Nikolaus le Hollandais : tics et chocs

Je l’annonçais dans mon billet du 3 avril dernier (Pavés de printemps). Dix ans après sa disparition, Warner poursuit la réédition des enregistrements réalisés jadis pour Teldec par Nikolaus Harnoncourt, avec cette fois la série souvent étonnante des captations amstellodamoises avec l’orchestre Royal du Concertgebouw

NIKOLAUS HARNONCOURT

ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA

The Complete Teldec Recordings

42 CD

CD 1-7 MOZART / Symphonies 25 à 41

CD 8 MOZART / Concerto 2 pianos (Gulda, Corea) / COREA Fantasy for 2 pianos / GULDA Ping Pong for 2 pianos

CD 9 MOZART / Concertos 23 et 26 (Gulda)

CD 10-12 MOZART / Cost fan tutte (Margiono, Ziegler, Van der Walt, Cachemaille, Hampson)

CD 13-15 MOZART / Don Giovanni (Hampson, Gruberova, Alexander, Bonney, Blochwitz, Holl)

CD 16-18 MOZART / Les noces de Figaro (Hampson, Margiono, Bonney, Scharinger, Lang, Murray, Holl, Langridge)

CD 19 MOZART / Thamos roi d’Egypte (Thomaschke, Perry, Mühle)

CD 20 SALIERI / Prima la Musica, MOZART / Der Schauspieldirektor

CD 21-26 HAYDN / Symphonies 93-104 « Londoniennes »

CD 27-30 SCHUBERT / Symphonies + Ouvertures dans le style italien

CD 31 Johann STRAUSS / Valses et polkas

CD 32-33 Johann STRAUSS / La Chauve-Souris (Gruberova, Bonney, Hollweg, Protschka, Scharinger, Lipovsek, Kmentt)

CD 34-35 BRUCKNER / Symphonies 3 et 4

CD 36-37 BRAHMS / Concertos pour piano (Buchbinder)

CD 38 BRAHMS / Concerto violon (Kremer), Double concerto (Kremer, Hagen)

CD 39-42 DVORAK / Symphonies 7,8,9, Concerto piano (Aimard), poèmes symphoniques (Le rouet d’or, l’Ondin, la sorcière de midi, la Colombe des bois)

Comme je l’avais remarqué pour la réédition précédente (avec l’Orchestre de chambre d’Europe), il est intéressant de réévaluer le legs de Nikolaus Harnoncourt. Surtout ici avec un orchestre solidement ancré dans ses traditions, cette sonorité si spécifique (et si bien enregistrée pendant des décennies par les micros de Philips.

Au fil du coffret, je me suis amusé à réécouter des éléments que je n’avais plus écoutés depuis longtemps, comme par exemple cette rencontre qu’on imaginait fébrile avec Friedrich Gulda… avec la surprise d’entendre un Mozart certes creusé, mais d’une sagesse inattendue.

De même, pour les deux symphonies de Bruckner gravées à Amsterdam, où domine l’impression que le souci du détail l’emporte sur l’élan, la plasticité du discours.

Quant aux deux concertos de Brahms avec Rudolf Buchbinder, qui n’avaient déjà pas été bien accueillis par la critique, ils sont, à distance, moins écoutables que jamais : le début et tout le premier mouvement du 1er concerto est une caricature. Plus lent, plus lourd, tu meurs !

En revanche, il vaut le coup de redécouvrir les symphonies et poèmes symphoniques de Dvořák qu’on n’attend pas sous la baguette d’Harnoncourt. Ne surtout pas s’aventurer à comparer aux traditionnelles références tchèques, mais écouter le traitement en profondeur de partitions dont le chef autrichien révèle des couleurs et des saveurs souvent cachées.

Le plus important en volume de ce coffret ce sont ces Mozart, symphonies et opéras, qu’Harnoncourt a souvent remis sur le métier. Et c’est probablement là qu’on retrouve ce qui a pu séduire en même temps qu’agacer dans l’art du chef. J’ai été alors plus souvent agacé que séduit (en raison de mauvaises expériences au concert). En réécoutant ce corpus, je suis assez bluffé par les trouvailles d’articulation, de phrasé, des tempi qui naguère surprenaient.

Mais dans Johann Strauss, il manque vraiment le charme et l’élan, le sourire, l’humour, le sens du théâtre, qui sont bien absents dans cette bien sérieuse Chauve-Souris

Un mot encore des symphonies de Schubert, où se concentrent tous les « excès » du chef, comme dans ce finale de la 6e symphonie déjà évoqué dans cet article : Une affaire de tempo

Et vraiment juste pour s’amuser: le même finale par Lorin Maazel dans une intégrale super speedy

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog

Pourquoi devient-on chef d’orchestre ?

Il y a un an, je posais déjà la question (lire La vie des chefs) : Pourquoi devient-on chef d’orchestre ?

Je me la pose de nouveau ces jours-ci. J’ai accepté à la demande de George Pehlivanian (lire Apprentis chefs) de l’accompagner dans les séances parisiennes de pré-sélection du concours international de chefs d’orchestre (Pehlivanian Conducting Competition for talented conductors) qu’il organise l’automne prochain en Slovénie. Nous avons déjà fait une première série d’auditions vendredi dernier, à l’Ecole normale de Musique de Paris, nous les poursuivons mercredi prochain.

J’ai eu la chance – car c’en est une ! – d’être plusieurs fois juré de grands concours, dont deux fois, en 1992 et 1995, du Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon. Vendredi j’ai eu l’impression de revivre ces moments contrastés des épreuves « éliminatoires » – quel terme horrible quand on y pense ! -.

Je ne vais évidemment faire aucun commentaire sur les candidat(e)s que nous avons entendus, mais le constat s’impose aujourd’hui comme naguère. Il ne faut que quelques secondes pour savoir si celui ou celle qui se présente devant vous est ou n’est pas chef d’orchestre. On a, bien sûr, comme dans tout jury, une grille de lecture, de notation, d’appréciation des divers éléments qui constituent la prestation du candidat, mais il y a une évidence qui s’impose, une présence, un charisme, appelons cela comme on veut. Un constat aussi: on ne fait pas semblant d’être chef sauf devant son miroir !

J’assistais hier, dans ma commune, à un superbe concert de l’ensemble vocal de la Maîtrise de Paris dirigé par un authentique jeune chef, Pierre-Louis de Laporte, que j’ai pu filmer quelques secondes de face. (photos et brève video à voir ici). Chacun a une technique, une gestique, qui lui sont propres, mais d’évidence ici le chef sait ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et il obtient surtout le résultat musical qu’il souhaite. Et il a une qualité qui, étrangement, n’est pas partagée par tous – euphémisme ! – il regarde ses musiciens.

Pourquoi pas moi ?

C’est une question qui est souvent revenue, en général dans les discussions d’après-concert, quand des chefs que j’admirais, dont j’étais parfois devenu l’ami, me demandaient, mi-sérieux, mi-amusés, « pourquoi pas toi » ? Je ne dis pas qu’il ne m’est jamais arrivé de vouloir prendre la place de celui que je voyais s’agiter sur le podium. Une fois même, un chef belge – qui se reconnaîtra – connaissant mes affinités avec la musique viennoise, m’avait plus que suggéré, invité à diriger son ensemble orchestral. Etant en charge de la direction générale et artistique d’un orchestre professionnel, je m’étais toujours intérdit, si tant est que j’en aie eu l’opportunité ou le talent, de produire une quelconque prestation personnelle. Aujourd’hui il est trop tard, et je n’ai aucun regret de continuer à admirer les vrais, les grands chefs d’hier et d’aujourd’hui. Et pourquoi pas, de détecter grâce au Concours Pehlivanian, de futurs talents.

Les lecteurs de ce blog connaissent mes admirations. Il suffit de regarder/écouter ces quelques témoignages pour comprendre en quoi ces chefs d’orchestre sont géniaux, chacun à leur manière.

Carlos Kleiber (1930-2004)

Evgueni Svetlanov (1928-2002)

Kirill Kondrachine (1914-1981)

Leonard Bernstein (1918-1990)

Je pourrais mettre ici les vidéos où Bernstein fait le spectacle, sachant qu’il est filmé (le finale de la symphonie n°88 de Haydn vu des milliers de fois sur YouTube par exemple).

Je préfère cet extrait d’un concert tout aussi mémorable de l’Orchestre national de France dans un répertoire où Bernstein se révèle tel qu’en lui-même, un musicien génial.

Herbert von Karajan (1908-1989)

Herbert von Karajan a fait toute sa carrière filmée en fermant les yeux. C’était devenu une marque de fabrique, qui pouvait légitimement énerver même les plus fervents de ses admirateurs. Et à la fin de sa vie, souffrant le martyre, il se met à regarder ses musiciens, à les solliciter parfois d’un demi-sourire, comme dans cet extrait du seul concert de Nouvel an qu’il ait jamais dirigé à Vienne le 1er janvier 1987, il redevient simplement humain.

Je ne suis pas surpris que celui qui parle le mieux – en français – du rôle, de la fonction, de l’importance du chef d’orchestre, ce soit Louis Langrée dans cette interview d’une aveuglante clarté. Regardez-le, écoutez-le comparer ces grands chefs du passé pour qui nous avons de communes admirations, et parler de son métier, de son art.

À Cincinnati, comme à Liège naguère, Louis Langrée est le chef inspiré, captivant, qui nous révèle toujours les secrets de l’oeuvre qu’il dirige.

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs et les bonheurs du moment.

Pavés de printemps

Quand on pense que c’est fini, il y en a encore. Il y a une vague de printemps pour les rééditions en coffrets, on ne s’en plaint pas, même s’il faut régulièrement faire de la place dans sa discothèque… et faire la chasse à quelques doublons.

Haitink le Londonien

Il y a trois ans, Decca publiait un somptueux coffret au titre explicite : Bernard Haitink l’intégrale Concertgebouw (voir les détails sur le site bestofclassic), 113 CD et DVD

Dans notre mémoire collective de mélomanes chef et orchestre amstelldamois sont liés à jamais. Bernard Haitink a été le chef de l’orchestre du Concertgebouw de 1961 à 1988. Mais cette position éminente a un peu occulté les autres fonctions du chef, comme celle de Principal Guest conductot de l’Orchestre philharmonique de Londres de 1967 à 1979.

Ce sont les enregistrements réalisés à Londres durant cette période que Decca ressort aujourd’hui :

CD 1-6 Beethoven / Symphonies, ouv.Egmont, Coriolan, Les créatures de Prométhée, Leonore III, Triple concerto (Beaux-Arts Trio-

CD 7-9 Beethoven / Concertos piano (Alfred Brendel), Fantaisie chorale

CD 10 Dvorak / Concerto violoncelle, Le silence des bois, Rondo (Maurice Gendron)

CD 11 Holst / Les Planètes, Elgar / Variations Enigma

CD 12-15 Liszt / Poèmes symmphoniques (14)

CD 16 Liszt / Concertos piano + Totentanz (Alfred Brendel)

CD 17-18 Mendelssohn / Symphonies 1-5, Mer calme et heureux voyage, Les Hébrides, Méphisto valse 1

CD 19 Mozart / Ouvertures

CD 20 Rimski-Korsakov / Shéhérazade, Rachmaninov / Rhapsodie Paganini (Vladimir Ashenazy)

CD 21-26 / Chostakovitch Symphonies 1, 2, 3, 4, 7, 9, 10, 15, L’âge d’or

CD 27-28 Stravinsky / Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu, Petrouchka

CD 29-31 Verdi / Don Carlo (Margison, Scanduzzi, Hvorostovsky, Lloyd, D’Arcangelo, Gorchakova, Borodina

Un beau coffret certes, mais de nouveau vendu trop cher, même si on n’a jamais fini de redécouvrir l’art d’un grand chef, longtemps considéré comme un bon faiseur sans grandes inspirations.

Je ne connaissais pas toutes les symphonies de Beethoven de cette première intégrale. Clarté, éloquence, équilibre en sont les caractéristiques et, preuve que le chef hollandais ne s’est jamais cantonné à des certitudes initiales, la comparaison avec les « live » réalisés avec l’autre orchestre londonien dans les années 2000, le London Symphony, est passionnante. Entre les deux séries londoniennes, il y a l’intégrale avec le Concertgebouw la plus classique, la moins mobile aussi.

On retrouve évidemment avec bonheur l’intégrale des poèmes symphoniques de Liszt, même si on préférer tel autre chef plus dramatique et flamboyant (Karajan dans Mazeppa ou Tasso)

J’avais déjà en disque séparé les symphonies 3 et 4 de Mendelssohn. Je redécouvre littéralement la splendeur et l’énergie de la vision de Bernard Haitink dans les cinq symphonies (je n’ai pas encore eu le temps de comparer avec la récente parution d’Andris Nelsons (Mendelssohn chez lui).

Et pour couronner le tout une version que je ne connaissais pas de Don Carlo, avec le si regretté Dmitri Hvorostovsky

On peut supposer qu’il y aura un dernier coffret avec les enregistrements réalisés avec Vienne, Berlin, Boston (pour Decca)

Harnoncourt revival

Pour ce qui est de Nikolas Harnoncourt, disparu il y a dix ans, il y a aussi une salve de rééditions – on est d’ailleurs étonné qu’elle ne soit pas apparue plus tôt. Une première il y a quelques semaines avec l’Orchestre de chambre d’Europe, une seconde qui arrive bientôt avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam.

Je n’ai jamais été un admirateur inconditionnel du comte de La Fontaine et d’Harnoncourt-Unverzagt – puisque c’est le nom complet du chef d’orchestre ! – Les quelques concerts auxquels j’ai pu assister – les trois dernières symphonies de Mozart par exemple, au Victoria Hall de Genève – m’ont plus souvent agacé que conquis, tant les maniérismes du chef pouvaient être dérangeants. J’ai déjà commencé par réécouter le coffret avec le COE, notamment les symphonies de Beethoven… et de Mozart.

Je ne suis pas sûr que tout cet héritage ait bien vieilli et que l’effet de nouveauté, de surprise, que suscitaient les enregistrements d’Harnoncourt, dans un répertoire classique et romantique qu’il « revisitait » parfois avec un aplomb qui dépendait plus de sa fantaisie que d’une recherche d’une prétendue « authenticité, que cet effet donc se soit émoussé au fil des ans.

Quoi qu’il en soit, pour le mélomane, ces pavés de printemps sont un trésor précieux.

Et toujours humeurs et bonheurs du temps sur mes brèves de blog (en présence de Céline, Véronique, Rima et même Pierre B.)

Le pouvoir du chef

Il est temps de regarder attentivement le numéro de janvier de Diapason qui remet en lumière le sujet pouvoir du chef d’orchestre.

Le regretté Georges Liébert (1943-2025) avait jadis consacré au sujet un ouvrage devenu un classique :

On ne sera pas surpris que ce soit l’excellent Christian Merlin, auteur d’un ouvrage de référence Au coeur de l’orchestre et d’émissions et podcasts sur France Musique, qui ait conçu ce dossier pour Diapason.

J’ai, sur ce blog, et même avant, souvent abordé le sujet du rôle, de la fonction, et finalement de l’image du chef d’orchestre (Suivez le chef).

Est-il encore ce personnage tout-puissant, ce dictateur en puissance, seul maître après Dieu des destinées de son orchestre ? Le titre de Diapason pourrait le laisser accroire : « Comment il a pris le pouvoir« . 

Depuis cinquante ans, la donne a complètement changé. Les dernières stars de la baguette ont presque toutes disparu : Karajan, Solti, Bernstein, Svetlanov, Abbado, Haitink. Ceux qui restent de ces générations glorieuses, Blomstedt, Dutoit, Mehta, Muti, offrent encore le témoignage précieux de leur art.

Mais il faut se résoudre à ce que l’équation un chef-un orchestre qui a si longtemps prévalu, n’existe plus, que les identités fortes qui ont caractérisé les grands orchestres durant près d’un siècle sont, sinon en passe de disparaître, du moins considérablement réduites par le turn over qui prévaut désormais dans la très grande majorité des phalanges symphoniques. Et que penser de ces chefs qui font le grand écart entre des formations qui n’ont rien en commun (Andris Nelsons à Leipzig et Boston, bientôt Klaus Mäkelä à Chicago et Amsterdam), que dire de ces orchestres même prestigieux, dont on serait en peine de faire la liste des derniers directeurs musicaux ? Dans la seule ville de Munich, qui pourrait, de but en blanc, citer sans se tromper les chefs qui se sont succédé à la tête de l’orchestre de la radio bavaroise d’une part, de l’orchestre philharmonique de Munich (Münchner Philharmoniker) d’autre part ?

Pour le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, après les mandats du fondateur Eugen Jochum (1949-1960) et surtout Rafael Kubelik (1961-1979), leurs successeurs n’ont jamais duré plus de dix ans en poste : Colin Davis (1983-1992), Lorin Maazel (1993-2002), à l’exception de Mariss Jansons (2003-2019) qui cumulait – déjà – avec le Concertgebouw d’Amsterdam. C’est aujourd’hui Simon Rattle qui est aux commandes, après un long mandat à Berlin et un passage plus bref par Londres.

Quand aux voisins – les Münchner Philharmoniker – le turn over est plus visible, et parfois étonnant puisque Lorin Maazel, après un décennat à la Radio bavaroise, revient en 2012 chez l’autre orchestre, pour un mandat qui sera interrompu par le décès du chef le 13 juillet 2014. Depuis Sergiu Celibidache (1979-1996), ce ne sont pas pas moins de cinq chefs certes prestigieux qui se sont succédé sans qu’on comprenne bien la logique de ces nominations et qu’on mesure leur apport artistique : James Levine (1999-2004), Christian Thielemann (2004-2011), Lorin Maazel (2012-2014), Valery Gergiev (2015-2022, mandat interrompu par le limogeage du chef, à la suite de l’intervention de la Russie en Ukraine), Lahav Shani nommé en 2023 pour prendre ses fonctions à l’automne 2026.

Je ne reviens pas sur les processus de nomination des chefs (Le choix d’un chef) qui varient d’un orchestre à l’autre. Je n’évoque pas non plus – parce que je suis tenu au secret professionnel en raison de mes fonctions passées) la question qui ne devrait plus être passée sous silence, dans les pays où existe encore un service public de la culture, une politique culturelle publique : la rémunération des chefs d’orchestre. Aux Etats-Unis, la transparence est de mise, puisque ce sont des fondations de droit privé qui gèrent les grandes phalanges. En France, c’est secret d’Etat, et c’est souvent au petit bonheur la chance, en fonction de la pression des agents, des influences réelles ou supposées sur les décideurs.

A propos du « pouvoir » du chef, la réalité se niche souvent, presque toujours, dans les détails du contrat qui le lie à son orchestre, et c’est bien de là que naissent les problèmes en cours de mandat. J’ai déjà raconté ici les raisons de la brièveté du mandat de l’un des directeurs musicaux que j’avais engagés à Liège.

Quant à la nomination annoncée tout récemment par le directeur de l’Opéra de Paris, Alexander Neef, celle de Semyon Bychkov, elle ne manque pas d’interroger, quand on sait que celui qui occupa la même fonction à l’Orchestre de Paris de 1989 à 1998, aura 75 ans en 2028 ! Contraste avec le « coup » qu’avait frappé Alexander Neef en annonçant l’arrivée de Gustavo Dudamel en 2021, qui démissionnera moins de deux ans plus tard !

Le Nouvel an de Yannick Nézet-Séguin

Dans l’avion de retour de Vienne le 1er janvier, je n’avais pas pu suivre le concert de Nouvel an dirigé par Yannick Nézet-Séguin (Dudamel, lui, c’était en 2017, et il n’a pas été réinvité depuis…). J’avais lu quelques critiques assez méchantes, pas très tendres en tout cas. Alors j’ai commencé par écouter le concert, en m’attardant sur des oeuvres qui sont mes points de repère lorsque je veux juger d’un chef dans ce répertoire (ainsi les valses Roses du Sud et bien sûr Le beau Danube bleu) j’ai été plus qu’agréablement surpris. Il y a bien ici et là quelques coquetteries, mais stylistiquement c’est un sans faute.

Je peux comprendre que notre Québécois irrite, voire dérange, par l’exubérance de sa gestique, sa tenue, ses mimiques, et que certains en soient restés à cela pour critiquer sa prestation, mais le résultat est là. Et avec le recul 2026 me semble être un bon cru.

Et toujours humeurs et faits du jour dans mes brèves de blog

Ravel #150 : apothéose

Cette année de célébration du sesquicentenaire de la naissance de Ravel – le 8 mars 1875, s’est achevée à Paris par deux concerts d’exception, comme je le relate pour Bachtrack : L’accomplissement ravélien d’Alain Altinoglu

Le Choeur et l’Orchestre de Paris dirigés par Alain Altinoglu à la Philharmonie le 17 décembre 2025 (Photo JPR)

Il y avait d’abord… une création, la première audition publique de Semiramis, les esquisses d’une cantate que Ravel avait prévu de présenter pour le Prix de Rome en 1902. Lire la note très complète que publie le site raveledition.com.

Ici la création à New York, de la première partie – Prélude et danse

Mais le clou de cette soirée parisienne, ce fut l’intégrale de Daphnis et Chloé, une partition magistrale, essentielle, qu’on entend trop peu souvent en concert. Je lui avais consacré un billet en mars dernier (Ravel #150 : Daphnis et Chloé) en y confiant mes références, qui n’ont guère changé. Mais j’ai un peu revisité ma discothèque, où j’ai trouvé 24 versions différentes, qui ont toutes leurs mérites – il est rare qu’on se lance dans l’enregistrement d’une telle oeuvre si l’on n’a pas au moins quelques affinités avec elle ! Je ne vais pas les passer toutes en revue, mais m’arrêter seulement à celles qui, en plus des versions déjà citées comme mes références, attirent l’oreille.

  • Claudio Abbado, London Symphony Orchestra (1994)
  • Ernest Ansermet, Orchestre de la Suisse romande (1958)
  • Leonard Bernstein, New York Philharmonic (1961)
  • Pierre Boulez, Berliner Philharmoniker
  • Pierre Boulez, New York Philharmonic
  • André Cluytens, Société des Concerts du Conservatoire
  • Stéphane Denève, Südwestrundfunk Orchester
  • Charles Dutoit, Orchestre symphonique de Montréal
  • Michael Gielen, Südwestrundfunk Orchester
  • Bernard Haitink, Boston Symphony Orchestra
  • Armin Jordan, Orchestre de la Suisse romande
  • Philippe Jordan, Orchestre de l’Opéra de Paris
  • Vladimir Jurowski, London Philharmonic Orchestra
  • Kirill Kondrachine, Concertgebouw Amsterdam

Après maintes écoutes et réécoutes, c’est bien ce prodigieux « live » à Amsterdam qui tient le haut du pavé

  • Lorin Maazel, Cleveland Orchestra
  • Jean Martinon, Orchestre de Paris
  • Pierre Monteux, London Symphony Orchestra (1962)
  • Pierre Monteux, Concertgebouw Amsterdam (1955)
  • Charles Munch, Boston Symphony Orchestra
  • Seiji Ozawa, Boston Symphony Orchestra
  • André Previn, London Symphony Orchestra
  • Simon Rattle, City of Birmingham Symphony Orchestra
  • François-Xavier Roth, Les Siècles
  • Donald Runnicles, BBC Scottish Symphony Orchestra

Quelques autres recommandations en cette fin d’année.

Pour le piano de Ravel, je ne suis pas sûr d’avoir déjà mentionné la belle intégrale qu’en a réalisée un pianiste trop discret, François Dumont

Je n’ai pas encore évoqué non plus le dernier disque de Nelson Goerner, impérial dans les deux concertos pour piano.

Humeurs et bonheurs du jour à suivre sur mes brèves de blog

Le centenaire de Sir Charles

Question pour un champion : je suis né le 17 novembre 1925 dans l’état de New York aux Etats-Unis, je suis mort un 14 juillet (2010) à Londres, je suis Australien, j’ai étudié à Prague, je suis Commandeur de l’Ordre de l’empire britannique ? Je suis le chef d’orchestre Charles Mackerras, dont on célèbre aujourd’hui le centenaire de la naissance.

Warner a eu la très bonne idée de regrouper tous les enregistrements parus sous les différents labels de la galaxie Warner ex-EMI (Classics for Pleasure, EMInence, Virgin Classics…) de ce chef au long parcours emblématique d’une certaine tradition britannique.

J’ai déjà relevé ici la qualité exceptionnelle de son intégrale Beethoven captée à Liverpool.

En 1969, il grave un Messie de Haendel qui se démarque nettement de la pompe victorienne de ses prédécesseurs Beecham, Boult ou Sargent, mais n’atteint pas à la même réussite que son collègue Colin Davis qui trois ans plus tôt a vraiment révolutionné l’interprétation de ce chef-d’oeuvre.

Toujours chez Haendel, Mackerras a été l’un des premiers à graver la version « plein air » des Royal fireworks et de Water Music avec une grande formation de vents, cuivres et percussions. Et ces versions n’ont rien à envier aux « baroqueux » qui viendront ensuite…

Il y a plein d’autres pépites, musiques de ballet, arrangements à la sauce Mackerras, et en fait très peu de ce qui a fait la réputation du chef dans sa maturité : Haydn, Mozart et Janáček. Il faut aller chercher chez Decca, Telarc ou Supraphon, des témoignages inestimables de l’art de ce grand chef

Dohnányi suite et fin

On a appris le 7 septembre dernier la mort du grand chef allemand Christoph von Dohnányi. Decca avait publié – il était temps ! – à la veille de son 95e anniversaire, un coffret reprenant ses enregistrements à Cleveland, et avait annoncé une suite avec les disques enregistrés à Vienne.

La plupart des enregistrements ont été réalisés avec le Philharmonique de Vienne, quelques-uns, marginalement, avec le Symphonique de Vienne (deux concertos de Mozart avec Ingrid Haebler, des ouvertures de Beethoven) et on y a glissé les concertos de Grieg et Schumann avec Claudio Arrau captés.. au Concertgebouw d’Amsterdam ! Peu d’inédits, comme cette Burleske de Richard Strauss avec Rudolf Buchbinder.

Le legs Sibelius de Segerstam

Au moment où j’évoquais le premier coffret Dohnányi (lire Authentiques), j’avais appris la mort de Leif Segerstam. C’était le 11 octobre 2024.

Coïncidence : au moment de signaler la parution du coffret Dohnányi/Vienne, je reçois un beau. coffret hommage au chef finlandais regroupant ses enregistrements parus chez Ondine.

Le coffret est d’autant plus précieux qu’il dépasse l’oeuvre de Sibelius : 4 CD sont consacrés à d’autres compositeurs finnois.

Merci pour la beauté !

Un retour et un adieu

À propos du concert que dirigeait ce jeudi soir Daniel Barenboim à la tête de l’Orchestre de Paris, le titre et le contenu de mon article pour Bachtrack sont explicites : L’apothéose de Barenboim à la Philharmonie de Paris.

C’est peu dire que l’émotion nous a submergés tous, musiciens et public.

Modernités

Juste avant ce concert, j’ai visité l’exposition ouverte depuis mercredi au rez-de-chaussée de la Philharmonie : Kandinsky, la musique des couleurs.

Ceux qui fréquentaient le Centre Pompidou connaissaient déjà les oeuvres exposées ici et la relation de Vassily Kandinsky (1866-1944) avec la musique, Schoenberg en particulier. Mais ici on vous confie à l’entrée un casque audio, malheureusement difficilement réglable – qui permet d’entendre autant que voir les oeuvres et leur contexte.

Quitte à heurter certains de mes lecteurs, je n’ai toujours pas été convaincu – après la visite de cette exposition – par les tentatives de Kandinsky de s’adonner à un « art total » notamment à la musique, pas plus que je n’ai jamais été convaincu des talents de peintre de Schoenberg. Non pas qu’il faille qu’un artiste reste enfermé dans son domaine de prédilection, mais je crains qu’à de très rares exceptions près, le génie ne se partage pas. Admiration donc intacte pour Kandinksy peintre, maître de l’abstraction et de la couleur.

Je garde ma liberté d’accoler à ces toiles les musiques qui me viennent…et je comprends la fascination qu’ont pu exercer les trois pièces pour piano op.11 de Schoenberg sur Kandinsky

Roberta Alexander (1949-2025)

On a appris hier le décès, à 76 ans, de la soprano américaine, installée depuis 1975 à Amsterdam, Roberta Alexander.

Je dois à cette artiste certaines de mes plus belles curiosités, certains de mes plus grands bonheurs musicaux.

C’est par et grâce à elle que j’ai découvert ce petit chef-d’oeuvre de Samuel Barber : Knoxville, Summer of 1915.

Avec elle, j’ai trouvé la version idéale des oeuvres vocales du compositeur néerlandais Henrik Andriessen (lire Vendredi saint)

Roberta Alexander a contribué à faire connaître en dehors de ses Pays-Bas natals, l’oeuvre superbe d’Alphons Diepenbrock (Le Hollandais oublié). Mais elle a évidemment aussi et surtout chanté Mozart, Mahler et ce qu’on appelle le grand répertoire. Avec ce quelque chose, ce vibrato serré, dans la voix, qui la rendait unique.

PS À propos de Schoenberg, cité à propos de Kandinsky, s’est développée sur Facebook l’une de ces discussions qu’affectionnent certains sur l’orthographe des noms allemands et russes de musiciens. Il faudra que j’y revienne dans une prochaine brève de blog !

Des Américains à Paris

Mercredi dernier, j’étais à la Philharmonie de Paris pour le concert d’ouverture de la saison de l’Orchestre de Paris et de son chef Klaus Mäkelä (cf. Paris passé présent avenir). Programme avantageux dont le clou était assurément An American in Paris, le célébrissime chef-d’oeuvre de Gershwin. Mais, comme je l’ai écrit pour Bachtrack (L’Amérique pressée et bruyante de Klaus Mäkelä et l’Orchestre de Paris) j’ai été déçu, non pas par la prestation de l’orchestre, virtuose, éblouissant, mais précisément par l’excès de brillant, voire de clinquant, de la vision du chef. Je ne peux pas être taxé d’anti-« mäkelisme » primaire, il n’est que de lire plusieurs de mes papiers enthousiastes dans Bachtrack ! Mais il arrive à tout le monde, même aux meilleurs, de faire sinon fausse route, du moins de se méprendre sur une oeuvre.

Gershwin à Paris

George Gershwin vient à Paris au printemps 1928. Il reviendra au pays avec ce qui restera son oeuvre la plus célèbre (avec Rhapsody in blue) : An American in Paris / Un Américain à Paris. Dont le descriptif est précis comme un scénario: une balade sur les Champs-Elysées au milieu des taxis qui klaxonnent, puis dans le quartier des music-halls avant un café à une terrasse du Quartier latin. Au Jardin du Luxembourg, notre Américain a la nostalgie du pays (le superbe blues chanté à la trompette bouchée). Rencontrant un compatriote, ils échangent leurs impressions – Gershwin récapitule les épisodes de cette promenade heureuse.

Dans une oeuvre aussi descriptive, aussi imagée, le chef doit se laisser porter par les atmosphères successives, et laisser jouer ses musiciens avec une certaine liberté.

Quelques exemples de versions récentes, qui répondent à ces critères. Trois chefs français, Louis Langrée (avec l’orchestre de Cincinnati qu’il a dirigé de 2013 à 2024), Alain Altinoglu et son orchestre de la radio de Franfort, et Stéphane Denève, actuel chef du St Louis Symphony, ici à la tête de l’Orchestre national de France. Aucun d’eux ne joue la virtuosité, le super-contrôle, bien au contraire.

Dans ma discothèque personnelle, j’ai dénombré 27 versions différentes, dont pas mal qu’on peut qualifier d’exotiques, et qui sont loin d’être les moins intéressantes.

Kurt Masur / Gewandhaus de Leipzig

Je me rappelle très bien la surprise qui avait été celle des participants à la défunte émission Disques en Lice de la Radio suisse romande, lorsque nous avions élu – après écoute à l’aveugle – la meilleure version de Rhapsody in blue – Siegfried Stöckigt au piano, Kurt Masur dirigeant l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !

Kirill Kondrachine / Concertgebouw Amsterdam (1977)

Voir le long article que j’avais consacré à celui qui fut l’un des plus grands chefs du XXe siècle, Kirill Kondrachine (1914-1981) : le Russe oublié

On ne trouve malheureusement plus les disques de cette fabuleuse collection de « live »…

André Cluytens / Société des Concerts du Conservatoire (1949)

Eh oui André Cluytens, en 1949, s’encanaille avec un orchestre un peu brouillon mais plus « jazzy » si possible que des collègues américains

Felix Slatkin / Hollywood Bowl Orchestra (1960)

J’ai déjà dit ici mon admiration pour le grand Felix Slatkin (1915-1963) – on évitera par charité de comparer le père, Felix, et le fils, Leonard ! – Pas loin de mettre sa version au sommet :

Neville Marriner / orchestre de la radio de Stuttgart (SWR)

On n’associe pas spontanément Gershwin à Neville Marriner (1924-2016), et on se trompe parce que sa version captée à Stuttgart n’est pas la moins réussie de la discographie

Les Américains à Paris

Gershwin a fait une visite plutôt furtive à Paris et en a rapporté un chef-d’oeuvre. Mais bien d’autres Américains ont été captivés par la ville lumière. Cole Porter (1891-1964) y passe une dizaine d’années après la Première Guerre mondiale. Il étudie avec Vincent d’Indy, rencontre celle qui deviendra sa femme, la riche héritière Linda Lee Thomas, qu’il épouse à la mairie du 18e arrondissement le 18 décembre 1919. Le Châtelet avait donné fin 2021 un spectacle intitulé Cole Porter in Paris : ma déception avait été à la mesure de l’attente d’un spectacle bien maigre.

Aaron Copland chez Nadia Boulanger

Autre hôte d’importance de Paris, le compositeur Aaron Copland (1900-1990), qui sera durablement marqué par sa rencontre avec Nadia Boulanger au conservatoire de Fontainebleau qu’il fréquente de 1921 à 1924. Conséquence de ce séjour parisien, la Symphonie pour orgue et orchestre de 1924 sera créée à New York le 11 janvier 1925 avec Nadia Boulanger.

Julius Katchen (1926-1969)

À intervalles réguliers je me replonge dans un merveilleux coffret, qui récapitule la discographie d’un formidable artiste, malheureusement disparu à 42 ans des suites d’un cancer, le pianiste américain Julius Katchen. Encore un Américain devenu Parisien, de la fin des années 50 à sa mort en 1969.

Depuis longtemps, les Brahms virtuoses autant que poétiques de Julius Katchen sont une référence. Sa version du 1er concerto avec Pierre Monteux (85 ans au moment de l’enregistrement !) reste l’une des plus fameuses qui soient.

Mais l’art de Katchen ne se réduit pas à Brahms.

En 1958, il signe avec Georg Solti l’une des versions les plus électrisantes du 2e concerto de Rachmaninov.

Et toujours impressions et humeurs du jour sur mes brèves de blog

Jupiter

Les symphonies de Mozart ne sont quasiment plus au répertoire des orchestres symphoniques traditionnels. C’est dire si, comme je l’ai écrit pour Bachtrack, la présence de la 41e symphonie dite « Jupiter » de Mozart au programme de l’Orchestre national de France dirigé par Simone Young le 19 juin dernier faisait figure d’événement.

La conception de Simone Young, ici à Munich en 2018, n’a pas foncièrement changé. C’est l’illustration même de ce que je décris dans mon article : Soir de fête pour Simone Young et l’Orchestre national

Je crois me souvenir que la dernière fois que j’ai entendu la Jupiter en concert, c’était à Liège avec Louis Langrée en janvier 2006 ! Je me rappelle surtout une séance pédagogique où il avait réparti le public de la Salle Philharmonique en cinq groupes suivant chacun l’une des cinq « phrases » fuguées par Mozart dans le dernier mouvement. On peut voir quelques extraits du grand festival Mozart dans ce film à 26′

L’ultime chef-d’oeuvre symphonique de Mozart a évidemment bénéficié d’un grand nombre d’enregistrements. J’en ai distingué quelques-uns dans ma discothèque, parfois surprenants ou inattendus

Les grands classiques

Josef Krips, Amsterdam (1971)

Souvent réédité le bloc des symphonies 21 à 41 enregistrées par le chef viennois Josef Krips à Amsterdam au début des années 70, garde son statut de référence, même si les réussites y sont très inégales. Mais la 41e symphonie a fière allure

L’autre inévitable est Karl Böhm, auteur de la première intégrale des symphonies de Mozart, très inégale elle aussi, mais on retrouve bien dans la 41e symphonie ce mélange d’apparente rigueur et d’élan qui a souvent caractérisé l’art de ce chef

Karl Böhm, Berlin (1962)

Pour des raisons commerciales probablement, on a confié peu de Mozart à Eugen Jochum, qui pourtant dans Haydn, Mozart, Beethoven, était en terrain de connaissance et de liberté

Eugen Jochum à Boston (1973)

James Levine a gravé une autre intégrale des symphonies de Mozart à Vienne.

La 41e commence à 28′

Autre intégrale remarquable, globalement la plus réussie, celle de Charles Mackerras avec l’orchestre de chambre de Prague (il a réengistré les six dernières symphonies avec le Scottish chamber orchestra). C’est pour moi la plus recommandable globalement.

Les inattendus

On n’attend pas vraiment Zubin Mehta dans ce répertoire. Pourtant, formé à Vienne auprès des meilleurs, le chef indien se coule sans peine dans la peau du chef mozartien…

Zubin Mehta à Vienne

Autre chef inattendu dans ce répertoire, et surtout le seul à avoir officiellement enregistré la 41e symphonie, alors âgé de 28 ans, avec l’Orchestre national de l’époque. Et ça sonne vraiment bien…

Lorin Maazel avec l’ONF (1958)

Quelques mois avant sa mort, le chef américain se retrouve invité (à grands frais certainement) en Galice en 2012.

Lorin Maazel en Galice (2012)

Sur YouTube, on trouve dette étonnante captation d’un concert où le vieux chef soviétique Evgueny Svetlanov épouse la grandeur du compositeur, donnant une version fascinante.

Evgueni Svetlanov à Moscou (1992)

Yehudi Menuhin, Sinfonia Varsovia

Pour rappel, Yehudi Menuhin était aussi un excellent chef d’orchestre (lire Le chef oublié) et Hugues Mousseau dans Diapason avait justement distingué sa version de la Jupiter de Mozart

La nouvelle génération

Maxim Emelyanychev, Il Pomo d’Oro

J’écrivais, il y a trois ans, après les deux concerts finaux du Festival Radio France : « Maxim Emelyanychev réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés« . Je me réjouis infiniment de retrouver le jeune chef russe, actuel chef principal du Scottish Chamber Orchestra, à la tête de l’Orchestre national de France ce jeudi au Théâtre des Champs-Elysées.

Il a commencé un projet Mozart enthousiasmant :

Julien Chauvin et le Concert de la Loge

J’ai le même enthousiasme pour le parcours de Julien Chauvin et son Concert de la Loge. Je me rappelle la jubilation éprouvée avec le Don Giovanni « implacable et génial » donné à l’Athénée en novembre 2024, qui vient d’être distingué par le Prix 2025 du syndicat de la critique Théâtre, Musique et Danse.

Plus radicales certes, mais passionnantes, les démarches de Mathieu Herzog et Riccardo Minasi

Mathieu Herzog, Appassionato

Riccardo Minasi, Resonanz

PS Je précise, une fois de plus, à l’intention de certains lecteurs – qui ne manquent jamais une occasion de me reprocher mes choix, mes oublis, voire mon ignorance – que, dans ce type d’articles, je n’ai, d’abord, aucune prétention ni volonté d’exhaustivité, et que je fais un choix tout à fait subjectif. En plus de celles déjà citées, je n’ignore pas les versions d’Abbado, Barbirolli, Barenboim, Beecham, Bernstein, Blech, Blomstedt, Boult, Brüggen, Davis, Dorati, Adam Fischer, Fricsay, Gardiner, Giulini, Glover, Harnoncourt, Hogwood, Jacobs, Jordan, Karajan, Keilberth, Klemperer, Koopman, Krivine, Kubelik, Leibowitz, Leinsdorf, Manacorda, Marriner, Monteux, Munch, Muti, Oistrakh, Pinnock, Reiner, Rhorer, Sawallisch, Schmidt-Isserstedt, Schuricht, Solti, Suitner, Tate,Tennstedt, Vegh, Walter… pour ne citer que celles que j’ai dans ma discothèque !!

Et toujours mes brèves de blog !

Munich-Amsterdam

Mes dernières acquisitions discographiques – oui j’aime bien avoir sous la main des coffrets de CD, même si je suis abonné à Idagio qui reste pour moi le meilleur site de téléchargement classique – révèlent des proximités pas si étranges que cela entre deux grandes capitales musicales : Amsterdam et Munich.

Work in progress… ou comment ranger, arranger les rayons d’une discothèque volontairement restreinte en surface !

Mahler Live

L‘Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam recèle des trésors d’archives de concert, qui sont depuis une vingtaine d »années soigneusement éditées par l’orchestre lui-même à partir des captations réalisées par l’une ou l’autre radio publique néerlandaise (voir Un orchestre royal et pour le détail des coffrets Concertgebouw 125)

En fonction des anniversaires, ces archives sont rééditées en coffrets « dédiés » comme Beethoven (Les géants d’Amsterdam) et Bruckner (Bruckner et alors?)

C’est au tour de Mahler d’être « mis en coffret ».

Certes, dans ce coffret, il y a des enregistrements bien connus et plusieurs fois réédités, mais il y a surtout, pour les années récentes, de nouvelles archives « live ».

Das Lied von der Erde : Haitink 2006

Symphonie 1 : Chailly 1999

Symphonie 2 : Gatti 2016

Symphonie 3 : Van Beinum 1957

Symphonie 4 : Mengelberg 1939

Symphonie 5 : Chailly 1997

Symphonie 6 : Haitink 2001

Symphonie 7 : Jansons 2016

Symphonie 8 : Jansons 2011

Symphonie 9 : Haitink 2011

Symphonie 10 : Chailly 2000

Les Bavarois

Le lien le plus évident entre Amsterdam et Munich est la communauté de direction musicale entre le Concertgebouw et l’orchestre de la Radio bavaroise : Mariss Jansons (1943-2019) a été le chef du premier de 2004 à 2016, et du second de 2003 à 2019. Tout cela a été amplement documenté, on ne compte plus les doublons, voire les triplons, entre les captations réalisées aux Pays Bas ou en Bavière.

Mais il y eut bien d’autres relations musicales entre les deux villes. Bernard Haitink (1929-2021) , le légendaire patron du Concertgebouw de 1961 à 1988 fut l’un des invités les plus réguliers de l’orchestre de la radio bavaroise fondé après la guerre par Eugen Jochum. Cette relation est documentée, entre autres, par deux coffrets passionnants :

Les mélomanes les plus avertis peuvent s’amuser à comparer les différentes versions des mêmes oeuvres telles que Bernard Haitink les a données au fil des décennies, dans Mahler ou Bruckner bien sûr. Mais aussi dans cette 7e symphonie de Dvorak, que le chef hollandais avait enregistrée au tout début de sa carrière pour Philips, avant même de prendre la direction du Concertgebouw

et cette captation de concert à Munich en 1981 :

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