Des hommes bien

Aucun rapport entre les deux décès que j’ai appris hier, sauf peut-être l’appartenance des disparus à la catégorie rare des belles personnes, celles qui laissent une trace indélébile dans le coeur de ceux qui ont croisé leur route.

Bruce Richards (1963-2022)

J’ai quitté la direction de l’Orchestre philharmonique royal de Liège il y a huit ans, mais j’ai gardé un lien affectif fort avec cette communauté d’artistes, de femmes et d’hommes, que j’ai eu l’honneur de servir du mieux que j’ai pu pendant quinze ans.

Il suffit de voir cette photo de lui, pour comprendre pourquoi la disparition de Bruce Richards, l’un des cors solo de l’orchestre, me touche plus particulièrement. Bruce était un formidable musicien, comme ils sont très nombreux à le rappeler sur la page Facebook de l’orchestre – personne n’a oublié le fabuleux solo de Bruce dans Des Canyons aux étoiles de Messiaen qu’avait dirigé Pascal Rophé en 2008.

Mais c’était d’abord un homme bien, dans tous ses comportements. Je me souviens de lui, par exemple, comme délégué syndical au sein du Conseil d’entreprise (l’instance de concertation obligatoire en Belgique): avec son français teinté d’un fort accent américain, Bruce ne haussait jamais la voix, n’empruntait jamais un vocabulaire agressif ou revendicatif, ses remarques, ses demandes n’en prenaient que plus de poids. Mais je me rappelle plus encore le merveilleux pédagogue – il enseignait au Conservatoire royal de Liège – toujours en avance d’une idée pour entraîner ses collègues de l’orchestre au-devant de publics réputés « difficiles » ou rétifs à la musique classique. Que de souvenirs merveilleux grâce à lui.

Et puis sur un plan plus personnel, je savais que le coeur de Bruce était fragile. Il avait d’ailleurs dû s’arrêter, contre son gré, mais forcé par la médecine, et j’avais dû insister auprès de lui, dans ma responsabilité de chef d’entreprise, pour qu’il se soumette aux recommandations de la faculté et qu’il se soigne. Manifestement, son coeur lui a joué un nouveau et mauvais tour fatal.

Ici une vidéo réalisée pendant le confinement

Jean-Louis Trintignant (1931-2022)

Tout a été dit et redit sur l’acteur de théâtre et de cinéma qui vient de disparaître à l’âge de 91 ans. Je me garderai bien d’en rajouter dans les qualificatifs. Je veux, à travers tous ses films et des quelques interviews qu’il a donnés, garder le souvenir d’un homme bien. Complexe, multiple, discret, secret. Un homme bien.

La lecture du très beau livre de Nadine Trintignant – que j’avais déjà évoqué ici (Des vies d’artistes) il y a quelques mois – avait achevé de m’en convaincre.

J’ai vu il y a peu de semaines le dernier film de Jean-Louis Trintignant, Les plus belles années d’une vie, de Claude Lelouch. Je craignais le « remake » de trop d’ Un homme et une femme. Et ces retrouvailles, si tendres, si douces, filmées avec tant de tendresse, d’Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, presque nonagénaires à l’époque du tournage, m’ont bouleversé.

Un chef russe Mikhail Jurowski (1945-2022)

Un grand chef russe est mort le 19 mars dernier, mais on en a peu parlé, puisque tout ce qui, de près ou de (très)loin rappelle la guerre menée par la Russie en Ukraine, est sujet à caution. Il est vrai aussi que Mikhail JurowskiМихаил Владимирович Юровский -(prononcer You-rov-ski) n’a jamais occupé le devant de la scène. Et pourtant c’est un nom que les mélomanes, les discophiles curieux, ont souvent vu à l’affiche d’enregistrements qui révèlent l’originalité et l’importance du répertoire que le chef russo-allemand a abordé tout au long de sa carrière.

C’est peu de dire que la famille Jurowski est musicienne. Commençons par le père de Mikhaïl, le compositeur…ukrainien Vladimir Mikhailovitch Jurowski (1915-1972), surtout connu comme compositeur de musiques de film, mais pas que… comme en témoigne ce disque :

Mais la descendance du chef récemment décédé est aussi spectaculaire : deux fils, Vladimir (né en 1972), à la carrière éblouissante, patron du London Philharmonic de 2007 à 2020, aujourd’hui directeur de l’Opéra de Bavière, et Dmitri (né en 1979), que j’ai invité naguère à Liège et qui a été, entre autres, directeur musical de l’opéra des Flandres en Belgique.

Mikhaïl Jurowski étudie au Conservatoire de Moscou, travaille ensuite au théâtre Stanislavski et au Bolchoi, il est notamment l’assistant de Guennadi Rojdestvenski. Son père est un proche de Chostakovitch, le jeune Mikhaïl va ainsi côtoyer un compositeur qu’il ne cessera de servir. Créant notamment l’opéra inachevé Les Joueurs d’après Gogol, complété par Krzysztof Meyer en 1981.

Mikhail Jurowski et sa famille quittent l’URSS en 1989 pour s’installer en Allemagne orientale, où le chef qui sera naturalisé allemand, fera l’essentiel de sa carrière, occupant des fonctions de direction musicale pour de brèves périodes, mais laissant une discographie et de nombreux témoignages de concert qui méritent une écoute attentive.

Pour ceux qui comprennent le russe et lisent l’anglais, une interview passionnante de Mikhail Jurowski, ses souvenirs d’enfance et de jeunesse :

On a l’embarras du choix dans une discographie très vaste et ouverte, où les Russes ne sont pas en reste.

Des vies de cinéma

Une indéfinissable grâce

La mort de Gaspard Ulliel, d’un accident de ski, nous a saisis, plongés dans la tristesse. À 37 ans, « trop jeune » pour mourir, comme s’il y avait un âge acceptable…

C’est ce que disait magnifiquement François Morel ce matin sur France Inter : Juste la fin du monde de Gaspard. À (ré)écouter absolument.

J’ai aimé Gaspard Ulliel dans tous ses rôles au cinéma. La sorte de douceur et de grâce qu’il dégageait n’était jamais posée, forcée. On aurait aimé l’avoir pour ami. On peut désormais le voir et le revoir, vivant, dans ses films.

J’en aime particulièrement deux : Un barrage contre le Pacifique (2007), d’après le roman éponyme de Marguerite Duras, et sa formidable incarnation d’Yves Saint-Laurent dans le film de Bertrand Bonello (2014).

Le charme fou de Trintignant

Comparaison n’est jamais raison, mais Gaspard Ulliel a quelque chose à voir avec le jeune Jean-Louis Trintignant. À cette différence près que l’acteur aujourd’hui âgé de 91 ans assumait manifestement plus crânement la séduction qu’il exerçait sur la gent féminine, et quelques belles actrices de son temps !

J’évoque Trintignant parce que, peu avant Noël, j’ai entendu Olivia de Lamberterie sur France 2 conseiller vivement un livre qui pourrait n’être qu’un énième recueil de souvenirs écrit à la va-vite, en général par une autre plume. J’ai suivi le conseil d’Olivia et j’ai vraiment aimé la délicatesse, non dénuée de franchise, voire de crudité, de la relation par Nadine Trintignant de ses années amoureuses avec Jean-Louis, et de ce qui les lie pour toujours. On y apprend, entre autres, que le cancer dont souffrirait l’acteur très âgé est une invention de sa part pour se débarrasser de la curiosité des journalistes…

« Nadine Trintignant raconte pour la première fois, dans ce livre lumineux et bouleversant, son histoire d’amour avec Jean-Louis Trintignant, son premier mari. C’est avec l’accord de l’acteur qu’elle livre aujourd’hui ce témoignage.  » Écris-le, lui a-t-il dit, tu es la seule à me connaître en profondeur. La seule à avoir compris.  » Elle révèle, au fil de ses souvenirs, des éléments de leur correspondance amoureuse, reflet de leur passion réciproque. 
Le récit de cette relation, dont elle ne cache aucune des péripéties, est jalonné de confidences de Jean-Louis sur lui-même, son enfance, sa carrière. Nadine Trintignant, qui fut de son côté réalisatrice de films célèbres (Défense de savoir, Ça n’arrive qu’aux autres, Colette), nous plonge au coeur d’une aventure artistique qui lui a permis de côtoyer les plus grands. De Jules Dassin, Marlon Brando, Jacques Prévert, Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni à Yves Montand, 
Simone Signoret, Louis Malle, Claude Lelouch, Costa-Gavras et tant d’autres. Figures d’une époque excetionnelle dans l’histoire du cinéma français, dont nous gardons tous la nostalgie. 

Entre ombres et lumières, Nadine Trintignant revient sur la mort tragique de Marie et celle, prématurée, de sa seconde fille, Pauline. Deux épreuves partagées avec un homme lui-même aujourd’hui aux prises avec la maladie, dont elle montre l’admirable dignité dans le grand âge ».
(Présentation de l’éditeur)

Les classiques ont la cote

En moins de deux semaines, j’aurai vu deux grands classiques du roman français sur scène ou à l’écran : Le Rouge et le noir à l’Opéra Garnier, et Illusions perdues au cinéma Utopia de Pontoise.

Le Rouge et le Noir

Il paraît qu’on ne pouvait refuser au vieux chorégraphe Pierre Lacotte ce clou de sa carrière à l’Opéra de Paris, l’adaptation pour le ballet du célèbre roman de Stendhal, le Rouge et le noir. Un long, très long ballet, sur des musiques de Massenet.

Certes le public en a pour son argent : peu de spectacles de danse aujourd’hui peuvent rivaliser avec la distribution réunie par l’Opéra de Paris. Toute la troupe, des étoiles aux petits élèves de l’école de danse, ont été sollicités. Mais je peine à croire qu’on ait mis autant de forces, d’énergie, de talents… et d’argent dans une « création » qui rassemble absolument tous les poncifs que véhicule la danse « classique ». Comme un immense documentaire sur la tradition du ballet romantique à la française.

Je ne connais pas celui qui a fait la critique du spectacle pour ResMusica (Le Rouge et le Noir à l’opéra de Paris : contrasté), mais je partage son constat, et n’ai pas la même indulgence que lui pour le maître d’oeuvre. Réserves aussi sur une direction musicale bruyante et banale.

Il faudrait que je revoie le film de 1954 avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux.

Le rouge et le noir, Affiche

Illusions perdues

Après Stendhal, Balzac ? Que pouvait-on attendre (ou craindre) d’un film en costumes, même signé Xavier Giannoli, portant le titre de l’un des plus célèbres romans de Balzac Illusions perdues ?

Autant j’ai peu apprécié – euphémisme – Le Rouge et le Noir vu et revu par M. Lacotte, autant j’ai aimé, beaucoup aimé, ce film somptueux de 2h40 qui, pour l’essentiel, s’appuie sur le volet central du triptyque de Balzac Un grand homme de province à Paris. Une vraie, grande réussite. Fidèle à l’esprit et même à la lettre de Balzac, même si d’aucuns ont décelé chez le réalisateur une volonté, selon eux trop appuyée, de dresser des parallèles avec l’époque actuelle (Macron un Rubempré du XXIème siècle ?).

Benjamin Voisin est formidable, comme toute la distribution d’ailleurs, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Depardieu… Mention spéciale pour Cécile de France, qui compose une Louis de Bargeton toute de pudeur et de retenue.

On va aussi se remettre à Balzac, un peu délaissé depuis les années étudiantes.

Bertrand Tavernier : coup de torchon

J’ai suffisamment raillé les émotions téléphonées, les R.I.P. automatiques des réseaux sociaux, pour revendiquer cette fois l’aveu d’une vraie tristesse à l’annonce de la mort de Bertrand Tavernier (lire Le Monde).

Comment dire ? Ce personnage était tellement tout ce que j’aime chez un humain, il ressemblait tellement à l’oncle qu’on rêve d’avoir, que sa disparition m’affecte comme le ferait celle d’un proche. Pourtant je n’ai jamais ni travaillé, ni côtoyé à quelque titre que ce soit Bertrand Tavernier. Tout juste l’apercevais-je parfois dans les rues de mon quartier parisien, le 3ème arrondissement, qu’il habita longtemps avant de quitter la capitale. J’en eus souvent l’envie, mais jamais je n’osai l’aborder pour lui dire bêtement : « J’aime qui vous êtes, j’aime ce que vous faites et ce que vous dites ».

Je ne vois rien de médiocre dans sa vie et son oeuvre, qui m’ont toujours semblé sous l’emprise de la gourmandise, d’une insatiable curiosité, nourrissant une culture phénoménale.

D’aucuns tentés par l’exhaustivité d’un bilan trouveront bien ici et là des failles, des faiblesses, des défauts dans sa filmographie. Je ne conserve, pour ma part, que de l’admiration pour les 25 longs-métrages qu’il laisse, et dont je pense avoir vu, souvent revu, la presque totalité.

J’ai beau chercher, je ne vois rien de médiocre, ni de banal.

Je vais me replonger dans ce formidable documentaire au long cours, qu’on eût rêvé voir se prolonger, tant l’oncle Bertrand savait nous raconter les si belles histoires du cinéma, de tous les cinémas.

On revoit avec émotion cet extrait d’un concert de janvier 2019, au cours duquel l’Orchestre philharmonique de Radio France jouait, sous la direction de Bruno Fontaine, la musique de Bruno Coulais composée pour le film-documentaire (qui a précédé la série plus développée) « Voyage à travers le cinéma français »

Les raretés du confinement (XI) : tristes Césars, Gainsbourg, Doria, Milhaud et la veuve de Karajan

Tristes Césars

Heureusement qu’il y eut Catherine Ringier, Alain Souchon, Benjamin Biolay – que des jeunes pousses de la chanson ! – pour donner un peu d’allure à une cérémonie qui n’en eut aucune : la 46ème édition des Césars était un ratage, une caricature, le comble de l’entre-soi, rien ni personne qui donne envie au public de retrouver le chemin des salles obscures. Lire ce texte de Nathalie Bianco (Un presque sans-faute)

En ce 13 mars, la culture n’est donc toujours pas déconfinée, et Roselyne Bachelot continue de croiser les doigts pour que les lieux de culture rouvrent…. dans le courant du deuxième trimestre !

2 mars : Gainsbourg et Brahms

Serge Gainsbourg (1928-1991) disparu il y a 30 ans a beaucoup emprunté à la musique classique. En particulier à Brahms, le 3ème mouvement de sa Troisième symphonie (pour Baby alone in Babylon). Lire : Les classiques de Gainsbourg) John Barbirolli dirige en 1967 les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker

3 mars : La Veuve de Karajan

Je considère depuis longtemps Die lustige Witwe / La Veuve joyeuse comme un absolu chef-d’oeuvre. En ces temps si incertains, on ne se lasse pas d’écouter cette valse si érotique, si bienfaisante, par des interprètes aussi exceptionnels.: Elizabeth Harwood, René Kollo, Herbert von Karajan et les Berliner Philharmoniker

4 mars : Nelson et Martha dansent

Quand deux géants s’amusent avec le troisième mouvement – « Brasileira » – de Scaramouche de Darius Milhaud. Ça danse et ça chaloupe – et c’est d’une mise en place périlleuse. Et ça nous fait un bien fou sous les doigts complices du Brésilien Nelson Freire et de l’Argentine Martha Argerich :

5 mars : Verdi revisité

Quand les musiciens se prêtent aux petits et aux grands arrangements (lire Petits et grands arrangements) cela peut donner des résultats étonnants. Honneur aux Britanniques ou quand Charles Mackerras revisite Verdi avec le ballet The Lady and the Fool (1954) :

6 mars : Les matinées et les soirées de Benjamin B.

Quand Benjamin Britten « arrange » Rossini (lire Petits et grands arrangements) cela donne deux suites d’orchestre, l’une pour le matin, l’autre pour le soir ! Richard Bonynge dirige les Matinées et les Soirées musicales de Rossini/Britten :

7 mars : Capriol suite

Dans mon article (Petits et grands arrangements) j’aurais pu ajouter le nom du compositeur anglais Peter Warlock, de son vrai nom Philip Heseltine, né en 1897, mort prématurément à 36 ans en 1930 (suicide ou accident ?), auteur d’une Capriol Suite (1926) inspirée de l’Orchésographie du compositeur français Thoinot Arbeau (1520-1595).

Neville Marriner dirige « son » Academy of St Martin in the Fields

8 mars : atout cheffes

Ce n’est pas parce que les cheffes d’orchestre sont moins nombreuses que les hommes qu’elles ont moins de talent ! Revue non exhaustive dans ce billet : Atout cheffes/ Un disque redécouvert dans ma discothèque, Tchaikovski dirigé par la cheffe britannique Sian Edwards, la fougue romantique de Roméo et Juliette :

9 mars : hommage à Renée Doria

J’ai toujours aimé cette voix si française. Renée Doria. Telle une ombre légère, est partie rejoindre les étoiles, quelques semaines seulement après avoir fêté ses 100 ans.

10 mars : La Grande Duchesse

L’une des plus impérissables incarnations de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach, Dame Felicity Lott. Marc Minkowski dirige Les Musiciens du Louvre

11 mars : Astor Piazzolla et Liège

Astor Piazzolla est né il y a cent ans le 11 mars 1921 à Mar Del Plata (Argentine).En mars 1985, il crée à Liège avec l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège son célèbre concerto pour bandonéon et guitare.

Les raretés du confinement (VII) : Cziffra, Brel, la fièvre de Lehar, le Chopin d’Askenase, le Boeuf sur le toit etc.

22 janvier 2021 : Romances latino

Warner avait publié un beau coffret récapitulatif des quinze années (2002-2016) que Martha Argerich a passées, chaque été, à Lugano : Martha Live

Une véritable malle aux trésors où le connu (le coeur de répertoire de la pianiste argentine) côtoie beaucoup d’inconnu. Ainsi ces délicieuses romances de Carlos Guastavino (1912-2000), un des compatriotes de Martha Argerich.

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Des romances jouées à Lugano par Martha Argerich et le pianiste cubain Mauricio Vallina (présent sur la photo ci-dessus prise à Liège en novembre 2001, avec Armin Jordan)

21 janvier 2021 : Le Chopin de mon enfance

Souvenir d’enfance, le premier disque Chopin vu à la maison, le cliché absolu de la musique classique. Mais un pianiste dont je n’ai jamais oublié le nom : Stefan Askenase naît polonais le 10 juillet 1896 à Lemberg/Lvov/Lviv, meurt belge à Cologne le 18 octobre 1985. Son Chopin semble venir en droite ligne du compositeur lui-même. Il a pour moi un parfum d’éternité

20 janvier 2021 : La bannière étoilée

Jour de fête aux Etats-Unis, le 46ème président, Joe Biden, est officiellement installé, la première vice-présidente de l’histoire de la démocratie amércaine, Kamala Harris, a prêté serment : Inauguration

L’hymne national américain The Star-Spangled Banner a été cité par Puccini (dans Madame Butterfly) , revu par Stravinsky (et Jimi Hendrix), et transcrit pour piano par Rachmaninov lui-même en 1918.

19 janvier 2021 : des chansons de négresses

Poursuivant sur ma lancée, illustrative de l’activité du Groupe des Six (lire Groupe de Six), je livre cette absolue rareté dans l’oeuvre surabondante de Darius Milhaud et dans la discographie de l’interprète.Un cycle de mélodies bien peu « politiquement correct », intitulé : Trois Chansons de négresse, sur des poèmes de Jules Supervielle, créé en 1936. Ici l’immense Brigitte Fassbaender en public, accompagnée par Irvin Gage.

18 janvier 2021 : la valse de Nelson et Martha

Je ne me lasse jamais d’entendre Martha Argerich (lire La reine dans ses oeuvres), de surprendre comme ici sa fabuleuse complicité avec son ami de toujours Nelson Freire. La Valse de Ravel a-t-elle jamais été plus sensuelle ?

17 janvier 2021 : un violon sur le toit

Comme promis hier, je tire de ma discothèque un disque devenu rare, enregistré en 1980 pour Philips, où Riccardo Chailly (27 ans à l’époque) accompagne Gidon Kremer (32 ans) dans un programme aussi rare d’oeuvres pour violon et orchestre, dont la version du Boeuf sur le Toit (1920) de Darius Milhaud, pour violon et orchestre.Ici une vidéo contemporaine de l’enregistrement, une captation en public avec le chef russe Woldemar Nelsson (1938-2006) passé à l’Ouest en 1976.

16 janvier 2021 : le Boeuf sur le toit

La neige, le couvre-feu à l’heure où le soleil d’hiver se couche me donnent une furieuse envie d’Amérique du Sud, celle que Darius Milhaud (1892-1974) a rapportée dans sa musique après son séjour au Brésil comme secrétaire de Paul Claudel, ambassadeur de France à Rio de Janeiro.Il compose plusieurs versions de son célèbre Boeuf sur le toit (1920), une version pour violon et orchestre (Cinéma-fantaisie) que je diffuserai demain, et puis la version purement orchestrale, la plus connue. Comment résister au swing de Leonard Bernstein dirigeant, en 1976, l’ Orchestre national de France ?

15 janvier 2021 : le cadeau du père

En 1957, Dmitri Chostakovitch écrit son 2ème concerto pour piano pour le 19ème anniversaire de son fils Maxim, qui le crée pour ses examens au Conservatoire de Moscou. Le mouvement lent est romantique en diable. Ici Leonard Bernstein dirige du piano l’Orchestre philharmonique de New York (1962)

14 janvier 2021 : les flots du Danube

Quand le tube du concert viennois de Nouvel an – Le beau Danube bleu – est confié au piano, à l’orgue ou à l’accordéon (lire Le Danube en blanc et noir/) ça donne quelques merveilles, comme cette captation en concert de l’époustouflant Mikhail Pletnev

13 janvier 2021 : la Nuit transfigurée

Zubin Mehta a tellement enregistré que, dans le flot des reparutions (lire: Felix et Zubin), on néglige de s’attarder à ce qui ne paraît pas a priori comme son coeur de répertoire. Et on a tort ! La preuve cet unique enregistrement de studio de la Nuit transfigurée (Verklärte Nacht) de Schoenberg, réalisé avec le Los Angeles Philharmonic en 1976.

12 janvier 2021 : loin de la Veuve joyeuse

Le 9 janvier, j’évoquais l’un des tubes de l’auteur comblé de La Veuve joyeuse, Franz Lehar (1870-1948), la valse L’Or et l’argent, et son interprète d’élection, Rudolf Kempe (lire L’Or et l’Argent ). Ce nouveau disque de mon cher Ed Gardner met en lumière un aspect beaucoup moins connu de l’oeuvre de Lehar, un cycle de mélodies avec orchestre écrit durant la Première Guerre mondiale, dont le titre est explicite : Aus eiserner Zeit. La cinquième de ces mélodies est intitulée Fieber (Fièvre) et écrite pour ténor. On est loin des viennoiseries légères, beaucoup plus près de Schoenberg, Korngold ou Zemlinsky. Un disque à paraître début février.

11 janvier 2021 : Hollywood en 12 CD

En 12 CD, un fabuleux voyage dans les studios de Hollywood grâce aux musiques de Korngold, Newman, Herrmann, Steiner, Waxman, Tiomkin, sous la houlette d’un exceptionnel producteur, et chef d’orchestre, Charles Gerhardt. A découvrir ici : Monsieur Cinéma

10 janvier 2021 : Liszt, Brel, Cziffra

J’ai eu la chance de voir une fois dans ma vie, à Poitiers, Cziffra en récital. Je n’ai jamais compris comment il parvenait à cette pyrotechnie digitale qui était autant musique que démonstration de virtuosité. Singulièrement dans le piano de Liszt.Ici dans la 6ème Rhapsodie hongroise de Liszt. Le thème qu’on entend à 2’12 a été emprunté par Jacques Brel dans sa célèbre chanson « Ne me quitte pas » (… » je t’offrirai des perles de pluie »…)

Alors admiration !

L’obituaire se remplit inexorablement en ce début d’automne.

Par delà les mots convenus, les R.I.P. de circonstance, je n’ajouterai, à l’endroit de deux tout récents disparus, que cette exclamation qui me vient d’une chanson de Souchon et Voulzy : « Alors admiration »!

Juliette Gréco

Quand votre compagnon, époux, accompagnateur a disparu il y a deux ans, j’avais écrit ceci, de vous, sur vous, Juliette Gréco :

« J’aime lire les témoignages d’amis qui ont eu le bonheur de travailler avec Gérard Jouannest et qui sont sincèrement touchés par sa disparition hier à l’âge de 85 ans...Je pense aujourd’hui à celle qui fut la compagne à la scène comme à la ville de Gérard Jouannest, à cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées en juin 2009, à jamais gravée dans ma mémoire (Le grand art de Juliette Gréco met K.O. le public du Théâtre des Champs-Elysées), je pense à vous, Madame Gréco, native de Montpellier, que la maladie a privée de l’incroyable énergie que vous nous offriez si généreusement.« 

Je repense aussi à ces quelques fois où je vous ai aperçue à l’Opéra comique ou à l’Opéra-Bastille, ou au sortir d’un dîner au Récamier.

Vous appartenez désormais à notre mémoire collective.

Michael Lonsdale

Mathieu Macheret a écrit dans Le Monde : Comédien excentrique et sophistiqué dont le maintien britannique lui permettait tous les dérapages possibles, Michael Lonsdale, mort le 21 septembre à Paris, à l’âge de 89 ans, a offert au cinéma français de ces cinquante dernières années l’une de ses présences les plus fascinantes et insaisissables. On se souvient de sa haute silhouette légèrement voûtée, plantée comme un point d’interrogation, de son visage aux bajoues plongeantes, mais surtout, peut-être, de sa voix sinueuse et grésillante, infiniment souple et capable de voler en éclats tonitruants.

Le cinéphile très lacunaire que je suis associe spontanément Lonsdale à Jean-Pierre Mocky et à sa folie douce. Mais il est juste parfait dans tous les rôles qu’il a joués au cinéma, parce qu’il n’a jamais joué que son propre personnage.

Ne pleurons pas ceux qui viennent de nous quitter. Regardons-les, écoutons-les, impérissables.

La musique pour rire (III) : Dudley Moore

#Confinement Jour 17.

Dans mon précédent billet La Musique pour rire : Beethoven, j’évoquais un personnage « multi-cartes » comme seule la Grande-Bretagne semble capable d’en produire : Dudley Moore

Peter_Cook_Dudley_Moore_Good_Evening_1974Peter Cook et Dudley Moore

Dudley Stuart John Moore naît le à Londres. Il n’a pas une enfance facile en raison de sa petite taille (1,58 m adulte) et d’une infirmité, un pied bot, qui l’oblige à des soins nombreux et répétés. Il trouve refuge très tôt dans la musique. Il apprend le piano et le violon dès six ans, et à quatorze ans, il accompagne cérémonies et mariages aux grandes orgues.

Il obtient alors une bourse pour poursuivre ses études musicales à Magdalen College (l’un des plus prestigieux collèges de l’université d’Oxford), où il remporte un premier prix d’orgue. C’est également à cette époque que débute sa carrière d’acteur. Alan Bennett qui jouait à ses côtés à l’occasion d’un spectacle de fin d’année le présenta au producteur de Beyond the Fringe. Cette comédie, où Moore, Peter Cook, Jonathan Miller et Alan Bennett se donnent la réplique, et dont le succès se répand jusqu’aux États-Unis, inaugure l’ère des émissions satiriques à la télévision.

Durant ses années d’université, Moore se prend également de passion pour le jazz et devient très vite un compositeur-interprète accompli. Dant les années 1960, il monte un trio  ‘The Dudley Moore Trio‘, avec Chris Karan aux percussions, Pete McGurk à la contrebasse, et plus tard Peter Morgan. Il s’inspire principalement d’Oscar Peterson et d’Errol Garner.

Le trio se produit régulièrement à la télévision britannique et devient la coqueluche du cabaret de Peter Cook, The Establishment.

Moore compose, entre autres, la musique des films Fantasmes (Bedazzled de Stanley Donen, sorti en 1967), L’escalier (Staircase) de Stanley Donen), et Six Weeks (de Tony Bill).

À la fin des années 1970, Moore est invité à Hollywood, où il joue en 1978 dans Drôle d’embrouille (Foul Play) avec Goldie Hawn et Chevy Chase puis dans Elle de Blake Edwards, dans Sacré Moïse ! (Wholly Moses!). Il enchaîne avec Arthur, aux côtés de Liza Minelli, John Gielgud et Geraldine Fitzgerald.

En 1981, Moore est nommé pour l’Oscar du meilleur acteur, mais Henry Fonda lui souffle la distinction pour le film La Maison du lac (On Golden Pond, de Mark Rydell). En revanche, il remporte le Golden Globe du meilleur acteur de comédie musicale. En 1984, Moore connaît encore un succès retentissant dans Micki et Maude de Blake Edwards, avec Amy Irving. Ce qui lui vaut encore le Golden Globe du meilleur acteur de comédie musicale.

Le pédagogue

En 1991, Moore collabore à des séries télévisées de vulgarisation de musique classique, d’abord avec Georg Solti, dans Orchestra, puis avec Michael Tilson Thomas dans Concerto!.

Il incarne également le rôle de Ko-Ko dans The Mikado de Gilbert et Sullivan, en . Il doit ensuite réduire son activité, atteint par une paralysie supra-nuéclaire progressiveIl meurt le 27 mars 2002 dans le New Jersey.

Beethoven et Britten

Acteur, compositeur, musicien de jazz, formidable pianiste, Dudley Moore avait ce talent singulier de pouvoir parodier avec génie ses illustres prédécesseurs (Beethoven) ou contemporains.

On ne se lasse pas de ses variations ô combien beethovéniennes sur la marche Colonel Bogey (reprise dans Le Pont de la rivière Kwai) :

Fauré et Schubert revus par Dudley Moore, ça donne ceci :

Mais sa réussite la plus extraordinaire reste pour moi l’imitation qu’il fait à la perfection non seulement de la musique de Benjamin Brittenmais aussi du style, du timbre même de la voix du compagnon de Britten, le ténor Peter Pears

Je ne résiste pas au plaisir de comparer le modèle – sublime – et la parodie.

Enfin, comment résister aux charmes de cette Shéhérazade si jazzy ?

Retour à Cuba

Eviter la tempête météorologique, éviter la tempête médiatique (à propos de l’élection municipale parisienne – on y reviendra !), se réfugier dans une salle de cinéma pour un très bon film : Cuban Network d’Olivier Assayas

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L’impression d’un double retour. Retour d’abord sur un pan de l’histoire de Cuba.

La Havane, début 1990. Alors que la guerre froide touche à sa fin, le département du contre-espionnage cubain envoie cinq hommes surveiller un groupe anti-castriste basé en Floride. à Miami, responsables d’attentats sur l’ïle. Cuban Network est l’histoire vraie de ces espions qui ont accompli leur travail en territoire ennemi. 

Olivier Assayas a réussi un superbe thriller politique, avec des acteurs exceptionnels de justesse : Penelope Cruz bien sûr (lire Douleur et gloire), mais aussi – pour moi une révélation – Edgar Ramirez, que je n’avais pas vu dans Carlos (un autre film d’Assayas consacré au terroriste Carlos en 2010).

Souvenirs aussi de l’unique voyage que j’ai fait sur l’île caribéenne, en août 2016. au moment où Fidel Castro fêtait ses 90 ans : Cuba, aventures et mésaventures.

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J’étais revenu avec des sentiments très mélangés : bien sûr les paysages de Cuba sont magnifiques, bien sûr les habitants qu’on a pu rencontrer sont adorables, mais quelle ineffable tristesse de voir dans quel état un système mafieux – toute l’économie dans les mains de la famille Castro – a laissé villes et campagnes, même si le régime n’a cessé de vanter ses « réussites » dans l’écologie ou la santé.

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