On fête aujourd’hui le centième anniversaire de Robert Massard, né à Pau le 15 août 1925.
Deux souvenirs m’attachent à ce grand monsieur du chant.
Le premier ce devait être une Tribune des critiques de disques sur France Musique autour de Carmen de Bizet. Le rôle d’Escamillo n’est pas le plus facile à chanter, et beaucoup de ceux qui l’ont enregistré sont à la peine soit à cause de la tessiture – profondeur des basses et éclat dans l’aigu – soit à cause d’une prononciation souvent exotique (les fameuses diphtongues si difficiles de la langue française). Et soudain Robert Massard m’apparut comme un Escamillo idéal dans la célèbre version de Callas (où je découvris par la même occasion la Micaela elle aussi idéale d’Andrea Guiot)
En matière d’exotisme, la version du Faust de Gounod, dirigée par Richard Bonynge, qui aligne Corelli, Ghiaurov, Sutherland (on reste en famille!), sort du lot grâce à Robert Massard, absolument éblouissant dans l’air de Valentin. Il n’est que d’écouter un peu plus loin l’intervention de Nicolai Ghiaurov…
Tout aussi admirable, Robert Massard l’est dans la version de référence de Benvenuto Cellini de Berlioz dirigée en 1972 par Colin Davs
On aura compris qu’il faut rechercher et chérir tout ce que Robert Massard a pu enregistrer notamment dans l’opéra et l’opérette français.
Entretiens
Dans cet entretien de 2021, Robert Massard évoque ses débuts à Aix et sa relation avec Carlo-Maria Giulini
Version 1.0.0
Mais c’est évidemment à mon cher Benoît Duteurtre qui aurait adoré célébrer ce centenaire, que je pense en évoquant Robert Massard, et aux émissions qu’il a consacrées au grand baryton.
Il faut réécouter ces « grands entretiens » entre Robert Massard et Benoît Duteurtre, réalisés il y a moins de deux ans..: Robert Massard sur France Musique.
Mes humeurs du jour toujours à suivre dans mes brèves de blog
J’ai passé un week-end avec beaucoup de femmes, celles de ma famille – des anniversaires -, celles qui font de la musique – la soirée anniversaire du choeur Accentus (lire mon compte-rendu sur Bachtrack: Accentus fête ses 30 ans avec Mendelssohn) celles qui en composent.
On sait le formidable travail de recherche et d’enregistrement que produit l’équipe du Palazzetto Bru Zane / Centre de musique romantique française pour faire revivre des pans entiers du répertoire français.
Le coffret de 8 CD que le PBZ a publié à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, simplement intitulé Compositrices, est une formidable compilation – sans équivalent dans la discographie -.
À côté de quelques noms, un peu plus connus – ou moins méconnus – que d’autres, Louise Farrenc, Cécile Chaminade, les soeurs Boulanger, Pauline Viardot, Marie Jaëll, combien de révélations, de découvertes ! J’entends déjà la critique de quelques bougons : « si elles avaient écrit des chefs-d’oeuvre, ça se saurait ! » Heureusement que notre univers musical n’est pas fait que de chefs-d’oeuvre, on ne supporterait pas longtemps l’altitude. Mais pour qui est saturé des sempiternels Debussy, Ravel, Berlioz – pour ne citer que des Français – ces huit CD sont une bénédiction. J’ai juste une réserve, très personnelle j’en conviens, je n’aime pas beaucoup ni le timbre ni la manière du ténor Cyrille Dubois, très présent dans cette collection. En revanche, ceux qui ne le connaissent pas encore, découvriront en Leo Hussain un chef de première importance. Ici dans le poème symphonique Andromède d’Augusta Holmès (1847-1903).
Charmantes, romantiques, douces à l’oreille, une jolie collection de pièces de piano à 4 mains, due à Roberto Prosseda et Alessandra Ammara. On relève en particulier, parce que c’est de circonstance, les Voix du printemps de Marie Jaëll(1846-1925).
On ne va pas tout détailler, mais franchement autant de belle musique, de découvertes à faire, pour moins de 50 €, on court, on se précipite !
La dynastie Strauss : Johann père et fils, Josef, Eduard – c’est peu de dire que c’était un sacré business, quelque chose comme André Rieu, le talent, le génie même, en plus ! Mais la célébrité des uns et des autres, surtout Johann « le fils », était telle que plusieurs formations se réclamant du « label » Strauss se produisaient simultanément dans les grandes cours d’Europe et, l’été, dans les stations thermales chic où les aristocraties locales avaient leurs habitudes.
En témoigne un grand nombre d’oeuvres écrites pour ces circonstances, ou évoquant le souvenir de ces concerts.
Mais on doit être très reconnaissant à la famille Strauss d’avoir inventé le « best of », la compilation ou le pot-pourri.
A lui seul, Johann Strauss a écrit plus de 80 quadrilles, une danse de salon et de cour très encadrée (voir Quadrille) où l’auteur d’Aimer, boire et chanter, recyclait, et contribuait à populariser et à diffuser, soit des chansons en vogue, soit – et c’est le plus impressionnant – les derniers opéras présentés à Vienne. Ses deux frères, Josef et surtout Eduard, n’y ont pas manqué non plus.
Avant de passer en revue certains de ces quadrilles, hommage doit être rendu au véritable inventeur de la « valse viennoise », concurrent direct de Johann Strauss le père, Joseph Lanner (1801-1846).
Le regretté Mariss Jansons avait dirigé, lors du concert de Nouvel an 2006, cette étonnante pièce de Lanner, dont le titre est explicite : Die Mozartisten
Viva Verdi !
C’est Claudio Abbado qui, le 1er janvier 1988, révèle ce quadrille sur des thèmes du Bal masqué de Verdi
C’est un autre Italien, au début de cette année, qui dirige un quadrille au titre anodin – Neue Melodien Quadrille – à nouveau complètement consacré à Verdi
Quelques années plus tôt, Johann Strauss célébrait déjà Verdi avec ce Melodien-Quadrille
On retrouve Mariss Jansons, en 2006, dirigeant ce Künstler-Quadrille (quadrille des Artistes) où se mêlent Mendelssohn, Beethoven, Weber, Mozart, Paganini…
Faust, Carmen, Offenbach
Mais il n’y en a pas que pour Verdi, les « tubes » français de l’époque sont assaisonnés à la mode viennoise, comme ce quadrille peu connu – jamais joué lors d’un concert de Nouvel an – sur les thèmes du Faust de Gounod
Josef, le cadet, s’y colle aussi :
En revanche, Offenbach attire les foules à Vienne ! C’est d’ailleurs le succès du Français, natif de Cologne, qui va inciter Johann Strauss à se lancer à son tour dans le genre de l’opérette !
Johann Strauss écrit un premier quadrille sur les airs d’Orphée aux enfers et c »est logiquement le grand Georges Prêtre, qui le dirige lors de son premier concert de Nouvel an à Vienne en 2008
et qui récidive en 2010, en révélant ce quadrille sur des thèmes de La belle Hélène. Mais cette fois c’est la plume du plus jeune frère, Eduard Strauss (1835-1916) qui est à l’oeuvre.
C’est le frère cadet, Josef, « le plus doué » d’entre nous selon Johann, qui va composer le plus d’arrangements, de quadrilles sur les thèmes d’opérettes d’Offenbach, données à Vienne :
Comme Vert-Vert, Kakadu en allemand
sur Geneviève de Brabant
ou La Grande duchesse de Gérolstein…
C’est de nouveau Eduard qui fait un pot-pourri très réussi des thèmes de Carmen, et c’est de nouveau Mariss Jansons qui dirigeait ce quadrille
Témoins, parmi plusieurs autres, de la popularité à Vienne de certains ouvrages français, aujourd’hui oubliés, ces quadrilles sur L’Africaine ou Dinorah de Meyerbeer
Auto-promotion
Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, Johann Strauss adoptera le même procédé pour ses propres opérettes à la fin de sa vie. On ne joue plus guère au disque ou au concert que les quadrilles sur La Chauve-Souris ou Le Baron Tzigane, mais il y en a une bonne douzaine sur des ouvrages aujourd’hui oubliés ou peu joués.
Seule pièce écrite à trois frères, ce Schützen-Quadrille de 1868 qui honore la garde impériale en reprenant des airs et des marches militaires.
L’arrangeur arrangé
Et puis, il fallait bien que cela arrive, la famille Strauss, essentiellement Johann le fils, a aussi fait l’objet d’arrangements. On a évoqué dans un autre billet – Petits et grands arrangements : les Français – le sort que Roger Désormière avait réservé à certain Beau Danube pour les besoins d’un ballet.
Il faut évoquer ici, pour finir, une très belle partition d’Antal Dorati, qui, à l’instar de Manuel Rosenthal pour Offenbach, revisite l’oeuvre de Johann Strauss, en faisant entendre du connu et du beaucoup moins connu dans son Kadettenball / Le bal des cadets publié en 1948.
Depuis ma dernière chronique – Les raretés du confinement (XI)- les heureux habitants de 19 départements français, dont l’Ile-de-France, ont eu droit à un troisième confinement qui ne dit pas son nom. Et, pour ce qui me concerne, je suis entré en période d’abstinence, abstinence de JT sur le service public (France 2, France 3) : je ne supporte plus ces micro-trottoirs, ces « directs » dans les villes confinées, et, pire, ces sujets anxiogènes, toujours les mêmes – « le gouvernement va devoir donner un tour de vis supplémentaire ». Alors que, dans le même temps, on ne voit ni n’entend jamais un sujet sérieux, qui demanderait, il est vrai, un peu plus de travail et d’investigations, sur la réalité des contaminations en extérieur. Les télés nous montrent à l’envi des rassemblements sur les quais de Seine, à Marseille, tandis qu’on entend les spécialistes, et même le ministre de la Santé, proclamer que le risque de propagation du virus est infime : qu’attend-on pour enquêter sur les suites de ces « rassemblements », y a-t-il eu augmentation consécutive des hospitalisations, des contaminations ? Des faits précis, plutôt que des suppositions et des approximations, n’est-ce pas le minimum qu’on puisse attendre de ceux qui ont mission de nous informer ?
14 mars : le pianiste inconnu
En me replongeant dans l’imposant coffret paru l’été dernier consacré à John Barbirolli (1899-1970) : – voir Sir John) j’ai trouvé cet enregistrement du 5ème concerto de Beethoven, auquel je n’avais pas prêté attention, et ainsi découvert un pianiste, dont – je le confesse à ma grande honte – je n’avais jamais entendu parler de Mindru Katz, roumain et israélien, né à Bucarest en 1925, mort à Istanbul en 1978. Un « Empereur » impérial sous ses doigts !
15 mars : mes premières Danses hongroises
Jean-charles Hoffelé évoquait récemment la noble figure d’un chef allemand que j’aime entre tous depuis longtemps : Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973). Je citais sa lumineuse et parfois oubliée intégrale des Symphonies de Beethoven (Beethoven 250: Schmidt-Isserstedt). J’évoquerai bientôt mes découvertes de jeunesse d’oeuvres de Dvořák et Brahms grâce à lui. Avant-goût avec la première intégrale des Danses hongroises de Brahms qui figura dans ma discothèque d’adolescent.
17 mars : les sérénades de HSI
Grâce à plusieurs rééditions récentes, on redécouvre l’art de l’un des grands chefs allemands du XXème siècle, Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973) – La découverte de la musique: Hans Schmidt-Isserstedt. En 1965, il enregistrait une version lumineuse, pastorale, de la Sérénade pour cordes de Dvořák, à la tête de « son » orchestre de la radio de Hamburg (NDR Orchester):
18 mars : la mort de Jimmy
James Levine était un exceptionnel chef d’opéra, l’incontesté patron et l’âme du Metropolitan Opera de New York pendant 40 ans, mais c’était aussi un formidable chef symphonique. Comme en témoigne une série de symphonies de Sibelius enregistrée avec les Berliner Philharmoniker. (Lire : Dear Jimmy )
Sibelius : Symphonie n°2
Orchestre philharmonique de Berlin dir. James Levine
#JamesLevine encore : Une vie pour la musique Le génie protéiforme du chef lyrique, du maître de l’orchestre symphonique, et un pianiste qui s’amuse avec quelques illustres collègues
20 mars : l’air de Berlin
Je ne me rappelais plus que James Levine avait dirigé l’un des célèbres concerts berlinois en plein air de la Waldbühne en 1999. Ici le bis que tout le monde attend en fin de concert, la marche Berliner Luft / L’air de Berlin de Paul Lincke (1866-1946)
21 mars : Printemps qui commence
Printemps qui commence… sous le signe du confinement pour beaucoup de Français !Printemps qui commence)
« Printemps qui commence » par ma Dalila de coeur, la grande Rita Gorr (1926-2012), voix ô combien troublante et charnelle.
Saint-Saëns : Samson et Dalila, air « Printemps qui commence »
Rita Gorr, mezzo-soprano Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dir. André Cluytens
21 mars : Grumiaux centenaire
Le violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a cent ans, le 21 mars 1921 – et mort à 65 ans seulement en 1986. Il laisse une discographie considérable (très bientôt rééditée en coffret). Grumiaux a été un des premiers à enregistrer les méconnus concertos pour violon de Haydn.
Haydn: Concerto pour violon en sol Majeur Hob.VIIa/4 1er mvt allegro moderato
Arthur Grumiaux, violon New Philharmonia Orchestradir. Raymond Leppard
22 mars : la mort de Boris
Hommage à l’un des plus grands chanteurs russes, le baryton-basse Evgueni Nesterenko, mort hier, à 83 ans, des suites de la COVID-19.
Inoubliable interprète de Chostakovitch, Tchaikovski et bien sûr de Boris Godounov de Moussourgski, il est ici le Boris d’une célèbre production de 1978 du Bolchoi
23 mars : Divertimento à la hongroise
L’un des chefs-d’oeuvre de Béla Bartók, son Divertimento pour cordes écrit en 1939, avant l’exil du compositeur hongrois aux Etats-Unis, créé le 11 juin 1940 par son commanditaire et dédicataire Paul Sacher et l’orchestre de chambre de Bâle. Ici dans ma version préférée : Antal Dorati dirige le BBC Symphony Orchestra (1964)
Parmi toutes ses qualités, il y avait son goût et sa connaissance de la musique. Le 11 janvier 2019, l’ Orchestre Philharmonique de Radio France jouait sous la direction de Bruno Fontaine la musique composée par Bruno Coulais pour le film-documentaire de Bertrand Tavernier « Voyage à travers le cinéma français«
26 mars : Faust en prime time
Faust de Gounod a ses fans, ce n’est pas mon cas. Trop « grand opéra », trop long, tout est trop dans ces 5 actes. Mais il y avait de quoi se réjouir que France 5 diffuse, un vendredi soir, en « prime time », la toute récente production, donnée sans public, de l’Opéra de Paris. Un chef – Lorenzo Viotti – qui a tout pour lui, le talent, la jeunesse (il vient de fêter son 31ème anniversaire !) et, dans cet ouvrage, la capacité de saisir toutes les atmosphères, et d’alléger un tissu orchestral parfois bien lourd, d’excellents chanteurs (même si, dans ce rôle et ce personnage de Faust, j’attends une voix plus corsée que celle, ô combien lyrique et élégiaque, de Benjamin Bernheim). Une mise en scène dont toute la presse a salué la pertinence et l’inventivité, celle de Tobias Kratzer.
Côté disques, on en reste aux grands classiques Cluytens et Plasson, pour des distributions qui savent chanter le français (les grands chanteurs de la célèbre version de Georges Prêtre sont vraiment trop exotiques dans un ouvrage où la compréhension du texte chanté n’est pas accessoire !)
27 mars : Around Midnight
De toutes les qualités qu’unanimement on s’accorde à reconnaître à Bertrand Tavernier, il y a sa connaissance et son amour de la musique, comme France Musique l’a déjà rappelé et continue de l’évoquer tout ce week-end.
Il y a eu ce film magnifique de 1986 Autour de minuit :
Pas un discophile, pas un amateur de musique classique, ne peut ignorer ce label français, aujourd’hui sexagénaire, et qui, malgré de récents soubresauts, porte encore beau.
Harmonia Mundia été fondé en 1958 par le regretté Bernard Coutaz, l’un de ces aventuriers du disque qui, comme Philippe Loury et Michel Garcin qui fondèrent Eratoen 1950, permit à plusieurs générations d’artistes d’éclore, de développer des projets au long cours, et construit ainsi un catalogue d’une richesse exceptionnelle.
Pour célébrer ces 60 ans d’aventure ininterrompue, le label propose deux beaux coffrets – à petit prix – qui récapitulent très intelligemment, en évitant la compilation morcelée, ces six décennies du « Temps des révolutions » (la révolution baroque) et d »Esprit de famille » (la fidélité à tant d’artistes).
CD 1-2 A passion for the organ
Historic organs from Trujillo, Malaucène, Brescia & Trebel
CD 3 The discovery of the Old World
Ancient Greek music / Gauls / Roman chants
CD 4 From Renaissance to Baroque
Madrigals by Marenzio, Caccini, Bottrigari, Gesualdo, Monteverdi
CD 5-11 The Baroque revolution
PURCELL King Arthur / Songs : O Solitude, Music for a while…
SCHÜTZ Motets / Kleine geistliche Konzerte & Symphoniae Sacrae
J. S. BACH Magnificat BWV 243, Aria Erbarme dich (St. Matthew Passion)
PERGOLESI Stabat Mater / CESTI Orontea (extraits/excerpts)
LULLY Atys (extraits/excerpts) / Le Bourgeois gentilhomme
CHARPENTIER Te Deum H.146 / RAMEAU Les Indes galantes
DE LALANDE Symphonies pour les Soupers du Roy 12eSuite
CD 12-14 A fresh look at the score
MOZART Church Sonatas
BEETHOVEN Symphony “Eroica” transcribed by Franz Liszt
JOHANN SCHOBERT Piano Quartet op. VII n° 2
ERNEST CHAUSSON Concert op. 21
GABRIEL FAURÉ Requiem op. 48 (version 1893)
JOHANNES BRAHMS Motets Op. 29 & Op. 74
Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo
CD 15 The twentieth century
SCHOENBERG Piano Pieces Opp. 11, 19, 23 & 25
LUCIANO BERIO Laborintus 2
CD 16 A window on the worldIranian music, Arabo-Andalusian music, Byzantine chant, Corsica, La Folia de la Spagna
CD 1 The heirs of Alfred Deller – VIVALDI Stabat Mater /CAVALLI / HANDEL
CD 2 The operatic odyssey of René Jacobs – Arias From CAVALIERI to MOZART
CD 3 The ladies of Basel – From MONTEVERDI TO VIVALDI
CD 4-5 The new keyboard virtuosos
Works by F. COUPERIN, J. S. BACH, SOLER, MOZART, BEETHOVEN, BRAHMS
CD 6-9 The Classical style revisited
HAYDN The Seasons / Concerto for cello and orchestra Hob.VIIb:1
MOZART Piano Concerto n° 12, K.414 / Clarinet concerto K.622
BEETHOVEN Missa Solemnis op. 123
CD 10 The French cello school – J. S. BACH, SCHUBERT, OFFENBACH, DUTILLEUX
CD 11 Die Neue Romantik – MENDELSSOHN Violin Concerto Op. 64 / Piano Concerto MWV 02 / Symphony No.4 « Italian »
CD 12 Towards ‘historically informed performance’ RAVEL Daphnis et Chloé (2nd & 3rd part) / Ma Mère l’Oye
CD 13 A trio of stars . . . and the star trio – Works by SCHUMANN and BRAHMS
CD 14 The masters of the lied – SCHUBERT, SCHUMANN, WOLF, EISLER
CD 15-16 The new explorers – ROSSINI, DONIZETTI, BELLINI, VIEUXTEMPS, CHOPIN, DEBUSSY, DE FALLA, GERSHWIN, REICH
CD 17 The new generation
Le Concert royal de la Nuit (Première veille)
English Airs and Tunes of Locke, Purcell, Draghi Le Caravansérail, Bertrand Cuiller
Rhinemaidens – Works by Wagner, Schumann, Schubert
CD 18 Masters of every style – From HAYDN to KURTÁG, J.S. BACH to BARTÓK, CHOPIN to SHOSTAKOVITCH, F. COUPERIN to SATIE
C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.
Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), ThierryFouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…
Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans Forumopera, Le Monde.
On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounodpendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.
Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille.
Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?
Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres(Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra.
C’est hier, juste avant un concert d’hommage à Kurt Masur – j’y reviendrai demain, que j’ai eu confirmation (merci Forumopera) de la disparition, prématurément annoncée en juillet 2015, du ténor suédois Nicolai Gedda. Le compatriote de Jussi Björlinga eu une carrière d’une longévité exceptionnelle, sur scène comme au disque.
Premiers enregistrements, jamais dépassés, à 27 ans, des opérettes de Johann Strauss, sous la baguette idéale d’Otto Ackermannavec une partenaire de légende.
Elisabeth Schwarzkopf, interrogée le 23 décembre 1995 par Jean-Michel Damian, avait cité ce Wiener Blut comme l’enregistrement qu’elle préférait. Ce duo avec Nicolai Gedda est bien proche de la perfection (écouter notamment à 2’25 ») :
Gedda n’a jamais renoncé à ce répertoire où sa voix solaire faisait merveille.
Mais il détient une sorte de record des rôles qu’il a joués et enregistrés, comme en témoigne une discographie d’une incroyable diversité.
On comprend le secret de sa longévité, en écoutant Nicolai Gedda, ici octogénaire, expliquer, certes en suédois, sous-titré anglais, la technique qui fut la sienne et celle de ses glorieux aînés (Caruso, Björling).
Ici, dans un extrait des Pêcheurs de perles de Bizet, capté dans les années 90, la voix n’a rien perdu de son éclat, et on admire la diction française d’un chanteur qui parlait et chantait couramment toutes les langues de l’opéra.
J’ai eu le privilège de l’entendre chanter pour la soirée surprise organisée, au théâtre de Vevey, pour les 90 ans de son illustre voisin et collègue Hugues Cuénod, en 1992. Pour preuve de la modestie de ce grand musicien, cette anecdote rapportée hier par mon ami François Hudry sur sa page Facebook
« Il me revient le souvenir de ma rencontre chez lui, en dessus de Morges, en Suisse, pour une émission de la Radio Suisse. C’était un jour de canicule. Gedda (prononcer Yedda) avait si chaud qu’il m’avait appelé le matin même pour me donner rendez-vous…dans son garage, afin d’avoir un peu de fraîcheur pendant notre entretien. Muni du NAGRA d’usage en bandoulière, j’arrive dans ce que je croyais être son garage, lorsqu’une voix péremptoire me demanda ce que je faisais là. Je répondis que j’avais rendez-vous avec Nicolaï Gedda et la voix de répondre d’un ton sentencieux : « Monsieur, vous êtes ici dans le garage de Madame Audrey Hepburn ». J’avais probablement mal écouté la description faite par un autre de ses voisins célèbres : le ténor et grand ami Hugues Cuenod ! La Suisse Romande est peuplée de célébrités qui vivent dans la quiétude et la discrétion, mais je n’oublierai jamais cette méprise qui me fait rire encore aujourd’hui en ce triste jour de sa disparition. »
Un aspect moins connu du répertoire qu’affectionnait Nicolai Gedda, la chanson populaire russe.
Après les Beethoven, Mahler, Bruckner de Michael Gielen(lire L’inconnu de la baguette), ce sont des coffrets composites, mais extraordinairement passionnants, qui nous sont proposés.
D’abord parce qu’ils illustrent l’étendue du répertoire de ce contemporain de Pierre Boulez, à qui il a souvent été comparé et dont il partageait plus d’un trait commun. Mais à la différence du Français, Gielen l’Autrichien n’a jamais oublié les racines de la musique qui l’a nourri, et a toujours dirigé le répertoire classique, en même temps qu’il défendait et promouvait la création contemporaine. Et, sans qu’il ait eu besoin de le dire et de l’afficher, dans le même état d’esprit qu’Harconcourt ou Gardiner : le respect du texte, de l’Urtext. Ses Haydn manquent un peu de la fantaisie qu’y mettait un Jochum. Mais tout le reste paraît simplement évident, justesse des tempi, des phrasés, sens de la ligne (cf. les vidéos ci-dessous).
Le 4ème volume de cette Michael Gielen Editionest peut-être encore plus exceptionnel : le Requiem de Berlioz, les Scènes de Faust de Schumann– qui rappellent combien Gielen était un maître des grandes architectures (sa Huitième de Mahler, les Gurre-Lieder, la Missa solemnis, etc.), mais, plus inattendus, Weber, Suk,Tchaikovski ou Dvorak – et un magnifique témoignage de l’art du grand violoncelliste Heinrich Schiffdisparu le 23 décembre dernier.
Et cerise sur le gâteau, une prodigieuse Kaiserwalzer – un bis – qui nous fait regretter que Gielen n’ait jamais été invité à diriger le concert de Nouvel an à Vienne. Pas assez médiatique, un look trop austère sans doute. Et pourtant quelle leçon de style, d’élégance, tout simplement du respect du texte…
On espère encore plusieurs volumes qui devraient rendre justice à ce grand chef… et à l’orchestre qu’il a dirigé et qui a maintenant fusionné avec Stuttgart !
Il y a des mots piégés, le monde culturel en est friand. Exemple : radical, une lecture, une oeuvre, une interprétation radicale. Çà ne veut pas, plus, dire grand chose, mais ça fait bien dans la conversation et ça évite, dans un article, de préciser la teneur, le contenu de cette radicalité. Parlons de démarche originale, extrême, dérangeante, la langue française est riche !
Je viens de trouver, chez un éditeur anglais, regroupés en un coffret de 13 CD, tous les enregistrements réalisés entre 1959 et 1962, dans une superbe stéréo, par un personnage oublié, et vraiment radical, de la musique du XXème siècle, RenéLeibowitz.
J’ai assez vite abandonné, je l’avoue, la lecture des ouvrages théoriques de Leibowitz, mais je suis resté fasciné, depuis que je les ai découvertes, par les interprétations vraiment… radicales de Leibowitz chef d’orchestre.
Je ne vais pas redire ici combien la vision de Leibowitz de l’univers symphonique de Beethoven était à l’époque, et est restée cinquante ans après, radicale, neuve, passionnante. 30 ans avant Norrington, Harnoncourt ou Gardiner, il dégraisse, dépoussière, adopte les tempi indiqués par Beethoven. Il n’est pas loin d’un PierreMonteux qui à la même époque, grave à Londres et Vienne une intégrale inégale, mais d’une vigueur rythmique et d’une jubilation mélodique admirables (Monteux avait 85 ans !).
Mais, à la différence de son élève Pierre Boulez, Leibowitz n’a jamais été un grand chef d’orchestre, les oreilles attentives auront vite fait de le constater par exemple en écoutant le (Mas)Sacre du printemps, ou le finale de la IXème symphonie de Beethoven.
En revanche, on aura de quoi être surpris par l’association Leibowitz/ Offenbach ou Gounod ou Auber ou Puccini. Sans doute des commandes d’un éditeur de l’époque (le Reader’s Digest ?) avec les inévitables showpieces, ouvertures, suites etc. Tout ça ne cadre pas très bien avec le théoricien, le chantre du dodécaphonisme… Mais peut-être Leibowitz n’était-il pas aussi sérieux qu’on l’imagine ? C’est bien lui qui a écrit ceci :