Mon Karajan

La couverture et tout un dossier dans le numéro de juillet de Diapason, une matinale spéciale sur France Musique, Karajan est mort il y a tout juste trente ans, le 16 juillet 1989.

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J’ai déjà raconté ma « première fois » avec lui : La découverte de la musique : Karajan. A Lucerne, il y a 45 ans :

« Karajan et Lucerne, c’est une histoire qui vaut d’être rappelée. Le chef autrichien, compromis avec le régime nazi, avait été, de fait, banni des principales scènes de concert et d’opéra dans l’immédiat après-guerre. En 1948, le festival de Lucerne, fondé dix ans plus tôt par Ansermet et Toscanini, lui tend la main et lui offre ainsi une réhabilitation spectaculaire. Karajan ne l’oubliera jamais, et jusqu’en 1988 (il est mort en juillet 1989), il honorera chaque été le festival de Lucerne de sa présence. Le rituel était immuable : à partir de 1968 avec les Berliner Philharmoniker deux concerts, deux programmes différents le 31 août et le 1er septembre (le détail de quarante ans de présence de Karajan à Lucerne sur l’excellent site japonais Karajan info). C’est dans l’orchestre du Festival que Karajan trouvera son légendaire premier violon berlinois Michel Schwalbé….

J’ai pu assister à l’un des deux concerts de Karajan avec « son » orchestre philharmonique de Berlin, le 31 août. J’en suis sorti – bêtement – déçu, je n’étais pas prêt à goûter les subtilités d’un programme qui comportait La Mer de Debussy et le Pelléas et Mélisande de Schoenberg. Le triptyque debussyste ne m’était pas familier, quant à Schoenberg je faisais manifestement un blocage. Je me suis rattrapé depuis… »

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Karajan a enregistré trois disques absolument magnifiques, Schoenberg, Berg, Webern, après y avoir consacré un nombre considérable de répétitions. On approche la perfection. Je ne connais pas plus sensuelle version de La Nuit transfigurée (Verklärte Nacht)

Une seconde occasion me fut donnée de voir et d’entendre Herbert von Karajan et ses Berliner Philharmoniker. Je vivais et travaillais à Thonon-les-Bains comme assistant parlementaire du député local (lire Réhabilitation), le conseiller général socialiste Michel Frossard me proposa un soir de 1984 de l’accompagner à un concert exceptionnel donné à Genève, non pas au Victoria Hall qui était alors en travaux à la suite d’un incendie, mais au Grand Théâtre.

Etablissement-destine-public-Grand-Theatre-aussi-travail-quotidien-dartistes-techniciens-personnels-administratifs_0_729_487Nous étions placés très haut et loin de la scène. Le choc fut pour moi de voir arriver un homme affaibli par la maladie, avançant à grand peine vers son podium. Rien de la superbe qu’il affichait dix ans plus tôt. Et déjà le masque qu’on lui verrait lors de l’unique concert de Nouvel an qu’il dirigea à Vienne le 1er janvier 1987.

Un programme très court, une heure de musique partagée entre Debussy et Ravel. Le « son » Karajan tel qu’il l’avait forgé en trente ans de « règne », parfois jusqu’à la caricature.

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Sur mes préférences dans l’abondante discographie du chef autrichien, je me suis déjà exprimé dans cet article : Abbado Karajan les lignes parallèles.

Et puisque Gidon Kremer était hier en concert à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France (#FestivalRF19) – j’y reviendrai –

67118951_10157355197808194_4338412990438047744_nmention de l’unique enregistrement qui réunit le violoniste letton tout juste émigré d’Union soviétique et Karajan, qui dira n’avoir jamais rencontré plus pur musicien.

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Pour presque tout savoir de la discographie de Karajan :

Bestofclassic : Karajan l’intégrale

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Un disque peu connu, sauf des karajanophiles invétérés, un « live » capté au festival de Lucerne.

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Il faut aussi bien évidemment rappeler la somme magistrale publiée par EMI, des tout premiers enregistrements réalisés sous la houlette de Walter Legge au sortir de la guerre, à Vienne puis avec le Philharmonia de Londres, puis à partir des années 70 à l’instigation de Michel Glotz pour l’essentiel à Berlin.

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Les enregistrements symphoniques et concertants ont fait l’objet d’une remasterisation assez exceptionnelle, et sont disponibles en coffrets thématiques séparés.

J’ignore si le même traitement sera réservé aux enregistrements d’opéras.

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L’air du Nord (I) : rhapsodie suédoise

Puisque la 35ème édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier explore des contrées musicales moins familières à nos oreilles, celles qui bordent la Baltique, je vous propose quelques haltes rafraîchissantes dans des univers que j’affectionne depuis longtemps.

Première étape, la Suède, et le compositeur Hugo Alfven (1872-1960)

La seule oeuvre d’Alfven à avoir acquis une célébrité internationale et à figurer dans des compilations de showpieces orchestrales, est cette première rhapsodie suédoise écrite au Danemark, créée à l’opéra de Stockholm en 1904, et reprise à Chicago en 1912 et à New York en 1913. Elle repose sur des mélodies populaires finlandaises et porte le titre de Midsommarvaka souvent traduite par La Nuit de la Saint-Jean.

Hugo Alfven étudie le violon et la composition au conservatoire de Stockholm de 1887 à 1891. Il poursuit ensuite des études en privé de violon avec Lars Zetterquist et de composition avec Johan Lindegren. . De 1896 à 1899, il étudie le violon à Bruxelles avec César Thomson. De 1890 à 1892, il est violoniste à l’orchestre de l’Opéra royal de Suède. Sa consécration de compositeur vient après sa seconde symphonie, dont la première a lieu en 1899. Grâce à cette symphonie, il obtient des bourses pour étudier en Europe, en particulier la direction d’orchestre à Dresde avec Kutzschbach. À partir de 1904, il dirige différents chœurs. En 1908, il entre à l’Académie royale de Musique et à partir de 1910, à l’Université d’Uppsala, dont il devient directeur de la musique. Il mène parallèlement une carrière de chef d’orchestre dans toute l’Europe. En 1911, il crée le festival de musique d’Uppsala et travaille pour le chœur Orphei Drängar.

Son œuvre comporte plus d’une centaine de pièces dont cinq symphonies, trois rhapsodies suédoises, plusieurs chants et pièces pour piano et de nombreuses pièces pour chœurs et orchestre ou a cappella.

Le moins qu’on puisse dire est que Alfven demeure en retrait des mouvements qui agitent la première moitié du XXème siècle, loin, très loin des recherches sérielles des trois Viennois, Berg, Schönberg, Webern !

Le meilleur panorama de l’oeuvre d’orchestre d’ Hugo Alfven reste le coffret très bien constitué, et très bon marché, qu’on doit à Neeme Järvi – qui ouvre ce jeudi, avec son Orchestre National d’Estonie, la 35ème édition du Festival Radio France  (Le Choc des Titans) –

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Quant à cette « ouverture de fête » il se pourrait bien qu’on l’entende lors de la soirée de clôture, la Last night, du #FestivalRF19, sous la baguette de Santtu-Matias Rouvali…Il est prudent de réserver dès maintenant pour ce concert le 26 juillet (lefestival.eu)

 

Suffit-il d’être jeune, beau et sexy ?

Nul n’a pu échapper au phénomène depuis qu’il a surgi dans une émission du cher Frédéric Lodéon* sur France Musique, il y a deux ans, à Aix-en-Provence. Des milliers de vues sur Youtube…

A lire les « commentaires » qui accompagnent ces vidéos, on voit bien que Jakub Józef Orliński n’est pas apprécié que pour sa seule prestation vocale…

De là à en faire une icône, l’incarnation d’une nouvelle génération d’interprètes qui enfin (!!) dépoussière l’univers, forcément ringard, de l’opéra et de la musique classique…

La couverture de son dernier disque, son premier chez Erato, n’a pas manqué de susciter son lot de sarcasmes…

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Le ramage se rapporte-t-il au plumage ? C’est ce qu’on a voulu vérifier la semaine dernière dans le cadre du Festival d’Auvers-sur-Oise.

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Le jeune homme (29 ans quand même !) est incontestablement sympathique, répond généreusement aux applaudissements (3 bis malgré la chaleur étouffante de la petite église de Méry-sur-Oise), et est manifestement habile dans le choix de son programme.

Peu d’airs ou d’oeuvres connus, à l’exception notable du Stabat Mater de Vivaldi (la prochaine sortie discographique ?). Rien qui permette de le comparer à ses aînés.

Le timbre, légèrement voilé, est séduisant, et pourtant une certaine monotonie s’installe, comme si le chanteur semblait plus soucieux de se montrer à son avantage que de restituer les affects des partitions qu’il interprète. Sentiment particulièrement évident dans le Stabat Mater de Vivaldi chanté recto tono. Quand on a, comme moi, dans l’oreille, au choix Aafje Heinis, Nathalie Stutzmann, Sara Mingardo ou Gérard Lesne

le compte n’y est pas.

On souhaite à Jakub Jozef Orlinski de ne pas succomber aux griseries de la célébrité, aux tentations du marketing, et d’approfondir son art. Il en a le talent.

À la question plus générale posée par le titre de ce billet, j’ai déjà répondu à maintes reprises. Si le talent n’attend pas le nombre des années (cf. Alexandre Kantorow) –preuve en est encore faite cet été dans la programmation du Festival Radio France (www.lefestival.eu), les artistes authentiques savent que la jeunesse et la beauté sont des états tout aussi passagers que l’intérêt des médias pour eux.

*Salut à l’ami Frédéric qui a décidé de réduire un peu la voilure, après 27 ans de présence quotidienne sur France Inter et sur France Musique, et qu’on retrouvera à la rentrée chaque dimanche à 14 h.

 

Demandez le programme !

C’est une question rituelle des journalistes : comment faites-vous la programmation du Festival* ?  C’était la même lorsque je dirigeais l’Orchestre et la Salle philharmonique de Liège.

Sur les réseaux sociaux, quelques amis à la plume bien pendue et au caractère bien trempé ne ratent pas une occasion de s’écharper sur la programmation de certaines grandes institutions ou de certains festivals, sur l’influence des agents, le rôle et l’organisation des concours… Débats qui ne sont pas sans intérêt, même si la réalité est souvent plus simple.

Le public a aussi le droit de savoir comment on programme une saison de concerts ou un festival. Après tout, c’est lui qui en assure le succès… ou l’échec.

J’avais une formule, à Liège, que je servais à la presse un peu comme une provocation : « Je ne programme que ce que j’ai envie d’entendre ». Je n’ai pas changé de point de vue en prenant la direction du Festival Radio France.

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Petite explication de texte : La programmation d’une saison de concerts ou d’un festival se prépare plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance. Pour allécher, convaincre, intéresser le(s) public(s) auxquels on s’adresse, je ne connais pas d’autre formule que la curiosité, l’enthousiasme, le désir de faire partager, découvrir des répertoires, des artistes. Autrement dit, je ne programme que des événements auxquels j’aurai envie d’assister, je prendrai du plaisir… comme le public dont je fais partie !

Mais la prudence, la bonne gestion, ne requièrent-elles pas qu’on tienne compte des goûts du « grand public », qu’on fasse appel aux têtes d’affiche, aux stars du moment, pour remplir les salles ? Questions évidemment souvent posées et pas nécessairement stupides …

Sur le « grand public« , je me suis déjà longuement expliqué ici il y a quatre ans (Le grand public) Extraits :

« Le public vraiment mélomane, très connaisseur, est très minoritaire au concert comme à l’opéra.. et il est plutôt curieux, ouvert, amateur de découverte et de rareté. Frileux sûrement pas.

L’essentiel d’une salle de concert ou d’opéra est constitué d’amateurs – étymologiquement « qui aiment » – plus ou moins éclairés, informés, formés, et qui ne demandent qu’à être agréablement surpris, émus, instruits. Ce public, majoritaire, n’a pas d’a priori, il n’est ni conservateur, ni particulièrement aventurier. Il doit être conquis, considéré, respecté 

On doit toujours parier sur l’intelligence du public, jamais sur les habitudes d’une minorité.

Autre remarque d’évidence : la musique classique et son public sont encore souvent présentés comme un bloc immuable, donc voué à disparaître, puisque non régénéré.

Là encore, le conservatisme n’est pas du côté du public, mais chez les organisateurs, qui n’ont pas fait évoluer la forme, le rituel, l’apparat du concert classique, qui l’ont laissé se déconnecter de la vie, des usages, des pratiques du public. Au moins à l’opéra, le spectacle, ce qu’il y a à voir, a de quoi attirer, séduire. Au concert, c’est la notion même de spectacle qui est absente, éclairage uniforme et peu travaillé de la scène, musiciens oublieux du regard des auditeurs/spectateurs sur eux, composition et durée invariables du programme… »

Une fois affirmé cela, il n’est pas interdit d’être habile… pour être convaincant. Ainsi, avec mes équipes à Liège, à Paris ou à Montpellier, nous avons toujours essayé de mettre en oeuvre quelques principes, qui se rapprochent assez fortement de ceux d’un grand chef… de cuisine. Un concert, c’est un menu, un festival une suite de menus.

La seule vue du programme – du menu – doit mettre le lecteur/auditeur en appétit. S’il ne comprend pas ou mal ce qu’on lui propose, il y a peu de chances qu’il y adhère; à l’inverse si on aligne du fois gras en entrée, un tournedos Rossini et un Paris-Brest, il y a de fortes chances qu’il redoute l’indigestion.

Traduit en musique, c’est éviter deux écueils : un programme composé d’oeuvres inconnues par un artiste tout aussi peu connu – c’était parfois une spécialité de certaines programmations de musique contemporaine ! – ou aligner trois oeuvres très connues du répertoire avec les stars du moment censées remplir les salles sur leur seul nom (non, je ne citerai personne !)

J’ajoute une autre notion, moins facile à définir, compte-tenu de l’évolution des comportements du public. Nous constatons, tous, organisateurs, que la décision d’assister  à un concert se prend de plus tard, que le temps où l’on organisait à l’avance son agenda est quasi révolu, le « dernier moment » est devenu la règle. Ce qui a – ou pas ! – modifié considérablement les règles de communication et de marketing. Observation empirique de ma part : si l’on veut capter l’attention et attirer l’auditeur/spectateur au concert, il faut que celui-ci soit perçu comme un événement, comme quelque chose d’exceptionnel, d’incontournable. Sûrement pas comme un « produit » de consommation courante : des oeuvres et/ou des artistes qu’on a déjà souvent (trop?) entendus…

Bref, on aura compris que je ne me suis jamais fait dicter mes choix par la mode, les agents, le marketing, ou même ce qu’on croit être des obligations institutionnelles (il faut engager tel artiste, tel ensemble, parce qu’il est « recommandé », « protégé » par tel ou tel).

Oui, il y a des artistes que je n’ai jamais engagés à Liège, pendant les quinze ans où j’ai eu la responsabilité de l’Orchestre et de la Salle philharmonique – ce qui m’a valu mon lot de critiques (« Rousseau n’invite que ses copains, que des Français »…), toujours démenties par la réalité (voir la liste de ces artistes : Merci). 

Un souvenir me revient à ce sujet : Invité à un déjeuner par le Concours Reine Elisabeth, une année de piano, en présence des membres du jury et de la reine Fabiola, je me trouve assis, par les hasards du protocole, à côté de l’épouse d’un célèbre pianiste qui, à l’époque, enseigne à la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Je pense qu’elle ne sait pas, elle, qui je suis, tout au plus que je suis français. Et pendant tout le déjeuner de se plaindre du sort fait à son pianiste de mari, qui serait blacklisté en France par une conjuration d’agents et d’organisateurs qui n’ont jamais pris la mesure de son talent, ou, pire encore, qui redouteraient l’impact sur le public d’un nom à consonance non européenne ! Complotisme quand tu nous tiens… Je n’ai évidemment pas réagi à ces jérémiades, ni indiqué que, sans prendre mes ordres auprès de la dite conjuration, je n’avais jamais non plus envisagé d’engager ce pianiste, qui, les quelques rares fois où je l’ai subi en concert, m’avait toujours profondément ennuyé…

Aujourd’hui, je suis un homme heureux, puisque j’ai la charge d’un Festival qui, dès l’origine, a fait de la découverte, de l’audace.. et du respect du public, sa marque de fabrique. La programmation de l’édition 2019 du Festival Radio France Occitanie Montpellier parle pour elle : #FestivalRF19.

Puisqu’il est dans l’actualité – Alexandre Kantorow est en finale du Concours Tchaikovski de Moscou, il passe cet après-midi les dernières épreuves – on peut rappeler qu’il était déjà l’invité du Festival… il y a trois ans !

 

71mqyjcDIXL._SL1417_Même parallèle avec le magnifique Lukas Geniusas, en récital dans la grande salle de l’Opéra Berlioz le 18 juillet.

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Après Cannes et avant Montpellier

Je suis en train de terminer un bouquin, dont la présentation spartiate ne laisse rien deviner de la verve iconoclaste et jouissive de son auteur.

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Gérard Lefort, c’était la plume cinéma de Libé (journal qu’il a quitté en 2014), l’une des voix de France Inter (dans Le Masque et la plume notamment). Et c’est un style inimitable !

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Extraits de ces souvenirs :

« Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour l’avoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons s’agitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
Mais d’expérience, il s’avère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis d’une vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté d’opérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de cœur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, c’est osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre –; somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
Entre Mission Impossible et Marx Brothers, c’est le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un  » roman  » parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste d’aller au Festival, chaque année on est ravi d’y être. Jusqu’au jour où, c’est juré ! on n’y mettra plus jamais les pieds. Jusqu’à la prochaine fois.

Anecdote
En mai 1988, à l’occasion de la présentation à Cannes de son nouveau film Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec l’attachée de presse dans le hall de l’hôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers l’hôtel Eden Roc du cap d’Antibes où sont logées les super stars.  » Ça manque un peu de gyrophares et de motards « , commente Marie.
Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de l’hôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des  » cabanas « , paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on s’était quittés la veille.
L’entretien commence. Mais au bout d’un quart d’heure, un gros animal s’interpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler.  » Tiens, un lièvre « , dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce n’était pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous n’osons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau.  » Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne m’ayez rien dit, j’ai toujours un flingue à portée de main.  »

Et puis cette fabuleuse nouvelle, tombée en fin de semaine dernière : Santtu-Matias Rouvali nommé chef principal du Philharmonia de Londres.

Le jeune chef finlandais (33 ans!) se voit ainsi confier les rênes de l’une des plus prestigieuses phalanges européennes et la succession de son illustre compatriote Esa-Pekka Salonen.

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Extraits de mon blog :

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables. (22 juillet 2014)

Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre…. Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… (23 juillet 2018)

Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé (9 février 2019)

Il y a quelques mois, j’étais allé rencontrer et entendre Santtu-Matias Rouvali dans son repaire finlandais, avec « ses » musiciens de l’orchestre philharmonique de Tampere (Etoiles du Nord)

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Pour concrétiser l’invitation faite l’été dernier : l’orchestre et le chef donnent deux concerts, dont la « last night » – ce seront les seules occasions de voir et d’entendre Santtu-Matias Rouvali en France ces prochains mois ! – au Festival Radio France à Montpellier, les 25 et 26 juillet prochains. Un conseil : réservez vite (lefestival.eu)

 

 

 

Le père Berlioz

Il n’a pu échapper à personne d’un tant soit peu impliqué dans la vie musicale que 2019 marque le sesquicentenaire* de la mort d’Hector Berlioz, né le 11 décembre 1803 à La Côte Saint André mort à Paris le 8 mars 1869.

Warner publie un coffret de 27 CD annoncé comme l’intégrale de l’oeuvre de Berlioz

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Tous détails à voir ici : Berlioz complete works

Bruno Messina, l’infatigable animateur du Festival Berlioz de La Côte Saint-André a publié « son » Berlioz :

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Quant à moi, j’ai retrouvé un précieux document, qui m’avait été offert lors de mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège (Merci), une lettre d’Hector Berlioz à son fils Louis.

On n’imagine pas a priori Berlioz en père de famille, soucieux du devenir de son fils Louis (1834-1867) !IMG_1223IMG_1224

Dresde, 14 avril 1854

Hôtel de L’ange d’Or

Mon bien cher Louis,

Je reçois ta lettre et j’y réponds à l’instant. Tu m’annonces à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Te voilà donc obligé d’aller dans la Baltique… mais quoi faire donc ? puisque tu me dis que vous ne vous trouverez pas dans la bagarre. Je ne le devine pas. Enfin j’espère que hors du théâtre de la guerre tu pourras continuer de t’y être utile et à mériter l’estime de ton nouveau commandant. Je t’autorise à faire toucher chez M. Rety au Conservatoire les cent francs qu’il devait te remettre pour le cas où tu serais allé chez ta tante. Tu lui enverras le billet ci-joint, et tu m’écriras ensuite pour m’accuser réception de la somme quand Alexis° te l’aura fait parvenir.

Mais prends garde, il me semble que tu recommences à gaspiller ton argent. Je t’en ai envoyé deux fois le mois dernier. Achète une montre de peu de prix, mais excellente.

Je n’ai pas touché un sou depuis que je suis en Allemagne. On devait m’envoyer ici une somme de quatre cents francs de Hanovre, avec la croix que le Roi m’avait fait annoncer, je n’ai rien, ni croix ni argent. J’ai écrit à ce sujet à trois personnes; aucune ne m’a répondu. Cela me fait partir la tête d’impatience. Je trouve tout le monde ici parfaitement disposé; on espère faire un grand riche concert. C’est une ville splendide, immense, et animée comme Paris. Tous mes anciens amis s’y trouvent encore.

Adieu cher enfant, écris moi toujours le plus souvent possible surtout quand tu auras quitté la France. Ne manque aucune occasion de me donner de tes nouvelles en m’indiquant bien où je devrai t’envoyer mes lettres.

Je t’embrasse de tout mon coeur,

H. Berlioz

 

Cette lettre est datée de Dresde, Louis a juste vingt ans, il s’est engagé dans la Marine à 16 ans, il s’apprête à rejoindre un bâtiment sur la mer baltique. Il mourra jeune, à 33 ans, deux ans avant son père, de la fièvre jaune à La Havane. Ses relations avec son compositeur de père n’ont pas été un long fleuve tranquille, on s’en serait douté :

J’ai en­fin compris ceci ; tu m’aimes, mais d’une façon étrange. Je suis certain que tu souffrirais atrocement si demain on t’annonce ma mort ; mais je suis aus­si certain que si tu as à diriger un festival après-demain, après-demain je se­rai ou­blié. Je sens que tes enfants se nomment Roméo et Juliette, Faust … etc. Je com­prends que tes chefs d’œuvre, représentant des années de jouissance et devant faire ta gloire plus tard, doivent passer bien avant moi qui ne repré­sente qu’une ou deux secondes d’abandon ou d’oubli, et 27 années de charge.
Tu es un homme de génie ; tu aimes, tu souffres, tu vis comme un homme de génie peut aimer, souffrir et vivre. (dans une lettre de 1861)

Mais aussi ceci, plus tardivement : Tu es mon Dieu, tu es tout ce qu’il est possible à l’homme de cœur et d’in­telligence d’aimer.
Il me semble que notre nos existences sont liées, elles sont les torons d’une corde, si l’un se brise l’autre se brisera ; ils ne peuvent exister l’un sans l’autre, ils forment un tout.

Le grand berliozien que fut Colin Davis a laissé quelques beaux enregistrements avec la Staatskapelle de Dresde, qu’il dirigea régulièrement de 1981 à 2012, et dont il avait été nommé « chef honoraire » à vie en 1991.

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° Alexis Berchtold, un ami proche de Louis

*sesquicentenaire = 150ème anniversaire

Omaggio a Claudio

Le 20 janvier, cinq ans se seront écoulés depuis la mort de Claudio Abbado (1933-2014). Pour son 80ème anniversaire, les rééditions discographiques avaient abondé (voir Claudio Abbado 80)

Il y a quelques mois Deutsche Grammophon complétait le dispositif avec un gros coffret – qui recoupe partiellement des rééditions précédentes – comprenant l’intégrale des enregistrements réalisés par Abbado avec l’orchestre philharmonique de Berlin, dont il fut le directeur musical de 1989 à 2002 :

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(Détails du coffret à voir ici : bestofclassic)

La nouveauté c’est un autre coffret de 25 DVD (à petit prix) très intelligemment composé.

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Un panorama plutôt complet de l’activité du chef avec Berlin bien sûr, mais aussi avec les formations qui lui ont été chères les dernières années, l’orchestre du festival de Lucerne et l’orchestre Mozart. Liste complète à voir ici : bestofclassic

Une aubaine à saisir, un bel hommage de plus à Claudio Abbado.

Les nuits de La Côte

Je connais depuis longtemps, de réputation, le Festival Berlioz, surtout depuis que le très actif Bruno Messina en assume les destinées, mais je n’y étais jamais venu, mes vacances ou les obligations liées à la rentrée coïncidant avec les dates du festival.

J’avais trois bonnes raisons de venir cette année à La Côte Saint-André, la ville natale de Berlioz,  trois concerts qui se succédaient judicieusement, me permettant d’entendre trois programmes passionnants sous des baguettes tout aussi passionnantes.

IMG_8947(Le château Louis XI de La Côte Saint-André)

Mardi soir, Hervé Niquet, tout juste sorti des affres de la re-création des Cris de Paris au Festival Radio France, il y a un mois, dirigeait, comme de juste, l’illustre contemporain de Georges Kastner, l’enfant du pays, Hector Berlioz et sa Messe solennelle, sorte de coup de génie juvénile, où tout ce qui fera la singularité du compositeur de la Symphonie fantastique se trouve déjà affirmé, alors même que le jeune Hector – 20 ans – n’est pas encore passé par le Conservatoire ! En première partie, un étrange Requiem « à la mémoire de Louis XVI et Marie-Antoinette » de Martini, qui n’est pas que l’auteur de la célèbre romance Plaisir d’amour.

 

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Coïncidence, mercredi soir, j’allais applaudir celui qui avait fait le premier enregistrement mondial de cette Messe solennelle, John Eliot Gardiner, mais dans un programme de cantates de Bach.

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IMG_8959Le concert était donné à une trentaine de kilomètres de La Côte Saint-André, dans l’église abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.

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Quatre cantates très différentes, BWV 20 : O Ewigkeit, du Donnerwort BWV 34 : O ewiges Feuer, o Ursprung der Liebe, et en deuxième partie, saisissant contraste entre la BWV 12 : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen et la BWV 103 : Ihr werdet weinen und heulen.

Les mots me manquent pour dire l’émotion qui m’a saisi dès les premières notes et qui ne m’a plus lâché jusqu’au dernier choral. Je n’avais jamais entendu Gardiner dans ce répertoire – en dehors bien sûr du disque – et avec ces fabuleux musiciens. Y a-t-il aujourd’hui interprète plus inspiré, inspirant, de Bach, après qu’ont disparu les Harnoncourt, Leonhardt, Brüggen ?

 

 

 

 

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John Eliot Gardiner dirige ce soir un programme tout Berlioz (Légendes sacrées du Sud) auquel participe l’ami Antoine Tamestit, avec qui nous avons échangé, hier soir, quelques beaux souvenirs d’aventures liégeoises : une symphonie concertante de Mozart (avec Louis Langrée en 2006) – Antoine m’a confié que, de cette date et sa rencontre avec le violoniste Frank-Peter Zimmermann, était née l’idée du trio à cordes qu’il forme avec le violoniste allemand et le violoncelliste Christian Poltera

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et l’enregistrement avec l’autre Zimmermann, Tabea, du concerto pour deux altos de Bruno Mantovani.

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Hier soir, c’était au tour de François-Xavier Roth et de son ensemble Les Siècles – qui viennent d’être distingués par les Gramophone Classical Music Awards – de se produire sous le velum (excellente acoustique) de la cour du château Louis XI de La Côte Saint-André.

Une brève pièce chorale de 1861 de Berlioz Le Temple universel écrite pour « double chœur pour deux peuples, chacun chantant dans sa langue. Les Anglais chanteront en anglais, les Français en français » et exaltant une Europe visionnaire : « Embrassons-nous par-dessus les frontières, L’Europe un jour n’aura qu’un étendard » précédait un autre hymne à l’humanité fraternelle, la 9ème symphonie de Beethoven. Avec de belles forces chorales (Spirito, Jeune Chœur symphonique, Chœur d’oratorio de Lyon), un jeune quatuor de solistes Jenny Daviet, Adèle Charvet, Sébastien Droy, Laurent Alvaro, et un orchestre fruité – F.X.Roth me dira qu’il jouait l’oeuvre pour la première fois ! – un concert longuement applaudi par un public qui vient de loin pour suivre une programmation exigeante !

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IMG_8945Les fameuses cloches de la Symphonie fantastique fondues tout exprès à la demande du Festival Berlioz.

Toutes les photos de la maison natale de Berlioz à voir ici : Chez Berlioz (lemondenimages.wordpress.com)

 

 

L’aventure France Musique (II) : L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Comme promis suite du premier volet : Il y a vingt-cinq ans : l’aventure France Musique (I).

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Du changement du côté de la direction

Auprès de Claude Samuel, un changement important s’est opéré en cette rentrée 1993: son adjoint à la Direction de la musique, Stéphane Martin – croisé brièvement à Aix-en-Provence en juillet – quitte Radio France pour être bientôt le directeur de la musique du Ministère de la Culture (un poste occupé jadis par Maurice Fleuret, le véritable créateur de la Fête de la Musique auprès de Jack Lang). Stéphane Martin deviendra, en 1998, l’inamovible patron du Musée du quai Branly à la demande de Jacques Chirac. Il est remplacé, auprès de Claude Samuel, par Olivier Morel-Maroger, qui devient vite un complice et un ami et qui sera mon lointain successeur à la direction de France Musique (de 2011 à 2014).

Les producteurs et les équipes de France Musique commencent à rentrer, la plupart sont curieux de découvrir cet inconnu nommé « Délégué aux programmes » (un titre tellement incompréhensible que le successeur de Jean Maheu à la présidence de Radio France, Michel Boyon, me renommera « directeur délégué de France Musique… et des programmes musicaux de Radio France » !).

Hypothèses et rumeurs

Certains de ceux que j’ai connus lors de la journée commune F.M./Espace 2 (cf.  L’aventure France Musique) se réjouissent de mon arrivée, à laquelle, me confient certains, ils ne seraient pas étrangers. M’ayant fait comprendre ce que je leur dois, ils comptent sur moi pour changer les choses… pour les autres, préserver voire augmenter leur pré-carré, égratignant l’équipe sortante et surtout Claude Samuel… dont je dois me méfier !!

En réalité, ils ne comprennent pas pourquoi j’ai été nommé, pourquoi moi… et comme il faut bien inventer une explication quand les faits sont trop simples, j’apprendrai quelques semaines plus tard que j’ai été poussé là par le ministre RPR de la Culture d’alors, Jacques Toubon – d’ailleurs tout le monde sait que je suis RPR !! (lire sur mon passé « politique » Les années Bosson) – pour contrebalancer l’influence de Claude Samuel réputé de gauche. Evidemment je n’ai jamais rencontré Toubon auparavant, encore moins bénéficié de l’appui de quiconque au gouvernement ou dans un parti. Le seul ami que j’ai, dans le gouvernement d’Edouard Balladur, est le maire centriste d’Annecy, Bernard Bosson, ministre de l’Equipement, des Transports et du Tourisme, avec qui je suis en froid depuis quelques mois, et à qui j’apprendrai ma nomination, une fois installé à Paris…

Je suis trop attaché à ma liberté, à mon indépendance, pour ne jamais avoir dépendu, dans ma vie professionnelle comme dans mon activité publique, de quelque « piston », réseau, obligation que ce soit. J’ai parfois payé le prix de cette indépendance – le chômage, l’incertitude, la défaite électorale – mais je ne l’ai jamais regretté.

Première visite des studios

L’une des premières choses que je demande à faire, dès mon arrivée dans la Maison ronde, est de visiter les studios de la chaîne. Il y a 25 ans, ceux-ci ne sont pas, comme aujourd’hui, installés au coeur des chaînes, mais dans ce qu’on appelle encore « la petite couronne », autrement dit dans l’espace situé entre la maison ronde telle que tout le monde la connaît de l’extérieur, et la tour centrale. Double explication : l’isolation phonique – puisque pas de contact avec l’environnement urbain – et les impératifs de Défense nationale !

Je « descends » donc – comme je le ferai quasi quotidiennement, week-ends compris, pendant près de six ans – voir les studios où se déroule l’essentiel des émissions de France Musique. Je salue les présents – je mettrai un peu de temps à comprendre les fonctions réelles de ceux que je croise, « chef de cabine », « chargé de réalisation », speaker ou speakerine, chargé(e) du relevé des droits d’auteur, technicien(ne)s, assistant(e)s de production. Bref, rien que de très normal pour un patron de chaîne ! J’apprendrai avec surprise – la rumeur court vite dans les couloirs circulaires de la Maison ronde ! – que j’ai fait très fort avec cette simple visite : mes prédécesseurs ne descendaient jamais en studio !

L’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes

Début septembre, j’ai suggéré à Claude Samuel – qui n’est pas très chaud – une rencontre entre lui, les producteurs de France Musique et du programme musical de France Culture (je reviendrai plus tard sur cet étrange « état dans l’Etat ») et moi, histoire de faire les présentations, d’expliquer un peu comment nous allons travailler et avec quels objectifs. Là encore, je découvrirai que ce genre de rencontre collective est une première (sauf par temps de grève !)

L’assemblée est nombreuse, intimidante.. et intimidée. Il faut un peu de temps pour que les questions sortent, on n’est jamais trop prudent surtout face à une nouvelle direction qui pourrait prendre ombrage de certaines impertinences. Mais en filigrane, on comprend bien que les producteurs veulent savoir ce qui va changer, puisque le directeur de la musique – qui a la tutelle des chaînes – n’a pas changé. Je m’entends répondre – ce que je pense vraiment – que :

  • si Claude Samuel a fait appel à moi, c’est peut-être parce que je peux apporter une expérience, des idées, une perspective
  • mais qu’il ne saurait y avoir, entre lui et moi, plus que « l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes ».

On me reprochera souvent cette remarque. Comme si, dans une équipe, on avait une chance quelconque de faire évoluer les situations, de faire bouger les choses, dans un conflit ouvert, public, entre numéro 1 et numéro 2.  Toute mon expérience – même si je n’ai que 37 ans lorsque je prends mes fonctions – tant professionnelle, à la Radio suisse romande, que politique, comme Maire-Adjoint de Thonon-les-Bains, me dit qu’il n’y a pas d’autre voie que la force de persuasion, le pouvoir de conviction qu’on exprime dans une équipe et qui emporte – ou non – l’adhésion à une idée, un projet, un changement.

En tout cas, en cette rentrée 1993, je n’ai pas le sentiment de commencer une course d’obstacles, même si je percevrai vite l’incroyable lourdeur de l’organisation d’une Maison qui tient plus d’une administration de type soviétique que d’une entreprise de médias. Et je ne tarderai pas à croiser de fortes têtes. Portraits pour bientôt…

 

 

 

 

Picasso et la musique

IMG_6056Ce jeudi avait lieu le vernissage de l’exposition d’été du Musée Fabre de Montpellier : Picasso, donner à voir

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Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la première fois, dans l’histoire du musée montpelliérain, qu’une grande exposition est consacrée à Picasso, comme l’ont rappelé Michel Hilaire, le directeur du Musée Fabre, et Laurent Le Bon, le président haut en couleurs du Musée Picasso de Paris. Ce n’est évidemment pas dans la cohue d’un vernissage qu’on peut apprécier la qualité des oeuvres rassemblées et leur mise en espace. On y reviendra au calme…

Comme nous l’avons déjà fait les années précédentes, l’occasion était trop belle de nouer un partenariat entre cette exposition et le Festival Radio France, placé sous l’égide de la Douce France. 

Le lien entre Picasso et la programmation du Festival ? Une oeuvre, Le Tricorne, une commande des Ballets russes  à Manuel de Falla, créée en 1919 par Ernest Ansermet. dans des décors signés Picasso ! Les deux suites du Tricorne sont au programme du concert du 16 juillet 2018, que donnera une formation que je connais bien (!) pour exceller dans la musique française, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, mon cher Christian Arming (avec une soliste d’exception qui m’est tout aussi chère, Beatrice Rana). 

C’est d’ailleurs à Liège que j’ai pu voir les esquisses de Picasso pour ces décors du Tricorne, dans la grande exposition parrainée par Anne Sinclair à l’automne 2016 pour l’inauguration de La Boverie.

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Je ne surprendrai personne en disant que la version du créateur de l’oeuvre est depuis toujours une référence, et occupe une place à part dans ma discothèque. J’attends avec impatience ce que les Liégeois nous offriront dans un mois.

La collaboration de Picasso avec les Ballets russes ne s’est pas limitée au Tricorne, comme le rappelle une exposition au MUCEM de Marseille, qu’il faut se dépêcher d’aller voir (elle se termine le 24 juin).

En 1917, c’est le scandale Parade de Satie. Collaboration renouvelée en 1924 pour Mercure.

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Un an après le Tricorne, toujours dans l’incroyable floraison créatrice des Ballets russes, Ansermet retrouve Picasso pour la création le 15 mai 1920, à l’Opéra de Paris, de Pulcinella de Stravinsky

 

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Un an plus tard, au théâtre de la Gaité lyrique à Paris, l’Espagne natale du peintre et du compositeur du Tricorne revient en force avec Cuadro Flamenco, une suite de danses populaires andalouses arrangée par Manuel de Falla

Le sujet Picasso et la musique ne s’arrête évidemment pas à ces collaborations remarquées à l’époque trépidante des Ballets russes. Je ne sais combien de toiles la musique et les musiciens ont inspirées à Picasso…

64e5cfc6bf767b9343a79e24af90e02d(Picasso, Trois musiciens, 1921)

Le label Naïve avait réalisé, il y a une dizaine d’années, une intelligente compilation des musiques qui ont inspiré et nourri le peintre.

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