Toutes les vies d’Annie

Ne comptez pas sur moi pour en rajouter dans le flot d’hommages qui saluent la disparition de Tata YoYo !

Oui parce que 70 ans de carrière se résument, pour 98% des commentaires et des articles, à une chanson et à la figure d’une blonde rigolote !

Je suppose que, quand viendra son tour, son amie Line Renaud – née deux semaines après Annie Cordy – sera, elle aussi, résumée à sa Cabane au Canada.

Sans doute est-il difficile d’imaginer aujourd’hui ce qu’ont été les carrières de telles personnalités !

On réécoutera avec bonheur les deux émissions que Benoît Duteurtre lui avait consacrées sur France Musique il y a dix ans : Annie Cordy invitée de Benoît Duteurtre

La comédie musicale, l’opérette, les revues, le cabaret, après un enseignement classique de la musique, oui Annie Cordy a su tout faire, même des chansons populaires, qui nous font du bien.

D’autres ont dit la force de travail, la rigueur de la chanteuse disparue ce vendredi 4 septembre.

Une belle actrice

Je regrette, qu’à part Michel Denizot qui a immédiatement twitté sur cet aspect, on n’ait que peu mentionné l’actrice remarquable qu’a été Annie Cordy – souvent à contre-emploi de la chanteuse « rigolote » –

Au concert

J’ai, quant à moi, le souvenir d’avoir plusieurs fois vu Annie Cordy au concert, à Pleyel ou au Théâtre des Champs-Elysées, petite dame emmitouflée que peu de spectateurs reconnaissaient. À chaque fois que l’Orchestre philharmonique royal de Liège se produisait à Paris, je l’invitais. Elle était toujours présente et se confondait en remerciements qu’on ait pensé à la convier ! Elle me confiera une fois que ses plus grandes émotions musicales c’est au concert « classique » qu’elle les éprouvait !

Une joyeuse marche, Chabrier et les copains

Le hasard, ou plus exactement le projet de faire étape dans une maison d’hôtes agréable sur le chemin du retour d’Italie, m’a fait choisir comme halte l’une des quatre sous-préfectures du Puy-de-Dôme, la bien tranquille cité d’Ambert, 6600 habitants.

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IMG_3208On n’a pas remarqué beaucoup d’animation dans les rues du centre ville ancien…

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IMG_3181Originale, cette mairie ronde, ancienne halle aux grains, construite en 1816.

IMG_3182Une bonne table, le Md’une belle originalité, plats copieux, vins pour tous les goûts.

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Les copains de Jules Romains

Je ne sais pas qui lit encore Jules Romainsencore moins l’un de ses romans, publié en 1913, Les Copains :

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Au cours d’une soirée bien arrosée, une bande de copains (Broudier, Bénin, Lesueur, Omer, Huchon, Martin et Lamendin) décident de sanctionner les villes d’Ambert et d’Issoire car, à leurs yeux, elles font preuve d’insolence sur une carte de France. Après avoir consulté un somnambule en guise d’oracle pour vérifier la pertinence de leur décision, ils passent à l’action. C’est ainsi que la caserne d’Ambert recevra nuitamment une visite impromptue du ministre (en réalité Broudier), qui demande à voir des manœuvres immédiates dans la ville. Bénin se fait quant à lui passer pour un éminent théologien venu de Rome, et le curé lui laisse avec émotion la place en chaire pour le sermon : les paroissiens éberlués entendent une apologie (d’abord masquée puis débordante) de la luxure ! À Issoire, lors de l’inauguration d’une statue de Vercingétorix sur la place Sainte-Ursule, le héros gaulois (qui n’est autre que Lesueur, nu sur le cheval de bronze) répond grossièrement au discours du député.

Ces Copains donneront une chanson, et parmi les plus célèbres de son auteur, Georges Brassens

puis le film, pour lequel la chanson a été écrite, d’Yves Robert en 1965, avec une joyeuse bande d’acteurs, Noiret, Rich, Lonsdale, Bedos, Mondy...

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Emmanuel Chabrier

Mais, en choisissant Ambert comme étape, j’ignorais que c’était la ville natale d’un compositeur que j’admire profondément depuis longtemps, Emmanuel Chabrierqui, né le 18 janvier 1841, y grandit jusqu’en 1852. Encore quatre ans à Clermont-Ferrand avant que la famille ne s’installe à Paris.

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IMG_3186Le monument et le jardin dédiés à Chabrier, à Ambert.

J’aime Chabrier pour son art d’échapper aux. classifications, sa totale liberté vis-à-vis des modes, des influences, sa manière d’écrire une musique si subtilement française. Aucun label n’a encore eu l’idée d’éditer une intégrale de son oeuvre, qui tiendrait en moins d’une douzaine de CD.

Son oeuvre d’orchestre, dominée par quelques tubes comme Espana, ou la Joyeuse marche, tient en un double CD. Paul Paray en a été l’interprète le plus éclairé, Plasson le plus complet.

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Une version plutôt exotique d’Espana, dirigée par Placido Domingo lors de l’un des célèbres concerts berlinois de la Waldbühne :

Plus convaincante, cette version de la Fête polonaise dirigée par Neeme Järvi à la tête de l’orchestre symphonique de Detroit :

On aime beaucoup les Mélodies de Chabrier, tendresse, poésie, humour, et dans cette intégrale publiée par Hyperion il y a de quoi se régaler…

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L’oeuvre pianistique, que j’ai toujours beaucoup de plaisir à jouer, a trouvé en Pierre Barbizet son interprète idéal

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Deux subtiles versions des ouvrages lyriques de Chabrier à recommander :

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Italie 2020 (IV) : Theodora et les mosaïques de Ravenne

De Ferrare à Gubbio, on ne pouvait pas ne pas faire étape à Ravenne pour visiter ces églises, baptistères et mausolées, qu’on connaît depuis longtemps par les livres d’art. Un conseil : réserver à l’avance. Sur place, n’eût été le conseil avisé d’une préposée à la surveillance d’un site, on aurait attendu près de 40 minutes pour accéder à une billetterie.

Première étape, le baptistère des Ariens

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Le baptistère des Ariens, à Ravenne (en Italie), fut édifié par le roi des Ostrogoths, Théodoric l’Amale au tournant des ve et vie siècles. Les Goths, comme d’autres peuples germaniques, avaient embrassé le christianisme sous la forme prêchée par Arius et considérée comme hérétique à la suite des premiers conciles œcuméniques. Le baptistèredevait donc permettre aux Ariens de disposer de leur propre lieu, tout comme les autochtones auxquels était réservé le baptistère des Orthodoxes.

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Le monument est de forme octogonale avec quatre absidioles ; il possède une coupole décorée d’une mosaïque représentant le baptême du Christ par saint Jean Baptiste. À leur droite un dieu païen figurant le Jourdain, dont la tête est ornée de deux pinces de crabe, porte une outre de cuir de laquelle sort l’eau du fleuve. Au-dessus, le Saint-Esprit est sous la forme d’une colombe dont le bec répand l’eau lustrale. Plus bas, tout autour de la coupole, deux groupes d’apôtres, l’un mené par saint Pierre, l’autre par saint Paul se dirigent vers un trône sur lequel un crucifix précieux est posé sur un coussin de pourpre.

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La cathédrale qui jouxte le baptistère mérite le coup d’oeil, sans plus.

Deuxième étape : le Mausolée de Galla Placida

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Le mausolée de Galla Placidia est un monument de style paléochrétien construit dans la première moitié du ve siècle. Ce monument a une notoriété mondiale en raison de ses somptueuses mosaïques, qui sont parmi les plus anciennes conservées dans cette ville et qui marquent le début de la transition entre l’art paléochrétien et l’art byzantin. La construction du mausolée fut décidée par l’impératrice Galla Placidia vers 430. Dans un premier temps, l’ensemble constitué par ce qui deviendra le mausolée était un oratoire dédié à Saint-Laurent, martyrisé par les Romains et selon la légende, brûlé sur le Gril Ardent

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Mais le lieu le plus impressionnant, le plus visité aussi est assurément la basilique Saint-Vital.

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La légende rapporte que l’édifice aurait été érigé sur les lieux du martyre de saint Vital. Cependant, il n’est pas certain qu’il s’agisse de saint Vital de Milan ou d’un autre saint Vital dont les reliques ont été découvertes en même temps que celles de saint Agricola par saint Ambroise, en 393, à Bologne.

Sa construction est commencée par l’évêque Ecclesius en 526, et terminée en 547 par le vingt-septième évêque de Ravenne, Maximien, pendant la période de l’exarchat. L’édifice combine des éléments architecturaux romains (le dôme, la forme des portails, les tours) avec des éléments byzantins (l’abside polygonale, les chapiteaux, la construction en briquettes, etc.). L’église est d’une importance majeure, car elle est la seule à dater de la période justinienne, et à n’avoir pratiquement subi aucune transformation jusqu’à nos jours.

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IMG_2160L’empereur Justinien (482-527) et sa cour

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IMG_2164Et l’unique portrait de l’impératrice Theodora (500-548)

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dont la vie sulfureuse a été abondamment chroniquée par une source contestée et contestable, L’Histoire secrète de Justinien attribuée à Procope de Césarée

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On conseille la lecture de la notice extrêmement documentée que Wikipedia consacre à celle qui fut l’une des plus remarquables femmes politiques, régnant à parts égales avec son mari Justinien.

On pourra aussi regarder ce pas très bon film – Theodora impératrice de Byzance (1954) – de Riccardo Freda, avec Gianna Maria Canale et Georges Marchal dans les rôles-titres.

 

 

 

 

La force de l’homme

Un de mes amis liégeois m’a bloqué hier sur Facebook après que j’eus posté une dernière vidéo de mon voyage au Kenya (La beauté du monde)

IMG_8422(Vue sur le centre de Nairobi)

et qu’il m’eut ainsi apostrophé :

« Non, mais quand même … tu sais que ça flambe en Australie et que Trump fout le feu au Moyen-Orient ? »

– Oui et ?

– Indécence !

– Quelle indécence ?

Celle de s’afficher en permanence là où tout est beau, glorieux, réussi. Comme si la vie ressemblait à cela, une vie sans échec, sans faille, où tout est réussite professionnelle, gastronomique, touristique. Et donc ta vie. Voilà ce qui est indécent. Chacun vit sa vie mais il n’existe pas de vie sans faille. »

S’il ne m’avait pas bloqué, il aurait pu lire la réponse que je lui destinais :

J’ai choisi il y a plusieurs mois de faire ce voyage au Kenya (où, par parenthèse, a eu lieu ce matin un attentat signé Al Qaida à la frontière nord du pays !), j’y ai vu des beautés, fait des rencontres magnifiques. Devrais-je m’abstenir d’en faire état sur mon « mur », pour mes seuls « amis », au prétexte que le monde va mal ? Mais, je le concède, si j’ai des épreuves ou des difficultés dans la vie – et j’en ai comme tout le monde – je m’abstiens de m’épancher ici. Un sens de la pudeur sans doute.

Comme le commentait un autre ami : Ne s’arrêter qu’aux laideurs du monde c’est faire le jeu de ceux qui en veulent la ruine !

IMG_7770(Le petit aéroport Wilson de Nairobi)

Indifférence ?

En réalité, je vois bien ce que cet ami me reproche, et il n’est sûrement pas le seul : ma supposée indifférence au monde et aux autres, à ceux qui ne vont pas bien, qui souffrent.

Parce que je m’abstiens de participer au gigantesque café du commerce que sont devenus les réseaux sociaux, de donner mon avis sur tout et sur tous, de partager ma compassion avec les malheurs qui nous assaillent, de signer des pétitions, de me lamenter publiquement sur les terribles incendies qui ravagent l’Australie, les coups de folie de Trump etc.

Il ne fait pas bon afficher son bonheur, c’est « indécent » – pour reprendre l’expression de X. –

Le bonheur honteux ?

Devrais-je me justifier d’avoir entrepris un voyage qui contrevient doublement à la bienpensance collective ? D’abord c’est l’avion, c’est pas bien l’avion – même si l’empreinte carbone du trafic aérien est bien inférieure, et de loin, à celle de l’élevage intensif des bovins dans le monde -, ensuite c’est cher, c’est pas bien de susciter l’envie, la jalousie de ceux qui ne peuvent pas se le payer !

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L’écologie en action

Non seulement je n’éprouve aucune honte, mais plutôt de la fierté d’avoir approché des populations, des paysages, une faune, une flore, qui sont aussi touchés par le dérèglement climatiqueJe n’ai pas les connaissances scientifiques qui me permettraient de mesurer l’impact des pluies diluviennes qui se sont abattues du début décembre jusqu’à Noël sur la vie animale, sur les éco-systèmes,  Selon les habitants, du jamais vu depuis plus de trente ans. J’ai vu, du petit avion qui me conduisait du nord vers l’ouest du Kenya, des sols gorgés d’eau qui miroitaient sous le soleil, j’ai vu de robustes Land Rover s’embourber dans d’immenses étendues transformées en marécages. J’ai vu des troupeaux d’éléphants, de zèbres, d’impalas, habitués à chercher leur nourriture durant la saison sèche, se régaler d’une verdure abondante et s’abreuver à des mares devenus lacs, à des rus devenus rivières.

J’ai aussi rencontré des hôteliers complètement engagés dans le respect de la nature : pas un ustensile en plastique, de la nourriture provenant des cultures locales, de l’électricité produite par des panneaux solaires, et parcimonieusement distribuée (des coupures plusieurs heures le jour et la nuit).

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C’est dans ces paysages admirables qu’ont été tournées la plupart des scènes du film de Sidney Pollack Out of Africa (1985), inspiré du roman autobiographique de Karen Blixen, La ferme africaine.

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La force des hommes et des femmes

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Quand j’ai la chance de voyager en terres inconnues, comme l’étaient pour moi la réserve des Samburu puis celle des Maasai, plus qu’aux paysages – somptueux -, aux animaux – impressionnants – je m’intéresse aux hommes et aux femmes que je croise. Le plus souvent avec bonheur, parfois au risque de la déception.

Je me rappelle – ce devait être à l’automne 1997 – une incroyable soirée à Ouarzazate au Maroc. Un magasin de tapis et deux jeunes vendeurs qui commencent par me faire l’article et finalement engagent vite une conversation – en français – qui durera bien au-delà de l’heure de fermeture. Sur la vie, leur destin, mon métier,  la culture, la littérature… Je me demandais à l’époque quels jeunes Français de leur âge eussent été capables d’une telle densité d’échanges.

Du Kenya je garderai le souvenir de Jefko qui nous servait à table, de son sourire énigmatique, de ses attentions délicates, de Chris notre chauffeur si heureux de nous faire rencontrer deux lions, qui s’étaient jusqu’alors cachés à la vue des autres voitures, de nous mener voir des familles d’hippopotames s’ébrouer dans la rivière Mara, gonflée par les pluies récentes, d’énormes crocodiles se partager les restes d’un zèbre…

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La déception est venue d’une non-rencontre, une visite organisée – et cher payée ! – d’un village Maasai. L’impression d’avoir été le jouet d’une mafia qui s’enveloppe dans le manteau bien pratique des traditions ancestrales, pour affirmer sans vergogne l’intangibilité de l’organisation de leurs tribus : les hommes ont tous les droits, notamment celui d’avoir plusieurs épouses, celles-ci ayant tous les devoirs, d’abord la soumission aux mâles, tous les travaux ménagers, l’artisanat, l’éducation des enfants, etc. Moyennant quoi, 75% des enfants des villages Maasai ne vont pas à l’école, ne parlent aucune autre langue que le Maa vernaculaire.

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Impression de malaise, sentiments partagés entre admiration pour un peuple millénaire et rejet d’un système verrouillé bien peu respectueux du droit des femmes.

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Funny girl

Du passé faisons table rase… ou avant moi le déluge ! Quelle étrange et stupide manie de la part de certains directeurs d’institutions culturelles que celle qui consiste à laisser accroire qu’ils ont réinventé le monde et à renier ou cacher ce qui a été fait avant eux.

Ce matin, long reportage sur France 2 sur le spectacle donné au Châtelet à Paris pour ces fêtes de fin d’année : Un Américain à ParisInterview de certains artistes, interview de l’actuel co-directeur du théâtre parisien qui a rouvert ses portes en septembre après deux ans de travaux. Tout le monde de louer le succès de l’entreprise, qui a tourné pendant cinq ans dans le monde entier, depuis la création de ce spectacle en 2014… au Châtelet à Paris. Mais pas un mot de celui qui avait lancé ce projet un peu fou de transformer en comédie musicale le film de Vincente Minnelli, couronné de six oscars en 1952, avec le couple légendaire formé de Gene Kelly et Leslie Caron… le directeur du Châtelet de l’époque, Jean-Luc Choplin.

Le spectacle proposé ces jours-ici au Châtelet est bien la reprise de celui créé il y a cinq ans !

Jean-Luc Choplin officie désormais au théâtre Marignydélicieuse bonbonnière, toute refaite de neuf, à quelques mètres de l’Elysée.

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Pour les plus anciens d’entre nous, c’est ici que furent captées, et le plus souvent diffusées en direct, les soirées de la mythique émission de Pierre Sabbagh Au théâtre ce soir de 1966 à 1986 !

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C’est ici que se donne l’autre succès de cette fin d’année, la comédie musicale Funny Girlcréée le 26 mars 1964 au Winter Garden Theatre de Broadway à New York, par Barbra Streisand dans le rôle principal.

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New York, années 1910.
Fanny Brice est la star des Ziegfeld Follies. Alors qu’elle attend la sortie de prison de son mari Nick Arnstein, elle se remémore les étapes de sa carrière, de l’adolescente ingrate à la star reconnue.
Fanny est une adolescente au physique difficile qui ne pense qu’à monter sur scène et qui obtient son premier emploi dans un théâtre de vaudeville.
Après des débuts chaotiques en tant que « chorus girl », elle se fait remarquer comme chanteuse comique et rencontre l’élégant Nick Arnstein.
Ils tombent amoureux dans la grande tradition romantique et se marient.
Mais alors que Fanny devient une star grâce à Florenz Ziegfeld, les affaires de Nick périclitent et il est arrêté.

La comédie musicale se termine là où elle a commencé : Nick revient, et Fanny et lui décident de se séparer.

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Une distribution formidable, à commencer par celle qui relève le défi de faire oublier la créatrice du rôle, une boule d’énergie et de talent, Christina Bianco.

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Le spectacle est prolongé jusqu’au 7 mars 2020. Aucune excuse pour le manquer !

 

La belle époque

Autant le dire d’emblée, le personnage que jouait Nicolas Bedos dans les émissions où on l’invitait pour faire le pitre ou le philosophe à deux balles, m’avait toujours passablement irrité. Même s’il avait des côtés sympa et une virtuosité certaine dans le maniement des mots et des concepts dans l’air du temps.

Et puis j’ai beaucoup aimé, vraiment aimé son premier film il y a deux ans, Monsieur et Madame Adelman (lire Histoires juives).

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Je n’ai pas pu échapper au matraquage intensif qui a accompagné la sortie du deuxième film de Nicolas Bedos, La Belle époque. Pas une émission de radio ou de télévision ces dernières semaines, où l’on ne retrouve le réalisateur et ses principaux interprètes, Fanny Ardant, Daniel Auteuil, Doria Tillier, Guillaume Canet.

Hier, échappant à la pluie qui tombait dru en ce 11 Novembre, j’ai repris le chemin du cinéma où j’avais vu le dernier Woody Allen – Un jour de pluie à New York.

Etrangement (ou pas!), j’ai retrouvé dans La Belle époque, certaines atmosphères, un charme, des personnages très Woody Allen,

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et j’ai passé deux heures de vrai bonheur cinématographique, sans me poser toutes les questions de contexte, de sous-texte, que j’ai lues ensuite sous la plume de critiques éminents qui n’ont apparemment pas tous vu le même film que moi.

C’est probablement parce que, comme spectateur lambda, j’accroche ou pas, je marche ou pas à ce qu’on me montre, je suis « bon public » comme on dit. Et là j’ai marché dans cette histoire improbable et en même temps très connectée (!) – revivre un jour de sa vie qu’on a beaucoup aimé – traitée avec une virtuosité, un luxe de détails, de personnages, de répliques (la patte Bedos !) inouis, rires et émotions jamais surlignés, et ces allers-retours incessants entre fiction (le passé) et réalité (le présent).

Daniel Auteuil et Fanny Ardant sont éblouissants, libres, vivants, comme s’ils inventaient leurs personnages, leur histoire sous nos yeux. Les autres, tous les autres, sont parfaits.

 

 

Jour de pluie avec Woody Allen

Il pleuvait ce dimanche le long de l’Oise et la nature, les jardins, qui avaient suffoqué tout l’été, renaissaient sous les bienfaisantes averses.

Un temps idéal pour aller au cinéma voir le dernier opus de Woody Allen, encensé par la grande majorité de la presse française : A Rainy Day in New York / Un jour de pluie à New York

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Le pitch : Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

Alors, disons-le tout net : c’est l’un des meilleurs Woody Allen qu’on ait vus depuis longtemps. Une vraie intrigue, un scénario bien ficelé, des personnages qui existent, des situations exploitées avec virtuosité. Et un « personnage » essentiel : New York. En dire plus serait « divulgacher ». Il faut aller voir ce film.

Comme toujours, un cast épatant : Thimothée Chalamet gagne en épaisseur sans perdre de la fraîcheur qui nous l’avait fait aimer dans Call me by your nameElle Fanning est pour moi la révélation de ce film, Jude Law est à peine reconnaissable en scénariste attitré d’un réalisateur déprimé (vous pensez à quelqu’un ??) , il faudrait citer tout le monde. Chez Woody Allen, personne n’est secondaire ou accessoire.

 

Second rôle

 

Je suis sûr que si l’on avait interrogé les téléspectateurs qui ont appris la nouvelle de sa mort hier, la plupart auraient répondu que cette tête leur était familière… mais qu’ils avaient du mal à lui accoler un nom.

Pourtant Michel Aumont, c’était « un sourire et un regard bienveillants/…./Il avait 82 ans. Acteur populaire et élégant, grand comédien de théâtre, il fut aussi un second rôle prolifique du cinéma chez Chabrol, Tavernier, Lelouch, Zidi encore ou Veber. Les planches étaient toute sa vie, sa passion première -il reçut quatre Molière au cours d’une carrière de plus de soixante ans, dont près de quarante à la Comédie-Française dont il était sociétaire honoraire-, mais les écrans, petit et grand, surent utiliser son grand talent. Souvent commissaire, homme de loi ou politique, son visage était connu de tous. Il avait tant tourné aussi pour la télé, comme « les Dames de la côte », feuilleton culte de la fin des années 1970. » (Le Parisien, 30 août 2019).

J’ai eu la chance de le voir, au théâtre, incarner Richard Strauss dans la pièce de Ronald Harwood Collaboration face à Didier Sandre qui jouait Stefan Zweig.

Admirables performances de ce phénoménal duo, dans une pièce tout aussi admirable, dont Didier Sandre décrit parfaitement le sujet et l’écriture :

Le fruit de cette collaboration entre Strauss et Zweig sera cet opéra Die schweigsame Frau (La femme silencieuse) , créé le 24 juin 1935 à Dresde sous la direction du jeune Karl Böhm.

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L’un des personnages importants de la pièce… et de la vie du compositeur est sa femme Paulinequi a en partie inspiré la Sinfonia Domestica

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Mais la présence de Michel Aumont au théâtre, à la Comédie-Française en particulier, fut innombrable et magnifique. Il est pour l’éternité l’Harpagon de l’Avare

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La filmographie de Michel Aumont au cinéma et à la télévision n’est pas moins importante.

J’avais adoré le film de Valérie Lemercier, Palais Royal, à sa sortie en 2005. Michel Aumont y incarne le conseiller/amant cauteleux à souhait de la reine Catherine Deneuve.

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Théâtre

Mardi soir au Théâtre de Paris, l’affiche était alléchante.

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Une pièce à succès d’Edouard Bourdet, Fric Frac, le film éponyme (1939) de Maurice Lehmann gravé dans toutes les mémoires de cinéphiles.

IMG_9116Il faut un certain culot et un courage certain à Michel Fau le metteur en scène, et au quatuor de rôles principaux constitué par … Michel Fau, Julie Depardieu, Régis Laspalès et Emeline Bayart, pour relever le défi de ne pas décevoir un public de 2018, auquel le thème même – le Paris popu des années 30 – et les caractères de cette pièce ne sont plus du tout familiers. Les dimanches à la campagne,  les loulous de Ménilmuche, les petites femmes de Pigalle, l’argot parigot, difficile de réitérer l’exploit d’Arletty, Fernandel, Michel Simon et Hélène Robert, pour ne citer que les principaux rôles…

Résultat mitigé : Michel Fau fait du Michel Fau – on ne déteste pas ! – et Laspalès finalement ne convainc qu’en retrouvant ses réflexes du duo qu’il formait avec Philippe Chevallier. En revanche, Julie Depardieu se sort plutôt bien d’un rôle casse-gueule, on finit par croire à son personnage sans qu’elle cherche à singer son illustre modèle, et la révélation de la soirée est l’impayable Emeline Bayart qui semble emprunter les délires et la vis comica d’une Valérie Lemercier à ses débuts,  et que je n’avais encore jamais vue ni sur scène ni au cinéma (où elle incarnait la récente Bécassine de Denis Podalydès.

D’Edouard Bourdet, je ne connaissais jusque là qu’une autre pièce, Le Sexe Faible, jadis vue à la télévision dans la célèbre série Au théâtre ce soir, avec une distribution éblouissante, d’où ma mémoire avait retenu l’extravagante Comtesse jouée par une Denise Gence hallucinante et Antoine, le maître d’hôtel/confident incarné à la perfection par l’immense Jacques Charon, et cette réplique de Gence à Charon prononcée avec un inimitable accent moldo-valaque : Morne soirée Antoine !

Revenant du théâtre mardi soir, j’ai retrouvé sur Youtube une autre version de la pièce, enregistrée à la Comédie Française en 1962, avec tous les grands noms du théâtre français de l’époque, Denise Gence bien sûr, Charon, Hirsch, Descrières, tant et tant d’autres, et le beau et fringant Jean Piat.

Jean Piat, dont on allait apprendre la disparition quelques heures plus tard. Et à propos duquel tous les médias ont fait assaut de platitudes pour saluer une carrière exceptionnellement longue et variée. Il paraît que « les Français » n’ont retenu de lui que sa participation aux Rois maudits, une série (et une oeuvre littéraire) à laquelle je n’ai jamais accroché. Moi je me rappelle un autre Jean Piat – en dehors de celui que j’ai souvent vu sur scène – son incarnation inoubliable de Lagardère dans le feuilleton en six épisodes de Marcel Jullian, diffusé fin 1967.

Hommage à un grand artiste !

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La mort de Staline

Je n’ai pas lu les BD de Fabien Nury et Thierry Robin – La Mort de Staline

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qui ont inspiré le film du réalisateur britannique Armando Iannucci.

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Je viens de voir ce film.

Dans la nuit du 2 mars 1953, Staline est victime d’une attaque dans sa datcha surprotégée des environs de Moscou. Sa mort ne sera annoncée que le 5, le temps que le sinistre Beria et les autres membres de la garde rapprochée – Khrouchtchov, Malenkov – arrangent la succession et se positionnent pour le poste suprême de Secrétaire Général du Parti communiste de l’URSS laissé vacant.

Voilà pour le pitch du film, qui, pour être fidèle à la BD et donc à la réalité des faits historiques, n’en prend pas moins quelques libertés avec la chronologie des événements.

Première remarque sur la « pub » censée attirer le public : « La comédie anglaise la plus drôle depuis des années ». Ridicule, voire insultante lorsqu’on mesure la gravité du sujet et surtout des circonstances. Je n’ai pas entendu un spectateur de la salle où je me trouvais s’esclaffer bruyamment, ni même sourire. On est loin de « Papy fait de la résistance » ! 

Certes on rit souvent jaune, devant l’absurdité ou le burlesque involontaire des situations, mais on est surtout happé par une réalisation virtuose, placé aux premières loges d’un système terrifiant, au coeur d’une dictature impitoyable où même les plus proches de Staline savent qu’ils peuvent à tout moment être inscrits sur la liste des promis à la torture, au goulag et à la mort. La veulerie, la vulgarité, la pleutrerie de cet entourage – les Malenkov, Khrouchtchov, Molotov – et l’ignoble Beria (extraordinaire Simon Russell Beale) sont dépeints sans complaisance par Iannucci. Pour les fans de la série Homelandle fils de Staline, Vassily, est joué par Rupert Friend (Peter Quinn)

Le film s’ouvre sur une séquence qui a bien existé, mais pas dans ce contexte ni à cette date : la grande pianiste russe Maria Yudina joue le 23ème concerto de Mozart. Un appel téléphonique à la régie de la salle fait savoir que Staline lui-même a entendu le concert à la radio et souhaite qu’on lui apporte l’enregistrement du concert. Mais celui-ci n’a pas été au sens propre ni gravé ni enregistré puisqu’il était diffusé en direct ! On ne racontera pas la suite, mais dans le film le malaise fatal de Staline survient alors qu’il s’apprête à écouter le disque qu’on a fini par graver pour lui et qu’il lit le message que la pianiste a glissé in extremis dans la pochette du disque…

Autre « liberté » prise avec l’histoire : l’élimination de Beria n’est survenue qu’à la fin de l’année 1953, dans le film elle a lieu dans la foulée des obsèques de Staline.

La bande-son est signée Christopher Willisplus « chostakovienne » que nature. Une réussite !

Un film à voir évidemment.

Et, pour ceux qui ne la connaissent pas déjà, une pianiste tout à fait extraordinaire qui se serait bien passée de rester dans l’histoire comme ‘la préférée de Staline », Maria Yudina (1899-1970), dont on ne se lasse pas de réécouter les enregistrements.

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