Monsieur Cinéma

C’est un nom souvent aperçu sur d’admirables disques, de qualité « audiophile », du début des années 60, parus sous des étiquettes variables (RCA, Reader’s Digest, Chesky…) comme une fabuleuse Quatrième symphonie de Brahms, enregistrée par Fritz Reiner à Londres avec le Royal Philharmonic.

Charles Gerhardt (1927-1999) est une figure emblématique de la vie musicale du XXème siècle : producteur, chef d’orchestre, arrangeur. Il grandit à Little Rock (Arkansas), étudie la musique, le piano. Entre 1951 et 1955, il travaille comme technicien pour RCA Victor. Dans un premier temps, son rôle consiste à transférer sur bande des 78 tours d’Enrico Caruso et Artur Schnabel, y compris la suppression du bruit de surface préparatoire à la réédition en 33 tours. Il participe à des séances d’enregistrement de Kirsten Flagstad, Vladimir Horowitz, William Kapell, Wanda Landowska et Zinka Milanov. En 1954, il collabore avec Leopold Stokowski et le NBC Symphony Orchestra pour des enregistrements stéréophoniques expérimentaux des suites du ballet Sebastian de Gian Carlo Menotti, ainsi que Roméo et Juliette de Prokofiev, qui ne sortiront qu’en 1978 !

Il devient également l’agent « traitant » de RCA avec Arturo Toscanini, dans les dernières années du chef d’orchestre. C’est Toscanini qui l’encourage à étudier la direction d’orchestre.

Puis Gerhardt travaille durant cinq ans pour Westminster Records à New York. Westminster étant en difficulté (la société dépose le bilan en décembre 1959), il se tourne vers l’enregistrement de chanteurs pop, dont Eddie Fisher. C’est alors que George R. Marek, le chef du département Red Sceal de RCA Victor, lui offre l’opportunité de produire des enregistrements pour Reader’s Digest en Angleterre.

A partir de 1960, il produit des disques pour RCA Victor et Reader’s Digest avec pour partenaire le légendaire ingénieur du son Kenneth Wilkinson de Decca Records (alors filiale de RCA en Europe). S’ensuivront 4 000 sessions d’enregistrement! Leur premier projet majeur est un ensemble de 12 disques pour Reader’s Digest : A Festival of Light Classical Music, publié en versions mono et stéréophoniques, se vendra à plus de deux millions d’exemplaires. En 1961, il produit pour Reader’s Digest l’intégrale des symphonies de Beethoven avec le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par René Leibowitz.

L’une des productions préférées de Gerhardt est la série parue en 1964 Treasury of Great Music un autre jeu de 12 disques pour Reader’s Digest. À la tête du Royal Philharmonic de Londres, il convie John Barbirolli, Malcolm Sargent, Antal Doráti, Jascha Horenstein, Rudolf Kempe, Josef Krips, Charles Munch, Georges Prêtre et Fritz Reiner, à graver les chefs-d’oeuvre du répertoire symphonique. Tous ces disques (la plupart republiés par Chesky Records) sont restés des références.

Dès 1966, Charles Gerhardt manifeste son goût pour les répertoires non classiques : en témoigne une série d’albums All-Time Broadway Hit Parade, qui comprend 120 chansons de diverses productions musicales telles que Carousel, The Music Man, Guys and Dolls, My Fair Lady, Pal Joey, South Pacific et bien d’autres.

Les projets Reader’s Digest créent une telle activité d’enregistrement qu’il devient nécessaire d’avoir un orchestre et chef d’orchestre dédiés à cette entreprise. Avec le violoniste et entrepreneur Sidney Sax, Gerhardt forme en 1964 un orchestre à partir des meilleurs orchestres londoniens et de musiciens indépendants. L’orchestre prend le nom de National Philharmonic Orchestra en 1970 et Gerhardt lui-même le dirige. Leopold Stokowski réalise certains de ses derniers enregistrements avec orchestre.

Charles Gerhardt réalise de 1972 à 1978 avec le National Philharmonic 14 disques vinyles pour la série Classic Film Scores pour RCA, publiée de 1972 à 1978. Première publication en 1972 The Sea Hawk: The Classic Film Scores of Erich Wolfgang Korngold (lire Les Musiques de l’exil). Toute la série se distingue surtout par une préparation extrêmement soignée des partitions par Gerhardt lui-même.. Les enregistrements sont réalisés au Kingsway Hall à l’acoustique exceptionnelle et conçus par Kenneth Wilkinson. Le producteur de ce premier disque est George Korngold, le fils du compositeur.

La série se poursuit avec des albums consacrés à Max Steiner, Miklós Rózsa, Franz Waxman, Alfred Newman, Dimitri Tiomkin, Bernard Herrmann et John Williams ainsi que des albums consacrés à la musique dans les films de Bette Davis, Humphrey Bogart et Errol Flynn. C’est cet ensemble miraculeux que Sony a réédité il y a quelques semaines dans un coffret indispensable.

On peut suivre le conseil de Tom Deacon, un autre producteur « légendaire », collègue de Charles Gerhardt :

Le regretté Charles Gerhardt était un passionné de musique de film. Pour RCA Victor, il a enregistré des musiques de films extraordinaires des années 1930, 1940 et 1950 par Korngold, Steiner, Waxman, Newman, Rozsa, Herrmann, Tiomkin et d’autres. Ceux-ci ont d’abord été publiés sur Lp puis sur CD sur RCA Victor. Désormais, les 12 CD sont tous contenus dans un coffret Sony. C’est à ne pas manquer. Gerhardt n’était pas seulement un chef d’orchestre doué, mais aussi un fabuleux producteur de disques.  Ce sont des classiques audiophiles. Comme de tels coffrets risquent de disparaître sans préavis, ce n’est pas le moment d’hésiter. Achetez-le!

Les raretés du confinement (III)

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé la diffusion d’une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… «

Après les épisodes Les raretés du confinement I et II, voici le troisième (et avant-dernier?) :

23 novembre : Carlo Maria Giulini et Schumann

C’est un Carlo-Maria Giulini dans la force de l’âge – il a 44 ans – qui enregistre pour EMI le 2 juin 1958 ce qui reste pour moi la version de référence de l’ouverture de Manfred – poème dramatique en trois parties de Schumann (1852). Tout y est: la fougue implacable des trois premiers accords, les émois romantiques du héros, tempête et tendresse mêlées, un orchestre qui chante éperdument. Vingt ans plus tard le chef ne retrouvera pas le même élan à Los Angeles pour Deutsche Grammophon.

24 novembre : Armin Jordan, Audrey Michael et Schubert

Schubert: Messe n°6 D 950

Audrey Michael/ Brigitte Balleys/ Aldo Baldin/ Christoph Homberger/ Michel BrodardChoeur de chambre Romand

Orchestre de la Suisse Romande, direction Armin Jordan – Cascavelle/Erato (1987)

Tout est rare dans ce disque : c’est le moins connu de la discographie du très regretté Armin Jordan (1932-2006). La dernière messe de Schubert, sa 6ème, est énigmatique, ce sublime « Et incarnatus est » écrit pour deux ténors et une soprano. Dans la version/vision d’Armin Jordan, la plus fervente, la moins « opératique », de toute la discographie de cette oeuvre, le miracle vient du parfait mélange des voix des ténors Christoph Homberger et Aldo Baldin, mais surtout de la sublime soprano suisse Audrey Michael.

Ce passage me bouleverse à chaque écoute. Je le dédie à mon père, disparu il y a 48 ans, le 6 décembre 1972.

25 novembre : Une formidable Miss Julie

Sur Forumopera, j’écrivais ceci à propos de l’opéra Miss Julie du compositeur anglais William Alwyn ;

J’y ai… entendu, aussi bien dans le traitement de l’orchestre que de la ligne vocale, des réminiscences de Korngold (Miss Julie a vocalement tant en commun avec la Marie de Die tote Stadt !), Schreker, Zemlinsky, tout ce début de XXe siècle viennois. Les rythmes et les langueurs de la valse parcourent tout l’ouvrage, et on soupçonne Alwyn d’avoir un peu abusé de l’accord de septième ! Si l’on ne craignait le cliché, on reconnaîtrait dans cette Miss Julie une écriture très… cinématographique. Alwyn n’a pas oublié son premier métier et manie à la perfection les effets dramatiques, la description des atmosphères

Lire l’article ici : Le confinement de Julie

26 novembre : Maradona et le tango

#Maradona Je lis cette anecdote : « Juillet 1984. Stade San Paolo, à Naples. Les notes d’ El Choclo s’égrènent sur la pelouse, dans les tribunes italiennes. Un homme en a presque les larmes aux yeux. Cette musique l’émeut depuis toujours. Il l’a en lui, ce son. Ce jour-là, El Choclo, un incontournable tango de 1903, est joué en son honneur. En guise de bienvenue. L’homme, c’est Diego Maradona. Le mythique n°10 argentin va faire rêver les supporters du Napoli des années durant… »Je retrouve dans ma discothèque un CD de Stanley Black (1913-2002), compositeur, chef, arrangeur britannique, avec ce célèbre tango, El Choclo. Angel Villoldo l’écrit en 1903, plusieurs versions s’ensuivent, dont une, en 1947, avec des paroles du poète Enrique Carlos Discepolo, que chante Libertad Lamarque dans Le Grand Casino de Luis Buñuel.

27 novembre : un Beethoven tchèque

En 1962, en pleine guerre froide, le pianiste tchèque Ivan Moravec (1930-2015) – voir Beethoven: le piano d’Ivan Moravec– est invité une première fois aux Etats-Unis, où il enregistrera plusieurs disques pour le label Connoisseur Society. En 1963, avec son beau-frère, le chef autrichien d’origine tchèque, Martin Turnovsky (1928-), il grave l’une des plus belles versions du Quatrième concerto de Beethoven avec un orchestre composé de musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.

28 novembre : La liberté de la presse

Sibelius: Finlandia (version chantée) extrait de la Musique pour célébrer la presse (1899)

Tandis qu’en France on manifestait aujourd’hui pour la liberté de la presse, on peut rappeler que l’oeuvre la plus célèbre de Jean Sibelius – Finlandia – a fait partie initialement de la Musique pour la célébration de la presse (créée le 3 novembre 1899) pour soutenir la liberté de la presse finlandaise face à l’occupant russe. Au point que, dans ses diverses versions, Finlandia est devenue comme un second hymne national. Ici une version moins souvent donnée que la version purement orchestrale, arrangée par Sibelius lui-même en 1938 pour choeur d’hommes et orchestre, puis le 7 décembre 1940 pour choeur mixte.

29 novembre : Scarlatti et Martha Argerich

#MarthaArgerich #Scarlatti Scarlatti : Sonate K. 141

Sauf erreur de ma part, Martha Argerich n’a jamais enregistré de sonates de Scarlatti en studio. En revanche, il y a de multiples versions de concert – comme ici le 13 juin 2018 à Singapour – de « sa » sonate K 141. Un miracle toujours renouvelé !

30 novembre : mon concerto de Beethoven

#Beethoven250

Des cinq concertos de Beethoven, le Troisième est mon préféré, comme je le raconte ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/…/beethoven-250-xvi…/). Dans ma discothèque, une rareté, un « live » capté à Moscou en 1976 sous les doigts brûlants d’Emile Guilels, Kurt Masur dirigeant l’orchestre symphonique d’URSS.

1er décembre : Du très beau piano

Dans deux beaux coffrets de piano (lire https://jeanpierrerousseaublog.com/2020/12/01/le-beau-piano/) une version pleine de fièvre romantique du concerto pour piano n°1 de Chopin, avec le jeune Eric Heidsieck, Pierre Dervaux et l’orchestre Colonne, enregistrée en 1961:

2 décembre : les sons magiques de Nicolai Gedda

Grâce à un admirateur de Nicolai Gedda (1925-2017) – j’en suis un aussi, lire Le Tsar Nicolai – je redécouvre cette pépite cachée dans le coffret Icon/Warner consacré au ténor suédois, ce sublime air tiré de l’opéra « La reine de Saba » de Károly Goldmark (1830-1915) : Magische Töne

A-t-on jamais mieux chanté ?

3 décembre : VGE, l’accordéon et Tchaikovski

#VGE

Les médias ont rappelé, à l’occasion du décès de l’ancien président de la République (lire Giscard et la princesse) le goût de Valéry Giscard d’Estaing pour le piano à bretelles, l’accordéon, instrument populaire par excellence.Mais on sait peu que le premier compositeur « classique » à faire entrer l’accordéon dans l’orchestre fut Tchaikovski, qui, écrivant sa Suite n°2 pour orchestre en 1853, fait appel à quatre accordéons (en l’occurrence des « Bayan », l’accordéon russe inventé en 1850 !). Ecoutez bien à 2′ du début du « scherzo » de cette suite l’intervention des accordéons.Hommage par la même occasion au grand chef Antal Dorati (1906-1988) qui a signé une version définitive des quatre Suites pour orchestre de Tchaikovski

4 décembre : Milstein et Saint-Saëns

J’ai eu beau en écouter, en programmer maintes versions : le Troisième concerto pour violon de Saint-Saëns, dédié à et créé par le grand Pablo de Sarasate en 1880, c’est pour moi l’indépassable Nathan Milstein (1903-1992) – lire Nathan Milstein, le violon de mon coeur) accompagné à la perfection par le trop oublié Anatol Fistoulari (1907-1995)

Camille Saint-SäensConcerto pour violon n°3 op.61Nathan Milstein, violonPhiharmonia Orchestra, dir. Anatol Fistoulari (enr. 1959) / EMI

Les raretés du confinement (II)

Comme je l’écrivais le 11 novembre dernier – Les raretés du confinement :

« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… « 

Récapitulons donc la deuxième décade de ce confinement, qui n’est pas près de se terminer même si on nous promet des « allègements ».

12 novembre

L’art du chef allemand Hermann Scherchen (1891-1966) a été abondamment documenté ces dernières années, et récemment par la réédition de son cycle des symphonies de Beethoven.

Mais sauf erreur je n’ai jamais vu reparaître un disque (partagé avec Julius Rudel) d’ouvertures d’Offenbach et Suppé publié jadis par MCA Classics. Et pourtant Scherchen dirigeant Offenbach c’est quelque chose !

13 novembre

En hommage à toutes les victimes des attentats du 13 novembre 2015, cette version inattendue et bouleversante de la Quatrième symphonie de Mahler dirigée par… David Oïstrakh, enregistrée à Moscou en 1967

14 novembre

La cantatrice américaine Teresa Stich-Randall (1927-2007) est restée dans la mémoire collective et discographique comme une interprète d’élection de Mozart (à Aix-en-Provence) et Richard Strauss. Dans un disque portrait enregistré en 1962 elle explore d’autres répertoires, comme cet air « Depuis le jour« , sommet d’érotisme, tiré de l’opéra Louise de Gustave Charpentier (1860-1956)… et non Marc-Antoine Charpentier comme indiqué sur la pochette du disque !!

15 novembre

J’ai une passion pour les mélodies avec orchestre de Richard Strauss. En dehors des Vier letzte Lieder et une petite dizaine d’autres très souvent enregistrées, la discographie des 200 mélodies – dont plus d’une trentaine avec orchestre – est plutôt maigre. J’aime beaucoup ce disque – devenu introuvable, jamais réédité semble-t-il – du ténor Siegfried Jerusalem accompagné par Kurt Masur et le Gewandhausorchester de Leipzig

16 novembre

Le 7 novembre j’évoquais la formidable version de la 4ème symphonie de Brahms enregistrée à Londres, en 1962, par Fritz Reiner avec le Royal Philharmonic Orchestra. En 1959, le chef américain d’origine hongroise grave, pour Decca, avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker le Requiem de Verdi et d’ébouriffantes Danses hongroises de Brahms (ainsi qu’un bouquet de Danses slaves de Dvorak).Le sévère Fritz Reiner se lâche complètement dans cette 6ème danse hongroise, fait rugir les pupitres viennois, et donne une touche authentiquement magyar à ces oeuvres si rebattues.

17 novembre

Le chef australien d’origine américaine Charles Mackerras est né le 17 novembre 1925 (et mort il y a dix ans le 14 juillet 2010). Il a laissé une abondante discographie où figurent des Mozart, Haydn, Beethoven exceptionnels, bien sûr les opéras de Janacek et la musique tchèque dont il avait appris les secrets auprès de Vaclav Talich. Comme beaucoup de ses contemporains, Charles Mackerras pratiquait un art, aujourd’hui oublié, celui de l’arrangement. On connaît Gaîté parisienne fabriquée par Manuel Rosenthal à partir d’airs d’Offenbach, un peu moins les suites d’orchestre tirées des opéras de Richard Strauss par Antal Dorati ou Erich Leinsdorf, moins encore le formidable Graduation Ball, un ballet signé Dorati à partir de pièces de Johann Strauss.

Mackerras lui s’est livré à deux arrangements très réussis, Pineapple Poll à partir d’opérettes d’Arthur Sullivan et The Lady and the Foll qui compile habilement airs plus ou moins connus d’opéras de Verdi.

18 novembre

Vous avez aimé avant-hier Fritz Reiner dans une foudroyante 6ème danse hongroise de Brahms avec les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker ? que penserez-vous de cette 5ème danse hongroise cravachée (et jouée comme le faisaient les ensembles de musique tzigane dans les restaurants et cabarets de Budapest) ?

19 novembre

Le samedi 23 décembre 1995, j’avais décidé de consacrer, sur France Musique, toute une journée à Elisabeth Schwarzkopf (1915-2006), pour son 80ème anniversaire. La cantatrice avait accepté de quitter sa maison près de Zurich, de venir passer la journée à Paris. Le regretté Jean-Michel Damian (Une voix de radio)l’avait reçue dans son émission de l’après-midi, qui exceptionnellement avait lieu dans le Studio 104 (à l’époque le plus grand) de la Maison de la Radio, archi-comble en cette avant-veille de Noël. J’avais signalé à J.M.Damian que l’enregistrement préféré de la cantatrice elle-même était l’opérette Wiener Blut de Johann Strauss qu’elle avait enregistrée en 1953 avec le jeune Nicolai Gedda, et en particulier ce duo. Une réussite miraculeuse, la perfection stylistique de l’accompagnement du chef suisse Otto Ackermann, cette sublime valse suspendue…. à 1’18

20 novembre

Un disque trouvé jadis à Londres et depuis précieusement conservé, réédité récemment dans la collection Eloquence, l’ambiance unique des dernières nuits des Prom’s et en 1972 la participation exceptionnelle de la grande Jessye Norman dans deux des WesendonckLieder de Wagner, la direction du si regretté Colin Davis (1927-2013)

21 novembre

Ce n’est pas la part la plus importante du legs discographique du regretté Mariss Jansons (1943-2019) mais le chef letton donne le panache nécessaire à ce morceau de bravoure célèbre du violoniste et compositeur roumain Grigoraș Dinicu (1889-1949) Hora staccato

22 novembre

En ce dimanche 22 novembre, jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, la messe solennelle de Sainte-Cécile de Gounod (1816-1896) s’impose, une oeuvre bien peu jouée et enregistrée aujourd’hui. Igor Markevitch en a laissé en 1965 une version magnifique, qui bénéficie de la splendeur des choeurs tchèques et de l’Orchestre philharmonique tchèque et d’un trio de solistes exceptionnel, Irmgard Seefried, Gerhard Stolze et Hermann Uhde. Lire ici l’histoire de cette sainte chère aux musiciens : Une patronne vierge.

Les raretés du confinement (I)

Lors du premier confinement au printemps dernier j’avais entrepris de publier chaque jour sur Facebook une symphonie de Haydn (il y en a… 107!) dans des versions aussi contrastées et originales que possible.

Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… Récapitulation d’une première décade de publications:

2 novembre

Aujourd’hui Claudio Abbado dirigeant le Concert de l’an 1991 des Wiener Philharmoniker: l’ouverture de l’opérette Waldmeister (1895) de Johann Strauss

3 novembre

#ElectionDay En ce jour d’élection présidentielle américaine, cet extrait d’une soirée donnée au Carnegie Hall de New York en 1988 pour le centenaire d’Irving Berlin. Marilyn Horne chante « God bless America« .

4 novembre

En attendant les résultats de l’élection américaine, ce témoignage inattendu d’hommage au drapeau américain de la part d’Antonin Dvorak, directeur du Conservatoire de New York de 1892 à 1895. Michael Tilson Thomas dirige le RSO Berlin

5 novembre

Un compositeur américain d’origine russe, Alexei Haieff` (1914-1994) qui m’était complètement inconnu avant que je le découvre dans le gros coffret RCA des rééditions de Charles Munch (1891-1968). La 2ème symphonie de Haieff a été créée le 11 avril 1958 par Munch et le Boston Symphony Orchestra

6 novembre

Pour rester dans la sphère américaine, cette étonnante pépite de la discographie du vénérable chef britannique Adrian Boult (1889-1983) qui, à 80 ans passés, enregistre un bouquet de marches, dont la célébrissime « Stars and Stripes forever » de John Philip Sousa (1854-1932) – lire America is beautiful

7 novembre

Le grand Fritz Reiner (1888-1963) délaisse son orchestre de Chicago pour enregistrer, en 1962, à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra, une extraordinaire Quatrième symphonie de Brahms, celle que je place au sommet de ma discographie de l’oeuvre. Une version rare, superbement enregistrée par Kenneth Wilkinson au Walthamstow Town Hall, publiée par Chesky Records

8 novembre

Clin d’oeil au nouveau président élu, Joe Biden, à la nouvelle vice-présidente élue, Kamala Harris,la plus surprenante des versions de l’ouverture de « Candide » de Bernstein… ou quand le grand chef russe Evgueni Svetlanov (1928-2002) se déchaîne en public à la tête du London Symphony Orchestra au Festival d’Edimbourg le 28 août 1978.

9 novembre

Le 9 novembre 1989 le mur érigé en 1961 entre Berlin Ouest et Berlin Est cédait sous la ferveur populaire.Le 25 décembre, dans la superbe salle du Konzerthaus (à l’époque à Berlin-Est), Leonard Bernstein – qui allait mourir dix mois plus tard – dirigeait la Neuvième symphonie de Beethoven, dont le finale était rebaptisé « Ode an die Freiheit » (Ode à la liberté). Ce concert réunissait autour de l’orchestre de la Radio bavaroise des musiciens des orchestres de Paris, Dresde, Londres, New York et Leningrad (Kirov), les choeurs de la radio bavaroise, de la radio de Berlin-Est et le choeur d’enfants de Dresde, ainsi que quatre solistes June Anderson (USA), Sarah Walker (Grande-Bretagne), Klaus König (RDA) et Jan-Hendrik Rootering (Pays-Bas)

10 novembre

Dans le prolongement de l’élection présidentielle américaine, cette absolue rareté dans la discographie pourtant très abondante d’Antal Dorati, un disque intitulé « Be Glad then America! » et cette oeuvre de Robert Russell Bennett (1894-1981), une commande de l’orchestre National de Washington pour le bicentenaire de l’Indépendance en 1976 : « The fun and faith of William Billings, American ».William Billings (1746-1800) est considéré comme le père de la musique chorale américaine

11 novembre

Le chef suisse Ernest Ansermet est né le 11 novembre 1883 (et mort le 20 février 1969). Il a réalisé l’essentiel de ses enregistrements pour Decca avec l’ OSR – Orchestre de la Suisse Romande qu’il avait fondé en 1918. Ici il dirige, le 17 mars 1966 (à 83 ans), avec une énergie juvénile, un répertoire où il était moins attendu, la Troisième symphonie de Brahms à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

Voici ce que j’écrivais le 8 avril 2016 – On aime Brahms

Quant à la 3ème symphonie, depuis que François Hudry me l’avait fait découvrir, je mets au premier rang un chef qu’on n’associe pas spontanément à Brahms (et qui a pourtant réalisé une très belle intégrale – méconnue – chez Decca avec « son » Orchestre de la Suisse romande)Ernest Ansermet, avec l’orchestre de la Radio bavaroise, un « live » de 1966. Tout simplement exceptionnel !

La découverte de la musique (XI) : Haydn dans les Pyrénées

Je désespérais de retrouver un jour un disque qui a déclenché ma passion pour Haydn et mon admiration pour le chef d’orchestre Antal Dorati. Un disque offert par mes parents – pourquoi celui-ci en particulier ? – un 33 tours écouté pour la première fois dans les Pyrénées !

Mes parents avaient loué, pour la semaine de Noël de 1970, une petite maison, une ancienne bergerie, au lieu-dit Gripp, à quelques kilomètres de la station de La Mongie. Je me rappelle que le confort y était plus que spartiate, qu’un seul malheureux poêle à bois servait de chauffage, et que les toutes petites chambres étaient toujours glacées. Nous avions cependant emporté un électrophone, pour pouvoir écouter comme il se doit cantiques et chants de Noël.

Il y avait un terrain en pente, où nous pûmes nous livrer aux joies de la luge, et mon père essayer de tenir sur des skis…. C’était nos premières (et nos dernières) vacances à la neige.

Plus encore que la symphonie n°94 – qui sera trop associée dans ma mémoire ultérieure aux pitreries de Gerard Hoffnung La musique pour rire – j’ai immédiatement aimé cette majestueuse 103ème symphonie, ce début mystérieux venu des profondeurs de l’orchestre – je n’avais pas encore découvert, et pour cause, les roulements de timbales par lesquels Harnoncourt et quelques autres feront débuter l’oeuvre – cet andante aristocratique, ce menuet qui hésite entre la danse de cour et le Ländler paysan, et ce finale étourdissant.

Des années après, je me suis jeté sur la fameuse intégrale des symphonies réalisée par le même Antal Dorati avec la même Philharmonia Hungarica, espérant retrouver en CD ce vinyle disparu dans les différents déménagements familiaux ou personnels. Vu les dates d’enregistrement, ça ne collait pas.

J’ai espéré de nouveau lorsque Universal a réédité le fonds Mercury Living Presence en trois gros coffrets. Beaucoup de Dorati, un fabuleux trésor… mais nulle part ces symphonies de Haydn.

Et voici que la collection Eloquence réédite en quatre pleins CD les Mozart et les Haydn gravés par Dorati à la fin des années 50 :

Coffret commandé la semaine dernière en Angleterre (on recommande le site prestomusic.com 10 € moins cher que sur le continent !) et reçu ce matin ! Infinie reconnaissance à Cyrus Meher-Homji, infatigable défricheur et réhabilitateur du fonds de catalogue Decca/Philips/DG des années 50 et 60, âme de cette collection Eloquence Australie qui nous restitue ainsi d’inimaginables trésors dans des remasterisations respectueuses des splendides prises de son d’origine.

Il se dit que Wilma Cozart Fine (1927-2009) qui, avec son mari Robert C.Fine, avait dirigé le département classique de Mercury Records, et avait personnellement suivi la réédition en CD de cet héritage exceptionnel, n’avait pas voulu y inclure ces Mozart et Haydn, jugeant que ce n’était pas le répertoire dans lequel on attendait Dorati ! Voici ce qu’en dit aujourd’hui l’éditeur :

Antal Doráti’s complete Haydn and Mozart recordings for Mercury, predating his landmark collection of the Haydn cycle for Decca. In 1966 the Stereo Review critic made a prescient observation: ‘Doráti here establishes himself as a first-rate Haydn conductor.’ There is the passion of advocacy as well as the foundational principles of his Haydn performing style in these early recordings: ‘Only a few of his works were done and were always repeated,’ Doráti remarked in interview. ‘The reason for that, I think, is just human modesty. The taste of a public is modest; they are satisfied with little. But that is why we are here – to show them a wider horizon… Haydn began as a talent and ended up as a genius’. Unlike many of his colleagues, Doráti took pleasure in the process of recording, establishing a happy and concordant working relationship with the husband-and-wife Mercury team of Robert and Wilma Cozart Fine. One of the first fruits of that relationship was a pairing of Mozart’s 40th and Mendelssohn’s 4th symphonies, made in Minneapolis where Doráti was music director and released in 1953 (the ‘Italian’ has been reissued separately by Eloquence, coupled with Doráti’s Schumann and more Mendelssohn, 484 0506). There followed Eine kleine Nachtmusik coupled with the ‘Linz’ in 1956, and a stereo remake of the 40th in 1961. The rarity here is the ‘Mozartiana’ LP from 1967, gathering up the Overture to Lucio Silla with marches and dances, and never previously issued complete on CD. In the meanwhile, Doráti had embarked upon what would be the largest Haydn discography of any conductor with the ‘Farewell’ Symphony, from the same sessions as the stereo remake of Mozart’s 40th. He picked a judicious path through mostly named symphonies (‘Fire’, ‘Surprise’, ‘Military’, ‘Clock’ and ‘Drum Roll’) calculated to appeal to consumers hitherto hardly familiar with the extent of Haydn’s symphonic achievement, conducting the LSO, the Bath Festival Orchestra (‘Festival Chamber Orchestra’) and his own Philharmonia Hungarica. The fire and brilliance of these early recordings sometimes exceeds the later Decca remakes within Doráti’s complete cycle.

Détails de ce coffret :

CD 1 Mozart symphonie n°40 / Minneapolis Symphony (avril 1952)

Les noces de Figaro ouv / Une petite musique de nuit London Symphony (août 1965)

Lucio Silla ouv, Marches K 335, 249, 402, Danses allemandes 603 / Bath Festival (juin 1961)

CD 2 Mozart symphonies 36, 40 / London Symphony (1956, 1961)

Haydn symphonie 59 / Bath festival (août 1965)

CD 3 Haydn symphonies 45, 81 / Bath festival (1961, 1965)

Haydn symphonie 94 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)

CD 4 Haydn symphonies 100, 101 / London Symphony (avril 1957)

Haydn symphonie 103 / Philharmonia Hungarica (juin 1958)

L’orchestre venu du froid

#Confinement Jour 52

Alain Lompech confiné

Reçu hier un numéro de mai, de taille réduite, de Classica. 

Classica-N°222-Mai-2020

On a bien aimé, entre autres, la sorte de journal de confinement d’Alain Lompech, qui nous raconte ses revisites de sa discothèque, au hasard de ses humeurs vagabondes, sans  logique apparente. J’y reviendrai !

Je me suis complètement retrouvé dans ce récit. Le confinement a eu cette vertu de nous faire redécouvrir les livres, films, disques accumulés au fil des ans, régulièrement triés, rangés, alors que tous n’ont pas nécessairement bénéficié d’une lecture ou d’une écoute attentives. Les fameuses piles « à écouter », « à lire » qu’on remet toujours à plus tard… quand on aura le temps !

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Le jeu du confinement

Sur les réseaux sociaux, il n’est pas de jour qu’un de vos « amis » vous propose un « défi »… pour occuper le temps, distraire (?) les abonnés à ces réseaux. Je n’ai rien proposé de tel à personne, mais j’ai entamé une diffusion quotidienne… des symphonies de Haydn (107 !)

Ainsi aujourd’hui je propose la 33ème symphonie (1765) en do Majeur, dans l’interprétation d’Antal Dorati et du (de la ?) Philharmonia Hungarica

Je varie, selon les jours… et les vidéos disponibles sur YouTube, entre les interprétations de Christopher Hogwood, Derek Solomons, Adam Fischer, Ernst Maerzendorfer, Giovanni Antonini… et Antal Dorati. Je ferai bientôt un point plus complet sur la discographie des symphonies de Haydn.

L’orchestre de la Guerre froide

Je voudrais aujourd’hui raconter l’histoire singulière d’un orchestre apparu il y a 64 ans (1956) et disparu 45 ans plus tard en 2001, la Philharmonia Hungarica

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C’est cet orchestre qu’Antal Dorati avait choisi pour réaliser la monumentale entreprise de l’enregistrement des symphonies de Haydn, longtemps présentée comme la première intégrale au disque (en réalité un autre chef, Ernst Maerzendorfer l’avait précédé à Vienne au début des années 60, mais cette intégrale avait été peu et mal diffusée… jusqu’à ce qu’elle reparaisse en CD il y a quelques mois).

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La Philharmonia Hungarica est constituée, d’abord à Baden au sud de Vienne, de musiciens, essentiellement issus de l’orchestre philharmonique hongrois, qui ont fui Budapest et les sinistres événements de l’automne 1956.

C’est le tout jeune chef hongrois Zoltán Rozsnyai, 30 ans à l’époque, qui rassemble des musiciens exilés sous l’emblème de la Philharmonia Hungarica. Il obtient rapidement le soutien, le patronage, de puissants amis américains – on est au coeur de la Guerre froide – et surtout l’inestimable appui de son illustre aîné, qui a fui l’Europe nazie, est devenu citoyen américain en 1943, Antal Doráti.

C’est grâce à ce prestigieux parrainage que l’orchestre va pouvoir s’établir durablement, s’installant dans la petite ville de Marlen Allemagne de l’Ouest.

L’aventure de l’intégrale des symphonies de Haydn pour le label Decca va donner à cette formation née de la Guerre froide une aura internationale inestimable.

Cette phalange n’est sans doute pas la plus brillante, la plus homogène, la plus parfaite, et comme Dorati ne passait pas pour aimer les longues répétitions, on entend bien, à l’écoute de cette intégrale Haydn, que plus d’un enregistrement eût mérité quelques services de plus, et pourtant il y a dans ces disques de la Philharmonia Hungarica des saveurs, des couleurs, des sonorités si typiquement Mitteleuropa, si authentiquement hongroises. La liberté plus que la discipline, la chaleur – les cordes ! – plus que la barre de mesure.

Ce seront d’ailleurs des qualités qu’on retrouvera, à un moindre degré certes, dans l’intégrale d’Adam Fischer des symphonies de Haydn, avec un orchestre composé tout exprès de musiciens autrichiens et hongrois.

A part Dorati, peu d’autres chefs auront dirigé la Philharmonia Hungarica, en tout cas au disque.

C’est la politique qui avait indirectement donné naissance à cet orchestre, c’est la politique qui va le conduire à sa fin.

Soutenu par le gouvernement ouest-allemand même après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la réunification de l’Allemagne, la Philharmonia Hungarica perd peu à peu les soutiens artistiques et financiers qui faisaient sa légitimité historique.

Le 22 avril 2001, l’orchestre donne son dernier concert à Düsseldorf, sous la direction de Robert Bachmann : avec l’ultime symphonie de Bruckner !.

Le vent de l’Histoire a tourné, la Guerre froide est terminée, le souvenir des sacrifices des Hongrois de 1956 a disparu de la mémoire collective.

Reste cette somme incomparable laissée par Antal Dorati et la Philharmonia Hungarica à la postérité.

 

Mes lectures et Wagner

Je le disais avant-hier, je me suis remis sérieusement à Bach (Le mystère Jean-Sébastien Bachmais comme j’aime bien courir plusieurs li(è)vres à la fois, je pratique toujours une lecture multiple. Je prends, je lis, je laisse reposer, je reprends. Format livre ou numérique.

Inutile de chercher quelque cohérence dans ces lectures, ou même quelque conformité avec mes opinions. J’aime bien, au contraire, être provoqué – intelligemment – par ce qui ne me ressemble pas.

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Brillante, excessive, très cultivée, Aude Lancelin – ex-numéro 2 de L’Obs – ne fait pas dans la dentelle. Elle balance tout du long d’un bouquin, écrit à la pointe sèche, qui est plus et mieux qu’un règlement de comptes avec les nouveaux patrons de l’hebdomadaire, jadis référence d’une certaine gauche moderne,. C’est souvent jouissif, les pontes du Nouvel Obs – Jean Daniel, Claude Perdriel, etc. – sont habillés pour plusieurs hivers, l’actuel patron de la rédaction n’échappe pas au jeu de massacre. La dame bosse maintenant pour Mélenchon, on s’en serait douté. Mais on n’a pas souvent l’occasion de lire un pamphlet aussi bien écrit.

81jEyPjy1RLTout autre chose : 50 ans après 1968, c’est le bouquin à lire !

Mai 68  : tous les cocktails ne sont pas Molotov. À quelques centaines de mètres de la Sorbonne où les étudiants font la révolution, l’hôtel Meurice est occupé par son personnel. Le plus fameux prix littéraire du printemps, le prix Roger-Nimier, pourra-t-il être remis à son lauréat, un romancier inconnu de vingt-deux ans  ?
Sous la houlette altière et légèrement alcoolisée de la milliardaire Florence Gould, qui finance le prix, nous nous faufilons parmi les membres du jury, Paul Morand, Jacques Chardonne, Bernard Frank et tant d’autres célébrités de l’époque, comme Salvador Dalí et J. Paul Getty. Dans cette satire des vanités bien parisiennes passe le personnage émouvant d’un vieux notaire de province qui promène son ombre mélancolique entre le tintement des verres de champagne et les réclamations de «  rendre le pouvoir à la base  ». Une folle journée où le tragique se mêle à la frivolité. (Présentation de l’éditeur)

C’est drôle, virtuose, insoutenablement léger.

Rien à voir avec ce qui précède, un bouquin acheté en solde à Dresde. Passionnant. Mais réservé aux germanophones !

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Le nom de Richard Wagner est indissociable des deux villes saxonnes, Leipzig et Dresde, Ce bouquin est prodigue en informations sur ce personnage controversé, mais aussi sur le contexte culturel et musical de la capitale saxonne du XIXème siècle.

C’est à Dresde que trois des opéras majeurs de Wagner sont créés : Rienzi, Le Vaisseau fantôme et Tannhäuser

J’ai éprouvé, j’éprouve toujours  à l’égard de Wagner les mêmes hésitations qu’avec Bach – mais pour de tout autres raisons – , de vraies réticences envers un personnage aux atours si contestables, voire détestables. Pourtant on ne résiste pas longtemps à un génie.

Pour ces trois opéras, mes références :

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Sous les pavés la musique (VII) : Solti à Chicago

Les pavés se font de plus en plus lourds à mesure que s’approche la fin de l’année. On annonce une intégrale Karajan (DGG/Decca) en plus de 300 CD ! Pour l’heure c’est un autre recordman de l’enregistrement que Decca honore : une intégrale en 108 CD de tout ce que Georg Solti a réalisé à Chicago durant toute la période où il fut le chef principal puis directeur musical honoraire de l’orchestre (de 1970 à 1997)

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Rappel des dates-clés d’une des plus impressionnantes baguettes du XXème siècle. Le jeune György Stern étudie le piano, la composition et la direction avec rien moins que Bartók, Dohnányi, Kodály et Weiner. En 1937 Toscanini le choisit comme assistant au Festival de Salzbourg, et dès 1947 il enregistre pour Decca, une fidélité qui durera 50 ans et produira plus de 250 enregistrements dont 45 opéras !

Solti commence à diriger l’orchestre symphonique de Chicago en 1954 (au Festival de Ravinia), en 1969 il en devient le chef principal pendant 22 ans, puis directeur musical honoraire jusqu’en 1997.

Ce coffret représente donc le coeur battant de l’activité du grand chef hongrois, même si les puristes préfèrent sa première période (Londres, Vienne, Israel), où les caractéristiques de sa personnalité – vivacité, acuité rythmique, inlassable vitalité – font merveille dans le répertoire post-romantique et moderne.

Les cycles des symphonies de Beethoven, Brahms, Bruckner souffrent d’une vision trop impersonnelle, tout est en place, avec un orchestre rutilant, mais rien ne marque vraiment. Solti est nettement plus convaincant dans Mahler – des doublons pour certaines symphonies – Tchaikovski, Wagner, Bartók ou Stravinsky. Et surprenant dans les Chostakovitch qu’il n’a abordés que sur la fin. Les grands oratorios (Bach, Haendel) sont oubliables, même bien chantés. En revanche, le très grand chef d’opéra qu’il a toujours été – et à mes yeux plus grand que le chef symphonique – se retrouve dans les intégrales que ce coffret nous restitue, comme une étonnante Damnation de Faust.

Conseil d’achat : le prix du coffret peut varier de 40 à 50 € d’un site à l’autre, d’un pays à l’autre, mais pour moins de 2 € le CD, avec une très belle iconographie et un vrai livre-portrait, c’est une très belle occasion d’apprécier l’art d’un grand chef, dans la prestigieuse lignée des Szell, Reiner, Dorati, comme Solti originaires d’Europe centrale.

Détails du coffret à lire sur Solti, les années Chicago

Le sesquicentenaire oublié

Cherchez bien son nom dans les programmes de concerts, dans les saisons symphoniques, voire dans les bacs des disquaires. Absent, oublié, inconnu…

C’est pourtant l’un des compositeurs français les plus originaux, les plus admirés de ses contemporains : Charles Koechlin (prononcer Ké-klin), né le 27 novembre 1867, mort le 31 décembre 1950, n’a jamais eu la renommée de Ravel, Roussel, Fauré, Debussy, alors que ces deux derniers, admiratifs de sa science de l’orchestre; lui avaient confié l’orchestration de certaines de leurs oeuvres (Pelléas et MélisandeKhamma)

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Pourquoi cet oubli, cette ignorance ? notamment de la part de chefs  qui ont tant fait pour la musique française, Plasson, Cluytens..

Musique trop sophistiquée, pas assez « mélodique » pour qu’on la retienne facilement ?

Le salut est venu de chefs étrangers qui ont commencé à combler un vide discographique incompréhensible,  Antal Dorati, James Judd, David Zinman.

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Mais c’est surtout à l’immense musicien, compositeur et hautboïste suisse, Heinz Holligerqu’on doit une véritable entreprise de réhabilitation de Charles Koechlin avec une formidable anthologie orchestrale, gravée en une dizaine d’années avec l’orchestre de la radio de Stuttgart (SWR), rééditée en coffret super-économique.

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Tout est à écouter, à découvrir, parfois s’y reprendre à plusieurs fois – l’Offrande musicale est d’une austérité qui peut décontenancer à la première audition ! – les mélodies (avec Juliane Banse) sont de pures merveilles

L’oeuvre pour piano et la musique de chambre de Koechlin sont tout aussi passionnantes

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Laissez-vous aller à égrener Les Heures persanes dans leur version piano puis orchestre…

Pain d’épices suédois

Je m’en vais dans quelques heures assister à un spectacle…pour enfants, chorégraphié par Pär Isberg (prononcer Iceberg) – ça ne s’invente pas ! -, Nötknäpparen autrement dit Casse Noisettele dernier « ballet-féerie » de Tchaikovski. Et je m’en réjouis à l’avance.

Casse-Noisette était sur la Table d’écoute de Camille de Rijck sur Musiq3, dimanche dernier, jour de Noël comme il se doit – L’émission est à réécouter ici Table d’écoute 25/12/2016 Casse Noisette. Il faut juste éviter les dernières minutes qui ne correspondent pas à la séquence annoncée, mais la comparaison entre plusieurs grandes versions non seulement confirme que l’ouvrage est un chef-d’oeuvre de bout en bout (ce qui n’est pas toujours le cas des grands ballets qui souffrent parfois de « remplissages ») et que les plus grands chefs peuvent révéler la  magie, le merveilleux de ce récit autant que la beauté des thèmes et la subtilité de l’orchestration tchaikovskienne.

Grands vainqueurs de cette écoute comparée, d’abord Valery Gergiev dont la toute récente version renouvelle la réussite de ses précédents enregistrements (Decca 1998 et DVD 2007), et Antal Dorati, dans la deuxième de ses trois magnifiques versions (après Minneapolis 1954 et avant Amsterdam/Concertgebouw en 1976)

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Des enfants, il y en avait déjà beaucoup ce matin au Moderna Museetle superbe musée d’art moderne de Srockholm situé sur la presqu’ile de Skeppsholmen

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Une exposition-concours de toutes sortes de constructions en pain d’épices faisait saliver autant les petits que les grands, en vain puisque, même par l’odeur alléchés, on ne pouvait ni toucher ni goûter…

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Une très belle ambiance de fêtes qu’on retrouvait dans la veille ville (Gamla Stan), dès qu’on s’éloignait des deux rues bondées de touristes.

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