Le Nord toujours

Quelques images de ces derniers jours au Festival Radio France (#FestivalRF19)

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Le samedi 13 juillet, le violoniste italien, Vikram Sedona, 19 ans, joue Bach devant une salle comble de spectateurs/auditeurs de 3 mois à 80 ans, attentive et silencieuse, fascinée par le son de ce seul violon, à Saint-Bauzille de Montmel (1000 habitants)

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Le même soir, l’Orchestre du Capitole de Toulouse est à la salle Berlioz de Montpellier sous la direction de Tugan Sokhiev. Bertrand Chamayou et David Guerrier sont les solistes particulièrement inspirés du 1er concerto pour piano et trompette de Chostakovitch.

IMG_4105Le lendemain, 14 juillet, journée particulièrement riche ! Trois récitals de piano (ci-dessus Lukas Krupinski),

91P2Gr81nxL._SL1500_un programme autour du Stabat Mater de Haydn avec le Concert de la Loge et Julien Chauvin à l’Opéra Comédie, et le soir, au Domaine d’O, le premier d’une belle série de concerts de Jazz, avec l’Amazing Keystone Big Band et Celia Kameni.

IMG_4122Discussion avec David Ehnco (à droite) et Pascal Rozat (à gauche), programmateur des soirées Jazz du Festival Radio France.

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Le lundi 15 juillet, dès potron-minet, rendez-vous dans les studios de France Bleu Hérault pour la matinale de France Musique animée par Clément Rochefort.

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Le soir même, une venue très attendue, Gidon Kremer, Tatiana Grindenko et la Kremerata Baltica.

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Emotion palpable, silence absolu, un auditoire bouleversé, comme le soir de la création en 1977, par Tabula Rasa d’Arvo Pärt. Un concert à réécouter ici : Kremerata Baltica

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Le lendemain, tout le monde attendait le retour d’Evgueni Kissin après dix ans d’absence de Montpellier.

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Et hier soir, Hervé Niquet reprenait, pour le public du Festival Radio France et surtout les auditeurs de France Musique, le programme qu’il avait déjà conduit chez Berlioz à La Côte Saint-André (voir Les Nuits de la Côte). 

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Et puis, les hasards d’un déjeuner en terrasse me font rencontrer un personnage très attendu de ce Festival, le ténor Michael Spyres. Il est bien arrivé à Montpellier et s’apprête à chanter le rôle-titre de Fervaal de Vincent d’Indy… une bagatelle !

 

 

Mon Karajan

La couverture et tout un dossier dans le numéro de juillet de Diapason, une matinale spéciale sur France Musique, Karajan est mort il y a tout juste trente ans, le 16 juillet 1989.

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J’ai déjà raconté ma « première fois » avec lui : La découverte de la musique : Karajan. A Lucerne, il y a 45 ans :

« Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé….

J’ai pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage. Je me suis rattrapé depuis… »

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Karajan a enregistré trois disques absolument magnifiques, Schoenberg, Berg, Webern, après y avoir consacré un nombre considérable de répétitions. On approche la perfection. Je ne connais pas plus sensuelle version de La Nuit transfigurée (Verklärte Nacht)

Une seconde occasion me fut donnée de voir et d’entendre Herbert von Karajan et ses Berliner Philharmoniker. Je vivais et travaillais à Thonon-les-Bains comme assistant parlementaire du député local (lire Réhabilitation), le conseiller général socialiste Michel Frossard me proposa un soir de 1984 de l’accompagner à un concert exceptionnel donné à Genève, non pas au Victoria Hall qui était alors en travaux à la suite d’un incendie, mais au Grand Théâtre.

Etablissement-destine-public-Grand-Theatre-aussi-travail-quotidien-dartistes-techniciens-personnels-administratifs_0_729_487Nous étions placés très haut et loin de la scène. Le choc fut pour moi de voir arriver un homme affaibli par la maladie, avançant à grand peine vers son podium. Rien de la superbe qu’il affichait dix ans plus tôt. Et déjà le masque qu’on lui verrait lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea à Vienne le 1er janvier 1987.

Un programme très court, une heure de musique partagée entre Debussy et Ravel. Le « son » Karajan tel qu’il l’avait forgé en trente ans de « règne », parfois jusqu’à la caricature.

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Sur mes préférences dans l’abondante discographie du chef autrichien, je me suis déjà exprimé dans cet article : Abbado Karajan les lignes parallèles.

Et puisque Gidon Kremer était hier en concert à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France (#FestivalRF19) – j’y reviendrai –

67118951_10157355197808194_4338412990438047744_nmention de l’unique enregistrement qui réunit le violoniste letton tout juste émigré d’Union soviétique et Karajan, qui dira n’avoir jamais rencontré plus pur musicien.

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Pour presque tout savoir de la discographie de Karajan :

Bestofclassic : Karajan l’intégrale

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Bestofclassic : Karajan sound

Un disque peu connu, sauf des karajanophiles invétérés, un « live » capté au festival de Lucerne.

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Il faut aussi bien évidemment rappeler la somme magistrale publiée par EMI, des tout premiers enregistrements réalisés sous la houlette de Walter Legge au sortir de la guerre, à Vienne puis avec le Philharmonia de Londres, puis à partir des années 70 à l’instigation de Michel Glotz pour l’essentiel à Berlin.

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Les enregistrements symphoniques et concertants ont fait l’objet d’une remasterisation assez exceptionnelle, et sont disponibles en coffrets thématiques séparés.

J’ignore si le même traitement sera réservé aux enregistrements d’opéras.

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Opening nights

J’en prends chaque année la résolution – ne pas commenter ici les concerts du Festival Radio France – et chaque année je ne peux m’y tenir. Impossible de taire mes premières impressions, mes premières émotions. Et depuis que le #FestivalRF19 a commencé mercredi soir, elles sont nombreuses.

Un Festival, c’est d’abord une atmosphère, comme une veillée d’armes avant le jour J.

IMG_3960(Montpellier la nuit dans le coeur de la vieille ville)

Au matin on fait un tour en ville pour vérifier…

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Et le soir de ce mercredi, on décide de sortir de Montpellier, pour retrouver un singulier trio, dans le cadre enchanteur du château de Restinclières.

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Les trois virtuoses du marimba – le trio SR9 – ont convaincu sans peine un public qui, ici même, avait applaudi Alexandre Kantorow (Alexandre le bienheureux) il y a trois ans.

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Mais avant les marimbas en plein air, on a pris soin et surtout plaisir à saluer les musiciens de l’Orchestre national d’Estonie tout juste arrivés de Tallinn, leur chef Neeme Järvi et le tout jeune violoniste Daniel Lozakovich qui se rencontraient pour la première fois et répétaient le concerto pour violon de Beethoven, au programme du concert d’ouverture ce jeudi 11 juillet.

IMG_3980Dès les premières minutes, on sut que les étincelles seraient au rendez-vous !

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C’est peu de dire que la réalité a dépassé toutes nos espérances. De larges extraits de la suite de Pelléas et Mélisande de Sibelius pour installer la thématique du 35ème Festival Radio France – Les musiques du Nord – et surtout la signature sonore de la phalange balte. Le concerto de Beethoven passe comme un rêve, le petit prodige suédois nous donne à entendre l’essence, le coeur d’une oeuvre qui fuit l’épate et la virtuosité gratuite, Lozakovich et Järvi s’écoutent, se répondent, atteignent plus d’une fois au sublime, à cet état suspendu de pure beauté. Le silence est absolu dans la vaste salle de l’opéra Berlioz du Corum de Montpellier. Nous avons tous le sentiment de vivre l’un de ces moments que la mémoire rendra indélébile…

Le public de cette soirée d’ouverture n’est pas au bout de ses surprises : la Cinquième symphonie d’Eduard Tubin – on consacrera le prochain volet de la série L’air du Nord à ce compositeur estonien exilé en Suède à la veille de la Seconde Guerre mondiale ! – est une révélation, le « Chostakovitch estonien » nous avait annoncé Neeme Järvi. Le vieux chef longuement ovationné nous fait le cadeau en bis de l’Andante festivo de Sibelius

Un concert à retrouver dans son intégralité le mardi 16 juillet sur France Musique ! Not to be missed…

Privilège, bonheur d’un directeur de Festival, le dîner qui suit le concert avec les artistes

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Marc Voinchet, le directeur de France Musique, assis en face de lui écrira sur Twitter : « Même quand il parle, il dirige ». 

Peut-on imaginer l’émotion qui est la mienne à cet instant, de partager en toute simplicité – c’est toujours la marque des plus grands – ce dîner avec Neeme Järvi ? Vingt-six ans après un autre dîner, le 2 juillet 1993, à Genève. Il venait de diriger l’Orchestre de la Suisse romande, et moi j’allais quitter mes fonctions à la Radio suisse romande pour rejoindre France Musique. L’administration et les amis de l’Orchestre avaient organisé une petite fête à mon intention, Neeme et Lilia Järvi en étaient.

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Neeme Järvi me rappelait avec fierté cette série d’enregistrements de Stravinsky engagée au début des années 1990. Et lorsque je lui demandai pourquoi il avait fait un mandat si court – 2012-2015 – à la tête de ce même OSR, il ne mâcha pas ses mots sur l’incompétence, l’incurie – et j’en passe – de la présidence et de la direction de l’orchestre suisse qui renie le passé, l’histoire d’une phalange fondée par Ansermet. Et avec laquelle il souhaitait prolonger, enrichir le prodigieux héritage du chef romand (mort il y a cinquante ans). Järvi reste fier d’avoir pu, envers et contre tous, enregistrer quatre disques de musique française, et non des moindres, salués par toute la critique.

Autre motif de fierté pour moi, avoir montré à mon voisin comment on fait un « selfie »…

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Autour de la table se trouvaient bien sûr Daniel Lozakovich – à qui le vieux chef décerna un compliment qui nous mit aux larmes – et le « duo » qui allait prendre le relais hier soir avec l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, Kristjan Järvi et une autre violoniste, la norvégienne Mari Samuelsen.

Ce vendredi 12, comme un apéritif au concert de 20h, Jean-Christophe Keck nous régalait, à l’Opéra Comédie de Montpellier, d’un jouissif Pomme d’api d’Offenbach

IMG_4033(de gauche à droite, Jean-Christophe Keck, la pianiste Anne Pagès, et les irrésistibles Hélène Carpentier, Sébastien Droy et Lionel Peintre)

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Einojuhani RAUTAVAARA
Cantus Arcticus « Concerto pour oiseaux et orchestre »

Pēteris VASKS né en 1946
Lonely Angel, méditation pour violon et orchestre à cordes

Max RICHTER né en 1966
Dona Nobis Pacem 2 pour violon et orchestre

Arvo PÄRT né en 1935
Fratres pour violon, percussion et orchestre à cordes

Kristjan JÄRVI né en 1972
Aurora pour violon et orchestre

Kristjan Järvi avait conçu la première partie de son concert comme une célébration ininterrompue. Public surpris d’abord, complètement conquis finalement.

J’observais Neeme Järvi assis à côté de moi dans la salle vibrer, réagir, diriger même avec son fils…

En seconde partie, un Oiseau de feu de Stravinsky tout simplement « phénoménal » comme s’exclamera mon voisin, visiblement fier, admiratif de son fiston.

 

La découverte de la musique (VIII) : Joao, Vinicius, Tom etc.

Joao Gilberto est mort et je ne suis pas triste, parce que je lui dois, à lui et à ses copains Vinicius de Moraes, Antonio Carlos dit Tom Jobim la découverte d’une musique que je ne nommais pas encore bossa nova lorsque, étudiants à Poitiers, nous passions avec A. des soirées, des nuits entières à les écouter.

Véronique Mortaigne, dans Le Monde, en fait le portrait le plus complet et sensible : Lire Un touche-à-tout de génie

Je n’ai pas eu la chance de voir ou d’entendre sur scène ces géants, mais ils ne sont jamais loin de mes oreilles.

En deux occasions, pendant le carnaval 2006, et en août 2008, au cours d’une tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud (lire Un début en catastrophe) j’ai approché les lieux, les atmosphères, qui ont donné naissance à la bossa nova, mais j’ai manqué cet émouvant récital de Joao Gilberto :

Il y a quelques années, j’avais trouvé à petit prix ce formidable coffret. Tout y est de ce qu’on aime et que la disparition de Joao Gilberto rend plus vivant que jamais.

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Alexandre le bienheureux

Avant-hier (Demandez le programme !) on n’osait y croire. Le verdict est tombé hier : premier Français à remporter la prestigieuse compétition, Alexandre Kantorow, 22 ans,  s’est vu décerner le Premier Prix du Concours Tchaikovski de Moscou.

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On se réjouit infiniment de ce résultat qui consacre un talent exceptionnel et une maturité qui pourrait surprendre ceux qui n’ont pas suivi le parcours du jeune Alexandre.

Le Festival Radio France Occitanie Montpellier  l’avait déjà invité en juillet 2016 et les publics de Montpellier et de Restinclières comme les auditeurs de France Musique n’ont pas oublié la virtuosité et le panache jamais tape-à-l’oeil du jeune pianiste

C’est son père, Jean-Jacques Kantorow, immense violoniste, excellent chef d’orchestre qui, à Liège, pendant des séances d’enregistrement avec l’OPRL, m’avait parlé de ce fils chéri avec autant de pudeur que d’admiration. L’adage populaire Bon sang ne saurait mentir n’a jamais été aussi pertinent !

J’ai toutes raisons de penser que le succès d’Alexandre au  Concours Tchaikovski ne va pas lui tourner la tête ni le détourner du chemin artistique qu’il a emprunté dès son adolescence. Ses premiers disques en attestent. On espère qu’il nous donnera vite le 2ème concerto de Tchaikovski qu’il a eu la très bonne idée de préférer au premier… Et plein d’autres récitals.

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Démiurge

Je déteste les adjectifs excessifs, passe-partout, qui ne veulent plus rien dire tant ils sont galvaudés.

Mais, pour une fois, je vais qualifier le concert auquel j’ai assisté hier soir de fabuleux, fantastique, historique même !

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Un programme d’une belle intelligence d’abord : sur le papier, rien ne semble rapprocher Brahms et sa Troisième symphonie d’Harold en Italie de Berlioz.

Hier soir, l’enchaînement entre ces chefs-d’oeuvre paraissait évident, comme allant de soi !

Grâce, il faut le dire ici haut et fort, à celui qui préside aux destinées musicales de l’Orchestre National de France depuis bientôt deux ans, Emmanuel Krivine. Plutôt que chef d’orchestre, il faudrait le nommer démiurge ou alchimiste. Parce que c’est lui l’artisan de ce lustre retrouvé, de cette cohésion de chaque instant des pupitres, de ce bonheur collectif de jeu d’une phalange que j’ai personnellement toujours aimée pour sa singularité, ses couleurs, ses qualités individuelles…. et ses défauts !

Je ne crois pas avoir jamais entendu au concert la difficile Troisième symphonie de Brahms, avec cette allure, cette souplesse, l’écoute miraculeuse entre les pupitres, et, passé un premier mouvement encore corseté, cette liberté qui est le propre des grands attelages chef-orchestre. Sublime deuxième mouvement, avec son balancement idéal, ni pesant ni trop rapide, et les interventions magiques de la clarinette de Patrick Messina, du cor d’Hervé Joulain – pardon de ne pas citer les autres ! –

Et en seconde partie, une autre oeuvre finalement rare au concert, Harold en Italie de Berlioz, dont je parlais déjà dans mon billet du 8 mars dernier : Harold en Russie.

Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires

« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »

L’alto solo de l’ONF, Nicolas Bône, incarne à la perfection le « rêveur mélancolique » dont parle Berlioz, au milieu d’un orchestre brillant de mille feux, galvanisé par un chef qui lâche la bride à ses troupes en conservant une maîtrise confondante sur les incessants changements de rythmes et d’humeurs dont regorge la partition.

Salle en délire, longue ovation au soliste, à des musiciens visiblement heureux et à Emmanuel Krivine qui nous avouait que peu de chefs ont envie de diriger cette oeuvre, si complexe, exigeante dans la mise en place. Il aurait bien eu tort de s’en priver.. et de nous en priver.

Un concert exceptionnel à réécouter et revoir sur France Musique !

L’occasion de réécouter aussi l’une des grandes versions au disque de la 3ème symphonie de Brahms, l’enregistrement de 1963 d’Herbert von Karajan

et cette version – qui m’a fait découvrir Harold au disque ! – de Rudolf Barchai… dirigée par David Oistrakh !

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J’en profite pour rappeler que l’Orchestre National de France et Emmanuel Krivine sont à Montpellier le 19 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France, pour un programme choisi sur mesure : le Double concerto de Brahms et ma Seejungfrau bien-aimée de Zemlinsky !

Réservations très vivement conseillées : lefestival.eu

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Après Cannes et avant Montpellier

Je suis en train de terminer un bouquin, dont la présentation spartiate ne laisse rien deviner de la verve iconoclaste et jouissive de son auteur.

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Gérard Lefort, c’était la plume cinéma de Libé (journal qu’il a quitté en 2014), l’une des voix de France Inter (dans Le Masque et la plume notamment). Et c’est un style inimitable !

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Extraits de ces souvenirs :

« Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour l’avoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons s’agitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
Mais d’expérience, il s’avère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis d’une vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté d’opérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de cœur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, c’est osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre –; somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
Entre Mission Impossible et Marx Brothers, c’est le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un  » roman  » parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste d’aller au Festival, chaque année on est ravi d’y être. Jusqu’au jour où, c’est juré ! on n’y mettra plus jamais les pieds. Jusqu’à la prochaine fois.

Anecdote
En mai 1988, à l’occasion de la présentation à Cannes de son nouveau film Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec l’attachée de presse dans le hall de l’hôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers l’hôtel Eden Roc du cap d’Antibes où sont logées les super stars.  » Ça manque un peu de gyrophares et de motards « , commente Marie.
Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de l’hôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des  » cabanas « , paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on s’était quittés la veille.
L’entretien commence. Mais au bout d’un quart d’heure, un gros animal s’interpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler.  » Tiens, un lièvre « , dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce n’était pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous n’osons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau.  » Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne m’ayez rien dit, j’ai toujours un flingue à portée de main.  »

Et puis cette fabuleuse nouvelle, tombée en fin de semaine dernière : Santtu-Matias Rouvali nommé chef principal du Philharmonia de Londres.

Le jeune chef finlandais (33 ans!) se voit ainsi confier les rênes de l’une des plus prestigieuses phalanges européennes et la succession de son illustre compatriote Esa-Pekka Salonen.

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Extraits de mon blog :

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables. (22 juillet 2014)

Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre…. Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… (23 juillet 2018)

Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé (9 février 2019)

Il y a quelques mois, j’étais allé rencontrer et entendre Santtu-Matias Rouvali dans son repaire finlandais, avec « ses » musiciens de l’orchestre philharmonique de Tampere (Etoiles du Nord)

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Pour concrétiser l’invitation faite l’été dernier : l’orchestre et le chef donnent deux concerts, dont la « last night » – ce seront les seules occasions de voir et d’entendre Santtu-Matias Rouvali en France ces prochains mois ! – au Festival Radio France à Montpellier, les 25 et 26 juillet prochains. Un conseil : réservez vite (lefestival.eu)

 

 

 

Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otter, qui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulenc, dans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oye. Quel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazade, le cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à Barbara, Hervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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De l’utilité des concours (suite) ou la disparition de Daniel K.

Il y a cinq ans, à propos du Concours Reine Elisabeth de Belgique, j’avais écrit un billet, que je retrouve incomplet (l’aurais-je moi-même censuré ?) : De l’utilité des concours.

Cette année, c’est le violon, et je vois se déchaîner, sur les réseaux sociaux, commentaires et polémiques sur la sélection des 12 finalistes opérée samedi soir par le jury . Ne figurent pas dans la liste des artistes pourtant repérés, appréciés, voire portés aux nues, lors des demi-finales, comme Daniel Kogan, dont Martine Dumont-Mergeay louait les sortilèges dans La Libre Belgique : Concours Reine Elisabeth ; les sortilèges de Daniel Kogan

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Camille de Rijck, qui officiait à la télévision pour présenter ces demi-finales, écrit lundi matin sur Facebook : Humeur du matin : je veux bien que des experts, certainement mille fois plus qualifiés que moi, m’expliquent que si un candidat fabuleux est éliminé c’est parce qu’un millier de détails imperceptibles à l’oreille inentraînée ont scellé son destin. Mais d’une part, les fautes de texte et les menues distractions font le sel de tous les enregistrements de légende de l’ère pré-chirurgicale (quand on n’enregistrait pas mesure par mesure) et d’autre part, quand l’identité d’un artiste est à ce point fédératrice (même le chef d’orchestre était béat), on est en droit de questionner la décision du jury qui passe à côté. C’est d’ailleurs le plaisir d’un concours : un jury interroge des propositions artistiques et nous interrogeons la proposition du jury.

Je m’attarderai plus loin sur ce violoniste, descendant d’une prestigieuse lignée, les grands parents, les violonistes Leonid Kogan et Elisabeth Guilels (la soeur d’Emile), la mère Nina Kogan, elle-même pianiste, l’oncle Pavel Kogan, violoniste et chef d’orchestre.

Mais d’abord quelques réflexions sur ce concours Reine Elisabeth de Belgique !

Sujet tabou en Belgique, dans un pays divisé politiquement, linguistiquement, économiquement, le CMIREB, comme on le désigne par son acronyme, fait consensus. Il porte le nom – Elisabeth – de la grand-mère des rois Baudoin et Albert, de l’arrière-grand-mère de l’actuel roi Philippe. Une reine musicienne, originale, qu’on disait très proche (?) du grand violoniste Eugène Ysaye. Je reviendrai sur ce personnage que décrit Nathan Milstein dans ses Mémoires. 

Le Concours et ses satellites (la Chapelle musicale Reine Elisabeth) ont toujours été dans l’orbite de la famille royale, du Palais comme on dit à Bruxelles, sous la houlette de Jean-Pierre de Launoit, leur infatigable et inamovible président de 1987 à sa mort en 2014.

Florissante entreprise culturelle privée, le Concours a toujours draîné un sponsoring très important, et bénéficié d’une exposition médiatique sans équivalent, notamment sur les chaines publiques de radio et de télévision francophone et flamande de Belgique. Jamais aucun orchestre, aucun opéra, aucun organisateur de concerts, à Bruxelles, à Liège, à Anvers ou à Gand, n’a eu ce privilège. Je suis bien placé pour l’évoquer !

Au fil des années et des restructurations, la seule formation symphonique de la communauté francophone de Belgique, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, financée par les deniers publics, a vu se réduire comme peau de chagrin les captations audio de ses concerts par la RTBF, sans même évoquer les captations télévisées qui ont purement et simplement disparu. Motif invoqué : restriction des moyens et des équipes. Refrain bien connu…et qui vaut pour l’ensemble des institutions culturelles publiques belges !

Mais ô miracle, jamais aucune restriction de ce type n’a jamais été opérée à l’endroit du Concours Reine Elisabeth ! Deux poids, deux mesures ? Sujet tabou, vous dis-je…

Autre singularité que je n’ai jamais comprise ni admise, le fonctionnement très particulier des jurys du concours. Comme le relève la fiche Wikipedia du concours :

« Ce concours se distingue d’autres par son originalité. Tout d’abord, il n’y a pas de délibération du jury dans le sens habituel du terme. Chaque membre du jury s’engage en effet à ne pas discuter des prestations des candidats avec d’autres membres du jury. Les notes sont traitées de manière confidentielle et le palmarès est, après ajustement éventuel, calculé sur la base de ces notes ».

Pendant mes années liégeoises, j’ai évidemment côtoyé, rencontré, nombre de membres prestigieux de jurys du concours, eux-mêmes souvent anciens lauréats. Tous, sans exception, relevaient cette étrangeté, cette compartimentation, et leur frustration de n’avoir aucune prise sur le résultat final. Leur surprise souvent de découvrir un palmarès qui ne correspondait pas à leur propre classement ! Ayant été moi-même à plusieurs reprises juré de concours (Besançon, Genève entre autres), je n’ai jamais connu pareille situation où un jury d’experts est interdit de délibération !

Pour en revenir au cas du jeune Daniel Kogan, je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre, pas plus que les autres concurrents, les éliminés comme les finalistes.

Intéressante cette déclaration du violoniste à France Musique, il y a quelques mois, lorsqu’il se présentait au Concours Long-Thibaud à Paris (il a eu le 6ème prix !) : « Je vais être honnête, je ne suis pas sûr qu’il y ait une seule personne au monde qui aime vraiment jouer pour un concours. Participer à ce genre de compétition tient presque du masochisme. C’est une épreuve pour soi-même. C’est intense, très stressant, psychologiquement difficile et complètement différent de jouer en concert. Ce que je préfère donc ? J’espère juste rester moi-même, ne pas trop penser aux conséquences, ce qui peut aller bien ou mal… Juste essayer de m’exprimer à chaque instant. »

Je suis sûr qu’il aura bien d’autres occasions de révéler son talent, autrement que comme bête de concours.

En attendant, on peut, on doit réécouter son illustre grand-père, Leonid Kogan (Lauréat du… concours Reine Elisabeth en 1951 !)

 

PS Cela fait exactement cinq ans aujourd’hui que j’annonçais mon départ de l’OPRL : Jean-Pierre Rousseau quitte l’OPRL

 

 

 

 

La musique « contemporaine »

Déjà il y a plus de 25 ans, quand je dirigeais France Musique – avec, comme directeur de la musique, quelqu’un qui s’était fait un nom dans ce domaine, Claude Samuel – j’avais proscrit l’usage du terme « musique contemporaine » sur l’antenne. On savait, même sans les sondages d’écoute, que cette seule expression faisait fuir les auditeurs. Réflexe stupide sans doute, mais réalité incontestable.

Du bruit inaudible ?

Parce que « musique contemporaine » signifiait – et signifie encore aujourd’hui pour un certain public – : musique inaudible, faite de bruits désarticulés, sans repères harmoniques, profondément déstabilisante.

Je ne résiste pas au plaisir de reciter une anecdote qui remonte à mes années suisses : « Depuis trois ans nous subissons une directrice dont l’incompétence fait le bonheur des gazetiers et le malheur des producteurs. Sans doute consciente de ses faiblesses, elle laisse à ses adjoints – dont je suis – une latitude certaine, quoique surveillée. Ainsi, au retour d’un déjeuner, elle me téléphone pour s’inquiéter que, dans l’émission de midi, on ait diffusé du Boulez. Elle n’a pas entendu elle-même l’œuvre incriminée mais on le lui a rapporté. Je vérifie auprès de la productrice qui, amusée, finit par trouver le coupable : un extrait de Ma Mère l’Oye de Ravel dirigé par…Pierre Boulez ! » (extrait de mon billet du 23 août 2018)

Aussi inculte que fût cette directrice, elle savait que Boulez signifiait « musique contemporaine »… donc indiffusable à une heure de grande écoute même sur « sa » chaîne culturelle !

Faire confiance au public

J’ai souvent dit, partout où j’ai eu la responsabilité de programmer de la musique d’aujourdhui, donc « contemporaine », comme producteur ou patron de chaîne, mais plus encore comme organisateur de concerts en tant que directeur d’orchestre et maintenant de festival: le public est seul juge, et bon juge.

D’emblée il distingue et reconnaît l’oeuvre factice, artificielle, de la pièce inspirée, qui ne lâche pas l’auditeur, le captive, l’interpelle, retient jusqu’au bout son attention. Ce n’est pas démagogie que d’affurmer que le public a toujours raison. Son instinct le trompe rarement.

World music days

Encore ici, à Tallinn, pendant ce festival de musique d’aujourd’hui, on perçoit immédiatement les oeuvres marquantes, celles qui vous tiennent en haleine, par cette mystérieuse alchlmie qui fait les grandes oeuvres et les grands auteurs.

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Ainsi, avant-hier soir, lors du concert de l’orchestre national d’Estonie (lire Le printemps de Tallinn) figuraient au programme des oeuvres, certaines en création, de compositeurs totalement inconnus de moi, et sans doute d’une majorité du public.

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EINO TAMBERG (1930–2010, Estonia)
“Avafanfaarid” / “Opening Fanfares” Op. 112 for symphony orchestra (1975/2001)

HO-CHI SO (b. 1994, Hong Kong)
“Radio Conversation” for orchestra and electronics (2018, Estonian premiere)

LOTTA WENNÄKOSKI (b. 1970, Finland)
“Susurrus” for guitar and orchestra (2016)

MAYKE NAS (b. 1972, the Netherlands)
“Down the Rabbit-Hole” for symphony orchestra (2012)

ALEX NANTE (b. 1992, Argentina)
“La Pérégrination vers l’ouest” / “Journey to the West” for orchestra (2016)

ÜLO KRIGUL (b. 1978, Estonia)
“worlds… break the soundness” for orchestra (2019, premiere)

Toutes les pièces de ce programme avaient un intérêt, dans leur diversité d’inspiration, même si l’originalité n’en était pas toujours la vertu première. Celle qui a suscité le plus d’adhésion du public – et la mienne ! – est celle de la Finlandaise Lotta Wennäkoski (en haut sur la photo avec le soliste Petri Kumela et le chef Olari Elts), Susurrus pour guitare et orchestre. Construite comme un concerto classique, en trois mouvements enchaînés vif-lent-vif, l’oeuvre captive d’abord par l’usage que la compositrice fait des cordes de la guitare soliste et du quatuor d’orchestre, toutes les variantes possibles du frotté, frappé, pincé – l’archet n’est quasi jamais utilisé ! – sont exploitées, sans que jamais on ait l’impression d’un procédé, d’une facilité. Il en résulte un univers sonore fascinant, d’où émerge un parcours mélodique, pimenté par des interventions des bois et des percussions qui enrichissent sans jamais l’alourdir, encore moins l’écraser, les textures diaphanes d’une orchestration scintillante. Je pensais, en écoutant cette oeuvre, à un jeune guitariste comme Thibaut Garcia, qui serait bien inspiré d’inscrire ce Susurrus à son répertoire.

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Hier samedi on avait le choix entre plusieurs propositions de concerts vocaux ou choraux. C’est à la cathédrale Sainte-Marie, au sommet de la vieille ville, qu’avait lieu le concert d’un ensemble fondé en 2010, le choeur de chambre Collegium Musicale dirigé par Endrik Üksvärav.

Comme la veille (Le printemps de Tallinn), assis au milieu du public qui remplissait la nef de la cathédrale, Neeme Järvi et sa femme, très attentifs et sollicités à la fin du concert par les musiciens, les compositeurs..

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PEETER VÄHI (b. 1955, Estonia)
“Siberian Trinity Mantra” (2019, premiere)

FRANCO PRINSLOO (b. 1987, South African Republic)
“Pula, Pula!” for mixed choir

CATHARINA PALMÉR (b. 1963, Sweden)
“Strings in the air above” for chorus (2013)

GABRIEL DHARMOO (b. 1981, Canada)
“Futile Spells” for choir (2016)

MIHYUN WOO (b. 1980, South Korea)
“Voices in Landscape” for mixed choir

BALÁZS KECSKÉS D. (b. 1993, Hungary)
“Alleluja” for mixed choir (2018)

KRISTO MATSON (b. 1980, Estonia)
“Taaveti laul nr 131” / “David’s Song No. 131” (2009)

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Cette vidéo n’existe pas

Un panel d’oeuvres très représentatif de la vivacité de la création chorale, dans des pays où le « chanter ensemble » est plus qu’une tradition, un art de vivre (Riga choeur du monde). 

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Comme la veille, des pièces d’inégale inspiration, longueur, originalité, mais toutes singulières… et remarquablement interprétées. Une préférence peut-être pour la dernière, la plus construite comme une dramaturgie sonore, spatiale, explorant toutes les ressources de la voix humaine.

Les spectateurs du Festival Radio France n’ont jamais craint d’écouter les programmes du Choeur de la radio lettone, qui, chaque année depuis plus de 20 ans, non seulement participe au festival mais surtout promeut et illustre la musique et les créateurs de notre temps.