1976-2026 : souvenirs d’été

Ce billet du milieu d’été va prendre une tournure plus personnelle, pour évoquer des souvenirs marquants au fil de cinq décennies écoulées.

Août 1976 : la mère de mes enfants, mon premier job, et un raté sans retour à l’orgue

Il y a cinquante ans, j’achevais fin juillet mon service militaire, accompli à l’Ecole nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA) de Saint-Maixent, comme professeur à la fois des jeunes élèves sous-officiers – des cours de français – et d’officiers qui se préparaient à acquérir des diplômes – en l’occurence soit d’allemand, soit de russe, les deux matières dont j’étais déjà titulaire d’un DEUG universitaire. Sitôt libéré, à la suggestion d’un bon camarade déjà militant, je partis pour Avignon, et l’abbaye toute proche de Saint-Michel-de-Frigolet où se déroulait l’une des toutes premières universités politiques d’été – il y a dispute non résolue pour savoir laquelle était véritablement la première entre les jeunes giscardiens et les jeunes démocrates sociaux – Çà ne coutait que le prix du voyage et la curiosité me guidait. Sur place, je fis au moins deux rencontres décisives : parmi un trio de grâces féminines, la future mère de mes enfants, et voisin de dortoir, un garçon qui allait m’orienter quelques mois plus tard vers mon premier emploi d’assistant parlementaire… de son père Jean Cluzel.

Musicalement, j’ai éprouvé cette semaine-là une honte que j’ose raconter cinquante ans plus tard. Il y avait dans l’abbatiale de Saint-Michel-de-Frigolet un très bel orgue. Je ne sais plus comment j’ai été amené à en jouer, je ne sais qui a « cafté » mais un soir qu’un ministre de l’époque, André Fosset – qui allait être débarqué du gouvernement le 25 août au moment de la démission fracassante du premier ministre Jacques Chirac – rendait visite aux jeunes « universitaires » que nous étions, on me pria de jouer quelque chose pour lui et la compagnie présente. Je jouai vaguement la Toccata de la 5e symphonie pour orgue de Widor, puis comme on me priait de continuer, j’improvisai je ne sais plus quoi sur La Marseillaise en tirant les grands jeux pour faire le plus de bruit possible. Je fus chaleureusement félicité par le ministre et son chef de cabinet comme par les autres politiques présents. Je me fis la promesse – jusqu’à ce jour tenue – de ne plus jamais raconter à quiconque que je savais toucher un clavier ou même jouer d’un instrument !

Août 1986 : la Radio suisse romande, Antoine Livio et Charles Dutoit

Déjà raconté ici mon entrée à la Radio suisse romande, et mon « baptême » de radio par le regretté Antoine Livio lors du festival de Montreux, et d’abord en quelque sorte par le chef d’orchestre Charles Dutoit ! Ici capté à Montreux en 2018. Je n’aurai garde d’oublier que le chef suisse, toujours par monts et par vaux – quand il ne dirige pas, il voyage dans le monde entier – va bientôt fêter ses 90 ans.

Août 1996 : Montpellier et Menuhin, Aix et Semele

Je suis au milieu de mon mandat de directeur de France Musique, et je passe logiquement une partie de mon été, juillet surtout, dans les festivals où la chaîne a ses habitudes, essentiellement Aix-en-Provence, Montpellier et un peu Salon-de-Provence où j’ai réussi à installer les micros de France Musique pour capter ce que la bande de formidables musiciens réunis par Paul Meyer, Emmanuel Pahud et Eric le Sage, des amis de toujours, propose de programmes aventureux, parfois inédits.

A Montpellier, c’est le souvenir d’une intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Yehudi Menuhin avec le Sinfonia Varsovia. Techniquement, Menuhin n’est sans doute pas le chef le plus accompli – il rate le début de la 9e de Beethoven et recommence, en direct sur France Musique ! – j’avais offert le concert à ma mère, venue en voisine de Nîmes. Mais quel musicien inspiré !

A Aix c’est un Semele assez clinquant de Haendel mis en scène par Robert Carsen – il était plus inspiré dans un magique Songe d’une nuit d’été de Britten. William Christie comme toujours raide et compassé – décidément lui je ne l’aime pas !

Août 2006 : la Finlande, Helsinki, Savonnlinna

Je moquais gentiment il y a quelques semaines mon camarade Tristan Labouret, envoyé spécial de Bachtrack aux fins fonds de la Finlande au festival de Kuhmo, qui découvrait tout à la fois les Finlandais et leur idiome très particulier, le finnois, qui comme le hongrois, ne relève pas de ce qu’on appelle le bloc indo-européen.

Invité en décembre 2005 à assister aux épreuves du Concours Sibelius, durant des journées plongées dans la nuit dès 14 h, j’avais rêvé de voir la même ville, Helsinki, le même pays, la Finlande, lors des nuits d’été sans fin.

J’inviterai ensuite la jeune lauréate Alina Pogostkina à deux reprises à Liège.

Et donc en juillet, cap sur la Carélie, cette longue bande de lacs et de forêts qui forme la frontière avec la Russie, et bien sûr visite d’Ainola, la maison-musée de Sibelius (lire Ormandy en Suède)

Et puis la découverte du festival de Savonlinna, au coeur de l’impressionnante forteresse de la ville. C’était Carmen, dans une mise en scène spectaculaire, dirigée par une jeune cheffe d’orchestre estonienne, Anu Tali, dont je me rappelle autant la battue énergique que la blondeur flamboyante (non ceci n’est pas une remarque sexiste !)

La forteresse de Savonlinna (Finlande)

Août 2016 : Un festival oriental, Cuba, le cauchemar et la joie

Pour ma deuxième édition en tant que directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier, j’ai choisi une thématique qui invite au Voyage d’Orient

Je voudrais en citer tous les événements, tant les souvenirs sont vivaces (lire Flashback).

Mais je n’oublie pas l’horreur de la soirée du 14 juillet 2016 à Nice…Comment pourrait-on effacer une telle tragédie ?

La suite de l’été 2016 ce fut à Cuba, un séjour contrasté pour user d’un euphémisme. Lire Cuba, aventures et mésaventures et Cuba Est-Ouest

Août 2026

Bientôt mon billet-bilan Retour du Brésil.

En attendant suivre mes brèves de blog, qui donnent une petite idée de vacances tout en quiétude et douceur…

Les discours du président

Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’allocution d’Emmanuel Macron – regardée par près de 25 millions de téléspectateurs – ce jeudi soir a été de haute tenue, convaincante et rassurante pour deux tiers des Français. Je partage cette opinion, même si je trouve toujours le président de la République trop long, usant de la répétition, comme s’il avait du mal à conclure. Je crois savoir que sa propre épouse lui en fait souvent le reproche…

Le hasard fait  que j’ai commencé, il y a quelques jours, la lecture d’un ouvrage qui n’est pas parti pour devenir un bestseller, dont l’auteur m’était inconnu, et qui s’avère exceptionnellement riche en informations, puisant aux meilleures sources.

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« On les appelle  » les plumes « . Elles vivent recluses au cœur du pouvoir. Elles écrivent les discours des présidents et des grandes figures politiques. Elles trouvent les mots qui pourraient marquer l’Histoire, et les formules qui feront date. Qui sont-elles ? Comment les interventions des puissants se préparent-elles ? Cette enquête raconte les arcanes de la politique et les dessous de la Ve République, au travers de l’art oratoire.
Comment Emmanuel Macron a-t-il changé sa façon d’écrire et de dire les discours après la crise des  » gilets jaunes  » ? Comment Nicolas Sarkozy a-t-il réagi quand, au moment de prononcer son intervention au pupitre, il en manquait encore des pages ? Pourquoi 106 versions ont-elles été nécessaires à l’allocution télévisée d’au revoir de Jacques Chirac ?
Le lecteur pénètre dans la fabrique des discours et assiste à de drôles de séances de relecture dans le Salon vert de l’Elysée. Des batailles homériques éclatent entre des conseillers qui se disputent sur les expressions à placer dans la bouche d’un Président. Certains discours ont changé la société et la vie de leur orateur. Mais on découvre aussi des plagiats, des interventions ratées ou écrites dans la tempête. Et même des discours rédigés mais jamais prononcés, comme celui d’un candidat à la présidentielle hésitant à se retirer avant de se raviser. Ces textes ont été dits au Vel’ d’Hiv, devant la Knesset ou au Bundestag. Ils ont rendu hommage à des victimes d’attentats, à des figures de l’Histoire ou à Johnny Hallyday. Ils ont dénoncé  » le monde de la finance  » ou proclamé que l’Homme Africain n’était  » pas assez entré dans l’Histoire « . Ils ont annoncé l’abolition de la peine de mort, la déchéance de nationalité, la dissolution de l’Assemblée ou des adieux à la politique.
Les  » plumes  » ont accepté de témoigner sans masque, comme la plupart des grandes personnalités politiques. Certains discours sont devenus des moments d’Histoire. Tous ont une histoire. » (Présentation de l’éditeur).

Pour qui est passionné d’histoire contemporaine (quelques billets de ce blog en témoignent !), cette incursion dans les coulisses de la parole présidentielle, la somme de témoignages récoltée auprès des plus proches collaborateurs des présidents de la Vème République, constituent un document de première importance. On sait gré à l’auteur de n’avoir aucune approche partisane. Certains découvriront, sans doute, des aspects peu connus, parfois contraires à l’image publique que certains présidents ont donnée d’eux (c’est le cas en particulier pour Chirac ou Hollande).

Habilement, Michaël Moreau ne procède pas par ordre chronologique, mais ouvre son livre sur l’actuel président.

J’ai reconnu, parmi ces « plumes » des personnages que j’ai parfois eu la chance d’approcher et de connaître. Je me suis rappelé aussi mes premières années professionnelles, où, à un niveau bien plus modeste, j’ai prêté ma plume à tel sénateur, tel député ou responsable politique.

Un souvenir particulier me revient, en lien avec mon papier d’avant-hier (Prétention)

J’ai travaillé quelques semaines, début 1978, auprès de Jean Lecanuet, alors président du parti centriste, le CDS, comme chargé d’études.

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Je devais fournir à celui qui avait été un candidat remarqué à l’élection présidentielle de 1965 des fiches, des argumentaires sur quantité de sujets. Nous étions à la veille d’élections législatives cruciales.

Georges Chérière, le fondateur et alors directeur de Diapason, avait engagé une campagne pour obtenir la baisse du taux de TVA sur le disque, qui était taxé à 33% comme un produit de luxe ! Il avait demandé audience à tous les présidents de parti. J’avais conseillé à Jean Lecanuet, l’un des principaux responsables de la majorité sortante, de le recevoir… et de faire droit à sa demande. Lecanuet ,que je n’avais pas entendu porter un intérêt particulier à la culture, a fortiori au disque, tout agrégé de philosophie qu’il fût, reçut Chérière en ma présence (j’avais 22 ans !), le convainquit au-delà de ce que j’imaginais. Résultat dans le numéro suivant de Diapason : la prise de position de Jean Lecanuet était mise à la une, tant elle rompait avec le discours de la droite. Chérière avait été séduit, et ne se cachait pas pour le dire… Il faudra cependant attendre 1987 pour que la TVA sur le disque passe de 33% à 18,6%… mais je me suis dit que, peut-être, le conseil d’un modeste chargé d’études, neuf ans plus tôt, n’y avait pas été étranger…