Methamorphoses

Cadeau

À la fin de chaque billet, quelqu’en soit le sujet, je proposerai désormais un cadeau musical, original, inattendu, ou tout simplement parce qu’il me touche.

Puisque je vais évoquer aujourd’hui un dernier coffret consacré à Zubin Mehta, un extrait d’une oeuvre peu connue d’un compositeur qui est rarement joué de nos jours, Ernest Bloch : Voice in the Wilderness (Voix dans le désert) écrite en 1936

Mehta #90

Le chef d’origine indienne Zubin Mehta, 90 ans bien sonnés, fait partie de ces chefs qui ont beaucoup enregistré (trop ?) au point de brouiller les cartes pour le mélomane. Decca fait paraître un dernier coffret qui regroupe après ceux réalisés à Los Angeles, les enregistrements de Zubin Mehta faits à Vienne, Tel Aviv ou Londres (voir liste ci-dessous)

Auparavant il y avait déjà eu tout cela :

Dans le nouveau coffret, quelques raretés comme la Messe n°2 et le Te Deum de Bruckner

ou la Philadelphia Symphony du compositeur autrichien Gottfried von Einem (1918-1996)

Surprise aussi de découvrir cette intégrale de la musique de ballet de Beethoven pour Les créatures de Prométhée, enregistrée à Rome en 1969

Peut-être pas indispensable, mais digne d’écoute, le « live » de 2013 des concertos de Brahms et Bruch capté à Tel Aviv avec un violoniste – David Garrett – qui n’est pas que la star de la pop allemande qu’il est devenu. J’ai un souvenir de quelques concerts avec lui, notamment celui dont il avait été le soliste avec l’orchestre philharmonique de Liège dirigé par Louis Langrée au Théâtre des Champs-Elysées en 2004.

Je crois bien que c’est par cet enregistrement que j’ai découvert la 7e symphonie de Dvořák. Depuis, j’ai trouvé plus enthousiasmant, plus idiomatique surtout (comme Pierre Monteux !) mais Mehta sait faire chanter son orchestre

Très bonne idée aussi de rééditer ce concerto n°1 de Paganini avec l’ami Boris Belkin. Et pour une fois la direction avance, chante, et ne se contente pas d’un accompagnement banal.

J’avais oublié que Zubin Mehta avait lui aussi gravé une intégrale des symphonies de Schubert.

On imagine que sur scène le dispositif devait impressionner. En 1982 pour un festival d’hommage à Bronislaw Huberman, l’un des fondateurs de l’orchestre philharmonique d’Israël, Zubin Mehta avait réuni une belle brochette de stars. Cela donne une version des Quatre saisons de Vivaldi, avec comme violon solo successivement Isaac Stern, Pinchas Zukerman, Shlomo Mintz et Itzhak Perlman, puis un concerto pour 4 violons, tiré de L’estro armonico, avec Isaac Stern, Ivry Gitlis, Ida Haendel et Shlomo Mintz

Plusieurs rééditions d’opéras qui ne sont peut-être pas, dans la discographie même de Zubin Mehta, le tout premier choix.

CD 1 Bartok : Concerto orchestre, Esquisses hongroises / IPO*

CD 2-4 Beethoven : Concertos piano / Ashkenazy / VPO*

CD 5-8 Beethoven : Concertos piano / Lupu / IPO

CD 9 Beethoven : Les créatures de Prométhée / IPO

CD 10 Berlioz : Symphonie fantastique / NYPO*

CD 11 Berlioz : Harold en Italie / Benyanimi / IPO

CD 12 Bloch : Schelomo, Voice in the Wilderness / Starker / IPO

CD 13 Brahms : Symphonie 1, Ouverture tragique / VPO

CD 14 Brahms : concerto piano 1 /Rubinstein/ IPO

CD 15 Brahms : concerto piano 2 / Ashkenazy / LSO*

CD 16 Brahms, Bruch : concertos violon / Garrett / IPO

CD 17-18 Bruckner : Symphonie 9, Te Deum, Messe n°2 / VPO

CD 19 Chopin : concertos piano /Lang Lang/ VPO

CD 20 Dvorak : symphonie n°7 / IPO

CD 21 Dvorak: concerto violoncelle, R.Strauss : Don Quichotte / Maisky / BPO*

CD 22 Lalo: Symphonie espagnole, Vieuxtemps: concerto n°5 / Mintz / IPO

CD 23 Liszt Préludes, Wagner: ouv Maîtres Chanteurs, Parsifal, Lohengrin / VPO

CD 24 Mahler Symphonie n°1 / IPO

CD 25 Mahler: Symphonie n°2 / Cotrubas, Ludwig / VPO

CD 26 Mahler : Symphonie n°4 / Hendricks / IPO

CD 27 Mendelssohn : Octuor / IPO

CD 28-29 Mozart : Symphonies 34, 39,40, Petite musique de nuit / IPO

CD 30 Paganini : Concerto violon n°1 / Belkin / IPO

CD 31 Paganini, Chausson, Waxman, Milstein / Shoji / IPO

CD 32-33 Puccini : La fanciulla del West / Neblett, Milnes, Domingo / Covent Garden

CD 34-35 Puccini : Turandot / Sutherland, Pavarotti, Caballé, Ghiaurov / LPO*

CD 36 Sarasate, Chausson, Saint-Saëns, Ravel / Perlman / NYPO

CD 37 Schmidt : Symphonie n°4, Von Einem : Philadelphia Symphony / VPO

CD 38-42 Schubert : Symphonies / IPO

CD 43-45 Schumann : Symphonies / VPO

CD 46-47 Tchaikovski : Symphonie n°5, suites Casse Noisette, Le lac des cygnes / IPO

CD 48-49 Verdi : le Trouvère / Nucci, Banaudi, Verrett, Pavarotti / Mai florentin

CD 50-51 Verdi : la Traviata / Kanawa, Mazzoni, Borodina, Kraus, Hvorostovski / Mai florentin

CD 52 Verdi / Leontyne Price / IPO

CD 53-54 Rossini, Tchaikovski, Rimski-Korsakov, Verdi, Weber / IPO

CD 55-56 Vivaldi, Mozart / Stern, Mintz, Zukerman, Perlman, Gitlis, Haendel

CD 57 Hommage à Solti / LPO

IPO = Israel Philharmonic Orchestra

VPO = Vienna Philharmonic Orchestra

NYPO : New York Philharmonic Orchestra

BPO = Berlin Philharmonic Orchestra

LPO = London Philharmonic Orchestra

Et toujours mes brèves de blog pour les humeurs du moment (Rentrée)

Dans ma boîte aux lettres : Haitink, Demus, van Barentzen

Les compléments Haitink

Le grand chef hollandais Bernard Haitink, disparu il y a cinq ans, a déjà bénéficié de magnifiques rééditions de sa discographie, d’abord avec le Concertgebouw d’Amsterdam, puis au printemps dernier avec l’orchestre philharmonique de Londres. Restait à rassembler les enregistrements réalisés à Berlin, Vienne ou Boston, où le chef était régulièrement invité.

31 CD

Mahler Symphonies Nos. 1-7; Symphony No. 9; Symphony No. 10; Lieder eines fahrenden Gesellen (BPO)
Poulenc Organ Concerto (Thomas Hurford)
Mark-Anthony Turnage Some Days (orch.jeunes Communauté européenne)
Schumann Cello Concerto, Op. 129; Adagio & Allegro, Op. 70; Fantasiestücke, Op. 73; 5 Stücke im Volkston, Op. 102 (Heinrich Schiff)
Stravinsky The Firebird; Scherzo à la russe; Petrushka; Scènes de ballet; Le Sacre du Printemps; Pulcinella (BPO) Violin Concerto (David Oistrakh, orch. Lamoureux)
Beethoven Fidelio (Norman, Dresde)
Berlioz Symphonie fantastique (VPO)
Brahms Symphonies Nos. 1-4; Tragic Overture, Op. 81 (Butry sur Oise) Piano Concerto No. 2 (Ashkenazy VPO) Ein deutsches Requiem, Op. 45; Schicksalslied, Op. 54, Nänie; Alt-Rhapsodie; Haydn Variations (VPO)
Bruckner Symphony No. 3; Symphony No. 4; Symphony No. 5; Symphony No. 8; Te Deum (VPO)
Ravel Daphnis et Chloé; La Valse; Rapsodie espagnole; Menuet antique; Ma mère l’oye; Boléro; Alborada del gracioso; Le Tombeau de Couperin; Valses nobles et sentimentales (BSO)

BPO : orchestre philharmonique de Berlin / VPO : orchestre philharmonique de Vienne / Butry sur Oise : orchestre symphonique de Boston)

Très peu de redécouvertes, mais quelques surprises, comme une symphonie fantastique plus poétique que frénétique, tout un ensemble Ravel qui bénéficie de la tradition bostonienne forgée par Munch et Ozawa.

Pour Mahler et Bruckner, la comparaison entre les captations réalisées à Amsterdam, puis plus récemment à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise, n’est pas sans intérêt, même si les permanences de l’art du chef – lisibilité, fluidité, plus que monumentalité – se coulent dans les spécificités sonores des Berlinois ou des Viennois.

Le piano d’Aline van Barentzen

J’avais jadis un ou deux disques de la collection économique Trianon chez EMI, des sonates de Beethoven entre autres, d’Aline van Barentzen (1897-1981) dont ma professeure de piano au conservatoire de Poitiers avait été l’élève au conservatoire de Paris. Je désespèrais de jamais retrouver cela en CD, jusqu’à ce que je découvre au début de l’été un coffret publié par Meloclassic, 9 CD remplis de pépites

Comment se fait-il que cette artiste ait une discographie aussi mince, en dehors de ces heureuses captations de concert ?

On ne m’en voudra pas d’aller rechercher – de retour du Brésil – ces précieux témoignages de la collaboration entre le plus grand compositeur brésilien du XXe siècle, Heitor Villa-Lobos, et la pianiste franco-américaine.

Warner serait bien inspiré de rééditer au moins les quelques enregistrements réalisés pour La Voix de son Maître, ses Beethoven en particulier !

Jörg Demus chez Schumann

Lorsqu’il est mort en 2019, j’avais fait un portrait très personnel de Jörg Demus : Le piano poète. Encore un artiste dont la discographie est dispersée ô combien! Dans la même collection Meloclassic, j’ai repéré un double album pour l’essentiel consacré à Schumann et à des prises de concert réalisées à Dresde.

Et toujours dans mes brèves de blog, les grands bonheurs et les petits malheurs de ces derniers jours.

Suisse toujours

Ceux qui me lisent et me suivent depuis longtemps savent que j’ai des origines suisses (lire L’été 69) et que le 1er août est le jour de la fête nationale suisse !

On trouvera sur ce blog de multiples occurrences qui évoquent le pays de mes ancêtres maternels, où j’ai travaillé (Baptême de radio) mais jamais vécu, en dehors de vacances d’été en famille (Le complexe suisse).

En ce 1er août, je propose un voyage quelque peu exotique en terres musicales helvétiques avec un compositeur qui mérite mieux que l’ignorance dans laquelle il est tenu en dehors de sa Suisse natale : Fritz Brun – 1879-1959 -(prononcer « Broune »). J’ai découvert, grâce à mon cousin Joseph Zemp (il y a beaucoup de Joseph dans la famille Zemp !) – auteur d’un blog en français toujours richement documenté -, que le compositeur était natif de la même vallée d’Entlebuch que ma famille.

À Entlebuch devant le buste de mon ancêtre, Joseph Zemp (1834-1908), conseiller fédéral et président de la Confédération helvétique.

J’invite à lire l’article passionnant que mon cousin a consacré à Fritz Brun sur ResMusica : Le symphoniste suisse à mi-chemin entre Bruckner et Mahler

Encore un mot du chef d’orchestre suisse Adriano, né en 1944, connu par son seul prénom, que je n’ai jamais vu diriger en concert mais qui a beaucoup servi ses compatriotes, enregistrant par exemple les musiques de films d’Honegger.

PS Puisque j’ai posté en tête de cet article cette photo de joueurs de cor des Alpes, je rappelle cet article du 3 août 2015 Le son du cor au fond de Brahms, qui évoque l’origine du fameux solo de cor du dernier mouvement de la 1e symphonie de Brahms…

Toujours mes brèves de blog à découvrir au fil de l’été !

Les fraîcheurs du chef (VI) : Sakari en Islande

C’est un chef que j’ai découvert par le disque, Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande dans la 2e symphonie du compositeur finlandais Leevi Madetoja.(1887-1947)

J’avais même repris le début de cette symphonie comme indicatif de France Musique.

J’ai invité Petri Sakari à plusieurs reprises à Liège pour des programmes qui n’ont jamais manqué d’originalité, ainsi en janvier 2008 (Bruckner), le 12 février 2011 (Ledoux, Reger, Lindberg, Strauss).

Le chef a signé une très belle intégrale Sibelius, l’une de mes préférées dans une discographie surabondante.

Mais pour ce sixième épisode de la série Les fraîcheurs du chef, cap sur les autres enregistrements islandais du chef !

Le seul « tube » internationalement connu d’un compositeur suédois Hugo Alfvén qui mérite d’être beaucoup mieux connu : sa 1e rhapsodie suédoise (en suédois : Midsommarvaka / Soir d’été)


Quant à Uuno Klami (1900-1981) ce n’est pas un clone de Sibelius, même si les sources d’inspiration sont les mêmes

La musique islandaise est encore une terra incognita pour moi, mais grâce à Petri Sakari on peut l’approvisoiser.

Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog : conséquences et inconséquences

Les Allemands contraires

J’ai raconté dans une de mes récentes brèves de blog (Apprentis chefs) ma participation au jury parisien de présélection des candidats au concours international de chefs d’orchestre qu’organise mon ami George Pehlivanian. Première salve vendredi dernier, et seconde hier après-midi toujours dans une salle de l’Ecole normale de Musique de Paris, avec des températures qu’on peut imaginer. J’avais déjà noté la formidable qualité des deux pianistes, David et Manuel, qui ont dû jouer pas loin d’une trentaine de fois des extraits de la 1e symphonie de Brahms dans sa version à deux pianos, et répondre aux indications de ceux qui sur le podium devaient se représenter tout un orchestre devant eux. Avec des bonheurs très variés !

Ce n’est qu’hier qu’ils m’ont signalé constituer le Geister Duo, dont j’avais évidemment entendu parler, mais jamais rencontré.. d’aussi près et d’aussi bien !

Les frères sérieux ou les anti-Labèque

C’est au cours d’une brève pause, justement à propos de Brahms, que j’ai évoqué avec David et Manuel un coffret reçu il y a quelques jours, et dont j’ai commencé par écouter les Danses hongroises... de Brahms.

Alois et Alfons Kontarsky ont longtemps été le seul duo pianistique du label jaune. Et cette réédition est intéressante, ne serait-ce que pour la partie d’oeuvres contemporaines dont ils ont été les créateurs et/ou dédicatoires. Mais dans le répertoire classique, mon Dieu que c’est raide et sérieux !

Je sais maintenant pourquoi je n’ai jamais eu dans ma discothèque leur version des Danses hongroises de Brahms !

Nul besoin d’être un expert ou un critique pour comparer avec deux autres versions françaises.

A propos de ce formidable duo, lire Les années Béroff.

Le centenaire Tennstedt

C’est Christian Merlin qui pour France Musique a le mieux cerné la personnalité d’un chef allemand – Klaus Tennstedt (1926-1998)- dont Warner célèbre le centenaire de la naissance par un coffret qui regroupe les enregistrements de studio.

« L’Allemand Klaus Tennstedt (1926-1998) fut une figure très singulière d’anti-maestro, hypersensible et complexé, qui serait resté un obscur second, relégué dans la province est-allemande, si les Etats-Unis et l’Angleterre n’avaient fait de lui une star, dont l’émotion était l’alpha et l’oméga »

« A Londres, les musiciens et le public l’adulent littéralement, aimant son approche émotionnelle de la musique. Mais ce grand fumeur et buveur, doublé d’un angoissé chronique, ne se ménage pas, et le paie en 1985 d’un cancer de la gorge dont il se remet, avant de connaître toute sorte d’autres déboires de santé qui l’éloigneront progressivement de la scène » (Christian Merlin, France Musique)

Plus qu’aucun autre sans doute, c’est le concert, le « live » qui révèle le talent de ce chef.



Il y a quelques belles surprises dans ce coffret Warner – outre une intégrale Mahler déjà multi-rééditée – comme cette 8e symphonie de Bruckner que je ne connaissais pas.



Je recommande aussi chaleureusement ce coffret publié il y a une dizaine d’années :

Mendelssohn chez lui

J’ai passé quelques jours entre Leipzig et Dresde à la fin de l’année 2017 et j »avais intitulé un billet Leipzig ville musique.

Nul visiteur de la cité saxonne ne peut ignorer les deux figures de proue de la musique de cette ville : Bach et Mendelssohn, ni l’orchestre le plus ancien d’Europe, celui du Gewandhaus fondé en 1743.

C’est une nouvelle parution qui nous donne l’occasion d’évoquer à nouveau le lien si particulier de Félix Mendelssohn avec Leipzig.

Andris Nelsons, viré sans ménagement de la direction du Boston Symphony, n’a heureusement pas le même souci avec l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig dont il est le directeur musical depuis bientôt dix ans.

La critique a été partagée – mais c’est apparemment une mode – sur les intégrales Bruckner, Chostakovitch et Richard Strauss que Deutsche Grammophon a publiées avec Andris Nelsons, intégrales qui réunissent alternativement les deux orchestres – Boston et Leipzig – dont Nelsons est le chef.

Cette nouvelle proposition, les cinq symphonies de Mendelssohn, ses deux oratorios Paulus et Elias, enregistrés avec l’orchestre dont le compositeur fut le chef à partir de 1835, me semble particulièrement bienvenue. J’avoue ne pas comprendre le critique du Devoir (que je cite dans mon article Orchestres sans tête) qui dézingue ce coffret sans complexe, en le comparant à l’idéal que constituerait, selon lui, la récente intégrale réalisée par Yannick Nézet-Séguin. Le Nelsons bashing ça suffit ! Il suffit d’avoir des oreilles pour écouter, et ce que j’ai entendu jusqu’à présent de ce coffret est tout à l’avantage du chef letton.

Et si l’on veut comparer à d’autres versions antérieures, gravées elles aussi à Leipzig, on n’est pas sûr qu’elle soient toujours à l’avantage de ces dernières. Kurt Masur, l’inamovible patron du Gewandaus de 1970 à 1996, a laissé deux intégrales des symphonies, assez inégales.

Riccardo Chailly, le prédécesseur de Nelsons (de 2005 à 2016), n’a pas succombé à la mode des intégrales et a laissé quelques témoignages intéressants :

On pourra vraiment éviter cet enregistrement lourdissime d’un prédécesseur de Nelsons et Chailly, Franz Konwitschny qui en récompense sans doute de son engagement pour l’Allemagne hitlérienne, dirigera le Gewandhaus de 1949 à sa mort en 1962.

Pour ce qui est des deux oratorios, dans la droite filiation de ceux de Bach – que Mendelssohn contribuera grandement à remettre au jour – Andris Nelsons offre une référence moderne, d’autant mieux venue que les derniers enregistrements intéressants remontent à un demi-siècle.

C’est à Wolfgang Sawallisch qu’on doit, avec Leipzig, une référence inégalée d’Elias :

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog !

José Van Dam (1940-2026)

On apprend aujourd’hui la disparition, le 17 février, d’un géant du chant José Van Dam.

L’ami Nicolas Blanmont lui consacre, sur le site de la RTBF, un article extrêmement complet et documenté auquel je ne peux que renvoyer, puisque tout y est dit, de la formation, de la carrière incroyable de José Van Dam et de sa place éminente dans le club très fermé des plus grands chanteurs du XXe siècle.

Le simple examen de ses rôles à l’opéra, sous les baguettes les plus fameuses, le relevé de sa discographie, donnent le vertige. Je me rappelle ces Grands entretiens réalisés par France Musique en 2019 avec le grand baryton belge et, par exemple, ce qu’il disait de sa longue collaboration avec Karajan : « Il était rigoureux, exigeant… C’est le ‘grand’ chef avec lequel j’ai eu le plus de plaisir à chanter. »

Dans ma mémoire, se mêlent des souvenirs – finalement pas si fréquents – de José Van Dam sur scène .Deux, très forts, me reviennent à l’instant d’écrire ces lignes.

Don Carlos au Châtelet

A l’opéra, il y a assez peu de spectacles dont je puisse dire qu’ils approchent la perfection; Ce Don Carlos de 1996 en faisait partie.

Pelléas et Melisande à Genève

« En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre » (Lire Portrait d’ami).

Jamais un Golaud ne m’a bouleversé à ce point. José Van Dam est pour toujours « mon » Golaud.

Et cette présence si remarquable, ce timbre, cette diction uniques, on les retrouve à leur acmé dans tant d’enregistrements que je vais redécouvrir dans une discothèque proprement vertigineuse !

Bach : Magnificat / Messe en si (Corboz) Erato

Beethoven : Fidelio (Karajan) EMI / Missa solemnis (Karajan) DG

Beethoven : 9e symphonie (Karajan x 2) DG

Berg : Wozzeck (Levine) Met

Berlioz : L’enfance du Christ (Gardiner) Erato

Berlioz : La damnation de Faust (Levine) Munich / (Nagano) EMI

Berlioz : Roméo et Juliette (Ozawa) DG

Bizet : Carmen (Karajan) DG / (Solti) Decca

Bizet : La jolie fille de Perth (Plasson) EMI

Brahms : Un requiem allemand (Karajan) DG-EMI

Bruckner : Te Deum (Karajan) DG

Debussy : Pelleas et Mélisande (Abbado) DG / (Karajan) EMI / (Levine) Met

Debussy : Rodrigue et Chimène (Nagano) EMI

Delibes : Lakmé (Plasson) EMI

Duruflé : Requiem (Corboz) Erato

Enesco : Oedipe (Plasson) EMI

Fauré : Pénélope (Dutoit) EMI

Fauré : Requiem (Plasson) EMI

Gluck : Iphigenie en Aulide (Gardiner) Decca

Gluck : Iphigenie en Tauride (Gardiner) Erato

Gounod : Faust (Plasson) EMI

Gounod : Mireille (Plasson) EMI

Gounod : Mors et vita (Plasson) EMI

Gounod : Roméo et Juliette (Plasson) EMI

Hahn : Ciboulette (Diederich) EMI

Haydn : Die Schöpfung (Karajan) DG

Ibert : Don Quichotte (Nagano) EMI

Magnard : Guercoeur (Plasson) EMI

Mahler : Symphonie n°8 (Bernstein) DG

Martin : Monologues de Jedermann (Nagano) Erato

Massenet : Hérodiade (Plasson) EMI

Massenet : Manon (Pappano (EMI)

Mozart: Cosi fan tutte (Muti) EMI

Mozart : la Flûte enchantée (Karajan) DG / (Levine) Sony / (Marriner) Philips

Mozart : Don Giovanni (Maazel) Sony /

Mozart : Les noces de Figaro (Karajan) DG

Mozart : Requiem (Karajan) DG

Offenbach : Les contes d’Hoffmann (Nagano) EMI/ (Cambreling) EMI

Poulenc / Chansons gaillardes (Collard) EMI

Puccini / Gianni Schicchi (Pappano) EMI

Ravel : Don Quichotte à Dulcinée , Mélodies populaires grecques (Boulez) Sony

Ravel : L’enfant et les sortilèges (Rattle) EMI

Ravel : L’heure espagnole (Maazel) DG

Roussel : Evocations, Padmâvâti (Plasson) EMI

Saint-Saëns : Mélodies (Collard) EMI

Richard Strauss : Die Frau ohne Schatten (Solti) Decca

Richard Strauss : Salomé (Karajan) EMI

Verdi : Aida (Karajan) EMI

Verdi : Don Carlo (Karajan) EMI

Verdi: Don Carlos (Pappano) EMI

Verdi : Falstaff (Solti) Decca

Verdi : Otello (Karajan) EMI

Verdi : Requiem (Karajan) DG / (Solti) RCA

Verdi : Simon Boccanegra (Abbado) DG

Verdi : Un bal masqué (Barbirolli) EMI

Wagner : Le Vaisseau fantôme (Karajan) EMI

Wagner : Les Maîtres Chanteurs (Solti) Decca

Wagner : Parsifal (Karajan) DG

Cette discographie est loin d’être exhaustive !

Il y a quelques années Erato avait publié un magnifique coffret de 10 CD dans la série Autograph

C’est à l’évidence l’un des portraits les plus fidèles de l’art et de la carrière du baryton disparu, avec plusieurs raretés, notamment les magnifiques Monologues de Jedermann de Frank Martin, de larges extraits des deux enregistrements de Salomé auxquels José Van Dam a participé, celui très célèbre de Karajan, et l’autre beaucoup moins de Kent Nagano à l’opéra de Lyon.. dans la version française de l’opéra de Richard Strauss. De la même manière José Van Dam est magnifique dans le Don Carlo (Karajan) comme dans le Don Carlos de Verdi (Pappano). Un joli bouquet de mélodies de Saint-Saëns, Ravel, Poulenc, Ropartz et Berlioz (Les nuits d’été notamment avec Jean-Philippe Collard)

J »évoquerai certainement sur mes prochaines brèves de blog les hommages qui viendront en nombre saluer José Van Dam.

Carnets secrets (II) : Haitink, Dohnanyi, Cannes, Victoires de la musique, Alagna, Dessay…

Nominations

C’est le privilège et l’avantage de l’âge que de pouvoir suivre, souvent avec admiration, le parcours de celles et ceux qu’on a connus, côtoyés, employés parfois, plus jeunes à l’orée de leur carrière. Certains semblent fixés à vie dans leur entreprise, preuve sans doute qu’ils s’y sentent heureux, épanouis dans leurs fonctions (je pense notamment à mes amis de LiègeMerci ! – Sabine qui était là à mon arrivée en octobre 1999, Silvia, Sophie, Séverine, Valérie, Elise, Robert, Laurent, Erwan, Eric, Pierre, Christophe que j’ai recrutés au début des années 2000), d’autres aiment, à moins qu’ils y soient obligés, emprunter des chemins plus sinueux. Je suis moi-même l’exemple d’une « carrière » professionnelle qui n’a rien de rectiligne, loin s’en faut, où les hasards combinés aux opportunités, et peut-être à un peu de chance, m’ont permis d’accéder à des responsabilités que je n’aurais jamais imaginées.

Dans le seul domaine culturel, a fortiori dans l’étroit microcosme de la musique dite classique, les postes sont rares et les nominations ne découlent pas toujours – doux euphémisme ! – de la qualité des prétendants. Mais tout récemment je me suis réjoui de l’arrivée de Frédéric Morando à la direction de l’Orchestre de chambre de Paris, ou de celle de Jean-Baptiste Henriat à celle de l’Orchestre national de Lille. Ce sont de vrais « pros », mordus de musique. J’ai connu Frédéric en travaillant avec l’orchestre de Pau, notamment pour le spectacle que j’avais commandé à Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jeff Cohen, Roland Romanelli et Fayçal Karoui pour le festival Radio France 2018.

Février 1995

Deuxième épisode de mes « carnets secrets« , je notais le 6 février 1995 :

« La semaine écoulée fut parisienne, mondaine et musicale. Tautologie !

Lundi le luxe absolu dans un écrin trop âpre. La Philharmonie de Vienne8ème de BrucknerHaitink, au TCE. J’avais le souvenir de Dohnanyi au Châtelet au printemps dernier, et d’un ennui profond, ce qui est le comble pour pareil chef-d’oeuvre, mais enfin on vit ce que certains savaient, que ce M. Dohnanyi est un piètre musicien. Tandis que Haitink ! Notre bonne critique musicale a longtemps accoutumé de le traiter par dessous la jambe. Eh bien on a vu, on a entendu. Un grand. Ce n’était pas un hasard si Pierre Boulez, rencontré à l’entrée, était venu voir son confrère, à peine plus jeune, diriger cette 8ème qu’il m’a dit vouloir enregistrer bientôt aussi avec Vienne. On se régale par avance.

Boulez d’ailleurs, c’était son tour le lendemain mardi. Bien sûr le Tout-Paris dans la salle, la chère et branlante Claude Pompidou. Sourires en tous sens, comment allez-vous ? Programme austère. Boulez s’amuse à déconcerter tous ces bons bourgeois qui lui mangent dans la main après l’avoir mis sur le saint siège de pape de la vie musicale française. Un splendide et acéré Chant du rossignol, ses Notations I-IV, extraordinaire feu d’artifice orchestral.

Mes voisins Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti convaincus. Françoise Giroud, devant moi, bien vieille mais vaillante, applaudissant de coeur (son Journal d’une Parisienne la révèle mélomane),

En deuxième partie, l’opus 6 de Webern, somptueuse épure, et le 1er de BartokBarenboim très bien quoique pas très puissant, mais une systématique agaçante.

Escapade à Cannes le mercredi pour le MIDEM. Quelques belles minutes au soleil à Nice, le temps d’une balade près du marché aux fleurs. Le MIDEM est conforme à sa réputation, business, peu de show. Le soir concert d’hommage à Maurice André. J’enrage d’avoir donné à Hervé Corre l’idée d’inviter les meilleurs « vents » actuels et de constater ce qu’il en a fait. Un défilé de patronage, quelques notes de concertos, à peine le temps d’apprécier la chance d’avoir dans la même soirée Emmanuel PahudPaul MeyerJean-Louis Capezzali, Michel BecquetJustaffréAudin, etc.

Jeudi, l’éblouissante Natalie Dessay donne quelque intérêt à Lakmé à l’Opéra-Comique, spectacle kitsch en diable, mais elle est fabuleuse.

Anderson et Alagna dans Lucia dimanche dernier à Bastille n’étaient pas mal non plus. Donizetti est vraiment planplan, Serban a surpris mais sa mise en scène n’a rien d’idiot, au contraire !

Je redoute la soirée de mardi des Victoires de la musique classique au Palais des Congrès. Il a fallu batailler avec France 3 pour imposer à Claude Fléouter une soirée pas trop déshonorante. Avec Jacques Chancel cela devrait aller. Mais on risque un mauvais remake de tristes 7 d’Or. » (@Jean-Pierre Rousseau, 6 février 1995)

Je reprends tels quels mes écrits d’il y a trente et un ans, jamais publiés ni montrés à qui que ce soit. J’en ai retiré quelques phrases à caractère personnel, mais je dois assumer ce que j’ai dit à propos de certains – « Dohnanyi est un piètre musicien » Diantre ! –

Karajan Live

J’ai hésité avant de commander d’abord ce coffret qui couvre la période 1971-1979, puis le précédent – 1953-1969 -. Le prix fait réfléchir (puisque j’achète tous mes disques !) mais le travail éditorial et l’objet même sont remarquables.

Tout semble avoir été déjà dit, écrit sur le chef d’orchestre salzbourgeois : Karajan est né dans la ville natale de Mozart le 5 avril 1908 et mort dans sa maison d’Anif, à 8 km de Salzbourg le 16 juillet 1989. Ici même les occurrences ne manquent pas : lire Mon Karajan

Alors pourquoi revenir à Karajan et à ces captations de concert ? D’abord en raison de quelques raretés, pas toujours indispensables, mais surtout parce qu’une fois de plus le concert, le « live » révèlent l’artiste tel qu’en lui-même le studio, trop léché, trop poli – surtout à cette période-là – le corsètent.

Avant ces coffrets réalisés à l’initiative et sous le contrôle des Berliner Philharmoniker eux-mêmes, on avait déjà les documents d’archives mis au jour par Yves St.Laurent (lire La collection St Laurent : les bons plans)

CD 1 25/09/1971

>Vivaldi, sinfonia « al san sepolcro »/ Sibelius concerto violon – Christian Ferras / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 2 12/02/1972

>Mendelssohn symph 3 / Debussy prélude à l’après-midi d’un faune / Ravel Daphnis suite 2

CD 3 31/12/1972

>Bruckner symph 5

CD 4 8/09/73

>Mozart symph 41 / Tchaikovski symph 5

CD 5 17/02/74

>Schubert symph 8 / Penderecki capriccio violon – Leon Spierer / Moussorgski Les tableaux d’une exposition

CD 6 25/09/74

>Mozart concerto piano 23 – Jean-Bernard Pommier / Schoenberg Pelleas und Melisande. *

CD 7 8/12/74

>Bartok musique cordes / Dvorak symph 9

CD 8 20/05/75

>Berg suite lyrique / Bruckner symph 4

CD 9 25/09/75

>Richard Strauss Métamorphoses / Also sprach Zarathustra

CD 10 16/10/76

>Mozart symph conc vents – Karl Steins, Karl Leister, Gerd Seifert, Manfred Braun / Sibelius symph 5, Finlandia

CD 11 12/12/76

>Bruckner symph 5

CD 12 31/12/76

>Mozart symph 41 / Richard Strauss Ein Heldenleben

CD 13 25/06/77

>Wimberger Plays für 12 Solo-Violoncelli, Bläser und Schlagzeug / Berlioz symph fantastique

CD 14 25/09/77

>Thärichen Batrachomyomachia / Stravinsky Le sacre du printemps

CD 15 21/10/77

>Brahms double concerto – Thomas Brandis, Ottomar Borwitzky / Brahms symph 2

CD 16 04/01/78

>Mahler Das Lied von der Erde – Agnes Baltsa, Hermann Winkler

CD 17/01/78

>Sibelius symph 4. / Beethoven symph 7

CD 18 4/01/79

>Bach conc brandebourgeois 3 / Berg pièces op 6 / Dvorak symph 8

CD 19 27/01/79

>Webern pièces op 5 / Schumann symph 4 / Tchaikovski conc piano 1 – Mark Zeltser

CD 20 25/11/79

>Bach conc brandebourgeois 1 / Beethoven symph 3

*J’ai raconté le souvenir très particulier que j’ai gardé du concert que donnaient Karajan et ses Berliner à Lucerne, trois semaines avant ce concert, le 31 août 1974, avec au programme ce Pelleas de Schoenberg (L’été 74).

Les surprises d’un coffret

Les textes et les photos qui font une grande partie de la valeur de ce coffret – en allemand et en anglais seulement ! – dressent des portraits contrastés du chef, surtout lors de cette décennie 70 où la recherche du beau son va sembler l’emporter sur les considérations purement musicales. On sort en réalité des clichés, des postures, par le témoignage de musiciens, de preneurs de son, de collaborateurs qui n’étaient pas, n’ont jamais été de simples faire-valoir. Mais on admire ce qui a fait la légende Karajan – et que m’avait rapporté jadis l’un de ses rares « élèves », le chef allemand Günther Herbig, invité plusieurs fois à Liège – la fabrication, la construction d’une interprétation, avant même la recherche du son d’ensemble. Tous les documents – rares jusqu’à maintenant – qui montrent Karajan en répétition l’attestent.

On comparera donc avec intérêt les doublons qui figurent dans ce coffret (‘Le Sacre du printemps, la 5e de Bruckner, la 41e de Mozart), on ne s’attardera pas longtemps sur les rares « créations » – on imagine bien pourquoi Karajan dirige une oeuvre de Werner Thärichen, l’indéboulonnable timbalier et surtout délégué des musiciens des Berliner (!) – mais on relèvera un art consommé de la programmation. On a sans doute choisi les concerts les plus originaux pour ce coffret, mais on reste rêveur devant ce qui était proposé au public berlinois.

Il faut aussi relever que le système mis en place par Karajan et Berlin de contrôle absolu de tout ce qui était enregistré, produit, pour le concert et pour le disque, est encore très largement en vigueur aujourd’hui. On ne trouve quasiment pas trace sur internet, a fortiori sur YouTube, d’un « live » qui n’ait pas été formellement approuvé par la firme !

Exception avec ce Chant de la Terre, capté en janvier 1978 (cf. ci-dessus), avec Agnes Baltsa et Hermann Winkler :

Je rappelle que le fameux Grand Echiquier qui réunissait l’orchestre philharmonique de Berlin et Herbert von Karajan le 24 juin 1978 est visible ici : Grand Echiquier 1e partie et Grand Echiquier 2e partie.

Et toujours mes brèves de blog en fonction de l’actualité et de mes humeurs.

Découvertes et redécouvertes

Cette dernière quinzaine a été l’occasion, pour moi, de découvertes et de redécouvertes, dont j’ai envie de faire part ici, sans ordre précis autre que résultant des vagabondages de ma mémoire.

Markus Poschner

Comme je l’écrivais sur Bachtrack dans ma critique sur La Chauve-Souris donnée le 31 décembre à l’opéra de Vienne, « on ne connaît le chef Markus Poschner que par une récente intégrale au disque des symphonies de Bruckner « . Je l’avoue, je n’avais jamais entendu ce chef « en vrai ». Ce n’est pourtant pas un perdreau de l’année, mais c’est une fois de plus la preuve que les frontières existent toujours et encore dans le monde de la musique, comme je le dénonçais déjà il y a plus de dix ans (Frontières). Le chef allemand est certes venu diriger à deux reprises l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire l’article de Pierre Michel sur Bachtrack), mais voilà, je ne l’avais pas repéré !

Dans cette récente captation réalisée à Stuttgart, on a un bel aperçu de l’art de Markus Poschner. D’abord une gestique, une attitude au pupitre qu’on ne peut s’empêcher de penser inspirées du grand Carlos Kleiber (comme on l’avait relevé avec Manfred Honeck dirigeant l’Orchestre national en octobre dernier), ensuite et surtout une conception anti-monumentale de Brahms, qui me séduit beaucoup.

On va donc suivre plus attentivement la carrière de ce chef !

Cornelius Meister

Quant au chef qui dirigeait Hänsel und Gretel à l’opéra de Vienne le 29 décembre (Vienne sur son 31), Cornelius Meister, c’était aussi une première pour moi de le voir et l’entendre « en vrai ». Je connaissais sa réputation de wagnérien (il a dirigé récemment à Bayreuth, à Lille), je n’ai donc pas été surpris qu’il réussisse particulièrement la partition d’Humperdinck.

Au disque, Cornelius Meister a signé deux références pour des oeuvres que j’aime particulièrement :

Humperdinck à l’orchestre

Pour la cérémonie d’adieu à ma mère le 6 janvier dernier, j’avais choisi parmi quelques autres pièces musicales, le duo du 2e acte de Hänsel und Gretel, la prière des enfants dans la version de Georg Solti.

Le même passage – la pantomime -existe en version purement orchestrale. J’ai l’embarras du choix dans ma discothèque, mais je relève que la pièce n’est plus à la mode, si j’en juge par l’âge vénérable des enregistrements.

Bruckner à Chicago

Sauf erreur de ma part, deux chefs seulement ont enregistré une intégrale des symphonies de Bruckner à Chicago : Georg Solti et son successeur Daniel Barenboïm

Je n’ai jamais été convaincu par la sorte de perfection formelle de Solti, qui était beaucoup plus intéressant dans ses premières versions gravées à Vienne (5,7,8) à la fin des années 50.

En revanche, c’est par un disque de la 4e symphonie de Barenboim/Chicago que j’ai fait mon apprentissage de Bruckner

J’ai entrepris de réécouter cette première intégrale tout juste rééditée, que la critique a l’air de redécouvrir.

Inoubliable Moffo

J’ai le sentiment que cette artiste – Anna Moffo (1932-2006) – est aujourd’hui un peu oubliée. Je reprends, les uns après les autres, les enregistrements que j’ai d’elles, et je me délecte d’une voix toujours somptueuse, d’une sensualité, d’une chaleur qui reposent sur une technique infaillible. Et je fais régulièrement comme de bons camarades, je me balade dans ma discothèque avec des envies soudaines de réécouter de plus ou moins vieilles cires…

Et dans le cas de Traviata, c’est un fameux chef de théâtre que je redécouvre, Fernando Previtali (1907-1985)

Bychkov à Paris

La surprise étant passée (la nomination surprise à l’Opéra de Paris) je revisite le legs discographique de Semyon Bychkov qui mérite plus et mieux qu’un intérêt distrait. J’avais oublié une très belle 2e symphonie de Rachmaninov, enregistrée avec l’Orchestre de Paris. Je suis d’autant plus impatient d’assister bientôt à son prochain concert à la tête de son ancienne phalange.

Et toujours humeurs et réactions dans mes brèves de blog