Doublé

Tombé par hasard hier sur la deuxième partie de La tribune des critiques de disques de France Musique consacrée au Concerto pour deux pianos de Poulenc.

Une oeuvre créée le 5 septembre 1932 par l’auteur lui-même et son complice Jacques Février au piano… à La Fenice à Venise.

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Je me demandais si j’allais reconnaître les versions en compétition, et ma favorite en particulier. Exercice compliqué par le fait de prendre l’émission en cours de route, et après que des versions ont déjà été éliminées après le 1er mouvement.

Pas très difficile de reconnaître la patte, la griffe même de Martha Argerich, captée en concert à Lugano, avec Alexander Gurning au second piano. Brillant, mais plus Prokofiev que Poulenc.

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Le trouble s’installe chez les participants à la Tribune et chez moi lorsque deux versions retiennent l’attention jusqu’au bout, sans qu’on puisse vraiment les départager. Dans les deux, il y a forcément « la » version de référence, consacrée par la critique internationale et plusieurs émissions de comparaison discographique, comme une précédente Tribune, depuis sa parution en 2004.

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Une version enregistrée en décembre 2003 à Liège avec l’Orchestre philharmonique de Liège et un tout jeune chef, dont ce fut le premier disque : Stéphane Denève. Et deux amis de longue date, les pianistes Eric Le Sage et Frank Braley. Une version sans cesse rééditée, comme dans ce nouveau coffret rassemblant toute l’oeuvre de Poulenc avec piano.

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Mais l’autre version ?  Jérémie Rousseau fait durer le suspense jusqu’au bout. Et finit par dévoiler les interprètes de cette version mystère si proche dans l’esprit du disque Le Sage/Braley. Et pour cause : c’est le même chef, treize ans plus tard, Stéphane Denève à la tête d’un orchestre du Concertgebouw aussi somptueux que transparent, et deux jeunes pianistes qu’aucun critique de la Tribune ne semble connaître, deux frères néerlandais, Arthur et Lucas Jussen, 21 et 24 ans.

Je ne suis pas surpris, j’avais déjà repéré le duo il y a presque dix ans, et leur premier concert en dehors de leur Hollande natale avait eu lieu… à la Salle Philharmonique de Liège !

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La discographie des deux frères n’est pas encore considérable, mais de très haute qualité.

Quant à Stéphane Denève, il confirme concert après concert, disque après disque, tout ce qu’on aime de lui (lire Les nouveaux modernes).

Immigrés polonais

Dans le récent « grand débat » la Pologne, qui s’était déjà illustrée de manière spectaculaire en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, avec son plombier polonais, s’est à nouveau invitée dans la campagne présidentielle française.

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(Détournement réussi de la fameuse affiche du faux plombier polonais par l’Office du Tourisme polonais)

Imaginons que les arguments utilisés par certain(e)s pour interdire l’immigration de citoyens européens en France aient été en vigueur dans la France romantique du XIXème siècle ou un siècle plus tard au début du XXème, deux des plus grands Polonais de l’histoire n’auraient jamais enrichi le patrimoine culturel français, notre culture commune. Je veux parler du compositeur Frédéric Chopin (1810-1849) et du pianiste Arthur Rubinstein (1887-1982)… En l’occurrence, pour Chopin, c’était peut-être un retour aux sources, puisque son père était d’origine lorraine !

Ce détour par l’actualité pour évoquer la part la moins spectaculaire, la plus secrète, de l’oeuvre de Chopin, ses Mazurkas.

Lorsque j’ai un peu de temps pour me remettre devant mon piano, c’est toujours vers ce corpus que je reviens, au hasard des humeurs du moment, tant il y a de coins et de recoins de l’âme à explorer, beaucoup plus que l’aspect « national », voire folklorique, de danses stylisées à l’extrême.

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Je suis incapable – et je n’ai pas envie – de faire un classement parmi cette cinquantaine de condensés de poésie, de dire mes préférences, d’en trouver certaines plus « faibles » que d’autres. Je ne me lasse pas de les écouter et réécouter dans les visions aussi différentes qu’Arthur Rubinstein, Jean-Marc Luisada, Nikita Magaloff, Pietro di Maria.81M0ErXoddL._SL1500_71Ib+2cVR4L._SL1050_71iWYSIQz-L._SL1417_718wrcxG9GL._SL1500_

Et pourquoi ne pas se replonger dans les belles pages que le regretté Dominique Jameux  et le cher Jean-Jacques Eigeldinger ont consacrées à notre immigré polonais préféré ?

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Eloquence

Il paraît que les concours d’éloquence qui étaient naguère l’apanage des jeunes avocats, ou des apprentis comédiens, rencontrent aujourd’hui un succès aussi considérable qu’inattendu. Comme en Seine Saint-Denis : Faire entendre sa voix.

Tant mieux ! C’est bien la preuve que la culture, la langue commune, sont partageables par tous et sont les meilleurs moteurs du dépassement de soi, du refus de ce qu’Emmanuel Macron appelle justement « l’assignation à résidence« . Dans la logique de mon billet d’hier (Une idée folle).

Mais l’Eloquence que je veux évoquer ici n’a rien à voir avec cette belle actualité culturelle. Il s’agit d’une collection de disques, dont tous les mélomanes guettent les nouvelles publications avec gourmandise, une collection à double branche si on peut dire.

D’abord très répandue en Allemagne et d’une distribution limitée auxpays germaniques, Eloquence propose, à prix « super budget », de magnifiques rééditions issues des fonds Deutsche Grammophon, Decca et Philips. 

Et puis il y a une autre branche… australienne d’Eloquence que les amateurs – comme moi- trouvaient au hasard de leurs voyages en pays anglo-saxons ou en les commandant à un prestataire australien. Aujourd’hui heureusement cette collection est disponible couramment en Europe.

Australian Eloquence is one of the most critically-acclaimed classical reissue series in the world today. Drawing on the vast catalogues of Decca, Philips, Deutsche Grammophon and ABC Classics, the series presents music for the casual buyer as well as for the connoisseur. The series has received the highest international critical praise for its imagination and inventiveness and is noted for resurrecting several analogue recordings hitherto unreleased on CD 

C’est peu dire que c’est une malle aux trésors, d’abord par le soin apporté à ces rééditions, ensuite par la qualité et l’originalité des interprétations qui nous sont restituées, pour beaucoup jamais publiées en CD. Jean-Charles Hoffelé, qui, à mon grand regret, ne chronique plus de disques dans Diapason, ne manque aucune des belles sorties de cette collection sur son blog Artalinna.com. 

Je viens, pour ma part, de reconstituer, grâce à trois doubles CD, ce qui pourrait bien être mon intégrale idéale des symphonies de Tchaikovski. 

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Les premières explorations tchaikovskiennes du tout jeune Michael Tilson Thomas en 1970 à Boston – la 1ère symphonie la plus poétique, la plus juvénile de la discographie, magnifiquement captée – du tout jeune Claudio Abbado en 1967 à Londres – une 2ème symphonie toute gorgée de mélodies populaires ukrainiennes (à entendre cet été à Montpellier !), le même Abbado jamais aussi imaginatif que dans cette 4ème symphonie viennoise, et un chef aujourd’hui bien oublié, Ferdinand Leitner, qui nous offre une version idiomatique de la suite de Casse-Noisette.

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La 3ème symphonie de Tchaikovski est un peu la mal-aimée des six, elle est rare au concert, encore plus au disque hors intégrales. Je ne connaissais pas cette version du chef israëlien, lui aussi bien oublié, Moshe Atzmon : une splendeur très bien enregistrée avec l’autre orchestre viennois, les Wiener Symphoniker. 

On retrouve Claudio Abbado dans une lumineuse 5ème londonienne, et deux formidables témoignages d’un chef polonais bien trop négligé Witold Rowicki, des versions vraiment idéales des deux suites du Lac des cygnes et de La belle au bois dormant.

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Last but not least, encore le jeune Abbado dans deux réussites, sa première « Pathétique », la plus réussie avec le grain inimitable des Viennois, et son premier Roméo et Juliette à Boston. Et une version haute en couleurs, qu’on avait complètement oubliée, de Manfred, cette symphonie qui ne dit pas son nom, due à un chef inspiré, Youri Ahronovitch.

Un Tchaikovski… vraiment éloquent sous ces belles baguettes, qu’on redécouvre avec infiniment de bonheur.

Et alors ?

Et alors ? La réplique restera dans les annales !

Le petit côté rebelle, le « je fais ce que je veux » de l’adolescent pris en défaut, prêteraient à sourire si les circonstances n’étaient aussi sérieuses. Laissons le candidat Fillon à ses démêlés…Comme l’écrivait Françoise Giroud, dans un article d’une cruauté acérée (lire : L’Express 24 avril 1974) à propos d’un autre candidat à la présidentielle, qui se réclamait lui aussi du général de Gaulle : « On ne tire pas sur une ambulance » !

Et alors ? C’est une formule que j’emploie souvent, non comme une bravade, mais pour ne jamais considérer une opinion, un avis, comme définitifs, surtout dans le domaine de la musique, de la culture en général. Il suffit qu’une plume « autorisée » ait émis un jour un jugement péremptoire sur tel interprète, tel enregistrement, pour que la simple contestation de cette position passe pour outrecuidante.

Et alors ? je n’ai jamais aimé qu’on m’impose du prêt-à-penser, ce n’est pas maintenant que je vais me mettre à la « conformité ».

Par exemple, une discussion sur Facebook il y a quelque temps sur le pianiste suisse Karl Engel m’a convaincu de racheter ses enregistrements des sonates et des concertos de Mozart, dont je m’étais séparé, lors d’un déménagement, les considérant comme non indispensables – ils n’étaient jamais cités comme des « références » -.

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Au cours de cette « discussion », je vois réapparaître le cliché sur le bon pianiste desservi par un accompagnement au choix terne, poussif, banal… Remarquez j’avais lu ou entendu la même chose – un avis expédié en deux lignes – sur la première intégrale des concertos de Mozart réalisée par Geza Anda avec la formation salzbourgeoise soeur, qu’on appelait alors Camerata academica. 

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C’était le temps où la critique ne jurait que par Murray Perahia, paré de toutes les vertus de l’interprète mozartien par excellence. Moi je n’ai jamais osé dire que ce Mozart gracieux et perlé m’indiffère, et que je lui préfère de cent coudées le piano charnu, charnel, humain de Geza Anda ou Karl Engel…

Autre « vérité »établie : Otto Klemperer est un chef lent, désespérément lent. On évoque donc à son sujet une vision marmoréenne, granitique, hiératique – on a le choix -. Et puis on s’avise de réécouter sa Missa solemnis, et on entend l’une des interprétations les plus incandescentes de l’histoire du disque !

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Pour en revenir à Mozart, pourrait-on imaginer que cette version toute de fougue et de fièvre de la 25ème symphonie est due au vieux Klemperer, en 1956, bien des années avant la révolution harnoncourtienne ?

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Autre certitude : Karajan, à la fin de sa vie, n’était qu’hédonisme sonore, legato moelleux, au détriment du respect de la partition. Et alors ? que dire de cette gravure de 1982 de la 94ème symphonie de Haydn ? en particulier le deuxième mouvement (à 9’30), un andante presque allegro. 

Frans Brüggen, en comparaison, semble avoir des pieds de plomb !

Et alors donc ? Ne jamais rien tenir pour acquis, et écouter d’une oreille neuve et fraîche même ce qu’on croit connaître par coeur. C’est la différence entre musique et politique : il y a souvent de bonnes surprises !

Au violon

En ces temps d’actualité politico-judiciaire chargée, un peu d’histoire ne saurait nuire.

Comme par exemple l’origine et le sens de l’expression aller au violon ?

Les candidats empêtrés dans les affaires peuvent être suspectés de pisser dans un violon. On ne leur souhaite pas pour autant de finir au violon !

De violon, l’instrument, il est question dans deux coffrets reçus ces dernières semaines, via la filiale italienne d’Universal. Deux violonistes, deux générations, deux trajectoires bien différentes : Henryk Szeryng (1918-1988), Shlomo Mintz (né en 1957).

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Je me rappelle – c’était dans Disques en Lice, la plus ancienne émission de critique de disques ininterrompue depuis sa création fin 1987 * – un des invités, violoniste de son état, ne parvenant pas à identifier l’une des versions comparées d’un concerto pour violon, affirmant tout à trac : « Quand c’est du violon très bien joué, et qu’on n’arrive pas à le reconnaître, c’est sûrement Szeryng ! »

Au-delà de la boutade, il y a une réalité. Autant on peut immédiatement reconnaître, à l’aveugle, le style, la sonorité, la technique des Heifetz, Menuhin, Oistrakh, Milstein, Ferras, Grumiaux – tous contemporains du violoniste mexicain – autant Szeryng se tient dans une sorte de perfection un peu neutre. Mais il y a des amateurs pour cet art !

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Si Szeryng est la glace, Shlomo Mintz est le feu. Particulièrement dans ses toutes premières gravures que nous restitue ce coffret miraculeux. Pris sous l’aile de Sinopoli, Abbado, Levine, Mehta – excusez du peu ! – les grands concertos de Beethoven, Brahms, Sibelius, Dvorak, Mendelssohn, Bruch, Prokofiev gagnent, sous l’archet du jeune Mintz, une intensité, une fièvre, une lumière admirables. Le violon seul de Bach ou Paganini rayonne de la même chaleur et la musique de chambre n’est pas en reste.

 

*La critique est une école de l’humilité. J’en ai fait l’expérience grâce à la première émission de critiques de disques qui a reposé sur le principe de l’écoute à l’aveugle, Disques en lice, lancée fin 1987 sur Espace 2, la chaîne culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry. Pendant six ans, jusqu’à mon départ pour France Musique, semaine après semaine, nous avons exploré tous les répertoires, entendu, comparé des centaines de versions et appris la modestie. Tel(le) pianiste présenté(e) comme une référence absolue ne passait jamais l’épreuve de la première écoute, tel orchestre au son typiquement américain s’avérait être plus français que français, tel(le) chanteur/euse  si reconnaissable était un(e) illustre inconnu(e). (Le difficile art de la critique)

 

 

Plans B

L’expression fait florès depuis quelques semaines : plan B. 

Comme on le sait, il y a de bons et de mauvais plans. En politique comme en musique.

Plan B comme Böhm par exemple. On avait beaucoup aimé ce coffret qui remettait au premier plan les derniers enregistrements du chef autrichien (Le choc des géants)

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Détails du coffret à lire ici : Faut-il être sexy pour être un grand chef ?.

Deutsche Grammophon récidive avec un nouveau  coffret de 17 CD proposé à tout petit prix.

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D’où vient une relative déception ?  Une étrange sélection de « great recordings« , aucun inédit, certes des enregistrements qui étaient devenus rares dans les bacs des disquaires, et quelques pépites*. Comme cette Première symphonie de Brahms de 1959 avec un Philharmonique de Berlin porté à incandescence (la furie du finale !)

Du coup, rangeant ce coffret dans ma discothèque, j’ai retrouvé, tout près, un autre B. Un très bon plan B comme Boult, l’un des plus grands chefs du XXème siècle. Même si Sir Adrian n’a jamais eu la célébrité médiatique ou discographique de certains de ses contemporains, en dépit de son exceptionnelle longévité.

Comme héraut de Vaughan Williams ou Elgar, il est installé depuis longtemps comme une référence, mais un chef britannique pour de la musique britannique cela va de soi…

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En revanche, a-t-on vraiment porté attention à l’art d’Adrian Boult dans le répertoire classique et romantique ? Ses Mozart, Schumann, Brahms, Wagner, Tchaikovski, remarquablement documentés dans les deux  coffrets réédités par Warner…

La principale caractéristique de cet art si singulier, c’est le refus de l’emphase, de l’empois, la fluidité, la souplesse – particulièrement dans Brahms, où sa Rhapsodie pour contralto est l’une des plus allantes de la discographie

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81qvjlicel-_sl1417_81i-8paqnwl-_sl1232_* Détails du coffret Böhm/DGG (source Amazon.com)

BEETHOVEN
— Symphony 3 « Eroica » Berlin Philharmonic 1961 stereo*
— Symphony 5: Berlin Philharmonic 1953 mono*
— Symphony 7: Berlin Philharmonic 1958 stereo*
— Coriolan Overture: Berlin Philharmonic 1958 stereo*
— Missa Solemnis (Maria Stader, Marianna Radev, Anton Dermota, Josef Greindl, St. Hedwigs Choir) Berlin Philharmonic 1955 mono*
BRAHMS
— Symphony 1: Berlin Philharmonic 1959 stereo*
— Symphony 2: Berlin Philharmonic 1956 mono*
HAYDN
— The Seasons (Gundula Janowitz, Peter Schreier, Martti Talvela, Wiener Singverein) Vienna Symphony 1967 stereo
MAHLER
— Kindertotenlieder (Dietrich Fischer-Dieskau) Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Ruckert-Lieder (Dietrich Fischer-Dieskau) Berlin Philharmonic 1963 stereo
MOZART
— Serenade K.239 « Serenata Notturna »
—— Berlin Philharmonic 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.250 « Haffner » Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.320 « Posthorn » Berlin Philharmonic 1970 stereo
— Serenade K.361 « Gran Partita » Berlin Philharmonic winds 1970 stereo
— Serenade K.525 « Eine kleine Nachtmusik » Berlin Philharmonic 1956 mono*
REGER
— Variations & Fugue on a Theme by Mozart: Berlin Philharmonic 1956 mono
SCHUBERT
— Symphony 9 « The Great » Berlin Philharmonic 1963 stereo*
— Symphony 9 « The Great » REHEARSAL Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Rosamunde: Overture & Ballet Music: Berlin Philharmonic 1971 stereo
R. STRAUSS
— Eine Alpensinfonie: Staatskapelle Dresden 1957 mono
— Also sprach Zarathustra: Berlin Philharmonic 1958 stereo
— Don Juan:
—— Staatskapelle Dresden 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Festliches Praeludium: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Ein Heldenleben: Staatskapelle Dresden mono 1957 mono*
— Rosenkavalier: Act 3 Waltzes: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Salome: Dance of the Seven Veils: Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Till Eulenspiegels lustige Streiche:
—— Staatskapelle Dresden 1957 mono
—— Berlin Philharmonic 1963 stereo
— Tod und Verklarung: Staatskapelle Dresden 1972 stereo
INTERVIEW
— « Karl Bohm: Erzahltes leben (A Life Retold) » 1960 mono

 

Blocs de bonheur

Le seul hasard a réuni sur ma table d’écoute du week-end deux forts pavés, pourvoyeurs d’intenses émotions.

Commandé sur amazon.de (qui le proposait 30 % moins cher qu’en France), un coffret que toute la critique a couvert de lauriers, une somme impressionnante en effet, celle du quatuor américain Emerson, qui fête – on a peine à le croire – ses 40 ans d’existence.

71q4ayl7g-l-_sl1400_Les spécialistes diront mieux que moi les particularités de cette formation, pur produit de la Juilliard School de New York. Cohésion, brillance, éclat, une perfection du jeu d’ensemble parfois intimidante, mais quel répertoire, de Haydn aux contemporains américains, Mozart, Beethoven, Schubert – les derniers quatuors, le quintette à deux violoncelles – Schumann et Dvorak (les quatuors et quintettes avec piano et le merveilleux Menahem Pressler), Bartok, Chostakovitch, etc…

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Du très bel ouvrage à déguster lentement comme un grand cru. J’ai commencé par Grieg et Sibelius, et enchaîné avec les quatuors de Mozart dédiés à Haydn – à l’occasion je réécouterai les Italiano qui m’ont initié à ce répertoire classique.

Deuxième achat, pour me rattraper d’avoir manqué les récitals que mon voisin d’un soir, le baryton Matthias Goerne a donnés au Théâtre des Champs-Elysées. Les quelques rares concerts dans lesquels j’avais entendu le chanteur – en voix soliste avec orchestre – ne m’avaient pas tout à fait convaincu, quelque chose dans le timbre ou l’émission qui me dérangeait ? Et voici qu’Harmonia Mundi propose à un prix défiant toute concurrence une somme de 12 CD de Lieder de Schubert que Goerne a enregistrés de 2007 à 2012 avec  des partenaires aussi différents qu’exceptionnels : Christoph Eschenbach, Elisabeth Leonskaia, Andreas Haefliger, Helmut Deutsch, Eric Schneider, Ingo Metzmacher, Alexander Schmalcz !

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Et tout ce qui m’avait dérangé superficiellement s’évanouit, ou plutôt fait sens, fait corps, ce souffle de forge qui colore, éclaire ou assombrit un timbre comme venu du fond de l’âme, une diction toute d’aisance et de fluidité qui ne fait pas un sort à chaque consonne, à chaque syllabe – ne suivez pas mon regard du côté de DFD ! -, la simplicité, la pureté de la poésie schubertienne. Et dire que j’avais manqué tout cela jusqu’à présent…

Me reviennent en mémoire quelques autres disques, soigneusement conservés dans ma discothèque, d’un magnifique Liedersänger qui a plus d’un point commun avec son jeune collègue, Wolfgang Holzmair.

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Schubert ou le bonheur inépuisable…

Vingt fois sur le métier

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, 
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, 
Polissez-le sans cesse, et le repolissez, 
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.  (Boileau, L’Art poétique)

La citation, même tronquée ou déformée (« cent fois.. »), est connue et s’applique idéalement aux apprentis musiciens, aux créateurs en général.

Dans mon métier, j’ai souvent regretté de ne pas disposer de plus de temps pour assister aux répétitions d’une formation de musique de chambre, d’un orchestre, d’un opéra. Parce que tout naît de cet inlassable travail, la réussite comme parfois le ratage.

Youtube donne désormais accès à quantité de documents jusqu’alors cachés dans des archives ou parcimonieusement diffusés en « bonus » de certains DVD. Si on passe sur la qualité parfois médiocre du son et de l’image, on découvre des témoignages passionnants sur le travail des grands chefs, sur la « fabrication » d’une interprétation, d’un son d’ensemble, sur le rapport aussi entre musiciens et chef (certains visages sont éloquents !). En voici quelques-uns et pas des moindres, sur Karajan, Böhm et Carlos Kleiber.

(Préparation du concert de Nouvel an 1992)

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Autre document célèbre, filmé par Clouzot, cette répétition de la Quatrième symphonie de Schumann avec les Wiener Symphoniker. Où l’on voit comment un grand chef donne corps à la vision qu’il a de l’oeuvre, modèle et transforme le son de l’orchestre. Autorité et persuasion.

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Karl Böhm ne passait pas pour être un monument de gentillesse, mais à la fin de sa vie, il préférait privilégier la qualité de sa belle et longue relation avec les Wiener Philharmoniker. 

Deutsche Grammophon avait déjà sorti un beau coffret sur les dernières années du chef autrichien, et en annonce un nouveau sur la période 1953-1972

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(Détails de ce coffret : Karl Böhm Late recordings)

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Contre-exemple, le grand âge rend parfois impatient, comme le montre cette vidéo avec le vénérable Leopold Stokowski (à 1’13 ») !

 

L’orchestre en gloire

On doit à celui qui avait déjà réalisé une impressionnante plongée Au coeur de l’orchestre, 

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un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlin a lui-même sous-titré Biographie d’un orchestre. L’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !

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L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un  » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).

En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseries qui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.

Il y a quelques mois, Decca et Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)

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J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmonie) hier soir à Radio France, où Emmanuel Krivine dirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.

15941361_10154301435707602_4762544916690418968_nAu programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.

C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.

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Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.

Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.

Un concert à revoir et entendre ici : Denis Matsuev, Emmanuel Krivine, Orchestre National de France / ARTE TV / France Musique

Capitale de la nostalgie

Le 1er janvier prochain, serons-nous devant nos postes de télévision et/ou à l’écoute de France Musique ? Le d’ordinaire si traditionnel concert de Nouvel an des Wiener Philharmoniker devrait prendre un sérieux coup de jeune avec la présence au pupitre de Gustavo Dudamel. Une bonne surprise en perspective ?

10924258_1559922014246795_4672920754664783963_o(Avec Gustavo Dudamel, à la Philharmonie de Paris, le jour de son 34ème anniversaire !)

Ces musiques, d’apparence légère, sont en réalité si difficiles, comme si leur « viennitude » échappait à de grandes baguettes peu familières de ce qui fait le caractère unique de la capitale autrichienne, la ville de Klimt, Freud, Schoenberg, Mahler… et des inventeurs de la valse pour la Cour et le peuple, les Lanner, Strauss, Ziehrer & Cie…

J’écrivais ceci il y a un an dans Diapason à propos du très beau coffret publié par Sony :

« Mit Chic » (titre d’une polka du petit frère Strauss, Eduard) au dehors – pochettes cartonnées, papier glacé au blason de l’orchestre philharmonique de Vienne, mais tromperie sur le contenu : « The complete works », une intégrale de la famille Strauss ? des œuvres jouées en 75 concerts de Nouvel an ? Ni l’une ni l’autre.

Mais le double aveu de l’inamovible président-archiviste de l’orchestre, Clemens Hellsberg, nous rassure : l’origine peu glorieuse – 1939, les nazis, un chef Clemens Krauss compromis – est assumée, le ratage, en 1999, du centenaire de la mort de JohannStrauss fils (et les 150 ans de celle du père) aussi. En 60 ans, les Viennois n’avaient jouéque 14 % des quelque 600 opus des Strauss père et fils. Quinze ans après, le pourcentage s’est nettement amélioré : 265 valses, marches, polkas, quadrilles des Strauss, Johann I et II, Josef et Eduard, quelques Lanner (10), Hellmesberger (9), Suppé(5), Ziehrer (4), épisodiquement Verdi, Wagner, Brahms, Berlioz, Offenbach.

Un oubli fâcheux : les rares versions chantées de polkas (Abbado 1988 avec les Petits Chanteursde Vienne) et de Voix du printemps (Karajan 1987 avec Kathleen Battle),

Rien cependant qui nuise au bonheur de cet orchestre unique, sensuel, miroitant, tel quele restitue l’acoustique exceptionnelle de la grande salle dorée du Musikverein, le chic, lecharme, une élégance innée.

Les chefs, c’est autre chose : Carlos Kleiber, en 1989 et 1992, a placé si haut la référence– heureusement la quasi-totalité de ces deux concerts est reprise ici. Les grands habitués, Zubin Mehta, formé à Vienne (à lui Le Beau Danube bleu ) et Lorin Maazel se taillent la part du lion, Harnoncourt est insupportable de sérieux (une Delirien Walzer anémiée), Muti impérial, Prêtre cabotinant, Karajan réduit à la portion congrue (du seul concert de Nouvel an qu’il dirigea le 1er janvier 1987 l’anecdotique Annen Polka) et Boskovsky indétrônable pilier de 25 ans de « Nouvel an » (1955-1979) confiné aux compléments. Pourquoi tant de place pour les plus récents invités ? Barenboim empesé et chichiteux, Ozawa hors sujet, Jansons artificiel à force d’application, et l’anesthésique Welser-Moest.

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Je me suis longtemps demandé pourquoi, d’abord, j’étais irrésistiblement attiré par ces musiques – à 20 ans, c’était une passion inavouable ! – ensuite toujours plongé dans un état de nostalgie avancé, la nostalgie étant le regret de ce que l’on n’a pas connu…

L’explication est d’abord musicale. Johann Strauss puis Lehar après lui, à la différence d’un Offenbach ou d’un Waldteufel en France, ne laissent jamais libre cours à la joie pure, au trois-temps allègre et débridé. Dans leurs valses – qui sont en réalité des suites de valses enchaînées – les frères Johann et Josef Strauss ne peuvent s’empêcher, soit dans l’orchestration, soit dans les figures mélodiques, d’assombrir la perspective, de décourager l’optimisme qui devrait normalement gagner l’auditeur ou le danseur.

Ainsi les premières mesures de Vie d’artiste :

Cette phrase initiale si douce-amère du hautbois et de la clarinette reprise par les violoncelles est une parfaite signature de la nostalgie viennoise…

Dans une autre valse, beaucoup moins connue, Le Papillon de nuit (Nachtfalter), toute l’introduction puis le lancement de la valse sont d’une tristesse infinie. Ce n’est plus une valse à danser, mais les échos d’un bonheur révolu…

Ce sentiment atteint des sommets dans La Chauve-Souris (Die Fledermaus), lorsqu’à la fin du bal chez Orlofsky, au deuxième acte, les convives entonnent Brüderlein, Schwesterlein

(Un extrait de la version mythique de Carlos Kleiber avec Brigitte Fassbaender en faux prince russe)

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Et que dire du célébrissime duo valsé de La Veuve joyeuse (Die lustige Witwe) ? Ici dans l’incomparable version de Karajan avec Elizabeth Harwood et René Kollo.

71rxzplclel-_sl1500_Un passage moins connu de la même opérette (Comme un bouton de rose) prend presque des airs du fin du monde, de fin d’un monde en tout cas :

Le même ténor Waldemar Kmentt rejoint l’une des plus voix les plus authentiquement viennoises, Hilde Gueden – mélange de sensualité, de douceur et de ce je ne sais quoi de tristesse – dans une autre opérette de Lehar, Le Tsarévitch

Dix ans avant la mort de Johann Strauss (1825-1899), Gustav Mahler crée sa Première symphonie. Ecoutez à partir de 20’45 » – l’imparable rythme de valse du second mouvement :

Et pour rester dans cette atmosphère Mitteleuropa, un petit bijou triste à souhait, cette valse lente du compositeur tchèque Oskar Nedbal :

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Pour finir, un regret en forme de coup de gueule. N’ayant encore jamais trouvé d’ouvrage sérieux en français sur la dynastie Strauss et leurs amis, je me réjouissais de découvrir une nouveauté parue chez Bernard Giovanangeli Editeur : Johann Strauss, la Musique et l’esprit viennois.

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L’auteur se présente comme germaniste, maître de conférences, avec plusieurs ouvrages à son actif sur Sissi, Louis II de Bavière, Mayerling, Vienne, etc. Le problème est que ce livre hésite constamment entre plusieurs approches, la biographie plutôt people, les poncifs sur l’esprit du temps et des lieux, des anecdotes sans grand intérêt à côté d’un chapitre plutôt original sur la judéité revendiquée de Johann Strauss, un catalogue a priori complet des oeuvres du roi de la valse – mais à y regarder de près, truffé d’erreurs ! – tout comme une discographie complètement cahotique (Le Baron Tzigane d’Harnoncourt est daté de 1972 chez EMI (!) tandis que la version d’Otto Ackermann de 1953 est datée de 1988, tout le reste à l’avenant… Le pompon est détenu par la préface d’un illustre inconnu que l’auteur présente comme un grand  chef d’orchestre et de choeurs, qui ne manque d’ailleurs pas de citer tous ses titres de noblesse qu’on ne poussera pas la cruauté à citer ici. Disons que sa notoriété est circonscrite à un périmètre qui va d’Angoulême à Limoges et que l’art d’enfiler les perles n’a plus de secrets pour lui : « Il suffit d’écouter Le Beau Danube bleu, que j’ai eu le plaisir de diriger, pour percevoir toute la richesse mélodique et la construction symphonique de la reine des valses célèbre dans le monde entier… »