui donnait à entendre La Voix humaine de Poulenc, interprétée – on restait en famille – par la fille du chef, Caroline Casadesus ! Qui, elle-même, a été mariée avec le violoniste de jazz Didier Lockwood.

Comme par hasard, les deux fils de Caroline sont aussi musiciens, tombés dès leur plus jeune âge dans le bain du jazz (influence du beau-père Didier Lockwood ?) et du classique. Je me rappelle très bien le choc éprouvé un dimanche matin dans Thé ou caféil y a une petite dizaine d’années, à découvrir Thomas et David Enhco, l’un au piano, l’autre à la trompette. Depuis, nos chemins n’ont cessé de se croiser, et ils font honneur à la dynastie familiale (lire Musique sans protection).

D’une autre branche des Casadesus, on connaît bien sûr les pianistes Robert, Gaby (sa femme), et Jean (leur fils). J’ai raconté comment j’avais eu l’honneur de connaître Gaby Casadesus (Tout sur Robert). Le legs discographique de ces pianistes magnifiques est heureusement réédité (même si ce coffret n’est pas exhaustif)

61mlfe1tuol

Autres figures musicales illustres de la famille : Marius, fils du patriarche Luis, et oncle de Gisèle et Robert, génial faussaire, qui a fini par avouer, en 1977, être le véritable auteur d’un concerto pour violon attribué à …Mozart, qu’il disait avoir redécouvert en 1931.

Marius a eu un fils, Gréco Casadesus, avec qui j’ai été en contact dans une circonstance bien particulière.

Pour célébrer les 50 ans de la fondation officielle en 1960 de l’Orchestre de Liège – devenu Orchestre philharmonique royal de Liège – j’avais imaginé, avec la complicité de l’éditeur Cypresde rééditer en 2010 la totalité des enregistrements commerciaux réalisés par l’orchestre des années 60 à 2009. Un coffret de 50 CD (vendu 50 €). Il fallait évidemment l’accord des interprètes eux-mêmes, des différents labels, et de leurs directeurs artistiques. Il se trouve que les premiers disques commerciaux de l’Orchestre furent enregistrés sous la baguette de Paul Straussen 1972/73, pour EMI/Pathé-Marconi qui cherchait à se développer en dehors de l’Hexagone : le directeur artistique qui réalisait là ses tout premiers enregistrements était un jeune homme de 22 ans, Gréco Casadesus, avec qui j’ai correspondu et qui, pour le livret du coffret-anniversaire, avait bien voulu livrer quelques souvenirs émouvants.

71Me0-9f8gL._SL1200_

 

On n’a pas fini de fréquenter cette grande famille d’artistes, qu’on salue affectueusement au moment où leur doyenne les quitte…

Fontaines centenaires

Les heureux festivaliers présents à Montpellier le 21 juillet dernier ont eu la chance d’entendre la lumineuse version de l’Orchestre National de Lille et de son chef Alexandre Bloch d’une oeuvre centenaire, Les Fontaines de RomePremier volet de ce qui deviendra la « trilogie romaine » de Respighicréé le 11 mars 1917 au Teatro Augusteo de Rome.

Une récente visite à l’une de mes adresses favorites à Paris – Melomania – m’a fait découvrir – et acheter – un disque qui m’a doublement intrigué : Respighi au piano à 4 mains – alors qu’on n’imagine pas la richesse, le raffinement de l’orchestre du compositeur italien réduits à un clavier en noir et blanc- et le patronyme de l’un des interprètes :

81ykbaNkObL._SL1200_

La ressemblance avec le compositeur est frappante :

respighi

Norberto Cordisco Respighi est bien un descendant du compositeur, et si l’on en croit son profil professionnel, aussi bon musicien que… banquier ! Je connaissais déjà son partenaire, Giulio Biddau, par un beau disque Fauréparu il y a quelques années.

71OJROdHASL._SL1200_

La très bonne surprise de ce disque, c’est que la crainte de la « réduction » des somptuosités orchestrales de Respighi au piano était vaine. On écoute ces oeuvres – Les Fontaines et Les Pins de Rome – d’une oreille neuve, les couleurs que mettent les deux pianistes à leur clavier parant ces tableaux de nuances qui ne cherchent pas à reproduire l’orchestre.

Il se trouve que les deux pianistes proposent ce programme en concert le lundi 2 octobre à l’Institut Italien à Paris (détails ici). Disque et concert vivement conseillés !

Et, comme un clin d’oeil à mon billet d’avant-hier (C’était mieux avant ?), ma petite « discothèque idéale » de ces Fontaines de Rome.

51yd-2RchfL

J’ai eu la chance de pouvoir chroniquer cette réédition inespérée – Diapason d’Or – d’un des rares élèves de Respighi, un chef complètement oublié, Antonio Pedrotti (cf. Diapason n°650).

71Sjk1qO0bL._SL1200_

A peu près au même moment (Les Fontaines de Pedrotti datent de 1961, prise de son exceptionnelle !), Fritz Reiner fait ruisseler ces Fontaines dans une Living Stereo éblouissante avec « son » orchestre de Chicago

81OBelfgqAL._SL1500_

Karajan et ses Berlinois délivrent une palette exceptionnelle de couleurs.

51MXptVmRoL

Moins souvent citée, mais passionnante, parce qu’accentuant la modernité de la partition, la version du chef/compositeur Giuseppe Sinopoli avec l’orchestre philharmonique de New York.

51-x3nQVbtL

Salut les artistes !

D’abord salut respectueux à un artiste parfait, admirable et admiré dans tout ce qu’il a joué, Claude Rich

Retour sur une première partie de Festival qui, depuis son ouverture polyphonique à Pibrac (Révolutionsemble séduire des publics de plus en plus nombreux. Et salut à tous ces amis musiciens qui, de concert en concert, enchantent nos oreilles et…frustrent le directeur que je suis et qui n’a pas le temps de suivre tous ces concerts, surtout lorsqu’ils se déroulent simultanément en plusieurs lieux du grand territoire de l’Occitanie.

IMG_0121

Première revue de détail non exhaustive.

(Jean Paul Gasparian sur une place noire de monde de Saint Jean de Védas le 12 juillet)

IMG_0235(Edgar Moreau et Andris Poga avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse le 17 juillet)

IMG_0238(

IMG_0251(Frederik Steenbrink et Isabelle Georges le 17 juillet après un bouleversant Happy End)

DFIl9bFXUAAFrpg.jpg-large

Retrouvailles avec Renaud Capuçon et Emmanuel Krivine après un magnifique concert de l’Orchestre National le 19 juillet.

IMG_0290 2

Un trio de choc et de grâce avec Marc Bouchkov, Christian-Pierre La Marca et Philippe Cassard (ici un extrait du mouvement lent du 1er trio de Mendelssohn)

DFUB-AYXUAEsunB.jpg-large

(Répétition du poème symphonique (1912) Aux Heures de la nouvelle lune de Nikolai Roslavets) Alexandre Bloch  aux commandes de l’Orchestre National de Lille en grande forme dans un programme idéal pour le Festival : De Moscou à Rome

Tous les concerts du festival à écouter ou réécouter sur Francemusique.fr et toutes les vidéos du Festival à retrouver sur la chaîne Youtube #FestivalRF17

Est-ce ainsi qu’on aime la musique ?

J’ai essayé, mais je n’ai pas tenu plus d’une demi-heure. Et depuis vendredi soir, je lis, sur Facebook, à peu près autant de commentaires passionnés, violents, assassins même sur l’émission que sur Mélenchon, c’est dire ! C’était Prodiges sur France 2…

ob_74f119_prodiges-concert.jpg

Mon ami Marc Coppey écrit : Quelle foutaise! Et qu’on ne vienne pas dire que c’est cet abaissement qui amène le public à la musique et les jeunes à la pratique ! En contrepoint d’un extrait vidéo de l’émission de vendredi soir qui proclame : Quelle merveille !
Camille Berthollet en duo avec Gautier Capuçon jouent « Palladio » de Jenkins. A revoir sans modération…! S’en suivent, à l’heure où j’écris ces lignes, une bonne centaine de « commentaires » très contrastés.

Je ne vais pas reprendre ici ce que j’ai maintes fois exposé, ici même, et dans le cadre de mes responsabilités professionnelles : la musique classique est à tout le monde et pour tout le monde, et une grande émission de télévision – comme jadis Le Grand Echiquier – peut puissamment contribuer à « amener le public à la musique et les jeunes à la pratique », comme le dit Marc Coppey.

Ce qui est en cause ici, c’est le formatage – aucune séquence ne doit dépasser le temps d’une chanson, 3 minutes ! – et, sous prétexte de bienveillance envers tous ces jeunes si gentils musiciens, la présentation caricaturale de l’expression d’un talent, du travail d’un artiste.

J’avoue, j’ai zappé après ces deux séquences de début de soirée.

Qui a eu l’idée folle de laisser cette jeune fille sombrer, en direct, dans ce qui était présenté comme « Le concerto de Tchaikovski » ?

Et cette autre – jolie voix certes – se ridiculiser dans Nessum (sic) dorma ?

Je ne parlerai pas de la suite, puisque je ne l’ai pas vue, et j’ai sans doute eu tort, puisque plusieurs de mes proches m’ont dit avoir regardé la soirée avec plaisir.
J’aurais aimé dire bravo à l’excellente initiative (la seule ?) qui a consisté à faire chanter des milliers d’enfants, à rassembler toutes ces voix pour le bonheur de faire choeur. Depuis longtemps je crois (et j’écris : L’absente) que tous les enfants, à l’école primaire, devraient bénéficier d’une heure de chant choral par semaine. La mesure simple et égalitaire par excellence, une formation à l’écoute mutuelle, au respect, à la discipline, une école du bonheur.
Pour en revenir à Prodiges, je reste convaincu (indécrottable optimiste que je suis !), qu’on peut servir, présenter, la musique classique à une heure de grande écoute, sans la dénaturer ni la caricaturer, en respectant les compositeurs comme les interprètes, surtout s’ils sont jeunes et encore maladroits. Même sous forme de compétition amicale. Et puis les programmateurs pensent-ils que le « grand public » auquel ils pensent s’adresser est à ce point obtus, ignare, qu’on doive lui servir toujours les mêmes « tubes », plus ou moins massacrés et/ou arrangés ? Comme si la musique classique se résumait à une playlist d’une trentaine de titres…
Pendant que les téléspectateurs français regardaient France 2, les Belges se passionnaient pour la finale du Concours Reine ElisabethUn concours qui s’ouvrait pour la première fois au violoncelle, et qui a couronné l’un des plus brillants représentants d’une exceptionnelle génération de jeunes talents français : Victor Julien-Laferrière

Mais, toujours sur Facebook, chacun y est allé de son avis sur le palmarès, beaucoup ont regretté que Bruno Philippe n’ait pas même été classé dans les six premiers.

Je ne retire pas un mot de l’article que j’avais écrit il y a trois ans : De l’utilité des concoursMais je pourrais comprendre… qu’on ne partage pas mon avis !

Le danseur et la philosophe

Comme souvent des lectures parallèles, poursuivies au gré des circonstances, et qui n’ont aucun rapport entre elles.

81iyP-mRAfL

Je n’appartiens pas au club des fidèles de Philippe Grimbert, j’ai plus été attiré par le sujet que par l’auteur. Mais l’exercice est réussi. Ce n’est pas exactement un livre de plus sur le danseur star du XXème siècle. Quand le romancier emprunte les traits d’un psychanalyste, la fiction devient troublante réalité.

De retour de sa première visite en Russie depuis son célèbre saut vers la liberté, le danseur étoile Rudolf Noureiev, mal dans sa peau, consulte Tristan Feller, psychanalyste du Tout-Paris. Le thérapeute est rapidement déstabilisé par la personnalité hors du commun de « Rudik », qui impose un cours peu orthodoxe à la cure : plongée dans l’histoire d’une légende vivante mais aussi affrontement entre les deux hommes durant lequel se déploient jeux de pouvoir et de fascination.

L’essai de Mazarine Pingeot, pour n’avoir pas la palme de l’originalité, présente le double avantage de l’expertise et de l’expérience. Expertise parce que l’auteur opère une synthèse réussie des idées brassées partout et par tous depuis l’apparition des systèmes d’information instantanée, expérience parce que le fille longtemps cachée de François Mitterrand sait de quoi il retourne en matière de secret et de transparence !

91TvZawMxIL

De la presse à scandale à la téléréalité, de la vie de nos dirigeants politiques au traitement de l’information, des nouvelles technologies aux réseaux sociaux, l’exigence de transparence s’est imposée dans tous les domaines, gommant subrepticement la frontière entre espace privé et espace public. Entre injonction morale et fantasme de contrôle absolu, le règne de l’image et du tout-visible ne risque-t-il pas de nous conduire à la lisière du totalitarisme ?

P.S. Après avoir écrit sur ce blog Non merci, je dois reconnaître la performance artistique de certains joueurs de foot comme le but marqué par Dimitri Payet le soir de France-Roumanie. Pour le reste, la banalisation des images, match après match, des bagarres rangées de supporters dans les rues de Marseille ou de Lille ou d’ailleurs, n’est pas près de me faire changer d’avis…

Débats (f)utiles

Vive le café du commerce mondial ! Tout le monde s’exprime sur tout à tout moment sur tous les réseaux possibles.

Comme par exemple sur les deux événements – sans aucune commune mesure – que j’évoquais hier (La bonne nouvelle).

La tuerie d’Orlando a logiquement déclenché une vague d’émotion, de colère, d’indignation. Mais comme si ce n’était pas suffisant à notre douleur, d’aucuns s’en sont pris au traitement de l’information immédiate, jugeant scandaleuses la prudence des premiers commentaires et la gêne éprouvée, selon eux, par certains médias à évoquer clairement la cible visée : les homosexuels qui faisaient la fête dans une boîte gay. A inévitablement resurgi le débat sans fin sur la visibilité, le sentiment d’appartenance à une communauté, de ceux qu’on regroupe sous un affreux acronyme, les LGBT. Un journal télévisé s’est même fendu d’un reportage dans le Marais, le « quartier gay » – sic – de la capitale. Il doit y avoir longtemps que le journaliste n’est pas venu dans les parages, où les uns après les autres, les bars, boutiques, restaurants ouvertement gay il y a vingt ou trente ans, ont fait place à des magasins de mode,  des enseignes passe-partout. Ne subsistent plus que quelques adresses historiques qui font encore de la résistance…

Mais n’est-ce pas la conséquence logique de la normalité revendiquée par les homosexuels eux-mêmes ? C’est assez paradoxal de reprocher aux médias de « passer sous silence » – pour reprendre une expression lue maintes fois – le caractère anti-homosexuels de l’attaque terroriste d’Orlando, et en d’autres circonstances de revendiquer le droit à l’indifférence.

Gay ou pas, ce sont 49 morts scandaleuses, révoltantes. 49 morts de trop.

Evidemment l’autre débat, ouvert sur Facebook entre autres, est sans commune mesure avec ce qui précède, mais il intéresse une autre communauté, un microcosme, le « milieu » musical : la nomination d’Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France. 

A longueur de colonnes de journaux – au point que c’était devenu un marronnier – on se lamentait depuis des années sur l’absence de chefs français à la direction des grands orchestres parisiens (parce qu’en province, on a tout de même eu Lombard à Strasbourg et Bordeaux, Casadesus à Lille, Baudo et Krivine à Lyon, Plasson à Toulouse, et d’autres encore !). Depuis le départ de Jean Martinon en 1973, plus de Français au National, idem au Philharmonique après la fin du mandat de Gilbert Amy, et à l’Orchestre de Paris depuis la mort de Munch en 1968.

La présence de huit chefs français dans la saison 2016/2017 de l’Orchestre National marque un tournant spectaculaire – qui en parlé ? aucun de nos commentateurs patentés ! La nomination d’Emmanuel Krivine, à la suite d’un processus qu’il ne me revient pas d’évoquer ici, mais dont le chef a lui-même parlé dans certains journaux, est quand même une nouvelle dont on devrait logiquement se réjouir dès lors qu’on s’est si longtemps lamenté. Au lieu de cela, on mélange tout, la personnalité du chef – on a parfaitement le droit de ne pas aimer – des traits de caractère qui appartiennent au passé, la politique (ou l’absence de politique) musicale de Radio France. Et, comme souvent, ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en savent le moins.

Si une saison musicale est l’expression d’une politique musicale, d’une orientation artistique, alors j’invite les plus critiques à découvrir attentivement la prochaine saison 16/17 des quatre formations musicales de Radio France. Tous ceux qui l’ont voulue et préparée peuvent en être fiers, parce qu’elle exprime parfaitement les missions de service public et les identités musicales des deux orchestres, de la Maitrise et du Choeur (La saison 16/17 de Radio France)

Audito-architecte--AS.ARCHITECTURE-STUDIO-photo-Gaston-F.BergeretOpti

 

Musique vivante

Guillaume Connesson rappelait lundi soir, pendant la soirée des Victoires de la Musique classique à Lille, que « la musique n’est pas le musée, la musique est vivante, écrite par des compositeurs vivants pour des auditeurs vivants« . Il me semble que je ne dis pas autre chose depuis longtemps…Mais il reste surprenant qu’on doive encore faire ce genre de proclamation.

On va encore en avoir la preuve pendant une quinzaine avec le festival Présences qui en est à sa 25e édition.

13675422-les-deux-ameriques-au-festival-de-creation-de-radio-france

On en a eu aussi le témoignage, quoi qu’on pense d’une manifestation comme les Victoires de la Musique – elle a au moins le mérite d’exister et d’être une des rares occasions de présenter la musique classique à la télévision en prime time – avec un palmarès qui faisait résolument la part belle non pas à des vedettes consacrées, mais à une génération montante déjà très talentueuse (Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Raphaël Pichon, Jean Rondeau, Edgar Moreau, etc.). Quelque chose me dit que ces jeunes musiciens ne se laisseront pas griser par les séductions d’une gloire éphémère, mais traceront leur route – ils ont déjà commencé à le faire – avec une prudente assurance.

La disparition à presque 90 ans d’Aldo Ciccolini nous a rappelé que la musique survit à ceux qui la servent et vit encore longtemps après que ces poètes ont disparu, grâce au disque, à la radio. Dans le cas d’Aldo Ciccolini, on est un peu dans l’embarras de choisir ce qu’il faut retenir (faut-il d’ailleurs choisir ?). ll y a le considérable coffret jadis publié par EMI, on a envie de faire un clin d’oeil à un compositeur et un orchestre avec qui le pianiste napolitain réalisait il y a 40 ans une version restée de référence :

718ORtpqS3L._SL1500_81uXmxQQCHL._SL1500_

Et puis au hasard d’une écoute en voiture, je ne cesse de redécouvrir l’art d’un extraordinaire pianiste, de la même génération qu’Aldo Ciccolini, mais disparu des suites d’un cancer il y a 35 ans, le 29 avril 1969, l’immense Julius Katchen. Decca serait bien inspiré, comme ce fut fait pour Richter, de rééditer un fabuleux legs discographique.

Phénoménale virtuosité jamais gratuite…