Musique sans protection

L’an dernier, je titrais Fête ou défaite de la musique ? Extrait : « …la dimension festive de la musique…tient justement à ce qu’on la découvre, l’entend, l’aime dans la réalité des sons produits, dans la ferveur et la joie de ses interprètes amateurs ou non. Pas dans la déformation artificielle d’un son saturé »

Sur Facebook hier j’écrivais ceci, qui n’a pas laissé sans réaction :

La Fête de la Musique ça rend sourd ?
J’ai mauvais esprit, c’est évident, mais comment prendre cet avertissement dans un document vantant la Fête de la Musique à Montpellier : « la Fête de la Musique est l’occasion de s’amuser et de faire la fête. C’est pourquoi il est important de se protéger à l’aide de protections auditives (sic) ». Et on rajoute : » La musique doit être un plaisir durable et ne pas détériorer notre audition« . On allait le dire !
Question bête : pourquoi ne pas réduire (un peu, un peu plus même) le nombre de décibels envoyés dans les tympans des pauvres auditeurs (et de tous les autres alentour d’ailleurs) ?

J’en conviens, tout cela fait un peu vieux ronchon rabat-joie, mais ce n’est pas d’hier que je refuse la dictature des décibels, qui est tout sauf musique ! Quand on en est à distribuer des protections auditives, qu’on m’explique où est le plaisir du partage, d’une vibration en commun ?

Ma fête de la Musique, je l’ai vécue en deux épisodes, sans protection d’aucune sorte, jouissant pleinement des sonorités des instruments joués devant moi.

Samedi, dans le cadre du Festival d’Auvers-sur-Oise,

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c’était l’improbable mariage entre un grand piano de concert et un marimba

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et l’extraordinaire duo formé par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova.

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Lundi soir, cruel dilemme : des amis chers se produisant, au même moment, dans deux lieux différents. Tedi Papavrami et Nelson Goerner au théâtre des Bouffes du Nord

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et Michel Dalberto à la Salle Gaveau. J’avais promis à ce dernier d’y être, et je n’ai pas regretté, comme des centaines d’autres, d’avoir affronté la canicule naissante pour assister à un récital magnifiquement construit… et réalisé.

IMG_9843En ouverture la sonate « Clair de lune » de Beethoven, suivie du Prélude, choral et fugue de Franck – une rumeur insistante annonce un enregistrement prochain du piano de Franck par Michel Dalberto dans un lieu qui m’est très familier -, puis après l’entracte la Ballade (sans orchestre) et le 6ème Nocturne de Fauré.

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Après une Appassionata souveraine, fiévreuse, extrême, Michel Dalberto refermait cette magistrale leçon de grand piano avec sa transcription de Morgen de Richard Strauss.

Dans la salle, nombre d’amis du pianiste, son collègue Philippe Cassard, deux de ses plus brillants élèves, Jean-Paul Gasparian et Ismael Margain.  Ils seront tous les trois du Festival Radio France (#FestivalRF17) qui s’ouvre le 10 juillet prochain !

Iconoclaste

Il y a un an, j’assistais à ce que j’avais appelé un beau tripatouillage royal dans le cadre toujours enchanteur de l’Opéra royal de Versailles.

img_2356img_2376Encore un coup d’Hervé Niquet (ci-dessus), cette résurrection d’une version que les puristes se pincent le nez pour écouter, le Persée de Lully, à la mode 1770.

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Hervé Niquet ne plaît pas à tout le monde. Tant mieux. C’est pour ça qu’on l’aime. Mais c’est d’abord pour son insatiable curiosité, l’esprit permanent de découverte qui l’anime.

Les auditeurs du Festival Radio France (#FestivalRF17) l’été prochain auront deux occasions de mesurer le chemin parcouru par le chef et son ensemble Le Concert spirituel depuis 30 ans. Un véritable voyage en polyphonie le 10 juillet :

Et, bien à la manière d’Hervé Niquet, un Opéra imaginaire le 24 juillet avec trois des plus belles voix du moment, Katherine Watson, Karine Deshayes et Reinoud van Mechelen, qui nous a offert beaucoup mieux que ce qui ressemble à une compilation d’airs de Bach, un sublime voyage intérieur.

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Musique balnéaire

Deauville n’est pas ma tasse de thé. La petite cité normande est prise d’assaut certains week-ends comme celui de Pâques, les encombrements de Paris transposés en bord de mer. Mais depuis qu’une poignée d’inconscients – de vrais amoureux de musique – a décidé, il y a vingt-deux ans, d’y montrer quelques-uns des meilleurs talents en devenir de la scène classique, j’y reviens par intermittences et toujours pour mon bonheur.

C’était le premier week–end du festival Pâques à Deauville (photos). Programmes originaux comme toujours. On aime… ou pas. Peu importe, les nouveaux talents trouvent à s’éclore devant un public qui ne redoute pas d’être bousculé. Maxime Pascal et Le Balcon sont passés maîtres dans l’exercice.

IMG_8466(La merveilleuse Julie Fuchs et Maxime Pascal)

A1uoDGHf-eL._SL1500_Le dimanche de Pâques, d’abord un formidable hommage à Ligeti par la crème des chambristes français, animé par le compositeur Karol Beffa,

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Et le soir deux chefs-d’oeuvre de la musique de chambre, plutôt rares au concert. L’énigmatique 2ème quintette avec piano de Fauré, qui refuse le confort harmonique et mélodique. L’air et le feu.

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En attendant le « live » de Deauville, c’est à l’intégrale de la musique de chambre avec piano – en partie enregistrée à Liège – qu’on reste fidèle. D’autant qu’une partie de la fine équipe rassemblée par Eric Le Sage était à la salle Elie de Brignac : François Salque et Lise Berthaud.

IMG_8528(Pierre Fouchenneret, Guillaume Bellom, Guillaume Chilemme; François Salque, Lise Berthaud)

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Et comme en écho, le dense et intense 2ème sextuor à cordes de Brahms.

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Le Festival de Pâques à Deauville se poursuit les deux prochains week-ends !

Photos : lemondeninmages.me

L’esprit de fête

Ce mois d’avril annonce l’été, comme un prélude à la fête, aux festivals. En attendant, il faudra voter, ne pas se priver de cette liberté, si rare sur notre planète tourmentée, ne pas laisser le parti de l’abstention l’emporter. J’y reviendrai, notamment à la lumière d’une étude que Le Point publie demain.

La fête on sait la faire chaque début d’été à Berlin. Dans un lieu magique, dans le quartier de Charlottenburg, la Waldbühne, littéralement la « scène de la forêt », un immense amphithéâtre de plein air construit sur le modèle du théatre d’Epidaure à l’occasion des Jeux olympiques de 1936, de sinistre mémoire.

J’étais impatient d’acquérir – via amazon.de – un boîtier de 20 DVD récapitulant les très  courus Waldbühnen-Konzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin, de 1992 à 2016.

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Le coffret est classé par ordre chronologique inverse, du plus récent (2016 avec Yannick Nézet Séguin, à 1992 avec Georges Prêtre)

S’il fallait encore infliger un démenti – mais oui il le faut encore souvent ! – à ceux qui pensent qu’entre le concert classique traditionnel et André Rieu il n’y a pas d’espace pour des concerts populaires et festifs de haut niveau, cette série en serait la preuve éclatante.

Chaque programme est remarquablement constitué autour d’un thème, et combine astucieusement « tubes » et chefs-d’oeuvre moins connus, sans céder aux nécessités (?) du crossover. Et puis quel bonheur d’entendre – idéalement captée – l’une des plus belles phalanges orchestrales du monde, surtout quand elle se débride ! Et d’aussi prestigieux solistes…

Et puis il n’est de Walbdbühne qui ne se termine par la chanson fétiche de tous les Berlinois : Berliner Luft de Paul Lincke

À consommer sans aucune modération !

Faut-il être sexy pour avoir du talent ?

J’avais choqué bien des beaux esprits en titrant Faut-il être sexy pour être un grand chef ? à propos d’un coffret consacré à Karl Böhm (Bestofclassic). L’humour n’est pas toujours la chose la mieux partagée…

Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.

En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…

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Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.

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Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja Wang. En concert, c’est autre chose…

Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvili n’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne

La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?

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Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique  (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagner dénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».

Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste  américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…

Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamer d’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?

Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…

clarinotts-home(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette  de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)

Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star. 

Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipatti, né il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.

Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…

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Révolution(s)

J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.

Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .

Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…

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La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17 à partir de 35’20 »

Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).

Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..

Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulon de Chostakovitch. Toute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?

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Présences

Activité de concert intense cette semaine. Après Yannick Nézet-Séguin mardi à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre National de France rendait hommage jeudi à son ancien directeur musical Kurt Masur, l’Orchestre philharmonique de Radio France ouvrait hier la 27ème édition du Festival Présences, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

Kurt Masur a laissé une forte empreinte sur les musiciens de l’Orchestre National, le concert de jeudi en a témoigné doublement, par le programme et la chaleur de la soirée. C’est le fils du chef allemand, David Ken, qui officiait au pupitre, devant une salle comble et sa mère Tomoko.

Festival of Contemporary Music Tanglewood Conductor Kurt Masur gives his son Ken- David Masur a congratulatory hug after the younger Masur conducted  " In Summer" as part of the Festival  ©Michael J. Lutch for The new York Times

L’hommage commençait par le Chant du destin de Brahms, l’une des plus belles pages chorales du compositeur hambourgeois, contemporaine de la Rhapsodie pour contralto : le Choeur de Radio France retrouvant pour la circonstance son ancien chef Matthias Brauer, donnait le ton d’une soirée placée sous le signe du recueillement. La Cinquième symphonie de Schubert rappelait l’attachement de Masur au grand romantisme allemand – Mendelssohn, Schubert, Schumann – qui a fait quelques-unes des grandes heures de son mandat à la tête du National.

En deuxième partie, le public était impatient d’entendre la star de la soirée, la violoniste Anne Sophie Mutter, qui a été l’une des partenaires de prédilection de Kurt Masur.

C’est dans une autre longue robe fourreau bleue que la violoniste allemande est apparue sur la scène de l’Auditorium pour d’abord Sur le même accord, la pièce que Dutilleux avait écrite pour elle, et qu’elle avait créée à Londres en 2002 avec Kurt Masur !

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu Anne Sophie Mutter en concert, je n’avais pas beaucoup aimé ses disques récents dans le répertoire classique, mais toutes mes préventions ont été levées dans le 1er concerto pour violon de Mozart : la très grande classe, la justesse de ton et de style, la pure beauté du son, la souplesse de l’archet, en parfaite osmose avec les musiciens du National. En bis, comme murmuré, l’air de la 3ème suite de Bach.

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Vendredi, c’était l’ouverture du 27ème festival Présences. Quel beau nom pour une manifestation qui donne à entendre la musique qui s’écrit aujourd’hui, les compositeurs vivants, nos contemporains ! Son créateur, Claude Samuel, était là, toujours aussi passionné. Tant de souvenirs partagés. Beaucoup d’acteurs, d’interprètes, de créateurs de la scène contemporaine évidemment, Eric Tanguy – je me rappelle la création de son quatuor à cordes à Présences 1993 ! – Philippe Schoeller, Philippe Manoury, Olivier Latry, Pascal Rophé, Alain Altinoglu, Stéphane Lissner… mais pas de ministre de la Culture – la concurrence des Victoires de la Musique ?.

Une édition qui renoue avec les portraits de grandes figures de la composition, cette année Kaija Saariaho. Un Orchestre philharmonique de Radio France très sollicité, à son meilleur dans trois oeuvres contrastées, d’inégal intérêt – mais c’est le propre d’un festival de création que de confronter les esthétiques, les partitions, sans imposer une hiérarchie – sous la houlette du jeune chef russe Dima Slobodeniouk. Deux partitions de Kaija Saariaho, Graal theatre, un concerto pour violon datant de 1994, partie soliste virtuose et exigeante, transparence orchestrale jouant sur les effets de timbres – un peu long peut-être, en seconde partie un magnifique cycle de mélodies Adriana Songs (2006) sur des textes d’Amin Maalouf, donné en création française par l’excellente Nora Gubisch. Je n’ai pas été le seul à avoir été moins convaincu par la pièce Denkklänge du compositeur français Raphaël Cendo, création d’une commande d’Etat, qui use et abuse de procédés si souvent entendus dans les années 70 à Donaueschingen ou Darmstadt. À réécouter sur France Musique.

img_7646(Nora Gubisch, Kaija Saariaho, Dima Slobodeniouk et les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France)

 

Samedi cinéma

Petite session de rattrapage ce week-end côté cinéma.

Un hommage un peu tardif, vendredi soir, sur France 3 à Michèle Morgan. Recyclage habile d’interviews, de magazines déjà souvent diffusés, mais revus avec plaisir. En revanche, malgré la touche (et les tics) Lelouch, je trouve que Le Chat et la souris a mal vieilli.

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Entre deux averses de neige, cap ce samedi après-midi sur un petit complexe associatif multi-salles qui propose toujours une belle programmation. Pour voir Neruda, le film du Chilien Pablo Larrain, auteur par ailleurs du très attendu Jackie qui sort en France le 1er février (lire la critique des Inrocks).

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Comme l’a souligné la critique, le film ne ressortit pas vraiment au genre du biopic, ni hagiographie d’un grand personnage, le poète communiste Pablo Neruda, ni documentaire critique sur une personnalité complexe. Un récit parfois sinueux, à double entrée, somptueusement filmé, des images et des paysages à couper le souffle, d’excellents acteurs pour incarner notamment Neruda, sa compagne, et le petit flic qui le poursuit.

Et une bande-son absolument admirable qui comblera les plus exigeants des spectateurs mélomanes (due au jeune compositeur argentin Federico Jusid) par ses nombreux emprunts à Grieg, Penderecki, Gavin Bryars, Charles Ives et Mendelssohn.

Un film à voir absolument.

Je me promets – mais y arriverai-je ? – de me replonger dans Canto General le grand oeuvre de Neruda.

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Suite de cette cure de rattrapage cinématographique, cette fois près d’un feu de cheminée. L’embarras du choix devant un coffret de DVD très soigneusement réédités de la première période de Costa Gavras :

91xetzceq5l-_sl1500_Choix vite fait puisque je n’avais encore jamais regardé le tout premier film du cinéaste d’origine grecque Compartiment tueurs. 

Distribution éblouissante, la fine fleur de tout ce que le cinéma français de l’époque comptait de stars confirmées et de débutants prometteurs – et à ma connaissance le seul film où sont réunis le mari (Montand), la mère (Signoret) et la fille (Catherine Allégret). Un premier film haletant, hitchcockien par certains plans, une authentique série noire.

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L’orchestre en gloire

On doit à celui qui avait déjà réalisé une impressionnante plongée Au coeur de l’orchestre, 

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un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlin a lui-même sous-titré Biographie d’un orchestre. L’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !

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L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un  » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).

En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseries qui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.

Il y a quelques mois, Decca et Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)

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J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmonie) hier soir à Radio France, où Emmanuel Krivine dirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.

15941361_10154301435707602_4762544916690418968_nAu programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.

C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.

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Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.

Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.

Un concert à revoir et entendre ici : Denis Matsuev, Emmanuel Krivine, Orchestre National de France / ARTE TV / France Musique

Mes voeux à vous

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Le 1er janvier 2015 j’écrivais ce texte. En ce 31 décembre 2016, je l’ai à peine retouché, actualisé, pour vous redire mes voeux, à la manière de qui vous savez…

J’avoue
J’en ai (parfois)
Bavé (pendant l’année enfuie)
Et vous
Mes amours ?
J’avoue, j’ai douté

Avant
D’avoir
Eu vent
De vous
Mes amours

A votre
Avis
Qu’allons-nous vivre ?
De l’amour ? 
De vous
A moi
Je voue des voeux
Mes amours

La vie
Ne vaut
D’être
Vécue
Sans amour

Ne vous déplaise
En dansant la Javanaise et tant d’autres musiques
Nous allons nous aimer
Le temps de toute une année de doux aveux

Bien sûr  mes premiers souhaits vont à ceux que j’aime, des derniers arrivés à la doyenne de la famille, dont j’ai peine à croire qu’elle va alertement sur ses 90 printemps. Mais eux savent que je n’ai pas besoin d’un premier de l’An pour le leur dire.

Je n’ai jamais aimé cette convention qui oblige à souhaiter la « bonne année » à la terre entière – la corvée des cartes de voeux est heureusement obsolète depuis l’invention de l’écologiquement correct et surtout des réseaux sociaux ! – mais j’ai curieusement toujours pensé, à ce moment précis, à tous ces visages familiers ou inconnus qui composent l’ordinaire de mes jours, ceux qu’on ne voit jamais, qu’on ne remercie jamais, les serveurs, les caissières, les guichetiers, les gardiens, les SDF, liste non exhaustive.

Il y a des regards, des sourires, de simples mots qui illuminent une année, et qui donnent espoir pour celle qui s’ouvre.