Les sans-grade (XIII) : les Roumains Georgescu, Conta, Andreescu

La célébrité d’un Sergiu Celibidache (prononcer Tché-li-bi-da-ké) a occulté tous les autres chefs roumains, comme Constantin Silvestri, à qui j’avais déjà consacré un article dans cette série (Les sans-grade: Constantin Silvestri)

Il en est de même pour le violoniste/compositeur Enesco ou le pianiste Lipatti. On ne connaît qu’eux, leur notoriété a éclipsé, dans la mémoire collective, tous les autres violonistes, compositeurs, pianistes roumains.

C’est une réflexion que je me fais à chaque fois que je visite la Roumanie, et que j’en rapporte des CD (lire Retour de Bucarest). Lors de mon voyage précédent, j’avais découvert le compositeur maudit Ciprian Porumbescu, que j’ai retrouvé sur cette compilation

où, à part Dinicu, Ivanovici et… Porumbescu, je ne connaissais aucun nom :

1. Porumbescu/Rogalski
Ballad for violin and orchestra
2. Scarlatescu/Rogalski
Bagatelle
3. Ivanovici/Bobescu
The Waves of the Danube
4. Dinicu/Vladigherov
Hora Staccato
5. Dimitrescu
Peasant Dance
6. Porumbescu
Romanian Rhapsody for orchestra
7. Constantinescu
Three Romanian Symphonic Dances
8. Capoianu
Five folk songs from Transylvania

Trois chefs roumains

Quarante ans après les mémorables prestations de Sergiu Celibidache à la tête de l’Orchestre national de France, c’est un autre grand chef roumain, Cristian Măcelaru, qui préside désormais aux destinées du vaisseau amiral de Radio France.

(En juillet dernier au Festival Radio France Occitanie Montpellier)

George Georgescu (1887-1964)

Contemporain d’un Ernest Ansermet, le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Georgescu a un peu joué le même rôle en Roumanie. Une carrière mouvementée, commencée sous les auspices d’Arthur Nikisch à Berlin, puis après la Première guerre mondiale, poursuivie comme chef. charismatique de l’orchestre philharmonique de Bucarest, compromise durant la Seconde guerre par des tournées dans l’Allemagne nazie, et finalement rétablie en 1947 à la tête du nouvel orchestre national de la Radio roumaine (lire l’excellente notice en anglais de Wikipedia)

Georgescu a notamment gravé une intégrale des symphonies de Beethoven. J’ai trouvé à Bucarest un CD – gravé en 1961 – de la Troisième symphonie.

Qualité médiocre de l’orchestre et de la prise de son (ici en mono), je n’ai pas été convaincu. Mais d’autres documents disponibles donnent une meilleure idée du chef.

Iosif Conta (1924-2006)

Iosif Conta c’est mon premier disque roumain, le premier 33 tours acheté en Roumanie au cours de l’été 1973 (lire La découverte de la musique : été 1973)

Cette première rhapsodie roumaine d’Enesco, écrite en 1901, est restée son oeuvre la plus populaire, sinon la seule jouée encore par les orchestres internationaux. Elle s’inspire de plusieurs mélodies populaires, dont cette Ciocarla / L’alouette, un des tubes du virtuose du nai, la flûte de Pan roumaine, Gheorghe Zamfir, que j’avais entendu par hasard sur la plage de Mamaia en 1973 !

Pour en revenir à Iosif Conta, cet élève de Georgescu, fera toute sa carrière à l’abri du régime communiste, comme chef et directeur adjoint de la Radio roumaine dès 1954. Il dirige la création roumaine en 1964 (neuf ans après sa mort !) de la cantate Vox Maris d’Enesco.

Horia Andreescu (1946-)

À 75 ans, Horia Andreescu fait partie de ces chefs dont la notoriété n’a jamais franchi les frontières du bloc de l’Est, où semble s’être déroulée toute sa carrière, même si la « bio » fournie par son agent indique des invitations régulières à Amsterdam, Paris ou Vienne. Il a le mérite d’avoir gravé l’intégrale de l’oeuvre d’orchestre de Georges Enesco, avec des bonheurs divers si j’en juge par ce que j’ai déjà entendu des CD rapportés de Bucarest

Mais on a aussi trouvé, à tout petit prix, ce Requiem de Verdi capté en public à Leipzig, avec des solistes tous roumains

Retour de Bucarest

J’aurais bien prolongé mon trop bref séjour à Bucarest. À propos de la Roumanie, j’ai employé l’expression de « pays cousin », c’est flagrant à Bucarest, où pourtant plus personne ne parle le français.

La langue roumaine est une langue… romaine, latine, pour l’essentiel, même si lexicalement elle emprunte beaucoup au russe.

Douceur de vivre

On ne peut pas – ce serait ridicule et déplacé – porter un jugement sur la qualité de vie d’une ville après y avoir passé quelques jours. Je constate simplement que Bucarest, que j’ai vue pour la première fois il y a 46 ans, puis deux mois après la révolution de décembre 1989 qui a destitué Ceaucescu, puis à nouveau en 2003 et en 2017, est une ville extrêmement attachante, où la douceur de vivre semble naturelle. Les nombreux parcs, jardins, étangs, promenades au coeur de la cité, des pistes cyclables parfaitement aménagées sur toutes les grandes avenues (la maire de Paris et ses adjoints responsables des « mobilités » pourraient utilement s’en inspirer), une jeunesse omniprésente, des terrasses de cafés accueillantes, confortent cette image.

La gastronomie a retrouvé tous ses droits dans une capitale qu’on a connue très pauvre en bonnes tables. Dans le restaurant « L’Atelier » installé dans l’hôtel Belle époque, j’ai pu déguster les meilleures cuisses de grenouille que j’aie jamais mangées depuis… 1973 et une très longue et silencieuse balade en barque dans le delta du Danube avec un pêcheur de grenouilles qui s’était conclue par une succulente fricassée préparée par la femme du pêcheur !
Le Théâtre National

Il ne faut pas redouter les contrastes architecturaux, l’héritage des années communistes, mais aussi celui de l’entre-deux-guerres où Bucarest était surnommée le Petit Paris.

Le palais du Parlement ou Maison du Peuple

On peut continuer de se désoler du projet pharaonique conçu par Ceaucescu qui abrite aujourd’hui le Parlement et nombre d’institutions démocratiques roumaines. On peut regretter que plusieurs quartiers, qui n’étaient pas forcément les plus anciens ni les plus agréables de Bucarest aient été rasés pour édifier ce palais mégalomaniaque et le quartier qui l’entoure. On peut aussi – ce qui est mon cas – trouver que l’ensemble a de l’allure et que les aménagements sont plutôt réussis.

Et contrairement à ce qui a pu être dit, les églises sont restées nombreuses, bien préservées ou restaurées, dans la capitale roumaine.

L’élégante église Kretzulescu qui a été aux premières loges de la Révolution de décembre 1989.

Une ville-musique

L’Athenaeum de Bucarest est une salle de concert mythique, construite en 1889.

Mais, comme je l’ai écrit – Bucarest en fête – c’est pour la musique, et le Festival Enesco, que je suis venu en ce mois de septembre.

C’était assez émouvant, pour lui, pour le public, de revoir l’enfant du pays, Cristian Măcelaru, diriger deux concerts de l’Orchestre national de France.

Sarah Nemtanu, premier violon de l’ONF, est d’origine roumaine par son père Vladimir, né et formé à Bucarest.
Maxim Vengerov en forme éblouissante, soliste du concert du 13 septembre.

Et Bucarest est une ville où on trouve encore des disques : dans le hall de la Sala Palatului, pas moins de trois stands mieux garnis que n’importe quel rayon classique d’une FNAC parisienne. Et à l’extérieur, j’ai repéré au moins deux magasins bien fournis.

Electrecord était – je pense devoir en parler au passé – le grand label classique roumain (un peu à l’instar de Medodia en Russie), et cela faisait des années qu’on ne trouvait que très partiellement ses galettes. La radio roumaine a ses propres éditions. C’est évidemment avec bonheur que j’ai trouvé, et acheté, ceci :

Enregistrements introuvables en France ou sur les sites de téléchargement ! Soit dit en passant, le CD a encore du bon !

Et puis aussi ceci, l’intégrale de l’œuvre orchestrale d’Enesco par un chef aujourd’hui septuagénaire, Horia Andreescu qui n’a pas, en Europe de l’Ouest, la notoriété que son talent devrait lui valoir.

Bucarest en fête

C’est ma cinquième venue à Bucarest (voir les images de ma précédente visite ici : Bucarest).

J’ai raconté les premiers voyages (dès 1973 !) dans Retour à Bucarest.

Mais c’est la première fois que j’assiste à ce qui est parfaitement exposé dans cette vidéo, le premier festival de musique classique d’Europe, le festival Enesco, du nom du plus célèbre compositeur/pianiste/violoniste roumain George Enescu (ou Georges Enesco comme on l’appelait à Paris)

C’est bien le directeur d’un festival qui rassemble, hors pandémie, plus de 100000 spectateurs chaque été, en plus de 150 concerts – l’auteur de ces lignes !- qui l’affirme : le Festival Enesco, qui fête ses 25 ans cette année sous la houlette de son infatigable directeur Mihai Constantinescu, n’a pas d’équivalent ni en Europe ni dans le monde. Les plus grands orchestres, solistes, chefs, s’y donnent rendez-vous en un tourbillon incessant de concerts.

En ce dimanche 12 septembre, pas moins de cinq propositions, trois à Bucarest, deux dans d’autres villes de Roumanie.

Les concerts du soir sont radiodiffusés, télévisés par la radio-télévision publique roumaine.. et disponibles gratuitement en streaming ! De ce point de vue là aussi, le Festival Enesco est unique !

Cela n’empêche pas le public de se presser en nombre au concert dans la gigantesque Sala Palatului, construite en 1960 et d’abord destinée aux grands congrès communistes. Un public de tous âges, qui s’habille encore, sans ostentation mais avec goût – pas de shorts, de baskets ou de sandales ici ! -, qui ne ménage pas ses applaudissements aux artistes qui le font vibrer.



Ce dimanche 12 septembre, c’était l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, son nouveau chef Lahav Shani (32 ans)- découvert il y a cinq ans déjà à la Maison de la Radio à Paris (lire Le classique c’est jeune) et un pianiste – Yefim Bronfman – que je n’avais encore jamais entendu en concert !

Programme peu aventureux : Troisième concerto de Rachmaninov et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel.

Mais de là où j’étais placé, j’ai enfin pu comprendre, voir, entendre, la complexité du piano de Rachmaninov… et le talent qu’il faut à l’interprète pour maîtriser une matière aussi dense et en tirer la substance poétique au-delà de la performance virtuose. C’est peu dire que Yefim Bronfman – dont je connaissais les Rachmaninov qu’ils a gravés avec Esa-Pekka Salonen – y parvient, sans aucun sentimentalisme ni esbroufe tapageuse.

Ce n’est pas non plus un hasard si on entend aussi bien l’orchestre de Rachmaninov et l’osmose entre chef et soliste, Lahav Shani est aussi pianiste ! Les deux en feront la démonstration après que Bronfman, ovationné, nous aura donné un nocturne de Chopin en bis, d’une simplicité, d’une pureté de ligne (qui font penser à Rachmaninov jouant Chopin), en jouant à quatre mains une joyeuse Danse hongroise n°5 de Brahms.

Ce soir c’est l’enfant du pays qui joue à domicile : Cristian Măcelaru dirige l’Orchestre national de France, avec en soliste Maxime Vengerov (que je n’ai plus entendu depuis des lustres).

Retour aux sources, suite inattendue

Il y a une semaine, j’avais fait un rapide retour aux sources de ma famille paternelle, dans le sud de la Vendée (Retour aux sources). Ce week-end c’était une fête prévue, attendue, le 94ème anniversaire de ma mère, à Nîmes.

Il y a quatre ans, une grande partie de la famille s’était retrouvée pour fêter son passage dans le club des nonagénaires. La fête, alors, était inespérée, tant les mois précédents nous avaient inquiétés (lire L’eau vive). Depuis lors, il y eut quelques alertes, une mobilité plus réduite, mais rien de ce qui assombrit souvent la fin de vie de nos aînés: le cerveau, la vue, l’ouïe, la mémoire, restent vaillants. Et les fous rires aussi…

Mais cet anniversaire a été pour moi la source d’une émotion considérable. J’ai découvert fortuitement, au fil d’une conversation où surgissaient des souvenirs de famille heureux, que les 33 tours de la discothèque familiale, et nombre de mes premières acquisitions, que je pensais perdus – ma mère ayant déménagé en 1982, et moi quitté la maison familiale de Poitiers dès 1978 – j’ai découvert que ces disques étaient toujours là, rangés depuis des lustres dans un coin fermé de la bibliothèque de ma mère. Etrangement, je n’avais jamais songé à lui demander ce qu’elle avait fait de ces disques.

A mon prochain voyage en voiture, je viendrai récupérer ces précieuses galettes, celles déjà évoquées dans ces billets – La découverte de la musique I

dans La découverte de la musique II

Dans cette évocation de mon été 73La découverte de la musique III – j’avais complètement oublié ce vinyle 25 cm, contenant les deux rhapsodies roumaines d’Enesco, un cadeau dédicacé de mon « correspondant » roumain.

Le chef roumain George Georgescu (1887-1964) y dirige la Philharmonie d’Etat George Enescu. Quelle saveur dans les timbres, quel naturel dans l’énoncé des thèmes populaires…

J’ai souvent évoqué ici le choc que j’avais éprouvé en voyant le film de François Reichenbach – L’Amour de la vie – consacré à Artur Rubinstein et, bien sûr, ma découverte de Chopin.

Je ne pensais pas retrouver ce tout premier album à avoir figuré dans ma discothèque :

J’avais naguère évoqué brièvement mes études au modeste Conservatoire de région de Poitiers (lire Les jeunes Français sont musiciens. Je me rappelle en particulier les épreuves de fin d’études de piano- et le Diplôme à la clé ! et un jury composé de brillantes jeunes stars du piano – Michel Béroff, Jean-Bernard Pommier et André Gorog !

J’ai retrouvé hier un 33 tours que j’avais complètement oublié, l’un des premiers pourtant que j’aie achetés à petit prix, dans la collection Musidisc, le concerto n°5 L’Empereur de Beethoven, sous les doigts précisément de Jean-Bernard Pommier, un enregistrement probablement réalisé, en 1962, dans la foulée du concours Tchaikovski de Moscou dont le pianiste français fut le plus jeune lauréat (il avait 17 ans !). C’est le chef d’origine grecque Dimitri Chorafas (1918-2004) qui dirige l’orchestre de la Société du Conservatoire.

On l’a compris, il y aura d’autres séquences nostalgie, une fois que j’aurai récupéré une cinquantaine de galettes qui, pour certaines, sont devenues des collectors

Ici Lausanne

L’événement est passé inaperçu en France : c’est la saison du 75ème anniversaire de la fondation de l’Orchestre de chambre de LausanneLe label suisse Claves a eu la bonne idée de publier un coffret de 7 CD composé de beaucoup d’inédits, avec quelques pépites, un coffret que je n’ai pas encore vu chroniqué dans la presse spécialisée, hormis la notable exception de Jean-Charles Hoffelé sur son site Artamag.

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Avant de détailler le contenu de ce coffret, quelques souvenirs personnels d’une période de ma vie (1986-1993) qui m’a fait côtoyer les protagonistes de cette publication.

D’abord toutes les blagues qui courent sur les Vaudois – Lausanne étant le chef-lieu du canton de Vaud, riverain du lac Léman –

IMG_4583(Le joli musée de l’Elysée à Lausanne, dédié à l’art photographique)

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Parmi les plus connues et répétées, en Suisse romande et évidemment en France voisine:

Qu’entend un voyageur arrivant en gare de Lausanne ? Le chef de gare au début du quai annonce : « Ici Lausanne, ici Lausanne » ! Son adjoint au bout du quai : « Ici aussi, ici aussi »

Comment trinquent les Vaudois ? alors que les autres Suisses lancent un « Santé ! » sonore et chaleureux, eux se souhaitent « Intelligence…. parce que la santé on l’a déjà » !

Il faut aussi ajouter que l’accent vaudois est très prononcé… et savoureux !

Plus sérieusement, un mot du label Claves et de sa fondatrice que j’ai bien connue, Marguerite Dütschler (1931-2006). Il nous arrivait parfois de nous parler en schwzyzerdütsch, mais elle mettait un point d’honneur à parler un français parfait.

Marguerite Dütschler était une passionnée, une amoureuse de la musique et des musiciens, de cette espèce, devenue rare, de producteurs qui ont tout construit par eux-mêmes, une maison de disques, un catalogue, une famille d’artistes, je pense à un Michel Garcin pour Erato ou à Bernard Coutaz pour Harmonia Mundi. 

Marguerite travaillait artisanalement, pas d’attaché de presse, pas d’administrateur. Lorsqu’un de ses disques sortait, elle faisait elle-même la tournée des antennes et des producteurs de radio ou de télévision qui pouvaient en parler. Elle emballait elle-même les « services de presse » avec toujours un petit mot gentil pour celui ou celle à qui elle envoyait ses nouveautés. Comme ses collègues déjà cités, combien d’artistes a-t-elle révélés, à qui elle a offert leurs premières gravures – je pense à ce cher Marcello Viotti, ce merveilleux chef vaudois trop tôt disparu (mais son fils Lorenzo, 28 ans, marche à grandes enjambées sur les traces du père) !  On est heureux que Patrick Peikert  ait repris le flambeau, après avoir administré magistralement… l’Orchestre de chambre de Lausanne de 1991 à 2010.

Quant à l’OCL – comme on dit familièrement – j’ai toujours eu intérêt et affection pour cette phalange qui n’a pas toujours vogué sur des eaux tranquilles. Déjà à « mon » époque – il y a trente ans donc – certains technocrates ou des élus en mal de mauvaises bonnes idées imaginaient regrouper, voire fusionner les deux ensembles romands : l’Orchestre de la Suisse Romande, installé historiquement à Genève, et l’Orchestre de chambre de Lausanne – il n’y a que 70 kilomètres entre les deux villes ! Je me souviens, dans le cadre d’une mission qui m’avait été confiée par la Radio Suisse romande, alors fortement impliquée dans les deux orchestres, avoir planché sur cette hypothèse…. et avoir pu en démontrer l’inanité.

Alors ce coffret  ? – ma seule réserve porte sur la photo de couverture qui m’évoque plus une couronne mortuaire qu’un bel anniversaire ! – Il porte témoignage d’une belle lignée de chefs, entre le fondateur Victor Desarzens (1908-1986) et l’actuel titulaire Joshua Weilerstein, en passant par les figures si chères à mon coeur, Armin Jordan, Jesus Lopez CobosChristian Zacharias

Il faut insister sur la figure fondatrice : Victor Desarzens n’a jamais eu, hors des frontières helvétiques, la notoriété de son illustre collègue genevois, Ernest Ansermet, et pourtant les deux personnages se ressemblent à plus d’un titre : l’incroyable ténacité des bâtisseurs, qui, envers et contre tout et tous, ont construit leurs phalanges et les ont portées, supportées, développées jusqu’à leur mort, l’ouverture à tous les répertoires, le soutien et la promotion de la création contemporaine.

Dans ces rééditions, on relèvera un inédit absolu : un 23ème concerto de Mozart sous les doigts, inattendus dans ce répertoire, de Samson François. Ce « live » n’est pas exempt de scories, mais il est diablement émouvant justement à cause de ces défauts..

CD 1-2 Victor Desarzens Mozart Concerto piano 23 (Samson François), Concerto flûte 1 (Peter-Lukas Graf), Haydn Symphonie 54, Malipiero Hommage à l’OCL, Frank Martin Ballade pour flûte (Edmond Defrancesco), Zbinden Concerto da camera piano (Karl Engel), Hindemith Kammersinfonie 4

CD 3 Armin Jordan Haydn Symphonie 22 « Le philosophe »,  Berenice che fai, Britten Les Illuminations (Felicity Lott), Brahms Neue Liebesliederwaltzer (Choeur de la radio suisse romande)

CD 4 Lawrence Foster Enesco Symphonie de chambre, Deux intermèdes, Dixtuor pour vents

CD 5 Jesus Lopez Cobos Arriaga ouv. Los esclavos felices, Schubert Polonaise pour violon, Rondo pour violon (Gidon Kremer), Falla Sept chansons populaires espagnoles (Teresa Berganza), Stravinsky Suites pour petit orchestre, Ravel Ma Mère l’oye

CD 6 Christian Zacharias Haydn Symphonie 80, Chopin concerto piano 2, Schubert Symphonie 8 « inachevée »

CD 7 Joshua Weilerstein Haydn Symphonie 60 « Le distrait », Osvaldo Golijov Night of the flying horses, Beethoven Symphonie 4

Le Paris secret des musiciens

Je n’ai jamais rien autant aimé que les longues balades à pied dans Paris (Le coeur de Paris). Sans but précis, le nez en l’air, regardant devantures originales et plaques historiques.

C’est ainsi qu’un jour au bas de la rue de la Roquette, dans le XIème arrondissement, je lis ce qu’était La Descente de la Courtillel’un des cortèges du Carnaval de Paris. Cette descente n’aurait pas duré plus de quarante ans, mais suffisamment pour que Wagner, dans ses années parisiennes, lui consacre une page chorale certes anecdotique, mais qui a immortalisé musicalement cette éphémère tradition populaire.

Et puis, rue du Sentier, au milieu des entrepôts et des grossistes, on tombe sur une Maison Mozartcelle où Wolfgang logea lors de son second séjour parisien et où mourut sa mère le 3 juillet 1778.  Une plaque rappelle ce séjour, mais il n’y a rien à voir.

paris_2_maison_mozartC’est lors de ce séjour que Mozart écrit plusieurs oeuvres dans le goût français de l’époque (la 31ème symphonie, le concerto pour flûte et harpe, et la symphonie concertante pour vents, entre autres)

Le premier séjour, en 1763, du Mozart enfant prodige (il a 7 ans !) a lieu dans un cadre plus somptueux, celui de l’hôtel de Beauvais, rue François Miron (4ème arrt) , alors propriété du comte Van Eyck, aujourd’hui siège de la Cour administrative d’appel de Paris.

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Mais, aussi étrange que cela paraisse, je n’avais jamais trouvé d’ouvrage grand public qui évoque la présence de la musique et des musiciens dans la capitale ! Je m’en étais même étonné auprès de la Maire de Paris il y a trois ans.

Quand un Franz Liszt écrivait : « On ne saurait le nier, Paris est aujourd’hui le centre intellectuel du monde », on ne peut pas dire que Paris ait beaucoup honoré la mémoire de ces dizaines de compositeurs, français ou étrangers, qui y ont vécu, travaillé, aimé. On se rappelle la bien médiocre polémique, qui est devenue l’affaire Dutilleuxsurvenue lorsqu’un élu s’est avisé d’honorer la mémoire du compositeur français, disparu en 2013, après avoir vécu toute sa vie rue Saint-Louis en l’Île.

Voici qu’enfin paraît ce livre tant attendu, qui, sans prétendre à l’exhaustivité, évoque la présence d’une cinquantaine d’illustres compositeurs*, avec une belle documentation photographique et musicologique.

Vous y verrez Mozart enfant s’installant 68 rue François-Miron, Chopin causant avec Liszt au 23 rue Laffitte, Berlioz se disant plaisamment  » fatigué  » par les rossignols qui chantent dans son jardin de Montmartre, Debussy vivant une aventure 22 rue de Londres avec  » Gaby aux yeux verts « … Sans compter des noms méconnus à tort, tels Auber, Cherubini ou Vierne. En tout, vous suivrez à la trace 50 musiciens ayant vécu à Paris et vous retrouverez, classés par arrondissement, les lieux où ils ont composé et fait jouer leurs partitions. Des photos de ces lieux, prises en exclusivité pour ce livre, et un choix de documents d’archives illustrent ici un texte vivant et précis. Chacun des 50 compositeurs est présenté au moyen d’une brève biographie et d’une liste de ses principales oeuvres. Dans ce monde peu ouvert aux femmes, celles-ci n’ont pas été oubliées. Vous découvrirez notamment Hélène de Montgeroult échappant à la guillotine grâce à son piano, Pauline Viardot régnant sur les compositeurs romantiques et Nadia Boulanger favorisant l’essor de la musique américaine du xxe siècle. Toutes et tous ont aimé Paris, s’en sont inspirés et ont contribué à son prestige artistique. Partons à leur rencontre en pensant à ce qu’écrivait Wagner (qui considérait Paris comme sa  » seconde patrie  » malgré les déboires qu’il y connut) :  » La musique commence là où s’arréte le pouvoir des mots.  » (Présentation de l’éditeur)

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Les compositeurs cités sont, classés par arrondissement : 1er Chopin, Méhul, Rameau, Gluck, Enesco, Hélène de Mongeroult / 2ème Offenbach, Bizet, Lully, Liszt / 3ème M.A. Charpentier / 4ème Campra, Vierne, Couperin, Mozart, Dutilleux / 5ème Gossec, Marais / 6ème Poulenc, Massenet, Grétry / 7ème Wagner, Franck, Pauline Viardot, Saint-Saëns / 8ème Debussy, Honegger, Meyerbeer, Stravinsky, Ravel / 9ème Auber, Delibes, Messiaen, Nadia Boulanger, Cherubini / 10ème Messager, Leclair / 12ème Berlioz / 14ème Germaine Tailleferre / 16ème Rossini, Sauguet / 17ème Fauré, Hahn, Gounod, Chausson / 18ème Milhaud, Satie, G.Charpentier / 19ème Boulez / 20ème Bellini.

Châteaux des Carpathes

Il y a dix jours, je quittais à regret une ville – Brașov– et un pays – la Roumanie – que, quarante-quatre ans après un premier voyage, j’ai redécouverts avec passion.

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Le Château des Carpathes est un roman de Jules Verne dont je ne connaissais que le titre.

 

L’opéra qu’en a tiré  Philippe Hersant m’est plus familier. Créé au Festival Radio France le 1er août 1992, l’ouvrage a beaucoup contribué à la reconnaissance et à la notoriété du compositeur français, qui s’est frayé une voie originale et singulière dans un paysage de musique contemporaine largement dominé par Boulez et ses disciples.

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Quand on prend le temps de parcourir les paysages contrastés, montagnes couvertes de forêts profondes, vallées sinueuses, du massif des Carpathes  en Roumanie (et en partie en Bulgarie), ce que j’ai eu la chance de faire à quatre reprises en quarante ans, on comprend que Jules Verne, Bram Stoker (Dracula) y aient puisé inspiration et installé des personnages fantasmatiques.

C’est bien dans ces régions montagneuses du centre et du nord de la Roumanie, partagées entre Transylvanie, Moldavie, Bucovinequ’on perçoit le mieux la richesse – et le poids – d’une histoire mouvementée, le mélange de cultures, de langues (allemand, hongrois, roumain, russe), le brassage des religions, qui font la singularité de cette région d’Europe.

Des photos, des images de ce parcours estival :

Cliquer sur les liens Brasov la ville couronnée

Châteaux des Carpathes : Pelisor

Châteaux des Carpathes : la résidence royale de Peles

L’horreur Dracula

Le monastère de Bistrita

Piatra Neamt

Secu hors du temps

L’ermitage de Sihastria

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Les Immortelles d’Agapia

La citadelle de Neamt

Le monastère de Varatec

 

 

 

De battre son coeur s’est arrêté

La mort, il y a un mois, de Jeanne Moreau ne m’avait pas spécialement atteint, quelque admiration que j’aie pu porter à l’actrice.

La disparition annoncée ce matin de Mireille Darc me touche plus, comme si une sympathie secrète m’avait lié à cette belle personne.

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Je l’avais croisée parfois dans le Marais où elle habitait, mais une amusante coïncidence nous avait fait nous trouver à New York le 31 décembre 2012.

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Une première fois sortant d’un musée, elle y entrait avec son mari, quelques heures plus tard dans les rayons de la boutique Ralph Lauren sur Madison, et comme « jamais deux sans trois », dans l’avion qui nous ramenait à Paris dans la nuit de la Saint-Sylvestre.

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Je n’ai vaincu la timidité que j’éprouve toujours devant des gens que j’admire que devant le tapis d’arrivée des bagages à Roissy, au matin du 1er janvier,  pour lui souhaiter une bonne année.

Mireille Darc, c’est évidemment l’anti-star, celle qui illuminait de son sourire espiègle, de sa bonne humeur non feinte, deux décennies de films qui ne sont pas tous inoubliables, mais qui ont marqué ma génération. C’est aussi, après cette carrière au cinéma qui aurait pu suffire à sa gloire, son engagement au profit de justes causes oubliées, ses documentaires pour Envoyé spécial. On espère que France 2 s’honorera à les rediffuser…

Petite filmographie non exhaustive :

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et bien entendu la chute de reins la plus sexy du cinéma français dans Le Grand Blond

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J’ai eu la chance de rencontrer, et même d’être de jury avec lui, l’auteur de la célébrissime musique du film d’Yves Robert, Vladimir Cosma, un autre compositeur… roumain ! (voir Le compositeur maudit et La maison de George

La maison de George

En 1973, j’y étais passé avec mon cousin (lire Le violon d’avant guerre). Je n’avais gardé aucun souvenir marquant de cette maison, ni de son intérieur, mais les partitions que m’avait offertes le gardien, je les ai toujours. Je suis retourné dans la maison de Georges Enesco ou George Enescu comme on dit en roumain, à Sinaia au pied des monts Bucegi. la villa Luminiș.

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C’est un sentiment qui peut sembler risible, voire ridicule, mais c’est une émotion particulière qui vous gagne lorsqu’on entre dans l’intimité d’un artiste, violoniste, pianiste, pédagogue, compositeur aussi génial qu’Enesco. J’avais ressenti la même chose en visitant la maison de Sibelius à Ainola en 2006.

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La maison n’est pas immense, le jardin alentour très modeste. On est accueilli par deux dames charmantes, d’un âge certain, qui pour l’une s’exprime dans un français  très vieille école – c’est le privilège d’une génération (lire Bienvenue Monsieur le Président). 

Dans l’entrée étroite, un portrait du maître des lieux par Corneliu Baba.

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On nous donne des audio-guides pour visiter le seul premier étage, bien distribué.

IMG_1785Une agréable terrasse inspirante et un salon de réception modestement décoré.

 

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Puis la pièce de musique, un escalier en colimaçon qui monte à l’étage malheureusement pas ouvert à la visite !

 

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IMG_1795 2Sur le piano la partition du seul opéra – en français – d’Enesco, Oedipe.

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A l’arrière, la chambre sans chichi de Maruca, l’épouse, la fantasque princesse Marie Cantacuzène (Maria Cantacuzino)

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IMG_1802Et la chambre d’Enesco, à peine plus grande qu’une cellule de moine…

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On ressort de cette visite ému mais frustré. Pas même un simple comptoir où l’on pourrait trouver, acheter, documents, biographies, disques, livres ou partitions. Rien. Et comme les magasins de disques ont disparu – on a eu beau les chercher à Bucarest, Brasov ou Constanta, on les a manqués s’ils existent encore !, aucune chance de rapporter quelques CD « maison ». Comme j’avais fait une razzia lors de mon précédent voyage en 2003, je me console à la perspective de retrouver ma discothèque dès mon retour.

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Pour la plus célèbre des oeuvres d’Enesco, sa Rhapsodie roumaine n°1ma version de chevet est définitivement celle, libre, improvisée, « native », du grand Constantin Silvestri – le même qui assura la création de la version roumaine d’Oedipe en 1958 -.

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Au moment de terminer cet article, et de quitter ce cher pays de Roumanie, je tombe sur ce prodigieux document, une version spectaculaire et virtuose de cette Rhapsodie roumaine due à cette immense pianiste native de Brașov, tragiquement disparue à l’âge de 33 ans, Mihaela Ursuleasa

 

 

 

 

Bine ai venit / Добре дошли / Bienvenue Monsieur le Président

Monsieur le Président de la République,

Tandis que je m’apprête à quitter la Roumanie à la fin de mes vacances, vous y arrivez ce jeudi et serez vendredi en Bulgarie.

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Permettez-moi d’abord de vous féliciter d’avoir choisi ces deux pays, parmi les derniers à avoir intégré l’Union européenne, pour la première tournée des capitales européennes que vous aviez annoncée dès votre élection. La Bulgarie, et plus encore peut-être la Roumanie, nous aiment nous, la France, les Français.

Savez-vous que, lorsque je suis venu pour la première fois en Roumanie, à l’âge où vous découvriez tout à la fois l’amour et le théâtre, la plupart des adultes que je rencontrais parlaient tous français, qu’ils professaient tous une passion pour De Gaulle (c’était trois ans après sa mort, cinq ans après sa visite historique) ? Aujourd’hui les jeunes Roumains parlent à peine l’anglais… Mais Paris, la France, les fait toujours rêver.

Je sais que vous venez à Bucarest et à Sofia y évoquer la réforme de la directive européenne dite « des travailleurs détachés » (Le Monde : Macron mise sur les divisions des pays d’ex-Europe de l’Estet qu’ici beaucoup redoutent votre idée, et craignent que le développement économique que l’arrimage de ces deux vieilles nations à l’Europe a entrainé – la Roumanie a l’une des plus fortes croissances de toute l’Union – ne soit compromis, voire ruiné par de nouvelles règles. Vous avez certainement raison et vos raisons de déclarer ce que vous avez dit dans la ville natale de Mozart il y a quelques heures : « La directive travailleurs détachés telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux. Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’a pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social »
Monsieur le Président, même si votre visite est évidemment beaucoup trop courte et ne vous permettra pas de percevoir les réalités de ces deux peuples frères et cousins, dites leur, je vous prie, combien la France leur est attachée.

Aux Roumains, parce que les liens de culture, de langue – le roumain est une langue latine, si proche de la nôtre – sont de toute éternité. Bucarest était même surnommée le Petit Paris durant l’entre-deux-guerres. Tant de créateurs, d’interprètes ont fait le voyage Paris-Bucarest dans les deux sens, Enesco, Ionesco, Cioran, Istrati… Parce qu’on roule encore beaucoup français dans les villes et sur les routes du pays (Renault et sa filiale Dacia, Peugeot tiennent la dragée haute aux constructeurs allemands). Parce qu’aux abords des centres urbains, ce sont les enseignes françaises – Auchan, Carrefour – qui équipent les nouvelles zones commerciales.

Aux Bulgares, qui ont élu en novembre 2016, un président manifestement plus porté vers la Russie que vers l’Europe, parce que la France représente pour toute une jeunesse en quête d’idéal un phare, une idée d’avenir. C’était évident à chaque fois que l’on me demandait d’où je venais. Paris ville lumière !

La Roumanie, j’y suis venu à quatre reprises depuis 1973Malgré la fuite des cerveaux, des médecins, des mathématiciens, des chercheurs, qui a suivi la chute de Ceausescu le 22 décembre 1989, ce pays a fait des progrès considérables. Sans renier son histoire, le charme de ses traditions – oui, il y a encore des voitures à cheval en Moldavie, en Transylvanie ! – la Roumanie s’est puissamment modernisée. Des villes, encore en triste état, au début des années 2000 se sont refait une beauté. Les infrastructures routières, touristiques et hôtelières ont fait des pas de géant. C’est un élan qu’il faut encourager, soutenir. Pour le bien des Roumains eux-mêmes.

La Bulgarie, je l’ai découverte cet été. J’y ai vu des paysages et des campagnes magnifiques, des sites abandonnés aussi, mais des villes fières, propres, écologiques – Paris et bien d’autres villes françaises pourraient en prendre exemple – Des bords de mer exceptionnels comme à Burgas ou Varna. Et une envie évidente de mettre en valeur un patrimoine archéologique et historique encore largement inexploité, inexploré, comme ces centaines de tombeaux thraces. Qui mieux que la France, en Europe, pourrait y contribuer ?

Monsieur le Président, ce soir vous aurez la chance d’assister au concert que donnent Martha Argerich et Daniel Barenboim dans le cadre du Festival de Salzbourg.

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Vous n’aurez évidemment ni le temps ni même l’opportunité de prendre connaissance de mon message.

Je compte cependant sur vous pour dire haut et fort à nos amis roumains et bulgares qu’ils ne sont pas un problème, ni pour la France ni pour l’Europe, que leurs travailleurs « détachés » ne sont pas de mauvais citoyens européens, que ce qui nous unit à eux est plus fort, beaucoup plus fort qu’une directive mal appliquée ou détournée de ses fins initiales.

Donnez-leur toutes les raisons de croire à l’Europe fraternelle et solidaire que vous avez promue et défendue pendant votre campagne électorale !

Bon voyage Monsieur le Président !